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Full text of "Revue générale de l'architecture et des travaux publics"

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REVUE   GÉNÉRALE 


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LARCHITECTIUR 


TRAVAUX   PUBLICS 


DE?  ARCHITECTES  DES  INGÉNIEURS 
m  ^  DES  ARCHÉOLOGUES  DES  INDUSTRIELS  ET  DES  PROPRIÉTAIRE. 
4câ  SOUS  LA  DIRECTION  DE  M  CÉSAR  DAIY  ARCHITECTE 


iCIF,l\TCj!;  JiiTAI^.T 


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|y)Y(^J    MAÇONNERIE  CHARPENTE  COUVERTURE 
^—      POUTS  ROUTES  CANAUX  ÉDIFICES  PUBLICS 


GEOLOGIE  STEREOTOMIE    MACh,;. 
'  TERRASSEMENT 


PEINTURE  SCULPTURE 
DÉCORATION   AMEUBLEMi 
BATIMENTS  RURAUX  JARDINS  6- 
SALUBRITÉ 

LEGISLATIONJURISPRUDEi,... 


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|REVUE|||,GENERALE  UÉ"  "ma,,  ^'„,„ 

L  ARCHITECTURE 

ET  DES'*TOimUX||EUBLIÇS  ' 


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(7!  VOLUME.) 


INTRODUCTION 


(ÂNNËE  1847.) 


Nous  commençons  un  nouveau  volume ,  le  septième,  et  nous  entrons  dans  notre  huitième  année  de  publication. 
Longtemps  notre  travail  a  été  rude,  souvent  même  ingrat,  mais  la  route  s'est  enHn  aplanie  devant  nous  :  la  Retuf  a 
conquis  une  considération  et  une  influence  légitimes. 

Nous  avons  combattu  l'erreur  et  le  mauvais  vouloir  partout  où  nous  les  avons  rencontrés,  et  la  dignité  de  notre  langage 
n'a  fait  qu'ajouter  à  l'eflicacité  de  nos  efforts.  Chose  remarquable,  après  huit  années  de  publicité,  la  Rerur  attend  encore 
un  démenti  sérieux,  une  réclamation  contre  une  erreur,  une  protestation  contre  une  injustice.  Cet  exemple  est  peut-être 
unique  dans  la  presse. 

Nous  avons  considérablement  augmenté  le  nombre  de  nos  gravures  dans  le  volume  que  nous  venons  d'achever;  dans 
celui  que  nous  commençons  nous  voulons  les  augmenter  encore.  .MM.  Constant  Dufeux,  Duban,  Gilbert  aîné,  Ganrex, 
Henri  et  Théodore  Labrouste,  Lenormand,  Nicollc,  Ruprich  Robert,  etc.,  etc.,  préparent  en  ce  moment  les  dessins  qui 
doivent  illustrer  le  volume  que  nous  commençons. 

Souvent  nous  avons  eu  le  désir  de  donner  dans  la  lieviip  des  gravures  d'art  exécutées  par  les  artistes  eux-mêmes,  aa  limi 
de  faire  interpréter  les  formes  de  I  art  par  des  graveurs  de  profession,  qui  font  payer  très-chèrement  la  Iteauté  de  leur 
burin  par  l'absence  de  ce  sentiment  que  l'artiste  seul  possède.  Des  diflllcultés  techniques  s'opposaient  à  notre  désir,  car  il  faut 
une  grande  habitude  et  une  longue  expérience  pour  exécuter  certaines  morsui-es,  réparer  certains  accidents,  reprendre 
au  burin  les  parties  manquées  à  l'eau  forte,  etc.  Pour  obvier  à  ces  inconvénients,  nous  avons  formé  un  atelier  de  gravure, 
et  des  artistes  distingués  se  sont  engagés  à  prêter  leur  secours  à  la  ReniVy  en  exécutant  pour  nous  des  gravures  d'art  avec 
l'aide  des  graveui-s  de  profession  dont  nous  nous  sommes  assuré  le  concours. 

Dans  le  sixième  volume  de  la  Revue  nous  avons  commencé  un  système  de  t  Pflite  Corrrspondance  » ,  destiné  i  commu- 
niquer à  ceux  de  nos  lecteurs  qui  voudront  les  demander,  les  renseignements  et  les  conseils  dont  ils  croiront  avoir  besoin 
sur  ce  qui  louche  à  notre  spécialité. 

Nos  lecteurs  n'ont  été  que  trop  réservés  :  nous  avons  répondu  avec  empressement  à  tous  ceux  qui  se  sont  adressés  à  nous; 
nous  continuerons  de  le  faire  à  l'avenir,  et  loin  de  trouver  dillicile  ou  pénible  l'accomplissement  de  ce  léger  devoir,  nous 
engageons  au  contraire  tous  ceux  qui  suivent  nos  travaux  à  s'adresser  à  nous  chaque  fois  qu'ils  auront  un  avis  à  demander, 
une  dilliculté  du  métier  à  résoudre.  Césah  DALY. 

VII.  4 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


PROTESTATION. 
CONTRE  l'Élévation  sur  le  quai  de  nesle  des  deux  pavillons 

DU    collège    MAZAKINl     OU     DES    QUATRE     NATIONS,     REMISE    A 
louis  XIV    PAR  LES   HABITANTS   DU   QUARTIER,    EN    1665. 

Il  est  rare  que  de  grandes  fautes  dans  les  œuvres  d'archi- 
tecture soient  comprises  et  signalées  par  les  contemporains  ; 
le  plus  souvent  ils  frappent  à  faux  ;  leurs  yeux  sont  choqués 
par  des  défauts  que  le  temps  efface,  par  des  dispositions 
contre  lesquelles  la  postérité  ne  conserve  pas  les  mêmes  pré- 
ventions. J'ai  trouvé  une  exception  à  cette  règle  et  la  preuve 
que  tous  les  inconvénients  du  plan  de  ce  singulier  bâtiment 
qui  s'appelle  de  nos  jours  l'Institut,  avaient  été  signalés, 
avant  sa  construction,  au  souverain  d'alors,  souverain  dans 
la  vraie  acception  du  mot,  à  Louis  XIV. 

J'ai  fait  ailleurs  l'histoire  du  Collège  desQuatre-Nations  (1)  ; 
je  n'y  reviendrai  pas.  Je  croyais  qu'on  avait  pu  masquer 
un  quartier  tout  entier,  barrer  deux  rues  et  obstruer  un 
quai,  sans  qu'une  seule  protestation  osât  s'élever  contre  ce 
brutal  sans-gêne,  contre  ce  despotisme  royal  exercé  sur 
la  voie  publique;  je  m'étais  trompé;  j'avais  fait  tort  au 
xviie  sièle  et  à  nos  devanciers  dans  cette  partie  de  la  ville  (2). 
Il  est  certain,  au  contraire,  que,  sous  le  titre  de  Considéra- 
tions, une  protestation  énergique,  quoique  respectueuse, 
spirituelle,  quoique  raisonnable,  fut  rédigée,  signée  et  remise 
au  roi.  J'en  ai  retrouvé  la  minute  (3) ,  je  la  publie  avec  la 
conviction  qu'elle  intéressera  le  lecteur  de  la  Revue,  et 
qu'elle  servira  utilement  dans  les  discussions  qui  s'élèveront 
cette  année  à  l'occasion  de  l'élargissement  de  ce  quai, 
travail  compris  par  l'administration  municipale  dans  ses 
projets  d'amélioration  de  la  rivière  et  de  distribution  des  eaux 
dans  Paris.  Nous  réservons  pour  cette  époque  quelques  obser- 
vations sur  le  fond  de  la  question  et  un  commentaire  sur  ce 
document,  observations  et  commentaire  qui  seraient  hors  de 
propos  aujourd'hui. 

Le  comte  de  LABORDE. 

(1)  Projets  pour  l'amélioration  et  retnbelllssement  du  X'  arrondissement. 
Quartier  de  la  Monnaie.  Paris,  in-4»  et  in-8»,  1842,  avec  planches. 

(2)  Je  disais  :  Se  plaignit-on  alors,  y  eut-il  des  réclamations,  des  pétitions. 


CONSIDÉRATIONS   SUR   LK  DESSEIN    DE   ^A     PLACE    ET    DO   QUAY 
PROPOSÉS   A   FAIRE    VERS    LA   TOBR    DE    NESLE. 

Le  dessein  de  baslir  vis-à-vis  du  Louvre  une  place  en  demy- 
lune,  avec  deux  grands  pavillons  au-devant,   et  un  dosme  au 
milieu,  sur  le  quay  de  la  Tour  de  Nesle,   est  aussy  magnifique  et 
digne  de  la  gloire  et  du  règne  de  Sa  Majesté,  comme  sa  situation 
et  construction  sur  le  bord  de  la  rivière,  et  à  travers  la  largeur 
d'une  grande  rue,  est  défectueuse,  difforme  et  indigae  de  soa 
approbation,  estant  préiudiciable  au  port,  à  la  rivière,  au  bien  et 
à  la  décoration  de  la  ville.  Et  l'on  ne  peut  pas  s'imaginer  que 
Sa  Majesté  ait  veu  et  considéré  les  devis  qui  en  ont  esté  dressez 
par  MM.  les  conseillers  d'Estat,  prévost  des  marchands,  esche- 
vins  et  autres  personnes  à  ce  députez,  parce  que  jamais  sa  bonté, 
sa  magnificence  et  toutes  ses  autres  vertus  royales,  qui  sont  in- 
téressées et  inesme  responsables  à  la  postérité  d'un  ouvrage  de 
celte  conséquence,  n'y  eussent  esté  contraires,  comme  l'exécution 
le  veut  faire  croire.  Car  comment  seroit-il  possible  d'approuver 
la  construction  de  deux  gros  pavillons  aussy  avancez  dans  la 
rivière  que  la  tour  de  Nesle,  traversants  le  grand  quay  de  part  et 
d'autre,  et  rompant  la  veiie  en  droite  ligne  de  l'hoslel  de  Nevers 
au  pont  Rouge  et  à  la  campagne,  et  du  pont  Rouge  à  l'isle  du 
Palais,  destruisant  ainsy  la  plus  belle  rue,  le  plus  beau  quay  et 
la  plus  belle  perspective  du  monde,  de  quelque  costé  qu'on  la 
regarde,  mesme  contrecarrans  (pour  ainsy  dire)  par  leur  gran- 
deur et  advancement  les  pavillons  du  Louvre?  Si  Sa  Majesté 
sçavoit  que  tous  les  advis  qu'elle  a  demandez  y   répugnent, 
et  que   tout  le  peuple  en  soupire.  Quand  Henry  IV  et  tous  les 
autres  grands  princes  qui  ont  prétendu  s'immortaliser  par  les 
bastiments    ont  voulu  faire   quelques  villes,  riies   ou  quays, 
toute  leur  application  n'a-t-elle  pas  esté  de  les  faire  les  plus 
larges,  droites  et  régulières  qui  leur  a  esté  possible?  Comment 
donc  leur  imitateur  pourroit-il  consentir  aujourd'huy  qu'on  fit 
le  contraire  sans  aucune  nécessité,  s'il  en  avoit  la  connaissance  ? 
Cela  n'est  pas  croyable,  et  jamais  homme  de  bon  senz  ne  se  per- 
suadera que  le  roy  ait  esté  suffisamment  informé  de  tout  le  des- 
sein, mais  seulement  qu'il  en  aura  veu  le  plan  particulier  et 
destaché,  sans  en  examiner  les  conséquences  ni  les  advis  sur  ce 
donnez  estant  impossible  d'approuver  des  choses  avant  d'estre 
faictes,  que  tous  les  hommes  généralement  condamnent  quand 
elles  le  sont,  je  veux  dire  desrétrécissemens  de  rivières,  des  rues 
inégales  et  tortues,  des  avances  et  saillies  de  maisons  sans  né- 
cessité, mesmes  sur  un  quay.  Tous  les  jours  on  crie  et  l'on 
peste  contre  les  anciens  qui  ont  commis  ces  fautes,  et  nous  au- 
rions ce  malheur  de  les  voir  commettre  de  nostre  temps  sous 
l'authorité  d'un  grand  prince!  Non,  cela  ne  se  peut,  si  quelque 
bon  sujet  luy  rend  ce  service  de  l'en  informer  avec  une  liberté 
respectueuse.  Bon  Dieu  !  qu'il  seroit  éloigné  de   permettre  cette 
difformité,  et  ie  croy  bien  plustosl  qu'en  imitant  le  pape  d'au- 
jourd'hui, qui,  pour  eslargir  et  dresser  les  riies  qui  aboutissent 
à  la  place  de  Saint-Pierre,  a  faict  abattre  toutes  les  avances  des 
maisons  qui  n'estoient  pas  dans  l'allignement;  il   en  seroit  de 
mesme  de  ce  qu'on  prétend  maintenant  construire,  s'il  l'avoit  veu 
tout  faict,  traverser  le  plus  beau  quay  de  sa  ville,  en  oster  la  plus 


des  cris,  des  émeutes?  Le  temps  n'était  pas  à  cela  :  on  souffrit  en  silence. 
(Page  10.) 

(3)  Dans  les  cartons  des  savants  Th.  et  Denis  Godefroy,  conservés  à  la  bi- 
bliothèque de  l'Institut.  Portefeuille  n»  190. 


lŒVLE  DK  L'AHCIIITECTLHE  ET  DES  TRAVAUX  PLBLICS. 


belle  vuefie,  et  y  causer  une  horrible  diiïormité  au  lieu  de  dé- 
coration. 

Mais  ce  sera  le  plus  bel  aspect  qu'on  puisse  faire  pour  le  Lou- 
vre, et  partant  toutes  choses  y  doivent  concourir,  n'estant  pas 
hors  d'exemple  que  la  commodité  des  particuliers,  et  la  décora- 
tion mesme  de  toute  une  ville ,  cède  aux  plaisirs  des  princes  aux- 
quels tout  est  permis,  et  plust  à  Dieu  qu'ils  fussent  tous  comme 
ce  roy  de  Macédoine  qui  respondit  a  de  semblables  cens'"  et 
flatteurs  qui  le  voulayent  infecter  de  cette  doctrine,  que  tout 
estoit  lionneste,  iuste  et  permis  aux  roys  :  Par  Jupiter  (dit-il), 
cela  est  bon  aux  roys  des  barbares,  mais  à  nous  il  n'y  a  rien 
d'honneste  qui  ne  soit  honneste,  ny  rien  de  iuste  qui  ne  soit 
iuste. 

Ce  n'est  pourtant  pas  de  cette  manière,  quoyque  raisonable  et 
chreslienne,  que  ie  voudrois  respondreaux  personnes  préoccupées 
de  leur  opinion,  qui  peuvent  inspirer  à  Sa  Majesté  l'exécution 
de  ce  dessein.  C'est  en  leur  accordant  ce  qu'ils  disent,  et  louant 
avec  sincérité  leur  zèle  de  plaire  aux  yeux  du  roy,  et  mesme  en 
approuvant  leurs  plans  et  les  élévations,  nous  ne  controollons 
donc  pas  rarchilecture,  et  n'improuvons  en  aucune  façon  ce  qui  a 
eu  le  bonheur  de  plaire  a  Sa  Majesté.  Il  n'est  question  que  de  la 
situation,  laquelle  ne  peut  estre  approuvée  hors  del'allignement 
que  la  droite  raison  luy  prescrit  devant  des  personnes  tant  soit 
peu  inlelliKentes. 

Que  seroit-il  donc  à  propos  de  faire  sans  chosquer  le  bon  sens, 
la  beauté  du  dessein,  ny  ie  plaisir  du  prince?  Il  ne  faut  que  se 
retirer  sur  le  quay,  et  au  lieu  de  planter  des  pavillons  aussy  avant 
que  la  tour  de  Nesie,  et  iusqu'ou  l'eau  a  coustume  de  battre, 
il  ne  faut  que  les  reculer  au  moins  iusqu'a  l'encoigneure  de 
l'hostel  de  Nevers,  à  fui  qu'ils  n'apportent  pas  plus  d'obstacles 
a  la  veCie  et  droiture  de  ce  beau  quay  que  ledit  hostel,  et 
qu'en  descendant  du  Pont-Neuf  on  en  voye  toutes  les  maisons, 
comme  aussy  en  revenant  du  Pont-Rouge  on  puisse  tousiours 
veoir  l'isle  du  palais,  le  cheval  de  bronze,  la  Sainte-Chapelle,  et 
le  reste  qui  forme  la  plus  belle  veùe  du  monde,  et  cet  esloigne- 
ment  qui  ne  sera  peut-estre  que  de  7  ou  8  toises,  augmentera 
de  beaucoup  celle  de  la  maison  royale,  je  veux  dire  que  la 
perspective  de  cette  belle  place  veûe  des  fenestres  du  Louvre, 
sera  plus  agréable  et  surprenante  d'estre  plus  esloignée  que 
d'estre  plus  proche,  outre  que  la  grandeur  de  ces  pavillons  qui 
doivent  avoir  10  toises  de  face,  prévaudra  mesme  a  celle  du 
Louvre,  et  les  morguera  en  quelque  façon  s'ils  en  sont  si  prez, 
sans  parler  des  autres  accidents  qui  peuvent  arriver  par  cette 
trop  grande  proximité,  comme  on  a  desia  veû  en  la  persone  d'un 
des  entrepreneurs  qui  a  été  blessé  par  la  décharge  d'un  mousquet 
tiré  à  travers  la  rivière. 

Mais  en  se  retirant  et  ne  perdant  rien  du  dessein,  il  faudroit 
acheter  des  maisons  dans  la  rue  de  Seine  pour  trouver  de  la  place. 
Qui  en  doute?  mais  qui  doute  aussy  qu'en  la  prenant  sur  un  quay 
public,  c'est  une  faute  irréparable,  h  moins  que  d'abattre  en 
un  temps  ce  qui  auroit  esté  faict  eu  un  autre;  au  lieu  qu'en  la 
prenant  sur  des  maisons  particulières,  il  n'en  peut  iamais  arriver 
de  plaintes,  mais  il  en  coustera  de  l'argent,  et  il  n'en  cousle 
point  de  bastir  sur  le  quay  ?  Ah  !  Messieurs ,  qui  parlez  ainsy, 
avez  vous  bien  faicl  réflexion  sur  ce  qu'on  appelle  argent,  et  sur 
ce  qu'on  ne  sçauroit  avoir  mesme  pour  de  l'argent,  qui  est 
l'estime,  l'honneur,  le  bon  sens,  les  belles  veûes,  les  bons  ports, 
les  décorations  publiques  et  beaucoup  d'autres  choses  que  l'on 


perd  souvent  par  sa  faute  et  par  trop  de  mesnage.  Ne  croyez  voof 
pas  que  le  jour  viendra  qu'on  voudroit  avoir  donn<5  le  double  et 
le  triple  de  tout  ce  que  cousteroyent  maintenant  ces  places,  et 
qu'on  n'eust  faict  aucune  avance  sur  le  quay  ny  dans  la  rivifëre, 
c'est  une  chose  indubitable  si  on  ne  la  prévient  par  une  ^fvpmtf 
qui  n'est  aucunement  considérable,  soit  i  Sa  Majesté,  soit  aux 
intéressez  ;  il  est  peut  être  question  tout  au  plus  de  200000  liv., 
et  qu'est-ce  (je  vous  prie)  h  la  magnificence  d'un  prince,  dont 
les  plaisirs  de  deux  ou  trois  jours  aiustenl  bien  des  inillioos? 
Qu'est-ce  (je  vous  supplie)  à  un  grand  roy  qui  a  pour  son  re- 
venu tout  le  bien  de  la  France,  le  plus  riche  royaume  du  monde, 
de  faire  un  achapt  de  .'iOOOO  ou  60000  escus  pour  se  procurer 
une  belle  veûe  sans  endommager  celle  du  public,  ny  diminuer  le 
plus  bel  a.spect  de  sa  ville  et  de  toute  la  terre?  Quel  article  de 
despense  plus  généreuse  et  plus  agréable  peut  on  voir  dans  ses 
hastiments  que  l'acquisition  de  ces  places  pour  la  constnic- 
tion  d'un  ouvrage  qui  sert  à  l'embellissement  de  Pari.H,  et  à  l'or- 
nement du  Louvre?  Je  ne  parle  pas  que  ce  fonds  soit  pris  sur 
celui  du  collège,  pour  lequel  se  doivent  faire  tous  ces  édifices,  ny 
sur  ceux  qui  ont  bien  le  moyen  de  l'augmenter,  s'il  est  de  besoin. 
et  qui  sont  trop  généreux  et  judicieux  pour  ne  le  pas  faire  d'eui 
mesmes  pour  la  gloire  de  son  Eminence,  s'ils  estoyeot  bien  in- 
formez des  conséquences  icy  touchées,  et  des  clameurs  publiques 
présentes  et  futures  contre  la  situation  de  ces  pavillons  que  l'a- 
vidité sans  doute  des  entrepreneurs,  pour  y  trouver  mieux  leur 
compte  qu'en  achetant  des  places,  leur  a  proposée,  et  ensuite 
inspiré  a  Sa  Majesté  a  laquelle  il  coavient  d'en  ordonner  par  si 
prudence  et  bonne  justice,  comme  elle  advisera  bon  estre,  mais 
je  dis  seulement  que  de  quelque  part  que  puissent  venir  ?00000 
liv.,  il  est  à  souhaiter  pour  sa  gloire,  pour  celle  de  feu  monsei- 
gneur le  cardinal  Mazarin,  et  pour  celle  des  directeurs  de  ces 
grands  ouvrages,  le  bien  et  la  décoration  de  la  ville,  qu'ils  ne 
s'exécutent  pas  en  la  manière  qu'ils  sont  proposez. 

Pour  ce  qui  est  des  incommoditez  et  du  preiodice  qde  la  rivière 
peut  recevoir  du  retrecissement  de  son  canal  de  9  à  10  toi.ses  par 
la  muraille  qu'on  a  commencé  d'y  faire,  il  faut  considérer  que 
les  anciens,  qui,  pour  bastir  les  murs  de  Paris  avoyent  placé 
cette  tour  de  Nesle  le  plus  avant  qu'ils  avoyent  pu  dans  la  rivièra 
sans  l'incommoder,  s'estoyent  relires  incontinent  après,  et 
avoyent  faict  leurs  quais  en  dehors  pour  élargir  d'autant  plus  son 
canal  vis  à  vis  du  port,  et  a  la  rencontre  des  deux  bras  qui  Ibat 
l'i.sle  du  palais,  ce  qui  auroit  esté  reconnu  si  nécessaire  par  toas 
les  rois  et  magistrats  qui  les  ont  suins,  que  pas  un  n'a  jamais 
permis  de  bastir  au  delà,  et  mesme  le  dernier  quay  faict  depois 
peu  au  devant  de  l'hostel  de  Nevers,  par  arrest  du  conseil,  déli- 
bération des  cours  souveraines,  maison  de  ville,  et  autres  formes 
accoustumées,  prenoit  son  allignement,  en  sorte  que  la  Tour 
restoit  entière  dans  la  rivière,  sur  la  pensée  qu'estant  abattue,  le 
canal  se  trouveroit  eslargy  d'autant.  Or,  que  veut  on  maintenant 
faire  par  ce  dernier  dessein?  Chose  esirange,  tout  le  oootraira. 
Ion  avance  mesme  dans  l'eau  4  toises  et  demie  au  delà  de  la  l 
sans  autre  besoin,  sinon  pour  gaster  encor  le  quay  en 
dessus  et  substituant  a  la  dernière  tour  deux  gros  paviUoos.  i 
ne  pas  laisser  iouyr  le  public  des  avantages  de  sa  démolitioa  qui 
est  la  continuation  du  quay,  et  la  belle  veOe.  Mais  (dira  oa)  la 
rivière  en  cet  endroit  là  reste  encor  plus  large  que  vers  le  pont 
Rnuge,  et  partant,  elle  n'y  sera  pas  plus  rapide,  et  o'ioooaMBO- 
dera  pas  davantage  la  navigation.  Il  est  vray  si  vous  la  oomida- 


REVUE  DE  L'AUCIKTEGTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


8 


rez  tout  entière  et  en  sa  liberté,  mais  si  vous  eu  ostez  la  moitié 
et  quelquefois  davantage  que  les  batteaux  en  occupent,  vous  trou- 
verez qu'il  y  restera  beaucoup  moins  de  largeur  pour  le  courant 
de  l'eau  qu'au  dit  pont.  Et  de  plus,  comme  c'est  vers  la  Tour  de 
Nesie  que  concourent  et  s'assemblent  les  eaux  des  deux  bras  sor- 
tans  de  l'isle  du  palais,  c'est  aussy  la  que  se  fait  la  première 
impétuosité  et  le  plus  grand  courant,  qui  se  rallenlit  par  après 
(comme  sçavent  tous  ceux  qui  ont  quelque  expérience  des  eaux)! 
Il  est  donc  indubitable  que  le  canal  de  la  rivière  estant  retrecy  en 
cet  endroict  là,  elle  en  sera  plus  rapide  que  auparavant,  et  cau- 
sera par  conséquent  deux  maux  assez  considérables  l'un  qu'il 
sera  plus  diflicile  de  faire  monter  les  batteaux  de  foin,  de  bled, 
de  bois,  de  charbon,  de  sel,  et  autres  qui  vont  au  Pont-Neuf,  et 
où  il  falloit  la  force  de  30  chevaux  pour  les  tirer,  il  en  faudra 
quelquefois  le  double,   l'autre,  que  les  basleaux  qui   seront  à 
l'ancre  et  au  port,  seront  beaucoup  plus  agitez  parce  grand 
courant  que  si  la  rivière  avoit  plus  de  liberté,  d'où  s'ensuivra  de 
nécessité  quelque  iour  qu'il  faudra  que  tous  ces  basteaux  demeu- 
rent vers  la  porte  de  la  Conférence.  Jugez  si  cela  se  peut  faire 
sans  que  le  public  en  palisse,  et  eu  reçoive    une  incommodité 
nonpareille  pour  les  seules  voictures.  Je  ne  parle  point  de  ce  qui 
est  encor  indubitable  qu'en  hyver,  lorsque  les  rivières  de  Seine 
et  de  Marne  seront  gelées,  et  que  leurs  glaçons  charrieront,  ils 
s'arresteront  en  cet  endroit  là  et  se  jetteront  sur  les  basteaux,  en 
sorte  que  la  rivière  sera  bientôt  prise,  et  se  fera  un  pont  elle- 
mesme  dont  les  brisures  et  les  pièces  dans  un  desgel,  ne  cause- 
ront pas  peu  de  dommage  ;  je  ne  dis  rien  encor  des  grandes 
inondations  qui  peuvent  arriver  comme  depuis  10  ou  12  ans 
nous  en  avons  veu  trois,  auquel  cas  tout  le  peuple  ne  manquera 
jamais  d'en  attribuer  la  cause  a  ce  nouveau  quay  qui  aura  retrecy 
la  rivière,  et  fait  regontler  en  haut,  et  ensuite  a  donner  mille 
bénédictions  aux  autheurs  et  approbateurs  de  cette  nouveauté. 
Ce  sont  pouitant  des  prédictions  que  l'on  peut  faire  avec  asseu- 
rance  qu'elles  arriveront,  quand  principalement  le  roy,  pour  le 
parachèvement  de  son  Louvre  aura  pris  encore  de  son  costédans 
la  rivière  ce  qui  lay  sera  nécessaire,  et  qui  est  plus  que  raison- 
nable. Sur  quoy  je  nvestonne  qu'on  n'ayt  faicl  quelque  reflexion 
en  délibérant  sur  le  quay  de  Nesle,   et  qu'on  n'ayt  plustot  pris 
tout  ce  qu'on  vouloit  sur  la  rivière  du  costé  du  Louvre  qu'a  l'op- 
posite,  pour  l'eslargissement  d'un  quay  qui  de  soy  mesme  esloit 
assez  large.  Hé,  combien  croyez -vous  que  sa  majesté  voudroit 
avoir  donné  d'argent  pour  dix  toises  de  place  de  plus  qu'elle  n'en 
a,  au  devant  de  son  appartement  et  celui  des  reines?  Je  ne  doute 
pas  qu'un  million  ne  luy  cousteroil  rien  pour  cela.  Néantmoins 
par  ce  dessein  du  quay  de  Nesle,  on  lui  oste  celle  qu'on  luy  pou- 
voit  laisser  occuper  du  costé  du  Louvre,  ou  persmne  ne  trouve- 
rùit  rien  à  redire  sur  la  nécessité  d'un  parterre  au  devant  des 
fenestres  de  leurs  majestez,  au  lieu  qu'elle  est  plus  qu'inutilement 
employée,  c'est-à-dire  desavantageusenienl  du  costé  de  Nesle. 

11  restera  donc  pour  constant  que  si  sa  majesté  est  bien  infor- 
mée de  tout  ce  que  dessus,  elle  est  trop  clairvoyante  généreuse, 
et  jalouse  de  son  honneur  et  de  sa  gloire,  pour  ne  prendre  pas 
elle  mesme  une  connoissance  particulière  de  tous  ces  desseins;  et 
ne  s'en  faire  pas  esclaircir  par  des  personnes  désintéressées,  et 
intelligentes  dans  les  bastimens  et  qui  ont  le  goût  fin  pour  les 
belles  choses,  sans  s'arrester  au  simple  crayon  d'un  architecte 
qui,  pour  excellent  qu'il  puisse  estre,  peut  corriger  ses  premières 
pensées,  ou  recevoir  quelques  bons  advis  pour  les  rendre  meil- 


leurs, de  mesme  que  les  plus  experts  médecins  perfectionnent 
les  leurs  par  leurs  consultations.  Quand  les  Vénitiens  voulurent 
construire  Palraa-Nova,  la  plus  belle  fortification  de  l'Europe, 
ils  n'en  crurent  pas  leurs  seuls  ingénieurs;  quoyqu'ils  ne  fus- 
sent pas  de  paille  comme  ceux  qui,  pour  une  fontaine  de  fer- 
blanc,  ou  une  sphère  de  carton,  en  ont  les  brevets  et  l'argent, 
mesme  un  Ordre  de  chevalerie  a  son  déshonneur.  Ces  sages  politi- 
ques (dis-ie)  ne  résolurent  pas  leur  ville  et  forteresse  sur  les  sim- 
ples desseins  de  leurs  architectes,  ils  en  voulurent  avoir  l'advis 
de  tous  les  princes  et  grands  capitaines  de  l'Europe  auxquels  ils 
en  envoyèrent  les  plans  et  devis,  et  pourquoy  en  ce  rencontre 
qui  n'est  pas  de  moindre  conséquence  pour  la  gloire  du  roy  et 
de  Sou  Eminence,  Sa  Majesté  ne  prendra  elle  pas  ceux  des  per- 
sones  intelligentes  et  désintéressées,  ou  du  moins  pourquoy  ne 
se  fera  elle  pas  deïiement  inlormer  de  toutes  les  conséquences 
qui  s'en  peuvent  ensuivre?  Aflin  d'en  ordonner  elle  mesme,  et 
de  son  propre  mouvement  :  elle  doit  sans  doute,  et  nous  devons 
ainsy  l'espérer,  en  suite  de  quoy  il  est  très  certain  que  le  plus 
grand  des  roys,  le  meilleur  et  le  plus  judicieux  de  tous  les 
princes,  estant  bien  informé  de  toutes  les  veritez  cy  dessus,  y 
donnera  les  ordres  nécessaires  après  y  avoir  faict  une  prome- 
nade et  considère  que  deux  cent  mille  livres  de  dépense  au  plus 
pour  l'achat  de  quelques  places  sauvent  les  incommoditez  que 
peut  causer  le  rétrécissement  de  la  rivière,  et  la  difformité  que  de 
basliments  sur  un  quny  peuvent  apporter  à  la  plus  belle  ville 
du  monde,  au  lieu  des  avantages  publics  et  du  bel  aspect  que 
le  reculement  seul  de  quelques  toises  sans  aucun  autre  chan- 
gement a  l'archiiecture  peuvent  procurer  au  Louvre  et  à  la  ville, 
sans  parler  de  la  gloire  et  réputation  du  roy,  de  feii  Son  Emi- 
nence et  des  ministres  et  magistrats  vers  toute  la  postérité  de 
laquelle  ils  doivent  estre  infiniment  jaloux  pour  se  rendre  im- 
mortels par  l'estime  et  la  louange  des  peuples  à  venir,  comme 
les  vivants  ne  semblent  dire  autre  chose  a  Sa  Majesté  par  leurs 
cris  de  vive  le  roy. 


ÉTUDE  CO.MPARATIVE 
DES  DIVERS  SYSTÈMES  D'ARMATURES 

REMPLAÇANT    LES    POITRAILS    EN    BOIS. 


Sommaire.  —  Des  inconvénients  des  poitrails  en  bois,  et  de  la  nécessité  de  les 
remplacer  par  des  supports  plus  durables.  —  Exposé  sommaire  des  divers 
systèmes  d'armatures  en  fer.  —  Pose  des  linteaux  on  fer  en  sous  œuvre,  note. 


REVUE  DE  LAHCIIITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


10 


—  Armature  Jticqw.marl.  —  De»  iiiconvciiiienl»  de»  reiii|iliH»age»  en  maçon- 
nerie dans  les  armatures.  —  Armature.  Ilaudrit  :  disposilion»  parliculiérra 
de  son  tirant,  et  expose  de  ses  ineonv('nienls.  —  Armature  Bellemère  :  ne» 
points  de  ressemblance  avec  l'arnialuro  Uaudrit,  se»  avanUgn.  —  Aret  en 
pierre  arec  linteaux  cintréa  en  fer  :  insulfisance  des  linteaux.  —  Armature 
Batelier:  sa  complexité,  ses  di'fauts.  —  Cmicluiion  :  coinptcxit<!  el  insulli- 
sanco  de»  systèmes  il' armatures  préciidcniment  expo»<is;  conditions  d'un  Uin 
système;  moyens  d'y  sjitisfaire;  de»  dimension»  à  donner  à  l'arc  d'une  ar- 
mature, dans  le  cas  où  il  serait  en  fonte  ;  pr<'caution»  à  prendre  dan»  l'emploi 
des  armatures  en  fer;  le»  murs  plein»  chargent  rnoin»  le»  poilrails  que  les 
murs  perces  de  baies;  précaution  à  prendre  lorsqu'on  met  le»  linteaux  en 
fer  son»  des  plales-bantes  en  pierre;  prix  comparatif  des  poitrails  en  liois, 
en  pierre,  en  fer  ou  en  matériaux  divers  combinés  entre  eux;  le  prix  du 
poitrail  n'est  qu'une  considération  secondaire. 

L'usage  des  poitrails  en  bois  destinés  h  supporter  les  fa- 
çades des  maisons  au-dessus  des  baies  des  boutiques  et  des 
portes  cochères,  a  toujours  paru  aux  constructeurs  une 
faute  grave,  bien  que  l'habitude  en  ait  perpétué  l'emploi.  En 
effet,  ne  doit-on  pas  frémir  de  voir  toute  une  façade  en  pierre 
de  taille  reposant  sur  un  éphémère  appui  qu'un  incendie, 
même  partiel,  peut  détruire  en  quelques  instants,  et  dont  la 
cbutc  devra  entraîner  celle  de  la  maison  entière. 

De  légères  infdtrations  suffisent  pour  décomposer  facile- 
ment des  supports  aussi  périssables  ;  puis,  ces  pièces  de  bois, 
de  40  à  50  centimètres  de  hauteur  moyenne,  n'étant  jamais 
sèches,  sont  susceptibles  d'une  retraite  de  I  à  2  centimètres 
et  même  plus,  d'où  résultent  des  tassements  fâcheux  dans  les 
murs  qui  les  surmontent. 

Cet  emploi  inconsidéré  du  bois  est  contraire  au  principe 
fondamental  exposé  déjà  dans  cette  Revue,  à  savoir  que, 
dans  des  comtructions  il  faut  allier  des  matériaux  analo- 
gues sous  h'  double  rapport  de  la  résistance  et  de  la  durée. 
On  a  donc  eu  grandement  raison  de  substituer  au  bois  des 
matières  plus  durables,  telles  que  le  fer,  la  pierre,  la  bri- 
que, etc. 

La  grève  des  charpentiers,  en  184.5,  a  beaucoup  contri- 
bué à  faire  substituer  des  armatures  en  fer  aux  poitrails  en 
bois.  A  quelque  chose  malheur  est  bon,  dit  le  proverbe. 
Nous  voyons  avec  plaisir  que,  de  toutes  parts,  l'attention 
des  constructeurs  est  portée  vers  ce  point  important  de  l'art 
de  bâtir.  Chaque  jour  voit  surgir  de  nouvelles  combinaisons  : 
on  voit  même  des  planchers  en  fer,  hourdés  en  plûtras  ou  en 
poterie.  Avant  1845,  nous  n'en  avions  jamais  vu  dans  des 
maisons  particulières;  nous  devons  dire,  toutefois,  que  la 
majeure  partie  des  planchers  en  fer  que  nous  avons  examinés 
dans  les  constructions  privées,  sont  de  dimensions  trop  fai 
blés.  On  a  été  en  général  conduit  à  ce  résultat  par  le  désir 
de  ne  point  dépasser  le  prix  de  revient  des  planchers  en  bois. 

Par  suite  de  l'ouverture  des  boutiques,  les  portées  habi- 
tuelles à  Paris  sont  :  If  s  petites  portées,  de  3  à  4  mètres;  les 
moyennes,  de  4  à  îi  mètres;  les  grandes,  de  3  à  G  mètres. 

Tantôt  les  armatures  se  composent  d'arcs  en  fer  munis 
d'une  ou  de  deux  cordes;  telles  sont  l'armature  primitive 
(fig.  i,  pi.  13,  roi.  G),  modifiée  par  MM.  Jacquemart 
(fig.  2),    Leturc  (pi.    25  du  roi.  C)   et  Travers  (1)   ainsi 

(1)  L'armature  ï'ratei»  ressemble  en  grande  punie  à  cellle  i.c(urc,  maisl'au- 


que  les    armateurs   Baudrit  (pi.    14,   toi.  6),   Bellemère 
(même  rol.pl.  33),  etc. 

Quelques-uns  de  ces  arcs  occupent  toute  l'étendue  de  la 
baie,  avec  ou  sans  colonnes  intermédiaires.  Dans  d'anlrat 
la  portée  est  divisa  en  plusieurs  travées  par  des  supports  en 
fonte  (Voy.  pi.  8,  roi.  6].  Les  uns  sont  surmontai  d'arci 
en  pierre  ou  en  brique.  L'intérieur  de  l'armature  tal  qoel* 
quefois  rempli  de  maçonnerie  de  briques,  mode  vicieux  qu'a- 
vec juste  raison  la  plupart  des  constructeurs  ont  complète- 
ment abandonné. 

Autre  part  ce  sont  des  plates-bandes  en  pierres  moooiilbei 
ou  divisées  en  claveaux  et  consolidées  par  de  forts  linteaux 
en  fer  (1  )  ou  bien  des  arcs  de  cercle  de  30  à  40  centimètres  de 
ilèche,  soutenus  dans  leur  longueur  par  des  colonnes  «■ 
fonte  (Voy.  fig.  1,  2,  6  et  7,  ;;/.  *>du  6«  roi.  de  la  Herué). 

Nous  allons  actuellement  faire  la  critique  des  armatures 
qui  ont  été  déjà  publiées  dans  cette  Retne  (0*  ro/.)  et  nous 
passerons  ensuite  à  la  discussion  raisonnée  de  celles  qui  n'ont 
pas  été  encore  détaillées  dans  cette  publication. 

ARM.iTl'RE  JACQIFJIART. 
(Fig.  %  pi.  13  do  «•  mL) 

Ainsi  qu'il  a  été  dit,  col.  109,  toi.  6,  cette  armature  est 
une  modification  de  Varmature  primitire:  nous  n'approu- 
verions la  disposition  oblique  de  ses  entretoises  que  dans  le 
cas  où  elles  seraient  soudées  à  l'arc  et  au  tirant.  Elles  consti- 
tueraient alors  une  suite  de  triangles  indéformables  qui  se- 
raient un  puissant  auxiliaire  pour  l'arc,  tandis  qu'ils  ne  jouis- 
sent pas  de  cette  propriété  dans  la  disposition  adoptée,  car  ik 
doivent  couler  sur  les  manchons  qui  les  réunissent  à  l'arc  et 


!eur  de  la  première  y  a  apporté  un  porfectioonenienl  anqnel  oomt  nkm»  A^ 
pensi'  nous-nièmn  (ro(.  SGI)  du  6*  >oluiiie|.  Il  permet,  dans  le  ca*  oè  r<M 
juge  »  propas  de  poser  an  deuxième  liranl  en  liant  de  l'arr,  â'tofmrMtr  àamt 
un  t!spacc  donné,  la  flèclie  de  cet  arc  de  toute  la  baoteur  d«  la  «ctiM  4b  ti- 
rant su|H'rieur.  Celui-ci  est  formé  de  deux  baoae»  de  fer  partlli'li».  pheét» 
de  chaque  ci'ilt'  de  l'arc,  el  n'unies  en  une  seule  branche  par  aoe  lasdara  à 
chaque  liout,  aux  points  où  le  tirant  échappe  la  courbe  de  l'exlrado*  de  r«e. 
Dans  le  tirant  inférieur,  la  division  en  deux  branches  paralMet  a  lie*  ass 
extH'milé»  (Voy.  fig.  4.  pi.  35  du  G*  vol.),  mais  dans  le  liraal  mpitkmt,  la 
»«>paration  est  faite  an  milieu. 

(i)  .Nous  avons  vu,  rue  de  ProTenee,  paawr  en  wi'—Tia  àm  I 
de  0  m.  OH  c.  carrés,  sur  une  portée  de  3  m.  00. 

Chaque  baie  était  divisi^  en  liuis  trar«'es  par  deax  groapet  de  i 
fonte.  Ce»  linteaux  supportent  la  pl^e-baade  dea  bai«  de  koal^i 
dans  un  mur  (|ui  n'Hait  p.i$  perv-é  de  fenètm  Celle  plaie-baade  w  Itwne 
mi-partie  d'assise»  courantes  et  de  claveaux  restant  des  ancïenan  baie*  de 
croisst'es.  M.  Hongevin,  architecte  des  Invalides,  vieol  de  têin  eiéeslcr  aae 
pase  en  sousiruvre,  de  linteaux  en  fer  de  ce  geart^  daa*  BBa  vieille  ans- 
son  de  la  me  Duphol.  C'est  celle  qne  nous  aroiis  iadiqaèe/lf.  I  ^.  I. 

Nous  croyons  que  la  force  de  ces  linteaux  en  fer  eM  trfs-soflbaale  f&mr 
porter  une  façade  en  pierre  de  quatre  eiages  et  d'an  eoaliie  ci  daas  des  par- 
lées de  I  m.  00  c  i  1  m.  ao  c.  Lear  force  ëquivant  i  celle  de  de«\  pièeas  d» 
chêne  de  0  m.  X(  d'tkiuarrissage  chacune.  D'apnis  BMideiet  iArt  dr  Miir). 
deux  pièces  de  bois  de  cette  grwseur,  et  de  I  ■.  80  e.  de  lo«f.  ckartées  aar 
toute  leur  longueur,  porteraient  un  poids  de  ISO,  000  kilofr.  t»r.  d'à 
l'évaluation  donm-e  par  la  Herut,  vol  6,  eU.  100,  aae  iraMcka  de  i 
d'une  maison  à  cinq  étages,  et  de  i  m.  ttt  c  de  !•■( 
an.tlOO  kilugr.,  en  la  supposant  isolée. 


H 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PURLICS. 


12 


à  la  corde.  Du  reste,  ils  ne  sont  pas  dans  le  même  plan  que 
les  deux  pièces  principales  et  ils  peuvent  déverser. 

En  règle  générale,  il  ne  faut  pas  que  l'arc  s'appuie  sur  le 
tirant,  qui  doit  rester  libre.  Aussi  désapprouvons-nous  le 
remplissage  en  maçonnerie  qu'on  a  coutume  de  mettre  dans 
le  vide  des  armatures;  car,  en  fin  de  compte,  en  quoi  ce 
remplissage  peut-il  contribuer  à  la  solidité  de  l'ensemble? 
Supprimons  par  la  pensée  l'arc  en  fer  qui  surmonte  ce  rem- 
plissage, celui-ci  isolé  ne  formera  plus  qu'un  segment  de  cer- 
cle, dont  les  minces  extrémités  n'auront  aucune  résistance  ; 
ce  remplissage  sera  donc  un  fardeau  plus  qu'inutile.  Il  sera 
nuisible  en  ce  qu'il  reportera  sur  la  corde,  dans  toute  son 
intensité,  la  pression  suscitée  par  le  fléchissement  de  l'arc 
sous  sa  charge.  Il  entretint,  il  est  vrai,  la  solidarité  entre 
les  deux  armatures  jumelles  qui  constituent  le  poitrail,  mais 
on  obtient  le  même  résultat  par  des  entretoises  en  croix  de 
Saint-André  telles  que  nous  les  avons  indiquées  à  la  fig.  5, 
pi.  23  du  0<'  volume. 

ARMATURE    BAUDRIT. 

(Fig.  1,2  et  3,  pi.  14,  vol.  6.) 

Cette  armature,  qui  semble  jouir  d'un  certain  crédit  est, 
comme  toutes  celles  qui  sont  destinées  au  même  usage,  éta- 
blie sur  ce  principe  que  deux  forces  opposées  et  égales  se 
neutralisent  mutuellement. 

Dans  y  armature  primitive,  comme  dans  toutes  les  autres, 
ou  à  peu  près,  on  a  mis  la  puissance  directement  aux  prises 
avec  la  l'ésistance  en  attachant  l'un  à  l'autre  l'arc  et  la 
corde  ou  tirant  (1).  La  neutralisation  de  la  poussée  se  trou- 
vant donc  opérée  par  la  combinaison  même  des  éléments  de 
l'armature,  on  n'avait  d'autre  soin  à  prendre  que  de  donner 
à  celle-ci  une  force  suffisante  pour  résister  à  la  charge  verti- 
cale, sans  s'occuper  du  renversement  des  supports,  circon- 
stance qui  n'était  pas  à  craindre. 

M.  Raudrit  n'a  pas  tenu  à  aller  droit  au  but  en  faisant 
comme  tout  le  monde,  c'est-à-dire  en  attachant  l'arc  à  la 
corde.  Que  voyons-nous,  en  effet,  dans  son  système  ?  L'ex- 
trémité Est  de  l'arc  repose  sur  le  talon  d'un  tirant  qui  se 
trouve  attaché,  par  son  extrémité  Ouest,  à  une  ancre  plantée 
dans  une  assise  en  pierre  à  30  ou  60  c.  au-delà  de  la  portée 
de  l'arc.  La  pierre  sert  ici  d'intermédiaire  dans  le  conflit 
de  la  poussée  de  l'arc  et  de  la  résistance  du  tirant.  C'est  à 
peu  près  comme  si  deux  lutteurs,  au  lieu  de  se  saisir  mu- 
tuellement l'un  l'autre,  plaçaient  entre  eux  une  troisième 
personne  destinée  à  essuyer  d'abord  et  à  transmettre  ensuite 
les  efforts  respectifs  des  deux  combattants,  chacun  de  ceux-ci 
tiraillant  de  son  mieux  le  malheureux  intermédiaire;  ou  bien 
comme  si  l'on  poussait  d'une  main  un  objet  qu'on  tirerait  de 
l'autre. 


(1)  Nous  supposons  que  l'arc  est  ici  la  puissance ,  que  celle-ci  ne  soit 
autre  que  le  poids  des  constructions  supérieures,  mais  c'est  l'arc  qui  reçoit 
cette  charge  et  la  transmet  par  réaction  à  la  corde. 


M.  Raudrit  nous  semble  donc,  dans  la  composition  de  son 
armature,  avoir  cherché  midi  à  quatorze  heures,  qu'on  nous 
pardonne  ce  dicton  trivial. 

Mais  ce  n'est  pas  là  son  plus  grand  défaut.  Les  armatures 
doivent  réunir  deux  qualités  indispensables  :  l'incompressibi- 
lité de  l'arc  et  l'inextensibilité  de  la  corde.  On  peut  toujours 
obtenir  la  première,  mais  il  est  impossible  d'avoir  l'autre 
d'une  manière  absolue,  quelque  force  qu'on  donne  au  fer,  à 
cause  de  la  dilatation  de  ce  métal  par  l'action  de  la  chaleur. 

Il  est  bon  de  chercher  à  neutraliser,  s'il  est  possible,  les 
effets  de  la  dilatation  ;  mais  la  combinaison  principale  du 
système  Raudrit  produit  précisément  l'opposé. 

Dans  tous  les  systèmes  que  nous  connaissons,  à  tirant 
simple  ou  double  attaché  directement  aux  deux  extrémités 
de  l'arc,  et  lorsque  les  deux  extrémités  de  l'armature  sont 
libres,  la  dilatation  se  fait  en  allant  du  milieu  vers  les  extré- 
mités. Le  milieu  seul  de  la  corde  reste  immobile  ;  tous  les 
autres  points,  situés  à  droite  et  à  gauche,  s'en  éloignent 
progressivement  dans  le  sens  des  extrémités.  L'effet  inverse 
a  heu  dans  la  contraction  produite  par  l'abaissement  de  la 
température;  le  point  milieu  reste  toujours  fixe,  mais  les 
autres  points  s'en  rapprochent.  L'arc,  en  s'allongeant  pro- 
portionnellement, ne  fait  pas  éprouver  à  l'ensemble  du  sys- 
tème une  déformation  sensible. 

D'après  ce  qui  vient  d'être  dit,  supposons  une  armature 
doni  le  tirant  aurait  3  m  00  c.  de  long,  et  admettons  que 
la  dilatation  soit  de  0  m.  001  m.  par  mètre  entre  les  deux 
limites  extrêmes  de  la  température  atmosphérique;  nous  au- 
rons, en  somme,  un  allongement,  ou,  si  l'on  veut,  une  dif- 
férence de  longueur  deO  m.  005.  Mais  dans  le  système  Rau- 
drit, chaque  arc  est  muni  de  deux  tirants  agissant  indépen- 
damment l'un  de  l'autre,  et  chaque  tirant  est  libre  par  un 
bout  et  captif  par  l'autre.  L'extrémité  fixe  de  chacun  des 
tirarjts  est  munie  d'un  œil  et  d'un  ancre;  l'allongement  se 
fait  à  partir  de  l'extrémité  fixe  en  allant  progressivement  vers 
l'extrémité  libre;  et,  d'après  la  disposition  de  deux  tirants, 
l'un  s'allonge  en  allant  à  l'Est  et  l'autre  à  l'Ouest.  Ainsi, 
l'allongement  total  se  composera  de  celui  de  chacun  des  deux 
tirants  dont  la  longueur  excède  d'environ  Om.  50  c.  la  portée 
de  l'arc.  Dans  l'hypothèse,  donc,  d'une  portée  de  3  mètres, 
nous  aurons  pour  la  longueur  totale  dilatable  5  m.  -f  5  m. 
+  0  m.  50  X  2  =  Il  m.  00.  Notre  double  tirant  s'allon- 
gera donc  de  0  m.  OU  mill.,  c'est-à-dire  de  plus  du  double 
de  ceux  des  autres  armatures.  L'arc  ne  s'allongeant  pas 
proportionnellement,  il  se  déformera  en  s'afl"aissant  sur  lui- 
même,  et  les  culées  éprouveront  une  poussée  plus  considé- 
ble  que  dans  le  système  des  armatures  ordinaires.  Ces  effets, 
en  apparence  insignifiants  quand  on  n'envisage  que  leur  ac- 
tion pendant  un  laps  de  temps  peu  étendu,  peuvent  devenir 
graves  au  bout  d'un  certain  nombre  d'années. 

M.  Raudrit  a  eu  raison  de  ne  point  mettre  de  brides  à 
cette  armature.  Cet  accessoire  n'est  nécessaire  que  dans  le 
cas  où  l'on  a  un  tirant  tangentiel  au  dos  de  l'arc,  ou  bien 
lorsqu'on  veut  suspendre  un  plancher  sous  l'armature.  Nous 


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REVUE  DE  L  AUCIIITI'XTUIŒ  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


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le  louons  fort  d'avoir  augmenUi  la  rigidité  de  son  arc,  en  le 
coiffant  d'une  plate-bande  à  rainure  qui,  donnant  à  la  section 
transversale  la  forme  d'un  T,  otlie  une  grande  résistance  à  la 
poussée  latérale  et  maintient  l'arc  dans  le  plan  vertical. 

ARMATURE  BI^LLEHÈRE. 
(PI.  33,  vol.  6.) 

En  supprimant  le  tirant  supérieur  et  en  coiffant  l'arc 
d'une  plate-bande  formant  chapeau  (1),  cette  armature  aura 
une  grande  analogie  apparente  avec  celle  de  Baudrit;  mais 
elle  lui  est  supérieure  en  ce  qu'elle  n'a  qu'une  seule  corde, 
et  que  celle-ci,  au  lieu  de  se  rattacher  à  l'arc  par  l'intermé- 
diaire d'une  assise  en  pierre,  s'y  réunit  au  moyen  de  la  boite 
en  fonte  XX.  Cette  boite,  comme  la  sabot  de  l'armature 
Baudrit,  dispense  de  mettre  des  semelles  en  fer  sous  les 
portées  de  l'armature. 

L'armature  Bellemère  est  donc  un  des  bons  systèmes  de 
poitrails  arqués. 

ARCS  EN    PIERRE  AVEC    LINTEAl'X  CINTRÉS  EN    FER. 

(Fig.i.pl.l.) 

Nour  avons  vu  quelquefois,  notamment  rue  de  Provence, 
au  coin  de  la  rue  Cliauchat,  des  arcs  en  pierre  de  30  à 
40  centimètres  de  flèche,  munis  à  l'intrados  de  linteaux 
cintrés  en  fer,  de  40  à  îiO  millimètres  carrés.  Ces  linteaux 
étaient  censés  les  soutiens  de  la  pierre. 

L'architecte,  mieux  avisé  plus  tard,  s'est  décidé  à  soulager 
chacun  de  ses  arcs  par  deux  grouppes  de  colonnes  en  fonte. 
Il  a  fort  bien  fait  en  cela  ;  car  ces  linteaux  cintrés  en  fer  ne 
pouvaient  venir  en  aide  à  l'arc  en  pierre  que  jusqu'à  la  con- 
currence de  la  charge  qu'ils  étaient  eux-mêmes  capables  de 
soutenir  sans  ployer.  Nous  demandons  quel  poids  pourrait 
porter  une  barre  de  fer  de  4  à  5  mètres  de  longueur  entre 
les  appuis,  et  de  40  à  50  millimètres  de  grosseur,  fût-elle 
cintrée  de  30  à  40  centimètres  de  flèche?  Elle  ploierait  évi- 
demment sous  une  charge  de  100  ou  200  kilogrammes.  Si 
l'on  nous  objectait  que,  dans  l'espèce,  les  extrémités  des 
linteaux  étant  butées  contre  les  sommiei*s  en  pierre  de  l'ar- 
cade, cette  disposition  augmente  leur  résistance,  nous  dirions 
que  la  poussée  qu'ils  exerceraient  sur  ces  sommiers  venant  à 
s'ajouter  à  la  poussée  de  l'arcade  elle-même,  la  stabilité  n'y 
gagnerait  rien  du  tout.  Il  faut  donc  les  considérer  comme 
libres  et  ne  pouvant  apporter  à  l'ensemble  que  le  secours 
d'une  résistance  de  quelques  centaines  de  kilogrammes, 
résistance  tout  à  fait  illusoire  quand  il  s'agit  d'une  charge 
totale  de  plus  de  80,000  kilogrammes.  Il  ne  fallait  pas 
même  compter  sur  leurs  secours  comme  chaînage,  vu  leur 
courbure. 


(I)  Cotte  plate-baiiile,  ulijol  important  dans  le  système,  a  élu  omise  dans 
la  planche  et  dan-t  la  description. 


ARMATtBE  BATELIER. 
(Fif.».  pL  i.) 

Si  l'on  en  croit  les  termes  d'un  imprimé  auquel  l'auteur 
de  ce  système  a  donné  le  titre  de  Procèi-rerbal  d'erperts, 
(juoiqu'il  n'en  ait  guère  la  forme,  celte  armature  aurait  fait 
assez  de  bruit  pour  que  MM.  les  préfets  de  la  Seine  et  de 
police  aient  cru  devoir|  nommer  une  commission  pour  la 
juger. 

Ce  système,  qu'il  est  presque  impossible  de  faire  com- 
prendre  par  une  simple  description,  consiste,  comme  on 
pourra  le  voir  en  consultant  la  /!</.  3,  en  une  série  d'arcs 
en  fer  {a)  munis  chacun  de  sa  corde,  plus  une  corde 
commune  (b  c)  sous-tendanl  l'armature  entière.  Ces  arcs 
sont  surmontés  d'une  plate-bande  (d  e)  en  fer,  retombant 
vers  chacune  de  ses  extrémités,  à  l'instar  des  arbalétriers 
d'une  ferme.  Celte  plate-bande  est  reliée  avec  les  panneaux 
en  bois  par  une  série  de  brides  {f),  assez  rapprochée  pour 
qu'elles  ne  puissent  se  voiler.  L'intervalle  entre  le  dos  des 
arcs  et  la  plate-hande-arbalétrier  est  rempli  par  des  panneaux 
du  bois  (g)  qui  se  trouvent  ainsi  reliés,  dans  tous  les  sens, 
par  un  réseau  de  fer  plat  étreignant  chaque  morceau  de 
bois. 

La  charge  portée  par  une  telle  armature  tendant  à  la  faire 
fléchir,  les  panneaux  en  bois  résisteront  en  se  contre  boutant 
mutuellement,  tandis  qne  les  tirants  de  fer  s'opposeront  k 
l'écartement  et  à  la  disjonction  des  panneaux,  et  que  de» 
brides  en  fer  maintiendront  chaque  pièce  à  sa  place. 

Le  bois  n'est  ici  que  de  la  planche  ou  de  la  membrure  de 
chêne,  remplissant  les  mêmes  fonctions  que  le  parenchyme 
dans  le  tissu  réticulaire  qui  constitue  les  feuilles  de  la  plupart 
des  végétaux.  Tant  que  le  tissu  cellulaire  est  injecté  de  sève, 
la  feuille  se  soutient  avec  une  certaine  fermeté  ;  mais  aussitôt 
que  le  liquide  vivifiant  vient  à  manquer,  la  feuille  s'affaisse 
sur  elle-même. 

Il  en  sera  de  même  de  l'armature  Batelier.  Lorsque  le  bob 
diminuera  de  volume  par  l'action  inévitable  de  la  sécboreae, 
il  ne  remplira  plus  exactement  les  compartiments  du  réseau 
de  fer,  et  le  système  s'affaissera.  Il  ne  cassera  pas  peut-être, 
mais  il  rompra  les  plafonds,  changera  les  niveaux,  etc. 

Or,  comme  les  grandes  chaleurs  qui  font  dilater  les  corps 
inorganiques,  et  principalement  les  métaux ,  sont  presque 
toujours  accompagnées  d'une  sécheresse  qui  diminue  le 
volume  des  matières  organiques,  comme  le  bois,  il  s'ensuit  que 
les  panneaux,  dont  la  fonction  est  ici  de  remplir  aussi  exac- 
tement que  possible  les  compartiments  du  système,  se  relâ- 
cheront. De  son  côté,  le  fer,  dont  la  fonction  est  d'étreindre 
autant  que  possible  les  panneaux  de  bois,  tendra  au  contraire, 
par  la  dilatation,  à  leur  laisser  une  plus  large  place.  Chaco 
des  deux  élémenU  suivant  ainsi  une  marche  inverse  de 
celle  qui  lui  est  assignée,  l'ensemble  ne  pourra  donc  manquer 
de  se  détraquer. 

Lorsqu'on  a  vu  le  dessin  qui  se  distribue  avec  l'imprimé 
(prospectus),  il  ne  faut  rieu  moins  que  l'attestation  des  hono- 


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REVUE  DE  L'ARCHITECTLRE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


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râbles  membres  du  corps  des  architectes  dont  on  exhibe  les 
signatures  (1)  pour  qu'on  puisse  croire  aux  résultats  exposés, 
tant  cette  armature  est  bizarre  et  paraît  dénuée  de  solidité. 

Les  membres  du  comité  n'attestent  que  les  résultats  de 
l'expérience.  Les  conditions  de  force  sont  faciles  à  démontrer 
par  l'expérience,  mais  les  conditions  de  durée  ne  peuvent 
souvent  l'être  que  par  le  raisonnement.  Nous  allons  donc 
examiner  cette  armature  quant  à  sa  composition. 

Ainsi  que  nous  l'avons  déjà  dit,  l'armature  Batelier  est 
tellement  bizarre  et  compliquée  qu'elle  échappe  tout  d'abord 
à  l'analyse,  et  qu'on  la  croit  plutôt  un  jeu  du  hasard  que  le 
produit  du  calcul.  On  reconnaît  seulement,  en  somme, 
que  les  deux  éléments  qui  la  composent  (le  fer  et  le  bois), 
se  partagent  entre  eux  bien  distinctement  la  fonction  de 
soutenir  la  charge. 

Le  fer  résiste  partie  à  la  traction,  partie  à  la  compression, 
et  le  bois  uniquement  à  la  compression  ;  il  y  a  une  telle 
solidarité  entre  ces  deux  éléments,  que  si  seulement  une 
faible  partie  de  l'un  d'eux  venait  à  manquer,  il  serait  impos- 
sible au  système  de  se  soutenir. 

Mais  lorsque  les  parties  constituantes  d'un  tout  ont  une 
solidarité  aussi  absolue,  il  est  de  rigueur  que  chacun  des 
éléments  qui  le  composent  ail  des  chances  de  durée  aussi 
grandes  l'un  que  l'autre.  Si  l'on  réunit  une  matière  périssable, 
comme  le  bois,  avec  une  substance  durable,  comme  le 
fer,  l'existence  du  tout  sera  limitée  à  celle  de  l'élément  le 
plus  périssable  ;  il  faut  s'attendre  donc  à  ce  que  la  moindre 
infiltration  continue  d'eau  sur  quelques  points  de  l'armature, 
ou  la  plus  légère  flamme  en  cas  d'incendie,  détruise  la  conti- 
nuité des  faibles  soutiens  en  bois,  et  entraînent  la  ruine  de 
l'ensemble. 

Si  nous  sommes  entrés  dans  d'aussi  longs  détails,  c'est 
moins  pour  démontrer  les  inconvénients  de  l'armature 
Batelier  que  pour  prémunir  les  inventeurs  futurs  contre  les 
dangers  de  combinaisons  du  même  genre  entre  deux  éléments 
d'une  durée  si  différente. 

L'auteur  propose  bien,  subsidiairement,  de  remplacer  les 
panneaux  en  bois  par  des  feuilles  de  métal  (des  plaques  de 
tôle  probablement).  Nous  préférerions  des  panneaux  de  fonte 
à  jour  ;  mais  quelle  dépense  pour  le  moulage  et  l'ajustement  ! 
Il  serait  plus  simple  et  plus  rationnel  de  faire  un  arc  en  fonte 
d'une  seule  pièce  avec  une  corde  en  fer;  alors,  adieu  toutes 
les  combinaisons  du  système  (2). 


(1)  Ce  sont  MM.  les  architectes  Hauciebourt ,  Vestier,  Van-Cléemputle, 
Hippolyte  Delagénière,  Dubois,  Dupré,  Berllieral,  J.  Rolland,  et  MM.  les 
entrepreneurs  de  serrurerie  Roussel  et  Richer-Lcleu. 

(2)  Depuis  que  nous  avons  écrit  ces  lignes,  il  a  été  fait  quelques  modifica- 
tions à  l'armature  Batelier.  On  parait  avoir  adopté  définilivement  les  pan- 
neaux en  tùle.  L'auteur  vient  d'établir,  à  ses  risques  et  périls,  un  plancher 
d'épreuve  de  son  système,  dans  l'enceinte  du  nouvel  hospice  Louis- Philippe. 

Ce  plancher,  dont  nous  donnons  le  canevas,  fig.  3  bis,  pi.  1,  forme  un 
carré  de  9  m.  00  de  c6to,  divisé  en  deux  travées  égales  par  une  princi- 
pale (a  b);  CCS  travées  sont  portées  sur  deux  murs  parallèles.  L'armature 
(o  b)  reçoit,  au  quart  de  sa  longueur,  à  partir  des  murs,  quatre  chevôtres  (c), 
harponnés  d'un  bout  sur  le  dos  de  l'armature  principale  (a  b),  et  de  l'autre. 


Nous  lui  trouvons,  dans  l'ensemble  de  ses  combinaisons, 
une  certaine  analogie  avec  les  ponts  de  Palladio,  donnés  par 
Rondelet,  dans  son  Art  de  bâtir,  fig.  4,  6  et  8,  pi.  100. 

CONCLUSION. 

Mais  à  quoi  bon,  en  définitive,  surmonter  des  armatures 
en  fer  d'un  arc  en  maçonnerie  dépourvu  des  moyens  de 
retenir  directement  sa  propre  poussée?  Que  veut-on,  en 
réalité?  N'est-ce  pas  obtenir  une  plate-bande  rigide,  inexten- 
sible et  capable  de  supporter  une  charge  verticale  considé- 
rable sans  exercer  de  poussées  sur  les  supports? 

En  procurant  Tinextensibilité  à  notre  arc  en  maçonnerie, 
nour  aurons  rempli  le  programme.  Qu'avons-nous  besoin  de 
lui  adjoindre  un  arc  en  fer  très-coûteux  et  pouvant  devenir 
plus  nuisible  qu'utile?  Ou  bien,  si  nous  adoptons  un  arc  en 
fer,  à  quoi  bon  lui  adjoindre  un  arc  en  pierre? 

Pour  qu'il  y  ait  unité  d'action  entre  les  deux  objets  soli- 
daires qui  composent  une  plate-bande  ou  poitrail  formé  d'une 
armature  en  fer  surmontée  d'un  arc  en  pierre,  il  est  indispen- 
sable que  les  deux  parties  constituantes  aient  une  simul- 
tanéité et  une  conformité  d'action  complètes. 

Mais  la  pierre  et  le  fer,  recevant  d'une  manière  différente 


sur  deux  filets  en  bois  (d),  portant  de  chaque  bout  sur  les  tètes  des  murs  et 
soutenus  sur  leur  longueur  par  des  poteaux.  Ces  chevètres,  qui  sont  de  vé- 
ritables armatures,  reçoivent  huit  solives  (e)  du  même  système,  tandis  que 
d'autres  solives  (()  remplissent  1  intervalle  entre  les  murs  et  les  chevètres. 
La  hauteur  de  l'armature  principale  (a  6)  est  de  0  m.  50,  et  celle  des  autres 
est  deO  m.  40;  l'excédant  est  placé  en  dessus. 

L'aire  de  ce  plancher  repose  sur  des  plaques  de  tùle  cannelées  qui  sont  re- 
çues par  des  tringles  de  fer  mince  dites côles  di  tache,  établies  sur  le  dos  des 
solives,  et  espacées  de  0  m.  43  c.  Les  cannelures  donnent,!  ces  plaques  de  tôle 
une  certaine  rigidité.  Le  plafond  est  liourdi>  en  plâtre  sur  grillage  en  fil  de  fer, 
il  larges  mailles,  tenant  lieu  de  lattis,  et  soutenu  par  une  autre  série  de  cùtei 
de  vache  reposant  sur  les  cordes  des  solives  et  des  chevètres. 

Ce  plancher  porte  une  charge  d'épreuve  composée  de  briques  distribuées 
régulièrement  sur  toute  sa  surface,  et  évaluée  à  300  kilogr.  par  mètre  super- 
ficiel. Celte  charge  nous  paraît  insuffisante  pour  que  ce  plancher  puisse  ins- 
pirer une  parfaite  sécuril('.  D'après  Rondelet  {Art  de  bâtir),  la  plus  grande 
charge  que  reçoivent  ordinairement  les  planchers  des  maisons  d'habitation, 
est  celle  que  produit  une  réunion  de  personnes  debout  et  pressées  les  unes 
contre  les  autres,  charge  qu'on  t'value  à  39S  kilog.  par  mètre  carré.  Il  fau- 
drait donc  que  le  plancher  d'essai  portât  au  moins  400  kilogr.  par  mètre  sans 
fléchir,  car  tout  le  monde  n'est  pas  nécessairement  dans  un  repos  absolu. 
Dans  les  réunions,  les  uns  marchent,  les  autres  dansent,  et  par  suite  des 
mouvements  concordants  de  ces  derniers,  qui,  alternativement  s'enlèvent  et 
retombent,  une  oscillation  est  imprimée  au  plancher,  et  la  somme  de  tous  ces 
efTels  dépasse  très-sensiblement  celui  du  simple  poids  des  assistants  supposé 
uniformément  réparti;  seulement  lorsqu'on  danse,  la  foule  ne  peut  pas  être 
précisément  aussi  compacle  que  lorsqu'on  ne  danse  pas. 

Tous  les  panneaux  de  remplissage  des  armatures  de  ce  plancher  sont  en 
tùle,  variant  d'épaisseur  de  2  à  o  millimètres.  L'un  des  panneaux  de  la  ferme 
principale  s'est  voilé  sous  la  charge  près  de  la  portée  d'un  chevètre.  Cette 
circonstance  n'a  pas  augmenté  notre  confiance  en  ce  système,  composé  d'élé- 
ments trop  grêles  pour  avoir  une  résistance  soutenue,  soit  contre  la  charge. 
soit  contre  l'oxydation.  On  tremble  à  voir  le  mince  ruban  de  fer  qui  forme  le 
tirant  principal,  et  dont  la  rupture  entraînerait  subitement  la  chute  de  tout  le 
reste. 

Malgré  la  légèreté  de  ses  éléments,  le  plancher  d'épreuve  revient  encore  à 
32  fr.  le  mètre  superficiel,  compris  aire  et  augets  du  plafond.  Il  est  bon  de 
faire  observer  que  les  plaques  de  tôle  cannelées  portant  l'aire.économisent  les 
poteries  ordinairement  employées  au  remplissage  des  planchers  en  fer,  et 
qui  reviennent  moyennement  à  lô  fr.  par  mètre  superficiel. 


17 


REVUE  DE  L'AUCFIITECTiniE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


M 


les  impressions  atmosphériques,  ne  sont  point  dans  les  con- 
ditions voulues  pour  réaliser  cet  accord . 

Lorsque  l'arc  en  fer  sera  gonflé  parla  dilatation,  il  tendra 
à  soulever  l'arc  en  pierre  et  il  portera  ainsi  toute  la  charge, 
sauf  à  la  laisser  entièremcjnt  sur  le  dos  de  l'arc  en  pierre 
quand  il  aura  été  lui-même  contracté  par  le  froid. 

L'arc  en  pierre,  qui  est  susceptible  d'affaissement  par 
suite  de  la  compressibilité  du  plâtre  ou  du  mortier  de  ses 
joints,  et  l'arc  en  fer,  qui  est  susceptible  d'allongement  et 
de  raccourcissement  par  l'effet  des  variations  de  la  tempéra- 
ture atmosphérique,  n'auront  jamais  une  simultanéité  d'ac- 
tion qui  rende  efficace  la  somme  de  leurs  puissances.  Au  lieu 
d'être  auxiliaires  l'un  de  l'autre,  ils  ne  seront  que  des  sup- 
pléants réciproques.  Et  si  l'arc  en  pierre  ne  donnait  momen- 
tanément quelque  sécurité,  en  cas  de  rupture  de  l'arc  en 
fer,  nous  aimerions  presque  autant  une  assise  courante  qui 
coûterait  beaucoup  moins  cher. 

Il  nous  semble  donc  plus  simple,  plus  rationnel  et  plus 
économique  de  supprimer  l'arc  en  fer  et  d'appliquer  directe- 
ment son  tirant  à  l'arc  en  pierre  dont  il  maintiendra  la  pous- 
sée (1).  On  aurait  un  tirant  sur  chaque  face,  et  dans  le  pre- 
mier joint  une  plaque  de  fonte  recevant  les  deux  tirants  et  le 
joint  de  douelle  du  premier  voussoir  (voy.  fig.  5,  pi.  1). 

Le  poitrail  ainsi  constitué  par  la  combinaison  de  deux  puis- 
sances, l'une  active  (l'arc),  l'autre  passive  (le  tirant),  de- 
venues tellement  solidaires  que  l'une  neutralisera  constam- 
ment l'effort  de  l'autre,  tandis  que  dans  l'armature  complète 
en  fer  réunie  à  l'arc  en  pierre,  nous  avons  deux  puissances 
actives  et  rivales,  soumises  à  des  lois  diverses  qui  les  empê- 
cheront de  concourir  à  un  but  commun. 

M.  Roudsot  propose,  avec  raison  {col.  67  du  6*  vol.  ),  de 
substituer  le  fer  fondu  au  fer  forgé  dans  la  confection  de  l'arc 
des  armatures,  à  cause  de  la  plus  grande  résistance  de  la 
fonte  à  l'écrasement.  Nous  avions,  il  y  a  quelques  années, 
fait  un  projet  sur  ce  principe  ;  mais  nous  ne  pouvons  être  de 
l'avis  de  M.  Boudsot  sur  la  réduction  proportionnelle  de  la 
section  de  l'arc,  d'où  il  suivrait  que  la  résistance  de  la  fonte 
à  l'écrasement  étant  moyennement  double  de  celle  du  fer 
forgé,  on  devrait  diminuer  de  moitié  la  section  de  l'arc  en 
fonte,  et  à  fortiori  si  l'on  employait  les  fontes  blanches  qui, 
tout  en  étant  les  plus  dureset  les  plus  fragiles,  résistent  néan- 
moins davantage  à  l'écrasement  que  les  fontes  grises  et  douces. 
La  fonte  étant  beaucoup  plus  fragile  que  le  fer,  et  par 
conséquent  moins  capable  de  résister  à  la  flexion,  il  serait  à 
craindre  que  le  moindre  mouvement  transversal  ne  fît  rom- 
pre l'armature.  Et  la  longueur  de  l'arc  étant  infiniment  plus 
grande  que  son  épaisseur,  le  simple  effet  de  la  compression 
de  l'arc,  eu  tendant  aie  faire  voiler,  pourrait  le  briser.  Il  im- 
porte donc  que  l'arc  en  fonte  ait  une  section  en  forme  de  T, 


(1)  M.  César  Daly  nons  a  appris  depuis  que  ce  système  a  t'U'  employé  en 
Angleterre,  notamment  dans  une  maison  construite  à  L/indrcs  il  y  a  quatre 
ou  cinq  ans,  d'aprùs  le  plan  et  sous  la  direction  do  M.  Owen  Jones,  l'auteur 
du  magniflquc  ouvrage  sur  l'Alliambra  dont  il  a  été  plusieurs  fois  question 
dans  cette  Hevue. 

T.  VU. 


et  qu'il  ait  un  volume  double  au  moins  de  celui  du  fer  forgé. 
Mais  est-il  prudent  d'accorder  aux  armatures  en  fer  une 
confiance  illimitée,  même  en  supposant  la  parfaite  combinai- 
son des  diverses  parties  de  l' armature,  et  l'emploi  de  fer  de 
la  première  qualité  et  sans  défauts  dans  sa  structure?  Nous 
approuvons  fort  leur  substilution  aux  poitrails  en  bois  ;mai8 
nous  dirons  qu'il  faut  en  user  avec  prudence,  à  cause  de  l'al- 
longement progressif  du  fer  sous  une  charge  constante  et 
longtemps  prolongée.  Toutes  les  fois  donc  qu'on  n'aura  pas 
besoin  d'une  grande  portée  sans  supports  intermédiaires, 
comme,  par  exemple,  dans  une  devanture  de  boutique,  on 
fera  très  bien  de  diviser  le  poitrail  en  deux  ou  trois  parties 
par  autant  d'arcs  reposant  sur  un  ou  deux  groupes  de  co- 
lonnes en  fonte  (voy.  la  pi.  8,  col.  6),  surtout  si  le  mur  qui 
surmonte  le  poitrail  supporte  des  trumeaux  de  fenêtres;  nous 
disons  surtout,  parce  que  l'expérience  démontre  qu'un  mur 
plein,  quoique  plus  lourd  en  réalité,  fatigue  moins  l'arma- 
ture qui  le  porte  que  ne  le  fait  un  mur  percé  de  baies.  Il  y  a 
deux  raisons  pour  cela  :  la  première,  parce  que  la  charge 
d'un  mur  plein  se  distribue  également  sur  toute  la  longueur 
de  l'armature,  et  la  seconde,  parce  qu'un  tel  mur,  en  raison 
de  la  combinaison  de  ses  éléments  par  encorbellements  natu- 
rels, ne  peut  peser  de  tout  son  poids  sur  l'armature. 

L'effet  de  cette  disposition  est  tel  que,  si  les  culées  de 
l'arc  sont  bnnnes,  l'armature  poi  tant  un  mur  plein  de  20  m. 
de  hauteur  ou  davantage,  n'est  pas  plus  chargée  que  si  celui- 
ci  n'avait  que  5  ou  6  m.  Cette  propriété  résultant  de  la 
disposition  des  matériaux,  étant  susceptible  de  varier  à  l'in- 
fini, il  serait  difficile  de  la  soumettre  au  calcul.  Rondelet, 
dans  les  /*/.  16,  42  et  175  de  V Art  de  hùlir,  huitième  édition, 
et  M.  Yvon  Villarceau,  dans  cette  Rerue,  pi.  20  du  5«vol., 
donnent  des  exemples  d'arcs  qui,  ayant  quitté  par  affaise- 
ment  le  mur  qui  les  surmontait,  ont  laissé  ce  mur  soutenu 
par  un  encorbellement  naturel  résistant  parfaitement  à  la 
charge  supérieure.  Nous  avons  vu  un  mur  de  clôture,  dé- 
chaussé par  une  fouille,  s'écrouler  par  la  fondation,  tandis 
que  la  partie  supérieure  était  restée  debout  et  formait  >uie 
arcade  en  anse  de  panier  de  7  à  8  m.  d'ouverture.  On  perce 
souvent  de  larges  trous  dans  des  murs  pleins  sans  prendre 
beaucoup  de  précautions.  Le  seul  soin  indispensable  est  de 
faire,  si  les  circonstances  le  permettent,  l'ouverture  en  forme 
d'arc  à  redans  et  d'une  élévation  assez  grande  pour  que  des 
parties  isolées  des  matériaux  ne  puissent  pas  se  détacher. 

Lorsque  la  fondation  d'un  mur  tasse  dans  quelque  partie 
éloignée  de  ses  extrémités,  on  voit  les  deux  lézardes  qui  se 
forment  de  chaque  côté  de  la  partie  affaissée  décrire  chacune 
une  courbe  plus  ou  moins  régulière  et  tendant  à  se  réunir  à 
un  point  commun.  Si  le  mur  était  plein  et  bomc^èoe,  la 
brèche  affecterait  une  certaine  régularité  ;  mais  s'il  était 
percé  de  baies,  le  tassement  partiel  pourrait  entraîner  par- 
fois de  graves  conséquences  (I). 


(1)  Cest  par  suite  de  cette  obsemtioii  <in'oa  garnit  de 
d'un  mnr  qu'on  renl  reprendre  « 


19 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PURLICS. 


90 


Nous  approuvons  encore  les  linteaux  en  fer  très-fort  sous 
plate-bande  en  pierre,  surtout  dans  les  reprises  en  sous- 
œuvre  (1). 

II  est  préférable,  même  dans  les  travaux  neufs,  de  ne 
point  entailler  la  pierre  pour  y  loger  le  fer,  car  l'oxydation 
peut,  à  la  longue,  faire  éclater  les  voussoirs  ;  puis  on  est  plus 
sûr,  quand  le  fer  n'est  pas  ainsi  encastré,  que  chaque  bloc 
portera  bien  exactement  sur  le  dos  du  linteau  ;  mais  il  faut 
avoir  soin  de  coiffer  les  colonnes  d'un  large  chapeau  en  fer. 
Il  faut  que  les  cales  soient  en  matière  dure,  telle  que  la 
brique  de  Bourgogne  très- cuite,  ou  de  la  pierre  dite  diquart, 
afin  que  le  sommier  ou  l'assise  qui  surmonte  les  points  d'ap- 
pui repose  sur  la  plus  grande  surface  possible.  L'emploi 
des  linteaux  en  fer  a  pris  cette  année  dans  les  travaux  neufs 
et  dans  les  reprises  en  sous-œuvre,  une  extension  telle  qu'ils 
paraissent  destinés  à  remplacer  tous  les  autres  systèmes. 

Une  paire  de  linteaux  de  0  m,  08,  et  de  5  m.  60  de  long, 
compris  portée  de  0  m.  30  chaque,  pèse  280  kilogrammes, 
et  coûte,  à  0  fr.  60  le  kilogramme,  168  fr.  Une  double  ar- 
mature à  arc  de  même  portée  pèserait  400  kilogrammes,  et 
coûterait,  à  0  fr.  90  le  kilogramme,  396  fr. 

Un  poitrail  en  chêne  de  0  m.  50  d'équarrissage  et  de  même 
longueur  (5  m.  00),  plus  0  m.  35  de  scellement  à  chaque 
bout,  cube  1  m.  43,  et  coûte,  compris  boulons  et  cales,  184fr., 
ou  un  peu  plus  que  les  linteaux  en  fer. 

11  est  juste  d'ajouter  au  prix  de  revient  des  linteaux  en  fer 
le  cube  de  la  pierre  de  taille  qui  devra  remplacer  le  volume 
du  poitrail  en  bois,  qui  est  de  1  m.  43.  Mais  comme  il  s'agit 
d'une  plate-bande  composée  de  claveaux  dont  la  forme  exige 
un  déchet  dans  la  pierre,  il  faut  compter  environ  2  m.  cubes 
de  roche,  lesquels,  à  100  fr.,  produisent  200  fr.  ;  plus  la 
taille  des  têtes,  de  50  fr.,  total  250  fr.  par  chaque  baie  de 
boutique  de  5  m.  00  d'ouverture,  ce  qui  ferait  500  fr.  pour 
une  maison  à  deux  boutiques,  et  d'une  longueur  de  façade 
de  14  à  15  m.  La  valeur  d'un  bâtiment  à  cinq  étages  de 
cette  étendue,  à  Paris,  serait  de  125  à  150,000  fr. 

Mais  il  ne  s'agit  pas  de  savoir  lequel  coûte  le  plus  du  bois 
ou  du  fer.  La  différence,  comme  on  le  voit,  n'est  que  d'un 
trois-centième  de  la  dépense  totale,  et  ne  peut  donc  pas  faire 
hésiter  sur  le  choix.  Il  importe  d'obtenir  les  poitrails  réunis- 
sant une  force  suffisante  et  une  durée  illimitée.  Tel  est  le 
principal  but  que  doivent  se  proposer  les  constructeurs  et 
ceux  qui  font  bâtir. 

Explication  des  Figures  de  la  Planche  l . 

Fig.  l'^.  Plate-bande  en  pierre  sur  linteaux  en  fer,  de 
Cm.  08  d'équarrissage,  posées  en  sous-œuvre,  rue  Duphot, 
sous  la  direction  de  M.  l'architecte  Rougevin.  [Voy.  pour  les 
détails  les  fig.  6,  7  et  8.) 

Fig.  2.  Plate-bande  en  pierre,  divisée  en  trois  travées, 


(i)  (Voy.  les  fig.  1  et  2,  pi.  i.)  Nous  recommandons  aussi  le  système  d'arcs 
figuré  dans  la  pi.  8  du  6«  roi.  de  cette  Bévue. 


dont  celle  du  milieu  est  monolithe,  et  les  deux  autres  appa- 
reillées en  claveaux.  Le  double  linteau  en  fer  est  semblable 
pour  les  détails  à  celui  de  la  fig.  précédente. 

Fig.  3.  Spécimen  d'une  desarmatures  Batelier,  de  moyenne 
portée  ;  c'est  un  des  plus  simples  de  ce  système. 

Fig.  3  bis.  Ensemble  d'un  plancher  d'épreuve,  établi 
d'après  le  système  Batelier. 

Fig.  4.  Arcades  en  pierre  de  la  rue  de  Provence. 

Fig.  5.  Arc  en  pierre,  muni  d'un  double  tirant  en  fer  (a  b) 
et  de  sabots  en  fonte,  détaillés  aux  fig.  9  et  10. 

Fig.  6.  Coupe  transversale,  au  1/10  de  la  plate-bande  en 
pierre  et  des  linteaux  en  fer,  des  fig.  1  et  2.  A,  plate-bande  ; 
b,  linteaux  en  fer  ;  c,  chapeau  en  fer  coiffant  les  colonnes  ; 
d,  cale  en  pierre  ou  en  brique,  et  mieux  en  fonte. 

Fig.  7.  Portée  des  linteaux  sur  les  piles  en  pierre;  b,  lin- 
teaux ;  d',  cales  en  fer. 

Fig.  8.  Portée  des  linteaux  sur  les  colonnes  en  fonte  vues 
de  face  ;  6,  linteaux  ;  c,  chapeau. 

Fig.  9  et  10.  Plan  et  élévation  d'une  des  attaches  des 
tirants  de  la  fig.  6.  Les  tirants  sont  munis,  à  chaque  bout, 
d'un  talon  a,  qui  s'engage  dans  une  entaille  ménagée  dans 
le  sabot  en  fonte  .\.  La  disjonction  est  prévenue  par  un  bou- 
lon b,  enfilant  les  œils  qui  terminent  les  tirants  et  passant  au 
travers  de  la  pile. 

H.  JANNIARD, 

Architecte  du  sonvemcment. 


LUTTE 

DES  OUVRIERS  ET  DES  ENTREPRENEURS. 

LE    TRAVAIL    ET    LES    GHÈVES. 
(Voyez  col.  127,  i63  et  301  du  6»  vol.). 


GRÈVE  DES  CHARFENTIEHS  XBT  1845. 

«  Si  l'on  pouvait  concevoir  un  État  assez  riche  pour  répan- 
»  dre  des  secours  gratuits  sur  tous  ceux  de  ses  membres  qui 
»  n'auraient  pas  de  propriété,  en  exerçant  celte  pernicieuse 
»  bienfaisance,  cet  État  se  rendrait  coupable  du  plus  grand 
y>  crime  politique,  car  si  celui  qui  existe  a  le  droit  de  dire  à  la 


21 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


22 


»  société  :  FaU-^noi  vivre  :  la  société  a  également  le  droit  de 
»  lui  répondre  :  Donne-moi  ton  travail, 

»  Si  le  travail  manque  à  l'ouvrier,  il  tombe  dans  la  misère, 
»  et  de  la  misère  au  désespoir  il  n'est  qu'un  pas,  comme  du 
»  désespoir  au  crime,  » 

Ces  graves  et  solennelles  paroles  de  l'Assemblée  nationale 
ont  été  acceptées  par  les  travailleurs.  Ils  les  ont  formulées  avec 
cette  concision  et  ce  puissant  laconisme  que  l'on  retrouve 
toujours  dans  le  langage  populaire  : 

«  Vivre  en  travaillant  ou  mourir  en  combattant I  » 

Ces  quelques  mots  renferment  toute  la  pensée  de  la  Consti- 
tuante :  le  droit  de  vivre,  le  désespoir  engendré  pai"  la  misère, 
elle  crime  d'une  guerre  fratricide. 

Voyons  comment  cette  devise,  qui  est,  il  faut  en  convenir, 
l'expression  de  la  grande  question  de  nos  jours,  a  été  comprise 
en  1845  par  les  ouvriers  charpentiers  de  Paris. 

LE   BUDGET    DE   LA    VIE. 

Les  ouvriers  charpentiers  de  la  capitale  sont  au  nombre  de 
4,000  à  5,000.  Parmi  eux,  comme  dans  tous  les  états,  il  est  des 
travailleurs  habiles,  doués  d'une  vive  intelligence,  qui  conçoi- 
vent et  exécutent  rapidement;  il  en  est  d'autres,  au  contraire, 
moins  brillamment  dotés  par  la  nature,  mais  qui  n'en  travail- 
lent pas  moins  pendant  10  heures  de  la  journée.  Au-dessus 
pourtant  de  ces  considérations  de  détail  il  est  un  fait  inexorable 
qui  dit  :  Habiles  et  moins  habiles,  tous  ont  le  droit  de  vivre  en 
travaillant. 

Or,  pour  que  le  travail  donne  de  quoi  vivre  à  l'ouvrier,  il  faut  : 

l»  Que  le  produit  annuel  couvre  les  dépenses  journalières; 

2"  Que  ce  produit  soit  à  l'abri  des  fluctuations  journalières  du 
marchandage;  en  d'autres  termes,  qu'il  soit  fixe  au  moins  dans 
une  de  ses  parties,  qu'il  assure,  en  un  mot,  un  minimum. 

Les  ouvriers  charpentiers,  plus  heureux  sous  ce  dernier  rap- 
port que  beaucoup  d'autres  corps  de  métiers,  avaient  en  1822 
et  en  1833  obtenu  ces  conditions. 

A  cette  dernière  époque,  comme  nous  l'avons  dit  (col.  306), 
/ousles  ouvriers  charpentiers  du  département  de  la  Seine  avaient 
obtenu  des  entrepreneure  en  bdtiments  4  fr.  par  journée  de 
10  heures  de  travail,  soit  40  cent,  par  heure.  Ils  s'étaient  égale- 
ment engagés  d'accepter  ce  prix  pendant  10  ans. 

Cette  convention  avait  été  agréée  des  deux  parties,  et,  il  faut 
le  dire,  entrepreneurs  et  ouvriers  avaient  fidèlement  rempli 
leurs  engagements. 

En  1845,  celte  convention,  tacite,  verbale  ou  écrite,  peu  im- 
porte, cette  convention  qui  avait  eu  jusque-là  force  de  loi,  se 
trouvait  périmée  depuis  deux  ans. 

Entre-temps,  deux  faits,  nouveaux  sous  quelques  rapports, 
s'étaient  produits. 

D'une  part,  l'ouvrier  charpentier,  comme  les  autres,  se  troïi- 
vait  eu  présence  du  renchérissement  progressif  des  choses  né- 
cessaires à  la  vie,  loyer,  nourriture,  habillement  ;  de  l'autre, 
les  entrepreneurs  en  bâtiments  s'étaient  adonnés  de  plus  en 
plus  auhasard  des  spéculations,  construisaient  pour  leur  propre 
compte,  bref,  beaucoup  d'entre  eux  étaient  devenus  autant  des 
spéculateurs  que  des  entrepreneurs. 

De  là  les  souffrances  matérielles  de  l'ouvrier  charpentier,  de 
là,  tantôt  une  fortune  plus  rapide,  tantôt  la  ruine  pour  un 


grand  nombre  d'entrepreneurs;  de  là,  surtout,  cette  âpreté  de 
gain  qui  rend  l'homme  tyrannique,  même  à  son  insu. 

La  charpente  entrant  pour  un  cinquième  environ  dans  l'en- 
semble des  frais  de  construction  d'une  maison,  et  la  main- 
d'œuvre  de  la  charpente  pour  un  dixième,  il  s'ensuit  qu'un 
renchérissement  dans  la  main-d'œuvre  pouvait  de  saite  fJure 
hausser,  par  exemple,  de  20,000  fr.  le  prix  coûtant  d'une  mai- 
son d'une  valeur  de  200,000  fr. 

Les  entrepreneurs  devenus  spéculatears,  c'est-é-dire  ne  su 
poitant  plus  les  dépenses  pour  le  compte  d'un  tiers,  et  ne  po 
vant  par  conséquent  faire  retomber  sur  autrui  les  résultats  ie 
ce  renchérissement,  voulaient  donc  prolonger  la  convention 
de  18.33. 

Les  ouvriers  avaient  un  intérêt  contraire.  Hs  avaient  dfnasé 
leur  budget,  et  les  4  francs  de  1833  leur  paraissant  insuffisants, 
ils  voulaient  augmenter  leurs  ressources. 

De  là  la  guerre  industrielle  de  1845  entre  la  chambre  syndi- 
cale des  entrepreneurs  decharpenteetles  ouvriers  charpentiers 

Voici  le  budget  de  l'ouvrier  : 
Logement  pour  l'année ,        92  00 

Nourriture  par  jour  et  par  année  : 

Premierdéjeuner,entre5el6heure8dumatin;pain 
5  cent.,  vin  ou  spiritueux  5  cent., total  10  cent, 
pour  l'année 36  50 

Second  déjeuner,  entre  9  et  10  heures  :  soupe  et 
viande 35 cent., pain  10  cent.,  vin  15c.;  total 60 
cent.  ;  pour  l'année 219  00 

Goûter,  entre  1  et  2  heures  :  pitance  1  Oc,  pain  10  c. 
vin  15  c,  total  35  cent.  ;  pour  l'année.    ...      12575 

Souper  à  6  heures  du  soir  (1  )  •  viande  30  c,  légu- 
mes 10c.,pain  IOc.,vin  15  c.,  total  65c.;  pour 
l'année 237  25 

Habillement  pour  Fannie  : 

6  chemises  en  toile 36  fr. 

3  paires  de  pantalons  de  toile.    ...  12 

3  pantalons  de  velours  ou  de  drap.     .  40 

gilet  de  laine 10 

autres  gilets,  dont  un  d'hiver  et  un 

d'été 20 

veste  de  drap 40 

blouses 10 

bourgerons 6 

cravates 10 

4  mouchoirs  de  poche 3 

2  casquettes 7 

3  paires  de  bottes  pour  garantir  les 
jambes  contre  les  coups 45 


2  paires  de  bretelles 
Itlauchissage.    .    . 

3 
242. 

• 

• 

Total.    .    . 

Total  général. 

•     . 

242  00 

26  50 

979  00 

(l)  Les  ouvriers  appfllrnt 
dernier  qu'ils  font. 

aiiui   leur  ivpu 

<1«|« 

b«ucs; 

c'eM 

M  dbi  U 

23 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


24 


LA    JOUnNKE    DE   TRAVAIL. 

Nous  avons  constaté  (co2..3 12, 6«  vol.),  d'après  les  laborieuses 
et  savantes  recherches  de  M.  de  Chabrol,  préfet  de  la  Seine  sous 
la  Restauration,  que  le  salaire  moyen  annuel  d'un  ouvrier, 
calculé  sur  plus  de  38,000  individus,  ne  s'était  élevé, pour  les 
années  1827,  i828,i829,  qu'à  sept  cent  trente-quatre  francs,ia.n- 
dis  que  la  dépense  moyenne  annuelle  pour  chaque  habitant  de 
Pai-is  avait  été  pour  ces  mêmes  années  de  mille  vingt  et  un 
FRANCS.  Nous  avons  également  rapporté  que  .M.  Frégier,  écono- 
miste très-consciencieux,  admettait  «  qu'en  thèse  générale, 
D  l'année  ouvrable  u'excède  pas  sept  .mois.  » 

Or,  si  nous  rapprochons  le  budget  ci-dessus  des  ouvriers  char- 
pentiers de  ces  données,  fournies  par  des  hommes  impartiaux, 
nous  trouvons  d'une  part,  qu'avant  la  convention  de  1 833,  la 
journée  des  ouvriers  charpentiers,  qui  était  de  3  fr.  50  cent., 
produisait  par  an,pour210jours  de  travail, un mimmttm  de  735 
francs,  somme  égale  à  celle  admise  par  le  préfet  de  la  Seine, 
défalcation  faite  du  chômage  et  des  pertes  de  temps ,  et  que 
d'autre  part,  le  budget  actuel  des  ouvriers  charpentiers  corres- 
pond, à  peu  de  chose  prés,  à  la  moyenne  des  dépenses 
retrouvée  par  M.  de  Chabrol  il  y  a  vingt  et  un  ans. 

Les  ouvriers  charpentiers  de  1845  n'exagéraient  donc  pas 
leurs  besoins  de  première  nécessité,  en  les  fixant  à  1000  francs; 
leur  demande  n'avait  rien  d'arbitraire  ni  de  tyrannique. 

MINIMUM  DEM.VNDÉ    PAR    LES    OUVRIERS   CHARPENTIERS. 

Les  ouvriers  charpentiers  demandèrent  donc  une  augmenta- 
tion de  10  cent,  par  heure  de  travail,  c'est-à-dire  un  minimum 
deSfr.  par  journée  de  travail  de  10  heures.  Cette  augmentation 
portait  à  1 ,050  francs  les  840  francs  par  an  qu'ils  recevaient 
en  raison  de  4  fr.  par  jour,  depuis  1833,  en  calculant  l'année 
ouvrable  à  210  jours. 

L'augmentation  demandée  était  donc  de  210fr.  par  an  pour 
chaque  ouvrier,  ou  d'un  million  cinquante  mille  francs  sur  le 
nombre  total  des  5,000  ouvriers  charpentiers,  ou,  en  d'autres 
termes,  cette  augmentation  équivalait  à  un  bénéfice  annuel 
EN  MOINS  de  trois  mille  cinq  francs  pour  chaque  entrepreneur, 
en  portant  leur  nombre  à  300  (1). 

Il  s'agissait  donc,  en  définitive,  du  partage  d'uN  million; 
l'enjeu  était  assez  rond,  c'était  à  qui  l'aurait  :  Inde  ira  ! 


(l)  Le  chiffre  de  300  nous  parait  trop  fort.  L'Annuaire  les  bâtiments  ne  fait 
mention  que  de  186  entrepreneurs  de  cliarpenle.  VAlmanach  des  23,000 
adresses  n'en  cite  que  86.  Or,  d'un  côté,  le  déficit  annuel  par  entrepreneur 
devant  s'accroître  en  raison  inverse  du  nombre  des  victimes,  et  de  l'autre 
côlé,  la  perte  de  chacun  devant  être  proportionnelle  à  l'étendue  de  ses  opé- 
rations, comme  parmi  les  entrepreneurs  qui  figurent  sur  la  liste  des  livres 
d'adresses  et  sur  les  registres  de  la  Ctiatnbre  syndicale,  il  en  est  un  bon  nom- 
bre qui  ne  font  que  de  très-petites  affaires,  le  déficit  réel  pour  les  principaux 
entrepreneurs  pouvait  devenir  considérable. 

Les  entrepreneurs-spéculateurs  étant  dans  l'impossibilité  de  faire  monter 
tout  à  coup  et  proportionnellement  à  l'augmentation  de  la  main-d'œuvre  le 
prix  de  leurs  maisons  ou  le  tarif  des  loyers,  attendu  la  concurrence  des  pro- 
priétaires de  maisons  plus  anciennement  bâties,  ils  se  voyaient  menacés  d'une 
perte  nette  très-forte,  et  on  s'explique  l'énergie  d'une  défense  qui  avait  aussi 
s»  légitime  raison  d'être. 

(NoU  de  M.  Céiar  Daly.) 


De  quel  côté  était  le  droit? 

Le  droit  naturel  (1)  était  évidemment  du  côté  des  ouvriers, 
car  que  demandaient-ils  en  somme?  de  vivre  en  travaillant. 

Le  droit  conventionnel  était  également  de  leur  côlé,  puisque 
dix  années  s'étaient  écoulées  depuis  le  pacte  de  1 833. 

L'ouvrier  capable. 

Nous  l'avons  dit,  les  ouvriers  charpentiers  demandaient  un 
minimum  de  5  fr.  par  jour  pour  tout  ouvrier  indistinctement, 
ou,  en  adoptant  leur  formule,  pour  tout  ouvrier  capable. 

Cette  distinction  était  aussi  juste  que  rationnelle  :  elle  signi- 
fiait tout  bonnement  que  tout  ouvrier  reconnu  capable,  après 
deux  ou  trois  jours  de  travail  à  l'essai,  serait  payé  à  raison  de 
5  fr.  par  jour,  ce  qui  équivalait  à  admettre  que  les  apprentis 
n'avaient  pas  droit  à  cette  rétribution. 

L'égdisme  se  fait  volontiers  ergoteur. 

Eh  bien,  qui  le  croirait  !  on  a  tiré  de  ce  mot  capable,  si  simple 
et  si  clair,  des  inductions  à  perte  de  vue.  On  y  a  vu  le  système 
égalitaire,  l'absence  de  toute  justice,  l'inégalité  la  plus  cho- 
quante pour  l'ouvrier,  la  tyrannie  la  plus  absurde  pour  le 
maître.  C'était  à  ne  plus  s'y  reconnaître. 


LES  OIJVniERS  CHARPENTIERS  SOUTIENNE.NT  LF.IR  DROIT. 
RONS  PROCÉDÉS. 


LEURS 


Les  ouvriers  charpentiers  appartiennent  à  ce  petit  nombre  de 
travailleurs  qui  peuvent  s'entendre  et  s'associer,  et,  par  consé- 
quent, qui  peuvent  opposer  une  puissance  réelle  à  la  puissance 
de  leurs  maîtres.  Ici  le  travail  peut  compter  avec  le  capital.  Les 
ouvrieis  charpentiers  profitèrent  donc  de  leur  position  excep- 
tionnelle, mais  ils  mirent  des  formes  à  leurs  demandes. 

Dès  le  mois  de  mai  i  8  iS,  ils  s'adressèrent  aux  entrepreneurs, 
en  leur  disant  que  leurs  besoins  journaliers  exigeaient  une- 
augmentation  de  salaire;  que  s'ils  consentaient  à  cette  aug- 
mentation, ils  s'engageraient  à  terminer  les  travaux  com- 
mencés pour  ne  pas  causer  à  leurs  entrepi-ises  des  pertes 
imprévues,  mais  que  là  s'arrêterait  leur  engagement.  Ce  temps 
écoulé,  la  journée  de  10  heures  serait  portée  de  4  à  5  francs. 
Les  ouvriers  ajoutaient  que  si  ces  propositions  n'étaient  pas 
agréées,  ils  étaient  dans  la  ferme  détermination  d'entrer  en 
grève  un  mois  après  cette  communication. 

La  chambre  syndicale  des  entrepreneurs  de  charpente  du  départe- 
ment de  la  Seine. 

On  le  voit,  les  propositions  des  ouvriers  charpentiers  étaient 
claires  et  précises  ;  forts  de  l'esprit  d'association  qui  les  animait, 
ils  plaçaient  à  côlé  de  leur  projet  de  loi  la  sanction  qui  devait 
le  rendre  obligatoire.  Le  droit  était  appuyé  par  la  force  ;  ils 
avaient  assuré  leur  triomphe. 


(1)  Le  droit  naturel  nous  paraît  exister  de  part  et  d'autre.  S'il  est  évidem- 
ment juste  et  naturel  de  vouloir  vivre  en  travaillant,  il  n'est  pas  non  plus 
contraire  au  droit  naturel  de  lutter  contre  une  ruine  imminente  ou  contre  un 
cliangement  de  nature  à  causer  un  préjudice.  Il  faut  tenir  compte  de  tous  les 
intérêts  et  reconnaître  leur  légitimité  naturelle,  quand  même,  par  la  force  des 
circonstances  et  par  suite  des  imperfections  de  notre  système  social,  on  est 
amené  à  sacrifier  les  uns  aux  autres.  Dans  ce  monde  tous  les  chiens  qu'on 
tue  ne  sont  pas  enragés,  quoi  qu'on  dise.  (N^oie  de  M.  César  Daly.) 


25 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX   PUBLICS. 


Les  argumenls  des  ouvriers  charpentiers,  dirigés  contre  la 
bourse  des  entrepreneurs,  et  tendant  à  distraire  de  leurs  poches 
le  million  dont  nous  avons  parlé,  ces  argumenls,  disons-nous, 
ne  parurent  pas  concluants  à  la  chambre  syndicale.  Elle  ne  ré- 
pondit pas  aux  ouvriers;  seulement,  le 6  juin  1845, elle  adressa 
la  circulaire  suivante  à  tous  les  entrepreneurs  de  charpente  : 

Monsieur  et  cher  confrère, 

Nous  avons  l'Iioiincur  de  vous  informer  que  les  entrepreneurs  de  char- 
pente du  di'partement  de  la  Seine,  réunis  en  assemblée  générale  à  la 
Chambre  syndicale,  au  nombre  de  cent  vingt-six,  le  28  mai  dernier,  à 
l'occasion  de  la  demande  d'une  augmentation  de  salaire  de  10  centimes 
par  heure,  formée  par  les  délégués  des  ouvriers  charpentiers,  a  été 
unanimement  d'avis  do  maintenir  le  prix  actuel. 

Cet  avis  est  motivé  sur  ce  que  : 

lo  Le  prix  de  4  francs  par  jour,  existant  présenleraent,  n'est  qu'une 
base  à  invoquer  au  cas  de  contestation  entre  l'entrepreneur  et  l'ouvrier, 
mais  qu'il  est  facultatif  à  l'un  et  h  l'autre  de  stipuler  un  prix  plus  ou 
moins  élevéi  selon  la  capacité  de  l'ouvrier. 

2»  Que  le  marchandage,  suspendu  par  le  fait  des  ouvriers,  depuis  la 
grève  de  18:!3,  n'a  jamais  été  interdit,  et  qu'il  reste  aussi  facultatif  tant 
au  maître  qu'à  l'ouvrier. 

Nous  nous  faisons  un  devoir  de  porter  à  votre  connaissance  cette  dé- 
libération; vous  serez  convaincu  par  là  de  l'intérêt  que  porte  la  Cham- 
bre aux  membres  de  notra  profession. 

Agréez,  monsieur  et  cher  confrère,  l'assurance  de  nos  sentiments  dis- 
tingués. 

Au  nom  du  conseil, 

Les  membres  du  syndicat, 
Saint-  Salvi  ;  —  Diprez  ;  —  Mout  ;  —  Albouï  ;  —  Roux  ; 
Priiident,  Vice-président,  Trésorier,  Secrétaires. 

Cette  lettre  était  loin  de  répondre  à  la  demande  des  ouvriers. 

Le  marchandage  ayant  été  aboli  conventionnellement  et  de 
fait  depuis  1833,  le  minimum  de  4  francs  fixé  à  cette  époque 
pour  tout  ouvrier  capable,  et  nous  avons  dit  ce  qu'il  fallait  enten- 
tendre  par  ces  mots,  étant  déjà  deux  choses  acquises,  il  est 
évident  que  la  Chambre  syndicale  cherchait  à  dégainer  de 
vieilles  armes  que  le  temps  avait  rouillées. 

Il  y  a  plus, la  questiou  de  savoir  s'il  existait  ou  non  «  la  fa- 
»  culte  de  stipuler  un  prix  plus  ou  moins  élevé,  selon  la  capacité 
»  de  l'ouvrier;  »  cette  question,  disons-nous,  n'avait  pas  même 
été  agitée.  Elle  était,  en  effet,  trop  dans  les  us  et  coutumes  des 
travaux  en  charpente  pour  que  les  ouvriers  en  parlassent;  car 
il  est  bon  de  faire  remarquer  aux  personnes  qui  l'ignorent  que 
le  minimum  de  5  francs,  fixé  par  les  ouvriers  charpentiers,  ne 
représentait  que  la  limite  inférieure  à  laquelle  devait  descendre 
le  travail  de  tout  ouvrier  capable;  mais  cette  limite  n'excluait 
nullement,  au  contraire,  un  prix  plus  fort  «  selon  la  capacité 
de  Couvrier.  »  Le  mot  de  capacité  était  ici  pris  pour  celui 
inhabileté  exceptionnelle. 

L'historien  impartial  est  donc  forcé  de  conclure  que  cette 
lettre  de  la  Chambre  syndicale  était  une  réponse  négative. 

Commencement  de  la  guerre  du  million. 

On  ne  saurait  trop  le  répéter,  la  devise  de  guerre  de  la  mas.se 
des  ouvriers  français,  qui  ne  peut  et  ne  saurait  être  que  celle 
de  «  vivre  en  travaillaul  ou  mourir  en  combattant,»  parce  que, 
considérés  dans  leur  ensemble,  les  ouvriers  ne  jouissent  pas, 
comme  en  Angleterre,  des  moyens  de  s'entendre  et  de  s'asso- 


cier ;  cette  devise,  disons-nous,  a  été  depuis  quelques  annéee 
et  le  sera  de  plus  en  plus  pour  eertainu  catégories  d'ouvriera, 
restreinte  à  son  premier  terme,  à  celui  de  vivre  en  travaillant. 

Les  ouvriers  charpentiers  de  1845,  encore  plus  logiciens 
que  ceux  de  1833,  époque  à  laquelle  il  y  eut  parmi  eux  quel- 
ques voies  de  fait,  se  mirent  donc  patiemment  à  faire  le  siège 
du  million,  sans  armes  de  guerre,  mais  avec  la  longanimité 
et  la  prudence  des  plus  grands  capitaines  temporisateurs  que 
l'histoire  ait  illustrés. 

Voici  la  première  attaque  publique,  sous  forme  de  lettre 
imprimée,  qu'ils  adressent  à  MM.  les  entrepreneurs, aoz  déten- 
teurs du  million. 

^t  MM.  kt  maîtres  charpentiers  de  la  viUe  de  Paris  et  dm  dèfortmmU 
de  la  Sniw. 

Messiedm, 

D'après  votre  dernière  circulaire,  vous  repouuez  la  Jemandeqac  atm» 
vous  avons  faite  à  l'effet  d'obtenir  une  augmeotation  de  40  cealÙMS  nr 
chacune  des  heures  de  notre  travail,  et,  à  cette  occsiiioD,  vous  ( 
la  légalité  du  prix  obligatoire  de  4  francs  pour  la  journée  actuelle,  eti 
paraissez  considérer  toujours  le  marchandage  de  la  charpente 
étant  facultatif  aux  maîtres  et  aux  ouvriers. 

Nous  ne  voulons  pas  examiner  ici  fi  vos  prédieaaasan  étaient  de  I 
foi  en  1822  et  en  18:).3,  (|uaod  ils  nous  ont  accordé  notre  denuode;  i 
l'avons  cru  alors,  nous  le  croyons  encore,  et  «ans  doute  eux  awiieo  Mat 
persuadés;  ce  qui  nous  04-cupe  maiulenant,  c'est  notre  demande  que 
nous  vous  réitérons,  et  qui  consiste  à  faire  obtenir  un  prix  de  50  cca* 
times  par  heure  à  tout  ouvrier  capable  de  travailler  la  cbarpenle. 

Si  cette  demande  vous  parait  exagérée, que  celui  d'entre  vous  qui  poar- 
rail  se  contenter  du  double  d'un  pareil  salaire  nousjette  la  première  pierre, 
et  qu'il  nous  fasse  passer,  s'il  le  peut,  pour  des  bomoMs  changeants  et 
insatiables,  qui  repoussent  aujourd'hui  ce  qu'ils  demandaient  la  veille. 

Cette  journée  de  5  francs,  par  dix  heures,  que  l'on  lait  tonner  si  haut, 
est  bien  loin,  messieurs,  de  valoir  à  chacun  de  nous  k  soaae  i» 
1,800  francs  p»r  année  comme  on  pourrait  le  croire  :  les  q/ÊÊtndu- 
quièmes  des  ouvriers  charpentiers  ont  un  chômage  forcé  de  daq  Mois 
par  an,  résultant  du  manque  d'ouvrage  ou  de  l'inconstance  du  temps; 
restent  donc  sept  mois  de  travail  qui  peuvent,  au  maximum,  dsas  l'état 
actuel  du  prix  de  la  journée,  rapporter  anuuellemeat  à  pt«  ftts 
8S0  francs;  nous  demandons  200  francs  d'augmentation;  c'ert  dose 
environ  l.OSU  francs  par  au  pour  notre  nourriture,  notre  eatrtticn  et 
notre  instruction,  dont  les  frais,  pour  beaucoup  d'entre  bobs,  sestpris 
sur  le  produit  de  notre  travail,  n'ayant  eu  ni  le  temps,  ni  les  moyem 
d'étudier  dans  notre  jeunesse. 

Cette  journée  de  5  francs,  qui  vous  parait  si  élevée,  ne  représenta  ce- 
pendant, linancièremeut  parlant,  aujourd'hui, que  les  i  f rues  ^m  mmm 
avons  obtenus  en  l'année  ISii.  Alors,  pour  lUO  francs  de  capital,  oa 
avait  facilement  3  francs  d'intérêt;  maintenant, pour  une  même  rente, il 
faut  l2o  fraocii  :  c'est,  sauf  erreur,  à  peu  prés  la  proportioo  4e  4  à  5. 
Ainsi,  vous  le  voyez,  messieurs,  l'argent,  depuis  vingt4rois  ans,  a  | 
plus  d'un  sixième  do  sa  valeur,  et  cependant  noe  beseias  et  aes  < 
sont  restés  les  mêmes.  Pourquoi  donc  rétrograderioaa  aoa»  qaaad  laal 
marche  à  nos  côtés?  Pourquoi  le  prix  de  notre  Jowaée  na  saiail-a  pas 
plus  élevé  que  celui  de  la  journée  d'un  aide  coavrear,qni,ccrtes,  n'a  pas 
besoin  de  faire  un  long  apprentissage  pour  étia  expart  dans  aaa  aédar? 
Ia>s  dangers  que  ces  ouvriers  courent  JooniaileBaat,  et  las  Mqaaals^6- 
mages  auxquels  ils  sont  assujettis,  donnent,  direz-voas,  les  motiCi  «Taa 
prix  aussi  élevé  ;  mais  nous  vous  demanderons  si  notre  étal  est  sans  daa- 
gers,et  s'il  existe  beaucoup  datelien  de  charpente  où  les  ouvriers  paie» 
sent  être  à  l'abri  pendant  une  journée  entière  Je  nuavab  leaipeTTaas 
savez,  messieurs,  qu'il  n'en  est  pas  ainsi,  et  que,  poar  les  daagacs  et 


27 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


28 


les  chômages,  nous  sommes  aussi  mal  partagés  que  les  ouvriers  cou- 
vreurs et  leurs  aides. 

Déjà  quelques-uns  d'entre  vous  (le  petit  nombre  sans  doute),  fidèles 
aux  anciennes  traditions,  veulent  absolument  voir,dans  notre  demande, 
une  révolte  contre  les  lois,  et  nous  signalent  aux  autorités  comme  des 
brouillons  obéissant  à  un  parli  hostile  au  gouvernement.  Non,  messieurs, 
nous  ne  sommes  pas  des  hommes  politiques,  nous  n'en  avons  jamais  eu 
la  prétention  ;  nous  n'en  avons  ni  le  temps,  ni  les  talents,  pas  plus  au- 
jourd'hui qu'il  y  a  douze  ans,  ni  qu'il  y  a  vingt-trois  ans.  Nous  sommes 
tout  simplement  des  ouvriers;  nous  avons  la  conscience  de  ce  que  nous 
valons,  et  nous  sommes  certains  que  vous  ferez  droit  à  notre  demande, 
quand  vous  aurez  mûrement  rédéchi  qu'elle  ne  vous  est  nullement  désa- 
vantageuse; nous  cherchons  à  relever  noire  industrie  que  des  rabais 
déplorables  et  incompréhensibles  tendent  à  ravaler  au-dessous  de  l'état 
de  manœuvre.  Nous  croyons,  en  faisant  cela,  avoir  droit  à  l'estime  et 
à  la  reconnaissance  de  ceux  qui  viendront  après  nous,  et  qui,  nous 
l'espérons,  profiteront  de  notre  œuvre  et  la  conserveront. 

Nous  n'occasionnerons  aucune  espèce  de  troubles  et  nous  ne  ferons 
pas  de  rassemblements  tumultueux,  et  si  nous  déplorons  avec  vous  la 
gêne  momentanée  où  vont  se  trouver  quelques-uns  d'entre  vous  par  suite 
du  chômage  forcé  auquel  votre  refus  nous  condamne,  nous  n'en  pour- 
suivrons pas  moins  notre  but,  auquel  nous  espérons  arriver  avec  votre 
concours.  Et,  en  effet,  messieurs,  au  lieu  de  nous  représenter  aux  auto- 
rités de  notre  pays  comme  des  révoltés,  ne  vaudrait-il  pas  mieux  vous 
joindre  à  nous  pour  faire  améliorer  notre  sort?  Vous  serait-il  bien  diffi- 
cile de  représenter  et  même  de  prouver  mieux  que  nous,  à  ceux  qui 
nous  gouvernent,  que  noire  demande  u'est  que  juste  et  nullement 
exagérée,que  les  fatigues  et  les  dangers  de  notre  étal  la  motivent  bien 
réellement?  Si  vous  faisiez  cela,  certes,  voire  conscience  ne  vous  le 
reprocherait  jamais,  et  notre  reconnaissance  vous  serait  acquise  bien 
sincèrement. 

Une  objection  que  vous  nous  permettrez  encore  de  réfuter,  c'est  qu'il 
semblerait  que  nous  demandons  un  prix  égal  pour  tous;  que,  fort  ou  fai- 
ble, vieux  ou  jeune,  adroit  ou  non,  chaque  charpentier  eiît  droit  à  la 
même  rétribution.  Une  demande  aussi  absurde  n'est  jamais  entrée  dans 
l'esprit  d'aucun  de  nous.  Nous  proposons  le  prix  de  5  francs  par  journée 
de  dix  heures  à  tout  ouvrier  charpentier  que  vous  reconnaîtrez  capable 
de  travailler  la  charpente  ;'mais  comme  celte  capacité  peut  se  reconnaître 
dès  le  deuxième  ou  troisième  jour,  nous  demandons  que  si,  au  bout  de 
ce  temps,  vous  continuez  à  l'occuper,  celte  continuation  de  travail  dans 
vos  ateliers  soit  considérée  comme  une  reconnaissance  tacite  de  son 
aptitude  à  mériter  ce  prix  ;  quant  à  ceux  à  qui  vous  reconnaîtrez  un 
mérite  supérieur,  rétribuez-les  plus  largement,  vous  en  avez  le  droit, 
et  soyez  persuadés  que  personne  n'y  trouvera  à  redire. 

Une  dernière  observation  : 

Vous  paraissez  tenir  beaucoup  à  marchander  vos  travaux,  cl  nous  te- 
nons aussi  beaucoup  à  ce  qu'il  n'en  soit  pas  ainsi.  Soyez-en  bien  per- 
suadés, messieurs,  le  marchandage  est  la  ruine  d'une  industrie;  il  tue  les 
bons  ouvriers  etil  engendre  les  mauvais  et  les  fainéants. Le  marchandeur, 
dans  notre  état,  c'est  quelquefois  un  ouvrier  courageux,  qui  se  casse  de 
bonne  heure  au  travail;  mais,  croyez-nous  bien, messieurs, c'est  le  plus 
souvent  l'exploitation  de  la  misère  et  de  l'extrême  jeunesse  par  des 
fainéants. 

En  conséquence,  messieurs,  nous  vous  demandons  de  nouveau  : 

1»  D'accorder  à  tout  ouvrier  charpentier,  capable  d'établir  et  tra- 
vailler convenablement  la  charpente  et  porteur  d'un  livret,  5  francs  pour 
prix  de  la  journée  de  dix  heures  de  travail; 

2»  Les  ouvriers  qui,  par  leurs  talents,  méritent  un  prix  plus  élevé,  les 
vieillards  et  ceux  dont  la  capacité  ne  remplit  pas  les  conditions  stipulées 
pour  la  journée  de  a  francs,  s'arrangeront  de  gré  à  gré  avec  les  entre- 
preneurs ; 

30  Pour  les  cas  exceptionnels  et  peu  souvent  répétés,  une  heure 
avant  ou  après  la  journée  sera  comptée  pour  un  dixième; 


4"  Deux  heures  avant  ou  après  la  journée,  seront  comptées  pour  troi* 
heures; 

5"  Il  est  bien  entendu  que  toutes  les  fois  qu'il  ne  sera  pas  fait  des 
conditions  contraires,  toute  journée  de  charpentier  sera  payée  .T  francs. 
Deux  heures  avant  ou  après  la  journée  seront  comptées  pour  trois 
dixièmes.  Une  nuit  sera  comptée  pour  deux  journées. 

Nous  comptons  sincèrement  sur  votre  appui  pour  obtenir  ces  con- 
ditions, et  nous  sommes  avec  respect, 

Messieurs, 

Vos  serviteurs. 
Pour  les  ouvriers  charpentiers  de  la  ville  de  Paris 
et  du  département  de  la  Seine, 

VINCENT  (1). 

Vincent  et  Dublé  vont  donc  être  les  héros  de  la  lutle  des  ou- 
vriers charpentiers  contre  la  Chambre  syndicale.  Leur  début 
nous  paraît  heureux,  et,  sauf  la  phrase  incidente  «  de  la  pre- 
mière pierre  »  que  nous  ne  trouvons  pas  exacte,  car  il  ne  s'a- 
gissait pas  de  savoir  si  les  entrepreneurs  pouvaient  avoir  ou 
non  un  revenu  double,  triple  ou  quadruple  de  celui  de  l'ou- 
vrier; cette  lettre,  disons-nous,  aurait  dû  mériter  une  sérieuse 
attention  de  la  part  des  entrepreneurs-spéculateurs.  Pour  leur 
malheur,  ils  n'en  tinrent  aucun  compte  ;  ils  voulurent  jouer 
le  tout  pour  le  tout,  et  ils  perdirent  à  cette  rude  épreuve  le 
million  en  litige,  accompagné  de  plusieurs  autres,  car  leur 
refus,  en  prolongeant  la  grève  pendant  trois  mois,  leur  fit  per- 
dre les  bénéfices  du  travail  de  la  belle  saison. 

PERREYMOND. 

(Suite  et  fin  au  prochain  numéi'o.) 


NOTE 


RELATIVE  A  QUELQUES  OPINIONS  EMISES 


DANS  LES  ANNALES  ARCHÉOLOGIQUES. 


A  M.  César  Daly,  rédacteur  en  chef  de  la  Revue  d'architecture. 
Monsieur  et  cher  confrère, 

J'ai  accueiUi  avec  le  plus  grand  empi-essement  les  débuts  de 
votre  Revue  d'Architecture,  et  depuis  lors  j'en  ai  constamment 
suivi  les  développements  avec  un  réel  intérêt.  J'aime  singuliè- 
rement les  publications  faites  avec  conscience  et  discernement, 
parce  que  je  les  considère  comme  une  source  d'instruction, et, 
à  cet  égard,  je  me  fais  un  vrai  plaisir  de  vous  assurer  que,  plus 
d'une  fois  déjà,  j'ai  eu  l'occasion  de  mettre  à  profit  plusieurs 
des  excellents  avis  insérés  dans  votre  feuille  périodique.  Animé 
du  même  esprit  de  recherche,  désireux  de  recueillir  toutes  les 
bonnes  idées  et  de  les  mettre  à  exécution,  de  quelque  part 
qu'elles  viennent,  j'ai  accueilli  avec  le  même  empressement, 
et  dès  leur  début,  les  Annales  archéologiques. 

Au  milieu  de  beaucoup  d'excellentes  choses  qui  s'y  disent, 
à  mon  sens,  il  est  des  opinions  que  je  ne  puis  admettre  entiè- 
rement. 

J'ai  pensé  que  la  franchise  et  la  liberté  de  votre  rédaction 

(!)  Une  autre  lettre,  exactement  la  mAme  que  celle-ci,  sauf  quelques  sup- 
pressions sans  importance,  et  signée  Dublé,  fut  aussi  adressée  aux  entrepre- 
neurs. (JVûte  de  M.  César  Daly.) 


29 


REVUK  DK  LAUCinTH:CT(JBE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


» 


pouvaient  se  prêter  à  mes  remarques,  et  que  vous  auriez  l'obli- 
geance de  me  donner  une  place  dans  vos  colonnes. 

La  critique  est,  à  mon  avis,  un  des  droits  les  plus  légitimes 
à  l'égard  de  tout  ce  qui  se  produit  en  public,  et  je  l'aime  sérieu- 
sement :  je  la  recherche  franchement  pour  ma  part,  à  cause  du 
profit  que  j'en  voudrais  tirer;  mais,  alors,  je  la  veux  bienveil- 
lante et  raisonnée.  Critiquer,  selon  moi,  c'est  conseiller  encore 
plus  que  blâmer.  Le  blâme  emporte  souvent  avec  lui  quelque 
chose  d'amer  qui  blesse  et  éloigne  celuiqu'il  atteint.  Le  conseil, 
si  peu  flatteur  qu'on  puisse  l'imaginer,  peut  toujours  avoir  une 
teinte  de  bon  vouloirqui  attire.  C'est  ce  qui  se  passe  entre  deux 
amis  sincères  qui,  lisant  mutuellement  l'un  en  l'autre  à  cœur 
ouvert,  ont  le  précieux  avantage  de  ne  se  rien  celer,  sans  se 
chagriner  jamais.  Un  de  nos  proverbes  dit,  un  peu  trivialement 
peut-être,  qu'on  prend  plus  de  mouches  avec  du  miel  qu'avec 
du  vinaigre;  mais  il  est  vrai  dans  sa  simplicité,  et  je  voudrais, 
pour  le  bien  de  tous,  qu'on  s'en  souvint  fréquemment.  J'ai 
trouvé  dans  vos  publications  la  mise  en  pratique  de  ce  pré- 
cepte :  je  n'ai  pas  toujours  rencontré  les  mêmes  dispositions 
dans  les  Annales  archéologiques.  Je  rends  pleine  justice  au  talent 
du  savant  directeur  do  cette  feuille  intéressante,  et  j'accepte 
bien  volontiers  plusieurs  des  opinions  qui  s'y  font  jour,  parce 
qu'elles  sont  en  rapport  avec  mes  secrets  sentiments.  Mon 
approbation  n'est  cependant  pas  sans  restrictions,  et  c'est  pour 
faire  connaître  quelques-unes  de  mes  idées  à  cet  égard  que  je 
profite  de  votre  tolérance  habituelle. 

Je  pense  que  pour  faire  valoir  des  idées  raisonnables,  il  ne 
suffit  pas  de  dire  :  Ce  que  vous  faites  est  mauvais  ;  qu'il  est  in- 
dispensable, pour  bien  signaler  les  erreurs,  de  montrer  la  bonne 
voie,  de  faire  connaître  les  principes  à  l'aide  desquels  on  peut 
se  guider,  et  surtout  de  ne  pas  dire  :  «  Moi  seul  je  vois  juste,  ^ 

sans  en  donner  la  preuve. 
Quand  on  veut  instrui  re  la  jeunesse ,  il  faut  prendre  la  peine  de 

tout  expliquer  ;  quand  un  père  fait  l'éducation  de  son  fils,  il  lui 
fait  toucher  tout  du  doigt,  il  le  conduit  pas  à  pas  en  aplanissant 
les  diflicuUés  ;  il  entre  dans  toutles  détails  et  s'abaisse  avec  bonté 
jusqu'à  son  niveau,  se  faisant  petit  pour  le  faire  grand  un  jour. 
Que  l'habile  dii-ecteur  des  Annales  arckéoloffùjucs  nous  per- 
mette donc  de  réclamer  de  sa  part  celte  sollicitude  féconde; 
qu'il  consente  à  tempérer  quelque  peu  la  loyale  verdeur  de  ses 
avis  ;  qu'il  veuille  bien  s'appliquer  à  devenir  de  temps  en  temps 
tout  à  la  fois  plus  élémentaire  et  plus  paternel;  et  ses  efforts 
honorables  seront  récompensés  par  des  succès  plus  doux  et 
plus  nombreux. 

On  rencontre  souvent  paimi  les  hommes  ceux  que  le  monde 
appelle  des  bourrus  bienfaisants  :  j'en  connais  pour  ma  part 
quelques-uns  que  j'estime  et  que  j'aime  au  fond,  n'en  déplaise 
au  directeur  des  Annales,  mais  je  dois  dire  que  je  ne  les  alwrde 
jamais  sans  un  premier,  quoique  non  durable  sentiment  de  ré- 
pulsion dont  je  ne  suis  pas  maître.  Je  crains  toujours,  malgré 
moi,  le  coup  de  boutoir,  et  cette  impression  est,  on  eu  convien- 
dra, peu  favorable  à  la  confiance  et  aux  confidences.  J'aime  à 
lire  les  Annales,  et  je  le  fais  avec  soin  ;  mais  j'y  ai  remarqué 
dans  le  principe  et  je  retrouve  encore  dans  un  numéro  récent 
quelques  idées  que  je  ne  partage  pas  comme  artiste. 

Presque  au  début  on  nous  a  proposé  des  modèles  de  cathé- 
drales, de  confessionnaux,  de  stalles  ;  on  nous  en  a  promis  d'au- 
tres pour  des  églises  de  second  ordre,  dans  des  petites  villes  et 


villages;  bref,  nous  avons  pu  croire  que  nous  en  aurions  de 
toutes  les  tailles  et  pour  toutes  les  bonnes.  On  nous  a  lail  eon- 
n. -litre  des  reproductions  intéressantes  de  meubles  d'église  de 
différentes  époques,  et  on  nous  a  dit  :  •  Qoand  tous  aiuet  i 
faire  églises,  confessionnaux,  stalles,  chandeliers,  encensoirs, 
croix  ou  clochettes,  prenez  nos  modèles,  grandissez  ou  dimi- 
nuez ces  productions,  c'est  ce  que  vous  avez  de  mieux  à  falre.> 
Nous  ne  pouvons  admettre  une  semblable  marche,  parce 
qu'elle  tue  l'invention.  Créer,  c'est  le  propre  du  génie  ;  mais 
copier,  augmenter  ou  diminuer  une  création  ancienne,  c'est  le 
propre  d'un  plagiaire,  et  nous  aimons  mieux  une  médiocrité 
neuve  qu'une  pillarde  perfection.  Nous  avons  été  grandement 
surpris  de  trouver,  au  milieu  des  idées  généreuses  de  M.  Didron 
et  de  quelques  uns  de  ses  collaborateurs,  cette  pensée  du  poodf 
qu'on  a  si  souvent  et  à  si  juste  litre  reprochée  â  certaines  épo- 
ques de  l'enseignement.  Cette  question  est  grosse  de  dévelop- 
pements, car  elle  louche  aux  fondements  de  l'art,  et  on  oous 
permettra  d'essayer  quelques  réflexions  â  ce  sujet. 

Et  d'abord,  posons  en  principe  ceci,  qui  ne  sera  pas  contesté  ; 
quand  on  étudie  quoi  que  ce  soit,  il  faut  se  nourrir  des  résultais 
obtenus  par  les  efforts  des  devanciers,  sous  peine  d'user  sa  vie 
à  la  recherche  inutile  de  ce  que  d'autres  ont  déjà  trouvé  précé- 
demment. Puis,  la  provision  étant  faite  et  toutes  les  expresaioiis 
trouvées  étant  connues,  il  ne  s'agit  plus  que  de  les  grouper  ha- 
bilement (I),  d'ime  façon  neuve,  saisissante,  et  c'est  le  propre  du 
génie.  Toute  expression  de  la  pensée  est  on  langage  :  le  peintre 
emploie  la  couleur,  le  sculpteur  son  cisean,  rarcbitecte  fait  ap. 
pel  à  tous  deux.  Si  nous  examinons  les  moyens  d'étude  les  phis 
favorables  à  l'architecture,  nous  trouverons  qu'il  faut  néeessai- 
remenl  mesurer,  dessiner,  dans  leur  ensemble  et  dans  tous  leurs 
détails,  les  productions  remarquables  de  tous  h»  temps.  Puis, 
l'imagination  grandissant  avec  l'âge,  s'appuyant  sur  des  expres- 
sions devenues  familières  par  une  étude  longue  et  intelligente, 
l'homme  de  génie  saura  bien,  l'occasion  venue,  mettre  à  profit 
la  provision  de  science  qu'il  aura  faite;  il  ne  copiera  plus.mais 
il  créera,  et  les  circonstances  particulières  au  monument,  i  sa 
destination,  à  son  emplacement,  au  caractère  des  peuples,  lui 
imprimeront  un  cachet  d'originalité,  de  grandeur,  qui  ne 
permettront  pas  d'en  méconnaître  le  but  et  de  lui  chercher  son 
sosie. 

Nous  pensons, quant  à  nous, que  le  véritable  artiste  doit  pui- 
ser ses  inspirations  vmiquement  dans  le  sujet  ;  que  la  moindre 
modification  dans  les  besoins,  les  dimen8ions,dans  rnsage.doK 
faire  naître  des  inspirations  nouvelles,  et  que  c'est  à  la  mise  en 
pratique  de  ces  principes  que  nous  devons  toutes  les  grandes 
productions  qui  portent  avec  elles  le  signe  du  véritable  génie. 
Qu'on  ne  vienne  donc  pas  nous  dire  :  «  Voici  un  chandelier 
d'église,  il  est  beau,  il  a  une  certaine  diraensiou  réelle  ;  mais 
vous  pou  vez  en  faire  faire  un  modèle  ou  plus  petit  ou  plus  grand, 
selon  le  besoin,  et  vous  aurez  un  bon  résultat  »  Je  répond  que 
ce  chandelier  a  dû  être  composé  par  l'artiste  avec  la  penséed'oiie 
certaine  dimension,  d'un  certain  emplacement,  qui  ont  déter- 
miné certains  moiifsd'ajustemenl,  certaines  proportions.  Que  si 
les  dimensions  eussent  été  autres,  la  composition  aurait  été  Ji(- 


(I)  Xous  soiinipllron»  uno  rectiOfalioo  1  Mim  4i|Be  oo^MfC 
expression»  trouT<«  puni  «»■••«,•  il  »'ifrt  •••( 
habilement,  •  nuùj  enoorr  de  créir  àm  «Mfnmitm  mm 
m  rapport  »T«c  l«  ««iveiDenl  ila  Mdf.  (Mtti  éi  M.  dam  Daif.) 


31 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


32 


férente  ;  qu'en  un  mot,  le  génie  du  dessinateur  se  serait  modifié 
selon  les  circonstances,  et  que  l'artiste  n'aurait  fait  preuve  que 
de  pauvreté  s'il  n'avait  créé  qu'une  même  chose  dans  des 

occasions  diverses. 

Voyons  Saint-Pierre  de  Rome.  On  s'accorde  généralement  a 
vanter  la  magnificence  de  celte  basilique  et  le  grandiose  de  sa 
composition.  Toutefois  on  remarque  aussi  généralement  que 
l'intérieur  de  ce  monument  ne  fait  pas  éprouver  au  premier 
abord  un  sentiment  de  grandeur  correspondant  à  l'importance 
de  ses  dimensions. 

Tout  au  contraire  de  cela,  nous  afDrmonsque  certames  com- 
positionsportent  avec  elles  le  caractère  de  leur  grandeur,  quelles 
que  soient  les  dimensions  sous  lesquelles  le  dessin  puisse  vous 
les  présenter,  et  nous  disons  qu'elles  ne  doivent  cet  aspect  qu'à 
l'observance  de  cette  loi  nécessaire  des  rapports  établis  entre 
les  hommes  et  leurs  besoins. 

Prenez  un  ordre  d'architecture  tout  seul,  et  reproduisez-le 
sur  plusieurs  échelles  :  croyez-vous  que  la  grandeur  du  dessin 
vous  fera  concevoir  quelque  idée  de  la  dimension  réelle  que 
pourrait  avoir  ce  fragment  d'architecture?  Point  du  tout.  Mais 
utilisez  cetordre,combinez-en  les  rapportsavecdesajustemenis 
qui,  par  leur  nature,  emportent  avec  eux  l'idée  positive  et  né- 
cessaij'e  de  certaines  mesures,  et  aussitôt  vous  aurez  donné  à 
toute  la  composition  une  échelle  de  proportions  véritables.  Ce 
que  nous  venons  de  dire  s'applique  aux  confessionnaux  comme 
aux  cathédrales,  aux  encensoirs  comme  aux  églises.  Nous  pen- 
sons de  même  que,  s'il  est  bon  de  faire  connaître  les  dessins 
palimpsestes  du  xin»  siècle  et  de  les  proposer  comme  sujets 
d'études  et  d'instruction,  il  n'est  pas  convenable  d'en  recom- 
mander la  mise  à  exécution,  si  déjà  l'édifice  lui-même  existe 
quelque  part,  parce  qu'il  n'y  a  qu'un  petit  mérite  à  copier 
même  une  bonne  chose,  et  que,  si  on  entrait  dans  cette  voie, 
ce  serait  mettre  de  côté  la  pensée. 

Nous  maintenons  donc  qu'on  ne  doit  pas  étudier  les  chefs- 
d'œuvre  de  l'art  pour  les  reproduire,  soit  en  plus  petit,  soit  en 
plus  grand,  mais  pour  se  rendre  capable  de  créer  à  son  tour. 

A-t-on  jamais  dit  à  un  écrivain  :  Je  vais  vous  donner  pour 
modèle  les  plus  remarquables  écrits  des  Montesquieu,  des  Ra- 
cine, des  Molière,  des  Bossuet,  des  Massillon  ;  quand  vous  au- 
rez quelque  chose  à  faire,  copiez  ces  morceaux  magnifiques, 
et  vous  laisserez  à  votre  tour  aux  générations  futures  un  mo- 
nument digne  d'admiration? 

C'est  là  cependant  ce  qu'on  nous  propose,  j'imagine,  sans 
s'en  douter.  Faites-moi  donc  apprendre  la  langue,  donnez-moi 
pour  les  lire  les  auteurs  les  plus  éloquents,  expHquez-m'en  les 
beautés,  et  si  j'ai  le  feu  sacré,  je  produirai  aussi,  avec  ces 
expressions  connues,  quelque  chose  qu'on  n'aura  jamais  vu 
et  qui,  à  son  tour,  prendra  son  rang  parmi  les  chefs-d'œuvre. 
Mais  avec  le  système  qu'on  propose,  je  ne  serais  rien  qu'un 
copiste  servile  ;  je  ferais  comme  tant  d'autres  qui  prennent 
vingt  livres  pour  en  faire  un. 

Nous  tenons  à  établir  que  nous  ne  désirons  qu'une  bienveil- 
lante sincérité  à  l'égard  de  tous  les  efforts  sérieux  et  désinté- 
ressés; mais  nous  insistons  en  même  temps,  et  dans  l'intérêt 
de  tous,  pour  que  les  opinions  émises  dans  les  Annales  archéo- 
logiques soient  moins  empreintes  de  ces  tendances  sarcastiques 
qui  frondent  un  chacun,  sans  qu'on  daigne  panser  la  plaie 
avec  le  baume  d'un  conseil  sincère  et  éclairé. 


Nous  voudrions  que  M.  Didrou  comprît  encore  que  l'art  ne 
se  devine  pas,  et  qu'il  est  impossible  de  le  bien  connaître  avant 
de  l'avoir  longtemps  pratiqué  ;  que,  par  suite,  on  ne  peut  que 
difficilement  faire  la  critique  que  de  ce  qu'on  ne  connaît 
qu'imparfaitement. 

Nous  espérons  que  M.  Didron,  dans  sa  loyauté,  appréciera, 
comme  il  mérite  de  l'être,  le  sentiment  loyal  qui  nous  a  guidé 
dans  cette  note.  Nous  désirons  qu'il  sache  bien  que,  pour  nous, 
la  franchise  emporte  toujours  avec  elle  une  idée  d'estime  très- 
réelle,  quelque  différence  qui  puisse  exister  d'ailleurs  dans 
les  opinions. 

Veuillez  agréer,  monsieur  et  cher  confrère,  l'assurance  du 
parfait  dévouement  de  votre  serviteur, 

L.  GOUNOD. 


NOTICE    NÉCROLOGIQUE. 

M.  Barthélémy  Vignon  est  né  en  1762,  à  Lyon,  d'une  famille 
qui  jouissait  d'une  modeste  aisance  :  son  père  avait  voyagé  en 
Italie,  et,  frappé  de  l'effet  noble  et  grandiose  des  constructions 
de  ce  pays,  il  avait  destiné  son  fils  à  la  profession  d'architecte. 
Le  penchant  naturel  du  jeune  Vignon  ne  le  portait  pas  cepen- 
dant de  ce  côté;  la  peinture  avait  toutes  ses  préférences,  et  ce 
ne  fut  pas  sans  regret  qu'il  se  conforma  à  la  volonté  paternelle. 
Quoi  qu'il  en  soit,  il  commença  ses  études  d'architecture  à 
Lyon,  chez  M.  Loras.  Mais  ce  maître  laissait  beaucoup  à  désirer 
sous  le  rapport  de  l'art;  il  avait  été  simple  appareilleur,  et 
quoique  comme  praticien  il  eût  un  mérite  réel,  il  n'était  pas 
possible  que  ses  conseils  pussent  suffire  longtemps  à  M.  Vignon  ; 
aussi  bientôt  le  jeune  élève  le  quitta  pour  entrer  chez  M.  De- 
crénis.  Celui-ci,  ayant  étudié  à  Paris,  joignait  à  la  grande 
expérience  des  constructions,  mérite  principal  des  architectes 
de  Lyon,  à  cette  époque,  des  idées  assez  justes  sur  l'architec- 
ture. Mais  avec  le  sentiment  profond  de  l'art,  que  déjà  possé- 
dait M.  Vignon,  il  ne  pouvait  manquer  de  s'apercevoir  que  ce' 
n'était  pas  à  Lyon  qu'il  lui  serait  possible  d'acquérir  les  con- 
naissances que  lui  révélait,  quoique  confusément  encore,  cet 
instinct  du  bien  qui  ne  manque  jamais  aux  hommes  destinés 
à  ariiver  aux  premières  places. 

L'occasion  se  présenta  bientôt  pour  lui  de  réaliser  le  projet 
qu'il  avait  formé  de  venir  étudier  à  Paris.  Une  somme  de  600  fr. 
que  M.  Decrénis  lui  remit  comme  gratification,  à  la  suite  d'un 
travail  relatif  à  l'agrandissement  de  Lyon  du  côté  des  Broteaux, 
somme  qui  fut  doublée  par  son  père,  lui  en  fournit  les  moyens. 
C'est  avec  ces  faibles  ressources  que  M.  Vignon  partit  pour  Paris, 
avec  l'intention  d'y  passer  une  année  seulement  ;  mais  le  ha- 
sard, ou  plutôt  le  cours  naturel  des  choses  devait  en  décider 
autrement,  et  le  retenir  sur  un  théâtre  digne  de  lui. 

Il  entra  d'abord  dans  l'atelier  de  M.  Gisors,  qu'on  surnommait 
le  Grand,  pour  le  distinguer  d'un  autre  architecte  du  même  nom. 

C'était  l'école  qui  avait  alors  le  plus  de  célébrité;  mais,  soit 
que  les  conseils  qu'il  y  reçut  n'eussent  pas  pour  lui  ce  degré 
d'exactitude  et  de  simplicité  qui  fut  plus  tard  la  recherche  de 
toute  sa  vie,  soit  qu'il  ne  sentît  pas  de  sympathie  pour  ces 
mêmes  conseils,  il  n'y  resta  que  fort  peu  de  temps.  Il  se  décida 
à  étudier  seul  et  à  suivre  les  cours  de  l'école  d'architecture 
que  faisait  alors  M.  David  Leroy. 

Cependant  M.  Vignon  n'avait  pas  tardé  à  recoiinaltre  que  l'an- 


33 


REVUR  DE  LARCHlTECTUaE  ET  DKS  TKAVAUX  PUBLICÉ^ 


3t 


née  qu'il  avait  projeté  de  passera  Paris  était  un  terme  insuffisant 
pour  parcourir  le  cercle  d'études  qu'il  entrevoyait,  et  dès  lors  il 
devait  songer,  pour  rflster  à  Paris  sans  être  à  charge  à  sa  famille, 
à  trouver  un  emploi  (jui  pût  siiflire  à  ses  besoins  en  concourant 
à  ses  études.  Ce  fut  à  M.  Poyet  qu'il  s'adressa  dans  ce  but. 
M.  Poyet  était  architecte  de  la  ville;  il  construisait  alors  l'église 
de  Saint-Sauveur,  restée  d'abord  inachevée,  puis  détruite  par 
suite  des  événements  de  la  Révolution. 

Ce  monument  avait  touché  H.  Vignon  par  une  disposition 
simple,  grande  et  ingénieuse,  (|uoi(|ue  empreinte  de  ((uelques  uns 
des  défauts  de  l'époque.  De  pareilles  qualités  devaient  le  déter- 
miner; il  entra  donc  chez  M.  Poyet,  qui  l'accueillit  d'abord  en 
qualité  de  dessinateur,  et  qui  ne  tarda  pas  îi  lui  confier  l'inspection 
de  la  nouvelle  église.  Mais  ces  fonctions  devaient  peu  durer:  bien- 
tôt la  tourmente  révolutionnaire  lui  eideva  sa  position  en  même 
temps  que  le  modeste  avoir  de  sa  famille.  Tout  lui  manquait  h  la 
fois,  et  l'obligation  de  venir  en  aide  à  ses  parents  semblait,  en 
compliquant  sa  fâcheuse  position,  devoir  l'éloigner  pour  jamais 
de  la  route  qu'il  avait  commencé  à  se  frayer.  Il  n'en  fut  pourtant 
pas  ainsi,  et  les  obstacles  contre  lesquels  il  semblait  devoir 
échouer,  furent  peut-être,  par  les  elforts  qu'il  fut  contraint  de 
faire,  la  cause  première,  quoique  indirecte,  des  succès  qu'il  ne 
tarda  pas  îi  obtenir. 

A  cette  épo([ue  se  rapporte  la  composition  d'un  tribunal  de 
paix,  dont  le  projet,  mis  au  concours  en  1795,  devait  être  exécuté 
dans  chacun  des  douze  arrondissements  de  Paris.  M.  Vignon 
obtint  le  prix,  confirmé  cincj  ans  après  par  une  nouvelle  récom- 
pense, à  la  suite  do  l'exposition  du  modèle  qui  lui  avait  été  com- 
mandé, et  cette  ordonnance  si  simple,  dans  laquelle  tout  l'inté- 
rêt, à  l'exemple  des  monuments  antiques,  émane  de  la  dispo- 
sition essentielle  et  de  la  construction  pure,  était  peut-être  le 
premier  jalon  planté  d'une  main  ferme  dans  la  route  où  sont 
entrés  depuis  MM.  Gilbert,  Duban,  Constant-Dufeux,  H.  et  T.  La- 
brouste, etc.,  etc. 

D'autres  projets  de  monuments,  les  uns  honorifiques,  les  autres 
de  simple  utilité,  tous  empreints  de  ce  sentiment  vif  et  profond 
de  ce  bel  art  de  l'architecture,  presque  tous  couronnés  dans  des 
concours  publics,  vinrent  confirmer  ce  qu'avait  déjà  fait  con- 
naître le  début  de  M.  Vignon.  Il  produisit  successivement  un 
monument  à  la  mémoire  des  soldats  morts  pour  la  patrie,  une 
colonne  à  la  mémoire  des  armées,  un  projet  de  boucherie  pour 
Paris,  qui  a  précédé  de  beaucoup  tous  les  nouveaux  marchés,  qui 
ne  sont  peut-être  pas  sans  analogie  avec  le  sien,  un  monument 
à  Desaix,  où  il  avait  mis  en  pratique  ce  précepte  qu'il  se  plaisait 
à  répéter  :  que  la  meilleure  manière  de  louer  les  hommes  est 
d'exposer  leurs  belles  actions.  Il  composa  aussi  un  monument  à 
Mars  pacifère,  où  l'architecte  philosophe  donnait  au  héros  con- 
quérant un  conseil  trop  peu  (écouté,  un  hospice  d'aliénés,  que 
Durand  a  reproduit  dans  son  Parallèle  d'architecture,  etc.,  etc. 
L'horizon  politique  commençait  enfin  à  s'éclaircir,  l'ordre 
renaissait  en  France,  partout  on  sentait  le  besoin  de  remplacer 
les  institutions  ruinées  ou  emportées  par  la  tempiHe  qui  venait 
de  passer.  L'école  d'architecture  n'existait  plus,  mais  son  véné- 
rable professeur,  M.  David  Leroy,  avait  survécu.  Il  entreprit,  en 
1809,  de  réorganiser  l'enseignement  de  l'architecture  à  Paris,  et 
pour  remplir  les  fonctions  des  membres  de  l'ancienne  Académie, 
il  résolut  de  s'adjoindre,  pour  le  jugement  des  concours,  un 
certain  nombre  des  anciens  élèves  de  l'école.  La  place  de  M.  Vi- 
T.  vu. 


gnon  était  marquée  dans  ce  jury;  il  y  fut  appelé  par  H.  Leroy, 
et  jus<|u'à  sa  mort  il  ne  cessa  d'en  remplir  religieusement  les 
fonctions. 

Au  commencement  de  sa  carrière,  M.  Vignon  s'était  lié  d'une 
amitié  étroite  avec  M.  Thibaut,  architecte  bien  connu  par  soo 
beau  talent  de  dessinateur.  Une  association  avait  été  la  suite  de 
cette  liaison.  Les  travaux  n'avaient  pas  tardée  arriver  aux  deux 
amis,  et  bientôt  ils  avaient  compté  au  nombre  de  leurs  clients 
les  personnages  les  plus  éminentsde  l'époque  :  le  prince  Murât, 
le  prince  Lrjuis  Bonaparte,  l'impératrice  Jo^pliine,  madame  Jo- 
seph de  Caraman,  depuis  princesse  de  Chimay,  etc.  Ce  pouvait 
être  l'occasion  d'obtenir  une  foule  d'avantages;  mais  à  an  taletit 
émincnt  M.  Vignon  joignait  une  indépendance  de  caracti-re  qui 
n'eût  pu  se  plier  aux  sollicitations  :  aussi  ne  demanda-t-il  jamais 
aucune  faveur,  et  négligea-t-il  de  répondre  aux  avances  Uen- 
veillantcs  qu'on  lui  lit. 

Dès  1815,  M.  Vignon  avait  cessé  toute  affaire.  Possesseur  d'une 
fortune  modeste,  acquise  par  un  travail  opinifttre,  il  avait,  à 
cette  époque,  reporté  tous  ses  soins  sur  quelques  élèves  ;  il  con- 
sacrait tout  son  temps  à  leur  transmettre,  avec  une  s'unpiicité 
antique,  les  saines  idées  de  l'art  qu'd  avait  laborieusejnent  ac- 
quises, et  qu'il  professait  avec  une  conviction  qui  était  une  véri- 
table religion.  Bienveillant  pourloutce  ({ui  l'approchait,  il  aimait 
il  accueillir  les  jeunes  gens  ;  il  les  encourageait  avec  une  chaleur 
de  cœur  et  une  vivacité  d'esprit  que  la  vieillesse  n'a  pu  éteindre, 
même  à  ses  deniiers  moments.  Sa  vie  avait  été  simple,  sa  mort 
fut  douce.  Il  rendit  l'àme  le  26  juillet  18^6. 


•  •O»-O0O<O»« 


UNE  RÉVOLl'TION  DANS  L'ART  DE  BATIR. 

Depuis  quelque  temps,  la  mécanique  brille  entre  toutes  les 
sciences,  par  les  belles  découvertes  que  font  les  nobles  intelli- 
gences qui  la  cultivent.  Le  monde  entier  a  applaudi  à  l'accom- 
plissement des  paroles  quasi-prophétiques  de  H.  Leverrier  :  Il  y 
aura  là,  dans  ce  coin  du  ciel,  à  tel  moment,  une  planète  inconnue 
aux  hommes;  regardez  et  vous  verrez.  Et  en  parlant  ainsi,  le 
savant  ne  faisait  qu'énoncer  le  résultat  d'un  calcul  de  mécanique. 
Certes,  il  y  a  là  de  quoi  pousser  les  mains  de  la  poésie  dans  celles 
de  la  science,  et  faire  applaudir  les  mathématiques  |tar  tous  les 
artistes  qui  ont  coutume  de  les  damner. 

Mais  toutes  les  merveilles  ne  doivent  pas  s'accomplir  dans  des 
conditions  aussi  grandioses  :  entre  l'infiniment  grand  et  i'infini- 
ment  petit,  le  génie  a  ses  mouvements  libres,  et  la  surface  de 
notre  globe  lui  olfre  un  champ  fort  beau  déjà,  et  très  digne  de 
ses  efforts.  Pour  passer  donc  sans  transition  du  ciel  à  la  terre, 
nous  dirons  que  la  théorie  de  l'établissement  des  voûtes,  publiée 
dans  cette  llevue,  par  H.  Yvon  Villarceau,  est  tris  certainement 
l'une  des  applications  de  la  mécanique  les  plus  utiles  qu'on  ait 
faites  dans  ce  temps  d'études  ti  de  recherches. 

Tous  les  jours  nous  apprenons  qu'il  s'écroule  quelqw 
ments  :  c'est  ici  un  pont,  là  un  viaduc,  plus  loin  un  tuniwi  ;  : 
compter  les  églises,  les  tours,  etc.;  chaque  jour  voit  enregistrer 
un  désastre,  une  accusation  contre  cette  folle  routine,  qui  B'sa 
continue  que  plus  fièrement  sa  marche  au  milieu  des  décoaalirei 
(le  ses  œuvres  écroulées,  sa  tétealtière  ne  lui  permettant  de  voir 
(lue  ce  qui  reste  encore  debout 

Avant  la  publication  du  travail  de  M.  Yvoo  Villarceau,  la  tbéo- 

S 


35 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


36 


rie  des  voûtes  consultée  par  le  très  petit  nombre  de  constructeur 
qui  consultent  des  tliéories,  était,  comme  on  lésait,  d'un  carac- 
tère essentiellement  négatif;  les  deux  travaux  théoriques  publiés 
sur  cette  matière  par  la  Revue,  nous  sommes  heureux  de  le  dire, 
ont  tous  deux  le  caractère  inverse. 

M.  Yvon  Villarceau  avait  présenté,  il  y  a  quelque  temps,  à 
V Académie  des  sciences  un  Mémoire  sur  l'établissement  des  arches 
de  pont,  dont  nous  avons  donné  l'analyse,  au  6'  volume,  col.  182 
et  suivantes.  Ce  mémoire  vient  d'être  l'objet  d'un  rapport  qui 
rend  un  juste  hommage  aux  nobles  efforts  de  notre  savant  col- 
laborateur. 

Le  rapport  de  la  commission,  rédigé  par  M.  Lamé  {Comptes- 
rendus  des  séances  de  l'Académie  des  sciences,  tome  XXIF,  séance 
du  9  novembre  1846),  commence  ainsi  : 

«  L'Académie  nous  a  chargés,  MM.  Poncelet,  Piobert  et  moi, 
de  lui  rendre  compte  d'un  Mémoire  sur  l'établissement  des 
arches  de  pont,  présenté  par  M.  Yvon  Villarceau. 

»  Jusqu'ici,  les  géomètres  et  les  ingénieurs  qui  se  sont  occupés 
de  la  théorie  des  voûtes,  supposant  connues  les  formes  de  l'in- 
trados et  l'extrados,  ont  cherché  les  conditions  d'équilibre  que 
ces  formes  exigeaient,  atin  d'en  conclure  le  mode  de  répartition 
des  charges  le  plus  favorable  à  la  stabilité.  M.  Yvon  Villarceau 
envisage  la  question  sous  un  tout  autre  point  de  vue  :  prenant 
précisément  pour  inconnues  les  données  de  la  théorie  habituelle, 
il  se  propose  de  rechercher  les  formes  d'intrados  et  d'extrados, 
qui  assureront  la  plus  grande  stabilité  d'une  voûte,  destinée  à 
supporter  des  charges  dont  la  distribution  est  connue  d'avance.  » 

Cesquelques  lignes  dessinent  immédiatement,  et  avec  netteté, 
le  caractère  original  et  supérieur  du  travail  de  M.  Yvon  Villar- 
ceau. Au  lieu  de  suivre  les  honorables  rapporteurs  dans  l'ana- 
lyse qu'ils  ont  donnée  de  ce  remarquable  Mémoire,  analyse  déjà 
faite  dans  cette  lievue  [col.  182  et  suiv.  du  6'  vol.),  nous  rappor- 
tons l'opinion  de  ces  savants  sur  le  Mémoire  en  question,  et  ici 
nous  joignons  notre  voix  aux  leurs,  pour  appeler  de  toutes  nos 
forces  l'attention  de  nos  confrères  sur  une  théorie  de  nature  à 
modifier  profondément  beaucoup  de  formes  adoptées  dans  des 
temps  d'ignorance,  et  consacrées  par  des  siècles  de  routine.  Que 
ceux-là  qui  veulent  du  nouveau  dans  l'art  de  bâtir,  demandent 
à  la  science  de  sanctionner  leurs  efforts  et  de  leur  communiquer 
celte  puissancede  seconde  vue  qu'elle  donne  à  ceux  qui  l'honorent 
d'un  culte  sincère-,  nous  sommes  arrivés  à  des  temps  d'alliance 
et  de  fraternité  ;  l'art  et  la  science  ne  sont  que  des  aspects  diffé- 
rents de  la  nature,  au  sein  de  laquelle  l'ordre  se  concilie  avec  la 
liberté,  l'unité  avec  la  variété,  la  loi  avec  la  spontanéité.  Les  ar- 
tistes qui  nient  la  science,  et  les  savants  qui  nient  l'efficacité  et 
les  droits  légitimes  du  sentiment,  sont  des  fous  qui  exigent  qu'on 
reste  paralysé  d'un  bras  :  voici  les  conclusions  des  rapporteurs  : 

«  Un  travail  aussi  précis,  aussi  complet,  mérite  de  fixer  l'at- 
tention des  ingénieurs  et  des  architectes,  et  nous  émettons  le 
vœu  que  le  système  de  voûte  imaginé  par  M.  Yvon  Villarceau 
soit  adopté  et  exécuté  dans  quelque  construction  importante.  Il 
est  facile  de  détruire  ici  les  objections  qui  accueillent  d'ordinaire 
toute  idée  neuve  dans  l'art  des  constructions.  Sans  doute  la 
forme  de  voûte  proposée  est  moins  simple  que  la  ligne  circu- 
laire, exclusivement  adoptée  jusqu'ici  ;  mais  on  peut  s'assurer,  en 
regardant  les  tracés  d'arches  de  M.  Yvon  Villarceau,  que  leur 
forme  n'a  rien  de  disgracieux,  et  qu'ils  semblent  même  être  à  la 
fois  plus  hardis  et  plus  sûrs  que  tout  autre  tracé. 


»  Sans  doute,  lors  du  décinlrement  et  du  déchargement  des 
matériaux,  la  compressibilité  des  voussoirs  et  des  mortiers  pro- 
duira une  déformation,  et  amènera  une  nouvelle  distribution  des 
pressions  sur  les  surfaces  de  joints  ;  mais  d'abord  les  altérations 
de  formes  peuvent  être  prévues  et  rectifiées  comme  à  l'ordinaire  ; 
et  quant  au  point  d'application  de  la  résultante  des  pressions 
sur  chaque  joint  rectangulaire,  il  ne  pourra  s'écarler  que  de  très- 
peu  du  milieu  de  ce  joint;  tandis  que,  dans  les  voûtes  circulaires, 
ce  point  d'application,  déjà  très  près  de  l'intrados  ou  de  l'ex- 
trados, pour  certains  joints,  s'en  rapproche  encore  plus  après  le 
décinlrement,  en  sorte  que  les  voussoirs  voisins  se  trouvent  sou- 
mis à  une  compression  énorme  sur  une  petite  étendue  de  leurs 
faces  contiguës.  Or  cette  différence  d'effets,  tout  à  l'avantage  du 
système  proposé,  constitue  en  quelque  sorte  son  caractère  et  son 
but. 

»  Enfin,  il  est  vrai,  la  taille  des  voussoirs  sera  moins  commode, 
puisque  leurs  faces  courbes  ne  devront  plus  s'appliquer  sur  un 
même  patron  circulaire,  mais  sur  des  patrons  de  courbure  va- 
riable, toutefois  la  courbure  pourra  rester  la  même  sur  la  face 
intrados  de  chaque  voussoir,  car  il  suffirait,  dans  la  pratique,  de 
faire  varier  cette  courbuce,  d'un  voussoir  au  suivant,  propor- 
tionnellement à  la  hauteur  de  la  charge,  pour  que  le  système  de 
M.  Yvon  Vdlarceau  fût  sensiblement  réalisé.  La  ligne  de  l'intra- 
dos étant  ainsi  formée  d'autant  d'arcs  de  cercle  qu'il  y  aurait  de 
voussoirs,  sa  discontinuité  serait  insensible,  sa  forme  hardie  se- 
rait conservée,  et  son  but  à  très  peu  près  rempli. 

»  En  résumé,  le  tiavail  de  M.  Yvon  Villarceau  est  remai'quable 
sur  plus  d'un  point.  Outre  les  vues  neuves  qui  concernent  la 
théorie  des  voûtes,  il  offre  un  exemple  curieux  de  l'utilité  des 
transcendantes  elliptiques;  les  calculs  et  surtout  les  méthodes 
d'appioximation  y  sont  maniés  avec  une  dextérité  peu  ordinaire. 

»  En  conséquence,  vos  commissaires  vous  proposent  d'ap- 
prouver le  Mémoire  deM.  Yvon  Villarceau  sur  l'établissement  des 
arches  de  pont,  et  d'ordonner  son  insertion  dans  le  Recueil  des 
savants  étrangers.  » 

Les  conclusions  de  ce  Rapport  ont  été  adoptées. 

G.  D. 


DES  VOUTES  GOTHIQUES. 

  Monsieur  César  Daly,  rédacteur  de  la  Reoue  d'Architecture. 
Monsieur, 

Il  y  a  quelques  jours,  lorsque  j'eus  l'honneur  de  vous  commu- 
niquer le  travail  que  je  viens  de  terminer  sur  la  théorie  des 
voûtes  ogivales,  après  vous  avoir  fait  connaître  le  principe  géo- 
métrique qui  m'a  servi  de  base  pour  le  développement  de  cette 
théorie,  je  vous  proposai  de  vouloir  bien  publier  dans  votre  Re- 
vue d'Architecture  le  fruit  de  mes  recherches  sur  l'importante 
question  des  voûtes  du  moyen  âge  :  vous  me  fîtes  part  alors  des 
doutes  que  vous  conceviez  sur  la  validité  de  ma  théorie,  en  di- 
sant avec  raison  qu'il  ne  suffit  pas  de  proposer  un  principe,  mais 
qu'il  fallait  prouver  qu'il  s'applique  aux  voûtes  de  plusieurs  mo- 
numents existants,  choisis  parmi  ceux  que  l'on  considère  géné- 
ralement comme  les  modèles  les  plus  parfaits  du  style  ogival  ; 
tels  sont  l'église  Notre-Dame  à  Paris,  la  Sainte-Chapelle,  la  ca- 
thédrale de  Chartres,  etc.  Je  reconnus  de  suite  la  justesse  de 


37 


REVUK  DE  L  ARCHITKCTUHE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


» 


votre  observation;  je  vous  dis  alors  que  je  ne  reculais  nulle- 
ment devant  l'épreuve  à  laquelle  vous  désiriez  que  ma  théorie 
fût  soumise  avnnt  d'être  exposée  dans  votre  Revue,  et  que  j'étais 
prêt  à  faire  tous  Icss  relevés  nécessaires  pour  en  vérifier  l'appli- 
cation aux  monuments  (|ue  vous  m'avez  désignés. 

Pour  entreprendre  un  tel  travail,  et  après  y  avoir  réfléchi,  j'ai 
pensé  (ju'd  me  faudrait  employer  un  temps  assez  considérable, 
dont  je  ne  puis  disposer  maintenant.  Désirant  cependant  faire 
connaître  en  peu  de  mots  le  principe  général  que  j'ai  découvert, 
et  qui  a  servi  de  base  à  une  théorie  sur  les  voûtes  ogivales,  per- 
mettez-moi, morisieui',  de  l'exposer  dans  cette  lettre,  en  vous 
priant  de  vouloir  bien  la  publier  dans  le  procliuin  numéro  de 
votre  Revue  d' Architecture. 

J'énoncerai  en  ces  termes  le  principe  général  dont  je  viens  de 
parler  : 

«  La  forme  intérieure  des  voûtes  ogivales  est  formée  par  l'as- 
'  semblage  de  /lortions  de  sphères  dont  les  centres  sont  tous  dans  un 
même  plan  horizontal  passant  par  la  naissance  de  ces  voûtes.  * 

Les  dilléieiites  applications  du  ce  principe  à  toutes  les  dispo- 
sitions imaginables  des  voûtes  ogivales,  deviennent  des  pro- 
blèmes (jue  l'on  pourra  toujours  résoudre  par  les  considérations 
les  plus  simples  de  la  géométrie. 

Le  principe  que  je  viens  d'énoncer  peut  servir  à  résoudre  celte 
question  générale. 

Un  espace  polygonal  quelconque,  régulier  ou  irrégulier,  étant 
donné,  on  pro|)Ose  de  le  couvrir  au  moyen  de  voûtes  ogivales. 
Il  ne  s'agit,  pour  parvenir  à  la  solution  de  ce  problème,  que  de 
déterminer  la  position  d'un  certain  nombre  de  sphères,  qui,  par 
leurs  intersections  inutuclles,  détacheront  des  compartiments 
sphériques  dont  la  disposition  est  donnée  à  priori. 

Je  dois  l'aire  observer  ici  que  je  ne  prétends  pas  rattacher  au 
principe  (luc  j'ai  énoncé  ci-dessus,  certaines  dispositions  de  voûtes 
ogivales,  dont  la  forme,  engendrée  d'une  manière  arbitraire , 
produit  des  parties  gauches  dont  relfet  est  toujours  désagréable. 
Ces  dispositions,  que  je  considère  comme  vicieuses,  ne  se  ren- 
contrent pas  dans  les  plus  belles  voûtes  du  style  ogival.  J'espère 
bientôt  pouvoir  compléter  l'ouvrage  que  j'ai  eu  l'honneur  de 
soumettre  ii  votre  appréciation  éclairée,  et  d'après  votre  excel- 
lent avis,  monsieur,  je  ne  lu  publierai  que  lorsque  j'aurai  pu,  au 
moyen  de  relevés  exacts,  faits  sur  les  principaux  monuments  du 
style  ogival,  établir  d'une  manière  évidente  |K)ur  tous  la  con- 
cordance de  ma  théorie  avec  les  œuvres  existantes  que  nous  ont 
laissées  les  artistes  du  moyen  ftge. 

J'ai  l'honneur  d'être,  avec  respect,  votre  dévoué  serviteur, 

ViiTron  GLÈRIN,  Architecte. 

Paris,  le  21  janvier  1847. 


LA  FLfiCHE  EN  FONTE 

DE  LA  CATHÉDRALE  DE  ROliKN  S'ÉCaOlXERA-T-BLLE? 

Nous  avons  entendu  dire  quelquefois,  nous  avons  lu  même, 
que  la  tour  en  maçonnerie  qui  porte  la  flèche  en  fonte  de  la  ca- 
thédrale de  Rouen ,  s'écrasait  sous  le  poids  de  son  amortisse- 
ment de  fer,  bien  qu'il  ne  soit  pas  encore  arrivé  à  toute  son  élé- 
-yation^  et  que  les  quatre  clochetons  qui  doivent  l'accompagner 


ne  soient  pas  encore  commencés.  C'était,  assurait-un,  le  pen- 
dant du  désastre  de  la  tour  du  nord  «le  Saint-Denis. 

Des  affaires  nous  ayant  ap|K;l«  a  Houeii,  nous  n'avons  pa» 
voulu  laisser  échapper  cette  occasion  de  vérifier  si  ce  bruit  si- 
nistre avait  quelque  fondement.  Nous  aTona  été  rejoint  par  notie 
ami  .M.  Daly,  directeur  de  cette  Reoue;  son  arrivée  fit  de  e» 
voyage  une  véritable  partie  <le  plaisir  archéologique.  Lue  denaa 
premières  visites  fut  pf)ur  la  catluîdrale. 

La  tour  ou  lanterne  en  maçonnerie  qui  couronne  le  trantaepk 
de  cette  métropole,  et  sert  pour  ainsi  dire  de  piédestal  à  la  dhkm, 
est  carrée  en  plan  et  élevée  de  trois  étages  au-d«S6us  des  combla» 
de  l'église.  1^  premier  étage  est  décoré  entièrement  d'arcade» 
borgnes,  et  le  deuxième  est  percé  sur  chaque  face  de  deux  <!»- 
nôtres  en  ogives  oi  nées  de  meneaux. 

Ces  deux  étages  sont  du  xni*  siè';le,  mais  la  décoration  exté- 
rieure, ainsi  que  les  meneaux  des  verrières  du  deuxième  étage, 
ont  été  modifiés  au  xvi'  siècle.  A  cette  même  époque,  on  ajouta 
des  contre-forts  aux  angles  de  la  lanterne,  et  l'on  orna  la  partie 
inférieure  du  deuxième  étagcd'une  balustrade  posticlie  en  pierra, 
entaillée  dans  la  pente  imbriquée  du  bandeau  de  couroonemeat 
du  premier  étage. 

Ce  bandeau  a  été  fort  endommagé  par  l'incendie  de  1917. 
Plusieurs  parties  en  sont  éclatées  ou  présentent  de  pnfomàm 
crevasses. 

Le  deuxième  étage  est  couvert  d'une  voûte  en  ogive,  formai* 
coupole  à  l'intérieur  de  l'église,  et  s'élevanl  de  53  mètres  mo~ 
dessus  du  pavé. 

Le  troisième  étage,  tout  entier  du  xvi*  siècle,  est  d'unegrande 
richesse d'oriiemenUtion  à  l'extérieur.  Chacune  de  se»  hce»  eat 
perctîe  de  fenestrelles  disposées  en  deux  étages  el  amorties  en 
plante-bande  à  coins  arrondis.  L'arrasement  des  murséUit  cou- 
ronné d'mie  ciôte  en  pierre  découpée  à  jour  et  d'une  grawle dé- 
licatesse. Elle  fut  détruite  par  l'incendie  de  1822  qui  réduisit 
en  cendres  la  flèche  et  une  partie  des  combles  de  l'église. 

L'ancienne  flèche,  en  bois  recouvert  de  plomb,  reposait  sur 
d'énormes  sommiers  de  1  m.  20  c.  d'équarrissagcposé»  à  enviro» 
1  m.  00  c.  au-dessus  de  la  voûte  de  la  coupole,  et  aur  de*  ares  et 
des  pendentifs  destinés  à  recevoir  une  flèche  à  base  ot^ogonale. 
Ces  pendentifs  et  ces  arcs,  endommagés  par  le  feu,  furent  dé- 
molis. 

Cet  étage,  fermé  ii  sa  partie  inférieure  par  l'extrados  de  la  voùl» 
formant  coupole,  et  entièrement  ouvert  par  le  liaut,  aprè»'  la 
destruction  de  la  flèche  en  bois  i|ui  le  couvrait,  fut  converti 
l)endant  l'incendie  on  une  immense  fournaise  remplie  de  pkank^ 
fondu  et  de  charbons  allumés  provenant  do  la  oonabastioa  de» 
bois  de  la  flèche.  Une  grande  quantité  de  plomb  se  moula  daos^ 
les  retomU-es  des  voùlcs  de  la  coupole.  Le  méUl  d'une  cloche 
mise  en  fusion  vint  s'y  mêler,  et  l'on  eut  une  peine  infinie  k  re- 
tirer cette  masse  métallique  des  cavités  qui  l'avaient  reçue  thil» 
divisa  autant  qu'on  put.  on  y  fixa  de  forts  tire-foads  à  vis 
lesquels  on  p  i--a  d.-s  cordes  pour  les  soulever  avec  des  i 
On  conçoit  aiiuiiienl  que  cette  {Kirtie  de  la  tour,  trans 
haut-fourneau  pendant  plusieurs  jours,  dut  beaucoup  suuOrir. 
Aussi,  lorsque  M.  Alavoine  voulut  établir  sa  flèi  he  en  (wla.ii  f 
retailler  les  parois  intérieures  des  quatre  murs  sur  une  « 
de  30  centimètres.  Ces  murs,  amincis  de  la  sorte,  et 
intérieurement  peut-être  par  la  longue  action  du  feu,  ne  fa 
pas  jugés  capables  de  porter  la  conatroctioa  de  la  flèche  pr»- 


39 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


40 


jetée.  On  fit  incruster  à  2  m.  au-dessus  de  l'extrados  des  voûtes 
de  la  coupole,  ou  environ  10  m.  au-dessous  de  l'arrasement,  et 
sur  la  retraite  formée  par  suite  de  la  retaille  des  murs,  une  triple 
assise  en  roche.  Ces  assises  avancent  les  unes  sur  les  autres,  et 
forment  ensemble  un  encorbellement  de  0  m.  20  c.  de  saillie 
sur  le  nu  du  mur  inférieur.  Ces  0  m.  20  c.  de  saillie,  ajoutés  aux 
0  m.  30  c.  de  retraite  produite  par  la  retaille  des  murs,  don- 
nent à  la  partie  supérieure  du  bandeau  en  roche,  une  largeur 
de  0  m.  50  c.  C'est  sur  cette  retraite  que  repose  le  patin  en  fonte, 
portant  les  racinaux  de  la  flèche  de  même  métal  qui  s'élève  en 
ce  moment. 

Le  patin  forme  un  châssis  carré  d'environ  10  m.  décote, 
fihaque  côté  est  en  deux  morceaux  semblables  réunis  bout  à 
bout  par  des  boulons  traversant  un  collet  de  jonction  ;  on  peut 
donc  les  considérer  comme  d'une  seule  pièce.  La  section  de  ce 
patin  est  un  T  renversé  (x)  de  32  c,  dont  la  barre  repose  sur 
la  pierre,  et  dont  la  tige  forme  arête  au-dessus. 

Il  serait  à  désirer  qu'on  eût  réuni  cette  arête  avec  les  mon- 
tants de  la  flèche  par  des  congés  renversés  au  lieu  d'un  angle 
■droit;  celle  disposition  eût  encore  augmenté  la  rigidité  déjà 
considérable  du  patin. 

Nous  avons  examiné  le  plus  attentivement  possible,  M.  Daly 
•et  nous,  les  quatre  murs  de  la  lanterne  sur  toute  leur  surface,  et 
nous  n'y  avons  remarqué  que  de  faibles,  mais  de  nombreuses  lé- 
zardes rebouchées  depuis  l'époque  (le  la  restauration  de  la  cathé- 
drale après  l'incendie,  c'est-à-dire  en  1823  ou  1824,  ainsi  que 
nous  l'a  assuré  une  personne  compétente  et  digne  de  foi. 

Toutes  ces  lézardes  sont  verticales  et  peu  étendues  ;  il  semble 
qu'elles  soient  l'effet  d'une  série  de  secousses  horizontales. 

Cette  observation  nous  fait  supposer  que  ces  lézardes  sont 
l'oeuvre  des  nombreuses  secousses  que  les  orages  ont  successive- 
ment fait  éprouver  à  la  flèche  pendant  des  siècles.  En  effet,  l'an- 
cienne aiguille  construite  en  bois,  recouverte  de  plomb  et  incen- 
diée à  plusieurs  reprises,  présentait  à  l'action  des  orages  une 
surface  très  étendue,  qui,  jointe  à  son  grand  poids,  a  dû  faire 
éprouver  de  rudes  secousses  à  sa  base  en  maçonnerie  dont  la 
hauteur  est  déjà  si  considérable.  C'est  probablement  pour  cette 
raison  qu'on  jugea  nécessaire,  au  xvi°  siècle,  de  la  cantonner  de 
vigoureux  contre-forts  à  ses  angles.  Ces  crevasses  pourraient 
Lien  avoir  aussi  pour  cause  le  gonflement  du  fer  par  l'effet  de 
l'oxydation  ;  car  il  est  probable  qu'à  diverses  hauteurs  se  trou- 
vent posées  des  suites  d'agrafes  en  fer,  formant  chaînage.  Il  serait 
facile  de  s'en  assurer  en  faisant  quelques  arrachements.  L'oxy- 
dation lente  de  ces  agrafes  aura  fait  éclater  la  pierre,  et  les  lé- 
zardes se  seront  partagées  verticalement  au-dessus  et  au-dessous 
du  chaînage. 

Nous  dirons  à  ce  sujet  que  nous  pensons  que  les  monuments 
du  moyen  âge,  et  notamment  ceux  du  xiii»  siècle,  en  sont  venus 
à  leur  temps  critique,  pour  ce  qui  a  rapport  aux  armatures  en 
1er  qui  relient  leurs  assises.  Le  gonflement  par  l'effet  de  l'oxyda- 
tion étant  arrivé  à  son  maximum  d'intensité,  on  doit  attribuera 
ce  principe  délétère  le  mauvais  état  de  plusieurs  monuments  de 
cette  époque,  ainsi  que  l'avons  observé  aux  cathédrales  de 
Rouen,  de  Paris,  à  l'église  de  Saint-Denis,  etc.  Nous  ne  parlons 
pas  des  ferrements  exposés  à  la  pluie  dans  les  plus  légers  mem- 
bres d'architecture,  car  ils  n'ont  pas  attendu  six  siècles  pour 
arriver  au  point  de  faire  éclater  les  meneaux,  clochetons,  etc. 
Les  édifices  des  xiv  et  xv^  siècles  sont  aussi  maltraités,  sous 
ce  rapport,  que  ceux  du  xm«. 


En  somme,  les  crevasses  de  la  tour  nous  ont  paru  plus  fati- 
gantes pour  l'œil  de  l'amateur  de  bonne  construction,  que  réel- 
lement inquiétantes. 

Nous  avons  remarqué,  dans  l'étage  supérieur,  des  fissures  ré- 
centes qui  paraissent  malheureusement  en  progrès.  Ces  cre- 
vasses, au  nombre  de  quatre,  se  trouvent  symétriquement  pla- 
cées vers  le  milieu  de  chaque  face  de  la  tour,  et  coupent  net,  en 
deux  parties  à  peu  près  égales,  chacune  des  quatre  sections  de 
l'encorbellement  en  pierre  neuve  qui  porte  le  patin  en  fonte  de 
la  flèche.  Elles  ont  été  rebouchées  à  plusieurs  reprises,  et  enfin 
couvertes  de  mouches  en  plâtre,  que  nous  avons  vues  toutes  ou- 
vertes de  1  à  3  millimètres.  La  verticalité  de  ces  fissures  annonce 
qu'elles  sont  dues  à  une  puissance  agissant  dans  le  sens  de  la 
longueur  des  murs,  et  leur  identité  de  forme  et  de  position  ne 
permet  guère  de  douter  qu'elles  n'aient  une  cause  semblable. 
Cette  cause,  selon  nous,  est  la  dilatation  du  patin  dans  les 
hautes  températures  atmosphériques  (1). 

Supposons  que  cette  barre  de  fonte,  de  plus  de  10  m.  de  lon- 
gueur, soit  inextensible  :  non-seulement  elle  ne  tendra  pas  à 
pousser  le  mur  dans  sa  longueur,  mais  elle  s'opposera  énergique- 
ment  par  sa  ténacité,  par  la  charge  énorme  qu'elle  porte  et  par 
le  frottement  qu'elle  exerce  sur  l'assise  en  pierre,  à  l'action  d'une 
puissance  qui  solliciterait  la  disjonction  du  mur;  elle  formera 
chaînage  par  frottement.  Mais  l'extensibilité  et  la  rigidité  de  ce 
patin  en  ont  fait  un  propulseur  par  frottement.  Ceci  serait  encore 
vrai  en  supposant  même  que  la  rive  externe  du  patin  soit  com- 
plètement isolée  des  murs,  ce  qui  n'est  pas,  attendu  la  chute 
des  gravats  dans  l'intervalle  qu'on  aurait  dû  ménager. 

Il  ne  nous  semble  pas  facile  de  remédier  à  cet  inconvénient. 
si  toutefois,  comme  nous  le  présumons,  le  frottement  est  assez 
rude  pour  ouvrir  le  mur  par  suite  de  la  dilatation;  car  mettre 
un  tirant  en  fer  au-dessous  du  patin  n'amènerait  aucun  résultat, 
puisque,  se  dilatant  en  même  temps  que  le  patin,  il  ne  saurait 
annuler  l'action  de  celui-ci.  Il  faudrait  d'abord  isoler  complète- 
ment et  largement  les  patins  des  murs,  et  s'arranger  de  manière 
qu'aucun  corps  étranger  ne  pût  tomber  dans  l'intervalle.  Si 
les  crevasses  ne  s'ouvraient  plus,  on  en  conclurait  que  le  re- 
mède est  trouvé,  que  l'effet  du  frottement  est  annulé;  mais  si  le 
progrès  continuait,  il  faudrait  recourir  aux  grands  moyens.  Au 
surplus,  si  le  frottement  seul  est  capable  d'ouvrir  les  fissures  par 
suite  de  la  dilatation,  il  doit  les  resserrer  par  le  retrait  dans  les 
grands  froids,  à  moins  que  les  graviers  tombés  dans  le  joint  ne 
s'y  opposent. 

Si  nous  avions  à  construire  un  édifice  en  fer  de  ce  genre,  nous 
établirions  le  patin  sur  une  suite  de  rouleaux  de  métal  marchant 
sur  une  surface  de  granit  poli  ;  et,  afin  que  les  secousses  opérées 
par  les  vents  ne  pussent  déplacer  l'ensemble  de  la  flèche,  le  mi- 
lieu de  chaque  patin  serait  muni  d'un  tenon  incrusté  dans  une 
mortaise  :  alors  chacune  des  deux  fractions  du  patin  s'allongerait 
ou  se  raccourcirait  à  droite  et  à  gauche  en  marchant  sur  les  rou- 
leaux. 

Mais  la  science  ne  manquera  pas  de  nous  donner  tôt  ou  tard 
des  chaînages  à  compensation  qui  mettront  l'esprit  des  construc- 
teurs en  repos. 

(1)  Nous  avons  observé  que  la  plus  large  lézarde  était  sur  le  tMé  ouest  de 
la  tour.  Cette  différence  est  peut-être  l'effet  du  hasard,  ou  plutôt  de  quelque 
cause  qui  nous  a  échappé  ;  tuais  nous  ferons  remarquer  que  faction  moyenne 
de  la  chaleur  solaire  est  toujours  plus  intense  dans  celle  direction  que  dans 
les  autres  :  la  dilatation  a  donc  pu  être  plus  grande  à  l'oucsl. 


ôl 


REVUE  DE  f/ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLECS. 


iS 


La  (lèche  primitive,  conslruile,  au  xiii'  siècle,  en  bois  revélu  de  j  le  milieu  des  murs,  car  ce  chatnage  pris  en  travers  ne  réciste  que 
plomb,  fut  incendiée  en  1514.  Elle  fut  réédiliée  en  matériaux  du     par  la  tension.  On  n'a  donc  rien  à  gagner  en  posant  les  rh«^n^g^^ 


même  genre,  en  15/1."$,  et  complètement  détruite  en  1822,  ainsi 
que  la  majeure  partie  des  combles  de  l'église.  Avant  sa  destruc- 
tion elle  avait  été  tordue  par  un  orage,  et  l'on  dépensa  30,000  fr. 
pour  la  réparer  en  ISO^t. 

Il  faut,  pour  que  la  lanterne  ait  résisté  si  longtemps,  que 
toutes  les  assises  des  pierres  qui  la  composent,  ou  du  moins  la 
majeure  partie,  soient  reliées  par  des  crampons  en  fer  comme 
ceux  que  nous  avons  vus  dans  des  coupures  faites  au  travers  des 
murs  à  la  hauteur  de  la  première  balustrade  extérieure  rapportée 
au  xvi"  siècle. 

Cette  balustrade  est  d'un  fort  bon  effet.  Elle  complète  la  déco- 
ration extérieure  de  la  lanterne  et  prépare  la  transition  des 
parties  du  xin°  à  celle  du  xvi*  siècle.  Elle  correspond  à  deux  ba- 
lustrades semblables  pos(;es  à  la  môme  époque  à  des  niveaux 
«iorrespondants  à  la  lourde  Snint-Uomain  et  à  la  tour  de  Beurre. 
Elle  fait  donc  partie,  à  la  fois,  et  de  l'ensemble  de  la  lanterne  et 
de  l'ensemble  des  trois  tours.  Cependant  on  est  en  train  de  la 
supprimer  :  on  croit  avoir  dos  motifs  graves,  impérieux,  sans 
doute,  pour  exiger  cette  suppresion?  C'est  tout  simplement 
pour  pouvoir  ajuster  un  chaînage  en  fer  dans  l'entaille  qui  re- 
cevait le  pied  do  la  balustrade. 

Ce  chaînage,  ainsi  placé,  puis  recouvert  d'une  assise  de  pierres 
incrustées  dans  l'ancien  bandeau  du  xiii*  siècle,  sera  exposé  à 
plusd'un  inconvénient.  D'abord  la  mince  couche  depierre  qui  doit 
le  recouvrir  ne  le  dérobera  que  trè^  faiblement  aux  variations 
de  la  température,  ce  qu'il  est  toujours  très  important  d'éviter  en 
matière  de  chaînage  ;  on  ne  le  garantira  pas  davantage  des  infil- 
trations des  eaux  pluviales  tombant  sur  le  bandeau,  causes  d'oy- 
dation  et  de  gonllement  du  fer. 

Il  eût  beaucoup  mieux  valu  placer  ce  chaînage  à  l'intérieur  de 
Ja  lanterne,  parallèlement  à  chaque  face  (1);  la  pose  eu  eût  été  plus 
facile  et  les  frais  moins  considérables.  On  eût  pu  le  visiter,  le 
réparer  le  retendre,  le  changer  au  besoin,  toutes  les  fois  qu'on 
l'aurait  voulu.  Il  n'eût  jamais  reçu  l'action  directe  delà  chaleur 
solaire  en  été,  et  il  eût  peu  ressenti  l'action  des  froids  en  hiver  (2). 

Il  n'y  aréellenientavanlageii  poser  leschaînagesexiérieurement 
qu'aux  édifices  à  plan  circulaire  ou  polygonal.  Nous  pourrions 
citer  pour  exemple  celui  du  dôme  de  Ssint-Pierre  de  Rome. 

Dans  les  édifices  circulaires  surtout,  les  chaînages  maintien- 
nent parfaitement  toutes  les  poussées  partant  du  centre  à  la  cir- 
conférence ;  mais  dans  un  quadrilatère  l'effet  d'un  chaînage  rec- 
tiligne  est  à  peu  près  nul  contre  un  effort  qui  pousserait  au  vide 


(1)  On  eût  pu  l«  placer  au  niveau  ilti  toi  de  la  galerie,  ou  mime  dans  une 
tigolp  praiiqiK^e  sous  le  sul  de  cette  galerie  et  recouverte  dcdallos  amovibles, 
l'ar  cette  disposition,  il  serait  toujours  facile  de  s'assurer  de  IVtat  du  chaî- 
nage, ttiiilis  que,  le  cachant  dans  In  maçonnerie,  s'il  venait  à  casser  un  ne 
s'en  apercevr.iit  que  fi)rt  longtemps  !t\iréi  l'accident  et  quand  il  serait  trop 
lard  peut-être  pour  y  rcmi'dier. 

(2)  I.a  rnptiire  du  ('hnlna;.'o  qui  maintenait  récanement  d'un  des  pignons 
du  transsopt  de  In  cathédrale  de  Troyes  doit  rendre  très  prudent  sur  l'emploi 
de  ce  niujen  de  consolidation.  I.e  chaînage  de  Troyes  se  composait  de  cinq 
barres  de  fer  posées  au  xvii'  siècle.  Il  se  rompit  en  1840  pendant  une  forte 
gelée,  qui  fit  éprouver  au  fer  une  retraite  considérable. 

Ainsi,  t.'int  qu'on  n'aura  pas  trouvé  un  système  de  chaînage  ineilensible, 
en  devra  au  moins  appliquer  les  moyens  connus  dani  lea  condilicos  les  moins 
déravonibles. 

Nous  nous  proposons  de  donner  un  Jour,  dans  celte  Rn>u«,  quelques  chaî- 
nages à  compensateur  de  notre  invention. 


de  celte  manière  (1  ). 

Ce  n'est  pas  tout  :  pour  démonter  la  balastrade  et  poser  le 
nouveau  chaînage,  on  a  fait,  à  chaque  face  de  la  lanterne,  une 
trouée  au  travers  du  mur.  Cette  coupure  a  détruit  la  continuité 
d'un  chaînage  composf*  d'une  suite  de  crampons  en  fer  éublie 
dans  la  construction  et  reliant  entre  eux  tous  le*  blocs  de  plu- 
sieurs assises.  Ce  vieux  chaînage  remplissait  encore  son  but  mal- 
gré l'oxydation.  On  l'a  coupé,  le  voilà  inutile.  On  en  a  fait  autant 
il  Notre-Dame  de  Paris,  mais  sur  une  échelle  bien  autrement 
grande  (2). 

D'après  ce  que  nous  avons  vu,  nous  croyons  pouvoir  rauorer 
un  peu  les  personnes  qui  redoutent  la  chute  de  la  tour  centrale 
de  Notre-Dame  de  Rouen.  Les  murs  ont  dû,  il  est  vrai,  souffrir 
beaucoup  de  l'incendie;  mais  la  flèche  en  fonte,  une  foisacherée. 
pèsera  beaucoup  moinsque  la  vieille  flèche  en  bois  recouvert  de 
plomb,  et,  comme  elle  est  tout  ii  jour,  les  vents  auront  sur  elle 
beaucoup  moins  de  prise  que  sur  l'ancienne  :  mais  il  faudra 
trouver  le  moyen  d'arrêter  les  progrès  des  quatre  crevasses  sont 
le  patin  de  la  flèche  en  fonte. 

H.  JANNIARD, 
Arehilecle  do  Coure 


ÉCOLE  ROYALE  DES  BEAU.VARTS  DE  PARIS. 

L'année  1846  s'est  termioéepar  un  concours  (Tèmulalion  entre 
les  élèves  de  1"  classe,  sur  dessins  rendus,  qui  a  excité  beaucoup 
d'intérêt  ;  plusieurs  raisons  y  contribuaient.  En  tête  du  pro- 
gramme donné  par  le  professeur  de  théorie,  M.  Blouet,  on  lisait  : 

«  M.  Provost,  qu'une  mort  prématurée  rient  d'enlever  aux 
»  arts  cl  à  l'École,  dont  il  était  un  conseil  éclairé,  avait  autrefois 
»  obtenu  comme  prix,  dans  un  des  concours  de  celte  école,  un 
»  ouvrage  (3)  qui  était  pour  lui  un  des  plus  beaux  souTenirs  des» 
»  jeunesse.  Aujourd'hui,  M.  A.  I.eclère,  à  qui  il  a  légi^  cesou- 
»  venir,  croit  rendre  un  digne  hommage  à  la  mémoire  de  aon 
»  ami  en  offrant  en  concours  ce  même  ouvrage,  qui  acqoiot  par 
D  là  un  double  intérêt,  et  qui  sera  ajouté  à  la  récompense  ordi  - 


(1)  Les  réservoirs  deslioés  i  contenir  des  liquides  nous  roaraittail  m 
exemple  frappant  de  ce  que  nous  venons  d'avancer. 

Des  vases  à  plan  circulaire,  d'une  grande  capacité,  quoique  faits  eo  aiélal 
mince,  conservent  leur  régularité  et  supportent  une  grande  pwaaioa  MH  le 
secours  de  cerceaux;  le  liquide  exerçant  «ne  poussée consUnte et r<f  lier»  iw 
tous  les  points  de  la  circonférence,  toutes  les  parties  de  l'eofelayiw  m  ••■- 
tiennent  mutuellement.  Mais  si  ces  vases  sont  carrés,  les  cerclages  eo  i 
ne  |)euvent  empêcher  leur  déformation.  On  est  alors  obligé  de  faire 
parois  très  épaisses,  ou  bien  de  soutenir  leurs  Qancs  par  de*  ehllnsg»!  <■ 
travers  ou  par  de  trét-foris  ihàssis  i  l'extérieur. 

(2)  Le  système  de  chatnage  par  eraropouf  en  métal  parait  avoir  été  géné- 
ralement adopté  par  les  constructeur»  du  moyen  âge.  A  la  Sainte-Claptllf 
de  l'aris,  ou  en  a  trouvé  qui  se  composaient  d'une  suite  de  craai|MMis  aiaait 
d'un  oeil  à  un  bout  et  d'un  crochet  à  l'autre.  Ils  s'assembiaienl  raire  eut  ca 
plaçant  le  crochet  de  l'un  daut  l'ieil  de  son  voisin.  Il  eftl  été  plus  siaa^  et 
moins  coûteux  de  les  faire  d'une  seule  piice. 

A  Notre-Dame  de  Paris,  les  blocs  des  ti««s  assise*  parpaifntM  qui  compo- 
sent l'architrave  du  grand  eniahlcmrnl  sont  Imis  reliés  entre  eoi  par  4mx 
cours  de  crampons  en  fer,  ce  qui  fait  lix  cours  de  cnmpoas  pavr  les  trais 
assises. 

(3)  U  Palais  du  tourrr,  par  BalUrd. 


AS 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


lift 


»  naire,  pour  celui  qui  aura  le  mieux  satisfait  aux  conditions  du 

»  présent  programme.  > 

Le  sujet  du  concours  était  :  La  recomposition  ou  restitution  du 

tombeau  de  Mausole ;  le  programme  était  rédigé  nvec  précision, 

et  l'acte  de  libéralité  éclairée  de  M.  A.  Leclère  devait  exciter 

l'émulation  des  concurrents. 
Le  jugement  fut  rendu  le  15  janvier  (1847),  en  faveur  de 

MM.  Davloud,  élève  de  M.  Léon  Vaudoyer,  auquel  on  décerna 

la  première  médaille,  et (nous  regrettons  d'avoir  oublié  le 

nom  de  ce  jeune  homme,  élève  de  M.  Lebas),  qui  obtint  la 

deuxième  médaille  (M.  Lebouteux). 

M.  Davioud  avait  l'ait  un  emploi  très  libéral  de  la  couleur  sur 
les  faces  extérieures  de  son  monument,  aussi  la  première  mé- 
daille ne  lui  fut-elle  pas  accordée  à  l'unanimité.  On  prête  k  M.  A. 
Leclère,  le  donntetirdu  beau  volume  deBaltard,  une  réserve  du 
meilleur  goût  en  cotte  circonstance.  Le  succès  de  M.  Davioud  dé- 
note im  mouvement,  nous  dirions  volontiers,  un  véritable  progrès 
dans  les  opinions  du  jury  de  l'École. 

Le  concours  de  construction  générale  (2'  classe),  ouvert  le  5  octo- 
bre 18/)6,  vient  d'être  jugé.  Le  sujet  du  concours  proposé  par  M.  Jay,  le 
professeur  de  construction  à  l'École,  était  la  construction  d'une  Église  pa- 
roissiale, de  100  m.  de  long  sur  33  m.  de  large,  avecporclie,  clocher  et 
baptistère.  Ce  concours,  où  figuraient  trente-deux  élèves,  mériterait  un 
compte  rendu  approfondi  ;  nous  y  reviendrons,  mais  en  attendant,  voici 
les  noms  des  lieureux  du  jour. 

Des  Médailles,  égales  de  valeur,  ont  été  distribuées  dans  l'ordre  sui- 
vant : 

1"  Médaille  à  M.  Dainville,  élève  de  M.  Constant-Dufeux. 

2"=        —        Al.  Conrath,        —       M.  Lebas. 

y        —        M.  Revoil,  —       M.  Carislie. 

h'        —        SI.  Henanld,       —       M.  P.enauld. 

5,"        —        M.  l^romageau,  —       M.  Constant-Dufeux. 

Les  Mentions  ont  été  distribuées  dans  l'ordre  suivant  : 

Lai"  à  M.  Jossier,  élève   de  M.  Vaudoyer. 


2e 

à 

M.  Garrel, 

— 

— 

3= 

ù 

M.  Hiltorf, 

— 

M.  Hittorf. 

h* 

à 

M.  Bourgeois, 

— 

M.  Carislie. 

5» 

ù 

M.  Dubcl, 

— 

M.  Nicolle. 

6« 

à 

M.  Sabatier, 

— 

M.  Lebas. 

T 

à 

M.  Lafollye, 

— 

M.  Jay. 

8* 

il 

M.  Ogée, 

— 

M.  Uchard. 

9" 

à 

M.  Normand  (J.) 

> 

M.  Jay. 

10» 

a 

M.  Hardy, 

— 

M.  Nicolle. 

W 

a 

M.  Ancelet, 

— 

M.  Baltard. 

12* 

à 

M.  P.aimbault, 

— 

M.  li.  Labrouste. 

13° 

à 

M.  Brun, 

— 

M.  Uchardi 

1Z|= 

à 

M.  Mellerio, 

— 

M.  Collet. 

15« 

à 

M.  Grisou, 

— 

M.  Lebas. 

16» 

ù 

M.  Letrosne, 

— 

M.  Vaudoyer. 

17= 

a 

M.  Freret, 

— 

M.  Isabelle. 

18» 

a 

M.  Saulnier, 

— 

M.  Bonneau. 

19° 

à 

M.  Millot, 

— 

M.  Lebas. 

20» 

a 

iM.  Guillaume, 

— 

M.  Lebas. 

te  concours  d'émulation  entre  les  élèves  de  la  l"  classe,  ouvert  le 
5  janvier  I8i7,  se  jugera  sur  rendu,  dans  le  courant  de  mars.  Le  sujet  du 
programme  donné  par  M.  Blouet  est  un  Hospice  pour  les  vieillards  des 
deux  sexes.  Voila  un  excellent  sujet  d'étude,  un  monument  que  tout  ar- 
chitecte peut  être  appelé  à  faire,  que  tout  élève  devrait  avoir  tracé  avant 
de  quitter  l'école. 


Les  sujets  de  concours  rédigés  par  M.  Blouet  sont  le  plus  souvent  très 
bien  choisis. 

Le  concours  d'émulation  pour  la  2*  classe,  ouvert  le  G  janvier  18i7, 
et  dont  le  sujet  était  un  Four  banal,  fut  jugé  sur  esquisse  le  5  février. 
Des  deuxièmes  mentions  furent  accordées  aux  élèves  Daumet  (atelier  de 
MM.  Saint-Père  et  Trouillct),  Bibard  (M.  Constant-Dufeux),  Las.simonc 
(M.  Lebas)  et  CoUasson  (^L  Lebas). 

Le  concours  d'émulation  entre  les  élèves  de  la  l'»  classe  {Esquisse), 
ouvert  le  2  février  18Zi7,  vient  d'être  exposé;  le  jugement  sera  rendu  dans 
le  courant  de  mars.  Le  sujet  est  un  Petit  monument  intime  (des  lieux 
d'aisances  publics).  «  Ces  petits  établissements,  très  utiles  dans  les  grandes 
villes,  peuvent  servir  à  l'eiiibellissement  des  lieux  où  ils  sont  élevés,  »  dit 
le  programme.  Il  peut  en  être  ainsi;  cependant,  ne  vaudrait-il  pas  mieux 
les  envelopper  le  plus  souvent  possible  dans  un  bouquet  de  verdure? 
Une  vespasienne  bien  caractérisée  n'a  rien  de  très  flalteur  en  soi.  Les 
élèves  avaient  géuéralemcnt  indiqué  de  très  petites  ouvertures  aux  cabi- 
nets; c'était  la  marque  d'un  sentiment  juste,  mais  nous  avons  regretté  de 
ne  pas  voir  quelques  projets  avec  des  baies  à  la  fois  haut  placées  et  larges. 
Quelques  élèves  avaient  fait  passer  un  bandeau  profilé  au-dessous  des 
fenêtres  des  cabinets,  de  manière  à  faire  croire  a  une  division  horizontale 
intérieure,  a  une  espèce  d'étage  ;  c'était  la  une  erreur  de  décoration  ame- 
née peut-être  par  l'oubli  de  l'échelle  du  dessin  :  prenant  la  petite  baie  du 
cabinet  pour  point  de  départ  ou  pour  unité,  et  oubliant  ses  petites  dimen- 
sions, on  avait  traité  la  façade  comme  si  les  fenêtres  avaient  les  dimensions 
ordinaires,  et  comme  si  tout  le  reste  avait  grandi  en  proportion. 

Le  concours  d'émulation  entre  les  élèves  de  la  2°  classe,  sur  rendu,  a 
été  ouvert  le  3  février  et  sera  jugé  dans  le  mois  d'avril.  Le  sujet  est  une 
Maison  de  Charité,  destinée  à  l'administration  des  secours  et  de.-,  médi- 
caments accordés  aux  pauvres  d'un  des  douze  arrondissements  de  Paris. 


DE  LA  RESPONSABILITÉ  DES  ARCHITECTES. 

MONSIEDR    ET  CHEIt   CONFRÈRE, 

A  peine  aviez-vous  donné  place  dans  votre  excellent  journal  aux  quel- 
ques lignes  que  je  vous  adressais  touchant  la  nécessité  de  réformer  .la 
législation  sur  la  responsabilité  des  architectes  (voy.  col.  Ii06,  6»  vol.), 
qu'en  feuilletant  quelques  recueils  de  jurisprudence  et  quelques  journaux 
spéciaux,  je  trouve  un  arrêt  (1)  de  la  cour  suprême  qui  décide  que  les 
architectes  ne  peuvent  être  responsables  personnellement  ou  conjoin- 
tement avec  l'entrepreneur  des  vices  de  construction  ou  autres. 


(I)  L'arrêt  cité  a  été  rendu  dans  l'action  intentée  par  la  ville  de  Saint-Ger- 
main-en-Laye  contre  les  architectes  de  son  église.  Voici  les  pcripctics  de 
cette  affaire. 

Jugemcntdu  tribunal  civil  de  Versailles  qui  ordonne  une  expertise,  1 8  juil- 
let 1836. 

Jugement  préparatoire  du  même  tribunal  qui  ordonne  une  deuxième  ex- 
pertise, 2t  février  1839. 

Jugement  du  même  tribunal,  du  13  août  1841,  qui,  rejetant  les  conclu- 
sions de  deux  rapports,  condamne  les  architectes  et  entrepreneurs  à  un  paye- 
ment exécutoire  et  à  des  dommages  et  intérêts. 

Arrêt  de  la  Cour  royale  de  Paris,  première  chambre,  4  mars  1843,  qui  dé- 
charge les  architectes  des  condamnations  prononcées  contre  eux,  condamne 
la  ville  de  Saint-Gerraain-en-Laye  aux  dépens. 

La  ville  se  pourvoit  en  cassation,  et  la  Cour  rend,  le  12  novembre  1844, 
l'arrêt  auquel  nous  faisons  allusion. 

Dans  une  alTairc  à  peu  près  semblable,  il  s'agissait  aussi  d'une  église,  la 
Cour  royale  de  Pau  reudit,  le  13  mars  1845,  un  arrêt  qui  prononce  la  res- 
ponsabilité des  architectes  à  raison  de  la  surveillance  des  travaux  ;  mais  cet 
arrêt  ne  contrarie  nullement  le  principe  soutenu  par  la  Cour  de  casisation, 
car  c'est  par  application  du  droit  commun  et  pour  une  responsabilité  géné- 
rale non  inhérente  à  la  profession,  c'est-à-dire  en  vertu  des  articles  1382,. 
1383  du  Code,  que  les  architectes  de  Pau  ont  été  déclarés  responsables. 


46 


M\UK  I)K  L'AitCHITECTUHK  ET  DES  TRAVAUX  l'UBLICS. 


Je  n'ai  vu  dans  cet  ariÉl  de  la  Cliambrc  de»  requôies,  rendu  dan.t  une 
aHaire  célfcbie,  le  12  novembre  184à,  je  n'ai  vu,  di»-jc,  que  le  principe, 
■et  c'est  au  principe  que  je   m'allaclie.  A  ce  «ujct,  je  vous   dimanderai 
pour  les  lignes  suivantes  l'accueil  que  vous  avez  bien  voulu  taire  au 
précOdcnles,  que  celles-ci  compléteront. 

Agréez,  mon  cbez  confrère,  mes  alTectueuses  salutations. 

BIILNET  DE  BAINEtJ. 
Paris,  ce  1"'  décembre  1846. 

Voici  donc  un  premier  pas  fait  dans  une  voie  toute  rationnelle,  et  qui 
sera  parcourue,  nous  l'espérons,  par  toutes  les  cours  du  royaume; 
l'exemple  vient  de  trop  haut  pour  qu'il  ne  i-uit  pas  suivi.  C'est  un  arrêt 
•de  principe  qu'a  rendu  la  cour  suprême,  et  la  législation  ne  pourra  rcsier 
plus  longtemps  en  désaccord  avec  certains  articles  de  son  Code  et  une 
jurisprudence  toute  contraire  îi  ce  que  veulent  ces  articles. 

La  responsabilité  des  architectes  devra  être  étudiée,  modifiée  ;  car,  pour 
n'être  pas  confondue  avec  celle  qui  pèse  sur  rentreprcneur  ou  l'ouvrier, 
elle  n'eu  existe  pas  moins,  mais  limitée  aux  actes  personnels,  etaux  fautes 
qui  sont  la  conséquence  de  ces  actes. 

Là  est  la  vérité,  là  aussi  est  l'équité. 

La  question  est  ardue,  mais  non  insoluble,  et,  pour  la  résoudre,  il  suf- 
fira, je  pense,  d'établir  la  position  réelle  et  légale  qu'occupe  un  architecte 
dans  les  diverses  combinaisons  oi'i  il  exerce  sa  profession,  afin  de  distin- 
guer et  de  limiter  la  part  de  responsabilité  afférente  à  chacune  de  ces 
combinaisons. 

Kn  ellct,  si  l'architecte  donne  seulement  ses  plans  sans  diriger  les  Ira- 
vaux,  sans  régler  la  dépense,  sa  responsabililé  s'amoindrit,  tandis  qu'elle 
augmente  lorsqu'il  ajoute  à  la  livraison  de  ses  plans  la  surveillance  et  la 
direction  des  travaux,  et  par  suite,  le  règlement  des  mémoires  qui  repré- 
sentent la  dépense  faite. 

[I  importe  donc, aujourd'Imi, non  seulement  dans  l'inléréldii  mandant, 
mais  aussi  dans  l'intérêt  du  mandataire,  de  fixer,  de  graduer  la  responsa- 
bilité de  ce  dernier,  et  aussi  la  pénalité  qui  le  frapperait,  s'il  se  rendait 
-C0upal)le  d'actes  qui  engageraient  cette  responsahililé. 

La  disproportion  était  aussi  par  trop  choquante  ;  et  combien  de  nos  con- 
frères n'ont-ils  pas  eu  à  gémir  d'une  législation  draconienne,  dont  ils  ont 
dû  subir  les  arrêts  malgré  des  protestations  auxquelles  la  cour  suprême 
vient  de  donner  raison  récemment  avec  l'autorité  que  commande  cette 
magisiralure  élevée. 

On  se  demande  comment  un  architecte,  que  tous  les  jurisconsultes,  les 
anciens  comme  les  modernes,  ont  toujours  regardé  comme  un  mandataire 
dont  le  travail  n'est  pas  suffisamment  payé  par  de  l'argent,  c'cst-à-tlirc 
dont  l'argent  seul  ne  peut  olfrir  l'équivalent,  comment  ce  mandataire  à 
rémunération  fixe  pouvait,  pour  un  vice  dans  la  construction,  pour  une 
Imperfection  dans  le  travail,  pour  une  contravention,  être  frappé  dans  son 
honneur,  dans  ses  intérêts,  déconsidéré,  ruiné  par  conséquent,  et  rcla 
pour  une  faute  qui,  le  plus  souvent,  n'était  pas  la  sienne,  ou  qu'une  sur- 
veillance assidue  et  exercée  avec  intelligence  n'avait  pu  apercevoir  ;  tandis 
que  l'entrepreneur  ou  l'ouvrier,  le  conimerçanl,  par  conséquent,  dont  les 
bénéfices  ne  sont  pas  restreints,  aurait  pu  tirer  parti  de  toutes  les  circon- 
stances pour  augmenter  ce  hénéfice,  aller  même  jusqu'à  commettre  une 
faute  qui  lui  proliiail  si  elle  passait  inaperçue,  ou  bien  encore  commettre 
cette  faute  par  ignorance,  ce  que  la  loi  qualifie  tout  autrement,  et  n'en- 
courir d'autre  danger  que  celui  tl'ètrc,  conjointeuK^nt  avec  l'architecte  ou 
par  l'action  récursoirc  de  celui-ci,  appelé  en  garantie  d'un  acte,  résultat 
de  la  fraude  ou  de  l'ignorance,  et  dont  la  réparation  retombait  le  plus  sou- 
vent à  la  charge  de  l'architecte,  de  celui  qui  n'avait  pas  commis  la  faute, 
et  qui,  dans  tous  les  cas,  n'en  avait  retiré  aucun  fruit. 

Évidemment  l'anomalie  était  trop  forte,  et  quelque  tardive  qu'ait  été 
la  saine  interprétation  des  jiositions  respectives  de  l'architecte  et  de  l'en- 
trepreneur, il  faut  savoir  gré  à  la  cour  suprême  d'un  arrêt  aussi  impor- 
tant, d'une  doctrine  qui  s'établira  ;  car  elle  rend  normal  ce  qui  n'était 
jusqu'à  nos  jours  qu'un  non-sens  désastreux. 

Remaniuons  aussi  que  depuis  plus  de  deux  siècles  la  rémunération  de 


l'architecte  est  tonjonrs  restée  la  mtaie,  qu'elle  n'a  éprouvé  aucune  ang- 
menialion  ;  et  cependant  la  différence  est  grande  entre  la  valeur  de  Tarsent 
au  temps  de  Louis  .XIV  et  ce  qu'il  vaut  aujourd'hui. 

Ije  plus,  les  onstruclions  d'alors,  conçues  sur  une  trte  grasde  échelle, 
coûtaient  fort  cher,  et  les  honoraire*  de  l'arcbilccte,  proporlioanels  i  la 
dépense,  augmentaient  avec  elle. 

Aujourd'hui,  les  c<)n»tructions  enirepriae*  par  l'Êiai  excepKct,  ccBet 
des  particuliers,  considérées  pour  la  plupart  comme  des  opératkNM  de 
placement,  et  élevées  avec  toute  l'économie  nécessaire  ponr  arrifer  & 
ce  but,  sont  d'uue  bien  moindre  importance  et  d'uoe  dépense  béea  ialé- 
rieure  à  celle  qu'exigeaient  les  hôtels  somptueux  du  temps  doot 
venons  de  parler. 

L'architecte  est  donc  aujourdliui  daiu  une  position  comparallre 
plus  mauvaise,  eu  égard  à  ses  intérêts,  que  celle  qu'il  occupait  il  y  adenx 
cents  ans,  puisque,  malgré  la  dépréciation  du  signe  monétaire,  oa  da 
moins  son  insuffisance  relative,  et  le  chiffre  plus  minime  des  coastrac- 
tions,  la  rémunération  de  son  travail  n'a  pas  augmenté,  lorsque  loatdiw- 
gcait  autour  de  lui  et  à  son  détriment. 

Si  nous  ajoutons  à  un  état  de  clioscs  que  nous  voudriom  meillear  les 
exigences  de  la  loi,  la  perspective  de  la  ruine  et  de  la  déconridénlte 
pour  des  fautes  que,  malgré  sa  capacité,  sa  vigilance,  il  ne  loi  est  pas  KM- 
jours  possible  de  prévenir  ou  d'empêcher,  on  conviendra  que  si  le  chiffre 
des  honoraires  de  l'architecte ,  quelque  insuffisant  qu'il  soit  au  temps  oè 
nous  vivons,  n'est  pas  ramené  à  une  proportion  plus  juste  avec  ladépeaae, 
ce  quiadéjàété  fait  par  quelques  grandes  administrations  (l),aa0iofa^Be 
faut-Il  pas  que  celui-ci  tremble  à  chaque  instant  pour  ses  intérêts  i 
ces  par  une  législation  que  j'ai  osé  appeler  draconienne,  et  qu'il  vivet 
un  état  de  suspicion,  de  défiance,  d'hostilité  presque,  avec  ses 
diaires  obligés,  les  entrepreneurs,  des  butes  desquels  U  est  appelé  k  té- 
pondrc,  qu'il  y  ait  ou  non  }<articipé. 

Dans  cette  question  de  responsabilité,  la  Sodélé  ceatnie  des  archi- 
tectes pourrait  montrer  son  utilité.  En  effet,  son  action  s'eserçaat  MM 
d'abord,  et  avant  toute  action  judiciaire,  contre  les  délinquants  qni  aa- 
raient  à  répondre  d'actes  attentatoires  i  l'tionnear  et  à  la  coMiéfraHea 
de  la  corporation  dont  ib  sont  membres  nul  doute  que  leurs  oanlirèrea  ae 
montreraient  sévères  pour  la  répression  de  faits  sissceptibles  de  nirire  kla 
dignité  de  la  profession,  et  par  suite  aux  intérêts  de  ceux  qui  l'exerceaL 

Cette  juridiction  intérieure,  et  dont  le  système  pénal  aurait  pour  iiniie 
rinierdiction  du  membre  convaincu  d'une  faute  grave.  augaMMarail  les 
garanties  que  fournit  déjà  une  société  légalement  autorisée,  coaaae  oHe 
qui  nous  occupe. 

iM  à  cette  pénalité  extrême  de  la  part  de  la  SicUM  «ia-i-vis  de  a» 
membres  s'ajoutait  une  répreasien  équitable,  iatelligeale  et  praforliaa- 
nelle  aux  fautes  commises,  nnis  appliquée  par  les  trihuaanx  oaaipéKBla. 
la  loi  et  les  intérêts  de  tous,  loin  d'être  dé-tamiéa  et  sans  «Wlanar.  iuiail 
au  contraire  celte  double  garantie  de  l'action  disdplianire  de  la  SadM 
centrale,  et  de  celle  plus  directe  encore  des  tribuMux.  que  la  picarière 
éclairerait,  faciliterait  même  dans  rappUcaïkm  de  la  peioe,  dans  la  déi- 
nilion  ou  la  fixati;m  de  U  rrsponsabHilé. 

En  agissant  ainsi,  la  Société  centrale  ne  frrail,  an  reste,  «pae  «rivre  la 
route  tracée  par  d'honorables  préoddealsw 

Au  point  oCi  nous  en  aoninies  arriva  par  l'exemption  de  la  patente  et 
la  nécessilé  reconnue  aujoard'liui  par  tous  d'un  brevei  de  capacilé,  d'à* 
diplôme  qui  constate  le  droit  à  l'exercice  de  la  pralii irisn  ;  aprt»  ce*  atrtt 
i  de  la  cour  suprême,  qui  contient  en  germe  la  rélsTHM,  la  awdilkadaa 
des  articles  du  Code  relatifs  1  b  respomabHM,  U  faapoite  qnc  b  SatMê 
centrale  se  pénètre  de  ce  qiie  je  crois  nne  »*fHé  :  c*W»  flue  riiliMi,  H 
mouvement  et  rinitlative  de  cerlahm  qnwlioM  sn«t  la  csaditiM  de  aaa 
existence,  la  loi  de  son  avenir  ;  que  la  part  pins  oa  mates  aciist  qa'tMB 


(t)  Quelques  compasnies  de  ri 
100,  altouent  4  leurs  arcltiltcie* 
travaui. 


da  fer.  «MI*  les  lianwaift*  à  5  p 

prises  «irréas  payaMas  4  b  fia  < 


0 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


à» 


prendra  à  ces  discussions  qu'elle  ne  peut  pas  fuir,  qu'elle  doit  au  con- 
traire provoquer,  donnera  la  mesure  de  la  considération  qu'une  société 
doit  toujours  commander  et  obtenir  par  ses  actes;  car  si  son  influence 
devenait  nulle  ;  si,  prise  de  relâchement  ou  de  torpeur,  elle  végétait 
dans  l'inaclion,  elle  tomberait  comme  une  superfétation,  comme  une  inu- 
tilité sans  but,  sans  nécessité,  et  sans  exciter  le  moindre  regret. 

Ou  celte  réunion  de  spécialités  était  nécessaire,  et  les  raisons  abon- 
dent pour  la  motiver  aujourd'hui  plus  que  jamais,  et  tous  ses  membres 
doivent  vouloir  soutenir  cette  institution,  et  proclamer  son  existence  par 
des  travaux  qui  en  feront  sentir  l'importance  ;ou  cette  agglomération  était 
inutile,  et  alors  pourquoi  l'avoir  conduite  jusqu'ici,  si  tant  de  voix  de- 
vaient rester  muettes  au  moment  où  le  concours  éclairé  de  ces  spécia- 
lités doit  rendre  de  grands  services  et  prouver  son  utilité? 

Mais  heureusement,  si  quelque  mauvais  vouloir  pouvait  exister,  cette 
nécessité  de  la  Société,  sa  vitalité,  triompheront  de  ces  résistances  indi- 
viduelles que  le  frottement  usera  ;  et  continuant  à  parcourir  un  orbe  ré- 
gulier, la  Société,  dans  son  mouvement  progressif,  touchera  à  toutes  les 
questions,  à  toutes  les  difficultés  dont  elle  peut  préparer  la  solution,  ou 
qu'elle  peut  faire  disparaître  par  l'abondance  des  lumières  qu'elle  appor- 
tera dans  les  discussions  techniques  qui  vont  certainement  s'engager  sur 
un  terrain  qui  lui  est  familier. 


CONCOURS 


PODR    LE    PROJET    D'ONE    NOUVELLE    SALLE    D'OPÉRA. 

On  dit  qu'un  concours  sera  ouvert  pour  le  projet  du  nouvel  Opéra  de 
Paris.  On  dit  aussi  que  ce  concours  sera  un  second  concouis  funèbre  où 
viendront  s'ensevelir  bien  des  efforts,  bien  du  talent  et  de  l'argent,  comme 
celui  dont  le  tombeau  impérial  fut  l'objet  il  y  a  quelques  années.  Aujour- 
d'hui comme  alors  on  cite  des  noms  propres,  on  désigne  d'avance  le  front 
que  doit  orner  la  couronne  de  vainqueur. 

Ces  bruits  peuvent  être  mal  fondés  ;  mais  si  cette  fois  l'administration 
procède  comme  lors  du  fameux  concours-attrappe,  il  ne  sera  pas  permis 
de  douter  de  ses  bonnes  intentions  envers  monsieur  tel  ou  tel,  et  elle  don- 
nera la  mesure  de  son  respect  pour  les  artistes  en  général  et  pour  le 
public. 

Quand  on  ouvre  un  concours  avec  l'intention  qu'il  serve  à  quelque  chose, 
on  commence  par  un  concours  général  d'esquisses  :  les  artistes  les  plus 
pauvres,  les  plus  occupés,  peuvent  ainsi  y  prendre  part  ;  le  programme 
doit  être  bien  détaillé  ;  l'annoncedu  concours  publiée  dans  tous  les  princi- 
paux journaux  ;  le  jury  nommé  d'avance;  une  exposition  publique  dans 
un  lieu  déterminé  et  pendant  un  temps  suffisant  doit  être  garantie,  et  le 
concours  définitif  doit  avoir  lieu  entre  un  nombre  limité  d'artistes  dont 
les  esquisses  auront  été  jugées  les  meilleures. 

Quant  au  concours  sur  dessins  dits  rendus,  les  mêmes  soins  doivent 
se  reproduire  :  le  programme  doit  être  confirmé,  ou  amendé  d'après 
les  enseignements  apportés  par  le  concours  d'esquisses;  un  délai  fatal  doit 
être  arrêté,  le  jury  nommé,  le  lieu  et  la  durée  de  l'exposition  publique  ga- 
rantis ;  chacun  des  concurrents  (pour  le  concours  sur  rendu)  doit  recevoir 
une  somme  égale  à  la  dépense  probable  qu'il  supportera  pour  l'exécution 
matérielle  de  ses  dessins.  En  outre,  aux  meilleurs  projets  doivent  être 
alloués  des  prix  d'un  chiffre  déterminé,  et  l'assurance  que  le  premier  prix 
sera  chargé  de  l'exécution  des  travaux,  si  mieux  l'administration  n'aime 
le  dédommager  par  une  indemnité  également  fixée  d'avance.  Il  y  aurait 
encore  quelques  autres  mesures  de  détail  à  prendre  ;  mais  nous  écrivons 
à  la  hâte,  et  nous  ne  pouvons  en  ce  moment  rédiger,  comme  nous  le  vou- 
drions, un  règlement  général  pour  les  concours  publics. 

Si  l'administration  trouve  difficile  de  concilier  tous  les  intérêts  engagés 
dans  un  concours  public,  si  elle  ignore  comment  composer  un  jury  offrant 
toutes  les  garanties  désirables,  qu'elle  appelle  la  lumière  du  dehors,  qu'elle 
nomme  une  commission  formée  d'administrateurs  représentant  l'État,  de 
membres  de  l'Institut  représentant  l'art  officiel,  d'artistes  non  membres  de 


l'Institut  représentant  l'art,  etc.  ;  enfin,  une  commission  où  seront  re- 
présentés les  intérêts  divers  qui  se  heurtent  dans  les  concours  publics  ; 
qu'elle  annonce  ensuite  que  le  projet  de  règlement  des  concours  publics 
jugé  le  moins  imparfait  par  cette  commission  recevra  une  récompense 
de...,  et  que  tout  autre  projet  auquel  on  fera  un  emprunt  pour  la  rédac- 
tion des  règlements  définitifs  aura  droit  à  une  récompense  proportion- 
nelle ;  qu'enfin,  pour  garantir  la  loyauté  du  jugement,  les  divers  mémoires 
adressés  à  la  commission  seront  imprimés  avec  le  projet  définitif  de  rè- 
glement que  dressera  la  commission  après  le  concours. 

Avec  de  telles  conditions,  on  peut  cire  persuadé  que  la  difficulté  sera 
promptement  résolue  sans  que  les  sommes  déboursées  tant  en  récom- 
penses qu'en  impression,  etc.,  dépassent  15,000  francs.  Qu'est-ce  qu'une 
somme  pareille  pour  obtenir  l'avantage  de  consulter  désormais  à  peu  de 
frais  les  hommes  les  plus  éminents  d'une  spécialité,  chaque  fois  que  l'ad- 
ministration rencontrera  une  difficulté. 

A  la  vérité,  il  serait  ensuite  moins  facile  d'obliger  monsieur  tel  ou  tel 
aux  dépens  de  l'art  et  de  la  fortune  publique  ;  les  arts  ne  seraient  plus  de 
simples  instruments  politiques  !  c.  D. 


FAIT!«  DIVERS. 

Un  atelier  reconnaissant.  Les  élèves  anciens  et  nouveaux  de  l'atelier 
d'architecture  de  M.  Duban  ont  l'habitude  de  se  réunir  deux  fois  par  an. 
Ces  jours-là  il  est  convenu  qu'ils  dînent  ensemble;  mais  il  serait  plus  juste 
de  changer  le  nom  de  banquet  semestriel  en  celui  de  causerie  semes- 
trielle, car  si  le  banquet  est  toujours  fort  modeste,  la  causerie  est  parfois 
des  plus  animées.  Que  fais-tu  maintenant?  Qu'est  devenu  un  tel  ?  Notre 
pauvre  camarade  est  mort.  Un  tel  est  en  Afrique,  tel  autre  on  ne  sait 
où.  On  fait  ainsi  à  chaque  semestre  le  bilan  de  la  bonne  et  de  la  mauvaise 
fortune  de  l'atelier.  11  y  a  six  mois,  ces  comptables  de  nouvelle  espèce 
déclarèrent  l'atelier  en  progrès,  et  un  sentiment  de  reconnaissance  envers 
l'éminent  artiste  qui  lesavait  guidés  de  ses  bons  conseils  et  de  son  exemple 
encore  meilleur,  se  fit  jour  au  milieu  de  la  joie  générale  ;  ils  votèrent  par 
acclamation  qu'une  médaille  représentant  les  traits  de  M.  Duban  serait 
exécutée  par  un  de  nos  plus  habiles  scidpteurs,  et  offerte  à  leur  ancien 
maître  comme  un  témoignage  de  leur  gratitude  et  de  leur  respectueux 
attachement. 

La  médaille  a  été  exécutée  avec  beaucoup  de  talent  par  M.  Pimart,  et, 
il  y  a  quelques  jours,  une  députalion  de  l'atelier  s'est  rendue  auprès  de 
M.  Duban  pour  le  prier  de  vouloir  bien  eu  agréer  l'hommage. 

Nous  citons  volontiers  cet  exemple  aux  jeunes  gens  assez  malheureux 
pour  s'imaginer  qu'ils  sont  quittes  de  toute  autre  reconnaissance  envers 
les  hommes  de  talent  qui  les  conduisent  dans  la  voie  de  l'art,  dès  qu'ils  ont 
contribué  pour  une  somme  de  25  francs  par  mois  aux  frais  du  loyer  et 
aux  autres  dépenses  d'atelier. 


Le  vieux  château  de  Xoijent-le-Roiwu  est  l'objet  de  grands  ira- 
vaux.  Le  Journal  de  Chartres  nous  apprend  qu'une  somme  considé- 
rable est  consacrée  à  la  restauration  de  cette  majestueuse  demeure  des 
anciens  comtes  du  Perche.  Les  travaux  qu'on  fait  à  l'intérieur  seront  con- 
formes au  style  du  monument  ;  les  boiseries  qui  décoraient  les  deux  tours 
cylindriques  seront  remises  en  place. 


CÉSAR  DALY, 
Directeur  et  rédacteur  en  chef, 
membre  tionoraire  et  correspondant  de  l'Académie  royale  des  Beaux-Arts 
de  Stockholm,  de  l'Institut  royal  des  Architectes  britanniques,  etc.,  etc. 


Paris.  —  Imprimerie  de  L.  Mautlset,  rue  Jacob,  30. 


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REVUE  DE  L'ARCHITKCTI  KE  ET  DES  TUA  VAL  X  PUBLICS. 


L  éÙ'  SYMBOLISME  DANS-  L'ARCHITECTURE 

L'aNTIOUITÉ    ET    Li;,llOYEM    AGE. 


Sommaire.  —  Un  dialogue  à  l'occuioD  d'un  monument  du  moyen  âge,  où 

'    l'un  lies  inU^rloculcurs  di'cbuvrc  des  monstruosités  physiques,  et  l'autre  dé 

.  griuiUc'S  bcauti'S  morales.  •    :, 

Fia'imciils  d'une  corresponilance  entre  deux  artUlc»:  X>ks  désirs  exprimés  par 
l'art  antique,  et  des  aspirations  ren<>t(;e3  par  l'art  dû  moyen  Sge.  —  L'anti- 

;  iqiiitti  a  cidtivé.lo  beau;  le  moyeu  ilge,  le  beau  et  le  laid.  Pourquoi?  — 
Timor  Vei  (;t  nnu>r  Dei,  de  leur  influence  sur  l'art.  —  Au  moyen  âge  l'irt 
devait  lii'ccssairemènt  reclierclier  les  formes  symlioliques.  Preuves  de  ce  fait 
piiist'esdans  le  but  de  l'art,  dans  des  circonstances  d'à-^ropos  et  d:iiis  le* 
traditions  religieuses.  —  L'art  tout  entier  est  m'cessairement  symIiolii)iie  de 
l'état  matériel,  moral  et  intellectuel  de  l'Iiunianité.  Démonstration  de  cette 
vérité.  —  Les  lignes  géométriques  de  l'architecture  ont  un  sens  symbolique, 
que  les  architectes  l'aient  voulu  ou  non.  Application  de  cette  Uiéorie  i>  l'in- 
terpri^talion  de  l'architecture  (•gyptiennc.  —  Uécit  biblique  e\|irimant  le 
but  étemel  de  l'art.  —  Les  arts  plastiques  sont  des  langues.  Des  éléments 
constitutifs  et  de  la  syntaxe  de  ces  langues  plastique.s.  —  Le  symbolisme  est 
quelquefois  instinctif,  queli|uefois  intentionnel.  —  Des  excellents  travaux 
deS  PP.  Martin  et  Léon  Cahier  sur  le  symbolisme.  —  Des  études  'considé- 
rables de  madame  Kélicie  d'Ayzac  sur  le  symbolisme,  et  résultatii  inérilables 
que  produiront  ces  travaux. 

Encore  mm  dinloijue  :  [,a  laideur  physique  au  iervite  de  la  beauté  morale.  — 
Les  monstres  sont  bons  a  quelque  chose.  — Un  ami  exclusif  de  l'antiquiti' 
comprend  enfin  le  moyen  ige  (k  bon  entendeur,  salut).  —  Les  lecteurs  de  la 
nemie  sont  priés  d'accorder  une  Irùs-sérieuse  attention  au  Mémoire  de  ma- 
dame F.  d'Ayzac,  qui  suit  immédiatement  ce  travail.  ' 


Dialogue. 

Par  un  beau  jour  d'été,  i!  y  a  plusieurs  années  de  cela, 
j'étais  a,ssis  devant  l'imposant  et  splendide  portique  qui  dé- 
core d'une  façon  si  magistrale  le  côté  nord  de  la  cathédrale 
de  Cliartres  :  l'-àine  pleine  d'émotion  en  face  de  cet  immense 
poëme  religieux,  je  m'elTorçais  d'en  reproduire  l'image,  en 
lui  con.servant  ce  caractère  particulier  de  naïveté  dans  le  dé- 
tail et  de  pompe  dans  l'ensemble  qui  en  fait  une  œuvre  si 
étonnatite. 

La  grande  chaleur  du  jour  avait  passé  sur  moi  sans  trou- 
bler l'extase  où  me  plongeait  ma  juste  admiration  ;  et  les 
curieux  qui  in'avaient  entouré  pendant  une  grande  partie 
de  la  journée,  s'étaient  peu  à  peu  retirés  d'auprès  de  moi. 
Seul  enfin,  avec  mes  pensées,  mon  esprit  obéit  aux  sollici- 
tations dn  chef  d'œtivre  que  j'étudiais,  et  mon  imagination 
p6in')ta  hietilAt  le  vide  rpii  sét;nt  fait  autour  dé  moi.  Je  voyais 
T.  vi;. 


sortir  par  la  porte  centrale  une  procession  d'hommes  rooés 
à  Dieu  et  de  petits  enfants,  dont  le  chant,  d'un  style  large 
et  simple,  semblait  faire  tressailHr  jus'{u'aax  immobiles 
figures  assises  o'ans  les  voûtes.  Devant  ce  cortège  sacré,  ta 
foule  qui  encombrait  le  portique,  qui  s'étageait  sur  le  per- 
ron et  se  pressait  sur  le  parvis,  ouvrait  tpn  rangs  et  s'écar- 
tait respectueusement  ;  les  têtes  se  courbaient,  les  genoux 
fléchissaient ,  tout  était  solennel,  grave  et  religieux  ;  une  foi 
profonde  harmonisait  les  houunes  et  les  choses  de  ce  tableau; 
les  sentiments  des  assistants  concordaient  avec  l'idéal  artis^ 
tique  d'où  était  sorti  le  beau  monument  que  je  dessinais. 

«  Mais,  au  nom  de  quel  deuion,  ennemi  du  beau,  te 
donnes-tu  un  mal  si  effrayant  pour  copier  les  infirmités  de 
ce  saint  Jean -Baptiste?»  —  :  ■-■■■[ 

Ce  brusque  propos  me  fut  adressé  par  un  ancien  ami,  ca^ 
iiiaratle  d'étude,  que  je  ne  m'attendais  guère  à  rencontrer 
devant  la  belle  basilique  cliartraîiie.  Je  lui  tendis  la  main; 

«  Tu  fus  loujours  un  j)eu  scepti(|ue;  llii  dis-je,  et  tu  es  en 
outre  sculpteur;  .Détachée  de  l'ensemble  du  portail,'  cette 
figiire  de  saint  Jean-Baptiste  peut  offrir,  en  ofTet,  quelque 
prise  à  la  critique,  à  la  tienne  particulièrement  ;  car  tu 
aimes  et  tu  respectes  surtout  les  beautés  du  corps,  ce  s^jnt 
les  splendeurs  du  tabernacle  qui  te  séduisent.  Pour  moi,  ar- 
chitecte, et  quelque  peu  poète,  j'avoue  que  c'est  d'abord 
l'ensemble  d'une  œuvre  tjui  m'impressionne  ;  c'est  l'esprit 
générateur  de  la  composition,  et  les  grandes  lignes  ai  la 
forme  plastique  dans  lesquelles  cet  esprit  s'est  incamé  ;  et 
vraiment,  je  trouve  ici  beaucoup  à  admirer. 

Regardez  bien,  ne  semble-t-il  pas  qu'un  fluide  vital  cir- 
cule à  travers  ces  pierres  ;  que  ces  murs,  ces  piliers,  ces 
trumeaux,  ces  voûtes  que  couvrent  de  célestes  phalanges,' 
s'animent  soiis  le  regard  mental  de  celui  qui  sent  l'influence 
d'une  foi  profonde  ?  Quant  à  moi,  ce  spectacle  me  transporte 
à  travers  les  espaces  et  lés  siècles  :  teiiez,  ici,  en  avant  du 
trumeau  de  la  porte  centrale,  est  la  Vierge  Marje  tenant  dou- 
cement embra.ssé  son  Enfant  divin;  au-dessus  de  la  porté 
vous  voyez  sa  glorification  :  elle  est  assise  à  ta  droite  du 
Seigneur.  N  y  a  t-il  pas  là  l'expression  du  fait  capital  d« 
notre  civilisation  moderne  :  la  glorification  de  la  mère,  le 
respect  de  la  femme,  l'ennoblissement  de  la  chasteté  ? 

Rapi)elez-vous  la  Vénus  antique  ;  son  éblouissante  nudité 
fit  elle  jamais  vibrer  les  cordes  iniimes  de  l'âme,  comme  cette 
figure  drapée  de  la  Vierge"?  .\ussi.  Tune  enfante  Cu/iido», 
le  désir  iM'utal,  désir  qui  n'a  que  soi  pour  objet,  taudis  qii« 
l'autre  donne  le  jour  au  Sauveur  du  monde,  à  celui  qui 
annonça  la  ^'rande  loi  de  fraternité  et  de  solidarité  humaine'». 
Suivez-moi  encore  ;  à  droite  et  à  gauche  île  la  mère  du 
Christ,  je  vois  des  |)ersonnages  de  l'Ancien  Testament  ;  au- 
dessus  de  ma  tête,  je  trouve  des  chapitres  de  la  Genèse  :  la 
création  du  monde  et  l'histoire  d'Adam, et  Eve;  là  on  peut 
voir  la  parabole  des  vierges  9Ége9  et  des  vierges  folles,  et, 
en  regard,  les  travaux  des  douze  mois  de  l'ant.ée  — les 
douze  signes  du  zuiliaquc,  d'où  le  soleil  éclaire  succeasive- 
ment  les  clTorts  variés  de  l'industrie  humaine. 

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REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


se 


Dans  ce  porlique,  je  vois  tout  à  la  fols  le  royaume  de 
Dieu  avec  ses  cohortes  célestes  ;  les  poétiques  traditions  de 
la  Bible,  qui  forment  la  base  du  christianisme,  et  l'existence 
terrestre  de  l'homme,  que  rappellent  les  divers  travaux  de 
l'année.  U  y  a  donc  là  le  Ciel,  l'Éden  et  la  Terre  ;  l'espoir 
de  l'avenir,  le  regret  du  bonheur  perdu,  la  volunté  de  le 
reconquérir  pai-  le  travail.  Ce  portique  n'est  plus  pour  moi 
une  masse  do  pierres  plus  ou  moins  savamment  assem- 
blées, c'est  quelque  chose  de  vivant,  d'animé,  qui  me  parle 
et  me  traverse  d'une  émotion  indéfinissable. 

—  Toi   qui  vois  tant  de  choses,   mon  cher Erwin 

Steinbach,  ou...  Robert  de  Lnzarche  ;  —  car  vraiment  je 
ne  sais  plus  quelle  étiquette  mettre  à  la  place  de  ton  nom 
beaucoup  trop  romain  ;  —  comment  se  fait-il  que  tu  n'aies 
pas  encore  vu  que  saint  Jean-Baptiste  était  affecté  d'un 
cruel  torticolis?  que  l'air  béat  de  son  voisin  est  d'un  comique 
des  plus  irrespectueux  ?  que  les  cordons  de  personnages 
assis  sur  la  tête  les  uns  des  autres,  et  qu'on  dirait  embro- 
chés, occupent  des  positions  impossibles?  que  sous  les  pieds 
des  grandes  statues  sont  taillées  d'ignobles  figures  qui  cho- 
queraient tout  homme  d'un  goût  délicat  et  sans  prévention  ; 
figures  qui  dénotent  un  dévergondage  d'imagination  et  un 
laisser-aller  peu  d'accord  avec  l'idéal  poétique  enfanté  par  ton 
esprit  exalté  ? 

Moi  aussi  j'aime  la  poésie,  moi  aussi  j'adore  le  beau, 
et  c'est  pour  cela  même  que  je  condamne  le  laid  et  l'absurde 
partout  où  je  les  rencontre.  A  la  porte  royale  de  l'église,  je 
viens  de  voir  des  figures  d'une  longueur  si  démesurée 
qu'elles  m'ont  fait  supposer  que  les  laminoirs  sont  une  très- 
ancienne  invention  ;  près  de  la  vieille  tour,  sur  le  côté  sud 
de  l'édifice,  on  m'a  montré  un  âne  jouant  d'un  instrument 
de  musique,  et  on  m'a  parlé  d'une  figure  de  truie  qui  file. 

Crois-moi,  de  tels  écarts  ne  peuvent  correspondre  qu'à 
des  sentiments  fort  grossier»,  à  un  idéal  peu  élevé.  Le 
génie  du  beau  doit  seul  recevoir  les  hommages  d'un  vé- 
ritable artiste,  et  puisque  tu  as  cité  les  Écritures,  je  te 
dirai  qu'on  ne  peut  servir  à  la  fois  Jeliova  et  Mammoii,  le 
beau  et  le  laid.  Le  spectacle  habituel  de  la  laideur  et  des 
monstruosités  dégrade  l'âme,  et  tout  en  accordant  que  ce 
monument  (et  ici  il  désignait  d'un  mouvement  de  main  l'en- 
semble de  l'église)  révèle  de  la  puissance  et  de  l'imagina- 
tion, cependant  je  ne  saurais  m'enthousiasmer  d'une  œuvre 
dont  les  beautés  sont  encadrées  haut  et  bas  par  des  rangées 
d'êtres  hideux  que  le  cauchemar  le  plus  affreux  serait  impuis- 
sant à  créer  ;  en  haut,  ce  sont  des  gargouilles  à  têtes  mons- 
trueuses, aux  formes  sans  nom  ;  en  bas,  ce  sont  des  supports 
à  figures  grimaçantsous  des  combinaisons  hybrides  toujours 
repou$santes,  quelquefois  horribles.  Quand  je  regarde  une 
»Euvre  d'art,  c'est  dans  l'espoir  d'éprouver  une  jouissance, 
et  ce  que  je  vois  ici  me  rappelle  les  rêves  qui  m'ont  parfois 
assailli  après  m'être  endormi  sur  une  indigestion. 

Mais  tu  fermes  tqn  portefeuille,  tu  ramasses  les  crayons, 
t'aurais-je  déjà  converti? 

—  Non,  le  jour  baisse,  et  tu  viens  de  prononcer  un  mot 


qui  contient  toute  ta  doctrine,  toute  la  doctrine  de  l'art  an- 
tique; tu  l'as  dit  :  le  but  de  l'art  pour  toi,  son  but  immé- 
diat, c'est  la  yoMma/ue:  pour  les  artistes  du  moyen  âge,  l'art 
avait  une  plus  haute  destinée,  celle  de  perfectionner  l'état 
moral  des  hommes.  Tout  est  renfermé  dans  cette  distinction. 
Car  le  but  de  l'art  une  fois  déterminé,  la  meilleure  théorie 
sera  celle  qui  le  guidera  le  plus  promptement  et  le  plus  sûre- 
ment à  ses  fins.  Tu  es  certainement  de  mon  avis  sur  ce 
point;  nous  avons  donc  un  terrain  où  nous  pourrons  tou- 
jours nous  retrouver.  Je  vais  chez  notre  ami  de  B.,  tu  devrais 
m'accompagner.  Homme  d'esprit  lui-môme,  tu  sais  combien 
il  sera  heureux  de  te  recevoir. 

—  Mille  fois  merci,  cher,  avant  une  heure  j'aurai  quitté 
Chartres;  et  franchement  je  ne  suis  pas  mécontent  de  ne 
pas  dormir  à  l'ombre  de  cette  colossale  construction,  d'où  je 
vois  saillir  à  chaque  étage  tant  de  figures  étranges  auxquelles 
la  nuit  tombante  prête  déjà  quelque  chose  de  plus  mysté- 
rieux qui  me  jette  en  plein  au  milieu  des  histoires  d'esprits 
et  de  revenants,  dont  ma  nourrice  berça  mon  enfance.  Je 
crois  que  le  bruit  de  la  diligence  écrasant  les  pavés  de  la 
route  et  les  claquements  du  fouet  du  postillon  m'impression- 
neront moins  péniblement  que  le  silence  solennel  de  ces  mil- 
liers de  statues  de  pierre  qu'on  entrevoit  dans  l'ombre  et 
dont  on  ne  distingue  plus  les  imperfections.  Tu  te  rappelle- 
ras que  tu  me  dois  une  réponse  à  la  bonne  et  vigoureuse 
critique  que  je  viens  d'infliger  à  l'une  de  tes  idoles.  Je  te 
somme  de  m'adresser  cette  réponse  par  la  poste,  si  mieux 
tu  n'aimes  faire  amende  honorable,  et  renoncer  au  culte  de 
Beizébuth  et  de  ses  légions.  Dans  quinze  jours,  je  serai 
transporté  au  milieu  de  la  ville  de  saint  Pierre  éludes  Césars. 
Adieu,  plus  la  soirée  avance  et  assombrit  cet  immense  édi- 
fice, et  moins  je  l'aime  ;  je  m'étonne  qu'un  peuple  gai  .et 
spirituel,  comme  le  peuple  français,  ait  jamais  toléré  un  art 
aussi  lugubre  ;  si  quelque  llippocrate  moderne  voulait  faire 
des  recherches  sérieuses,  je  suis  certain  qu'il  trouverait  que 
nos  ancêtres  du  xiu"  siècle  étaient  souvent  affectés  du  spleen. 
Allons,  encore  adieu,  et  guéris-toi  au  plus  tôt,  car  cette 
maladie  du  gothique  te  conduirait  droit...  à  la  Trappe. 

Je  voulus  répondre  quelques  mots,  mais  il  s'était  déjà 
éloigné,  et  l'angle  d'une  maison  le  déroba  bientôt  à  ma  vue. 

Opinion  d'un  classique  sur  le  Moyen  Age. 

Je  reçus  de  ses  nouvelles  peu  de  mois  après  cette  cause- 
rie. Il  était  à  Rome.  Il  m'écrivit  ensuite  successivement  de 
Palerme,  d'Athènes,  de  Constantinople,  de  l'Asie  Mineure, 
de  la  Syrie  et  de  l'Kgypte.  Ses  lettres  m'apportaient  chaque 
fois  quelque  chose  des  parfums  et  de  la  couleur  du  pays  où 
il  se  trouvait;  mais,  au-dessous  de  cette  influence  locale, 
se  rencontrait  toujours  la  même  admiration  passionnée  et 
exclusive  pour  l'art  antique.  II  aie  reprochait  de  ne  joindre 
mes  louanges  aux  siennes,  qu'en  faisant  quelques  réserves 
en  faveur  d'un  idéal  supérieur.  De  plus  en  plus  émerveillé 
des  chefs-d'œuvre  épars  sur  sa  route,  il  supportait  impa- 


«r 


REVUK  DE  L'ARCniTEGTUKK  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


H 


tifmment  de  lire  dans  une  môme  lettre,  à  quelques  lignes 
geulemerït  de  distance,  que  j'entrais  parfaitement  dans  ses 
émotions  ;  qne  ses  descriptions  si  i)leinps  de  f^oût  me  ravis- 
saient ;  et  ipjo,  dans  le  temps  où  il  gravissait  le  cap  Sunium 
à  la  recherche  des  souvenir»  du  grand  Platon,  et  pour  ad- 
é^irei'  lèà  débris  du  temple  de  Minerve,  j'avais  fait  de  mon 
côté  une  excursion  pédestre  le  long  des  rives  de  la  Seine, 
depuis  Paris  jusqu'à  la  mer,  recherchant  avec  ardeur  les 
beaux  souvenirs  artistiques,  qne  le  moyen  âge  y  a  semés 
d'une  main  si  souverainement  libérale. 

Son  affection  pour  moi  pouvait  seule  me  sauver  dans  son 
esprit  ;  mais,  parfois,  son  mécontentement  l'entraînait  dans 
de  longues  <lissertations,  oi!i  il  s'efforçait  de  me  démontrer 
qu'on  ne  devait  pas,  qu'on  ne  pouvait  pas  admirer  tout  à  la 
fois  l'art  antique  et  l'art  du  moyen  âge.  «  Ce  sont  deux  gé- 
nies qui  se  contredisent,  m'écrivait-il,  et  qui  vont  la  plupart 
du  temps  dans  des  sens  opposés.  Pour  les  bien  juger,  rap- 
pelle-toi que  l'objet  de  l'art  est  de  contribuer  au  bonheur 
des  hommes  ;  que,  par  conséquent,  c'est  le  beau  seul  que 
l'art  doit  encenser.  Le  moyen  âge  s'est  égaré,  soit   par 
ignorance,  soit  par  impuissance  et  mauvais  goût.    Ses  plus 
importants  monuments  en  fournissent  mille   preuves  ;  car 
partout  on  y  reconnaît  la  volonté  manifeste   d'étaler  aux 
regards  les  créations  les  plus  abominables,  les  plus  hi- 
deuses; et  quand,  par  une  espèce  de  ressouvenir  des  temps 
plus  anciens,  ou  bien  par  suite  de  cet  instinct  de  la  vérité 
que  l'homme  ne  perd  jamais  complètement,  les  artistes  de 
cette  époque  ont  voulu  entrer  dans  un  monde   supérieur, 
en  reproduisant  les  figures  du  Christ,  de  la  Vierge  et  de  la 
hiérarchie  sainte,  alors  ils  se  sont  trouvés  impuissants  à  re- 
vêtir leur  pensée  d'une  forme  digne  d'elle.  Avec  la  bonne 
intention  peut-être  de  reconnaître  les  droits  légitimes  du 
beau,  ils  n'ont  pas  su  créer  des  figures  qui  pussent  entrer  en 
comparaison  avec  les  moindres  œuvres  du  ciseau  antique. 
Presque  toujours,  sur  les  visages  de  leurs  saints,  est  répandu 
un  air  de  souffrance  indéfinissable,  quiattriste  le  spectateur.  » 
Il  ajoutait  bien  d'autres  considérations  encore,   tantôt 
pour  justifier  son  enthousiasme  en  faveur  des  anciens,  et 
tantôt  pour  attaquer  le  moyen  âge.  La  renaissance,  c'était 
le  réveil  du  goût  après  un  long  et  pénible  sommeil  ;  mais 
c'était  un  réveil  agité,  où  se  reconnaissaient  encore  les  fa- 
tigues d'une  nuit  douloureuse;  on  n'y  retrouvait  pas  cette 
puissance  calme  qui  natt  de  la  conscience  de  sa  propre  force. 
Je  répondais  longuement  à  ces  lettres  ;  je  rendais  justice 
au  goût,  au  sentiment  exquis  des  formes  extérieures  qui  dis- 
tinguent le  plus  souvent  les  jugements  de  mon  ami  ;  mais  je 
réagissais  de  toutes  mes  forces  contre  ses  aveugles  négations, 
contre  son  esprit  exclusif  et  contre  ses  théories  systémati- 
quement hostiles  à  tout  ce  qui  sortait  de  la  voie  antique. 

Je  voudrais  rapporter  dans  cette  Rertie  de  longs  extraits 
de  uotre  correspondance;  peut-être  le  ferai-je  un  autre 
jour  ;  mais,  pour  le  moment,  je  dois  me  borner  à  en  donner 
quelques  fragments,  Les  voici  : 


GMiede  Fartantiquf. — G^nif  dr  Fart  dn  Moyen  Age. 

Cher  jim(, 
Se  romerrer  et  jouir,  voilà  le  vœn  de  l'anti- 
quité ;  accomplir  le  deroir  par  le  garrifice,  afin  de  gagner  le 
ciel,  voilà  l'aspiration  da  moyen  âge.  Bien  entende,  ce» 
règles  offrent  de  part  et  d'autre  des  exceptions,  mais  eDe» 
exprimenttrès-exactement  le  caractère  général  de«  deux  épo- 
ques. Il  serait  facile  de  le  prouver  par  de  nombreuses  cita- 
tions des  écrivains  de  chacune  de»  phases  historiqae»,  et  par 
des  faits  encore  plus  nombreux  et  pins  concluants;  mais  je  suis 
persuadé  que  nous  nous  accordons  parfaitement  sur  ce  point. 
Donc,  d'un  côté  le  bien-être,  le  plaisir:  de  l'autre,  lerf^»- 
roi'r,  le  sacrifice.  Avec  des  buts  si  o|)po8és,  l'art  de  ces  épo- 
ques devait  nécessairement,  comme  tu  le  dis,  prendre  de» 
routes  très-différente.=. 

<i  Aile:  par  tout  le  monde:  prêche:  lEiaiKjile  à  toute 
créature,  n  avait  dit  le  Christ  ;  et  selon  ce  commandement, 
la  propagation  de  la  foi  chrétienne  était  devenue,  au  moyeu 
âge,  le  but  principal  de  toute  grande  activité,  et|>ar  consé- 
quent celui  de  l'art,  de  l'art  religieux  .surtout. 

Dans  les  législations  humaines,  la  loi  n'a  qu'une  sanction 
assurée  :  le  châtiment,  rien  que  le  châtiaient.  La  législation 
divine  est  moins  simple  ;  les  lois  de  Dieu  ont  une  double 
sanction  :  si  elles  tiennent  en  réserve  le  châtiment  ponr  le 
méchant,  elles  assurent  également  une  récompense  au  ju.«te. 
Aussi  la  prédication  de  l'Evangile  s'est-elle  faite  à  la  foi» 
au  nom  de  la  crainte  et  an  nom  de  l'amour  :  par  le  spectacle 
des  tourments  de  F  enfer  et  par  celui  des  joies  du  paradis. 

L'art,  dans  sa  vérité,  a  reflété,  instinctivement  peut-être, 
mais  nettement,  ce  double  caractère  de  la  propagation  chré- 
tienne ;  au-dessous  des  anges,  figurent  les  démons  ;  en  r^ard 
des  vierges  sages,  se  rencontrent  les  vierges  folles  ;  à  l'opposé 
desbienheureux,  se  voientles  damnés  ;  l'espoir  et  la  crainte, 
le  ciel  et  l'enfer,  le  bien  et  le  mal.  la  vertu  et  le  vice,  voilà 
ce  que  l'art  chrétien  présente  constamment  aux  yeux  des 
fidèles,  avec  le  symbolisme  de  la  beauté  et  de  la  laideur. 

En  dehors  de  ces  deux  manières  de  propager  le  christia- 
nisme par  la  crainte  des  démons  et  par  l'amour  de  Dien,  il 
ne  restait  auciu  moyen  d'agir  énergiquement  sur  les  imes 
en  intéressant  puissamment  la  personnalité.  Mais  dans  les 
prédications  et  les  sermons,  qu'ils  fussent  parlés  ou  écrits, 
sculptés  ou  peints,  on  pouvait,  on  devait  même  compter. 
tantôt  davantage  sur  l'influence  de  la  crainte,  tantôt  davan- 
tage sur  l'influence  de  l'amour,  suivant  Pétat  de  rudesse  ou 
de  raffinement  des  populations.  Instinctivement  l'art  traduit 
toujours  l'état  du  sentiment  public;  et,  de  même  qu'on  peut 
dire  d'avance,  lorsqu'on  connaît  le  degré  d'abrutissement 
ou  de  progrès  social  d'un  pays  ou  d'une  époque,  quelle  a 
dû  êti-e  la  couleur  générale  de  la  prédication  chrétienne  dans 
ce  pays  ou  à  celte  éjioque,  si  c'était  le  timor  Dei  ou  Tamor 
Dei.  la  crainte  de  l'enfer  ou  l'espoir  du  ciel  qui  eu  faisait  le 
fond,  de  même  on  jwut  prédire  mûrement  si  l'art  hiératique 
a  dû  étaler  au  regard  plus  de  légions  de  démons  que 
d'angei»,  de  damnés  qae  de  bienheureux. 


HKVUK  J)K  L'AKCHITECTUHK  Ëï  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


o(i 


(^ecl  se  conçoit  de  reste,  puisque  plus  les  natures  sont 
grossières  et  pins  il  est  nécessaire,  pour  les  impressionner 
vivement,  d'étaler  à  leur  yeux  des  tableaux  effrayants,  le 
spectacle  de  la  béatitude  et  de  l'extase  étant  impuissant  à  les 
émouvoir. 

Tendance  symbolique  de  l'art  au  Moyen  Age. 

J'ai  dit  que  lapropagation  de  la  doctrine  et  des  sentiments 
chrétiens  était,  à  l'époque  du  moyen  âge,  le  but  de  toute 
grande  activité;  et  qu'entre  les  mains  de  l'Eglise,  l'art  était 
devenu  une  prédication  permanente.  Quoi  de  plus  simple  ? 
Dans  ces  temps,  il  n'y  avait  guère  d'instruction  que  parmi 
les  membres  du  clergé  ;  les  populations  ne  savaient  ni  lire 
ni  écrire  :  l'imprimerie  n'était  pas  encore  inventée;  les  ar- 
tistes comptaient  dans  leurs  rangs  un  très-grand  nombre  de 
rcoines  et  de  prêtres  :  la  décoration  des  églises  pouvait-elle 
ne  pas  servir  à  l'enseignement  religieux?  Évidemment  non. 
Aussi  la  peinture  des  murs  et  des  vitraux,  la  sculpture  et 
toute  l'ornementation,  ont-elles  dû  tenir  h  un  système  d'en- 
seignement général,  d'accord  avec  ce  que  les  fidèles  re- 
cueillaient chaque  jour  de  la  bouche  du  prédicateur  parlant 
en  chaire.  Je  ne  prétends  pas,  dès  aujourd'hui,  pouvoir  dun- 
ner  l'interprétation  de  toutes  ces  formes  symboliques  :  mais 
je  reste  convaincu,  par  les  raisons  qui  précèdent,  et  par 
beaucoup  d'autres  encore,  que  dans  toutes  ces  œuvres  il  y 
a  une  pensée  et  un  ordre  dont  le  système  complet  échappe 
encore  à  mes  recherches  ;  que  là,  le  symbolisme  s'unit  dans 
une  merveilleuse  harmonie  avec  les  formes  que  réclamaient 
la  science  du  constructeur  et  le  service  de  l'Eglise,  avec  Is 
couleurs  qui  flattent  nos  regards,  avec  les  statues,  les 
monstres  et  jusqu'aux  végétaux  qui  enrichissent  et  varient 
l'aspect  de  l'édifice.  Je  vois  le  monde  minéral,  le  monde 
végétal  et  le  monde  animal,  la  terre  entière,  concourir  à  la 
formation  d'une  vaste  unité  architectonique.  qu'éclaire  la 
lumière  du  ciel  diffractée  en  ses  éléments  de  couleur.  Lors- 
que j'assiste  au  spectacle  de  la  foule  agenouillée  dans  l'en- 
ceinte sacrée,  que  la  note  vibrante  de  l'orgue  jette  une 
harmonie  sonore  le  long  des  grandes  voûtes,  mon  âme  s'é- 
lève, et  j'ai  besoin  de  communier  avec  tout  ce  qui  m'entoure, 
avec  toutes  ces  formes,  avec  toutes  ces  couleurs,  et  alors  je 
sens,  et  ma  raison  me  dit,  que  ce  vaste  corps  a  une  âme,  et 
qu'en  la  cherchant  on  la  trouvera. 

Répétons-le,  afin  que  ce  soit  bien  compris  :  pour  les  an- 
ciens, qui  ne  voyaient  dans  l'art  qu'une  jouissance,  le  beau 
seul  était  acceptable  ;  mais  il  en  était  autrement  pour  les 
artistes  du  moyen  âge.  Préoccupés  de  sauver  les  âmes,  et 
travaillant  la  plupart  du  temps  sous  l'influence  du  clergé,  ils 
devaient  faire  vibrer  la  double  corde  de  la  terreur  et  de  l'es- 
poir, mais  surtout  la  première.  Au  lieu  de  l'abandonner  aux 
délicatesses  de  ton  sybaritisme  à  l'aspect  de  ces  myriades  de 
monstres  que  les  hommes  saints  écrasent  sous  leurs  pieds, 
0-1  qui  du  haut  des  corniches  et  des  tourelles  regardent  le 
passant  d'un  œil  féroce;  au  lieu  de  n'y  voir  que  les  fantaisies  , 


d'une  imagination  en  délire,  ne  serais-tu  pas  plus  raison- 
nable en  supposant  que  chacune  de  ces  hideuses  créations 
renferme  dans  le  secret  de  sa  laideur  mystérieuse  quelque 
leçon  profonde  digne  de  la  méditation  des  chrétiens? 

La  nécessité  d'assurer  le  facile  écoulement  des  eaux  plu- 
viales qui  tombent  sur  les  édifices,  et  de  lancer  ces  eaux  loin 
des  murs  qu'elles  dégradent,  conduisit  à  l'emploi  des  gar- 
gouilles ;  et.  comme  la  pluie  futtoujours  plus  abondante  dans 
le  Nord  que  dans  le  Midi,  nos  ancêtres  leur  donnèrent  une 
saillie  considérable.  Un  jet  d'eau  pluviale  n'a  rien  de  répu- 
gnant en  .soi  ;  mais  lorsqu'il  se  fait  par  la  gueule  d'un  animal, 
le  jet  d'eau  ressemble  à  un  vomissement  et  excite  une  im- 
pression désagréable.  Dans  les  monuments  antiques  cepen- 
dant, les  gouttières  .se  terminent  par  des  têtes  de  lion,  de 
loup,  etc..  à  la  vérité  toujours  d'un  grand  style,  et  plus  ou 
moins  idéalisé.  Danslesédificesdu  moyen  âge,  les  gargouilles 
deviennent  d'horribles  monstres.  Est-il  à  supposer  que  les 
artistes  prédicateurs  du  moyen  âge  aient  créé  ces  formes 
repoussantes,  sans  y  attacher  aucune  signification? 

Dans  leurs  figures  de  démons  ils  ont  bien  traduit  la  lai- 
deur morale  par  la  laideur  physique;  n'est-il  pas  vraisem- 
blable, qu'en  voyant  ces  gargouilles  se  dégorger  sur  les 
passants,  ils  ont  été  conduits  à  en  faire  des  monstres  sym- 
bolisant des  difformités  morales  ?  Cette  marche  nous  semble 
parfaitement  conforme  au  génie  particulier  du  moyen  âge. 
Cette  a|ipropriation  des  gargouilles  ne  serait  que  la  contre- 
partie de  ce  qui  s'était  fait  pour  les  démons  :  à  ceux-ci,  ils 
avaient  donné  une  enveloppe  répugnante  pour  exprimer 
une  laideur  morale,  tandis  que  pour  les  gargouilles  il  s'a- 
gissait d'attacher  une  idée  de  laideur  morale  à  un  effet  ma- 
tériel déplaisant. 

Tu  me  diras,  sans  doute,  que  si  ce  ne  sont  pas  là  tout 
simplement  les  horribles  fantaisies  d'une  imagination  déré- 
glée et  grossière,  ces  monstres  sont  au  moins  des  hiéro- 
glyphes, dont  le  sens  est  aujourd'hui  complètement  perdu. 

Je  suis  bien  forcé  de  reconnaître,  mon  ami,  que  nous 
trouvons  en  France,  en  Angleterre,  en  Allemagne,  et  même 
en  Italie,  sur  la  plupart  des  édifices  du  moyen  âge.  de  nom- 
breux hiéroglyphes  chrétiens,  dont  le  sens  est  aujourd'hui 
à  peu  près  perdu.  Nous  avons  aussi,  dans  tontes  ces  con- 
trées, des  savants,  des  académies  entières,  qui  travaillent 
et  qui  veillent  dans  l'e.spoir  de  découvrir  le  sens  d'anciens 
caractères  cunéiformes,  runiques,  etc.  ;  mais  aucun  d'eux, 
que  je  sache,  ne  s'occupe  de  déchiffrer  la  pensée  déposée 
par  nos  pères  dans  ces  milliers  de  figures  qui  étonnent  les 
artistes  modernes  par  leur  aspect  étrange  et  par  leur  na- 
ture complexe... 

Il  est  même  des  personnes,  et  de  celles  qui  admirent  le 
plus  sincèrement  l'art  du  moyen  âge,  qui,  faute  d'ê(re  en- 
trées assez  avant  dans  l'esprit  de  cet  art  étonnant,  en  sont 
encore,  comme  toi,  à  n'y  voir  que  les  caprices  fantastiques 
d'un  ciseau  habile.  Mais  ceux-là  ne  touchent  que  l'écorce, 
que  l'enveloppe  matérielle  de  l'art  chrétien.  Les  esprits  ne 
se  voient  pas  avec  les  yeux  du  corps  ;  aussi,  pour  contem- 


57 


REVUE  DE  LAUCIIITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PLBLICS. 


plerlavie  intérieure  qui  anime  ce?  œuvres  d'un  autre  temps, 
pour  y  retrouver  le  sentiment  de  ceux  qui  les  ont  créées,  il 
faut  commencer  par  avoir  une  àme  au  dedans  de  soi-même, 
une  âme  vivante,  qui  sente  et  comprenne  ce  que  c'est  qu'une 
foi  et  qui  en  sache  trouver  les  accents.  Celte  âme  découvrira, 
comme  d'instinct,  la  vie  dans  toutes  ces  pierres  ;  elle  décou- 
vrira un  sens,  un  enseignement  à  chacune  de  ces  étranges 
laideurs. 

Mais,  sans  en  demander  autant,  un  sceptique  pourrait  en- 
core arriver  à  la  conviction  que  ces  monstres  ont  une  signifi- 
cation particulière.  Pour  cela,  il  suffirait  d'employer  le  pro- 
cédé si  aimé  de  nos  savants  depuis  la  fin  du  xvr  siècle,  le 
procédé  expérimental  :  il  lui  suffirait  d'étudier  les  monstres 
de  quelques-unes  de  no»  églises  gothiques  ;  de  les  analyser 
dans  leur»  formes,  dans  leurs  attitudes,  dans  leur  orientation  ; 
de  grouper  ensuite  toutes  ces  observations,  et  de  les  classer 
d'après  leurs  rapports  d'identité  et  d'analogie.  11  en  sortirait 
à  coup  sûr  une  révélation.  Ce  serait  là,  sans  doute,  un  procédé 
fort  long  ;  mais  l'excès  de  fatigue  qu'entraînerait  ce  mode  de 
recherche  serait  lajuste  punition  de  ceux  qui  saci  ifient  si  com- 
plètement le  sentiment  à  la  raison  pure,  la  synthèse  à  l'ana- 
lyse. Cène  furent  pas  des  considérations  à  jwsien'on  qui  illu- 
minèrent l'esprit  de  Kepler,  et  lui  donnèrent  la  première  no- 
lion  des  lois  sublimes  qui  règlent  les  évolutions  planétaires. 

[)n  tel  travail  n'est  plus  aujourd'hui  indispensable  pour 
convaincre  tout  homme  raisonnable  que  le  symbolisme  était 
pratiqué  par  Its  artistes  du  moyen  âge  sur  une  échelle  très- 
étendue.  En  lisant  les  Pères  de  l'Église,  on  est  frappé  du 
système  d'interprétation  par  la  voie  du  symbolisme  qui  s'y 
manifeste  à  chaque  instant.  D'après  Origène,  qui  ne  suivait 
en  cela  qu'une  route  déjà  frayée  par  saint  Clément  et  d'au- 
tres, tout  ce  qui,  pris  à  la  lettre  dans  les  saintes  Écrituies, 
paraît  absurde,  impossible,  immoral  ou  indigne  simplement 
de  la  majesté  de  Dieu,  doit  être  considéré  uniquement 
comme  symbolique . 

Beaucoup  de  narrations  de  l'Ancien  Testament  n'oiit- 
elles  pas  été  interprétées  par  les  Apôtres  comme  purement 
figuratives  de  ce  qui  devait  arriver  ultérieurement? 

Saint  Paul  ne  dit-il  pas,  en  parlant  des  événements  qui 
accompagnèrent  et  suivirent  la  sortie  des  Israélites  de  la  terre 
d'Egypte  :  «  Or  toutes  ces  choses  ont  été  des  fininm  de  ce 
qui  nous  regarde  »  (1"  Kp.  aur  Cor.,  chap.  X,  v.  C)  ?  Ne 
dit-il  pas  encore  que  le  récit  relatif  aux  deux  enfants  d'A- 
braham est  une  allégorie  {Ép.  aujr  Gai,  cliap.  IV,  v.  ±h)  ? 
Que  Melchisedech  est  une  «  imaf/e  du  Fils  de  Dieu  «  [Êp.  aux 
Heb.,  chap.,  VII,  v.  3);  que  les  cérémonies  de  l'ancienne 
alliance  étaient  (ifiuratires  de  l'alliance  nouvelle  {Ép.  aux 
Héb.,  chap.  IX)  "?  Saint  Pierre  ne  voit-il  pas  dans  l'arche  de 
Noé  la  figure  du  baptême  (I"  Ëpitredt:  saint  Pierre,  ch.  lll, 
V.  20,  21]?  L'Apocalypse  de  saint  Jean  n'est-elle  pas  pleine 
de  symboles,  et  n'est-ce  pas  Dieu  lui-même  qui  se  cnarge 
d'en  expliquer  plusieurs  d'entre  eux  (.4/)0f .,  chap.  I,  v.  20)? 
Saint  Jean  n'en  explique-t  il  pas  plusieurs  lui-même,  ttls 
que  l'agneau  égorgé,  avec  sept  cornes  et  .sept  yeux  (chap.  V, 


V.  ti)  ;  les  vingt-quatre  vieillards  avec  des  harpe»  et  des 
parfums  (v.  H),  etc  ,  etc.? 

Jésus-Christ  lui-même  ne  parle-t-il  pas  par  paraboles? 
N'a-t-ii  pas  recours  aax  ligures  symboliques?  Ne  dit  il  pas 
que  les  scribes  et  le»  pharisiens  sont  semblables  •  à  des  se» 
pulcres  blanchis  ..  (S.  Malthlru,  ch.  XXIll,  v.  27)7  Qo'aa 
jour  du  jugenjent.  Dieu  nient  a  ■  les  brebis  (\ea  jusleg)  à  sa 
droite  et  les  boucs  (les  méchnnu  k  sa  gauche  »  (S.  Matthieu, 
ch.  \XV,  V,  33)?  N'a-t-il  pas  dit  :  «  Je  vous  serai  à  tons 
cette  nuit  une  occasion  de  seandale;  car  il  est  écrit  :  Je 
frapi)erai  le  pa.*teur  (le  Christ),  et  les  brebis  (les  <^m^  1m 
disciples,  \e»  justes)  seront  dispersées?  » 

Kt  si  les  pères  de  l'Église,  si  les  apôtres  et  Jésus-Christ 
lui-même  ont  usé  de  symboles  dans  la  prédicition  de  la  foi, 
comment  supposer  que  les  artistes  chrétiens,  la  plupart  ap- 
partenant  aux  corporations  religieuses,  n'aient  {ois  profité 
avec  empressement  d'un  moyen  qui  seul  pouvait  donner  de 
la  grandeur  à  l'art,  et  servir  puissamment  à  frapper  l'es- 
prit et  le  cœur  des  poi)ulations?  Comment  le  supposer, 
lorsqu'on  voit  sur  toutes  les  cathédrales  les  quatre  animaux 
dont  parlent  S.  Jean  et  le  prophète  Hjtéchiel,  la  hiérarchie  cé- 
leste telle  qu'il  en  est  parlé  dans  l'Apocalypse  et  en  tant  d'an- 
tres endroits,  avec  les  vases  à  parfums  symbolisant  les  prihet 
qui  montent  au  trône  de  l'Éternel,  etc.,  etc.,  etc.  7 

L'art  tout  entier  est  symbolique  de  F/tal  nutti'riel,  moral  et 
intellectuel    de   l'humanité   aux    direrses  époques   de  «or 

développement. 
La  Géométrie  fournit  des  symboles  à  l'Architecture. 

Les  païens  n'avaient-ils  pas  symbolisé  tout«»s  les  énergies 
de  la  nature?  Les  Égyptiens  ne  mettaient-ils  pas  tantôt  des 
têtes  d'animaux  sur  des  corps  humains,  tantôt  des  têtes  hu- 
maines sur  des  corps  d'animaux,  et  tantôt  la  tête  d'un  animal 
sur  le  corps  d'un  autre  animal,  en  vue  de  préciser  une  signi- 
fication  symbolique?  L'art  lui-même  est-it  autre  rhose  qu0 
l'erpressiou  du  sentiment  humain  par  le  moyen  du  tym- 
bote  Y  Cette  dernière  observatinn  tVtonne  peut-être 
car  probablement,  avec  tes  idées,  tu  ne  comprendras  pas, 
par  exemple,  que  dans  les  lignes  géométriques  d'un  édifice, 
dont  les  combinaisons  sont  nées  des  be.soins  de  la  construc- 
tion et  de  l'état  de  la  science,  il  puis.se  y  avoir  une  valent 
symbolique.  Cela  est  néanmoins  strictement  pxact.  En  effet 
quand  on  examine  le  développement  historiqn»  de  l'archi- 
tecture, on  voit  que  le  sentiment  humain  s'exprime  dans  la 
langue  archilectonique,  par  des  combinaisons  de  lignes.  Il 
s'ensuit  que  l'idéal  architectonique  d'un  peuple  doit  être 
l'expression  deson  seniimeut,  et  qu'entre  les  lignes  caractéri»> 
tiques  adoptées  par  les  divers  peuples  et  leur  sentiment  reli- 
gieux et  social,  il  y  a  une  relation  nécessaire  qui  fait  de  cellet>' 
lu  l'expression  visible,  le  signe  ou  le  symbole  de  celui-ci. 

Sans  doute,  en  raisou  de  sa  nouveauté,  celle  thèse,  qui 
donne  à  toutes  lescréatiuus  de  l'art  une  valeur  symbolique.au- 
r.iit  besoin  d'être  longuement  développée,  et  il  me  serait  très- 


39 


REVUE  DE  L'ARCMITEGTLRE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


m 


possible  de  le  faire,  car  voici  bien  des  années  déjà  que  j'en 
réunis  les  preuves,  et  que  j'en  élabore  la  démonstration. 
Pour  te  faire  entrevoir  ce  monde  nouveau,  je  retire  de  mon 
album  une  note  très-abrégée  que  voici  : 


Note.  —  Les  Égyptiens,  dit  Diodore  de  Sicile,  ne  consi- 
déraient cette  vie  que  comme  un  voyage  rapide  conduisant  à 
la  mort;  pour  eux,  leurs  maisons  n'étaient  que  comme  des 
hôtelleries  où  le  voyageur  s'arrête  un  moment,  avant  d'at- 
teindre sa  véritable  demeure,  le  tombeau.  Leurs  plus  im- 
portants monuments  étaient,  en  effet,  des  tombeaux;  leurs 
plus  anciens  temples,  creusés  dans  la  terre,  rappellent  encore 
des  tombeaux.  La  mort  était  leur  continuelle  préoccupation  ; 
l'étranger,  trouvé  mort  par  suite  d'un  accident,  recevait  de 
pompeuses  funérailles  aux  frais  de  la  localité  oii  son  cadavre 
avait  été  découvert  ;  le  fils  donnait  parfois  en  gage  à  son  créan- 
cier, à  défaut  d'une  hypothèque  sur  un  bien  ou  d'un  bijou 
précieux,  le  cadavre  momifié  de  son  père,  et  il  était  réputé 
infâme  s'il  ne  le  retirait  pas.  Enfin  jusque  dans  la  salle  des 
festins,  on  trouvait  la  figure  de  la  momie  destinée  à  rappeler 
aux  convives  cette  idée  de  la  mort. 

Examinons  quelle  a  dû  être  nécessairement  sur  l'art  l'in- 
fluence de  cette  disposition  religieuse  et  sentimentale. 

Dans  sa  notion  générale,  la  mort  c'est  ïimitiobilUv  ab- 
solue. L'idée  de  la  mort  est  donc  une  idée  essentiellement 
simple.  La  vie,  au  contraire,  correspond  à  une  notion  com- 
plexe, car  la  vie  se  manifeste  par  le  mouvement,  et  les  mou- 
vements se  modifient  indéfiniment  comme  les  divers  aspects 
de  la  vie.  Un  cadavre  se  roidit  et  n'a  qu'une  attitude,  tandis 
que  le  corps  vivant,  sous  l'influence  des  émotions  de  l'âme, 
réalise  dans  sa  flexibilité  les  mouvements  les  plus  variés. 

Évidemment,  l'idéal  de  l'architeclonique  égyptien  devait 
reposer  sur  une  base  simple  comme  la  notion  de  la  mort, 
afin  de  présenter  aux  yeux  un  caractère  analogue  à  celui 
qu'offre  à  l'esprit  la  notion  de  l'immobilité. 

Or,  de  tous  les  éléments  géométriques,  la  ligiie  droite  est 
la  plus  simple  :  c'est  donc  la  ligne  droite,  et  la  ligne  droite 
presque  exclusivement,  qui  exprimera  l'idéal  égyptien;  c'est 
elle  qui  formera  comme  la  tonique  de  toutes  les  harmonies 
artistiques  de  la  vieille  terre  des  Pharaons, 


Je  ne  te  donne  ici  qu'une  note;ie  pourrais  l'adresser  un 
long  mémoire  où  toutes  les  faces  de  la  question  seraient  exa- 
minées. Je  n'ai  parlé  que  de  l'Egypte,  mais  je  tiens  à  ta  dis- 
position des  explications  analogues  sur  toutes  les  combi- 
naisons géométriques  des  divers  styles  d'architecture  créés 
depuis  la  période  égyptienne  jusqu'à  nos  jours.  Je  prétends 
justifier  de  cette  manière  les  formes  géométriques  qui  con- 
h>tituent  la  tonique  des  combinaisons  architecturales  du  moyen 
âge. 

En  un  mot,  pour  moi  l'art  tout  entier  n'est  qu'un  vaste 
symbole,  c'est  le  signe  de  l'état  matériel,  sentimental  et  intel- 


lectuel de   l'humanité  aux  diverses  époques  de  son   déelo]»-^ 
pement. 

Discuter,  comme  on  l'a  fait  si  souvent,  sur  la  question  de 
savoir  si  dans  tel  monument  il  faut  voir  une  signification 
symbolique,  est  donc  une  puérilité;  car,  si  l'art  est  ton- 
jours  l'image  d'un  besoin  physique,  d'un  sentiment  ou 
d'une  idée,  toute  œuvre  d'art  renferme  nécessairement  une 
valeur  symbolique.  Seulement,  il  est  des  symboles,  des  em- 
blèmes, dont  le  sens  a  été  explicitement  reconnu,  et  en  em- 
ployant ces  emblèmes,  l'artiste  (ail sciemment  du  symbolisme, 
tandis  que  d'après  la  théorie  que  j'expose,  il  lui  arrive  le 
plus  souvent  d'en  faire  instinctivement  et  sans  s'en  rendre 
compte  ;  il  est  sous  l'influence  d'une  idée  ou  d'un  sentiment, 
il  l'exprime  dans  son  œuvre  ;  et  celle-ci,  devenue  lo  signe  de 
cette  idée  ou  de  ce  sentiment,  en  est  nécessairement  le  sym- 
bole, que  l'artiste  en  ait  la  conscience  ou  non. 

Ouvre  la  Bible,  au  deuxième  chapitre  de  la  Genèse  :  au 
verset  7,  tu  hrasque  le  Seigneur  Dieu  forma  l'homme  (Adam) 
du  limon  de  la  terre,  et  que  sur  le  visage  de  cette  figure  inerte 
«  il  répandit  un  souflle  de  vie,  »  et  que  <•  l'homme  devint  vi- 
rant et  animé,  » 

L'art  tout  entier  est  exprimé  dans  ce  récit  de  l'argile  îait 
homme;  car  l'art  ne  peut  avoir  pour  objet  direct  que  de 
donner  la  vie,  une  âme  à  la  matière;  or,  quelle  est  \âme 
d'une  œuvre  d'art  si  ce  n'est  Ia pensée  ou  le  sentiment  dont 
cette  forme  matérielle  est  le  signe  extérieur,  le  symbole? 

Dès  que  l'artiste,  laborieusement  penché  sur  son  travail, 
a  eflleuré  de  son  souflUe  le  bloc  grossier  de  la  carrière,  ce  bloc 
s'est  transformé  ;  il  est  devenu  animé  et  vivant,  car  dès  ce 
moment  il  exprime  un  sentiment  et  fait  naître  une  émotion  ;  il 
est  devenu  un  mot  de  celte  langue  universelle  dont  l'intelli- 
gence instinctive  est  au  fond  de  toute  âme  humaine. 

Je  répéterai  souvent,  car  il  faut  léagir  contre  ces  ten- 
dances exclusivement  matérielles  qu'on  rencontrejusque  dans 
les  rangs  des  défenseurs  du  moyen  âge,  je  répéterai  :  L'art 
plastique  n'est  qu'une  langue  par  laquelle  les  hommes  ex- 
priment leurs  idées  et  leurs  sentiments.  J'affirmerai  que  les 
monuments,  les  tableaux  et  les  images  taillés  sont  des  dis- 
cours qui  s'écoulent  avec  les  yeux;  que  ce  sont  des  symboles 
qui  représentent  les  divers  états  de  l'âme. 

N'y  a-t-il  pas  une  langue  mimique,  et  n'est-elle  pas  plus 
universellement  comprise  que  n'importe  quelle  langue  par- 
lée? Eh  bien,  les  arts  plastiques  constituent  une  langue  ana- 
logue à  la  mimique  ;  toutes  les  deux  s'adressent  au  sens  de  la 
vue,  et  les  seuls  éléments  qu'elles  emploient  sont  la  forme 
et  la  couleur. 

On  pourrait  dire  qu'elles  ont  la  même  syntaxe;  car  les 
combinaisons  de  lignes  qui  correspondent  aux  mouvements 
par  lesquels  le  mime  exprime  le  sentiment  qui  le  domine,  se 
retrouvent  dans  les  arts  plastiques  comme  symboliques  de  ce 
môme  sentiment.  Peut-être  cette  dernière  idée  aurait-elle 
besoin  de  développement  pour  être  parfaitement  ap[iréciée. 
Ce  sera  l'objet  d'une  autre  lettre.  Cependant,  penses-y; 
car,  pour  l'artiste  qui  veut  saisir  la  loi  des  secrètes  relations 


61 


HEVUK  DK  L'AHCfllïKCTLRE  ET  DES  THWAL'X  PUBIJC8. 


M 


qai  existent  entre  le  sentiment  humain  et  les  formes  maté- 
rielles, il  y  a  dans  ce  rapprfKlienienl  toute  une  révélation. 

D'après  la  tliéurie  que  j'expose,  le  symbolisme  serait 
tantôt  ilixtinrtif  et  tantftt  n'fléchi.  Iji  première  espèce  de 
symbolisme  tient  aux  rapports  nécessaires  et  naturels  des 
choses  ;  et,  ces  rapports  étant  invariables,  le  symbole  instinctif 
est  toujours  vrai  :  un  poing  fermé  ne  sera  jamais  pris  pour 
un  symbole  de  paix  et  d'aiïection.  La  seconde  espèce  de  sym- 
bolisme est  exposée  à  tomber  dans  l'erreur.  Ainsi,  dans 
l'antiquité  comn;e  au  moyen  âge,  certains  animaux  avaient 
été  adoptés  comme  eniblèmea  de  telle  ou  telle  idée  ou  qua- 
lité, parce  que  l'on  attribuait  à  ces  animaux  des  propriétés 
ou  des  mœurs  qui  ne  leur  appartenaient  pas.  Toutefois,  la 
plupart  des  symboles  réfléchis  sont  aussi  fondés  en  raison  ;  le 
symbolisme  réfléchi  n'est  que  le  symbolisme  instinctif  pa.ssé  à 
l'état  de  conscience.  Je  me  suis  occupé  beaucoup  à  consti- 
tuer la  théorie  du  symbolisme  instinctif,  parce  que  dans  ceit*; 
langue  naturelle  sont  comprises  toutes  les  énergies  de  l'art; 
et  que,  cette  théorie  connue,  on  ne  confondra  pas  plus  les 
combinaisons  géométriques  du  mode  majeur  avec  les  com- 
binaisons qui  sont  de  mode  mineur,  qu'on  ne  confond,  dans 
une  partition  d'orchestre,  les  combinaisons  majeure  et  mi- 
neure des  sous  musicaux  ;  qu'on  ne  confond  les  lignes  heur- 
tées de  l'Hercule  avec  les  ondoyants  et  gracieux  contours  de 
la  Vénus. 

Je  m'en  suis  beaucoup  occupé  encore,  parce  que,  tu 
trouveras  la  raison  curieuse  peut-être,  parce  que  cette  belle 
étude  a  fait  sur  mon  esprit  une  impression  analogue  à  celle 
que  ferait  sur  mon  cœur  la  vue  d'un  admirable  enfant  aban- 
donné; j'y  ai  vu  tant  de  beautés  actuelles,  tant  de  promesses 
pour  l'avenir,  que  je  me  suis  arrêté,  et  que  j'ai  partagé  mes 
efforts  entre  lui  et  les  autres  enfants  de  mon  esprit. 

Mais,  tandis  que  je  cherchais  les  lois  du  symbolisme  en 
général,  et  que  j'observais  les  diverses  expressions  architec- 
toniques,  picturales,  sculpturales,  même  musicales,  et  dra- 
matiques, par  lesquelles  l'art  exprime  les  mouvements  de 
l'âme  humaine,  pour  en  comparer  les  expressions  les  unes 
avec  les  autres  et  en  saisir  les  rapports,  d'autres  s'occu- 
paient sans  relâche  de  ce  symbolisme  iiitentionml,  dont  les 
éléments  s'empruntent  à  la  tradition  aussi  bien  qu'à  la  na- 
ture. 

Dans  le  livre  monumental  consacré  par  les  savants  archéo- 
logues, les  PP.  Martin  et  Léou  tlahier,  à  l'explication  des 
vitraux  de  Bourges,  il  y  a  des  pages  sur  le  symbolisme 
chrétien  qui  ont  dû  projeter  une  lumière  dans  les  esprits  les 
plus  ténébreux  (1).  Dans  un  mémoire  plein  d'intérêt,  de 
M.  labbé  Texier  (curé d'Auriol),  sur  les  travaux  des  émail- 


(l)  Nous  soiiMiu's  bien  cil  retard  avec  les  auteurs  ilo  ce  iiiagtiiliquo  travail, 
car  il  y  a  luoitleiiips  quu  nous  aurious  (lA  en  publier  UD  couiple  reodu  .Mais 
qu'un  veuille  bien  iHre  indulgent  envers  nous.  l)un  i-ùu-,  le  désir  do  donner  à 
notre  appréciation  tout  le  developix-ment  que  inerile  le  livre  de  XI.M.  Martin 
cl  Léon  Caliier,  cl,  d  un  autre,  la  (-randeur  mat  .lielle  des  volumes,  ce  qui 
rend  leur  nunienienl  très-diflicile  (nous  ne  parlons  pas  des  nonilireuses  occu- 
pations i|ui  nous  ont  absorjo),  ojil  ittù  les  Mjule»  causi-s  do  notre  relard. 


leurs  et  des  argentiers  de  Limoge*,  il  y  a  ao  chapitre  eoo- 
sacré  à  la  syrribolique  générale  des  reliquaires.  D'autres 
encore  ont  publié  des  livres  utile*  sur  la  matière,  ou  tf  oc- 
cu[)ent  h  en  préparer. 

Ce  sont  les  croyants  et  les  poètes  qui  seuls  [laraiftient  com- 
prendre l'importance  et  l'imérèt  de  celte  étude.  Auaat  n'âi- 
jc  pa.s  été  surpris  d'en(en<'i'<>  «lire  que  parmi  ces  oatareB 
d'élite  figurait  une  noble  femme,  que  réclament  à  la  fois 
la  poésie,  la  science  et  la  religion.  Madame  Félicie  d'Ajr- 
zac,  dame  de  Saint-Denis,  s'occupe  depuis  bien  des  «naés» 
déjà  à  compulser  les  écrivains  sacrés,  les  doctears  de  VÈi- 
glise  et  les  auteurs  du  moyen  âge,  pour  découvrir  tout  le 
symbolisme  que  les  artistes  gothiques  ont  introduit  owe 
intention  dans  leurs  œuvres.  Femme,  poêle,  et  pleine  de 
foi  religieu.se,  elle  comprend  à  la  fois  les  nuances  délicates 
et  les  aspirations  puissantes.  Familière  avec  les  langues  sa- 
vantes, et  infatigable  au  travail,  ses  recherches  »•  sont  im- 
mensément étendues.  On  prétend  qu'elle  a  retrouvé  la  signi- 
fication symbolique  qu'on  attachait,  au  moyen  âge,  aux 
diverses  pierres  précieuses,  aux  couleurs  des  verrières,  des 
costumes  et  des  peintures,  à  celles  des  nombres,  etc.,  etc 

Encore  un  dialogue,  siùvi  d'une  contmion  mctiree. 

Apprécies-tu  bien  l'importance  de  ces  études?  Gom 
prends-tu  bien  de  quel  secours  sera  cette  lumière  nouvelle 
pour  l'intelligence  et  la  i-estauration  des  monuments  goUii- 
ques?  Conçois-tu  l'importance  artistique  que  vont  prendre 
ces  ti  horribles  fantaisies  d'une  imagination  dévergondée  et 
corrompue,  »  comme  tu  les  appelais,  si  madame  F.  d'Ayzac 
vient  à  nous  prouver  que  ce  sont  les  abominables  habitants 
de  quelque  monde  saianiqoe?  de  quelle  ressource  inappré 
ciable  sera  pour  tous  ceux  qui  voudraient  refaire  aujourd'hui 
des  églises  gothiques,  re  «  retrouteineHl  »  de  ce  que  volon- 
tiers j'appellerais  la  grammaire  du  symbolisme  pratiqué  au 
moyen  âge?  Quand  les  mots  de  cette  langue  seront  connus, 
({uel  sens  offriront  ces  édifices  gothiques  modernes,  dans  k»- 
(]tiels,  en  effet,  le  sculpteur  s'est  livré  aux  divagations  d'ww 
invagination  déréglée,  tout  en  reproduisant  par- ci  par-là  qwl- 
que  imitation  littéraled'une  gargouille  historique,  jetontainsi 
au  hasard,  sur  une  œuvre  sans  âme,  quelques  mots  arrachés 
d'un  grand  poëme  religieux,  mais  dont  on  chercherait  vaine- 
ment la  iiensée  ou  l'image  contplèteî 


11  y  avait  bien  longtemps  que  je  n'avais  plus  reçu  de  nou- 
velles de  mon  ami.  Dans  sa  dernière  lettre,  il  me  pariait  de 
l'ancienne  Ethiopie,  et  laissait  entrevoir  le  désir  de  visiter  ce 
prétendu  berceau  de  la  civilisution  égyptienne.  Avait-il  poussé 
en  effet  son  e.xcursion  jusqu'en  Nubie  ou  même  au  delà?  Loin 
de  nous  qui  l'aimions,  lui  était-il  arrivé  de  succomber  à  quel- 
que  maladie,  à  quelque  accident?  J'y  pensais  souvent,  et  je 


63 


REVUE  DE  LAKCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUHLICS. 


.    64 


relisais  de  temps  en  temps  sa  dernière  lettre.  Il  y  disait  aussi 
quelques  mots  de  l'Inde,  et  de  l'influence  que  ce  pays  avait 
également  pu  exercer  sur  le  mouvement  progressif  de  l'an- 
cienne Egypte;  était-il  allé  dans  l'Inde?  y  élait-il  mort? 
pauvre  ami  ! 

Il  était  à  peu  près  neuf  heures  du  soir,  il  y  a  de  cela  un 
mois  :  je  m'étais  établi  dans  mon  voltaire,  près  de  ma  chemi- 
née, qu'un  feu  négligé  semblait  plutôt  assombrir  qu'égayer. 
Sur  une  table,  devant  moi,  était  étalée  une  collection  de  des- 
sins que  j'examinais  attentivement,  à  la  lumière  de  deux 
lampes,  et  j'écrivais  mes  observations  au  fur  et  à  mesui  e,  pour 
les  adresser  à  l'auteur  de  ces  dessins  qui  devaient  paraître 
dans  ma  Revue.  Au  milieu  de  mon  travail,  il  me  parvint 
comme  un  léger  tintement  de  sonnette.  Avait-on  réellement 
sonné  chez  moi,  ou  était-ce  une  illusion? 

Absorbé  dans  mes  réflexions,  j'avais  bien  reçu  une  im- 
pression, mais  elle  restait  en  moi  à  l'état  latent. 

Je  continuai  d'examiner. mes  dessins  et  d'écrire. 

Quelques  instants  après,  j'entendisrentrer  ma  domestique. 
Je  me  replongeai  de  nouveau  tout  entier  dans  mon  travail. 
Cependant,  mon  oreille  saisit  comme  le  craquement  d'une 
botte,  mais  si  faible  et  si  rapide,  que  ce  bruit,  si  bruit  il  y 
avait  eu  en  efl"et,  ne  parvint  pas  à  me  tirer  de  mon  absorp- 
tion. 

Je  me  souviens  cependant  d'avoir  eu  la  pensée,  en  ce  mo- 
ment, que  je  n'étais  plus  seul  chez  moi;  mais  cette  pensée 
me  traversa  l'esprit,  sans  troubler  un  moment  l'ordre  et  la 
progression  des  idées  qui  s'y  développaient  sous  l'influence 
de  ma  préoccupation. 

Une  tête  s'avança  au-dessus  de  mon  épaule,  et  au  même 
moment  :  «  Ah  !  c'est  trop  fort,  s'écria  à  mon  oreille  une  voix 
connue  :  Encore  des  monstres  gothiques  !  » 

Au  même  instant,  je  me  trouvai  dans  les  bras  de  mon  ami. 

—  Tu  es  donc  bien  encore  de  ce  monde?  lui  dis- je. 

—  Et  toi,  tu  n'es  pas  encore  à  la  Trappe  ? 

—  Quel  magnifique  portefeuille  tu  dois  avoir!  Quelles 
belles  soirées  nous  allons  passer  ensemble  à  examiner  tout 
cela  1  que  j'aurai  de  plaisir  à  entendre  le  récit  de  tes  impres- 
sions ! 

—  A  la  bonne  heure,  cher,  mais  comment  se  fait-il  que, 
tout  en  rendant  justice  à  l'antiquité,  je  te  trouve  toujours 
en  contemplation  devant  ces  caprices  diaboliques  du  moyen 
âge?  La  dernière  fois  que  nous  nous  embrassâmes,  ce  fut  en 
face  d'.un  saint  Jean  Tortocoli  dont  le  souvenir  m'a  fait  rire 
plus  d'une  fois,  et  maintenant  je  te  trouve  en  admiration 
devant  une  trentaine  de  figures  hybrides  qui  font  vraiment 
d'alTreuses  grimaces  ! 

—  Humilie-toi,  ami,  car  là.  il  y  a  pour  toi,  à  la  fois  une 
leçon  morale  et  une  révélation  artistique;  tar  là  tu  trouve- 
ras la  condamnation  de  ton  esprit  exclusif  pour  tout  ce  qui 
ne  relève  pas  de  la  beauté  physique,  et  l'explication  de  1  em- 
ploi utile  du  laid  dans  les  arts. 

Ces  figures  hybrides  couronnent  les  tourelles  placées  aux 
angles  r|esfrnTis<;ppis  dpr(^pli!;e  Saint-Dt-nis  ;  et  ce  qui  t'éton- 


nera  peut-être,  c'est  qu'elles  constituent  une  œuvre  des 
plus  dramatiques.  Tu  remarqueras  que  la  première  figure 
est  celle  d'un  jeune  bénédictin,  voué  à  la  vie  monastique,  à 
une  existence  de  sacrifice  et  de  travail.  Ce  religieux  aura  de 
rudes  assauts  à  supporter  ;  il  sera  assailli  successivement  par 
tous  les  appétits  charnels,  par  toutes  les  sollicitations  des 
sens,  par  tous  les  essors  mondains  des  affections.  Ce  sont  là 
les  redoutables  ennemis  que  le  jeune  moine  devra  vaincre  ;  et 
ce  n'est  qu'à  la  suite  de  nombreuses  victoires,  et  lorsque  les 
années  lui  seront  venues  en  aide  pour  amortir  l'ardeur  des 
ennemis  de  son  salut,  qu'il  pourra  commencer  à  goûter  la 
récompense  d'une  vie  de  combats  et  de  travail.  Aussi,  la  der- 
nière figure  de  la  série  représente- t-elle  un  moine  d'âge,  qui 
tient  écrasé  sous  une  pression  énergique  l'alTreux  symbole  du 
génie  du  mal.  Toutes  les  figures  intermédiaires  symbolisent 
les  caractères  des  divers  ennemis  que  le  religieux  bénédictin 
aura  successivement  à  vaincre,  avant  d'avoir  obtenu  la  paix 
de  l'âme. 

Ces  laideurs  physiques,  mon  ami,  ce  sont  les  vices,  en- 
nemis du  salut;  cet  ensemble,  c'est  le  drame  de  la  vie.  L'as- 
pect repoussant  de  ces  animaux  hybrides,  en  offrant  le 
spectacle  du  vice,  en  intspire  une  juste  horreur,  et  contribue 
à  la  beauté  de  l'âme,  à  la  victoire  de  la  vertu.  C'est  la  beauté 
morale  que  prêche  l'artiste  chrétien  par  ces  images  hideuset 
du  vice.  ■    .  ■ 

—  Je  conviens  que  cette  idée  est  chrétiennement, belle; 
mais  était-elle  réellement  celle  de  l'aiiteur  de  ces  images?    ; 

—  Rappelle-toi  tout  ce  que  je  t'ai  écrit  sur  l'art  gothique 
considéré  comme  moyen  de  propagation  des  sentiments  et  des 
idées  du  christianisme  ;  et  ensuite,  lis  le  mémoire  que  voici! 
C'est  une  œuvre  empreinte  de  foi  religieuse  et  de  poésie  ;  une 
œuvre  fondée  sur  une  science  rigoureuse  et  une  érudition, 
qu'on  admirerait  même  chez  un  bénédictin. 

Si,  en  le  lisant,  des  objections  graves  se  pré.senteut  à  ton 
esprit  ;  si  tu  trouves  les  preuves  insuffisantes;  si  les  textes 
ne  te  semblent  pas  assez  explicites,  dis-le  moi  !  C'est  ma- 
dame d'Ayzac  elle-même  qui  aura  la  grâce  d'effacer  tes 
doutes  En  me  remettant  son  mémoire,  elle  prévoyait, 
disait-elle,  que  beaucoup  de  personnes  hésiteraient  avant 
d'adopter  ses  explications;  mais  jesuis  tellement  convaincue 
de  leur  exactitude,  ajouta-t-elle,  et  ma  conviction  est  fondée 
sur  des  recherches  si  sérieuses,  que  j'offre  volontiers  de  ré- 
pondre à  toutes  les  objections  que  pourront  vous  adresser 
vos  lecteurs. 


En  effet,  j'ai  confiance  que  lès  lecteurs  de  la  Renie  de 
l' Architecture  examineront  avec  toute  l'attention  qu'il  mé- 
rite le  mémoire  dont  madame  F.  d'Ayzac  leur  donne  au- 
jourd'hui communication.  C'est  un  travail  qui  a  été  précéîlé 
de  plusieurs  années  de  rochtirches  et  d'ét  ides  sérieuses,  et 
où  l'érudition  n"a  rien  perdu  à  s(i  parer  de  grâce  et  de  poésie. 

Césab  DALY. 


65 


REVUE  HE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS 


MÉMOIRE 

SUn    THENTE-DEUX    STATUES    SYMBOLIQUES,    OllSKnv^.KS    DANS    LA 
l'AllTIi:    HAUTE    DES    TOUIIELLES    DE    SAINT-DENVS. 


Sommaire,  —  Exposition  du  sujet.  —  Existence  de  statues  hybrides  au 

moyon  Age.  —  Ri'ponse  à  quelques  objection».  —  Tableau  de»  Tourelle»  de 
Saint-Deny»  —  Style  et  genre  de  leurs  statue». — Costume. —  Discussion 
de  la  date  du  monument. —  Cnuscsdu  silence  gardé  »ur  les  statues  aériennes 
des  lourillcs  dii  Saiiit-Denys.  —  Aperçu  de  leur  sens  probable.  —  Citiition 
de  monuments  et  île  textes.  —  Détails.  —  Réalité  incontestable  de  la  popu- 
larité de  la  zoologie  mystique  au  moyen  âge.  —  Témoignage*  de*  auteurs 
du  xii°,  du  xui°  et  du  xiv  siècle.  —  Tliéologiens,  glussateurs,  et  l<(;sliaire» 
manuscrits.  —  Source  primitive  et  ancienne  do  la  Symbolique  des  animaux. 
—  Discussion  sur  le  Phytiologue.  —  Désignation  des  animaux  sculptés  int<!- 
gralemcnt  ou  partiellement  sur  les  tourelles  de  Saint-Dcny.s. 

Au  moment  où  les  recherches  archéologiques  explorent 
dans  tous  leurs  d(5tails  nos  richesses  monumentales;  quand 
l'existence  au  moyen  âge  d'une  Zoologie  myiitiqui>  est  re- 
connue et  proclamée,  nous  croyons,  après  une  étude  sérieuse 
remontant  à  plusieurs  années,  devoir  signaler  à  la  science 
une  réunion  de  statues  échappées  jusqu'à  ce  moment  aux 
regards  des  archéologues,  quoique  placées  en  quelque  sorte 
aux  portes  mêmes  de  Paris,  et  dignes  par  leur  vétusté  d'une 
attention  particulière.  Ces  figures,  taillées  sur  place  dans 
les  régions  aériennes  de  l'abbatiale  de  Saint-Dcnys,  nous  ont 
frappée  depuis  longtemps,  parce  que,  d'une  date  ancienne, 
elles  offrent  l'application  de  plusieurs  d'entre  les  principes 
de  la  Zoologie  mystique  consignée  dans  nos  manuscrits,  et 
qu'avec  d'autres  de  même  âge  et  de  même  genre ,  elles 
appuient  nos  assertions.  Tout  le  monde  sait  aujourd'hui 
que  des  monstres  imaginaires  et  beaucoup  d'animaux  réels 
furent  jadis  pour  nos  aïeux  autant  d'allégories  notoires  qui 
exprimèrent  sur  les  églises,  où  l'on  voit  encore  leurs  images, 
tantôt  des  allusions  bibliques  et  des  traditions  légendaires, 
tantôt  des  spécifications  des  différents  dons  de  la  grâce, 
certaines  vertus,  certains  vices,  le  Saint-Esprit  et  leSadviur, 
des  saints,  des  martyrs,  des  prophètes,  et  enfin  des  j)oiuts, 
des  préceptes,  des  mystères  do  notre  foi  (I).  Mais  ce  qui  est 


(1;  Sous  le  rapport  du  mysticisme,  l'empire  animal  est  le  plus  riche  dos 
trois  régnes  de  la  nature.  Au  xiii»  siério  surtout,  les  animaux  ont  leur  légende 
atissi  bien  que  les  êtres  doués  de  raison,  et  leurs  histoires  merveilleuses,  leurs 
attributions  et  leurs  mo'urs  fournissent  le  champ  le  plus  vaste  à  d'innom- 
brabli's  allusions.  Par  ses  qualités  ilifTérentes.  se»  habitudes,  ses  instincts,  par 
sou  chant,  par  ses  industries,  par  ses  sympathies  et  ses  haines,  par  ses  besoins 
et  par  ses  goûts,  le  mémo  animal  hgurait  les  choses  le»  plu»  éleréeset  les  plus 
abjectes  :  Dieu,  le  di'mon,  l'homme  pécheur,  le  pf'nilent,  le  péché  même,  los 
différents  états  de  l'Ame,  et  les  vice»  et  les  vertus.  Sans  donner  ici  des  détails 
endchor.s.de  notre  sujet,  bornon.»-noug  &  y  consigner  que  le  m<>me  oi.seau,  la 
colombe,  dans  différentes  condition»  d'attitude,  de  domicile,  d'attributs  et  de 
couleur  même,  figurait,  selon  la  manière  dont  elle  était  repri'sentée:  la  vie 
chrétienne  dite  active,  la  réconciliation  de  Dieu  avec  l'homme,  les  fruit»  de  la 
sainteté  et  di's  bonnes  onivres.  les  sept  vertus  du  prédicateur,  l'incorruptible 
chasteté,  la  personne  du  Saint  Esprit,  Jésus-Christ  ralliant  les  imes  dans  son 
colombier  qui  est  l'Eglise,  lui-même  mourant  sur  la  croix,  les  trois  Hébreux 
dans  la  fournaise,  c'est-à-dire,  Misach,  Sidrach,  Abdenaj^,  eux-mêmes  em- 
blème des  justes  :  les  divers  ordre»  de  prophète»,  Jona»  prêchant  aux  Ninivites. 
Élie  enlevé  dan»  les  cieux,  S.  Jean-Baptiste,  S.  Etienne,  premier  martyr.  — 
T.  VII. 


moins  connu  sans  doute,  c'est  rintrodnction  progreanre,  à 
travers  cette  symbolique  empruntée  aux  livres  sarrés,  de 
nombreux  animaux  hi/hriilfn,  on  renaissant  divers  membrat 
pris  à  différentes  espèce»,  et,  par  là,  devenus  des  signes  ré- 
sumant en  un  seul  sujet  les  sens  assignés  à  plusieura.  L'É- 
criture, si  en  honneur  et  si  scrutée  an  moyen  âge,  offre  des 
exemple»  notables  de  ce  genre  d'allégories;  la  statosire  re- 
ligieuse, exploitant  cet  ordre  d'emblèmes,  s'en  saisit,  les 
multiplia,  en  forma  un  nouveau  trésor  pour  le  langage  lapi- 
daire et  les  mit  en  scène  dans  l'art.  C'est  là  que  le  xiii*  siècle, 
si  ardent  pour  le  merveilleux,  prit  beaucoup  d'entre  les  sujets 
de  sa  Zoologie  mystique,  et  c'est  aussi  à  ce  mAme  ordre  que 
se  rattachent  les  statues,  nous  n'osons  dire  découvertes,  ^nit 
du  moins  retrour^et  par  nous  sur  la  iMsiliqne  de  Saioi- 
Denys. 

En  décrivant  ce  vieux  vestige  des  traditions  du  moyen  ftge 
rongé  et  usé  par  les  siècles,  mais  précieux  par  la  pensée  qui 
en  dicta  les  combinaisons  ;  en  livrant  surtout  à  la  presse  et 
à  la  critique  éclairée  nos  idées  sur  son  but  mystique,  nous 
publions  le  résultat  de  longues  et  âpres  r«H:herche«,  justifié 
par  nos  études  sur  grand  nombre  de  monuments  et  par  beau- 
coup de  témoignages  admirablement  uniformes,  empruntés 
aux  vieux  manuscriu  de  nos  riches  bibliothèques.  Nous  de- 
mandera-t-on  de  plus,  pour  nous  ao-ueillir  et  nous  ciwire, 
des  titres  gravés  dans  la  pierre  à  c6(é  de  chaque  sujet,  ou, 
dans  quelque  antique  volume,  la  description  formelle,  exacte, 
de  cet  ensemble  de  statues,  dans  le  même  ordre,  au  même 
nombre,  revêtues  des  mêmes  costumes  et  présentant  les 
mêmes  traits?  Ce  serait  exiger  de  nous,  nominativement  et 
seule,  ce  qu'on  ne  demande  à  personne  pour  beaucoup  de 
bonnes  raisons,  et  ce  qui  n'est  point  nécessaire  pour  expli- 
qtier  un  monument,  surtout  quand  ces  indications  sont 
anéanties,  introuvables,  ou  qu'elles  n'ont  point  existé.  C'est 
un  fait  facile  à  prouver,  que  si  les  inscription<;  en  lettres  su- 
perposées usitées  au  xiii»  siècle,  ont  été  fréquemment  gravées 
auprès  des  statues  historiques  et  des  emblèmes  lapidaires 
attachés  exclusivement  à  certaines  localités,  on  en  rencontre 
rarement  à  côté  des  statues  mystiques  et  des  emblèmes  con- 
sacrés qui  avaient  cours  dans  toute  l'Europe  :  telles  sont  1m 
Vertus  chrétiennes  costumées  en  preux  chevaliers  (I)  ou  re- 
présentées par  des  plantes  ;  tels  sont  les  l>écbés  et  les  Vkes 
personnifiés  surtout  par  des  animaux,  et  montrés  sous  lean 
attributs  jusqu'après  le  xvi'  siècle.  Quant  à  ce  qui  est<lM 
descriptions,  les  églises  du  moyen  âge  n'avaient  pas  de 
monographies  alors  qu'elles  se  construisaient,  et,  faute  d'an- 


lea  ra|>ponoM  ladHaiidaMhMI* 


Les  conditions  déterminées  qui 
livres  et  les  manuscrits  de  l'rpoqM;  i 
Zoologit  ifmboH^m*. 

(  I  )  Uo  Toit  les  VeriM  MM  ea  eodu**,  «aripUa*  daM  ta*  AfMMM  d«s  kaÏM 
du  portail  du  traoasept.  rroisilloa  septealriosal  de  TefliM  iMisliste  de  SaiM- 
DenvK:  ik  N.-D.  de  la  Coodre;  k  Orray.  «  PartlMMy,  tte.  Oa  ««kle  ckMiea 
couvert  de*  varlns  bimum  d'iuie  anmra  campUtt»,  i  la  BMiaAèfaa  raralr. 
au  fol.  lis  d'an  aMMaeril  da  xiii*  atck.  «Mé  10M  (Cad.  l.aMrill.  IS) 
fol.  1 15.  {  Dm  iloas  H  dn  rrrtmt,  ronbnaiHMat  a«  Inia  de  $.  Pa«l,  h  d'a- 
près Vincent  d«  Braavai*  M  Ita  maaosnjts  de  la  ■««•  «pa^aa.] 

S 


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REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLrCS 


68 


ciens  documents  sur  leurs  plans  et  leurs  architectes,  trésors 
restés  au  petit  nombre  mais  qui  manquent  à  la  plupart, 
faut-il  renoncer  sans  essais  à  l'espoir  de  jamais  comprendre 
et  d'analyser  leurs  secrets?  Les  statues  que  nous  signalons 
ont  une  intention  uniforme  ou  ont  pu  en  avoir  quelqu'une  : 
cela  n'est-il  point  suffisant  pour  motiver  quelques  recherches? 
Les  nôtres  ont  produit  en  nous  les  convictions  les  plus  com- 
plètes :  l'Hippocentaure,  la  Syrène,  l'Onocentaure,  etc., 
vus  au  nombre  de  ces  statues,  sont  classés  parmi  les  em- 
blèmes les  plus  populaires  au  moyen  âge  où  ils  sont  répandus 
partout,  sculptés  ou  peints  sur  les  églises  comme  dans  les 
écrits  du  temps,  et  traduits  dans  les  moralistes,  dans  les 
traités  théologiques,  dans  la  plupart  des  glossateurs  et  par- 
tout dans  les  Bestiaires  avec  leurs  allusions  reçues  et  accep- 
tées dans  tous  les  âges  :  il  n'y  a  point  de  doute  possible  sur 
le  sens  qui  leur  fut  prêté  ;  les  autres  sont  de  même  genre, 
beaucoup  moins  connues  seulement,  ou  tout  à  fait  perdues 
de  vue  à  l'époque  ofi  nous  écrivons  :  mais  elles  complètent 
les  phrases  non  achevées  par  les  premières,  et  l'on  trouve, 
sans  trop  d'efforts,  leur  explication  dans  les  mêmes  sources. 
Certes,  la  moitié  pour  le  moins  des  statues  d'ornementation 
répandues  sur  les  cathédrales  se  montrent  comme  celles-ci 
sans  désignation  et  sans  titre,  et  ne  laissent  pas  d'être  inter- 
prétées et  nommées  par  les  connaisseurs.  Combien,  avec 
leurs  lambels  vides  ou  plutôt  malgré  ces  lambels,  n'ont  pas 
manqué  d'être  comprises?  Personne  mettra-t-il  en  doute  que 
les  bas-reliefs  du  linteau  de  la  baie  méridionale  du  grand 
portail  de  Notre-Dame  ne  soient  la  naïve  légende  de  la  vie 
de  la  Sainte  Vierge,  quoiqu'ils  n'aient  aucune  inscription  ? 
Les  quatre  animaux  symboliques  assignés  aux  Évangélistes, 
si  connus  par  bonheur  pour  nous,  trouvent-ils  un  seul  incré- 
dule? Et  l'archéologie  écrite  n'est-elle  pas  riche  aujourd'hui 
d'admirables  explications  de  stalles  ornées  et  sculptées,  de 
portails  couveris  de  statues  et  d'antiques  verrières  peintes, 
sans  secours  de  titres  quelconques  creusés  dans  le  bois  ou  la 
pierre  ou  enchâssés  dans  les  vitraux  ? 

k  l'aid-i  donc  des  sources  saintes,  des  glossateurs  du 
moyen  âge  et  des  manuscrits  de  ses  clercs,  nous  allons  ex- 
poser ici  nos  présomptions  et  nos  idées  sur  le  sens  des  statues 
mystiques  des  tourelles  de  Saint-Denys.  En  citant  sous  forme 
de  notes  quelques  textes  en  petit  nombre  à  l'appui  de  nos 
assertions,  nous  en  gardons  par  devers  nous  une  grande 
quantité  d'autres  qui  n'auraient  pu  couvrir  nos  pages  sans 
décourager  nos  lecteurs  ;  nous  les  donnerons  au  besoin,  avec 
des  fragments  plus  complets  de  notre  Zoologie  symbolique. 
Nous  partageons,  en  attendant,  cet  opuscule  en  trois  parties  : 
La  première,  qui  est  celle-ci,  donnera  l'idée  générale  de 
l'emplacement,  de  l'ensemble,  et  la  discussion  de  la  date  des 
statues  que  nous  signalons  :  elle  en  fixera  le  sujet,  et  dési- 
gnera les  auteurs  auxquels  nous  empruntons  nos  preuves. 

Dans  notre  seconde  partie,  nous  produirons  succinctement 
les  éléments  de  Symbolique  applicables  à  ces  statues,  dont 
la  nature  est  si  complexe. 

Dans  notre  troisième  partie,  enrichie  de  plusieurs  gra- 


vures, prenant  chaque  statue  à  part,  nous  en  détaillerons 
les  membres,  et  nous  donnerons  sur  chacune  nos  idées  ou 
nos  solutions. 

PREMIÈRE   PARTIE. 

De  tous  les  détails  de  l'abbatiale  de  Saint-Denys,  le  moins 
remarqué,  ce  nous  semble,  et  pourtant  l'un  des  plus  curieux 
par  la  pensée  qui  y  respire  et  par  le  cachet  de  son  siècle, 
qu'on  y  voit  encore  presque  intact,  ce  sont  les  tourelles  de 
son  transsept.  On  les  aperçoit  dans  les  airs  quand  on  em- 
brasse d'un  regard  l'ensemble  de  la  basilique  ;  mais  leur  plus 
curieux  ornement,  la  ceinture  de  statues  qui  couronne  leurs 
piédestaux,  ne  frappe  point  les  visiteurs  à  cause  de  l'éléva- 
tion du  point  qu'il  occupe  :  on  confond  d'en  bas  ces  figures 
avec  les  feuillages  sculptés  disposés  au  pied  des  aiguilles;  et 
ces  tourelles  effilées,  écrasées  en  quelque  manière  par  la 
masse  de  l'édifice,  ne  paraissent  que  des  clochetons  ordi- 
naires du  style  ogival  rayonnant.  Leurs  détails  sont  donc 
ignorés,  et  les  explorateurs  qui  visitent  quelquefois  les  ga- 
leries de  l'église,  et  qu'ont  dû  frapper  ces  statues,  n'ont  vu 
jusqu'à  présent  en  elles  que  des  inspirations  sans  but,  des 
fantaisies  peu  importantes  groupées  autour  de  ces  tourelles 
par  quelque  caprice  d'artiste.  I.a  description  et  l'analyse  que 
nous  essayons  d'en  donner  les  feront  regarder  peut-être  sous 
un  point  de  vue  différent. 

11  importe,  avant  toute  chose,  d'établir  la  date  probable 
de  l'érection  de  ces  tourelles. 

On  sait  que  la  basilique  de  Saint-Denys,  consacrée  primi- 
tivement sous  le  règne  de  Dngobert  I",  en  l'an  630,  et  re- 
construite sous  Peppin  et  Karl-le-Magne  en  775,  fut  abattue 
et  relevée  de  nouveau  en  1144,  sous  le  règne  de  Louis  VII 
par  les  soins  de  l'abbé  Suger.  Bâtie  sur  le  plan  cruciforme,' 
et  orientée  de  manière  que  le  prêtre  officiant  au  maître- 
autel  soit  placé  en  face  de  l'est,  la  croix  latine  qu'elle  forme 
dirige  sa  base  à  l'ouest  et  projette  ses  croisillons  de  transsept 
au  septentrion  et  au  sud.  Sur  l'un  et  sur  l'autre  portail  des 
façades  de  sa  croisée  se  déploie  une  immense  rose  ;  l'extrémité 
supérieure  du  carré  où  elle  est  découpée  supporte  une  ga- 
lerie haute  à  arcatures  trilobées  ;  de  ce  point,  qui  est  celui 
de  la  naissance  du  comble,  montent  deux  hauts  pignons  aigus 
semés  de  trèfles,  de  six-feuilles,  et  portant,  au  septentrion 
la  statue  de  saint  Eleuthère,  au  sud  celle  de  saint  Rus- 
tique, qui  partagent  avec  saint  Denys  le  titre  de  patrons  de 
l'abbatiale  (1). 

Les  quatre  tourelles  qui  nous  occupent  flanquent  ces  pi- 
gnons latéraux;  leur  hauteur  totale  est  de  48  m.  33  c;  en- 
gagées des  deux  tiers  de  leur  diamètre  dans  le  mur  terminal 
de  chacun  des  croisillons  du  transsept,  à  partir  du  sol  jusqu'à 
la  naissance  du  grand  pignon,  elles  s'en  détachent  à  cette 


(1)  La  statue  de  saint  Denys,  apôtre  des  Gaules  et  patron  spécial  de  la 
basilique,  surmonte  un  troisième  pignon,  celui  de  la  façade  principale  à 
l'ouest. 


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REVUE  DE  L'ARCHITECTCRE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


70 


hauteur  et  montent  aux  flancs  de  la  pyramide,  l'égalant  en 
élévation  et  recelant  les  escaliers  qui,  du  sol  de  l'abbatiale, 
conduisent  aux  deux  galeries  placées  à  différent  étage,  La 
partie  supérieure  de  ces  tourelles,  aiguille  inflorescente 
haute  de  10  mètres  et  surmontée  d'un  bouquet  de  feuilles 
sculptées,  est  toute  moderne  :  leur  partie  inférieure  est  un 
piédestal  octogone  de  38  m,  33  c.  d'élévation  à  partir  du  sol, 
et  de  2  m.  1/2  de  diamètre.  Ce  massif,  près  de  son  sommet, 
est  orné  de  huit  niches  simulées  dessinées  par  une  haute  co- 
lonnette  accompagnée  d'un  double  tore  (1)  et  surmontée 
d'une  arcature  à  trilobé  aigu  sous  ogive.  Huit  pignons  trian- 
gulaires percés  de  trèfles  encadrés  et  hérissés  d'inflores- 
cences, couronnent  aussi  ces  huit  niches  ;  le  point  de  jonction 
de  chacun  donne  naissance  à  une  excroissance  végétale 
sculptée  ;  au-dessous  est  une  statue  en  pierre  et  de  grandeur 
humaine  ;  chaque  tourelle  en  compte  huit,  comme  elle  compte 
huit  arêtes,  huit  petits  pignons  et  huit  faces.  L'aiguille  qui 
part  de  ce  pointest  découpée  d'un  quatre-feuilles  sur  chaque 
face,  lui  peu  au-dessus  de  sa  naissance  :  c'est  là  que  resta 
suspendue,  il  y  a  de  cinq  à  six  cents  ans,  la  construction  de 
ces  tourelles  ;  les  travaux  n'ont  été  repris  que  pendant  le 
siècle  actuel. 

Cette  riche  ornementation  sans  profusion  de  découpures, 
le  genre  des  inflorescences,  ces  arcatures  à  trilobé  légère- 
ment lancéolées,  ces  pignons,  ces  quatre-feuilles  encadrés 
uniformément,  sont  autant  de  caractères  qui,  pris  au  point 
de  vue  de  l'art,  nous  semblent  marquer  le  cours  du  xiii"  siècle 
et  le  début  du  xu"",  c'est-à-dire  l'apogée  du  goût  arcliitcc- 
tonique  le  plus  correct  et  le  plus  pur.  En  même  temps,  la 
statuaire  offrant  des  figures  humaines  et  des  représentations 
d'animaux,  dénote  un  style  de  progrès  concordant  à  la  même 
époque.  La  zoologie  qui  a  fourni  les  bêtes  est  assez  fantas- 
magorique pour  pouvoir  sans  difficidté  être  attribuée  au 
xni"  siècle  ;  seulement  un  discernement  remarquable  a  pré- 
sidé au  choix  des  types,  ce  qui  peut  convenir  encore  au  cours 
du  XIV''  siècle.  On  trouve  là,  en  fait  d'emprunts  faits  à  ce 
monde  imaginaire  si  en  faveur  à  cette  époque  et  que  l'on 
exhume  aujourd'hui,  les  queues  de  dragon,  le  Centaure, 
rOnocentaure,  la  Syrène  et  plusieurs  détails  de  la  Manicore, 
c'est-à-dire  assez  de  fictions  pour  justifier  les  deux  dates.  Il 
est  à  observer,  de  plus,  que  les  quatre  premiers  de  ces  mons- 
tres sont  bibliques  et  d'un  symbolisme  consacré  dans  les  pro- 
phéties, tout  imaginaires  qu'ils  sont,  et  que  le  cinquième,  la 
Manicore,  était  proclamé  par  les  moralistes,  comme  l'em- 
blème du  démon.  Mais  la  forme  des  autres  animaux  merveil- 
leux adoptés  à  la  même  époque  étant  bi(  n  moins  déterminée 
et  moins  connue  vulgairement,  ils  n'ont  rien  donné  aux  sta- 
tues. Tels  sont  le  Caucatrix,  la  AVoutre,  l'Ydrus  (ou  Ichneu- 
mon  d'Égyptc],  le  Chambals,  le  Rosmare,  le  Grylio  (laSa- 


(1)  Le  tore  oa  boudin  est  une  moulure  domi-ronde  dont  U  saillie  ((({aie  la 
moitié  de  sa  liauteiir;  c\"sl  la  plus  rcmimutu"  de  toutes;  elle  fait  partie  de  la 
base  des  colonnes,  borde  et  encadre  la  découpure  des  fenêtres,  di-ssine  souvent 
les  fleurons,  et  ressemble  à  une  baguette,  s'einploj  anl  dans  toutes  les  direc- 
tions, dans  tous  les  sens,  et  prenant  de  la  flexibilité  selon  le  besoin. 


lamandre).  la  Serre,  le  Griffon,  la  Wirre,  la  Harpie,  le 
Rasilecoc  (Basilic),  décriut  dans  tous  les  Bestiaires  une- 
rieurs  à  l'an  1300.  Du  reste,  avec  les  divers  membres  te 
animaux  enropéens,  africaias  et  asiatiques, existants  et  con- 
nus alors,  l'art  a  composé  de  vrais  monstres,  et  on  les  voit 
sur  les  tourelles,  aussi  hideux,  aussi  difformes,  aosri  fabu- 
leux que  ceux-là. 

Quant  au  costume  en  général,  il  s'adapte  à  nos  présoinp- 
tions  touchant  les  dates  désignées  :  il  se  restreint  à  deax 
chapeaux  d'homme  et  une  coiffure  de  femme  dont  nous  par- 
lerons en  leur  lien,  et  à  des  pans  de  draperies  jetés  wir  di- 
verses statues,  et  rappelant  la  coulle  monastique  :  C'est  le 
capuchon  commun  aux  deux  sexes  et  à  toutes  les  proresstoos 
dans  le  cours  du  xni'  siècle  (1)  et  au  début  du  \i\*;  alors, 
dit  M.  llerbé  dans  ses  a  Costumes  franç;>is,  »  hommes, 
»  femmes,  enfants,  soldats,  prêtres,  ribaads,  tous  se  coif- 
»  feront  du  capuchon.  » 

A  ces  observations  fournies  par  l'étude  des  caractères,  se 
joignent  les  faits  historiques,  bien  que  de  profondes  ténèbres 
planent,  au  moins  pour  les  détsils,  sur  riiisloire  monumen- 
tale de  Saint-Denys.  .\près  ces  deux  reconstructions,  en  775 
et  1114,  on  voit,  sous  Philippe  le  Hardi,  l'abbé  Mathieu  de 
Vendôme  terminer  dans  cette  basilique,  en  1281,  la  restan- 
ration  importante  commencée  en  1231  sous  le  r^ne  de 
S.  Louis  par  l'abbé  Eudes-Clément.  Ce  dernier,  passé  en 
1245  au  siège  archiépiscopal  de  Rouen,  avait  laissé  rœorre 
incomplète;  on  ne  lit  point  qu'elle  ait  été  continuée  sous  ses 
successeurs  Guillaume  de  Macorris  et  Henri  Mallet.  Les 
constructions  de  l'abbé  Eudes  sont  F  abside  à  partir  de  la 
ba.se  de  sa  lanterne  (2),  la  croisée  du  transsept  avec  ses  por- 
tails, et  la  partie  de  la  nef  comprise  entre  cette  croisée  et 
les  marches  de  l'ancien  chœur  (3).  Mathieu  de  Vendôme 
acheva  la  nef  et  sans  doute  les  parties  hantes  du  transsept, 
tout  portant  à  croire  que  la  construction  du  vaisseso  dut 
avoir  le  pas  sur  les  détails  de  pure  omeroentalion  dans  cet 
édifice  (â).  Ces  données  historiques  nous  semblent  des  ru- 
sons plausibles  d'attribuer  la  décoration  des  tourelles  à  l'abbé 
Mathieu  de  Vendôme. 

Cet  homme  célèbre  mourut  en  1286.  Soixantedix-sept 
ans  api  es  lui,  un  autre  abbé  restaurateur  fit  beaucoup  pour 
l'abbatiale;  ce  prélat  fut  Guy  de  Monceaux  (5),  homme  ha- 
bile, sage,  prudent,  et  versé  dans  les  saintes  lettres;  U 


(I)  V.  Rteueil  tir  Fnbliaur,  manosrrit  de  U  BibUatbrqw  roj-alr. 

(3)  Vêlage  inferionr  de  ralMide.  (w  ll^Mi  pOM  la  httMM.  tal  Tmmm  4ê 
l'abbt'  Suger,  au-ssi  bien  que  la  pla«  fraade  pwtie  d«»  ajiflet. 

(3)  L'ancien  chirur  forme  aujourd'hui  la  partie  lÉ|lirlcai»  4t  k  wtl,  f«- 
li.uis.si'e,  au  moment  où  nous  écrivrn,»,  de  cinq  marrhe»  aa  dww.'  lia  mittam 
de  rnlrium  et  de  la  partie  de  la  nef  qui  soit  immoiliaMwat  le  pdfcke. 

(i)  L'afflurnce  des  p«icriiM  iual  imamtme  à  SùM-ïkaf,  b*  éHâUtitr' 
nemenution  onl  tfU  ijoarnéapar  les  coMinMlMra.  iWMfM  à  cte|M  nilWa- 
tion  de  la  basilique.  L«  quatre  tour»  mta»  qui  coaUcfeaMM  MM  liaMa|t 
furent  interrompue»  à  refret  par  l'abUf  Suprr.  prMW  iTagrarflr  Ih  Mil  <l  é» 
rcconsiniire  le  portail,  coame  on  le  lit  dâo»  le  litre  de  «M  ÀémiiiÊhwtmm  «I 
celui  de  la  Dntimre.  t>«  toors  son»  rrau<e«  dep«b  eeMe^po^pt  i  Ftel  4e 
haut»  piiHleslanx.  el    ■  ncore  Ie«l»  SWie». 

.5)KI«  en  131».  ir.  .     >. 


71 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


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gouverna  le  monastère  sous  les  règnes  orageux  de  Jean  le 
Bon,  de  Charles  V  et  de  Charles  VI,  accrut  les  bcâtiments 
claustraux  et  les  environna,  trois  fois  différentes,  d'une  pa- 
lissade de  bois  qui  reliait  de  fortes  tours  disposées  d'espace 
en  espace  :  les  preuves  de  ces  adjonctions  existent  dans  Fé- 
libien  et  dans  les  autres  monographes  de  l'abbaye,  ainsi 
qu'aux  archives  du  royaume  où  nous  les  avons  compul- 
sées (I).  L'épitaphe  de  Guy  de  Monceaux  rend  un  témoi- 
gnage analogue  et  donne  la  même  énumération  de  travaux  : 
augmentation  des  revenus,  additions  arcbitectoniques,  con- 
struction de  fortifications  et  de  tours:  «Redditibusetaîdificiis, 
in  turribus  et  fortalitiis  cœnobium  augmentavit,  etc.  (2).  » 
C'en  serait  assez  peut-être  pour  placer  son  nom  à  côté  de 
celui  de  l'abbé  Mathieu  quand  il  s'agit  de  probabilités  à  éta- 
blir à  l'égard  du  constructeur  de  tourelles,  mais  ce  n'est 
point  assez,  ce  semble,  pour  la  résoudre  en  faveur  de  Guy 
de  Monceaux  :  on  sait  combien  fut  agitée  la  période  qu'il 
franchit,  et  la  peine  qu'eut  alors  l'abbaye  à  payer  les  taxes 
communes.  Il  ne  paraît  guère  probable  que,  dans  un  temps 
calaniiteux,  elle  ait  fait  sculpter  des  statues. 

Ce  sont  ces  trente-deux  statues  disposées  sur  chaque  tou- 
relle et  taillées  sur  place  dans  le  bloc  même  du  massif,  qui 
sont  l'objet  de  ce  Mémoire.  Nous  avons  déjà  signalé  la  dif- 
ficulté qu'il  y  a  à  les  distinguer.  Indépendamment  de  leur  élé- 
vation à  38  m.  un  tiers  au-dessus  du  sol,  la  lumière  qui  les 
frappe  de  tous  côtés  dans  ces  régions  aériennes  et  dont  les 
rayons  s'entrecroisent  comme  les  mailles  d'un  réseau,  miroite 
dans  le  fond  du  ciel  autour  du  massif  des  tourelles  et  l'y  de- 
tache  en  silhouette  ;  mais  elle  confond  néanmoins,  sur  la  paroi 
de  ce  massif,  d'une  teinte  uniforme  et  sombre,  les  trèfles,  les 
bourgeons  sculptés,  tout  l'agencement  d'accessoires,  en  ne 
dessinant  des  statues  que  quelques  profils  incertains.  C'est  ce 
qui  explique  le  silence  gardé  par  tous  les  niouographes  sur  ces 
tourelles  du  transsept.  Dom  Doublet,  dom  Félibien,  dom 
Milet,  dom  Robert,  moines  et  historiens  de  l'abbaye  de  Saint- 
Denys,  n'en  disent  rien  dans  leurs  ouvrages,  et  l'on  n'en 
fait  nulle  mention  dans  les  notices  incomplètes  qui  ont  paru 
sur  la  basilique. 

Nous  avons  vécu  vingt  années  au  pied  dos  tourelles  de 
Saint-Denys,  sans  soupçonner  à  leur  ceinture  autre  chose 
que  des  fleurons,  des  ornements  de  fantaisie,  et  d'épais  bou- 
quets de  feuillage,  œuvre  gracieux  du  ciseau.  Mieux  ren- 
seignée depuis  ce  temps  par  nos  explorations  fréquentes  sur 
les  galeries  de  l'église,  nous  en  avons  vu  les  statues  et  nous 
avons  eu  la  pensée  d'en  faire  lever  le  dessin.  Nous  avons  choisi 
avec  soin  dans  l'ancien  bâtiment  claustral  (3)  et  sur  les  ga- 


(1)  V.  D.  Félibien,  Histoire  de  Saint-Denys,  pag.  279.  —  D.  Doublet,  Anti- 
quités de  Saint-Denys.  —  Aux  Archives,  les  cartulaires  de  l'époque. 

(2)  Félib.  Hist.  de  Saint-Denys,  p.  300  et  314.  —  Ibid.,  aux  Pièces  justifi- 
catives. 

(3)  Cet  édifice,  reconstruit  de  fond  en  comble  dans  les  dernières  années  du 
XVII*  siècle,  n'est  point  à  beaucoup  près  aussi  magnifique  que  le  préccident.  Il 
n'a  gardé  ni  ses  chapiteaux  historiés  de  pierres  et  de  couleurs  diverses,  ni  la 
salle  de  son  chapitre  avec  ses  murs  peints  et  dorés  et  ses  vitraux  précieux,  ni 
la  croix  sculptée  du  préau  avec  ses  curieuses  statues,  ni  son  arcade  à  quinze 


leries  de  la  basilique  les  divers  points  les  pins  propices.  Nos 
dessins,  levés  à  l'œil  nu  et  parfois  à  l'aide  d'tme  lunette,  étant 
une  fois  terminés,  le  hasard  le  plus  favorable  nous  est  venu 
encore  en  aide  pour  assurer  à  leurs  contours  la  plus  parfaite 
exactitude.  En  effet,  nous  avions  le  rare  bonheur,  il  y  a  peu 
de  mois,  de  pouvoir  observer  de  près  la  partie  ornée  des 
tourelles,  au  moyen  des  échafaudages  dressés  au-dessus  du 
grand  comble  pour  la  pose  de  la  toiture  (1).  Cette  investi- 
gation nouvelle  nous  ayant  révélé  plusieurs  désaccords  entre 
le  trait  et  ses  modèles,  nous  les  avons  fait  disparaître  et  l'on 
a  rectifié  avec  soin  toutes  celles  de  ces  figures  sculptées  en 
plein  nord  et  en  plein  sud,  sur  tout  le  côté  des  tourelles 
placé  en  saillie  circulaire  en  dehors  des  murs  de  l'église  : 
avant  que  les  échafaudages  eussent  été  établis,  nous  n'a- 
vions pu  voir  ces  statues  que  du  sol  des  cours  adjacentes, 
c'est-à-dire  à  une  distance  déplus  de  38  m.  Grâce  à  cette  faci- 
lité, qui  avait  dû  se  présenter  bien  rarement  depuis  l'érection 
des  tourelles  et  qui  ne  se  reproduira  sans  doute  plus  de  long- 
temps, nous  avons  la  satisfaction  de  pouvoir  offrir  à  nos  lec- 
teurs des  gravures  irréprochables,  propres  à  leur  rendre  pos- 
sible la  comparaison  de  chaque  sujet  avec  l'analyse  que  nous 
essayons  d'en  tracer. 

L'étude  et  l'examen  sérieux  de  cette  série  de  statues  nous 
donne  la  persuasion  que  l'on  doit  reconnaître  en  elles  une 
de  ces  représentations  des  sept  péchés  capitaux  si  communes 
au  moyen  âge,  si  conformes  à  son  esprit,  qui  étaient  en 
France,  au  xiii"^  et  au  xiv"  siècle,  la  décoration  consacrée 
de  la  plupart  des  cathédrales  [2).  Comme  ces  corps  de  mal- 
faiteurs que  les  potences  féodales  échelonnaient  sur  les  châ- 
teaux pour  épouvanter  les  provinces  et  intimider  les  pervers, 
les  passions  exposées  ainsi  au  front  de  ces  saints  édifices  y 
étaient  comme  signalées  à  la  réprobation  publique.  Ici,  avec 
les  sept  péchés,  se  groupent  encore  leurs  familles,  ces  déri- 
vations innombrables  qu'après  les  Pères  de  l'Église,  tous  les 
moralistes  du  moyen  âge  rassemblent  autour  des  sept  vices 
en  séries  généalogiques,  et  qu'ils  classent  subtilement  par 
filiations  (3),  distractions,  divisions  et  genres,  selon  leurs 
espèces,  leurs  causes,  leurs  degrés  et  leurs  différences  (4). 


ogives  qui  n'avait  point  d'autre  exemple  en  France.  Ce  bàtimont  du  dernier 
siècle,  est  approprié  aujourd'hui  à  l'éducaticm  des  filles  des  membres  de  la 
Légion-d'llonneur,  et  porte  le  nom  de  Maison  royale  de  SaiiU-Denys. 

(i)  A  la  fin  de  l'année  1846,  le  comble  a  été  exhaussé,  et  couvert  d'une  toi- 
ture ra('tallique. 

(2)  ■  Les  sept  péchés  capitaux,  sculptés  en  relief,  étaient  l'ornement  obligé 
de  toute  cathédrale:  ils  étaient  exposés  jusque-là  (cours  du  xiv  siècle)  avec 
une  naïveté  peu  édifiante,  mais sc'rieuse  et  biblique;  au  xv«  siècle,  ils  devinrent 
malicieusement  obscènes,  etc.  •  (M.  Magnin,  Causeries  et  mèdUalions.  De  la 
staltie  de  la  reiiie  Nanteckild.) 

(3)  V.  dans  Vincent  de  Beauvais,  Spéculum  morale,  livre  3,  les  chapitres 
intitulés:  •  De  Superbià  et  ^iabut  ejus:  De  Invidià  et  fiUabui  ejus:  De  Ira  et 
filiabus  ejus,  etc, 

(4)  Dans  les  traités  théologiques  de  Boéce,  de  S.  Anselme,  d'Alcuin,  de  Rha- 
ban-Maur,  de  S.  Grégoire  le  Grand,  de  Hugues,  de  S.  Victor,  etc.  on  voit  les 
vices  prendre  un  corps  et  dépouiller  l'homme,  le  flageller,  l'assujettir,  le  couvrir 
de  plaies,  le  fouler  aux  pieds.  Ils  n'y  constituent  pas  seulement  des  familles, 
mais  encore  des  armées,  des  bataillons,  des  corps  de  n'serve,  chacun  avec  ses 
capitaines,  ses  commandants,  ses  généraux  menant  leur  ordre  de  bataille  contre 


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REVUE  DE  L  .ywnnTBCTURE  ET  DES  TR.WAl'X  PUBLICS. 


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Cctt  Andaaaatt  dm  leare  fines  qw  les  •colpteors  de 
ces  statues,  coaune  toas  eeax  do  vaèmt  siècle,  ool  pris  les 
aanaiistionset  tes  anritats  des  psswioiw,' représentées  pns- 
qas  loajoars  rnb  k  figure  dTsai— ui  ;  et  une  raBsrqoecii- 
riease.  c'est  que  soreestoareDes  de  Saioi-Denys,  siasiqa'i 
Notre-Duw  de  Psrïs,  à  MoisBac,  à  Pool  à-MoMSOo.  à 
llootiDoritioo,  etc.,  les  péchés  capitanx  eax-mêaMS  ne  sont 
pss  tous  qiècifiqneineDt  rqtrodoiu  :  afin  de  rendre  kmrs 
figores  pins  explicites,  plus  directes  et  par  contéqacal  plus 
pnti^MS.  OD  T  a  substitué  à  quelqaes-ai»  des  ttft  pMté» 
telle  on  telle  dériTatioo  pins  spéciale  et  plus  comnone.  Qoel 
détracteur  s'arooe  toujours  à  lai-mëme  le  licbe  soMiment 
d'envie  qui  inspire  et  dicte  ses  discours?  (loel  osnrier  et 
qnd  cupide  cooTieonent  de  leur  aTariee,  et  quels  buTenrs  se 
croient  gourmands?  Au  lieu  donc  de  sculpter  fEs^,  on  a 
■0atré  parmi  les  rices  sa  fille  aioée  la  Mnctiom  :  à  la  place 
de  r ATarice,  on  a  figuré  la  Rapiae  et  TÀmpmr  ié$»rdmmé  iet 
Km*  temporels,  et  an  lieu  de  la  Gourmandise,  on  a  mis  ses 
dériTatioos.  kt  Seiu9alit/et  Tlmgnrrie.  Ce  priocipe  est  mis 
en  pratique  d'une  extrémité  à  fautre  du  moyen  âge  :  on 
âëcle  avant  l'érection  des  tourelles  de  Saint-Denys,  un  Bes- 
tiaire anglo-nonaand,  cdnî  de  Philippe  de  Tbaun,  comptait 
memf  péchés  capitaux  : 


<  ...  \of  péchés  ciiminals 

>  Par  quel  huoi  est  irmlals 
»  Cœ  est  adulleriom 

>  E  le  altre  fomicatium, 
»  Superb?,  aTerioe, 


>  Injurie,  malrds  vice, 

>  Le  siste,  detraciun, 

>  Le  vn,  omicidium, 
»  Usarp,  ebrieUis, 

•  TutccDoiait  Sathanas...» 


Et  pourtant,  dans  cette  énumératioo,  le  nom  du  péché  de 
Golëre  n'est  même  pas  articulé  :  on  y  voit  à  sa  place  Ylmjmrie 
et  rOMtndtnai,  deux  résultats  qui  le  traduisent;  la  Gour- 
mandise  est  ans»  remplacée  par  VEbrirtas,  la  Luxure  par  le 
Fonûmtimm  et  YAdtUUrimm;  enfin  l'Usure  est  mentionnée, 
quoique  F  Avarice  le  soit  déjà. 

Nous  avons  dit  qu'à  Saint-Denjs,  comme  partout  au  moyen 
âge .  les  rôles  des  péchés  mortels  sont  donnés  à  des  animaux. 
L'histoire  a  compté  quelques  hommes  qoi  ont  eu,  au  nom 
de  la  folie,  le  droit  de  parler  seuls  aux  princes  le  langage  de 
la  raison  ;  telle  est  en  on  sens  h  tùasioa  de  ces  noostres 
dont  l'espèi-e  n'est  nulle  part  hors  de  ces  fictions  lapidaires; 
miroirs  véridiques  des  âmes  et  réflecteurs  inexorables  de  leurs 
maladies  intérieures.  Biea  n'est  plus  multi{>iié  dans  l'art 
chrétien  du  moyen  âge  que  ces  parodies  de  la  vie  humaine 
vue  de  son  plus  mauvais  c6té.  Dans  les  basiliques  ainsi 
ornées,  plus  d'an  cbréUeo  dëgMré,  eo  voyant  ks  traits  de 
la  brute  figurer  ses  vices  aamilB,  et  tes  monstres  tes  plus  dif- 
formes retracer,  par  le  spectacte  de  leur  victoire  sur  l'homme, 
l'état  de  d^radation  où  il  se  trouvait,  dut  parfois  frapper  sa 
poitrine  et  pousser  vers  le  ciel  le  cri  de  Jouas  (1).  Noos 


avons  Bcnité  Hem  des  fois  de  eas 
coatohaot  tes  Itestiaires  et  les 
ces  groopes  où  nvtre  ignorance  n'a  vn  tenglemps 
groteiqoes.  dos  pères  traovateat  aotrefois  ■■  «a 
nrnnrinKtt  i  rasage  des  Btettiés.  tefoa  ékqwMs 
qui  devait  remuer  les  cnws.  Aoasi  variés  que  tes 
embièmes  sont  infinis,  et  dans  cette  triste 
n'a  appete  sor  nos  lèvres  «■  soorire  de 

Pour  coaqwendre  Fesprit  d*eiisembte  de 
Pfckét,  0  suffit  de  lire  ces  igaes  de  Ton  des 
Boéce  écrivait  au  roMmuMiininl  dn  v*  nècte  : 


des 
ide 


et 
vîees. 


de 


b  paad  tatfi  des  Vertas,  «  s' 
(I)  CbMm  4e  tritvbboM  Mft  ad 


.il 


«  Celui  que  toos  voyex  altéré  dans  sa  nature  et  eomas 
■  transformé  par  te  vice,  vous  ne  te  poorriex  prendre  poar 

•  -• ' *- r  ti  nipii loi rrotn  rtr  rhiwsBilf ,  ilina sou  ûmi 

»  exiérieor,  ne  vous  sMMtraitqu'il  aélé  homase.  BrW  do  h 

•  smf  de  Tor,  ravit-il  par  la  force  te  hiea  d'aotmi?  Toas  te 

•  direx  pareil  au  loup.  Andadem,  ia^tiloyabte  et  ssas  se 

•  donner  de  repos,  consacre  t-il  sa  booche  à  la  qnereUe  et 
»  aux  procès  ?  Vous  te  comparez  an  chien.  Habite  i  cacher 

>  sa  rase  se  complalt-il  eo  ce  qu'il  tient  par  la  fraade?  Il  oat 

•  r^al  du  renard.  Livré  i  l'intempéFaoce  de  te  colère? 

•  Cest  un  lion.  Peureux,  soit-il  ea  trcsabbiit  aa  bMAam? 
»  Qu'on  le  tieime  pour  un  cerf.  Lent,  stapide  et  dons  te  (or- 

>  peur?  Il  vit  en  âne.  Léger  et  inconstant,  chaage4  il  iaoeo- 

•  sanuneat  de  goûts  ?  Il  resseabte  à  Foiaesii.  Pteagé  dsM 

•  l'immondebourbierdes  plaisirs?  Il  est  possédé  portessates 
»  jouissances  du  pourœao.  Cest  ainsi  qae  Fteimmti,  ca 
a  abandonnant  la  vertu,  se  change  réeUesMot  en  hèle  (I).  • 

Piérius,  au  xv«  siècte,  reproduit  te  même  peasée  :  a  Toot 
a  homme,  dit-il,  n'est  point  *»«y»Tr*.  mais  celui  qui  s'a 
a  an  vice  est  réellement  nn  kootaw-cbeval  (I 
a  est).  Placé  dans  un  rang  hooorabte. s'il  imitetea  i 
a  il  devient  un  komuite-jmmaU,  car  il  est  — «'«'«fr'r  i  te 
a  brute,  comme  te  race  de  vipères  qoe  te  Seig 
a  ainsi,  se  composait  d'tfia  ryîrfi(^  »  Amai  s'< 
Piérius,  et  l'idée  placée  soos  te  plnoie  de  ces  ( 
vivant  à  onze  siècles  de  distance,  l'un  au  miliea  da 
âge,  l'autre  tout  à  fait  en  deçà,  se  lit  exacteareat  te  i 
avec  encore  plus  d'extension,  dans  tous  les  ëcrivaias  chré- 
tiens qui  fleurirent  dans  rintervalte  entre  Boéee  et  flftiai 
La  zoologie  presque  entière  vient  figurer  dans  kart  traités 
avec  les  allusions  multiples  qu'elte  a  avec  tes  Septpétàés. 
Partout,  les  mêmes  harmonies,  congacrfcs  et  volgarisées, 
rattachent  le  même  animal  à  te  peaaéo  da  mêaae  vice:  ces 
relations  passent  dans  l'art  et  resteat  dans  tontes  ses 
oeuvres;  si  l'on  voit  les  progrès  de  te  statuaire 


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REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


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d'époque  en  époque  l'appareil  de  leur  mise  en  scène  (1),  leur 
esprit  ne  change  jamais. 

Les  transformations  dont  parle  Boëce  sont  représentées  à 
la  lettre  sur  les  tourelles  de  Saint-Denys.  L'homme  plus  ou 
moins  transformé  en  bête  par  l'habitude  du  péché,  telle  est 
la  scène  variée  qui  en  forme  l'ornementation. 

Parmi  ces  trente-deux  statues,  deux  représentent  l'homme 
intact,  et  gardant  sans  altération  la  dignité  de  sa  nature  : 
l'une  est  un  très-jeune  novice,  l'autre  est  un  religieux  profès. 
Dans  la  personne  du  novice,  la  première  des  statues  selon 
l'ordre  que  nous  croyons  devoir  adopter  (2),  l'homme  est 
tenté,  résiste  et  lutte  :  dans  celle  du  moine  profès,  la  der- 
nière de  la  série,  on  le  voit  calme  et  triomphant.  Les  trente 
autres  semblent  figurer  les  ennemis  qui  vont  tour  à  tour 
l'assaillir,  et  qu'il  devra  longtemps  combattre.  Us  repré- 
sentent des  péchés  envahissant  plus  ou  moins  l'âme,  figurée 
par  la  tête  humaine  et  parle  corps,  disparu  sous  l'enveloppe 
de  la  brute.  Cette  enveloppe  fantastique,  c'est  en  quelque 
sorte  une  boîte  façonnée  comme  un  animal;  là  où  elle  en- 
ferme tout  l'homme  on  ne  voit  plus  rien  que  la  bête,  sub- 
stituée à  l'être  humain  :  mais  quand  l'homme  garde  sa  tête 
et  parfois  plus  ou  moins  du  buste,  cette  partie  non  trans- 
formée sort  et  se  dégage  de  l'autre  comme  d'une  gaîne  on 
étui  (3);  l'artiste  a  voulu  faire  entendre  que  ce  masque  d'i- 
gnominie peut,  selon  le  progrès  de  l'âme  dans  le  mal  ou 
dans  la  justice,  s'étendre  jusqu'à  l'ensevelir  tout  entière 
dans  i;a  dégradante  prison,  ou,  s'efTaçant  en  sens  inverse, 
se  retirer  de  sa  personne,  comme  un  vêtement  inutile  qu'on 
laisse  tomber  à  ses  pieds. 

Ces  pécheurs  ainsi  distingués,  mais  pourtant  confondus 
ensemble,  forment  donc  moralement  deux  ordres  distincts  : 
l'homme,  encore  tel  par  quelques  membres;  c'est  le  premier 
degré  du  mal  :  on  le  voit  devenu  centaure,  onoceiitaure,  etc. , 
mais  gardant  d'humain  la  poitrine,  foyer  du  cœur  et  du 
courage,  et  la  tête,  réputée  le  siège  de  l'âme;  par  ces  fa- 
cultés qui  lui  restent  il  peut  encore  se  reconnaître,  rougir  de 
lui-même  et  prier  :  on  peut  ranger  parmi  ce  nombre  la 


(1)  On  voit,  en  effet,  (îu  v  au  xiii»  siècle,  ces  animaux  tli'vorer  l'homme 
ou  ronger  son  corps  tout  vivant:,  dans  le  cours  du  xiii«  siècle,  au  xiv«  et  au 
XV',  l'homme  lui-même  devient  brute  plus  ou  moins  intégralement,  selon  le 
degré  d'ascendant  que  le  mal  a  pris  sur  son  âme  :  vers  la  fin  du  xv«  siècle  et 
dans  tout  le  cours  du  suivant,  les  péchés  ne  sont  plus  des  bètes,  mais  des  per- 
sonnages humains  dans  le  costume  do  l'époque,  et  exécutant  divers  rôles  dans 
des  scènes  d'intérieur  sculptées  avec  gaieté  et  grâce,  mais  aussi  avec  une  li- 
cence et  un  sel  de  causticité  qui  mettent  trop  souvent  les  rieurs  du  côté  du 
vice. 

(2)  Nous  procédons  de  gauche  à  droite,  commerçant  par  la  tourelle  nord- 
ouest  où  est  cette  statue  du  novice,  puis  par  les  tourelles  nord-est,  sud-est, 
et  enfin  par  celle  du  nord-ouest  où  est  la  statue  du  religieux. 

(3)  Cette  disposition  n'est  pas  sensible  sur  tous  nos  dessins;  on  peut  l'ob- 
server néiinmoins  sur  les  sujets:  8  (tourelle  nord-est),  11  et  12  (tourelle  nord- 
est),  23  (tourelle  sud-ouest),  et  on  la  voit  très- apparente  sur  le  sujet  19  (même 
tourelle),  du  côté  opposé  à  celui  que  rend  le  dessin  ;  il  faut  pour  cela  être 
placé  à  une  fenêtre  faisant  face  à  l'abside  de  la  basilique,  dans  l'un  des  bâti- 
ments claustraux.  Même  remarque  sur  le  sujet  30  (tourelle  sud-ouest):  cet 
agencement  était  três-apparent  du  sommet  des  échafaudages,  où  le  sujet  était 
aperçu  par  derrière  et  d'où  l'on  voyait  la  draperie  qui  enveloppe  le  cou  en- 
tièrement relevée. 


femme-poissoi),  la  femme-chhre,  la  femme -chatte,  V  i/omme- 
barbet,  V  homme-canard,  Y  homme-lion,  etc.  Le  second  et  der- 
nier ordre  comprend  ceux  qui  vivent  sans  règle,  secouant 
toute  retenue,  et  sans  souvenir  de  leurs  fins;  ils  subissent  à 
ce  degré  une  transformation  complète  :  vainement  on  cher- 
cherait l'âme,  ils  n'ont  rien  conservé  de  l'homme,  et  dans 
ce  qui  reste  d'eux-mêmes  on  ne  voit  plus  que  l'animal. 

Rongés  par  le  temps  et  la  mousse,  usés,  noircis,  criblés 
de  trous,  tous  ces  personnages  hybrides  et  par  conséquent 
hors  nature,  si  l'on  en  excepte  deux  seulement,  ont  du  mou- 
vement, de  la  vie,  de  la  souplesse  dans  les  poses  et  une 
grande  animation  ;  si  on  en  a  vu  dans  le  religieux  et  dans  la 
statue  du  novice,  il  y  en  a  aussi  dans  le  reste,  surtout  dans 
les  statues  de  femmes,  oîi  le  naturel  et  la  grâce  ressortent 
avec  avantage  des  attitudes  contournées  qu'il  a  fallu  leur 
assigner.  L'esprit  de  satire  et  de  charge  n'est  pas,  malgré 
les  apparences,  le  caractère  dominant  de  cette  réunion  de 
types;  il  y  en  a  bien  quelque  nuance  dans  le  Bttreur.  le 
Sensuel,  dans  la  B('le  encapuchonnée  moitié  ciiienne  et  moitié 
pourceau;  il  y  a  bien  motif  à  sourire  dans  la  Coquette 
surannée,  dans  la  'Syrène  à  sa  toilette  et  dans  la  Relifiieiise 
chatte  en  qui  s'unissent  sous  le  voile  et  sous  la  guimpe  à  plis 
serrés  la  mollesse  des  habitudes,  la  malice  aidée  de  l'astuce, 
l'impassibilité  du  front  :  mais  le  sérieux  se  révèle  à  l'obser- 
vation sous  ces  dehors  un  peu  comiques,  et  dans  chacun  de 
ces  emblèmes  on  voit  un  grave  commentaire,  une  utile  mo- 
ralité :  ce  sont  la  maigreur,  la  misère  empreintes  sur  les  traits 
du  buveur,  l'expression  sournoise  et  féroce  donnée  au  regard 
de  la  chienne,  les  pieds  de  cheval  et  de  singe  prêtés  à  l'homme 
dissolu,  le  regard  ll.xe  et  allumé  du  vieillard  devenu  cen- 
taure, enfin  les  hideux  caractères  de  plusieurs  d'entre  ces 
sujets.  Là,  chaque  animal  est  hybride  et  chaque  membre  a 
son  motif,  l'oint  de  mains  à  ces  êtres  brutes,  qui  ont  perdu 
jusqu'aux  moindres  traits  de  la  noble  essence  de  l'homme, 
mais  à  tous  des  pieds  ou  des  pattes,  pieds  bisulques  des 
ruminants  ou  pieds  cornés  des  solipèdes,  pattes  des  animaux 
rongeurs  ou  des  espèces  carnassières  et  serres  des  plus  re- 
doutables et  des  plus  rapaces  oiseaux  :  pour  tête,  un  objet 
monstrueux  rappelant  souvent  à  la  fois  plusieurs  genres  de 
mammifères,  le  renard,  le  loup,  la  hyène,  le  singe,  l'âne, 
le  pourceau  :  à  plusieurs,  la  queue  de  la  poule,  de  la  vipère 
ou  du  dragon,  remarquablement  écourtée  et  peignant  par 
ce  caractère  l'excès  de  l'abrutissement.  Tons  sont  dirigés 
vers  le  sol  en  siyne  de  leur  déchéance  ;  leur  attitude  est  inva- 
riablement accroupie,  c'est  celle  de  la  grenouille,  dont  plu- 
sieurs possèdent  le  corps.  La  menace  ou  un  cri  quelconque  sort 
de  l'efl^royable  hiatus  de  toutes  ces  gueules  ouvertes,  ce  qui, 
dans  la  statuaire  mystique,  est  propre  aux  sujets  doctrinaux, 
c'est-à-dire,  qui  par  essence  renferment  un  enseignement. 
Enfin  la  plupart  ont  des  ailes,  et  les  ailes,  pour  l'ordinaire, 
marquent  l'essor  de  la  prière  et  la  réunion  des  vertus;  mais 
les  vertus  n'habitent  point  dans  le  réceptacle  des  vices,  et 
pour  l'âme  ainsi  dégradée  il  n'est  pas  commun  ni  facile  de 
trouver  les  aspirations  qui  rouvrent  les  portes  célestes ,  c'est 


77 


HEVUE  DE  LARCFIITECTIRE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


78 


ce  que  dénotent  ces  ailes  courtes,  dont  l'autruche,  les  pal- 
mipèdes et  différents  oiseaux  de  ferme  ont  fourni  seuls 
l'assortiment. 

En  nous  plaçant  sur  le  terrain  de  la  Zoologie  mystique, 
nous  savons  que  notre  langage  sera  accueilli  sans  surprise  de 
ceux  qui  ont  lu  les  Écritures  et  scruté  les  auteurs  sacrés.  Mais 
il  n'en  saurait  être  ainsi  de  ceux  qui  n'ont  point  lu  les  Pères 
ni  les  auteurs  du  moyen  âge,  qui  en  sont  les  fidèles  échos, 
et  nous  devons  craindre  de  rencontrer  parmi  ceux-là  un  cer- 
tain nombre  d'incrédules.  iMais  disons-le-leur  bien  ici  :  quoi- 
que nous  n'ayons  point  à  nous  ranger  pour  ou  contre  la  Sym- 
bolique chrétienne  du  moyen-âge,  mais  uniquement  à  la 
constater,  nous  ne  pouvons  taire  pourtant  que  tout  en  elle 
a  son  principe,  qu'on  n'y  trouve  rien  d'arbitraire,  et  qu'il 
ne  faut  point  s'étonner  de  voir  unis  dans  son  domaine  tels 
sujets  et  telles  idées  sans  analogie  propre  à  ressortir  tout  d'a- 
"bord.  Ces  assimilations,  qui  n'ont  pas  laissé  d'être  consacrées 
et  reçues  pendant  plusieurs  siècles,  ont  des  causes  très  ré- 
pandues, vnlgaires  môme  à  leur  époque,  bien  qu'elles  soient 
perilues  de  vue  et  connue  effacées  aujourd'hui.  Le  principe 
fondamental  et  la  source  la  plus  féconde  des  significations 
morales  attribuées  aux  animaux  sont  des  textes  de  l'Écriture 
expliqués  uniformément  dans  ses  nombreux  commentateurs; 
ayant  acquis  force  de  loi  et  plus  sacrés  que  les  proverbes  dont 
ils  partageaient  l'énergie,  la  vogue  et  la  publicité,  ils  rem- 
plissent au  moyen  âge  les  sermons  et  les  homélies,  les  œu- 
vres des  théologiens  et  les  liturgistes,  et  on  les  voit  partout 
dans  l'art.  Alors  ils  régnent  dans  la  science,  ils  s'infiltrent 
dans  le  langage  et  tiennent  une  grande  place  dans  tout  ce 
que  laisse  ce  temps.  Leur  empire  sur  la  pensée  s'étend  dans 
cette  période  jusqu'aux  mensonges  du  sommeil.  Ricliaume, 
abbé  cistercien  (1),  rêvant  au  fond  de  sa  cellule  d'une  poule 
grattant  la  terre,  d'un  chien  aboyant  et  d'un  coq,  ne  lit 
dans  ces  illusions  vaines  qu'un  avertissement  d'en  haut  pour 
réveiller  sa  négligence,  parce  que  ces  trois  hiéroglyphes  fi- 
gurent les  prédicateurs,  les  gardiens  et  les  pasteurs  d'âmes. 
Du  v"  au  xvi"  siècle,  on  voit  ces  idées  reproduites  dans  de 
merveilleuses  légendes  et  dans  les  visions  fantastiques  d'O- 
thlon  (2),  de  Wettin  (3),  du  moine  Robert  ou  Henri  (4), 
de  Tundal  (5),  du  frère  Albéric  (6),  de  Karl  le  Chauve  (7), 
d'Adam  de  Ros  (8),  etc.,  qui  ont  inspiré  tant  d'œuvres  d'art 


(1)  U.  Itii'lialini  abbatis  Spcci(Kun  Vallù  in  Franconia,  Libor  RcTelatioDum, 
cap.  6(). 

(2)  Otbionis  monaclii  RatisboiiensiM,  Liber  Visionum  lùiu  siiarum  tùm 
alioruni.  Apud  liornarduiii  Pez,  Thésaurus  aoecdolarum  norissiinus,  toia.  3. 

(3)  Hiiiio  par  Walufricl.  Acla  sanctorum  ordini.i  sancti  Beocdicti,  socl.  4, 
part.  2,  pag.  363. 

(i)  tEuvrcs  de  Marie  de  Franco,  tom.  S.  —  Vincentii  BcIIut.,  lib.  ii,  diM.  i, 
pars  4.  /)('  Inferno.  —  Mathieu  Paris.  —  Jean  de  Vilry.  —  M.  Wrigbt,  S,  l'a- 
Irik's  Purgatory. 

{.'S)  Ou  Taninle.  —  Vincent.  Uellovac.  spec.  mor.,  I.  ii,  dist.  i,  part.  4.  De 
Inferno.  —  Turnbull.  Tlie  V'isione  of  Tundale...   Edinburg,  !Ji43. 

(0)  Ëcrite  au  .Monl-Cassin,  au  xii-  siiVIe,  sons  la  dicti'e  du  moine  Albéric. 
Publie  à  Itunie  en  1811,  par  r.ibbi'  Canrellicri. 

(7)  Vincent.  UcUov.  S^tx,  iiwr.  J9«  Ittftnt». 

(8)  Intitulée  :  La  deseenle  de  S.  Paul  en  enfer,  tradition  rédige  en  latin  au 
XI»  siOclc. 


dans  toute  TEurope  clirétienne.  Là  vieuneot  figurer  eu  foule 
tous  ces  dragons,  tous  ces  griffons,  tous  ces  aspics,  toiM  ce* 
reptiles,  tons  ces  monstres  imaginaires  ^i  désignaient  eo 
même  temps  les  vices  de  Tbomme  en  ce  monde  et  les  tour- 
ments des  réprouvés  dans  les  géhennes  infernales.  Dé»  la  fin 
du  xii*  siècle,  les  allusions  les  plus  communes  des  trois  rè- 
gnes de  la  nature  sont  classées  dans  des  catalogues  et  des 
traités  particuliers  pour  l'utilité  des  artistes  et  pour  les  lec- 
teurs placés  en  dehors  de  ce  qu'on  nommait  la  dergie  ^1;, 
Telle  est  l'origine  des  Desliniret,  des  Volucrairet,  des  L»- 
liidaireg,  etc.,  dont  on  trouve  encore  un  bon  nombre  parmi 
les  manuscrits  latins,  romans,  anglo-normands,  tudesques, 
gardés  dans  toutes  les  bibliothèques  savantes  de  l'Europe, 
à  Paris,  à  Londres,  à  (Cambridge,  à  Oxford,  à  Amsterdam, 
â  Berlin.  La  plupart  sont  dus  à  des  derrti,  comme  celui  de 
la  Bibliothèque  royale  traduit  en  roman  d'une  œuvre  latine 
du  clerc  Guillaume.  Tous  citent  surtout  la  (ienèse,  So/a- 
moHs,  Isaïas,  Jérémias,  S.  Fol,  Bede,  Ysidrus  {S.  biJore 
de  Séville),  très-souvent  Aristote  et  Plinias  (Pline),  pres- 
que tous,  cl  i)ar  dessus  tout,  un  traité  qu'ils  désignent  unani- 
mement sous  le  titre  de  Phij»ioh<jug,  œuvre  qu'on  n'a  point 
retrouvée,  dont  on  ne  connaît  point  l'auteur,  et  qui  a  inspiré 
bien  des  conjectures.  Nos  recherches  personnelles  â  cet  égard 
nous  ont  mise,  il  y  a  peu  de  jours,  sur  la  trace  d'un  docu- 
ment qui,  s'il   n'est  pas  irréfragable,  est  du  moios  une 
présomption  mieux  appuyée  que  quelques  autres  touchant 
l'auteur  problématique   de  ce  précieux  Physiologue.   Ce 
document  est  une  lettre  écrite  en  latin,  adressée  de  Zurich, 
en  15G5,  par  Conrad  Gesner  (2),  surnommé  le  Pline  de 
l'Allemagne,  au   numismate    Adolphe   Occo  (3),  résidant 
alors  à  Augsbourg,  et  qu'il  appelle  doctissime.  Dans  cette 
lettre,  par  laquelle  l'auteur  dédie  à  Occo  son  Corollaire  de  la 
traduction  latine  d'un  opuscule  grec  de  S.  Épipbane  sur  les 
douze  gemmex  du  Rational,  Gesner  exalte  la  profonde  éru- 
dition de  ce  Père,  non-seulement  dans  les  saintes  lettres, 
mais  dans  les  sciences  naturelles,  et  confie  k  son  ami  qu'il 
possède  une  autre  œuvre  rare,  inédite  encore,  et  manoscrite 


(1  )  L'ignorance  des  chose*  sainte*  était  gruide  parmi  ceux  fii  a'^ 
clerci.  On  lit  dans  U  Bitstiairtt,  maoïucht  du  xiii<  u^le,  §uéi  à  h  L 
lliéque  Itoyale,  à  la  suite  du  h'-cit  de  l'ÉTaagifo  da*  Ti|M*aa*  iMrii  Mr  le  méet 

(le  famille  pour  aller  travaillera  sa  vigae: 


Ice  ke  Ht  ealeoc  et  roi  : 
U  prcodoo  ki  al  poiai 
Mis(  1rs  ouvrcn  «■  *m  I 
Seaefie  le  roi  de  glora 

>  •  ae*  «nnm  vidon,  «c  > 

(Foi.«  H,  «ma.) 


>  Or  ares  oi  levrangile  : 

>  Me*  ne  sares  ke  senefle 

•  Plusior  de  vos  se  clerc  ne  wot 

•  U  *e  de  dere  appris  ne  lool, 

•  Me*  ie  to*  dirai  en  droit  m«i 


(S)  Coorrad  Gesner.  n)<<deciii  de  protkssioa,  taTanl 
iwssionnë  et  naturaliste  ctilèbie,  n^  à  Zurich  en  ISI0.  Au  |^ 
prodige  d'application,  de  «cieace  et  denfadW.  St»fnméf»mx* 
un  Calalogm  dM  piaule*  m  quatre  !■■(««•,  te  BMmAifi 
i/itlMrtdti  mimmur.  de*  tndneliaM ea  lufM  htiae  d«i 
grecs,  de*  Trut<^  de  philosophie  et  d'aatrai  «ntra*  «cMilfaM.  n  i 
quarani*  utiaf  Ma,  i  Zorirh,  en  ISK. 

(3)  Adolphe  Oeeb,  d'I^hre  namisaai*  mé  ea  I8M  à  Aa^èoari^  •■■  te 
('..  (îesner  et  médecin  comme  lui,  est  l'antear  d'aae  Ptmrmtmufit,  <i.iiaai  It 
module  de  ton*  le*  ooTraie*  de  ce  |«Bre.  U  Boaral  «a  Mt. 


79 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS 


80 


d'Épiphane,  intitulée  Pliysiologns  :  nomenclature,  ajoute-t-il, 
aussi  savante  qu'ingénieuse  de  trente-neuf  animaux  dont  la 
nature  y  est  décrite  avec  leurs  allusions  mystiques.  Il  an- 
nonce ensuite  ;ï  Occo  qu'il  se  propose  d'en  entreprendre  et 
d'en  publier  la  traduction,  et  le  prie  de  faire  d'activés  re- 
cherches dans  le  catalogue  manuscrit  du  patriarche  Photius, 
que  lui-même  a  vu  jadis  à  Augsbourg  dans  la  riche  biblio- 
thèque de  Jacques  Fugger  (1)  son  protecteur  et  son  ami  : 
«  afin,  dit-il,  de  vous  assurer,  à  l'article  des  écrits  de  S. 
Épiphane  (2),  si  le  traité  des  Douze  (femmes  et  le  Physiologus 
en  question  sont  aussi  attribués  à  S.  Epiphane  par  l'auteur 
de  ce  catalogue;  par  là,  je  serais  confirmé  dans  la  certitude 
que  j'ai  déjà,  que  ces  ouvrages  sont  de  lui  (3\  » 

La  mort  frappa  Conrad  Gesner  cette  même  année  au  sein 
de  ses  savants  travaux  et  parmi  ses  papiers  épars,  dans  son 
cabinet  où  il  s'était  fait  porter  mourant  pour  mettre  en 
ordre  ses  ouvrages.  Il  paraît  à  peu  près  certain  qu'il  n'eut 
pas  le  temps  de  traduire  et  de  publier  le  Physiologue  ma- 
nuscrit ,  mais  cette  œuvre  avait  passé  à  travers  bien  des 
générations  et  par  bien  des  mains  avant  d'arriver  dans  les 
siennes.  Philip  deThaun,  auteur  d'un  Bestiaire  auxii»  siècle 
et  Li  lirreÈ  des  natures  des  Bestes,  manuscrit  de  l'Arsenal 
écrit  au  xni%  semblent  calqués  directement  sur  l'ouvrage 
grec  de  S.  Épiphane,  car  ils  signalent  dans  leurs  articles, 
avec  la  mention  continuelle  du  Physiologus  qui  les  guide,  les 
noms  en  griu  ou  en  griois  (en  grec)  de  chaque  animal  mis 
en  scène  :  «  ...est  son  nom  en  griois;  ne  saurais  le  dire  en 
français,  dit  souvent  Li  livres  (4);  et  ces  Bestiaires  em- 
pruntent aussi  explicitement  à  leur  Physiologue,  non  seule- 
ment l'histoire,  la  description,  la  légende  quelquefois  fabu- 
leuse des  animaux,  mais  leur  Symbohque  chrétienne,  mo- 
ralité toujours  écrite  dans  un  style  trèï-ascétique,  avec  des 
menaces  de  maie  fin,  de  fu  d'enfern.  d'estre  mes  en  la  poésie 
au  Deahie,  discours  toujours  accompagnés  de  pressantes 
invitations  à  la  conversion. 


1 1)  J.  Jacques  Fugger,  célèbre  bibliophile,  avait  rassemblé  à  grands  frais,  à 
Augsbourg,  où  il  faisait  sa  résidence,  une  riche  bibliothèque  dont  Jérôme  Wol- 
fius  a  été  après  lui  le  conservateur.  Auteur  lui-même,  il  a  laissé  2  gros  vol. 
in-fol.  intitulés:  ■  Vraie  description  historique  de  la  maison  de  Habsbourg  et 
d'Autriche,  i^a.  •  Le  manuscrit  de  cet  ouvrage  est  enrichi  de  plus  de  30,000 
figures  d'armoiries,  sceaux,  portraits,  etc. 

(2)  S  Épiphane,  èvèque  de  Constantia  (Salamine)  dans  l'île  de  Chypre  vers 
la  fin  du  iv«  siècle,  composa  un  grand  traité  des  hérésies  intitulé  Panariou  : 
r  Ajicyrotos  ou  Ancoral,  ouvrage  sur  la  Trinité  ;  un  livre  des  poids  el  des  me- 
sures; un  traité  sur  les  Douze  gemmes  de  l'habil  du  grand  pontife  des  Juifs  ;  le 
Physiologtie;  une  lettre  à  Jean  de  Jérusalem,  et  une  à  S.  Jérôme.  (Diction- 
naire historique  des  auteurs  ecclésiastiques,  tome  le'.  Lyon,  chez  la.  veuve 
Bessiat,  éditeur.  1768.)  » 

(3)  Cette  lettre  est  imprimée  dans  l'édition  grecque  latine  du  Traité  des  XII 
gemmes,  coté  à  la  Bibliothèque  royale  sous  le  n»  C.  243,  et  intitulé  :  .  Sancti 
Patris  Epiphanii  episcopi  Cijpri  ad  Diodorum  episcopum,  de  XII gemmis  quœ 
erant  in  veste  Aaronis...  Jola Hieorotarantino  interprète,  corollario  Conradi 
Gesneri.  ïiguri,  1566.  « 

(4)  As  en  Griu  venim  est,  Dunt  aspis  nomen  est... 

Honocrotalia  En  griu  itel  nun  ha,  en  latine  sermun  Çeo  est  lignum  costrum. 

En  Francis,  lun-bec  est... 

Monosceros  Griu  est.  En  Francis  Uncorn  est.,  etc.    (Philip  de  Thaun,  The 
Bestiary,  p.  81, 103, 115.)  Ce  poëte  cite  encore  les  noms  grecs  des  bêtes,  nae  73 
84, 87, 94,  etc.  ^'     ' 


C'est  donc  pour  nous  une  question  suffisamment  résolue 
que  celle  du  vrai  nom  de  ce  Physiologue  qui  a  exercé  depuis 
dix  ans  tant  de  plumes  laborieuses.  Quant  à  l'emprunt  fait 
par  tous  les  Bestiaires  aux  sources  sacrées,  c'était  pour 
nous  un  fait  prouvé  avant  que  nous  eussions  pu  parcourir  ces 
curieux  ouvrages,  et  que  la  lettre  de  Gesner  fût  tombée 
entre  nos  mains.  Notre  Zoologie  mystique  était  déjà  toute 
achevée  d'après  les  Écritures  seules,  quand  nous  avons  pu 
obtenir  et  scruter  plusieurs  Bestiaires.  Du  reste,  et  noua 
n'en  doutions  point,  la  concordance  s'est  trouvée  parfaite 
entre  les  éléments  de  leur  symbolique  et  tous  nos  travaux 
antérieurs.  Les  trois  que  nous  avons  choisis  pour  appuyer 
nos  jugements  sur  les  statues  qui  nous  occupent,  appar- 
tiennent, l'un  à  la  première  moitié  du  xii"'  siècle,  l'autre  au 
commencement  du  xiii»  et  le  troisième  à  son  déclin.  C'est  à 
notre  Zoologie  inédite,  justifiée  par  ces  recueils  et  basée  sur 
bien  d'autres  sources,  que  nous  demandons  le  secret  des 
mystérieuses  leçons  attachées  aux  tourelles  de  Saint-Denys. 
Nous  n'emprunterons  à  son  texte  qu'un  extrait  de  quelques 
articles  spécialement  applicables  à  ces  personnages  hybrides 
par  l'explication  qu'ils  contiennent  des  animaux,  dont  trois, 
quatre,  quelquefois  cinq  en  même  temps  ont  fourni  à  chaque 
statue  des  meirbres  significatifs.  On  va  donc  voir  sous  leurs 
iuiages  un  examen  de  conscience  énumérant  les  plaies  nom- 
breuses cachées  au  fond  du  cœur  humain.  L'art  hiératique 
fut  moral  autant  que  l'est  le  Décalogue,  autant  que  le  sont 
les  canons  pénitentiaux  des  conciles,  quand  il  exposa  aux 
regards,  sous  des  emblèmes  dégradants,  les  plus  abrutissants 
des  vices  :  ceux  même  qui,  selon  l'apôtre,  ne  devraient  pas 
être  nommés  parmi  les  chrétiens  (1),  le  sont  pourtant  dans 
ses  écrits,  justification  suffisante  de  ces  piloris  en  sculpture 
dressés  plus  tard  sur  chaque  église  pour  signaler  avec  oppro- 
bre et  flétrir  ces  honteux  écarts.  Sur  vingt  deux  bêtes  dir 
verses  rassemblées  autour  des  tourelles,  treize  représentent 
à  Saint-Denys  ces  vices  ignominieux  pris  à  difl"érents  points 
de  vue.  Nulle  imagination  réglée,  nous  l'osons  dire  par 
avance,  ne  s'off"ensera  à  coup  sûr  de  cette  liberté  brutale, 
mais  pourtant  chrétienne  et  sévère,  des  œuvres  d'art  de  nos 
aïeux,  et  nulle  oreille,  si  elle  est  chaste,  ne  se  déclarera 
blessée  par  les  mots  franchement  techniques  qui  ont  à  les 
préciser  ici. 

Dans  l'impossibilité  où  nous  sommes  d'assigner  une  clas- 
sification méthodique  aux  vingt-six  paragraphes  qui  vont 
composer  ce  petit  traité,  nous  les  offrirons  au  lecteur  par 
simple  rang  alphabétique.  On  trouvera  dans  cet  aperçu  une 
espèce  de  Bestiaire  auquel  on  pourra  recourir  pour  y  con- 
fronter ultérieurement  nos  solutions  sur  les  statues,  et  qui 
sera  aussi  pour  elles  une  sorte  de  garantie  et  une  justification. 

Voici  la  nomenclature  de  ces  articles  : 


1.  Ailes. 

2.  Ane  et  Onocentaure. 

3.  Autruche. 


b.  Bélier. 

Bouc  [v.  Pourceau). 
Centaure  (y.  Cheval). 


(1)  Ephes.  V.  3. 


SI 


REVUE  DR  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


82 


5.  Chameau. 

6.  Chat. 

7.  'Chauve-Souris. 

8.  Cheval  elCentaore. 
Chèvre  («.  Pourceau). 

9.  Chien. 

Cornes  (c.  Pieds). 

10.  Crapaud. 

11.  Grenouille. 
Griffes  (v.  Pieds). 

12.  Hyène. 

13.  Lion. 
1/1.  Loup. 
15.  Manicore. 

Onocentaure  («.  Ane). 
10.   Oreilles. 

Pattes  (v.  Pieds). 


17.  Pieds,  Pattes,  Griffe», 

Serres,  Cornes,  Fa- 
ces et  Visages  cor- 
nus. 

18.  Pourceau,  Truie,  Bouc, 

Chèvre. 

19.  Poule. 

20.  Queues. 

21.  Rat. 

22.  Renard. 

23.  Sauterelles. 
Serres  («.  Piedg). 

2/t.  Singe. 

23.  Syrène  (ou  Seraine). 

25.   Taureau. 

Truie  (o.  Pourceau). 


(La  suite  au  prochain  nitm^o.) 
Madame  Félicie  d'AYZAC, 

Dame  de  la  Maison  royale  de  la  Légion  d'honneur  (Saint-Denys). 


GARE  DU  CHEMIN  DE  FER  DU  NORD  (Paris). 


Jistimalion  des  Travaux. 

Dans  une  construction  industrielle,  la  question  de  la  dé- 
pense est  toujours  une  des  plus  importantes;  mais  quand  il 
s'agit  de  bâtiments  d'un  genre  nouveau,  qu'on  aura  souvent 
l'occasion  de  répéter,  et  qui,  peodant  longtemps  encore,  de- 
vront profiter  des  leçons  de  l'expérience  pour  arriver  à  une 
certaine  perfection,  alors  le  chupitre  de  la  dépense  redouble 
d'intérêt.  Nous  donnons  ci-dessous  une  récapitulation  des 
estimations  déGnitives  des  travaux  exécutés  pour  la  construc- 
tion de  la  gare  du  Nord,  déduction  Faite  des  rabais. 

Nous  n'avions  pas  à  tenir  compte  des  dépenses  occasion- 
nées par  les  essais  de  remaniement  qu'on  a  tentés  depuis 


l'ouverture  de  la  ligne.  On  a  beaaconp  tâtonné,  construitaot 
aujourd'hui  et  démolissant  demain,  sans  avoir  encore  achevé 
les  dernières  dispositions  indiquées  dans  notre  description 
et  dans  notre  dessin  du  plan  de  la  gare,  publiés  i  la  tio  du 
6°  volume  de  cette  Revue.  (Voyez  le  Tailiao  à  la  page 
suivante.) 

Sans  doute,  ce  tableau  eût  été  mieux  placé  tout  à  fait  k  la 
fin  de  notre  description  de  la  gare  du  Nord,  mais  quek|ue»- 
unes  des  planches  de  détails  sont  encore  à  publier;  ce  serait 
donc  retarder  une  communication  très-intéressante,  saos  autre 
profit  que  d'obéir  &  une  notion  d'ordre  logique  qu'on  peut 
méconnaître  en  cette  circonstance  sans  inconvénient. 

Menuiserie  de  la  salle  (TAUenle. 

En  terminant  notre  dernier  article  sur  la  Gare  du  ?iord 
(col.  529,  vol.  6),  nous  primes  l'engagement  de  compléter 
notre  travail  dans  ce  nouveau  volume.  Nous  donnona  au- 
jourd'hui, PI.  2  et  3,  les  détails  de  la  menuiserie  de  la  salle 
d'attente. 

Peu  d'ingénieurs  sont  familiers  avec  les  formes  de  l'art; 
bien  peu  d'architectes  ont  étudié  sérieusement  la  manière  de 
faire  de  la  bonne  menuiserie.  La  plupart  du  temps,  on  confie 
l'arrangement  de  ces  détails  d'intérieur  k  l 'entrepreneur,  se 
contentant  de  jeter  quelques  profils  sur  le  papier,  sans  trop 
se  préoccuper  de  savoir  s'ils  s'accorderont  hcnreoseaient  avec 
ce  que  demanderait  une  bonne  construction  de  roeouiserie. 
La  gare  du  Nord  offre  une  heureuse  exception  k  cet  usage. 
M.  Reynaud  a-t-il  voulu  réagir  contre  une  habitude  mabeu- 
reusement  trop  générale?  A-t-il  été  stimulé  tout  sini|)lcineot 
par  ce  sentiment  de  probité,  qui  fait  suivre  d'un  reproche  de 
la  conscience  toute  négligence  d'un  devoir,  quelque  minime 
qu'il  soit,  et  quelles  que  soient  les  habitudes  générales?  Ou 
bien  M.  Reynaud  a-t-il,  comme  les  artistes  du  siècle  dernier, 
qui  ont  fait  de  si  belles  menuiseries,  une  prédilection  natu- 
relle pour  la  décoration  intérieure  en  bois?  N'importe,  la 
menuiserie  de  la  gare  du  Nord  a  été  traitée  avec  beaucoup  de 
soin  et  d'art,  et  nos  lecteurs  seront,  à  coup  sâr,  fort«iaes 
d'en  trouver  ici  des  détails  dessinés  k  une  grande  échelle. 

La  Fig.  1 ,  PI.  2,  représente  une  des  portes  mettant  en  com- 
munication la  salle  d'attente  avec  de  petits  cabinets  réservés 
pour  les  dames,  et  les  panneaux  du  lambris  qui  garnit  le  bas 
des  murs  de  la  salle. 

Lcsprofils  et  les  asscmblagesde  AB,  CD,  EF  et  GE{Fi§.  IX 
sont  donnés  par  les  Fig.  2,  3,  k  et  5. 

Les  bâtis  et  les  cadres  de  la  porte  sont  en  chêne  ;  ies{ire~ 
miers  de  0  m.  032,  les  seconds  de  0  m.  051  d'ëpaiaear. 
Les  panneaux,  en  sapin,  ont  0  m.  018  d'épaisseur.  Le 
chambranle  est  en  chêne,  et  l'embrasure  en  cfaène  et  en 
sapin. 

Les  bâtis  et  les  petites  tables  saillantes  de  la  beiserie  sont 
en  chêne  de  0  m.  032  d'épaisseur;  la  cimaise  est  également 
en  chêne,  mais  de  0  m.  O&l  d'épaisseur.  Le  reste  est  en  sapin, 
avec  les  dimensions  suivantes  : 

-    T.  VU.  6 


83 


REVUE  DE  L'ARCHJTECTUHE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


84 


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85 


REVUK  DE  LAUCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PLBLICS. 


84 


Grands  cadres,  Om.  0/i5  d V;jiaisseur  et  Om.  070 de  largeur. 
Petits  cadres  séparant  les  panneaux  : 

0  m.  040  d'épaisseur,  et  0  m.  084  de  largeur. 
Panneaux         0  m.  019         — 
BVises  0  m.  032         —  0  m.  25         — 

Corniche  0m.084         —  Cm.  15         — 

Au-dessus  de  la  boiserie  règne  une  moulure  dont  le  profil 
est  indiqué  à  la  PL  3,  et  qui  se  retourne  [lour  former  de 
grands  enc:idremciits  s'élevant  jusque  sur  la  cortiiclie  de  la 
salle.  Elle  est  peinte  en  bois  comme  toute  la  menuiserie,  mais 
clic  est  exécutée  en  plâtre. 

La  Fifj.  6  offre  le  modèle  des  portes,  à  deux  battants  et  à 
grands  cadres,  qui  communiquent  de  la  salle  d'attente  au 
vestibule.  Les  profils  et  les  assemblages  IJ,  KL  sont  ilonnés, 
Fi'g.  7  et  8. 

Les  bâtis  et  les  cadres  sont  en  chêne,  les  premiers  de  0  m. 
052,  les  seconds  de  0  m.  082  d'épaisseur.  Les  panneaux  sont 
en  sapin  de  0  ni.  020  d'épaisseur.  Le  chambranle  est  exécuté 
en  cliéne;  il  est  contourné  à  sa  partie  supérieure  par  la  ci- 
maise, également  en  bois  de  chêne. 

La  PL  3  donne  la  menuiserie  d'une  des  arcades  ouvertes 
sur  la  grande  halle.  La  partie  supérieure  de  cette  arcade  est 
occupée  par  un  châssis  vitré  dormant;  la  partie  inférieure, 
par  une  porte  à  quatre  vantaux.  Les  deux  vantaux  du  milieu 
s'ouvrent  à  coulisse;  les  deux  autres  sont  fixes.  Les  deux 
rangs  de  panneaux  supérieurs  sont  vitrés  en  verre  double; 
les  panneaux  inférieurs  sont  pleins,  en  sapin  de  0  m.  020 
d'épaisseur.  Tout  le  reste  de  cette  menuiserie  est  exécuté  en 
chêne.  Les  profils  et  les  assemblages  de  MN,  OP,  QR,  ST  et 
UV  sont  donnés  par  les  Fig.  9,  10,  H,  12  et  13. 

A  notre  avis,  on  trouverait  quelquefois  un  avantage  réel  à 
s'inspirer  des  fenêtres  anglaises  pour  le  profil  des  petits  bois 
des  châssis.  Les  architectes  anglais  ne  leur  donnent  qu'une 
épaisseur  qui  est  réellement  moitié  moindre  que  chez  nous; 
et  pour  retrouver  la  force  de  résistance  nécessaire,  ils  aug- 
mentent sensiblement  leur  profondeur.  Cette  disposition, 
qui  était  autrefois  adoptée  en  France,  par  les  constructeurs 
du  moyen  âge,  leur  donne  une  grande  apparence  de  délica- 
tesse réunie  à  toute  la  force  réelle  désirable;  la  vue  n'est 
plus  gênée  par  d'aussi  larges  obstacles,  la  surface  vitrée  est 
agrandie,  et  l'on  obtient,  en  résumé,  un  meilleur  effet,  une 
vue  plus  libre  et  plus  de  lumière. 

On  a  supposé  dans  la  Fig.  9  (^MN,  PL  3),  que  les  portes 
étaient  ouvertes.  Le  système  de  suspension  des  vantaux  mo- 
biles est  établi  dans  l'intérieur  de  la  traverse  qui  sépare  le 
châssis  dormant  de  la  porte  5  coulisse.  Une  planche  en  chêne 
de  0  m.  030  d'épaisseur,  maintenue  en  place  par  des  vis,  et 
pouvant  par  conséquent  s'enlever  et  se  remettre  aisément, 
couvre  ce  mécanisme  du  côlé  de  la  halle. 

La  Fig.  9  bis  est  une  élévation  de  la  partie  supérieure  de 
la  porte  vue  du  C(Ué  de  la  halle,  mais  ici  la  planche  de  re- 
couvrement, dont  nous  venons  deporler,  est  enlevée,  et  l'on 
distingue  parfaitement  le  mécanisme.  En  regardant  alterna- 


tivement les  deux  Fig.  9  et  9  Int,  on  comprendra  aisément 
que  chaque  vantait  mobile  est  supporté  par  deux  galets,  et 
que  la  tringle  ou  le  rail  en  fer  sur  lequel  ils  rouleol  est  sou- 
tenu au  moyen  de  deux  lorbeaui  en  fer  par  vantail. 

Les  chappes  sont  en  fer  de  0  m.  006  d'épaisseur  sur  0  m. 
040  de  largeur. 

Les  galet»,  qui  sont  en  bronze,  ont  0  m.  060  de  diamètre. 

La  tringle  sur  laquelle  ils  se  meuvent  a  0  m.  O.'^O  de  hau- 
teur sur  0  m.  013  d'épaisseur. 

La  course  des  vantaux  est  limitée  è  chaque  ritrémité  par 
un  petit  tasseau  en  chêne. 

Afin  de  pouvoir  mettre  les  vantaux  en  place  et  les  y  retenir, 
on  a  pratiqué,  dans  la  partie  supérieure  de  la  Irarcrje,  des 
échancrures  destinées  au  dégogcment  des  poulies;  elles  sont 
indiquées  par  des  lignes  ponctuées  Fig.  9,  et  par  des  lignes 
pleines  Fig.  9  bis. 

Les  Fig.  10  cl  11  s'expliquent  d'elles-mêmes.  l,a  Fig.  12 
montre  comment  chacun  des  vantaux  est  maintenu  à  so:i 
pied  par  des  mamelons  en  fer,  qui  glissent  dans  une  rainure 
dont  les  arêtes  sont  protégées  par  deux  bandelettes  en  fer.  Les 
mamelons  ont  0  m.  010  de  diamètre  sur  0  m.  020  de  saillie; 
les  bandelettes  sont  maintenues  par  des  vis  et  ont  0  m.  025  de 
longueur  sur  0  m.  008  d'épaisseur.  L'ouverture  de  la  rainure 
est  de  12  à  13  mm. 

Les  portes  se  ferment  du  côté  de  la  halle,  au  moyen  d'une 
petite  bascule  h  double  bouton. 

Menuiserie  du  vestibule. 

Nous  ne  donnons  aucun  dessin  de  cette  menuiserie;  nous 
nous  contenterons  d'en  dire  quelques  mots.  Le  lambris  est 
composé  d'une  plinthe,  d'une  cimaise,  et  démontants  et  tra- 
verses régulièrement  distribués.  Le  mur  forme  le  fond  des 
compartiments  ainsi  déterminés. 

La  plinthe  et  la  cimaise  sont  en  chêne;  les  montants  et  les 
traverses  en  sapin.  Les  pièces  sont  fixées  à  des  tampons  scel- 
lés dans  la  maçonnerie. 

La  menuiserie  aux  arcades  du  vestibule  a  beanroup  de 
rapport  avec  celle  des  arcades  de  la  salle  d'attente,  repré- 
sentée PL  3(voY.  PL  40,  voL  Ci').  La  partie  supérieure  de 
cette  arcade  est  fermée  par  un  châssis  vitré  dormant,  et  la 
partie  inférieure  par  une  porte  à  quatre  vantaux;  mais  au 
vestibule,  les  quatre  vantaux  peuvent  s'ouvrir,  ceux  du  mi- 
lieu se  repliant  sur  les  autres.  Ici,  comme  dans  la  salle  d'at- 
tente, les  panneaux  inférieurs  des  vantaux  sont  pleins,  en  sa- 
pin de  0  m.  020  d'épaisseur.  Le  surplus  de  celle  menuiserie 
est  en  chêne. 

CÉSAR  DALY. 


m 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


RECONSTRUCTION  DE  LA  BIBLIOTHÈQUE  ROYALE. 

MONSIECR  LE   DiRECTECR, 

On  avait  exposé  dernièrement,  à  l'Hôtel  de  Ville ,  le  plan  en 
masse  d'un  projet  de  restauration  de  la  bibliothèque  royale,  pour 
servira  une  enquête  de  commodo  et  incommodo. 

Ce  projet  était  accompagné  d'une  note  ministérielle,  qui  ter- 
minait un  exposé  du  mauvais  état  et  de  l'insuffisance  des  bâti- 
ments anciens,  par  la  proposition  de  les  reconstruire  sur  l'em- 
placement actuel. 

Il  ne  serait  pas  aisé,  disait  la  note,  de  remplacer  à  peu  de  frais 
l'établissement  qui  existe  ;  le  parti  le  plus  avantageux  serait  de 
conserver  l'emplacement  d'aujourd'hui.  Un  projet  a  été  rédigé 
dans  ce  sens  :  il  comprend  d'abord  la  restauration  et  la  mise  en 
état  des  anciens  bâtiments,  et  ensuite  les  constructions  à  faire 
sur  les  maisons  n°'  3,  3  bis,  5,  7  et  9  de  la  rue  Vivienne.  L'ac- 
quisition de  ces  cinq  maisons  contiguës  à  la  bibliothèque  actuelle 
est  indispensable,  afin  de  donner  à  l'établissement  nouveau  une 
étendue  suffisante,  et  l'on  usera  de  la  loi  sur  l'expropriation  pour 
cause  d'utilité  publique.  La  bibliothèque  sera  alors  complètement 
isolée  entre  les  rues  Neuve-des-Petits-Champs,  Vivienne,  Gol- 
bert  et  Richelieu. 

Tel  est  le  résumé  des  raisons  données  par  la  note  ministérielle. 

Ce  qu'on  appelle  ici  restauration  consiste,  d'après  les  teintes 
noires  du  plan,  à  conserver  les  deux  extrémités  du  bâtiment  où 
se  trouve  la  grande  salle  de  lecture  des  imprimés,  et  celui  sur  la 
rue  Colbert.  On  conserverait  aussi  l'affreux  bâtiment  de  la  rue 
Richelieu,  criblé  de  lézardes  à  l'intérieur,  et  n'offrant  sur  la  voie 
publique  qu'une  muraille  nue,  construite  en  moellons  rongés  par 
le  temps  et  le  salpêtre. 

Les  vieilles  bâtisses  aux  peintures  mazannes  de  la  bibliothèque 
des  manuscrits  doivent  être  rasées  sans  pitié. 

Qu'on  ne  croie  pas  que  cette  prétendue  restauration  consiste  à 
boucher  des  trous  de  rats  et  des  lézardes,  quoique  ce  dernier 
article  ne  soit  pas  ici  une  petite  affaire  : 

«  Le  gihier  du  lion,  ce  ne  sont  pas  moineaux.  » 


La  dépense  présumée  pour  l'exécution  de  ce  que  la  note  appelle 
le  parti  le  plus  avantageux,  s'élève  à  la  bagatelle  de  16  millions  de 
francs  1  !  !  dont  trois  ou  quatre,  sans  doute,  pour  achat  de  mai- 
sons. 

A  cette  somme  ajoutons  1 2  millions,  valeur  des  terrains  occupés 


par  l'établissement  actuel,  et  la  nouvelle  bibliothèque,  qui  ne  sera 
pas  tout  à  fait  neuve,  représentera  un  capital  de  28  millions. 

Voyons  s'il  ne  serait  pas  humainement  possible  de  faire  les 
choses  à  meilleur  marché. 

L'Etat,  ou,  si  l'on  veut,  la  liste  civile,  peut  céder  gratuite- 
ment une  partie  de  l'immense  et  inutile  place  du  Carrousel  pour 
y  établir  le  nouveau  bâtiment  de  la  bibliothèque.  Ceci,  notons-le 
bien,  dispensera  la  liste  civile  d'une  partie  des  frais  du  pavage 
dont  cette  place  a  tant  besoin,  et  qu'elle  attend  avec  unesistoïque 
résignation. 

Ainsi  nous  disons:  achat  de  terrain.  ...  0  fr.  00 

Constructions 12,000,000  fr!  00 

Dépense  totale 12,000,000  fr.  00 

A  valoir  le  prix  des  terrains  de  l'emplace- 
ment actuel,  estimé  (1) 12,000,000  fr.  00 

Reste  à  payer o  fr.  00 

L'économie,  comme  on  voit,  n'est  pas  à  dédaigner.  On  aura 
beau  nous  alléguer  le  conflit  d'attributions  ministérielles,  nous 
dirons  toujours  qu'avec  un  peu  de  bonne  volonté  l'affaire  peut 
s'arranger. 

A  l'économie  manifeste  que  nous  venons  de  présenter,  nous 
ajouterons  avec  tous  les  bons  esprits  :  quartier  parfaitement 
central  ;  isolement  complet  ;  et  concentration,  sur  un  même 
point,  de  la  collection  de  tous  les  produits  du  génie  humain 
dans  les  sciences,  les  arts  et  la  littérature. 

Que  mettra-t-on  dans  l'autre  plateau  de  la  balance?  16  mil- 
lions assez  mal  dépensés  :  macédoine  de  bâtiments  vieux  et  neufs  ; 
chômages  et  déménagements  multiples,  etc. 

Mais  est-il  bien  possible  que  la  restauration  de  trois  des  vieux 
bâtiments  ne  soit  pas  un  tour  de  passe-passe  ? 

Si  aux  500,000  fr.  modestement  fixés  par  le  programme  du 
quasi-concours  pour  l'érection  d'une  tombe  illustre,  un  architecte 
bien  appuyé  a  pu  ajouter  un  appoint  de  plusieurs  millions,  y 
regardera-t-on  de  si  près  pour  faire  sauter  de  vieux  bâtiments 
qu'on  a  l'air  de  vouloir  conserver  pour  leurrer  peut-être  la  re- 
présentation nationale  ? 

En  bonne  conscience,  que  pourrait-on  faire  de  l'immense  mu- 
raille en  moellons  corrodés  qui  attriste  la  rue  de  Richelieu,  quel 
que  soit  le  ravalement  dont  le  talent  de  l'architecte  puisse  la  dé- 
guiser ?  Puis,  si  l'on  conserve  les  trois  bâtiments  occupant  les 
places  principales,  il  faudra  de  toute  nécessité  que  le  surplus  soit 
mis  en  harmonie  avec  eux  ;  et,  en  vérité,  quelle  que  soit  la  pré- 
dilection de  M.  Visconti  pour  l'architecture  des  xvn'=  et  xviii'^  siè- 
cles, nous  doutons  qu'il  prétende  reproduire  ces  types  sur  une 
aussi  vaste  échell  e 

Au  surplus,  si  jamais  édifice  public  dut  être  mis  au  concours, 
c'est  bien  celui-là  ;  car  il  est  indispensable  que  non-seulement  un 
établissement  de  cette  importance  soit  d'un  grand  style,  mais  il 
faut  encore,  et  avant  tout,  que  ses  dispositions  intérieures  ren-  . 
dent  le  service  parfaitement  facile.  Depuis  trop  d'années  déjà  les 
habitués  de  la  bibliothèque  royale  perdent  la  moitié  de  chaque 
séance  à  attendre  les  ouvrages  qu'ils  réclament,  et  encore  sont- 
ils  heureux  d'en  recevoir  deux  sur  trois. 


(1)  La  surface  totale  de  ces  terrains,  touchant  par  trois  de  ses  côtés  aux  rues 
les  plus  commerçantes  de  Paris,  est  de  15,950  mètres,  ce  qui  porterait  la  valeur 
du  mètre  carré  à  un  peu  plus  de  752  fr. 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


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11  est  donc  très-importani  que  la  question  suit  discutée  publi- 
quement, et  il  ne  faut  pas  perdre  de  vue  que  le  futur  bâtiment 
de  la  bibliotlièque  royale  doit  être  un  établissement  modèle.  La 
plus  magnifi(iue  et  la  plus  accessible  des  collections  littéraires 
du  monde  doit  ôlre  logée  en  conséquence. 
Veuillez  agréer,  etc. 

(C/n  de  vos  lecteurs  assidus). 


LUTTE 


DES  OUVRIERS  ET  DES  EirmEMlERILUItt. 


LB  TtAf  AU.  CT  U»  cnVU. 


PROTESTATION  CONTRE  LA  SÉRIE  DE  PRIX  MOREL. 

Lorsque  dans  des  adjudications,  on  assiste  à  des  rabais  très- 
considérables,  chacun,  pour  ramener  l'entreprise  à  des  condi- 
tions possibles,  suppose  à  l'adjudicataire  des  intentions  de  fraude; 
et  c'est  parce  que  tout  homme  laborieux  doit  pouvoir  subsister  de  son 
travail,  que  l'adjudicaiaire,  trop  souvent,  trouve  avec  sa  con- 
science un  si  facile  accommodement.  Il  arrive,  dans  le  corps  du 
génie  surtout,  que  l'on  refuse  d'adjuger  des  travaux  à  un  entre- 
preneur dont^le  rabais  exagéré  a  excité  de  légitimes  suspicions. 
Toute  peine  méinte  salaire,  et  il  y  a  des  travaux  qu'on  ne  peut  pas 
exécuter  au-dessous  d'un  prix  déterminé,  sans  se  ruinw  ou  sans 
voler.  Or,  ni  l'État  ni  les  propriétaires  ne  doivent  vouloir  l'une  ou 
l'autre  de  ces  iniquités  ;  et  le  devoir  des  directeurs  des  travaux, 
architectes  ou  ingénieurs,  est  de  tenir  les  balances  de  la  justice 
d'une  main  ferme  et  loyale,  car  ils  sont  les  juges,  les  arbiti-es 
naturels  des  conflits  qui  naissent  du  contact  des  intérêts  opposés 
de  l'entrepreneur  et  du  propriétaire. 

Le  prix  des  pavés  a  été  croissant  depuis  quelque  temps,  cepen- 
dant M.  Morel,  dans  la  Série  rfepnx  qu'il  publie  annuellement, 
n'en  a  tenu  aucun  compte.  Dans  notre  uo/.  ^t'co/.,  363,  nousavons 
passé  déjà  en  revue  cette  publication  lucrative  de  M.  Morel,  et 
nous  avons  eu  l'occasion  d'y  relever  de  nombreuses  erreurs.  C'est 
cet  ouvrage  si  imparfait  sous  tant  de  rapports,  qui  est  générale- 
ment considéré  par  les  tribunaux  comme  l'expression  de  l'opinion 
du  Conseil  des  bâtiments  civils  ;  erreur  capitale,  et  qu'il  importe  à 
de  nombreux  intérêts  de  supprimer.  La  Chambre  syndicale  des 
entrepreneurs  du  pavage  de  la  ville  de  Paris  vient  de  protester 
contre  les  prétentions  de  ce  Dracon  du  bâtiment,  et  d'adresser 
aux  architectes  et  vérificateurs  une  iVrie  des  prix  de  pavage  pour 
1847.  Dans  sa  lettre  circulaire,  la  Chambre  syndicale  s'exprime 
ainsi  : 

«  Dans  cette  SeWe  de  prix  (la  Série  Morel),  qui  se  réimprime 
presque  textuellement  tous  les  ans,  on  n'a  eu  aucun  égard  au 
renchérissement  de  certains  matériaux,  et  cependant  elle  est  entre 
les  mains  de  tous  les  architectes  et  vérificateurs,  et  sert  aujour- 
d'hui de  base  à  tous  les  règlements. 

»  La  Série  des  prix  de  paonye  est  tellement  erronée  et  tellement 
loin  de  la  vérité,  que  la  Chambre  syndicale  des  entrepreneurs 
de  pavage  a  dû  en  écrire  à  M.  le  ministre  des  travaux  publics  ;  elle 
s'est  occupée  aussi  d'établir  une  véritable  stîrie  des  prix  actuels 
de  pavage,  qu'elle  adresse  aujourd'hui  à  MM.  les  architectes  et 
vérificateurs.  » 

La  rédaction  consciencieuse  d'une  série  do  prix  pour  tous  les 
travaux  de  bâtiment,  faite  contradictoirement  avec  les  diverses 
chambres  des  entrepreneurs,  serait  un  des  travaux  les  plus  utiles 
et  les  plus  honorables  dont  la  Société  des  architectes  pût  doter  le 
pays.  Nous  recommandons  vivement  ce  sujet  à  son  attention. 


(Sirito  et  tst.  Ter»  wL  M.) 


CRÈVR  DEM  CH.«BPR<«T 


wat  i«4«. 


Le  9  juin  18&5,  trois  jours  après  la  lettre  de  la  Chambre  syndi- 
cale, et  quelques  jours  avant  la  réponse  de  VineenI,  les  oavrin* 
charpentiers  de  Paris  et  de  la  banlieue  aMpendinot  Umn  tra- 
vaux, désertèrent  les  chantiers  ;  la  ^r>°op  omineii^. 

Ce  fait  était  d'une  haute  gravité;  aussi  fnt-il  bientôt  oonna  de 
toute  la  capitale.  Les  jonniaux  quotidiens  s'en  emparèrent,  la 
discussion  commença  ;  la  grève  devint  la  grande  question  âm 
moment.  Et  cela  devait  être.  Cela  sera  continnelleraent  ainsi 
jusqu'à  ce  que  la  Loi,  rejetant  enfin,  comme  antisocialea.  Ici 
traditions  païennes  qui  l'enveloppent  encore,  s'édairoanxTWBa, 
sympathiques  et  chaleureuses  inspirations  de  la  loi  d'aiMMret 
de  fraternité,  de  la  loi  évangélique. 

Et  Paris  surtout,  notre  grande  cité,  qui  compte  plus  de  einq 
cent  mille  ouvriers  salariés,  Paris  qui,  pour  la  spontanéité  des 
idées,  la  rapidité  de  l'exécution  et  le  courage  de  ses  babiUnto,  est 
justement  à  la  tête  du  mouvement  national,  Paris  devait  forte- 
ment .se  préoccuper  de  la  manifestation  collective  de  ctoq  mille 
ouvriers  charpentiers. 

Il  le  fit.  Deux  camps  surgirent  bientôt. 

D'un  côté  on  vit  les  délenseurs  quand  mimt  de  régaiHiie  M 
de  la  routine,  les  déAmeon  de  la  loi  païenne,  prétendre  que  1» 
ouvriers  charpentiers  avaient  tort  de  vouloir  porter  de&  à  5  francs 
leur  journée  de  travail,  parce  que,  ajontaient-ils,  •  letravnilde 
»  la  charpente  rapporte  au  delà  du  néœasaire,  jmitqwe  Im  étm»- 
»  mies  qu'il  a  produite»  servent  à  payer  Im  frais  de  Im  emlitùm.  » 

Étrange  argument  !  exactement  à  la  portée  dea  pewomiei  qai 
ne  s'élèvent  jamais  au-dessus  du  fait  brutal.  Comraart  i 
naître,  en  effet,  cette  tendance  invinciblede  l'homme  qui  I 
à  s'imposer  pour  fe  moment  de  très-pénibles  sacrifices,  en  voe  d'un 
avenir  plus  heureux? 

D'un  autre  côté,  les  amis  des  grandes  aspirations  de  89,  et  les 
hommes  qui  depuis  celte  époque  glonewe  cfaeiibénol  àmdre 
possibles,  dans  la  pratique,  les  vues  tiéaéreMaei  de  la  Conttttnnte; 
en  un  mot,  tous  ceux  qui  s'inspirent  direetenent  oa  indirecte- 
ment de  la  loi  évangélique  de  la  solidarité  humaine,  se  mirant 
du  parti  contraire  et  prirent  fait  et  cause  pour  lesoavrienckv^ 
pen  tiers. 

Dès  les  premiers  jours  de'.la  grève,  plusieurs  corps  d'étetsoAi- 
rent  aux  charpentiers  de  les  aider  fraternellement  de  îears  petits 
pécules.  Mais  les  ouvriers  charpentiers  «  lefuaèrent  pcm"  le  m»- 
»  ment  les  offres  de  leurs  frères.  •  Ds  sjootsieBl  :  •  Cette  noble 
»  démarche  de  nos  frères  les  honorera  aux  veox  de  tons  ke 
»  hommes  de  cœur,  et,  pour  notre  part,  no«s  mm 
»  la  leur  avoir  inspirée.  » 

Nous  l'avons  dit,  l'enjeu  entre  les  entrepreasani 
ou,  pour  mieux  dire,  les  ent 
et  les  ouvriers  charpentiers,  était  i 
gagner  ou  de  perdre  uu  million. 


Isrsdk 


9l' 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


92 


Or,  comme  les  articles  /il5  et  ûl6  du  Code  pénal,  dans  l'inten- 
tion d'assurer  la  liberté  des  transactions,  défend,  sous  des  peines 
sévères,  le  concert  de  plusieurs  individus,  ouvriers  ou  maîties, 
pour  régler  le  prix  des  salaires,  et  que  ce  concert  constitue, 
d'après  la  loi,  le  délit  de  coalition,  on  comprendra  lacilement 
comment  entrepreneurs  et  ouvriers  devaient  plus  ou  moins  se 
trouver  sous  le  coup  de  cet  article,  et  par  conséquent  attirer  sur 
eux  les  conséquences  de  cette  loi,  si,  malgré  les  nouveaux  faits 
qui  se  sont  produits  dans  Tordre  industriel  depuis  1810,  celte 
loi  était  appliquée  à  la  lettre. 

L'autorité  intervint  donc  dans  le  débat.  Mais  elle  le  fit,  il  faut 
en  convenir,  avec  partialité,  puisque,  au  lieu  de  poursuivie  à  la 
fois  maîtres  et  ouvriers,  elle  dirigea  ses  poursuites  seulement 
contre  les  derniers  (22  juin  18/i5).  M.  le  ministre  de  la  guerre  in- 
tervint aussi  dans  la  question  :  il  permit  aux  entrepreneurs  de 
choisir  dans  les  régiments  de  ligne  les  hommes  qui  savaient  faire 
de  la  charpente. 

11  est  vrai  que  quelques  jours  plus  tard  (27  juin),  M.  Duchàtel, 
en  répondant  à  une  interpellation  de  M.  Ledru-Rollin,  relative  à 
la  mesure  prise  par  M.  le  ministre  de  la  guerre,  donna  le  mot  de 
l'énigme.  M.  Duchàtel  déclara  que  «  c'était  pour  venir  au  secours 
»  de  l'immense  majorité  de  la  classe  ouvrière,  que  les  ouvriers 
»  militaires  avaient  été  appelés  par  le  gouvernement  pour  conti- 
»  nuer  les  travaux  de  charpente.  » 

Cette  réponse,  habile  paraphrase  du  dicton  :  «  Quand  le  bâti- 
ment va,  tout  va,  »  tout  en  constatant  une  vérité,  ne  répondait 
pas  évidemment  à  la  question,  et  montrait  peut-être  une  fâcheuse 
partialité  en  faveur  des  maîtres. 

La  Chambre  syndicale  des  entrepreneurs  eut  donc  pour  elle  le 
parquet  et  le  gouvernement.  Les  ouvriers  charpentiers  se  repo- 
saient entièrement,  et  avec  raison,  sur  l'esprit  d'association  qui 
les  animait  et  sur  la  résistance  passive. 

Mais  dans  les  graves  questions  que  soulèvent  les  grandes  entre- 
prises industrielles,  le  fait  est  plus  puissant  que  la  loi,  le  parquet 
et  le  gouvernement.  Ici  il  ne  s'agit  pas  d'opinions  politiques  mises 
en  présence,  il  s'agit  d'intérêts  matériels  qui  se  soldent  en  francs 
et  en  centimes. 

Aussi  toutes  les  avances  de  l'autorité  envers  les  membres  les 
plus  influents  de  la  Chambre  syndicale  ne  purent-elles  empêcher 
la  division  de  se  mettre  parmi  les  entrepreneurs.  Des  millions 
étaient  engagés  dans  les  entreprises  en  bâtiments,  et  comme  ni  le 
gouvernement,  ni  la  Chambre  syndicale,  n'eût,  en  définitive, 
remboursé  les  pertes  causées  par  le  chômage,  déjà,  dès  la  lin  du 
mois  de  juin,  un  certain  nombre  d'entrepreneurs  adhérèrent  au 
nouveau  tarif  de  5  francs. 

Le  1"  juillet,  en  effet,  les  ouvriers  charpentiers  décidèrent,  et 
ils  donnèrent  en  cette  occasion  une  nouvelle  preuve  de  la  jus- 
tesse de  leurs  vues,  que  des  ouvriers  seraient  envoyés  aux  chan- 
tiers des  entrepreneurs  adhérents,  au  fur  et  à  mesure  que  ceux-ci 
en  feraient  la  demande. 

Le  5  juillet,  on  comptait  déjà  63  maîtres  (1)  adhérents  ;  plus 
de  1000  ouvriers  étaient  dans  les  chantiers. 


(1)  Il  convient  d'ajouter  que  parmi  les  adhérents  il  se  trouvait  plus  d'un 
entrepreneur  improvisé,  qui,  la  veille  encore,  ne  s'était  jamais  rendu  adjudi- 
cataire d'un  travail  de  charpente.  Des  menuisiers,  des  maçons  même,  voulurent 
profiter  de  la  circonstance  pour  s'emparer  des  travaux  que  les  entrepreneurs 
ordinaires  de  charpente,  dont  les  chantiers  étaient  mis  à  l'interdit  par  les  ou- 
vriers, ne  pouvaient  plus  momentanément  faire  exécuter. 

(Note  de  M.  César  Daly.) 


Les  intérêts  particuliers  des  adhérents  opéraient  donc  sur  eux, 
et  nous  n'en  blâmons  pas  ces  messieurs,  au  contraire,  avec  plus 
de  force  que  ne  le  faisaient  les  intérêts  collectifs,  devenus  désor- 
mais imaginaires,  de  la  Chambre  syndicale. 

Cette  scission  était  facile  à  prévoir,  car  le  bon  accord  n'avait 
pas,  chez  les  entrepreneurs,  la  même  raison  d'être  que  chez  les 
ouvriers  charpentiers. 

Ceux-ci  étaient  entrés  en  lutte  pour  s'asswer  le  pain  quotidien, 
tandis  que  les  entrepreneurs  ne  bataillèrent  pas,  tant  s'en  faut, 
pour  la  question  suprême  de  vie  et  de  mort. 

Une  fois  la  brèche  ouverte,  la  désertion  se  mit  bientôt  dans  le 
camp  des  entrepreneurs  encore  résistants.  Le  nombre  des  adhé- 
rents augmentait  journellement,  et  la  Chambre  syndicale,  malgré 
son  long  manifeste  du  3  juillet,  dans  lequel  elle  avait  la  préten- 
tion de  réduire  à  néant  les  propositions  et  les  faits  allégués  par 
les  ouvriers,  la  Chambre  syndicale,  disons-nous,  était  à  la  veille 
de  voir  son  drapeau  abandonné  par  les  entrepreneurs. 

Les  ouvriers,  comme  on  peut  bien  le  penser,  répondirent  à  ce 
manifeste  :  ils  adressèrent  leur  réponse  au  Journal  des  Débats,  qui 
avait  inséré  la  lettre  de  la  Chambre  syndicale.  Cette  Chambre 
voulut  encore  rompre  une  lance;  elle  écrivit,  le  12  juillet,  une 
longue  lettre  au  Constitutionnel,  dans  laquelle  on  remarque  les 
passages  suivants  : 

Jamais  à  aucune  époque,  sans  en  excepter  celle  de  l'Emphe,  la  classe 
ouvrière  du  bâtiment  n'a  joui  d'un  plus  grand  bien-être,  et  n'a  vu  son 
salaire  aussi  largement  rétribué.  Cet  état  de  prospérité  est  dû  au  maintien 
de  la  paix,  au  crédit  public,  et  surtout  au  gouvernement,  qui  a  su  meure 
h  profil  les  bienfaits  de  la  loi  sur  l'expropriation  publique,  pour  exécuter 
de  grands  et  utiles  travaux. 

Les  maîtres  charpentiers  du  département  de  la  Seine,  tout  en  déplorant 
une  suspension!!  de  travaux  dont  ils  souffrent  personncllcmeal,  resteront 
unis  pour  résister  à  la  reconnaissance  écrite  d'un  tarif  attentatoire  à  la 
liberté  de  l'industrie,  honteux  pour  celle  des  parties  contractantes  qui 
cède  au  despotisme  d'une  coalition  illicite. 

El,  séance  tenante,  les  mêmes  membres,  au  nombre  de  172,  ont  pris  la 
résolution  suivante  : 

«  De  ne  signer  aucune  espèce  de  compromis  avec  les  ouvriers  char- 
pentiers, et  noUimment  ceux  de  nature  semblable  à  celui  déjà  mis  en  cir- 
culation par  eux  jusqu'à  ce  jour,  \2  juillet  18/i5. 

»  En  cas  d'interdiction  de  quelques  chantiers,  de  fermer  immédiate- 
ment leurs  chantiers  aux  compagnons  charpentiers,  jusqu'à  la  levée 
desdites  interdictions.  » 

On  le  voit,  les  172  entrepreneurs  qui  signèrent  cette  pièce  se 
faisaient  une  étrange  illusion,  relativement  à  ce  que  l'on  doit  en- 
tendre par  coalition  illicite.  Ils  accusaient  les  ouvriers  d'avoir 
formé  une  coalition  de  ce  genre,  et  ils  ne  comprenaient  pas  que 
former  immédiatement  leurs  chantiers  aux  compagnons  charpen- 
tiers, n'importe  sous  quel  prétexte,  c'était  faire  de  la  coalition, 
c'était  tomber  sous  le  coup  de  la  loi. 

Mais  la  loi  ne  tint  pas  compte  de  ces  manifestations  de  la 
Chambre  syndicale  ;  les  hommes  appelés  à  l'expliquer  avaient 
déjà  fait  arrêter  une  dizaine  d'ouvriers  charpentiers,  et  le  parquet 
s'apprêtait  à  frapper  un  grand  coup  pour  intimider  les  ouvriers. 
Le  17  juillet,  on  arrêta,  en  effet,  le  Père  et  la  Mère  des  compa- 
gnons charpentiers  (M.  et  madame  Liiiard). 

Depuis  ce  jour  jusqu'au  20  août,  première  audience  du  tri- 
bunal de  police  correctionnelle  (2'  chambre),  oii  furent  ouverts 
les  débats  du  Procès  des  charpentiers,  un  seul  fait  mérite  d'être 
constaté  :  c'est  qu'à  mesure  que  le  nombre  des  adhérents  au  nou- 


93 


REVUE  DE  L'AIlCniTECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


venu  tarir  augmentait,  les  poursuites  et  les  vexations  dirigées 
contre  les  ouvriers  prenaient  un  plus  grand  développement. 

Explique  qui  pourra  cette  étrange  anomalie;  quanta  nous, 
nous  la  reléguons  parmi  ces  mille  contradictions  (jue  les  fuit» 
révèlent,  mais  que  n'autorisent  ni  la  justice  ni  la  raison. 

Ces  détails,  et  bien  d'autres  que  nous  avons  omis  pour  tracer 
rapidement  l'histoire  de  la  Grève  de  18^5,  se  trouvent  réunis 
dans  l'ouvrage  qu'un  habile  publicistc,  H.  Julien  Blanc,  a  fait 
paraître  sur  cette  question.  (Chroniqueur  aussi  véridique  que 
consciencieux,  M.  J.  Blanc  n'a  rion  négligé  pour  donner  à  cet 
épisode  des  souff'rances  du  travailleur  toute  l'importance  qu'il 
méritait.  Nous  renvoyons  donc  nos  lecteurs  à  ce  travail  (1). 

PERREYMOND 


DÉMOLITION 

DE   LA   TOUR   NORD   DE   L'ÉGLISE   ROYALE  DE   SAINT  DENIS. 
(Voj.  la  pi.  27  du  6°  vol.  de  cette  Revw.) 

Les  travaux  de  démolition  de  cet  édifice,  depuis  longtemps 
suspendus,  ont  été  repris  vers  le  commencement  de  mars.  Ils  ont 
marché  avec  une  telle  activité,  que  le  2  avril  la  tour  du  nord  ne 
conservait  plus  que  la  moitié  de  son  premier  étage.  Encore  quel- 
(]ues  jours,  et  tout  sera  rasé  au  niveau  de  la  terrasse  crénelée  qui 
couronne  la  i'açade. 

La  maçonnerie  des  murs  pleins,  celle  des  angles  et  de  leurs 
contreforts,  celle  des  piliers  trumeaux  mêmes,  malgré  leur  faible 
section,  ne  se  composaient  que  de  parements  en  pierre  de  taille, 
de  bas  appareils,  et  de  30  à  40  centimètres  de  queue,  reliés  par 
un  blocage  intérieur  de  petits  moellons  noyés  dans  le  mortier. 
Nulle  part  on  ne  rencontre  des  pierres  parpaignes;  il  n'y  a  môme 
pas  de  boutisses,  excepté  aux  tambours  dt!s  colonnes  engagées 
dans  les  piliers,  qui,  presque  tous,  pénètrent  plus  ou  moins  dans 
la  masse.  Des  murs  pareils,  quoique  d'une  grande  hauteur,  pour- 
raient encore  offrir  une  certaine  solidité,  si  le  mortier  était  de 
bonne  qualité  ;  mais  celui-ci  est  très-friable  par  excès  de  chaux  ; 
les  pierres  et  le  mortier  se  détachent  le  plus  facilement  du  monde. 
En  voyant  cette  construction,  on  se  demande  comment  elle  a  pu 
traverser  tant  de  siècles. 

Des  chaînages  étaient  posés  à  diverses  hauteurs  dans  l'épais- 
seur des  murs  pleins.  \\  y  en  avait  deux  dans  l'espace  compris 
entre  la  plate-forme  qui  recevait  la  base  de  la  flèche  et  l'extrados 
des  fenêtres  cintrées  en  dessous.  L'un  passait  au-dessus  de  ces 
baies,  l'autre  au-dessus  des  trompes  recevant  les  pans  coupés  de 
la  flèche.  Un  troisième  chaînage  était  établi  dans  le  mur  plein 
séparant  les  baies  du  premier  étage  de  celles  du  deuxième. 

Ces  chaînages  se  composaient  d'un  châssis  formé  par  quatre 
pièces,  en  bois  de  chêne  de  0  m.  32  centim.  sur  0  m.  22  d'é(iuar- 
rissage,  posées  de  champ  dans  le  milieu  des  murs,  et  assemblées 
à  mi-bois  à  leurs  extrémités,  qui  dépassaient  d'environ  0  m.  30  c 
leur  intersection  commune.  D'autres  pièces  de  bois  (ici  une,  là 
deux  sur  chaque  face)  formant  entretoises  et  passant  dans  le  vide 
de  la  tour,  pénétraient  dans  les  murs  et  s'assemblaient  par  le 
travers  des  pièces  de  châssis.  Ces  dernières  pièces  avaient  dis- 
paru depuis  longtemps,  et  les  trous  d'encastrement  avaient  été 
bouchés  en  maçonnerie. 

Chaque  assemblage  à  mi-bois  était  traversé  par  une  fort«  che- 

(Ij  la  Grèvt  des  Charpenliers  en  1815,  par  M.  Julien  Blanc,  1  vol.  io-l'i, 
li  la  Librairie  Sociétaire,  Paris. 


ville  en  fer,  et  pour  «mpécber  le  talon  de  la  purtie  lUpMnal  !«§ 
entailles  de  se  détacher  par  l'actioii  du  tirage,  chaque  tél«  de  la 
traverse  était  entourée  d'une  ligature  en  fer  très-minoe.  fusant 
deux  tours  et  demi,  et  fixée  par  des  clous.  Celle  précaution  a  dû 
être  à  peu  près  inutile,  à  moins  de  suppoter  les  bois  dans  un  éut 
de  siccité  parfaite  au  moment  de  la  pose  ;  car  la  daMtOCMion  dut, 
au  bout  de  quelques  années,  les  mettre  à  l'aise  dm  lens  cein- 
tures de  fer. 

Ces  minces  rubans  de  fer,  en  contact  d'un  cdté  avec  le  bois, 
de  l'autre  avec  le  mortier,  se  sont  assez  bien  conservés,  ainsi  qoe 
les  clous  et  les  chevilles  qui  pénétraient  tout  entiers  dans  le 
bois  (1).  Hais  les  bois  étaient  complètement  pourris  :  ces  diat- 
nages  étaient  donc  anéantis  depuis  fort  longtemps.  On  n'a  trouvé 
dans  les  murs  de  la  tour  aucun  tirant  ni  crampon  de  fer. 

On  a  di'icouvert,  dans  le  blocage  des  murs,  queiqMS  débris  àt 
chapiteaux,  bases,  frises,  archivoltes,  etc.,  d'un  style  romano- 
byzantin,  provenant  sans  doute  des  constructions  primitives  de 
l'église  et  de  ses  dépendances.  On  a  aussi  trouvé,  dans  on  des 
piliers  d'angle,  une  petite  pince  en  fer,  d'environ  0  m.  50  cent 
de  longueur,  très-bien  conser>'éc. 

Quoique  la  tour  soit  presque  démolie,  on  ne  sait  pas,  on  ne  dit 
pas  du  moins  ce  qu'on  reconstruira.  Il  est  Tagoement  qoetlioo 
de  refaire  le  portail  tout  entier.  Hais  quand  on  aura  dépensé 
quelques  millions  pour  le  rétablissement  du  portail,  qu'on  n'ou- 
blie pas  de  tenir  en  réserve  quelques  autres  millions,  afin  de 
parer  à  tout  événement  ;  car  l'église  elle-même,  asm  Btee,  n'at- 
tend peut-être  qu'une  secousse  un  peu  forte  poor  partager  le 
sort  du  portail.  Le  tassement  des  nouvelles  tours  pourrait  bien 
amener  quelque  catastrophe.  La  valeur  actuelle  de  ce  monument 
mérite-t-elle  qu'on  joue  si  gros  jeu  ? 

Si  la  nef  de  Notre-Dame  de  Paris,  dans  la  vigueur  de  tes 
jeunes  années,  n'a  résiste  qu'imparfaitement  k  la  pression  des 
deux  tours,  comment  veut-on  qu'un  édifice  usé,  rapiécé,  > 
l'église  de  Saint-Denis,  puisse  s'en  tirer?  La  fondation 
dans  un  terrain  marécageux,  et  l'un  des  ruisseaux  qui 
la  ville  passe  obliquement  sous  les  chapelles  at>sidales  du  sod-eit. 
La  plupart  des  piliers  de  la  nef  ont  été  repris  en  sous-oeuvre,  et 
le  côte  sud  déverse  considérablement,  surtout  près  du  portail  (3)l 

H.  JARinAaD. 

(1)  Il  est  bon  de  remarquer  que  les  fers  ^  m  luaisal  «•  ( 
plomb,  la  pierre  ou  le  pUire,  s'oxjdeat  eoOMk 
qui  sont  rcnrerm^s  dans  le  bois,  le  mortier  ou  le  cimeot  roouia,  et  l 
lorsque  ces  derniers  sont  dans  un  lien  humide,  se  toattrttat  ptat  ••  i 
bien.  La  démolition  du  cloeher  de  Suot4>eait  •  tëut  4»  i 
des  deux  ^nres.  Les  énormes  crampons  de  SS  à  U  i 
qui  reliaient  les  pierres  de  U  Bècbe,  et  qui  élaisat  l 
leur  longueur,  c'est-à-dire  sur  U  partie  «a  caolact  a««e  kt  panin  4s  r« 
faite  dans  la  pierre,  iuient  déirorte  par  la  roaille  pr 
cathédrales  de  Rouen  et  de  Saint-Denit,  de*  hra  da  i 
au  point  de  faire  éclater  la  pieae,  taadis  qa*  les  rabwi  à»  tu  4»  J  «■- 
mètres  d'épaisseur,  dont  nous  venons  d«  parler,  ainsi  qM  ht  petits  diat  ^ 
les  fixaient  au  bois,  se  trouTsient  parftileaicia  cooserri*. 

(2)  Quoique  la  flèche  mt  dèwelii  dapai*  liigllii  «1  qa*  Im  mmn  4ê  la 
tour,  bien  et  dûment  édissés,  eussent  tié  Éiitargés  ttm  paida  MMiMnMc. 
on  n'en  a  pas  moins  mis  des  nioucAes  sur  le*  ciaïaMM  priacjpalMi  aslMMMal 
sur  celles  de  la  galtrit  des  Rois.  Aucune  d*  cm  mmiàm  m»  parrfl  s*Mi« 
rompue. 

Le  placa|e  de  la  galerk  dM  Aoit  pourrait  bien  cacMr  i 
majeur,  le  seul  qui  existit  dans  tout  l'édiAcc.  Cet  < 
p-ir  le  refouillement  du  mince  panasal  M  picrra.  Ml  pMr  i 
de  la  lalerie  des  Rois;  et  par  U  tarelMrf*  qn'aanil  lf|irtil  ta»  !• 
de  l'ouest  la  Oéchissemeot  de  la  troapa  da  sad  atil.  C«  ttwmmm  Mal 
sèment  i  l'aplomb  du  milieu  de  b  (alerie  des  lait.  (Tay.  esl.  tT*.  •*  «•(■)  C«l 


96 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


96 


FAITSii  DIVERS. 

PERCEMENT   DE   L'ISTHME   DE   SUEZ. 

On  se  rappelle  sans  doute  que  nous  avons  publié,  il  y  a  quelque  Wmps, 
nn  projet  relatif  à  un  système  de  communication  rapide  à  travers  l'isthme 
de  Suez.  On  se  rappelle  que  l'auteur  de  ce  projet,  M.  Ctolin  (île  Marseille), 
après  avoir  longtemps  étudié  la  question  sur  les  lieux  mêmes,  ne  se  pro- 
nonçait exclus! venient  ni  pour  un  chemin  de  fer,  ni  pour  un  canal  mari- 
time, mais  adoptait  ces  deux  modes  de  communication,  chacun  dans  la 
mesure  de  son  utilité,  et  y  joignait  même  un  canal  de  dérivation  des 
eaux  du  Nil,  indispensable  pour  planter  et  consolider  les  bords  du  grand 
canal  maritime.  Dans  son  ensemble,  "le  projet  de  M.  Colin  est  resté  le  plus 
compréhensif  et  le  plus  complet  de  tous  ceux  qui  ont  été  présentés  jusqu'à 
présent. 

Depuis  que  nous  avons  donné  à  ce  projet  la  publicité  de  notre  recueil, 
la  question  du  percement  de  l'isthme  de  Suez  semble  préoccuper  assez 
vivement  l'opinion  publique.  Divers  bruits  ont  couru  dans  le  monde  po- 
étique et  commercial,  et  ont  été  mis  en  circulation  par  les  journaux.  On 
a  été  jusqu'à  annoncer  la  conclusion  d'un  traité  entre  l'Angleterre ,  la 
France  et  l'Autriche,  afw  de  se  partager  le  travail.  Ainsi,  les  gouverne- 
ments de  ces  trois  nations,  qui  n'ont  pas  su  construire  sur  leur  territoire 
les  chemins  de  fer,  mais  les  ont  abandonnés  à  l'avidité  des  banquiers  et 
des  agioteurs,  se  seraient  associés  pour  entreprendre  et  exécuter  eu- 
mêmes  un  grand  canal  maritime  entre  la  mer  Méditerranée  et  la  mer 
Rouge  !  Nous  n'avons  pas  besoin  de  faire  ressortir  tout  ce  qu'une  pareille 
supposition  a  d'invraisemblable. 

Il  importe  de  réduire  toutes  ces  nouvelles  à  leurs  véritables  proportions. 
Voici  donc  exactement  ce  qui  s'est  passé  : 

Un  ingénieur  anglais,  M.  Stephenson,  un  ingénieur  français,  M.  Paulin 
Talabot,  et  un  ingénieur  autrichien,  M.  Negrelli,  se  sont  rencontrés  à 
Paris.  Sous  l'influence  de  quelques  banquiers  qui  ont  des  intérêts  dans  les 
lignes  de  fer  aboutissant  à  la  Méditerranée,  ces  trois  ingénieurs  ont  d'a- 
bord examiné  un  projet  envoyé  d'Egypte  même  par  Linant-Bey,  qui,  en 
I8/1I  et  18Û2,  avait  fait  quelques  travaux  d'exploration  dans  l'isthme 
pour  le  compte  du  gouvernement  égyptien.  Mais,  n'ayant  pas  trouvé  le 
projet  de  Linant-Bey  suffisant,  ils  ont  résolu  ensuite  de  former  une  Société 
d'études.  D'après  leurs  conventions,  une  somme  de  50,000  francs  devait 
•être  fournie  par  chacun  des  trois  groupes  anglais,  français  et  autrichien. 
Avec  ces  150,000  francs,  les  trois  ingénieurs  auraient  à  se  rendre  en 
Egypte  et  à  dresser  un  plan  dénnitif  qui  servirait  de  base  à  une  société 
par  actions.  Nous  ne  savons  si  Méhémet-Ali  leur  accordera  la  permission 
de  faire  leurs  éludes  dans  l'isthme.   D'après  les  dernières  nouvelles 
d'Egypte,  il  y  paraît  peu  disposé.  On  a  dit  que  les  promoteurs  de  celte 
.Société  d'études  s'étaient  adressés  à  la  Porte,  et  en  avaient  obtenu  une 
autorisation  conditionnelle.  Nous  ne  pensons  pas  que  l'on  veuille  forcer 
la  main  à  Méhémet-Ali.  Mais  ce  qu'il  y  a  de  plus  étrange  dans  tout  ceci, 
c'est  que  les  prétendus  protecteurs  de  la  Société  d'études,  en  France  du 
moins,  au  lieu  d'avancer  résolument  les  50,000  francs,  se  sont  mis  à 
quêter  des  subventions  aux  Chambres  de  commerce.  Nous  pouvons  affir- 
mer qu'on  s'est  adressé  déjà  à  la  Chambre  de  commerce  de  Lyon  et  à 
celle  de  Marseille.  Il  est  probable  qu'on  s'adressera  aussi  à  la  Chambre  de 
commerce  de  Paris.  La  Chambre  de  commerce  de  Lyon  a  déjà  accordé 
5000  francs,  et  son  président,  M.  Brossct,  s'est,  dit-on,  transporté  à  Mar- 
seille, afin  d'engager  la  Chambre  de  commerce  de  cette  ville  à  voter  la 
même  somme.  La  Société  d'études  prendra-t-elle  les  mêmes  moyens  pour 
avoir  de  l'argent  en  Angleterre  et  en  Autriche? 

Quoi  qu'il  en  soit,  si  les  nouvelles  études  de  l'isthme  de  Suez  sont  faites 
avec  des  fonds  publies,  il  est  juste  que  les  résultats  de  ces  études  n'ap- 


partiennent pas  exclusivement  à  la  société  en  question,  mais  tombent  dans 
le  domaine  général  de  la  publicité.  En  accordant  des  fonds,  les  Chambres 
de  commerce  doivent  imposer  la  condition  explicite  et  formelle,  que  les 
plans  et  travaux  seront  déposés  à  leur  secrétariat,  pour  être  communiqués 
à  toutes  les  personnes  qui  le  demanderont.  Différemment,  ce  serait  un 
monopole  accordé  aux  banquiers  protecteurs  de  la  Société  d'études  ;  car, 
nantis  de  ces  documents,  ils  seraient  seuls  en  position  d'entreprendre  l'af- 
faire. Nous  ne  pensons  pas  que  les  Cbambre  de  commerce  aient  l'intention 
d'établir  ainsi  une  sorte  de  privilège  préparatoire. 


DÉCORATION    DU    PONT    DU    CARROUSEL. 

Lors  de  la  construction  du  pont  du  Carrousel  on  avait  projeté  de  com- 
pléter l'ensemble  de  la  décoration  par  l'établissement  à  ses  quatre  angles 
de  statues  de  grande  dimension.  Ce  projet  se  réalise  aujourd'hui.  Sur 
deux  des  quatre  grands  piédestaux,  élevés  aux  extrémités  du  pont,  on  a 
déjà  placé  des  statues  allégoriques,  la  Seine  et  f  Industrie. 

Cette  décoration,  qui  donne  un  caractère  plus  monumental  au  pont 
construit  par  notre  collaborateur  M.  Polonceau,  inspecteur  divisionnaire 
des  Ponts  et  Chaussées,  coupe  heureusement  la  ligne  si  uniforme  des  quais 
depuis  le  pont  des  Arts  jusqu'au  pont  Royal.  Les  statues  sont  en  pierre  et 
les  piédestaux  en  fonte. 

Pourquoi  surmonter  des  culées  en  pierre  par  un  piédestal  en  fonte  des- 
tiné à  supporter  une  statue  en  pierre  ?  il  y  a  là  un  désaccord  qui  ne  peut 
se  justifier  au  point  de  vue  de  l'art.  Du  reste,  il  semble  que  les  construc- 
teurs eux-mêmes  en  aient  eu  le  sentiment,  car  les  dispositions  décoratives 
de  ces  piédestaux  n'accusent  aucunement  la  nature  de  la  matière  qui  les 
compose.  On  a,  en  effet,  affecté  dans  la  disposition  des  piédestaux  les  faces 
lisses,  unies,  qui  appartiennent  à  la  pierre  et  au  marbre. 

On  a  cédé  là  à  une  disposition  trop  habituelle  et  réellement  fâcheuse  : 
celle  de  ne  pas  accepter  franchement  les  conséquences  d'un  parti  adopté. 
Quand  on  a  fait  choix  d'une  matière,  on  doit  chercher  à  la  traiter  hardi- 
ment, en  tenant  compte  de  ses  avantages  et  de  ses  inconvéuients. 

Ainsi,  pour  ne  parler  que  du  monument  qui  nous  occupe,  si,  au  lieu  de 
laisser  sur  les  côtés  des  piédestaux  de  grandes  surfaces  tout  unies,  on  eût 
demandé  à  la  fonte  cette  variété  et  cette  richesse  d'ornementation  que  le 
moulage  permet,  on  eût  agi  d'une  manière  plus  conforme  aux  règles  de 
l'art  et  à  celles  du  bon  sens. 

Peut-être  objectera-t-on  le  surcroît  de  dépense  qu'eût  entraîné  l'éta- 
blissement des  modèles  pour  le  moulage  ;  mais  si  l'on  remarque  que  ces 
modèles  eussent  dû  servir  à  quatre  piédestaux,  on  ne  saurait  admettre 
que  cette  question  de  dépense  ait  été  une  raison  décisive  pour  la  compa- 
gnie du  pont. 

Terminons  par  une  dernière  observation.  L'intérieur  du  piédestal  est 
vide,  et  l'on  y  a  installé  le  bureau  des  contrôleurs.  Sans  nous  arrêter  à  ce 
que  cette  appropriation  a  d'antimonumenial,  nous  nous  bornerons  à  faire 
remarquer  que  lorsque,  l'été,  le  soleil  aura  réchauffé  ce  cadre  immense  de 
fonte,  la  position  des  contrôleurs  sera  intolérable;  on  y  eût  remédié  en 
établissant  un  bâti  intérieur  en  bois,  éloigné  de  quelques  centimètres  des 
parois  en  fonte,  pour  laisser  l'espace  libre  pour  un  système  de  ventilation, 
qu'on  eût  complété  en  pratiquant,  pour  l'entrée  de  l'air  froid,  quelques 
ouvertures  dans  le  bas,  et  quelques  ouvertures  dans  le  haut  pour  la  sortie 
de  l'air  chaud. 

Ce  système  de  ventilation  a  été  appliqué  par  l'ingénieur  A.  Komand,  à 
l'hôpital  du  camp  Jacob,  à  la  Guadeloupe. 

Nous  avons  parlé,  dans  un  de  nos  derniers  numéros,  de  ce  travail  de 
M.  Romand,  dont  nous  donnerons  très-prochainement  les  dessins  détaillés 
et  la  description. 


écrasement  ne  peut  être  vu  du  dehors,  caché  qu'il  est  par  le  placage.  On  ne 
peut  le  voir  davantage  à  l'intérieur,  parce  qu'il  doit  se  trouver  au  niveau  de  la 
voûte  qui  couvre  le  bureau  des  inspecteurs,  et  que  cette  voûte  est  fort  épaisse. 
L'empâtement  de  0  m.  90  cenlim.  formé  par  le  mur  de  la  façade  en  avant  du 
mur  extérieur  de  la  tour,  se  trouve  compensé  par  un  porle-à-faux  presque  égal 
du  côté  de  l'intérieur. 


César  DALY, 

Directeur  rédacteur  en  chef, 
membre  de  l'Académie  royale  des  Beaux-Arts  de  Stockholm,  et  membre 
honoraire  et  correspondant  de  l'Institut  royal  des  Architectes  britanniques. 


Paris.  —  Imprimerie  de  L.  Maiwinkt,  rue  Jacob,  30. 


HEVUE   DE   F/AUnillTKCTl'RE  ET  DES  THAVAIJS  PUBLICS. 


M  KM  01  HE 

SUR    TRENTE- DEUX    STATUES    SYMBOLIQUES,    OBSERVÉES    DANS    I.A 
PARTIE    HAUTE    DES    TOURELLES    DE    8AINT-DENV8. 

(Deuxième  article.  V.  col.  63.) 


DEUXIKME  PAUTIK. 


DES    TOURELLES    DE    SAINT-DENV8. 

Les  treille  statues  symboliques  des  tourelles  de  Saint- 
Denys  (1)  ne  donnent  pas  dans  l'analyse  un  nombre  pareil 
de  péchés  ,  chacune  ne  devant  pas  ûtre  traduite  par  un  seul 
vice.  Trente  espèces  d'animaux  de  tout  genre  et  répétés 
plus  d'une  fois  dans  cette  galerie  mystique,  entrent  par  (|uel- 
qu'nn  de  leurs  membres  dans  la  facture  de  ces  bêtt's,  qui 
par  conséquent  sont  des  monstres  (2).  C'est  pourquoi  ces 
trente  statues  ne  peuvent  figurer  chacune  un  vice  distinct  et 
à  part,  ainsi  qu'on  aurait  pu  le  croire,  et  qu'il  semble  plus 
naturel  selon  nos  idées  actuelles.  Mais,  s'il  en  était  de  lasorte, 
cette  collection  de  statues  manquerait  positivement  de  l'es- 
prit et  du  sceau  caractéristiques  du  moyen  âge.  L'artiste  a 
agi  autrement,  et  parmi  ces  trente  animaux  dont  il  met  les 
membres  en  scène,  on  en  voit  plusieurs  répondre  à  un 
même  vice,  sauf  quelque  nuance  marquée  que  lui  prête  cha- 
que animal.  11  s'ensuit  que  certains  désordres  reviennent  sans 
cesse  frapper  les  yeux  dans  cette  série,  tandis  qu'un  petit 
nombre  d'autres  y  sont  seulement  indiqués  :  rhiipnrrisit'  s'y 
montre  en  scène  de  vingt-cinq  à  trente  fois,  et  la  luxure 
presque  autant  ;  et  cinq  autres  vices  :  la  de'tracfion,  la  sen- 
sualité, la  gourmandise,  la  cupidité,  l'extorsion  y  sont  à  leur 
tour  fréquemment,  quoique  beaucoup  moins,  reproduites. 

(i)  Nous  ne  comptons  pas  dans  ce  nombm  dent  statues  humaines,  et  par 
consrqiipnl  non  hybriilfs  quoique  symiioliqiies  aussi,  qui  romplAtent  le  nombre 
do  3Î  qui'  nous  .ivons  ononct'  rti^  le  di'hul  de  ce  Mémoire. 

(2)  A  l'exception  de  trois  slalne»  repn'sentnnt  :  la  premii^re  «Ul  âne,  l'autre 
un  singe,  lu  dernière  un  cliien  roquet  colossal. 

T.  VII 


I  C'est  que  parmi  tout»  les  péchés,  ces  neéf,  il  faut  bien  le 
dire,  sont  préciséineol  ceux  qu'on  voit  le  plos  énergiqueroent 
reproché»  aux  clercs,  du  viii'  au  xv*  siècle,  par  les  membres 
du  clergé  même,  dans  les  nombreux  TraitA  de  tiees  (I)  si 
en  honneur  à  cette  époque,  et  dads  les  célèbres  ruioM  (2) 
qui  étaient  alors  si  populaires.  Quel  est,  dsos  cette  période, 
l'ordre  ou  même  le  monastère  qui  n'ait  gardé  dsos  ses  ar- 
chives quelque  monument  de  ce  genre,  œuvre  de  Tuo  de  ses 
enfants  descendu  vivant  en  esprit  dans  les  entrailles  de  l'eo- 
fer,  et  spectateur  épouvanté  des  scènes  terrifiâmes  de  ee 
domaine  des  tortures?  Que  si  l'on  parcourt  ces  tiiiaiu,  on 
voit  ressortir  dans  chacune,  à  titre  de  crimes  énormes  punis 
des  plus  affreux  supplice?,  ceux  que  nous  venons  de  nommer 
et  que  montrent  en  si  giand  nombre  les  tourelles  de  Saint- 
Deoys.  C'est  sur  ce  monument  sculpté,  comme  dan»  quel» 
ques-uns  des  monuments  écrits  de  l'époque,  à  des  clercs,  à 
des  religieux  que  sont  adressées  ces  leçons.  Il  y  a  plus  : 
dans  les  manuscrits,  destinés  à  moins  de  regards  que  les 
murs  des  église,  c'est  presque  toujours  à  des  moioes,  à  des 
religieuses,  A  des  é\èques,  à  des  prêtres,  à  des  tonsurés  de 
tout  ordre  (3)  que  son  attribués  ces  crimes  :  liberté  de  pré- 
dication ouvertement  mise  en  pratique  dans  ce4  iges  de 
vive  foi ,  dont  elle  ne  craignît  jamais  de  déraciner  les 
croyances.  Alors,  dit  M.  Ozanam,  *  le  clergé  avait  le  mérite 
»  de  ne  pas  se  ménager  dans  les  tableaux  qu'il  présentait  aux 
»  peuples.  Les  visionnaires  font  comme  les  peintres  qui  en- 
B  tassent  volontiers  les  papes,  les  évèques  et  les  prêtres  dans 
»  leurs  représentations  de  l'enfer.  Jamais  le  sacerdoce  ne 
»  s'est  épargné  à  lui-même  cette  redoutable  \e^u,  parimenta 
I)  infeniorum,  capita  sacerdotum  (4).  » 

Cette  poésie  triste  et  sombre,  mais  pleine  de  magnificence 
et  souvent  de  sublimité,  est  le  cachet  du  moyeu  âge.  Le 
siècle  où  l'œuvre  des  tourelles  exposait  aux  regards  des  bé- 
nédictins sa  fantasmagorie  mystique  avait  reçu  du  précé- 
dent la  grande  vision  de  l'enfer  appelée  /*•  Purt/ûtoirt  d$  laimt 
Patrice,  expiation  qui,  pour  quelques  .imes  élues,  consistait, 
disait  la  légende,  à  traverser,  vivant  encore,  le  lieu  oii  fes- 
pair  n'entre  pas;  là,  parmi  d'effrayants  spectacles,  s'offre 
encore  un  essaim  de  moines,  de  prélats,  de  religieuses,  de 
prêtres,  placés  sous  le  fouet  des  démons  qui  leur  dénudent 
la  cervelle  et  leur  font  jaillir  les  yeux  des  orbites,  les  con- 
traignant à  représenter  malgré  eux  dans  ce  lieu  d'horribles 
tortures,  les  excès  ignominieux  de  la  luxure  et  de  la  laUe 
auxquels  ils  s'étaient  aiionués  dans  le  cours  de  leur  vie  ter- 
restre (5).  Ce  sont,  dans  une  autre  vision,  celle  du  chevalier 


(i)  nhabani  Mauri,  De  riliisvt  TfatMflms.  —  Vinr.  MIov.  Sfec 
peeralis  in  gcovre.  —  De  M|>ltai  rilii»  capitalib**.  —  Dn  liw—i 
.iTarili*  clauslraHnm,  «e. ,  rte. 

(S)  Vojei  ei-apn'»,  in  no<i». 

(3)  Direrma  penoMf  rititiow»  ■o«arclioi«B,  ■«•ialiM 
sacenlotum  ac  eti««  ci«mar«aa.  (Vioc.  BcIIot.  Spee.  mot.  th 
bus.) 

(4)  H.  Oianam,  AtadM  wr  k»  iiweii  paM^Mt  à»  h  Oriim 
p.  03. 

(5)  Vinc.  BelioT.  Spw.  mm.  De  rereUlioBifcw. 

7 


99 


REVUE  DE  L'ARCHITECTUHC  ET  DES  TRAVAUX  PUBL[CS. 


lUO 


Tundal  ou  Tantale,  des  supplices  inénarrables  infligés,  dans 
l'enfer  encore,  «  aux  moines  et  aux  religieuses ,  aux  clia- 
»  noines  et  autres  clercs  qui  ont  menti  à  Dieu  sur  la  terre 
»  par  leur  tonsure  et  leur  habit  :  qui  jadis,  aiguisaient  leur 
»  langue  comme  le  dard  des  serpents,  ot  qui  n'ont  pas  su 
»  s'abstenir  des  œuvres  impures  (1).  »  Ainsi  sont  reprochés 
aux  clercs,  dans  les  écrits  de  cette  époque  (2),  la  débauclie, 
la  sensualité  et  la  détraction.  La  zoologie  de  Saint-Denys 
offre  le  même  ordre  d'idées,  le  même  esprit,  le  même  sceau  ; 
elle  montre  par  la  sculpture  les  péchés  commis  dans  la  vie, 
sous  le  type  des  mêmes  monstres  qui  punissent  au  même 
siècle,  les  mêmes  péchés  dans  l'enfer. 

Déroulons  ici,  cependant,  sous  la  forme  la  moins  complexe, 
celle  d'un  simple  dictionnaire  contenant  26  articles,  l'expli- 
cation analytique  des  élémenls  de  ces  statues.  Cet  essai  de 
mystagogie  emprunté  aux  sources  du  moyen  âge  donne  les 
rapports  des  trente  animaux  reconnus  parmi  les  statues  des 
tourelles,  avec  des  péchés  de  tout  ordre,  et  l'on  peut  nom- 
mer ce  chapitre  :  la  Zoologie  symbolique  des  tourelles  de  Saint- 
Denys. 

AILES. 

L  Les  ailes  marquent  la  prière,  la  contemplation,  et  en 
même  temps  les  vertus  chrétiennes,  car  les  vertus  et  la 
prière  peuvent  seules  élever  l'âme  et  porter  la  pensée  de 
l'homme  aux  choses  d'en  haut  et  au  ciel.  Déployer  ses  ailes, 
c'est,  selon  Philippe  de  Thaun,  s'élever  par  les  élans  de  la 
prière,  dans  une  région  supérieure  aux  tempêtes  de  cette 
vie  (3).  11  ajoute  que  les  mains  de  l'homme  sont  deux  ailes 
qu'il  doit  lever  souvent  vers  Dieu,  et  vers  le  ciel,  d'où  des- 
cend la  vertu  qui  terrasse  l'esprit  de  ténèbres. 

«  E  pnr  çeo,  hom  de  Dé 


»  De  sus  mer  deis  voler 

»  Ceo  est  le  munt  surmunter  ; 

» 

»  Hom  ki  volt  surmunter 

»  Seseles  deit  lever. 

»  Li  hom  dous  mains  nnt 

»  Ki  pur  eles  lur  sunt 

»  Ses  mains  deit  hum  lever 

»  Al  cel  Deu  aurer, 

»  Re  del  cel  vint  vertud 

»  Dunt  Satan  fud  vencud  (4).  » 


(1)  Ibid.  De  visione  quàdam  Tundaii. 

(2)  V.  la  vision  d'Albéric,  moine  du  Mont-Cassin,  écrite  sous  sa  dictée  au 
XII»  siècle  et  publiée  à  Kome  en  1814,  par  l'abbé  Cancellieri.  —  La  vision 
d'OlUlon,  moine  de  Ratisbonne  :  Liber  visionum  tùm  suarum,  tùm  alio  • 
rum,  ap.  Bernard.  Pez,  Thésaurus  Anecdotar.  novissim.  1. 111.  —  La  vision  de 
Wetting,  moine  de  l'abbaye  de  Reichenau.  Acta  Sanctor.  ordin.  S.  Benedicti, 
sect.  IV.  part.  2,  pag.  203.  —  La  vision  de  Gauchelin,  Orderic  Vital,  Hist. 
Ecclesiastic,  lib.  VIIL  —  Et  M.  Ozanam,  Études  sur  les  sources  pouti- 
q\ies,  etc. 

(3)  MSme  opinion  dans  Rbaban  Maur,  au  sujet  des  quatre  animaux  symbo- 
liques de  la  •  Vision  d'Ézéchiel.  •  •  Faciès,  dit-il,  itaque  ad  fidem  pertinet  : 
penna,  ad  contemplationem...  Per  contemplationem  vero,  quia  super  nosmet- 
ipsos  toUimur,  quasi  in  aère  elevamur...  •  (Rhab.  Maur.  in  Ezech.) 

(4)  Li  Biesliaires  de  la  Bibliothèque  Royale  donne  le  même  raisonnement 


Les  ailes  .sont  aussi  la  figure  des  vertus  chrétiennes  :  l'hu- 
milité, la  patience,  la  miséricorde,  sont  autant  d'ailes  pour 
le  juste,  ailes  qui  l'enlèvent  au  monde  et  qui  le  rapprochent 
de  Dieu  (1).  C'est  ce  que  dit  le  Physiologue,  qui,  au  rapport 
des  Bestiaires,  nomme  les  vertus  les  plumes  de  Dieu  :  «  De  ce 
»  dist  Physiologue  cest  li  essamples  de  nos  meime  ;  qant  Dex 
»  fist  Ihome  il  le  fist  et  forma  à  sa  samblance  dont  devons 
»  avoir  de  ses  plumes,  ou  il  ne  nosconoistra'nient  plu«,  ne 
»  ne  fera  nient  devant  ce  qil  nos  en  vera  vestu;  cest  à  dire  ((e 
»  nos  soions  veslus  daumosnes  de  humilité  de  pitié  de  pa- 
»  cience  et  de  soffrance  encontre  neutre  proisme,  dont  nos 
»  conoistra  Dex  por  ses  fils  por  ces  plumes  (2).  » 

IL  Le  nombre  des  ailes  peut  quelquefois,  en  certains  cas 
faciles  à  discerner,  déterminer  les  vertus  figurées  par  elles. 
/>PM.T  ailes  marquentd'ordinaire  l'accomplissement  du  double 
commandement  de  la  charité,  quelquefois  aussi  les  deux  Tes- 
taments, dont  l'âme  doit  être  nourrie  pour  atteindre  à  la  per- 
fection qui  obtient  les  récompenses  célestes  (3).  Trois  ailes 
marquent  quelquefois  les  trois  vertus  théologales,  quatre,  les 
quatre  vertus  cardinales,  cinq,  la  mortification  des  cinq  sens, 
six,  les  six  œuvres  de  miséricorde  (4) ,  sept,  les  sept  vertus 
ou  dons  de  l'Esprit  divin. 


dans  son  chapitre.  De  la  nature  al  ybeus,  c'est-à-dire,  de  l'ibit,  ou  de  la  ci- 
gogne, oiseau  figurant  le  pécheur,  et  auquel  il  reproche  de  ne  vouloir  point 
voler,  ni  noer  (nager)  sur  la  mer  du  monde: 

•  Por  Dieu  signor  or  aprendons 

•  En  quel  guise  noer  devons  : 

»  A  Dieu  ki  est  haus  et  humains 

•  Devons  en  haut  lever  nos  mains... 

.  Se  la  nés  (nef),  ne  dreçoit  son  voile 

•  Quant  el  nage  au  cors  (cours)  des  estoiles. 

•  Elle  ne  poroit  pas  sigler  (cingler), 
»  N'oisiaus  ne  poroit  pas  voler 

•  Se  il  ses  eles  n'estendoit 

•  Et  sa  plume  ne  descouvroit, 
»  Tout  ensement  sacies  ensi 

■  Quant  li  fil  Israiel  jadis 

•  Contre  Amalech  se  combatoient 

•  Et  a  toutes  eures  vaincoient 

t  Que  Moyses  ses  mains  levoient 
>  Et  si  tost  come  il  les  baiscoit 

•  Li  luis  (Juifs)  ierent  li  piour,  etc.  • 

Et  Voy.  aussi  Rhab.  Maur.  Allegor.  in  Sac.  univ.  Script. 

(Fol.  XL) 

(1)  Alie  itaque  virtutes  sunt,  ala;  bona  opéra  intelliguntur,  sine  quibus 
volare  non  possumus.  Ipsa>  nos  ferant,  ipsai  ad  coelpstia  élèvent  ;  babes  hn- 
militatem,  ala  tibi  est;  habes  misericordiam,  ala  tibi  est:  habes  patientiam, 
ala  tibi  est,  quot  virtutes  habes,  tôt  alas  habes.  (Brun.  Asteus.  De  novo 
mundo.) 

(2)  Li  Livres  de  Natures  des  Restes,  mauuscrit  de  l'Arsenal,  fol.  206,  Del 
Corbel. 

(3)  Si  habes  cbaritatem  ut  Deum  et  proximum  diligas,  duas  alas  habes  quse 
tibi  ad  volandum  sufïicere  possunt  (S.  Brunon.  Attens.).  —  Possumus  ttiam 
per  duas  alas  Dei  et  proximi  dilectioneni  significare,  quibus  quicumquc  caret 
non  habet  undè  volet  ad  regnum  cœlorum  (Oddon.  Astens.  inPsalm.) — Dilec- 
tio  Dei  et  proximi,  et  novum  et  velus  ïestamentum,  itemque  justifia,  charitas 
ca!ter;cque  virtutes,  ala;  Dei  sunt,  quia  sine  bis  nemo  ad  Oeum  volare  potest 
(Oddon.  Astens.  in  Psalm.).  —  V.  Yvon.  Carnot.  Serm.  in  Ascension. 
Domin. 

(4)  Sex  opéra  misericordi»  ...  sunt  :  pascere  esurientem,  potare  sitientcm 
collocare  hospitem,  vestire  nudum,  visilare  infirmum,  consolari  vinculatuœ, 

*  gt  j-rr  1  a:c  inIcDigilur  seplimum,  quod  est  in  Tobiâ,  scillicet  sepelire  mortuos 


101 


HKVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLIC. 


lOÎ 


III.  Les  ailes  de  grande  euvergure,  celles  de  l'aigle,  du 
héron,  etc.,  sont  prêtées  aux  Esprits  célestes,  elles  désignent 
des  vertus  solides  et  une  grande  promptitude  à  accomplir 
la  loi  de  Dieu  ;  aussi  n'est-ce  pas  par  ces  ailes,  que  les  oi- 
seaux carnassiers  représentent  communément  dans  la  Sym- 
bolique, l'Esprit  du  mal  et  les  pécheurs,  mais  par  leurs 
serres  seulement,  leur  bec  et  leur  vie  de  rapine  (1). 

IV.  Conséquemment  à  ce  principe,  les  ailes  petites  et  fai- 
bles marquent  des  vertus  peu  solides  et  d'une  portée  très  res- 
treinte. 

V.  Les  ailes  vastes,  mais  débiles  et  impropres  à  l'essor, 
ou  incapables  de  soutenir  longtemps  le  personnage  auquel 
elles  sont  attribuées,  désignent  l'absence  des  vertus  réelles 
et  le  renoncement  à  la  prière  ;  car  quittant  à  peine  la  terre 
et  seulement  pour  peu  d'instanis,  ces  ailes  démentent  p»le 
fait  leurs  apparences  spécieuses  :  telles  sont  diverses  ailes 
fantasti(iues,  celles  d'insecte  étendues  à  des  proportions  co- 
lossales, celles  de  poule,  de  dindon  et  des  autres  oiseaux  de 
basse-cour,  surtout  les  ailes  de  l'autruche  dont  la  dimension 
remarquable  a  quelque  chose  de  s])écieux.  Ces  ailes  trom- 
peuses sont  souvent  figurées  (Ir'ploijrfs  ou  ilress/es,  circon- 
stance qui  dénote  formellement  (2)  les  manèges  des  hypo- 
crites, cherchant  à  singer  les  vertus  dont  ils  n'ont  que  les 
faux  dehors  (3) . 

VI.  Les  ailes  des  oiseaux  palmipèdes,  quand  elles  soulèvent 
ceux-ci  à  fleur  d'eau,  sont  prises  dans  l'acception  des  vertus 
et  dans  celles  de  l'habitude  de  la  prière.  L'eau  signifiant 
sotivent  le  monde  et  la  vie,  et  son  fond  fourbeux  étant  pris 
pour  le  gouffre  impur  des  passions,  ces  ailes  qui  portent  ses 
hôtes  à  sa  surface  sont  les  vertus  et  les  mérites,  par  les- 
quels le  juste  surmonte  le  mal  et  vit  dans  une  région  aussi 
élevée  qu'il  est  donné  à  l'hounne  de  le  faire.  Celte  acception 
est  celles  des  ailés  des  canards  (4)  et  des  autres  oiseaux  pal 
mipèdes  que  l'on  voit  sur  les  pierres  tumulaires  et  les  fres- 
ques des  catacombes  :  mais  dans  les  représentations  de  pé- 
chés, où  ces  animaux  sont  à  sec,  ces  ailes,  impropres  au  vol, 
ont  le  même  sens  que  celles  d'autruche. 

VU.  Les  ailes  de  chauve-souris,  conformées  pour  raser  la 
terre,  et  qui  ne  sont  que  des  membranes  débiles  et  non  pen- 


undè  versus:  t  Visito,  poto,  cibo,  radimo,  tego,  colligo,  condo.  •  (I.uilolpli. 
Saxon  in  Vit  Clirist.) 

(i)  Alas...  accipitri  et  hcrodii  suscipiamns,  non  ut  aliquod  rapiamus,  vrro 
ut  obodiontiani  iiohis  injunctam  oplorriniù  fariamux.  Talium  cnim  ariam  ala- 
rumiiiii"  omnium  qua'  de  rapinA  viviint,  ala'  quidem  cl  Iwnam  si|;niflcaliunrm 
halicrii  possunt,  ungui's  vero  et  rosira i-taciiont-m.  slKninoationcm  impiam  lia- 
boiit.  l'cr  talcs  onini  sigiiilicantur  maligni  spirilus,  quorum  omnis  operalio 
furtum  ot  rapina  est  (S.  Hrunon.  A.sicns.). 

(2)  Cùm  tempus  fuerit,  in  alium  aUu  erigit  (Strulhio)...  Job  XXXIX. — 
Saint  HrunoHy  avec  tous  les  l'ùres,  commente  liasi  cette  expression  :  Alas  lune 
liypocrita  eriijil  iii  allum,  <|uando  suu:  siuiulutiunis  rirlutcs  ostcntal.  Hoc  au- 
trm  facit  n'im  tcnipus  fucril,  id  est  cAm  à  niultis  se  videri  et  laudari  scnscrit. 
(S.  Brunon.  astens.  in  Jnb.) 

(3)  Non  respiciamus  ad  strutliionem  cujus  ala*  infirmœ  sunt,  non  attendamus 
ud  bypocritas  i|ui  se  nngunt  esse  quod  non  sunt,  quibus  lune  alic  deflcient 
quandi'i  ois  niaxim6  neoossarla'  crunt.  (Ibid.  De  novo  niundo.)  —  Vincent. 
Bellovac  Spec.  Mor..  —  Boi'c,  etc. 

(4)  Y.  Uosio,  Koma  soltcrranea,  pag.  S63,  467,  SOd. 


nées,  sont  prêtée»  à  regjirit  da  mal  et  aax  personnifications 
de  vices,  la  terre  sigtiin.int  le^  œuvres  chamelles,  le  monde 
dans  son  acception  de  région  du  mal  et  de  domaine  do  pé- 
ché, et  l'attacbemeut  exclusif  aux  avantages  temporels  :  ce 
sont  là  eflTectivement  le  but  et  les  fins  des  âmes  penrenet, 
dépourvues  âes  plumen  de  Dieit  parce  qu'elles  sont  sans  ver- 
tus, étrangères  à  la  prière  que  figure  l'aile  empennée,  et 
n'ayant  en  propre  que  l'hypocrisie  et  l'ostentation,  comme 
ces  ailes  illusoires. 

ANE. 

Les  commentateurs  montrent  Tàoe,  favori  de  son  posses- 
seur et  prenant  la  part  la  plus  forte  de  son  labeur  babitael  : 
objet  de  ses  soins  assidus,  engraissé  même  de  son  pain,  de- 
venant ingrat  à  la  longue  et  méprisant  son  bienfaiteur,  enfic 
le  jetant  dans  la  boue  et  se  refusant  au  travail  1).  L'âne,  ea 
vue  de  ces  caractères,  est  l'emblème  des  sens  révoltés  contre 
l'esprit,  celui  de  la  chair  prévalant  sur  l'âme  soit  par  les  dé- 
sordres les  plus  grossiers,  soit  par  la  stupidité,  l'ignorance  et 
l'entêtement  (2),  générations  de  la  paresse.  Telle  est  rallii- 
sion  de  l'Onocentaure ,  monstre  moitié  homme  et  moitié 
âne  (.'!) ,  et  celui  de  l'âne  vautré  par  terre,  ou  couché  on  age- 
nouillé, ou  se  refusant  à  marcher. 

AUTRUCHE. 

1°  Les  larges  ailesde  l'autruche  semblent  promettre  un  vol 
puissant,  mais  cette  vigueur  apparente  n'est  qu'insufOsaoce 
et  faiblesse;  l'autruche  à  la  course  légère  ne  peut  prendre  le 
moindre  essor,  et  sa  conformation  d'oiseau  est  comme  usur- 
pée et  factice.  Dans  la  statuaire  chrétienne,  on  voit  les  aiks 
de  l'autruche  prêtées  aux  personnifioalions  de  péchés  ;  elles 
représentent  alors,  soit  les  faux  semblants  de  l'hypocrisie, 
soit  l'absence  de  la  prière  dont  l'essence  est  de  tendre  en 
haut,  soit  les  goûts  charnels  et  terrestres,  qui  ne  laissent 
place  dans  l'âme  à  nulle  sainte  aspiration  (4)  ;  telest  lesaM 


(I)  Vinc.  BelloT.,  Spec.  Mor.,  m,  di«t.O.  pars.  I.  tt  aliàt. 

(3)  S.  Brunon.  astens.  Sup.  Exod.  18.  —  Boft..  etc.  —  Rbabu  '. 
omnia.  Colon.  Agripp..  t.  III,  S5,  etc.  •Asiooruni  qiioi]«e.  ni  i 
mine  aliquandù  iuxunosonini  pelaUolia,  ali<|iuit<lô...  ttaltitia...  i 
—  Asinus  enim  myslic^,  qutVl  brutom  et  libidinom 
tum  homincm,  et  luxuriam  islius  mundi  taolummod^  i 

(3)  Vinc.  Bellov..  Spec.  Mor..  I.  III.  Dist.  19.  pu* 3,  et «ftiact.  S,  p»n9. 
col.  978  et  1379,  i<dition  Duaci.  —  Philip  de  ThaoB,  Tbe  BeMùry  —  U  BiM> 
tiairc,  maiiuscrit  rimi'  de  la  Dibliotb^ue  ra>aie,  xiii*  siècle.  —  Li  Lme  4m 
Natures  des  Destes,  manosrril  de  l'Aneoal.  —  V.  ti'frtê,  à  Tartieie  •  Cha- 
meau, >  in  noiit,  note  sur  le  Gamal. 

(4)  Strulhio in  similitodiM  arb  p«WMM  haliere  Tidtfw,  laMH  de  Hrrt 

allius  non  elevatur...  Per  StnithioMa  mytlieè  hjrpoerita  licili  ibim  Wi, 
qui  se  bonos  «imulanl....qni  unrtitalisrilam.  qnasi  TolalAspeMuua.  par  «^ 
ciem  retinent  et  per  operam  non  exercent...  Polest  tlUm  sUmllûa  fcamiii 
Tel  philosopli05  signiflcare,  qui,  ràm  penois  sapienlùr  te  exahare  ii>l— I..  . 
lamen  non  crnlant   (Rhaban.  Maar.,  De  anireno  .  lib  VIII.  np.  8  ) 

Alas  lune  hyprocriu  erigit  id  allum,  qaaadi  sa*  siaallalioM  Tiitalaaa^ 
tenlal.  Hoc  autem  farit  cùm  tempus  fuerit,  id  est  cAai  à  mslià  i 
laudari  senserit...  (S.  Rranonis  astensis   Expositioia  Job,  XXXIX.) 

Se«l  quiil  per  Strulhionem,  qui  alas  qwd««  babel,  whM  vark  ■•■ 
niiii  hypocritas  intelligimus,  qui,  qoamm  boai  WBilihfriiMa  irtaM,  I 
lamen  faeenraensanit  (Ibid.,  in  Lniiie.  c.  XI.) 

Mèmea  iaMprtUlioot  dans:  Kackar.  ta  iaal,  c  M.  —  S. 


103 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


104 


des  ailes  courtes  ;  ainsi,  les  affections  abjectes  et  le  dénûment 
de  vertus  sont  dénotés  dans  ï homme-autruche  par  la  struc- 
ture de  ses  ailes  et  leur  essor  bâtard  et  mixte  tenant  de  la 
course  et  du  vol. 

2°  Les  traditions  du  moyen  âge,  comme  celles  des  temps 
antiques,  prêtent  à  l'autruche  la  plus  incroyable  voracité.  Si 
l'on  en  croit  leurs  témoignages,  cet  oiseau  dévore,  englou- 
tit, non  pour  la  volupté  du  goût,  mais  sans  discernement 
aucun  et  par  voracité  gloutonne,  les  pierres,  les  mottes  de 
terre,  les  métaux  les  moins  digestibles,  des  charbons  même 
incandescents  (1).  Dans  les  contrées  orientales  où  les  au- 
truches du  désert  sont  parfois  mêlées  aux  essaims  des  tribus 
arabes,  on  en  a  vu,  assure-t-on,  avaler  des  pendants  d'o- 
reilles placés  à  portée  de  leur  bec  (2).  Aussi,  la  tète  de  l'au- 
truche est-elle  souvent  dans  les  arts  l'emblème  des  excès  les 
plus  brutaux  de  la  gourmandise,  de  cette  horrible  avidité, 
qui,  «  sans  délectation  du  goût  » ,  n'est  qu'un  empressement 
sans  fin  à  combler  le  gouffre  du  ventre  (3).  C'est  le  péché  de 
«  glotonie  ■> ,  celui  de  «  mengier  à  outrage  » ,  la  «  gastri- 
margie  crapuleuse  » ,  l'effroyable  voracité  »  qui,  sous  tous 
ces  noms  à  la  fois,  spécifie  dans  les  livres  du  moyen  âge  le 
sixième  et  avant-dernier  péché  capital. 

BÉLIER. 

Le  premier  usage  que  le  bélier  fait  de  ses  forces  est  pour 
la  lutte  et  l'agression  :  c'est  à  quoi  il  essaye  ses  cornes  aus- 
sitôt qu'il  les  sent  pousser;  il  les  y  exerce  plus  tard,  il  y  pro- 
voque ses  pareils,  et  dans  son  ardeur  de  combat  il  altaijue 
même  les  hommes.  Aflssi,  et  surtout  par  ses  cornes,  repré- 
senle-t-il  les  rivalités  acharnées,  les  querelles,  les  rixes,  la 
contention  (4j. 

Le  bélier,  comme  la  brebis,  a  l'instinct  moins  développé 


De  Novo  mundo.  —  Buec.  —  Vinc.  Bellov.,  Spec.   Mor.,  1.  III,   Dist.   10, 
pars  3,  etc. 

(1)  C'est  précisément  cette  indifférence  inouïe  pour  la  saveur  des  aliments 
qui  motive  ce  symbolisme.  La  voracité,  écrivait  encore  Ripa  au  xvii«  siècle, 
fait  qu'espérant  le  nouveau  goût  des  mets  qu'on  va  dévorer,  on  se  hàle  d'ex- 
pédier ceux  qu'on  a  déjà  dans  la  bouche,  sans  chercher  à  les  savourer.  Aussi 
peint-on  l'avidité  sous  la  figure  d'une  femme  qui  d'une  main  caresse  un  loup 
et  pose  l'autre  sur  une  autruche,  cet  oiseau  avalant  le  fer  et  les  aliments  les 
moins  digestibles,  et  le  loup,  massacrant  les  troupeaux  en  masse  sans  réserver 
de  sa  proie  ni  prévoir  la  faim  à  venir.  {Iconologia  diCesare  Ripa.) 

Bochard  cite  nombre  d'auteurs  à  l'appui  de  ce  qu'il  dit  lui-même  sur  la 
voracité  de  l'autruche:  CElian.,  De  naturà  animalium,  XIV,  7.  —  Alexandre 
d'Aphrodisie,  in  Pra-fat.  apud  Aristotel.  Emblemata.  —  Alberl-le-Grand.  — 
Ulysse  Aldrovande.  —  Conrad.  Gesner  Tigurin.,  Histor.  animal.  —  Les  sa- 
vants éciivains  arabes  Averrboés,  Alkasuinius  et  Damir,  dont  il  cite  les  textes 
dans  leur  langage  original  avec  leur  traduction  latine.  (Bochart,  Hierozoïcon, 
I.  Il,  17.) 

(2)  Lapides,  terra;  glebas,  carbones,  candentes  prunas,  gemmas,  ex  adstan- 

tium  auribus  pendentes  sine  ullo  délecta  vorat  (^Elian.,  XIV,  7.)  — Et 

Torat  ossa  dura,  et  lapides,  et  glebas,  et  ferrum,...  et  ciim  videt  in  aure  par- 
vam  margaritam,  rapit  eam.  (Damir.) 

(3)  •  La  segonde  branche  est  de  mengier  et  de  boire  a  outrage  sans  mesure. 
Cist  sont  proprement  gloutons,  qui  tout  engloutenl  come  fait  li  goffre  de  Sata- 
nie.  »  (Manuscrit  du  xm'  siècle.  Bibliothèque  royale.) 

(4)  Passim  dans  les  Commentateurs.  —  V.  pour  l'application  des  cornes  aux 
personnifications  de  péchés,  Vincent.  Bellov.,  Spec.  Moral.,  1.  III,  d.  3, 
par»  9. 


et  montre  moins  d'intelligence  que  la  plupart  des  animaux 
domestl([ues.  Il  personnifie  par  là  l'ignorance  la  plus  épaisse, 
la  stupidité,  l'ineptie,  l'indifférence  religieuse  qui  en  est  sou- 
vent le  résultat  (ij. 

CHAMEAU. 

1"  Le  cha'iieau  porte  le  front  haut,  le  cou  renversé  en  ar- 
rière, et  son  encolure  prend  dans  la  marche  un  mouvement 
dominateur;  son  corps  est  grêle  et  élancé,  et  la  bosse  qui  le 
surmonte  rappelait  aux  yeux  de  nos  pères  ces  sols  âpres  et 
montueux  assimilés  dans  l'Évangile  à  l'exaltation  de  l'or- 
gueil (2).  S'.ius  ce  point  de  vue,  le  chameau,  quoique  doté, 
ce  nonobstant,  d'acceptions  très-avantageuses,  était  l'itnage 
des  superbes  (3),  enmêtne  tempsque  par  sa  stupidité  il  figu- 
rait^es  esprits  lourds  et  les  goûts  abjects  et  terrestres  (4). 
Son  nom  est  souvent  employé  dans  celte  acception  dans  les 
livres  saints. 

2°  Une  tortuosité  remarquable  distingue  l'ossature  entière 
et  la  charpente  du  chameau  (5)  ;  cet  animal,  vu  de  profil, 
offre  par  sa  ligné  dorsale  un  festonnement  continu  :  ses  ge- 
noux sont  coiume  une  bosse  au  milieu  de  se  jambes  grêles, 
et  sou  museau  plein  de  finesse  forme  un  contraste  remar- 
quable avec  la  saillie  de  son  front.  Quand  on  regarde  le  cha- 
meau en  silhouette  et  comme  ensemble,  on  ne  voit  qu'une 
lourde  bête  et  une  masse  irrégulière  dont  tous  les  détails  cho- 
quent l'œil.  C'est  en  vue  de  ces  caractères  et  jugé  d'après  ses 
dehors,  que  le  chameau  a  figuré  ce  qu'il  y  a  dans  l'ordre  moral 
de  plus  contraire  à  la  droiture,  c'est-à-dire  la  fourberie  qui 
souslesdehors  les plussaints  cache  les  plus  honteux  désordres, 
les  affections  les  moins  réglées  et  les  vices  les  plus  grossiers. 

3°  Le  chameau,  dont  le  cou  est  mince  et  dont  le  gosier 
semble  étroit,  passait  pourtant  au  moyen  âge  pour  dévorer 
facilement  les  objets  les  moins  digestibles,  les  pierres'  et 
même  le  fer  :  par  cette  circonstance  encore  il  figurait  les 
pécheurs  hypocrites  et  sacrilèges,  gens  timorés  en  apparence, 
et  auxquels  les  docteurs  appliquent  cette  hyperbole  sortie  de 
la  bouche  de  J.-C.  au  sujet  des  Princes  des  prêtres  :  «  Doc- 


(1)  Aries  autem  ignorantiam  vel  ducalum  pravcc  intelligenlia;  désignât.  (S. 
Brun,  astens.  Op.  t.  I,  p.  3t)8.  —  Ibid.  In  Job.  —  Yvon.  tarnot.,  Serm.  De 
convenientià.  S.  Ilieron.  epist. 

(2)  Omnis  mons  et  coUis  humiliabitur.  (Luc,  III,  5.  —  El  passim  dans  les 
livres  saints.) 

(3)  Cameli...  nomine  aliquando  in  sacro  eloquio  gentilium  superbia  expri- 
milur,  quasi  excrescente  desuper  tumore  tortuosà.  [Rhaban.  Maur.,  De  uni- 
verso,  VU,  8.) 

Camelus,  est  Judœus  tumens  per  superbiam.  Scribarum  et  Pharisajorum  per- 
sonam  gestat,  qui  per  superbiam  stultitiaîque  vitio  notahilessunt...  Stultorum 
quippe  est  proprium  superbire.  (Hhab.  Maur.,  Enarrat.  in  Levitic,  III,  1.  — 
Ibid.,  in  Deuteronom.,  II,  6.) 

(4)  Camelus,  araor  seculi...  —  Cameli,  peccatores  moribus  disiorti.  (Hrab. 
M.iur  ,  De  universo,  VII,  8.) 

Sed  quid  per  camelum,  cujus  unicum  et  singulare  oflîcium  est  onera  portare, 
nisi  eos  inlelligamus,  qui  peccatorum  pondère  prœgravantur ?  'S.  Brunon. 
astens.,  borail.  in  NaUil.  Apostolor.)  —  Origen.,  in  Matlli.,  XIX.  —  S.  Eu- 
cher.,  in  MattU.,  XXIll,  24.  —  S.  Brunon.  astens.,  Sententiur.,  lib.  VI.  De 
confessor.,  cap.  2.  —  Ludolph.  Saxon.,  Vit.  Christ.,  pars  II,  13. 

(5)  Particularité  signalée  par  son  nom  en  grec.    •  Gamal  (camelum) 

Vcrbo  gra;co  curium  significat.  (Rhab.  Maur.,  De  universo,  VU,  8.) 


iu:> 


HKVlîE  DE  h'XMAWmyUM:  KT  |J|<:î>  THAVA!:\  I'I.BLICS. 


IW 


teuri  areuyles.  disait-il,  ih  dissrqnent  le  moucheron  (pour  n'en 
avaler  que  les  parties  molles),  et  el  iharaknt  le  chameau  I  » 
c'est  à-dire,  ce  qui  non  seuleinrnt  par  son  énormité,  mais 
par  sa  tortuosité  surtofit,  paraîtrait  le  moins  susceptible  de 
descendre  dans  le  gosier  (1). 

4°  Selon  la  coutume  du  moyen  âge,  de  personnifier  les 
vices  par  les  types  de  leur  excès,  le  chameau  fut  pris  fté- 
queiiiment  pour  l'emblème  de  la  colère,  damai,  qui  est  son 
nom  en  hébreu,  se  traduit  par  r(HriliiUion,ei  le  chameau, 
bien  que  traitable,  débonnaire  et  reconnaissant,  est  en  efiet 
parmi  les  bêtes  l'animal  le  plus  rancunier.  Le  souvenir  du 
mal  reçu  ne  sort  jamais  de  sa  mémoire,  et  il  est  fidèle  à  le 
rendre,  môme  a[)rès  uti  temps  prolongé  ;  nul  aussi  ne  paye 
cette  dette  avec  plus  de  ressentiment  et  d'inexorable  colère. 
Une  homélie  de  saint  Basile  qualifie  ce  courroux  sans  terme 
du  nom  de  «  colère  de  tous  les  jours,  »  parce  que  rien  ne 
l'affaiblit  et  que  les  mois  et  les  années  ne  peuvent  rien  sur 
cette  haine  {'J).  Après  lui,  saint  Jean  Chrysostome,  saint 
Grégoire  de  ÎMazianze,  saint  Isidore,  Euutathe,  le  savant 
Oléarius,  et  un  grand  nombre  d'autres  auteurs  comparent 
le  vindicatif  au  chameau  sans  miséricorde  {^.i),  et  Bochart  cite 
le  proverbe  :  «  Cne  colère  de  chameau  :  »  cette  expression 
spécifiait  les  irritations  les  plus  implacables,  et  le  même 
auteur  admire,  à  l'égard  du  nom  hébreu  du  chameau,  la 
sagacité  que  son  choix  prouve  dans  notre  premier  père  :  «  Ce 
que  nous  savons,  dit-il,  par  l'expérience,  des  ressentiments 
du  chameau,  il  le  vit  du  premier  coup  d'œil  :  il  comprit  que 
cet  animal  garde  d'implacables  colères  (4),  et  lui  imposa. 


(1)  Duces  caîci,  excolantcs  culicfim,  ramelum  aiitcm  glatientes  (Matth., 
XXIII,  34) .  Le  clMin(^aii,  noiimn'  dans  ce  texte  (wur  marifuer  de  graves  désor- 
dres, était  pris  par  metoiiymie  pour  celui  qui  se  tes  permet. 

Culicein  eiiiiii  |ii|uant,  hoc  est,  ininuti>simè  maniluni  illi,qui  iniiiiina  tan- 
tùni  III  loge  pervestigant  ;  quibus  studiosiùs  Insistant  ubi  omiiis  iugeiiii  vires 
intendant.  Canielum  vero,  hoc  est  perversorum  actuuni  tortuositntem. ..  par- 
vipendunt,  nulloquippe  mansu  ruminationeve  dévorant;  quasi  nihil  ad  rem 
pertineat,  s.icr.t  habere  hidibrio,  et  sceleratissimis  quibusquc  facinuribas  in- 
quinari.  (Pier.,  XII,  32.) 

(2)0learins  (Iliner.  l'ersic,  lib.  X.)  narrât  de  camelo  non  it&  pridem  à 
servo  qundani  pln^is  excepte,  qui  posi  aliquot  menses  eomdetn  inler  innitos 
alios  in  diversorio  jacentuin  elegit,  et  pedibus  oblrivit.  (Uocbart.  Ilicroxuicon, 
II,  1.  DeaimcU  noviiiit), 

(3)  Les  RK^mes  auteurs  qui  signalent  ces  irritations  du  chameau  rendent  ce 
nonobstant  justice  à  sa  grande  docilité,  et  ajoutent  qu'il  symbolisait  quelque- 
fois celle  qualité  parmi  les  p.uens  ;  on  le  représentait  alors  tenu  au  licou  par 
un  faible  enfant.  (V.  aussi  Pier.,  I,  ,XIII,  Tructabililm.)  De  plus,  sa  pa- 
tience est  si  grande,  qu'elle  lui  a  valu  parmi  les  Arabes  le  nom  d'Abu-Job,  ou 
père  de  Job  (Damir). 

(4)  llebraico  Gantai  <|uandoque  est  bonum,  quandoque  est  •  malnm  repen- 
dere. . .  •  Indu  camelus  nierit6  103  Gamal  dictas  est  :  quia  niillum  est  ani- 
mal, quod  vel  accepte  injuria',  luemoriam  cooservet  tenacms,  vel  ulliumm 
persequalur  acrii'is.  Unde  Basilius,  luimil.  8,  in  Hexaémerun,  quo  loco  ani- 
uialia  terrestria  marinis  confert  et  prapfert,  •  Camelorum  autem  animum  inju- 
riaruni  racmorem  ,  et  gravoni,  et  diuturDain  iraoi  quis  marinorum  iuiitari 
quc.1t?. . .  ■  (Mim  verberibus  ca'sus  camelus,  ira  longo  posl  lem|)ore  rcconditjl, 
cùm  conimodum  tempus  iiactus  fuerit,  malnm  rependil.  .  Chryso.<lomus  in 
sermone  *<?>  âuXu-cu,  edil  Savil.,  tom.  VII,  p.  3S3;  •  Kacti  sunt  injuriarum 
meinores  sicul  caineli.  •  Isidojus  Pelusiota,  lib  II,  Epist.  I,1S,  •  Cùm  quis  ut 
taurus  subsullal.  ut  asinus  calcitrat.  ni  salax  equus  in  fieminas  hinnit.  ut 
ursus  venlri  indulget,  ut  muUis  corpus  saginat,  et  ut  camelus  m' mor  est  inju- 
riarum. >  —  Eustatbius  in  llcxaém.,  p.  39:  •  Equus  in  fceminam  libidinc 
ardet,  tardus  est  asinus  el  aoris  auditiVs. . .,  et  camelus  aoreplir  injuria-  memi- 
nit.  >  —  ..  •  Doctissimiis  Oléarius  (Itiner.  Persic,,  lib.  V):  •Ctmeli  in  nltio- 


dans  son  nom.  la  désignation  la  plus  juste  qui  pût  eipri* 

mercpt  in<tlinrt.  » 

r.n\7. 

U  flatterie  intéressée,  la  mollesse,  l'ingratitude  et  la 
malice  astucieose  renforcée  de  l'hypocrisie,  mais  sartoat 
cet  amour  de  l'indépendance  qui  porte  daas  les  moralisirs 
le  nom  de  d^sobéisnance,  celui  d  inqui/ltuU  du  corp$  (I),  tels 
sont  les  sens  prêtés  au  chat  dan»  la  Symb-jJique  cbréliénoe. 
La  mollesse  y  est  souvent  8|)écifi<'«  par  la  queue  de  cet  ani- 
mal revenant  passer  sous  son  ventre  el  formant  comme  un 
trône  de  fourrure  sur  lequel  on  le  voit  assis:  et  ses  pattes, 
toujours  rôdeuses  et  toujours  disposées  à  égratigner,  mar- 
quent celte  haine  de  la  contrainte,  des  goûu  iodépeodants 
et  libres  qui  caractérisent  le  chat.  Tels,  mais  dans  un  ordre 
plus  noble  et  marquant  l'amour  légitime  et  le  culte  saint 
d'une  licite  liberté,  les  chats  passants,  effarouchés,  et 
ceux  courant  à  toutes  pattes,  qui  ont  figuré  sur  des  ensei- 
gnes et  qui  ornent  encore  des  blasons  (2), 

CHAUVE-SOURIS. 

L'hypocrisie  et  l'amour  désordonné  des  biens  de  la  terre 
se  combinent  dans  cet  emblème  a»ec  l'aveuglement  spirituel 
f't  l'opiniâtreté  dans  sou  propre  sens.  La  chaoTe-souris  re- 
présente l'homme,  chrétien  de  nom,  païen  de  fait,  pnnemi 
des  saines  doctrines  qui  sont  la  divine  lumière,  et  se  com- 
plaisant dans  sa  cécité.  Appelé  àdes  fins  célestes  el  à  prendre 
un  sublime  e.ssor,  il  préfère  raser  la  terre  el  voltige  dans  les 
ténèbres  sans  jamais  s'éloigner  du  sol,  ce  qui  marque  son 
aveugle  ténacité  à  conserver  ses  idées  propres  et  son  sens 
abjert  et  fau.ssé  (3)  :  espèce  indécise,  ambiguë,  semblable  à 


.— itt 


nem  valde  proni  sool,  et  accepte  iojorin  ■ 

ut  in  Persidc  ira  cameli  in  proverliiaiii  abirhi.  eàm  <l«  odioi 

est...  —  (Ibid  in  Nazianteno,  iambim  tt...).  —  ||»c  de  nmtlt ' 

mine;  in  eo  vel  roaximé  elurel  primi  patns  Mpirnlia.  qui.  qaod  i 

expcrti  simus,  viso  camelo  suiim  advertil  hoc  illiiu  nse  fniiuB.  al  i 

servet  et  maluni  pro  malo  taodan  rcpcadal:  «e  |rrmilA  ^^«wl  TttrfJL  i—#. 

lalione  ad  aniroalis  naluram  ili  aocnouKMlaU,  M  •■!]•  nwilil  MM  saliM 

(Sam  Bocbarl.  liieroioicoa.  I.  Il,  e   I.) 

(t)  Vincent.  Bcllov.,  Spec  moral.  De  Mparbti  tl  Bliataa  ^ml  BiM.  & 
De  ifobtdiendà.  —  Ibid.,  De  acedii  «t  Olialw*  ^a*.  Oid.  IV.  Dt  i 
corporit. 

(i)  L'enseigoe  gnerriâre  des  Baargnigiwi.  hlunaait  par  ka 
plus  anciens  de  la  irience  béraMiqw,  pofic  d*or  à  m  dM  da  «Ma  i 
une  souri-  de  mtoe,  ei  on  lu  i|a«  loar  né  •  Gaadiearaa  f-rliit  d*anr  à  ia 
chat  cfTarouché  d'ar^cot  arme  d«  (aeulat.  •  Dan*  k  bi^m*  ttfril  nmUikm», 
la  famille  Delta  Gatta.  an  toyaaMa  da  Kapla*.  partait  d'anr  1  a«a< 
d'argent  au  lambeau  da  gnaiilM  «•  chaf  :  eaila  da  laCMlMdte.  •■  I 
d'axur  à  deux  cbau  puaaou  d'aifMt:  «aliada  tMattiw,  m 
à  un  chat  d'argeot  coDlàoné  et  oooraatan  baa;  etUa  da 
de  ntaïa.  at  aaportaiM  ■aanwia.  (De  VebMi  da  la 

(3)  VespertitÎMM  circa  terraai  vulant:  iià  «t 
quandà  arobiilani  :  qaod  iadi|MiM  «M  ia  ««,  ^ 
ram.  .Voh  *r^  «•MToiaitu  M,  aat  datilw. 
MfTAia  f  aitl  aataiatia  ad  ailrananaai  i^ttnHMaa  aH'vak  d 
ifbtnt  coHtimflaliani  ttacaiilM,  pewit  fafirialar.  (I 
verso,  I.  Vill.  c  S.) 


lo: 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


108 


l'impur  animal  qui  s'écarte  peu  de  son  trou  et  qui  tient  de 
l'oiseau  et  des  mammifères. 

Vincent  df  Boauvais  prête  à  la  chauve-souris  les  ruses  de 
l'homme  ;  il  ia  montre  étendant  ses  ailes  et  retirant  ses 
quatre  pattes  quand  elle  est  parmi  les  oiseaux,  et  plus  tard, 
faisant  son  entrée  au  grand  conseil  des  quadrupèdes  en  re- 
pliant ces  mêmes  ailes  et  mettant  au  grand  jour  ces  pattes 
et  son  corps  velu  et  fourré.  Ceux  que  cet  animal  figure  pren- 
nent, dit  le  Miroir  moral,  le  dehors  de  la  sainteté  aux  yeux 
de  ceux  qui  la  possèdent  ;  mais  ils  sont  les  plus  dissolus  et 
les  plus  effrénés  des  hommes  :  oiseaux  de  nuit,  ajoute-t-il, 
dont  l'œil  ne  pourra  supporter  les  splendeurs  de  la  vraie 
lumière,  et  qui  seront  privés  de  la  vue  de  Dieu  (1). 

CHEVAL. 

Le  cheval,  qui  souvent,  et  lorsqu'il  est  ailé,  a  de  très-io- 
bles  allusions,  en  a  de  fort  déshonorantes  quand  il  figure  des 
péchés.  Ses  correspondants  sont  l'orgueil  et  ses  générations 
premières  (2),  l'insolence,  la  ruade  et  l'entêtement.  Mais 
surtout,  en  vertu  d'un  passage  de  Jérémie  (3),  et  alors  qu'il 
est  combiné  avec  la  nature  de  l'homme,  le  cheval  lancé  au 
galop  marque  la  luxure  effrénée,  au  point  de  vue  de  l'adul- 
tère. Telle  est  l'allusion  du  centaure,  commenté  par  tous 
les  moralistes  du  moyen  âge  et  reproduit  dans  l'art  chrétien 
sur  un  très-grand  nombre  d'églises.  C'est  ainsi,  qu'appelé 
par  Vincent  de  Beaavais  et  par  Rhaban-Maur,  «  le  coursier 
du  diable  (Zi),  »  ce  péché  se  voit  au  galop  sur  l'un  des  cor- 
dons de  voussure  du  grand  portail  de  Notre-Dame.  L'adul- 
tère spirituel  de  l'âme  qui  a  délaissé  Dieu  pour  s'abandon- 
ner au  désordre  se  voit  aussi  à  Saint- Denys  au  portail  ouest 
(baie  centrale)  dans  la  personne  d'an  centaure,  qui,  avec 
un  ricanement  infernal,  balance  au-dessus  de  sa  tête  et  em- 
porte brutalement  l'une  d'entre  les  vierges  folles.  Au  portai! 
du  transsept  nord  de  la  même  église,  le  centaure  sculpté 
sous  la  console  qui  supporte  le  roi  David  semble  caractériser 
l'adultère  de  ce  prince  et  rappeler  sa  pénitence  par  le  psal- 


(1)  Vincent.  Bdlov.,  Spec.  moral.,  1.  III,  d.  10,  p.  3.  —  S.  Eucher.  in 
Commeiitar.  —  Brunon.  Astens,  in  Levitic.  —  Pier.,  I.  XXV,  c.  17.  —  Li  li- 
vres des  natures  des  besles,  manuscrit  de  l'Arsenal,  article  Li  coure  soruis. 

(2)  Une  charmante  miniature  de  l'Apocalypse  représente  l'orgueil  sous  la 
figure  d'un  cheval  blanc  tout  harnaché,  qui  rue,  se  cabre,  et  pn-cipite  par  terre 
son  cavalier,  v^tu  d'une  tunique  verte,  d'un  manteau  écarlate  doré,  et  chaussé 
de  bottines  courtes  et  d'éperons.  (Le  Mariage  de  .\otre-Dame,  manuscrit  de  la 

•  Bibliothèque  royale,  reg.  manusc.  7018,  fol.  .33,  verso.) 

(3)  Eqni  amatores  et  emissarii  facti  sunt  :  unusquisque  ad  uxorem  proximi 
sui  hinniebant  (Jerem.,  V,  8).  Equinam  (disent  les  commentateurs)  vates  ille 
dédit  homini  vocem,  ut  equinam  in  eo  petulantiam  argueret  (Picr.,  IV,  24). 
—  Jumenta,  in  stercore  putrescere,  est  carnales  homines  in  fœtore  luxuri:e 
vitam  linire  (S.  Gregor.).  Jumenta  libidinosos...  et  carnis  voluptatibus  dédi- 
tes (S.  Brun.  Astens,  in  Psalm.).  —  Per  equum,...  superbos  homines  et  luxu- 
riosos  intelligamus  (ibid.).  —  Et  V.  Oddon.  Astens.,  Expos,  in  Psalm.  30.  — 
Joël.  1.  —  Vincent.  Bellov  ,  1.  III,  d.  3,  p.  9.  —  Bochart,  Hierozoicon.  Ve 
cameli  nomine,  etc.  —  Philip  de  Thaun,  The  Bestiary.  —  Li  livres  des  natures 
des  bétes,  manuscrit  de  l'Arsenal.  —  Li  biestiaires,  manuscrit  de  la  Biblio 
thèque  royale,  xiii«  siècle,  etc. 

(4)  Porcum,  et  diaboli  jumentum.  (Spec.  mor.  De  luxiirià  et  filiabus  ejus.)  — 
Equi,  peccatores  intelliguntur  et  luxuriosi  homines,...  equi,  qui  ascensorem 
habent  diabolum  et  angelos  ejus.  (Rhab.  Maur.,  De  universo,  VU,  8.) 


térion  (1)  placé  entre  les  jambes  antérieures  du  che;val,  qu'il 
fallait  faire  galoper  pour  préciser  son  allusion  (2). 

La  suite  au  prochain  numéro. 

.Madame  Fiîlicie  d'AYZAC. 

Dame  de  la   Maison  royale  de  la  Légion  d'Honneur  (Sainl-Denysj. 


(1)  On  sait  que  David  déplora  son  crime  dans  la  plupart  de  ses  chants  on 
psaumes. 

(2)  Le  galop  caractérise  l'emportement  cl  la  fougue  désordonnée  des  vices. 


rtfftM^ittt^T  # 


NOTE 
SUR    UN    HOPITAL   EN  FER, 

CONSTRl'lT    AU    CAMP    JACOB. 

(ILE    DP    LA    GUADELOUPE.) 


DE    I.  ORir.lNE    DES    CONSTW  CTIONS    E.N    METaL    ET    DES    ENSEIGNE- 
MENTS   L.^ISSÉS    PAR    LES    ANCIENS    A    CE    SUJET. 

Dans  un  mémoire  remarquable  de  M.  César  Daly,  inti- 
tulé :  Aperçu  historique  sur  l'emploi  du  bronze  dans  les  ou- 
vrages d^art  (Revue  d'Architecture,  etc.,  t.  H,  col.  112),  nous 
trouvons  les  lignes  suivantes  dont  nous  recomu.andons  la 
lecture  à  ceux  qui  douteraient  encore  de  l'avenir  des  con- 
structions en  fur;  car,  loin  que  nous  en  soyons  l'inventeur,  il 
y  a  '2,600  ans  qu'elles  sont  connues.  Ceux-là  qui  se  défient 
des  novateurs,  y  trouveront  la  sanction  des  siècles,  et  l'ap- 
prob-ition  de  ces  divin»  poëtes-arcliitectes  dont  les  œuvres, 
encore  debout  sur  le  somn^et  de  l'Acropole  d'Athènes,  sont 
un  éternel  témoignage  de  la  puissance  et  de  la  beauté  de 
leur  art. 

«  Le  bronze  fut  le  fer  des  anciens  pendant  de  longs  siècles. 
»  Les  beaux-arts  ne  tardèrent  pas  à  l'employer,  et  l'on  ne 
»  doit  donc  pas  s'étonner  d'en  trouver  des  applications  parmi 
»  les  plus  vieilles  constructions  de  l'Egypte.  11  fallut  un  bien 
»  vif  sentinfient  de  la  beauté  des  monuments  en  bronze  pour 
»  engager  les  artistes  de  l'antiquité  à  lulfer  contre  les  im- 
»  menses  difficultés  que  présentait  alors  sa  fabrication. 

»  Eu  Grèce,  l'emploi  du  bronze  fut  extièmement  coin- 


109 


lŒVLE  I)K  LAHCIHTIXTLUK  KT  DKS  TRAVAUX  PUBLICS. 


tlO 


»  mun  :  le  Chalriœms,  à  I,acé<Iémone,  était  un  temple  en 
1)  bronze  dédié  à  Minerve,  et  élevé  [)ar  le  célèbre  Gitiadas, 
1)  puëte,  sculpteur  et  arcliitecte,  environ  750  ans  avant  l'ère 
»  chrétienne.  Toutes  les  parties  apparentes  de  ce  monu- 
»  ment,  depuis  le  somnitt  jusqu'aux  bases  des  colonnes, 
»  étaient  entièrement  enveloppées  de  plaques  de  bronze  or- 
»  nées  de  sculptures  myliiologiques. 

»  Pausaiiias  rapporte  que,  lorsque  le  temple  d'.\poIlon,  à 
»  Delphes,  fut  rebcâti  pour  la  troisième  fois,  il  le  fut  en  cuivre  ; 
ace  qui  ne  doit  pas  paraître  étonnant,  ajoute  t-il,  parce  que 
)'  Acrisius  (iinit  fait  une  chambru  de  niirre  pour  su  fille,  et 
»  que  l'on  voit  encore  k  Spai  te  le  temple  de  Minerve  Chal- 
»  ciwcos.  » 

Après  avoir  cité  les  statues  colossales  élevées  par  les 
Grecs,  M.  César  Daly  ajoute  :  «  Il  est  probable  que  ces  colosses 
étaient  formés  d'un  grand  nombre  de  iiUres  anseuible'es  par 
des  cloun  comme  des  ouvrayes  de  chaudrotmerie. 

»  Im  charpente  du  Panthéon  était  construite  en  bronze,  ei, 
»  selon  Serlio,  qui  l'avait  vue  en  place,  les  différentes  par- 
»  ties  qui  la  composaient  étaient  creuses;  elles  étaient  as- 
»  semblées  d'après  le  mode  ordinaire  des  ihurpentes  en  bois. 

»  Les  anciens  faisaient  aussi  des  courertures  en  bronze.  A 
»  Rome,  le  temple  de  Vesta  avait  ùe^  tuiles  en  bronze.  » 

N'est-ce  pas  une  chose  remarquable  que  cette  continuation 
du  monde  ancien  dans  le  ftionde  nouveau,  que  cette  prolon- 
gation d'une  pensée  solitaire  à  travers  les  décadences  de 
l'art?  Dans  tous  les  siècles  l'homme  a  eu  les  mêmes  besoins, 
les  mêmes  désirs  ;  seulement  à  mesure  que  le  cercle  de  ses 
connaissances  s'est  élargi,  il  a  trouvé  le  moyen  de  les  satis- 
faire plus  aisément,  et  il  les  a  repris  un  à  un,  renouvelant 
toujours  cette  lutte  éternelle  entre  le  vouloir  et  le  pouvoir. 

Nous  avons  pris  au  sérieux  la  phrase  si  pittoresque  de 
M.  Daly,  «  le  cuivre  était  te  fer  des  anciens  »,  et  nous  confon- 
dons sans  hésiter  dans  notre  esprit  le  bronze  et  la  fonte  de 
fer.  Tout  ce  que  l'on  dit  de  l'un  est  l'histoire  de  l'autre. 

Le  patronage  de  Minerve  porta  bonheur,  ainsi  que  nous 
l'avons  vu,  à  l'invention  ;  car  dans  la  Grèce,  ou  plutôt 
dans  le  monde  ancien,  les  constructions  en  métal  furent  en 
honneur.  Plus  tard,  lors  de  l'invasion  de  barbares,  pendant 
le  long  et  laborieux  enfantement  d'une  société  nouvelle,  les 
malheurs  du  temps  vinrent  entraver  le  commerce  et  l'in- 
dustrie, et,  après  avoir  oublié  le  traitement  du  minerai  de 
cuivre,  on  en  vint  à  oublier  les  lieux  mêmes  où  il  gisait. 
Dans  cette  partie  de  la  terre  qui  avait  formé  l'empire  romain, 
il  n'y  eut  de  cuivre  pendant  des  siècles  que  ce  qui  s'y  trou- 
vait déjà  à  l'état  de  métal.  On  dépouilla  les  monuments,  on 
brisa  les  statues,  et  on  les  fondit  ;  on  les  transforma  eu  mon- 
naie, en  armes,  en  outils  et  en  instruments  de  ménage.  Il 
est  probable,  qu'à  part  quelques  médailles,  quelques  statues 
dans  nos  musées,  il  ne  reste  plus  guère  sur  la  Uure  de  traces 
visibles  de  cette  vieille  industrie  métallurgique,  et  que  le 
métal  est  retourné  par  l'usure  des  temps,  molécule  à  molé- 
cule, dans  le  sein  de  la  terre,  sous  la  forme  d'oxydes  et  de 
sels  de  cuivre. 


.Nous  ne  parlerons  pas  de  Is  renaiwance  de  rindustrie  do 
fondeur  en  cuivre,  n'ayant  à  nouif  occnper  que  de  l'emploi 
du  fer  qui  le  remplace  aujourd'hai,  car  la  fonte  pomèà»  let 
principales  propriété»  du  bronze. 

Si  nous  avonn  auuni  iosisté  sur  l'œuvre  de  Gitiadas,  c'est 
que  nous  tenons  à  ce  que  l'on  n'attribue  l'inveuiion  des  WÊti- 
sons  en  métal  ni  à  nous,  ni  mëm»;  à  un  .Anglais,  conuM  oa 
le  pense  sîtrement  à  Londres  :  la  nouveauté  d'un  prooédé  ne 
peut  que  lui  nuire,  1  r'^tsl  vénéré  et  respecté  que  lorsqu'il 
est  si  vieux,  si  vieux,  qu'il  est  presqne  oublié. 

En  commentant  l'article  de  M.  Daly,  et  en  faiioot  atten- 
tion aux  lignes  imprimées  en  italique,  on  peut  voir  que  le 
syiitème  d'ornementation  des  maisons  en  fer  est  dét«miiné 
(«r  Pausanias,  il  dit  :  «  Les  plaques  de  bronze  étaient  «  om/e$ 
de  sculptures  mijlhnlofjiques.  <  On  devait  s' y  attendre-,  lecoivro 
était  à  cette  époque  trop  précieux  pour  qu'on  ne  l'employit 
pas  en  le  rehaussant,  en  le  couvrant  d'une  ricbe  ornementa- 
tion. Les  papyrus  n'ont  pas  autant  de  pages  blanches  et  de 
justification  que  les  romans  modernes  ! 

Les  anciens  comprenaient  très-bien  qa'uiie  décoration 
formée  d'arabesques,  de  bas-reliefs,  de  quelques  centi- 
mètres à  peine  de  saillie,  ne  nuit  en  rien  à  l'barmonie  des 
lignes  d'un  monument;  et  que,  vues  de  près,  elles  récréent 
l'œil  du  spectateur  trop  rapproché  pour  |M)uvoir  en  admirer 
l'ensemble. 

Nous  trouvons  dans  certains  édifices  du  moyen  âge  et  de 
la  renaissance,  des  traces  de  ce  système  de  décors;  bous 
nous  bornerons  à  en  citer  deux  exemples  très-/emarqaa)>le8. 

A  l'Hôtel  de  ville  de  Louvain,  le  culs-de-lampe  portawt 
les  statues  présentent  de  loin  l'aspect  de  feuillages  sculptés 
dans  la  pierre;  de  près,  on  distingue,  an  lîen  de  ces  feuil- 
lages, des  scènes  de  la  Bible  traitées  avec  une  verve  extra- 
ordinaire. Dans  la  partie  du  vieux  Louvre,  longeant  la  Seine, 
les  tambours  des  colonnes  sout  ornés  des  façons  les  plus 
variées. 

Chose  étrange,  le  sculpteur  qui  avait,  en  face  de  lui,  ua 
si  remarquable  modèle,  u'a  su  que  faire  de^  piédestau  «a 
fonte  du  pont  du  Carrousel,  dans  lesquels  sont  placés  les 
gardiens  pré|>oséa  au  péage  du  ponu  Sur  ces  piédestaux  eo 
fonte,  il  y  a  des  surfaces  lisses  de  plusieurs  mètres  carrés. 
0  Gitiadas  !  ù  Jean  (]oujon  1 

M  La  char{)ente  en  bronze  du  Panthéon  était  assemblée  à  la 
facondes  charpentes  en  bois,*  dit  Serlio.  Il  est  probable  qu'il 
en  était  ainsi,  parce  que  le  bronze  de  peu  d'épaisseur  offre, 
de  même  que  la  fonte  de  fer,  peu  de  résistance  à  la  flexioo. 
A  la  rigueur,  les  architectes  eussent  pu  multiplier  les  fermes 
et  les  rapprocher;  mais,  plus  judicieux  que  nous,  il!>  avaient 
bien  vite  reconnu  que  celte  disposition  ne  présente  pa»  Tas- 
pect  grave  et  solide  d'une  charpente  en  bois,  et  qu'elle  nuit 
à  la  majesté  d'un  monument. 

Ceux  qui  ont  vu,  entre  autres  à  Bruxelles,  la  charpente 
de  la  gare  du  chemin  de  fer  du  Nord,  dont  les  mille  petites 
fermes  ne  présentent  aux  yeux  que  la  reproduction  en  grand 
d'une  cage  en  fil  de  fer,  sans  aucun  sentiment  architectural  ; 


m 


R!-:VUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


lll 


ceux-l;i,  disons-nous,  comprendront  toute  la  portée  de 
notre  observation,  surtout  s'ils  se  souviennent  de  la  belle 
charpente  en  fonte  de  l'atelier  des  machines  de  Maudsley,  à 
Londres. 

«  Acrisiu  ;  avait  fait  faire  ane  chambre  de  cuivre  pour  sa 
fille!  i>  Cette  circonstance  ne  nous  excuse-t-  elle  pas  d'avoir 
construit  un   hôpital  en  fer,  pour  de  malheureux  soldats 
mourant  de  la  fièvre  ou  de  la  nostalgie,  sur  une  plage  brû 
Jante  de  cette  île  Atlantide  rêvée  par  le  divin  Platon  ? 

Les  anciens,  très-inhabiles  dans  l'art  de  la  sidérurgie,  se 
servaient  de  fer  forgé  et  non  de  fonte.  En  voyant  que  le  pre- 
irier  a  disparu  de  tous  les  monuments  oii  il  a  été  employé,  il 
est  bon  de  se  rappeler  que  la  durée  de  la  fonte  zinguée  peut 
être  très-considérable  ;  à  la  vérité,  les  siècles  à  venir  seuls  le 
sauront  positivement,  mais  il  semble  que  l'on  peut  sans 
crainte  tenter  un  édifice  considérable  en  fonte.  Nous  avons 
aujourd'hui  pour  cela  toute  facilité  :  il  y  a  1,800  ans,  on 
obtenait,  en  traitant  le  minerai  de  fer,  à  peine  une  masse  de 
40  ou  50  kilogrammes  par  coulée  ;  en  Angleterre,  un  haut- 
fourneau  produit  acluellemcnt,  dit-on,  16,000  kilogrammes 
par  jour,  et  en  Belgique,  nous  avons  été  ingénieur  dans  une 
usine  qui  pouvait  livrer  au  commerce  00,000  kilogrammes 
de  fer  par  jour.  Si  l'on  suppose  une  quantité  suffisante  de 
cubillots  réunis  en  un  même  point,  on  concevra  la  possibi- 
lité de  fondre,  presque  d'un  seul  jet,  un  palais  ou  une  cathé- 
drale. Très  certainement,  le  CAa/c/œcos  n'eût  pas  pesé  plus 
de  60  à  100,000  kilogrammes  (1). 


(1)  Si  de  nos  jours  l'adoplion  du  fer  a  pris  un  très-grand  développement,  il 
est  vrai  de  dire  f[ue  son  emploi,  comme  olémont  nnique  d'un  ('difice,  a  ete 
très  restreint. 

Belgique-  On  peut  citer,  dans  ce  pays,  en  première  ligne,  le  pavillon  de  mu- 
sique plac('  dans  le  parc  de  Bruxelles  (Cluysennaert,  arch.).  C'est  un  décagone 
de  10  m.  de  diamètre,  et  de  5  m.  50  de  liaulcur  depuis  le  plancher  jusqu'au 
sommet  de  la  frise.  Il  est  d'une  très-grande  légèreté,  mais  les  arabesques  de 
l'architrave  sont  d'un  dessin  très-grèle.  Il  a  coûté  18,000  francs. 

Le  plancher,  sur  lequel  est  placé  l'orchestre,  est  mobile;  il  peut  s'élever 
ou  s'abaisser  suivant  l'état  hygrométrique  de  l'atmosphère  et  les  besoins  de 
l'acoustique. 

Au  milieu  de  la  cour  du  Palais  de  l'Industrie  est  une  petite  chapelle  entière- 
ment en  fonle  (II.  Rigaud,  arch.).  L'aspect  général  en  est  assez  satisfaisant. 
Elle  est  dans  un  état  parfait  de  conservation.  Sa  forme  est  octogone,  elle  a 
3  m.  70  de  diamètre.  Sa  hauteur  est  d'environ  4  m.  50  depuis  le  plancher 
jusqu'au  faîte  de  la  corniche  extérieure.  Elle  a  coilté  12.000  fr. 

Un  pont  en  fonte  et  en  tôle  est  jeté  sur  la  route  de  Latken,  qui  coupe  le 
parc  royal  en  deux  parties.  Ce  pont,  dont  les  culées  en  pierre  renferment  in- 
térieurement des  escaliers,  est  d'un  aspect  très-lourd  et  réussit  fort  mal  à  figurer 
une  énorme  poutre  en  bois  creusée  intérieurement  pour  livrer  un  passage  à  la 
famille  royale.  Pourquoi  l'auteur,  qui  avait  besoin  de  faire  franchir  la  route 
de  Laeken  à  ses  illustres  piétons  sans  entraver  la  circulation  publique,  ne  s'est- 
il  pas  inspiré  du  pont  des  Soupirs  à  Venise? 

Le  pont  en  fonte  construit  (M.  Marcellis,  arch.)  à  Gand,  est  assez  monu- 
mental; mais  que  pense  son  auteur  du  pont  en  barres  de  fer  (système  Xavier), 
à  la  station  du  Nord,  à  Bruxelles?  M.  Marcellis  a  couvert  en  tuiles  de  fonte 
l'entrepôt  de  Gand,  et  la  régence  de  cette  ville  l'a  félicité  de  sa  réussite. 

La  façade  nord  de  la  gare,  place  de  Cologne,  à  Bruxelles,  est  entièrement  en 
fonte  (Coppens,  arch.).  11  est  à  regretter  que  le  fronton  n'ait  pas  été  décoré 
d'une  manière  plus  favorable  à  l'emploi  de  la  fonte. 

L'hôpital  du  Camp  Jacob  a  (ité  construit  à  Liège,  dans  les  ateliers  de 
M.  Lachaussée,  et  il  y  a  été  reçu  provisoirement  par  les  soins  de  M.  l'ambas- 
sadeur de  France  en  Belgique. 

Parmi  les  projets  que  nous  avons  en  portefeuille  se  trouvent  ceux  relatifs  à 
une   halle,   au-dessus  de  laquelle  est  une  salle  de  fêtes  pour  la  ville  de 


Nous  savons  bien  qu'une  telle  entreprise  présenterait  de 
grandes  difficultés  de  moulage  et  d'exécution  ;  mais  qui  ose- 
rait regarder  nos  hauts-fourneaux  comme  la  dernière  expres- 
sion du  progrés?  et  depuis  l'invention  de  Ruoltz,  ne  semble- 


Chimay.  Cet  édifice  devait  être  entièrement  en  fer;  les  prix  furent  débattus 
et  convenus,  et  les  plans  envoyés  à  la  direction  des  b.itiments  civils  de  la  Bel- 
gique. Celle-ci  décida,  à  notre  grand  regret,  que  les  communes  s'étant  jus- 
qu'à ce  jour  très-bien  troavées  de  bâtir  en  pierre,  elles  devraient  continuer  de 
même. 

France.  Ici  nous  n'avons  pas  d'édifice  complètement  en  fer.  Les  plus  consi- 
dérables sont  le  pont  de  Cubzac  et  la  flèche  de  la  cathédrale  de  Rouen. 
D'après  la  Bévue  de  t'arcliiteclure,  on  aurait  bien- fait  d'imiter  à  Rouen  la  ré- 
serve du  Conseil  des  bâtiments  belges;  bien  que  nous  ayons  de  nombreux  mo- 
tifs d'aimer  les  constructions  en  fer,  en  raison  mémo  de  cet  intérêt,  comme 
nous  désirons  qu'on  évite  de  compromettre  par  des  applications  maladroites 
cette  nouvelle  industrie,  nous  devons  avouer  que  nous  partageons  l'avis  delà 
Bévue.  Nous  profitons  même  de  l'occasion  qui  se  pn'sente  pour  déclarer  que 
nous  sommes  très-éloigni!  de  vouloir  remplacer  partout  la  pierre  par  le  for: 
les  construciions  en  métal  ne  peuvent  être,  suivant  nous,  que  de  sconstructions 
très-exceptionnelles . 

Nous  devons  aussi  citer  le  pont  du  Carrousel  sur  la  Seine,  à  Paris,  de  l'in- 
vention de  M.  Polonceau.  C'est  l'une  des  combinaisons  les  plus  remarquables 
sous  le  rapport  de  l'art  et  de  la  construction  dans  lesquelles  on  ait  employé  la 
fonte  Nous  pourrions  citer  aussi  toutes  les  imitations  dont  ce  pont  a  été  l'objet 
dans  les  différents  départements,  ainsi  que  plusieurs  marchés  en  fer  et  en 
fonte. 

Bussie.  Parmi  les  monuments  en  fer  de  cette  partie  de  l'Europe,  nous  con- 
naissons l'arc  triomphal  de  Moscou,  publii^  dans  l'ouvrage  de  M.  Eck;  la 
charpente  du  grand  théâtre  de  1'éler.sbourg,  et  un  assez  grand  nombre  d'au- 
tres charpentes  et  quelques  ponts;  tel  est  à  peu  près  le  bagage  métallique  de 
cet  empire.  Pour  apprécier  la  valeur  artistique  de  l'arc  de  Moscou,  il  suffit  de 
rappeler  qu'il  a  toutes  les  proportions  d'un  édifice  en  pierre  ;  son  auteur  est 
tombé  dans  un  défaut  malheureusement  très-fréquent,  et  dont  on  retrouve 
les  traces  dans  l'architecture  de  beaucoup  de  peuples  qui,  sans  raison  aucune, 
ont  répété  des  formes  purement  traditionnelles,  et  dont  lis  causes  originelles 
avaient  cessé  depuis  longtemps  d'e.xister.  Voici  comment  un  auteur  anglais 
explique  cette  singulière  aberration  qui  Ynet  l'esprit  de  l'homme  au  niveau  de 
l'instinct  dos  moutons  de  Panurge. 

•  Quand  une  cause  quelconque  a  longtemps  obligé  l'homme  à  faire  une 
.  chose,  il  y  conforme  si  bien  ses  organes,  son  intelligence,  son  activité  qu'il 
.  cheiche  à  la  prolonger  timt  que  des  motifs  impérieux  ne  contrarient  pas  son 

•  inclination;  il  suit  de  là  qu'en  tout  pay.s,  lorsqu'on  admet  dans  lesconstruc- 

•  tions  de  nouveaux  produits  naturels,  les  formes  et  les  modifications  qui 
.  avaient  été  la  conséquence  des  premiers  matériaux  adoptés,  furent  longtemps 

•  conservées  ou  plutôt  imitées  dans  l'architecture  plus  récente.  ■  (Hope.) 

Anglelerre.W  faut  citer  une  éghse  toute  en  fonte,  à  Everton,  près  Liverpool; 
une  multitude  de  ponts,  de  charpentes  d'ateliers,  d'usines,  etc.  Le  marche  aux 
poissons  de  Hungerford,  à  Londres,  est  en  fonte.  L'ingénieur  Stephenson  .se 
propu.se  de  jeter  sur  le  Mersey  un  pont  tunnel  en  tôle;  ce  pont  doit  être  tra- 
versé par  des  locomotives;  mais  avant  de  procéder  à  l'exécutiou  de  ce  curieux 
monument,  voulant  s'entourer  des  enseignements  de  l'expérience,  on  s'est  livré 
à  dei  essais  nombreux  et  très-variés  sur  la  résistance  à  la  flexion  des  cylindres 
de  tôle,  de  divers  diamètres  et  de  sections  différentes.  Ce  tunnel  nous  remet 
en  mémoire  celui  formant  tunnel  .sous-marin  et  proposé  pour  unir  Douvres  à 
Calais.  11  a  été  publié  par  la  Bévue  de  l'architeclure,  et  l'intention  des  auteurs 
du  projet  serait  de  l'exécuter  en  fonte.  Les  colonnes  du  Circusslreel,  à  Lon- 
dres, sont  en  fonte  creuse,  et  offrent  toutes  les  proportions  massives  de  l'ordre 
dorique  grec.  Comme  jamais  nous  n'avons  compris cju'Aphrodite,  debout  dans 
sa  puissante  beauté,  eût  son  buste  emprisonné  par  un  corset,  nous  n'applau- 
dirons certes  pas  à  ceux  qui  croient  l'embellir  et  la  rendre  Callipyge  en  l'affu- 
blant des  paniers  de  madame  de  Pompadour. 

Dernièrement,  des  maisons  en  tôle  ont  été  expédiées  de  Londres  aux  colo- 
nies ;  des  déchets  de  coton  et  de  cocao  ont  été  placés  entre  les  deux  parois, 
parce  que  ces  corps  sont  éminemment  peu  conducteurs  du  calorique. 

Amérique.  Il  y  a,  dit-on,  aux  États-Cnis,  un  théâtre  en  f'r,  et  des  maisons 
en  fonle  y  sont  fabriquées;  nous  n'avons  aucun  détail  sur  ces  constructions,  et 
nous  nous  bornons  à  les  mentionner.  Nous  énumérerons  plus  tard  les  édifices 
en  fer  qui  se  trouvent  sous  les  tropiques. 

Dans  celte  noie  nous  avons  seulement  cité  les  édifices  présents  à  notre  sou- 
venir, et  il  est  certain  que  nous  en  ïvons  dû  omettre  bien  plus  encore  que 


113 


HRVIIE  DE  LARCHITKCTURE  ET  DKS  TRAVAUX  PUBLICS. 


Itt 


t-il  pas  voir  poindre  dans  Tavenir  toute  une  Tabriration 
nouvelle,  qui  détachera  atome  par  atome  le  fer  des  mine- 
rais, pour  le  porter  sur  un  modèle,  au  moyen  de  l'induencc 
mystérieuse  d'une  gigantesque  pile  voltaique  ? 

NATURE  ET  INCONVÉNIENTS  DKS  HABITATIONS  ACTUELLES 
AUX  PAYS  TBOPlCAi;X. 

Dans  ces  pays  toutes  les  constructions,  en  pierre  ou  en 
bois,  n'ont  qu'un  rez-de-chaussée,  rarement  un  étage  j  la 
façade  du  côté  du  vent  est  abritée  par  une  galerie  ;  les  fe- 
nêtres, au  lieu  de  vitres,  sont  fermées  par  des  pcrsicnncs 
mobiles  et  quelquefois  par  des  carreaux  en  tissu  lAche,  ana- 
logue aux  canevas.  Ces  dernières  dispositions  ont  pour  objet 
de  faciliter  la  ventilation  et  de  faire  profiter  les  habitants  des 
plus  légères  brises  qui  peuvent  rafraîchir  l'atmosphère  inté- 
rieure des  maisons. 

La  toiture  est  habituellement  formée  de  petites  plan- 
chettes de  sapin  qui  se  recouvrent  les  unes  les  autres  comme 
les  ardoises  en  Europe.  On  les  appelle  essentes.  Les  murs 
des  maisons  en  bois  sont  formés  souvent  aussi  d'essentcs. 
C'est  ainsi  au  Motouba  (1). 


nous  n'en  rapportons.  l'aire  un  travail  complet  sur  ce  sujet,  serait  à  peu  près 
impossible  et  loin  de  notre  but.  Notre  seule  intention  a  été  de  montrer  dans 
quelle  grande  proportion  le  fer  entrait  dans  les  travaui  modernes  de  l'archi- 
tecture. 

Ces  constructions,  qui  ont  pour  la  plupart  des  attaches  de  sjrsti-mes  diffé- 
rents, devraient  être  comparées  entre  elles  ;  mais,  cipédiécs  au  loin,  elles  ne 
sont  vues  que  par  de  rares  visiteurs;  de  sorle  que  les  ateliers  d'où  elles  sortent 
connaissent  seuls  les  procédés  employés.  Sans  la  publicité,  que  nous  appelons 
de  tous  nos  vœux,  et  dont  nous  donnons  l'exemple,  il  est  impossible  de  pro- 
fiter de  l'cipérience  et  des  fautes  de  nos  devanciers. 

Nous  espérons  que  le  gouvernement  français  portera  son  attention  sur  les 
phares  en  fonte  élevés,  cuire  autres  lieui,  à  la  Jamaïque  (light  house,  on  Mo- 
rand point)  et  aux  Rermudes.  Leur  emploi  parait  se  généraliser.  La  persis- 
tance du  gouvernement  anglais  fait  préjuger  en  faveur  de  leur  utilité  et  de 
leur  supériorité.  Le  coût  doit  eu  être  de  beaucoup  inférieur  Ik  celui  des  phares 
construits  en  pierre,  et  ils  ont,  si  nous  nous  rendons  bien  compte  de  leur 
exécution,  l'avantage  de  pouvoir  être  élevés  sans  aucun  cchafaudagi'.  Nous 
n'avons  pu  en  rapporter  lesdessins  en  Kurope,  malgré  notre  désir,  non  plus  que 
ceux  des  églises  enfouie,  etc.  Pendant  notre  séjour  ài  laGuadeloupt,M.  lemi- 
ninistrc  de  la  marine  voulut  bien  écrire  à  M.  le  gouverneur  de  cette  possession 
de  nous  confier  ce  travail,  mais  des  conditions  d'économie  sont  malheureuse- 
ment venues  s'opposer  h  l'exécution  de  ce  désir,  que  nous  eussions  été  perton- 
Ticllement  flatté  de  satisfaire.  Ces  raisons  n'existant  pas  toujours,  il  faut 
espérer  qu'un  ingénieur  du  gouvernement  aura  été  chargé  tic  ce  travail. 

I.'hApilaldu  camp  Jacob  étant  situé  presque  dans  un  désert,  à  deux  lieues 
de  la  mer,  il  sera  peu  visité  par  les  colons,  que  nous  avons  à  peine  vus, 
n'étant  resté  que  cinq  mois  aux  Antilles.  Nous  leur  souhaitons  de  n'avoir 
jamais  à  constater  la  Ixmtédc  notre  système;  un  tremblement  de  terre  pou- 
vant seul  prononcer  en  dernier  ressort  sur  m  valeur  réelle.  Depuis  le  8  février 
1843,  on  a  rcbAti  de  tous  cAtés;  seulement  les  constructions  nouvelles  sont, 
pour  la  plupart,  un  peu  moins  bien  faites  que  In  anciennes.  Uéjà,  dans  cer- 
tains cercles,  on  ne  croit  plus  aux  tremblements  de  terre,  tellement  peu  on 
se  souvient  du  désastre  récent.  Nous-même,  un  instant,  à  la  Basse-Terre, 
en  1846,  nous  avons  pensé  que  l'épouvantable  tremblement  de  1813  n'était 
qu'un  bruit  de  journaux:  mais  en  songeant  aux  projets  d'édifices  publics  en 
fer  que  le  minisire  nous  avait  fait  préparer,  et  en  regardant  au  soir  la  fumée 
du  volcan,  qui  s'étendait  sur  le  ciel  calme  et  pur  des  tropiques,  coumieun 
long  voile  blanc,  nous  sentîmes,  maintes  fois,  treuaillir  tous  nos  pieds 
celte  terre  dévorée  par  un  feu  intérieur,  et  involontairement  la  protestation 
de  Galilée  nous  revint  à  l'esprit  :  Et  cependant  elle  tremble! 

(I)  En  1814,  ce  palais  a  été  abandonné,  et  un  autre,  aussi  en  bois,  a  été 
ronstruil  a  cûlé,  sur  la  place  dite  champ  d'.Vrbaud.  Nous  ne  pouvons  nuus 

ï.   Vil, 


Si  l'on  ne  devait  pas  tenir  compte  des  inconTéoients  et  d« 
dangers  inhérents  i  ce  genre  de  construction,  si  la  durée  du 
bois  pouvait  être  prolongée  au  moyen  de  procédés  idrs,  pea 
coûteux  et  d'une  application  facile,  ce  système  noot  paraîtrait 
préférable  h  tout  autre,  à  raison  de  la  modicité  du  prii  de 
revient  et  de  la  promptitude  des  réparations,  car  il  suffit 
d'enlever  et  île  remplacer  les  planchettes  pourries  (1).  Il  est 
bien  entendu  que  nous  réservons  la  question  d'art  et  d'élé» 
gance  qu'il  nous  parait  impossible  de  sitinfairc  avec  ce  mode 
de  Ron.ttruction. 

IMais  dans  ce  pays,  dont  les  grandes  fortunes  ont  dispam  k 
la  suite  de  la  concurrence  faite  aux  sucres  colooiaui,  des 
désastres  causés  par  le  tremblement  de  terre  de  18i3,  et 
enfin  par  la  perturbation  morale  motivée  par  les  débats  re- 
latifs à  l'affranchissement  des  noirs,  évidemment,  dans  l'étude 
des  habitations  des  colons,  les  questions  d'économie  et  de 
solidité  doivent  primer  celles  de  la  décoration  et  de  l'ediet 
artistique. 

Les  charpentes  se  font  en  bois  de  sapin  de  l'Amérique  di 
Nord.  Ce  sapin,  non  saigné,  rouge  et  très  résinent,  a  l'ap- 
parence de  celui  qu'on  expédie  de  Russie  sons  le  nom  de 
bois  de  la  couronne;  il  se  paye  non  ouvré  de  60  à  70  fr.  le 
mètre  cube.  Il  y  a,  pour  le  débiter,  une  scierie  à  Fort- 
Koyal  (Martinique)  et  une  autre  k  la  Pointe-à-Piire  (Goa- 
deloupc).  Les  essences  du  pays,  telles  que  le  balssla,  le 
laurier-rose,  le  citronnier,  etc.,  sont  rares,  très  coàleoses, 
et  d'un  transport  difficile,  en  raison  de  leur  |M>ids  et  du  mau- 
vais état  des  routes,  ou  plutât  des  sentiers  aboutissant  ant 
forêts  où  elles  croissent.  Ni  le  commerce,  ni  les  art»  ae 
peuvent  y  compter  :  aussi  les  constructeurs  ne  se  servent-ils 
que  des  bois  de  sapin  importés  des  Êtat<i-Uni$. 

fonslructions  en  Maçonnerie.  A  la  Guadeloupe,  la  plu- 
part des  maisons  sont  en  pierre  de  lave  du  pays;  la  chaut 
provient  des  Iles  Saintes  (2).  La   brique,  qu'on  emploie 


rendre  compte  de  ce  délaissement  du  site  le  pla*  agréable  qu'il  y  ait  i  la 
Basse-Terre.  La  résidence  du  Malonba  est  située  à  10  kitométm  eaviroa  4p 
la  Basse-Terre,  et  rar  le  venaat  de  la  StmttUtt  ;  la  ro«le  ^  j  wJaii  a  Mé 
faite,  il  r  a  deux  ou  trois  «nuées,  par  le  I"  régimeot  d'iatulcri*  4e  ■mIm. 
Des  soldats,  préposés  k  et  soin,  l'entretienoeot  iiarfailemenl  ;  ils  «aat  Mâ- 
chés par  petites  brigades  dans  les  sjnupas  qni  bordeol  la  nrale  4e  i 
distance. 

Otte  maison  de  plaisaoce,  d'oà  la  vue  s'éleo4  tar  mi  I 
est  en  bois,  et  composée  d'une  aggloniéralioa  de  eabaMS  ^.  4e  Ma,  M 
donnent  l'aspect  d'un  château  de  carte*.  On  nous  j  a  wMtH  4ci  laa|M*-VMi 
ayant  appartenu  i  lord  Cocbraoe.  et  on  btUard  i  éétlÊftitt  le  J«MMr  le 
plus  intrépide.  Tels  sont  les  resliges  4e  la  4oiBiMtioa  aaglaiae.  Ea  pmtm 
rant  le  jardin,  nons  avons  remarqué  des  rosiers  et  antres  arbatUt  ttm- 
rope.  Ils  y  ont  été  apportés  par  madame  de  Goorbryre,  feaMMC  *»  élpm 
amiral  fraicais  qui  a  usé  sa  vie  au  service  de  la  eoloaie,  et  4oat  ie«  ■iHwa- 
reux  garderont  éternellement  la  mémoire. 

(1)  Depuis  l'inrendiede la  Basse-Terre,  l'adminislratioa  talaailV  a  ftUéé- 
fense  de  couvrir  en  essentes:on  les  aremplarées  so)lpar4aiiat,4ial  teifi»- 
dures  résistent  peu  aux  dilatations  dn  métal  :  soit  par  et  U  Mk  galiiaMli, 
dont  il  se  fait  une  grande  consommation.  Il  serait  i  4éwu  ^W  (H  »nM  têt 
un  effet  rétroactif  sur  certaines  constructions  ancienoe*,  et,  eatre  aatre*.  lar 
la  salle  d'armes,  à  rAnenal.  Celle-ci  est  eatiérr«M«t  ea  b«it,  mmn  H  la*- 
ture  ;  elle  renferme  cependant  plusieurs  milliers  de  fasiU. 

(2)  Petites  Iles  distantes  de  quelques  milles  de  la  Gi 
ment,  avec  cette  dernière,  le  canal  des  Sainie». 


116 


UEVllE  UE  L'ARCIIITiîCTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


11» 


que  fort  rarement,  est  généralement  importée  de  France  ; 
elle  coûte  souvent  jusqu'à  300  francs  le  mille  (1). 

Le  prix  du  mètre  cube  de  maçonnerie  est  très  difficile  i 
établir-  il  varie  en  raison  de  l'éloignement  des  lieux  où  l'on 
bâtit  des  bords  de  la  mer,  et  atteint  souvent  un  chiffre  in- 
croyable. 

A  Saint-Pierre  (Martinique),  à  la  Pointe-à-Pitrc  (Gua- 
deloupe), à  Saint-Thomas-des-Danois,  les  maisons  sont  en 
pierre,  et  il  faut  mentionner  dans  cette  dernière  île  une  église 
catholique  d'un  gothique  primitif,  avec  pignon  à  créneaux. 
Elle  a  été  terminée  il  y  a  un  an. 

Constructions  en  bois.  Depuis  les  derniers  tremblements 
de  terre,  le  nombre  des  maisons  en  bois  s'est  considérable- 
ment accru,  malgré  le  peu  de  confortable  et  les  inconvé- 
nients de  ces  habitations.  Il  est  probable  qu'il  en  a  été  ainsi 
toutes  les  fois  qu'une  commotion  plus  forte  que  celles  qui 
périodiquement  effrayent  ces  contrées  a  causé  quelque  grande 
catastrophe;  puis,  dans  les  temps  de  repos,  on  s'est  enhardi 
à  construire  de  nouveau  en  pierre. 

L'homme  est  ainsi  fait,  qu'il  se  laisse  abuser  par  le  pré- 
sent, et  refuse  à  l'avenir  de  pouvoir  renouveler  le  désastre 
qui  l'a  effrayé  la  veille.  Pendant  une  de  ces  époques  de 
crainte,  ou  plutôt  de  sagesse,  sous  la  domination  anglaise, 
lord  Cochrane  a  élevé,  en  bois,  le  palais  du  Gouvernement 
à  la  Basse-Terre,  et  la  résidence  d'été  au  Malouba. 

Les  habitations  ou  cases  des  nègres  sont  formées  de  petits 
bambous  enchevêtrés  entre  eux,  et  dont  les  interstices  sont 
remplis  par  de  la  terre  préalablement  délayée  dans  de  l'eau. 
Les  nègres  font  eux-mêmes  leurs  cases. 

Les  bâtiments  en  bois  peuvent  être  dévorés  par  l'in- 
cendie, et  connaît-on  un  moyen  de  les  préserver?  Le  feu  n'a- 
t-il  pas  éclaté  en  quatre  ou  cinq  endroits  différents  à  la 
Basse-Terre,  et  n'a-t-il  pas  détruit  la  partie  la  plus  com- 
merçante de  la  ville?  En  outre  de  cette  considération  de 
l'incendie  qui  peut  compromettre  la  vie  et  la  fortune  du 
colon,  et  le  laisser  à  la  merci  de  quelque  vengeance,  ne 
faut-il  pas  aussi  tenir  compte  des  insectes  si  nombreux  et  si 
dégoûtants  qui  se  logent  dans  le  bois,  des  centaines  de  rais 
qui  deviennentles  hôles  et  les  commensaux  de  l'habilunt  de  la 
maison  en  charpente,  dont  la  durée  est  de  dix  ans  à  peine  (2)? 
Constructions  en  Pierre  et  en  Bois.  En  18ii  et  1845  on 
a  mis  à  l'essai  deux  nouveaux  .systèmes  de  constructions  :  le 
premier  avait   pour  but  d'assurer  la   stabilité  des  murs  en 

(1)  Auilles  Saintes,  cependant,  on  trouve  abondamment  une  eicellente  ar- 
gile avec  laquelle  on  fait  de  la  poterie,  et  dont  on  pourrait  faire  des  briques  : 
malheureusement  ces  lies  manquent  d'eau.  Depuis  quelques  années,  on  a  fait 
de  grands  travaux  de  fortifications,  on  y  achève  actuellement  le  fort  Napoléon. 
Ces  travaux  ont  coûté  plusieurs  millions,  et  sont  tous  en  pierre. 

(2;  Les  Antilles  peuvent  être  divisées  en  deux  grandes  catégories,  celle 
infestée  de  rats  et  celle  infestée  de  serpents.  Ces  deux  espèces  d'animaux  ne 
se  trouvent  généralement  pas  ensemble  ;  à  la  Martinique,  il  y  a  des  .serpents  ; 
à  la  Guadeloupe,  ce  sont  des  rats,  et  leur  nombre  est  tel,  qu'ils  sont  le  (Icau 
des  plantations  de  cannes  à  sucre.  Dans  plusieurs  habitations,  un  nègre  est 
préposé  à  la  destruction  de  ces  rongeurs,  et  il  doit  tous  les  jours  en  fournir  un 
certain  nombre  de  lèles.  A  la  Dominique,  les  Anglais,  pour  se  débarrasser 
des  rats,  ont  apporté  des  serpents  ;  mais  ces  derniers  ont  été  vaincus  et 
manges  par  les  rats,  qui  sont  restés  maîtres  de  l'Ile. 


pierre  en  rendant  leurs  parties  plus  solidaires,  au  moyen  de 
piliers  en  bois  encastrés  dans  leur  intérieur  et  supportant  les 
charpentes  des  combles. 

Le  but  du  deuxième  système  était  aussi  d'empêcher  I* 
trop  facile  désagrégation  des  murs.  Pour  cela,  l'auteur  ap- 
pliquait contre  les  faces  de  la  maçonnerie  un  réseau  en  fer 
destiné  à  relier,  pour  ainsi  dire,  les  pierres  les  unes  aux 
autres. 

Mais  ces  essais,  non  encore  sanctionnés  par  la  triste  ex- 
périence d'un  tremblement  de  terre,  garantiront-ils  les  ha- 
bitations? Nous  ne  le  pensons  pas  ;  selon  nous,  ce  ne  sont  là 
que  des  palliatifs  impuissants,  et,  comme  pour  le  passé,  nous 
craignons  que  les  édifices  en  pierre  n'offrent  aux  colonies 
des  Antilles  aucune  sécurité  pour  la  vie  des  hommes. 

Constructions  en  Fonte,  en  Fer  et  en  Tôle.  A  la  Domi- 
nique, une  caserne  en  fonte  a  été  transportée  de  Londres  à 
la  ville  de  Pioseau;  elle  a  été  reconnue  inhabitable  à  cause 
de  la  chaleur,  et  les  vingt-cinq  hommes  composant  la  garni- 
son de  l'île  sont  allés  se  loger  ailleurs, 

A  la  Jamaïque  est  un  phare  en  fonte,  semblable  à  celui 
que  l'on  achève  aux  Bermudes.  Ces  phares  sont  d'un  prix 
minime  et  paraissent  déjà  généralement  adoptés  pour  tous 
les  pays  dans  lesquels  le  prix  de  la  taille  des  pierres  est  très 
considérable. 

Le  phare  de  la  Jamaïque  devait  être  doublé  en  liège;  ce 
revêtement  fut  transporté  en  effet  à  la  colonie,  mais  il  n'ji 
pas  été  mis  en  place. 

Il  n'y  a  pas  eu  jusqu'à  présent  d'accident  causé  par  l'élec- 
tricité au  guetteur  qui  habite  cette  façon  de  paraton- 
nerre. 

Deux  églises  eu  fonte  y  ont  été  envoyées  par  le  gouverne- 
ment anglais.  D'après  les  renseignements  que  voulut  bien  nous 
donner  le  noble  comte,  lordElgin,  gouverneur-général  delà 
Jamaïque,  quand  nous  eûmes  l'honneur  de  le  rencontrer 
abord  du  Forth,  ces  monuments  n'étaient  pas  encore  élevés  : 
plusieurs  pièces  cassées  pendant  la  traversée  causaient  ce 
retard;  d'autre  part,  les  documents  transmis  par  M.  le  gou- 
verneur de  la  Guadeloupe  à  M.  le  ministre  de  la  marine  in- 
diquent CCS  églises  comme  à  une  seule  nef,  avec  clocher  sur 
le  porche,  et  fenêtres  en  ogives.  Du  reste,  ils  ne  mention- 
nent aucun  détail  de  construction. 

On  voit  dans  cette  colonie  anglaise,  une  fabrique  de  soie, 
qui  est  en  tôles  ondulées  formant  charpente.  La  coupe  trans- 
versale du  bâtiment  est  un  demi-cercle.  Cet  édifice,  d'un 
aspect  disgracieux,  n'a  pas  été  imité. 

Une  des  usines  de  la  compagnie  centrale,  celle  qu'elle  a 
élevée  à  la  Grande-Terre,  est  en  partie  en  fer;  les  sabots 
des  fermes  sont  en  fonte,  et  nous  craignons  pour  eux  les 
secousses  d'un  tremblement  de  terre. 

Enfin,  nous-même,  nous  venons  de  monter  au  camp 
Jacob  une  salle  destinée  à  servir  d'hôpital;  cette  salle  est 
toute  en  fer  M). 

(l)Le  camp  Jacob,  du  nom  de  M.  le  contre-amiral  Jacob,  est  situé  dan» 
nie  de  la  Guadeloupe,  à  cinq  ou  six  kilomètres  de  la  Basse-Terre;  il  est  à  mi- 


117 


MEVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


IIS 


Résumé.  Ces  diverses  constructions  présentent  les  avan- 
tages et  les  inconvénients  suivants  : 

Conslructions  en  pierre. 

Avantages.  — Elles  présentent  peu  d'aliment  à  l'incendie; 

une  tempériilurc    intérieure  moins  élevée 
que  celle  di;  l'air  extérieur} 

une  longue  durée. 
Défauts.  —  Elles  ne  résistent  pas  aux  tremblements  de  terre  ; 

elles  sont  d'un  prix  exorbitant  aux  colonies. 

Constructions  en  bois. 

Avantages.  —  Prix  de  revient  Irès-faible; 

température  peu  élevée; 

une  résistance  suflisante  aux  tremblements 
de  terre  ; 
Défauts.  —  Sujettes  à  l'incendie; 

de  peu  de  durée. 

Constructions  en  fer,  en  fonte  ou  en  tôle  (ancien  système). 

Avantages.  —  iN'ont  pas  à  redouter  l'incendie; 

résistent  peut-être    ans.  tremblements   de 
terre; 

d'une  longue  durée. 
Défauts.  —  Température  intérieure  très  élevée; 

transport  diflicile; 

bris  irréparable 


le;    I 


pour  la  fonte. 


On  voit  qu'une  maison  construite  aux  colonies  doit  oITrir 
Jes  avantages  suivants  : 

N'être  pas  sujette  à  l'incendie; 
Avoir  une  température  intérieure  peo  élevée; 
Etre  peu  coûteuse  ; 

Se  composer  de  matériaux  d'un  transport  facile; 
Enfin,  ne  passe  laisser  renverser  par  les  tremblements 
de  terre. 
Nous  pensons  que  notre  sjstème  joint  à  toutes  les  qua- 
lités requises  celle  de  pouvoir  résister  à  l'ouragan. 

SYSTÈME  DE  CONSTRUCTION  BN  FEU  ADOPTÉ  AU  CAMP  JACOB. 

Voici  dans  quelles  circonstances  nous  avons  été  appelé  à 
entreprendre  la  construction  qui  fait  l'objet  de  cette  notice. 

Feu  M.  le  contre-amiral  de  Gourbeyre,  par  suite  des  évé- 
nements du  8  février  18/13  (1),  demanda  des  maisons  en  fer  k 


-côte  dn  voloin  appelé  la  Sourrièrc,  et  à  8M  m.  ai>.4a*ii(  do  niveau  de  la 
tait.  Ce  camp  a  été  roiisiruitpour  raccliinatement  de*  troupe.i  venant  d'Eu- 
rope ti»  Ifur  (Icbnrcjiicnidit,  elles  y  Iroiiveiil  une  tenipcralurc  bcaiiroup  moins 
<Slov('e  qu'il  la  lîassc-Tcrre;  les  iiuils  y  sont  nu^me  très  froides.  Après  quel- 
ques mois  de  séjour  au  camp,  elles  le  quittent  |)our  se  rendre  dans  leurs  gar- 
nisons respectives.  Pemlant  la  saison  do  l'hivernage,  du  IS  juillet  à  la  lin  de 
novembre,  les  troupes  renioiitenl  au  camp  alin  de  st  soustraire  aux  fièvres 
<]ui  régnent  alors  dans  les  lieux  voisins  de  la  mer.  C'est,  du  reste,  un  usage 
adopté  même  par  les  colons,  de  passer  la  mauvaise  saison  >ur  le*  hauteurs. 
(1)  Date  du  tremblement  de  terre  de  la  Guadeloupe. 


M.  le  ministre  de  la  marine.  Celui-ci,  sur  la  reconuuada- 
tion  de  M.  l'ambassadeur  de  Fraoce,  en  Belgique,  qoi  atait 
eu  occasion  de  conaaitre  notre  brochure  publiée  à  l'occasioo 
de  l'incendie  de  Hambourg  (l;,nous  demanda,  entre  autres 
projets,  ceux  relatifs  à  l'hôpital  dn  camp  Jacob.  Ces  plans 
ayant  été  approuvés  par  le  Conuil  des  travaux  de  la  ma- 
rine, nous  procédAmcs  à  leur  exécution,  et  nous  nous  ren- 
dîmes sur  les  lieux  pour  opérer  le  montage.  Notre  traiail 
a  été  terminé  le  1"  mai  iShù. 

Nous  allons  donner  le  détail  de  cette  constroction ;  le 
lecteur  jugera  si  nous  avons  résolu  le  problème  proposé. 

L'hôpital  du  camp  Jacob  devait  se  composer  de  plosienn 
salles  formant  autant  de  bâtiments  indépendants  les  uns  des 
autres.  Une  seule  de  ces  salles  a  été  exécutée,  et  c'est  d'elle 
que  nous  allons  donner  la  de.scription  et  les  dessins. 

La  pi.  (i  représente  son  élévation  principale,  sa  coepe 
longitudinale,  la  moitié  de  sa  coupe  transversale  et  la  moitié 
de  l'élévation  d'un  de  ses  petits  côtés. 

La  pi.  5  donne  le  plan  général  où  se  voient  dans  un 
premier  quart  les  poutrelles  du  plancher  ;  dans  un  deuxième 
quart,  le  plancher  même  et  une  coupe  du  socle  de  l'édifi»  à 
0  m.  20 de  hauteur  au-dessus  de  ce  plancher;  dans  le  troi- 
sième, une  portion  du  plafond,  les  entraits  auxquels  il  est 
suspendu,  ainsi  que  l'agencement  général  des  fenêtres  et  des 
murs  intérieurs  et  extérieurs,  et  enfin,  dans  le  quatrième 
quart,  la  couverture  en  tôle.  Dans  la  pi.  5  se  voit  aussi, 
en  perspective,  le  montage  du  squelette  en  fer,  ainsi  qu'une 
vue  intérieure  de  la  salle. 

La  pi.  6  donne  les  détails  de  la  construction. 

Dimensions.  —  Chaque  salle  a  16  m.  de  loagneur  inté- 
rieure, 8  m.  de  largeur,  et  3  m.  60  sous  l'entrait. 

Fondations.  — Les  fondations  ont  1  m.  50  de  proibnéenr 
et  0  m.  50  d'épaisseur. 

Elles  dépassent  le  sol  de  0  ro.  50  i  l'extérieur,  et  de 
0  m.  90  à  l'intérieur. 

Comme  les  fondations  d'une  maison  en  fer  n'ont  d'autre 
but  que  de  lui  procurer  une  assiette  horizontale,  oo  doit  leur 
donner  peu  de  hauteur,  et  si  l'on  n'avait  pas  l'intention  de 
laisser  la  construction  longtemps  à  la  même  plare,  il  sulli- 
rait  de  l'établir  sur  des  pièces  de  bois  juxtaposées  horizon- 
talement et  bout  à  bout,  mais  il  faudrait  de  temps  en  temps 
s'assurer  si  elles  sont  en  bon  état. 

Dans  lé  cas  où  un  édifice  aurait  une  très  grande  longueor, 
nous  recommandons  de  lui  donner  un  soubassement  en  ma- 
çonnerie non  continu,  c'esl-è-dire  formé  de  blocs  isolit.  Un 
soubassement  continu  se  fendrait  et  se  détruirait  sous  Tactioa 
de  la  dilatation,  tandis  que  des  blocs  isolés  s'inclineraient  i 
peine  sous  celte  action,  suivant  un  angle  d'autant  plus  gratti 
que  la  dilatation  serait  plus  considérable;  ils  deviendraient 
verticaux  quand  le  thermomètre  baisserait. 

Les  fondations  que  nous  avons  fait  faire  au  camp  Jacob 
sont  en  pierre  du  pays;  la  chaux  provient  des  Iles  Saintes. 

(l)y«MiMr  ImmutrwtHmttmftr.im-V.BnMiMti,  lUi. 


119 


REVUE  DE  L'AUCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PURLICS. 


120 


Sur  celle  maçonnerie  est  placé  un  socle  [a,  pi.  6,  fig.  1, 
2,  3,  II,  7  et  8),  tic  0  m.  15  de  largeur,  avant  au  milieu  une 
arôte  verticale  de  0  m.  20  j  la  fonte  a  0  m.    025  d'épais- 


seur. 


Murs.  —  Le  socle  sert  de  base  à  l'édilice  et  règne  tout 
alentour;  ilesl  traversé pardesmonlanls(i!),^(/.  1,2,3, /i,7et 
8)  en  fer  forgé  servant  de  piliers.  Ces  montants  ont  0  m.  02 
sur  0  m.  00;  leur  hauteur,  à  partir  du  socle,  est  de  3  m.  60; 
en  dessous  du  socle,  elle  est  de  1  m.  Cette  partie  inférieure 
est  engagée  dans  la  maçonnerie  des  fondations,  et  elle  y  est 
retenue  par  une  clef  (c,  fg.  3  et  4)  Dans  cette  clef  sont 
pratiqués  des  trous  par  lesquels  passent  des  tiges  de  fer  (d)  des- 
tinées à  servir  de  conducteur  au  lluide  électrique,  et  qui  sont 
prolongées  dans  le  sol  aussi  profondément  qu'on  le  juge  con- 
venable pour  l'écoulement  du  fluide. 

La  réunion  de  deux  plaques  consécutives  du  soda  (fg.  i, 
2,  3,  /l,  7  et  8)  a  lieu  au  point  où  passe  le  montant  (6),  et 
avec  ce  montant  même. 

Un  montant  correspond  sur  les  façades  au  milieu  de 
chaque  trumeau,  et  il  y  a  deux  montants  qui  divisent  en 
trois  parties  égales  les  extrémités  du  bâtiment;  il  y  en  a  aussi 
deux  à  chaque  angle  (6.  fig.  7  et  8),  et  chacun  d'eux  porte 
avec  lui  une  équcrre  ou  cornière  (e),  dont  un  des  côtés  est  pa- 
rallèle à  la  face  attenante  de  l'édifice.  C'est  sur  celte  équerre 
que  sont  fixées  les  tôles  (/")  delà  façade.  (Voyez. les  détails  de 
cette  disposition  fig.  9.)  Celle-ci  sont  assemblées  deux  à  deux 
par  des  boulons  (gf)  de  0  m .  006  de  diamètre,  et  placés  à  0  m. 
06  de  distance  les  uns  des  autres.  Une  bande  de  fer  (h)  ayant 
la  section  marquée  fig.  9,  masque  les  joints  des  tôles  en  les 
recouvrant.  Cette  bande  est  également  traversée  par  des 
boulons  d'assemblage. 

Les  tôles  ont  0  m.  003  d'épaisseur. 

Aux  angles  du  bâtiment  sont  des  colonnes  en  fonte  {fig.  7 
et  8)  ayant  un  diamètre  intérieur  de  0  m.  10.  Elles  servent 
à  la  descente  des  eaux.  Chaque  colonne  porte  dans  toute  sa 
longueur  deux  pattes  (jk,  k)  dans  le  plan  des  murs  en  tôle 
correspondants.  Sur  ces  pattes  sont  vissées  des  équerres  avec 
lesquelles  sont  assemblés  verticalement  des  montants  qui, 
se  réunissant  à  leur  sommet,  embrassent  l'arbalétrier  de 
croupe. 

On  voit,  par  ce  que  nous  venons  de  dire,  que  tout  le 
dehors  du  bâtiment  est  en  tôle,  excepté  le  socle,  les  colonnes 
d'angle  et  les  encadrements  des  portes  et  des  fenêtres ,  qui 
sont  en  fonte. 

Toutes  les  pièces  formant  la  charpente  et  les  supports 
sont,  sans  exception  aucune,  en  fer  forgé;  en  cas  de  trem- 
blement de  terre,  elles  peuvent  se  fausser,  mais  elles  ne  se 
rompront  pas. 

Les  fenêtres  et  les  portes  sont  en  fonte  moulée,  et  des  oves 
en  décorent  l'encadrement  {fig.  10  et  11).  Le  même  mo- 
dèle ayant  servi  à  la  fois  pour  les  portes  et  pour  les  fenêtres, 
les  unes  et  les  autres  ont  par  conséquent  la  même  largeur, 
1  m.  10. 

Les  targettes,  destinées  à  fixer  les  portes  et  les  fenêtres, 


ainsi  que  les  poignées  servant  à  les  faire  mouvoir,  sont  eu 
cuivre. 

Fermes.  —  Les  fermes  sont  au  nombre  de  quatre;  elle» 
sont  formées  {fig.  ù,  5  et  6)  de  : 

Deux  arbalétriers,  de  4  m.  50  de  longueur,  sur  0  m.  00 
XOm.  02; 

D'un  poinçon  en  fer  rond,  de  1  m.  de  longueur  et  de 
0  m.  025  de  diam.; 

De  quatre  faux  poinçons,  de  0  m.  25  de  diam.  ; 

Et  d'un  entrait,  de  0  m.  25  de  diam. 

Le  poinçon,  le  faux  poinçon  et  les  arbalétriers  sont  mis  à 
point  par  des  écrous  se  mouvant  sur  l'entrait,  qui  est  taraudé 
aux  places  voulues. 

Les  sommets  des  deux  arbalétriers  sont  réunis  et  impri- 
sonnés  par  deux  plaques  de  tôle  {i)  de  0  m.  01  d'épaisseur, 
traversées  par  des  boulons  d'assemblage  et  par  le  faîtier. 

Les  arbalétriers  de  croupe  ont  0  m.  07  sur  0  m.  02. 

Ils  ont  des  faux  poinçons  comme  les  arbalétriers  des  fer- 
mes, et  des  demi-entraits,  qui  viennent  se  fixer  à  une  pince 
placée  au  pied  du  poinçon  de  la  ferme  extrême  (fig.  6 
bis). 

Des  tirants  en  fer  rond  traversent  les  têtes  et  les  pieds 
de  tous  les  poinçons  et  faux  poinçons,  et  maintiennent  les 
fermes  et  les  fausses-fermes  dans  leur  plan  vertical,  en  dé- 
terminant leur  écartement  par  le  serrage  des  écrous  contre 
les  poinçons,  jusqu'à  ce  qu'ils  soient  amenés  dans  ce  plan. 
L'on  reconnaît  que  l'effet  est  produit,  lorsqu'en  se  plaçant 
dans  le  plan  des  deux  poinçons  extrêmes,  les  poinçons  inter- 
médiaires sont  masqués  par  le  premier  poinçon. 

Couverture.  —  Des  pannes  en  fer  (n)  sont  |)areillemenl 
engagées  dans  la  partie  supérieure  des  poinçons,  et  fixées 
contre  les  fermes;  elles  portent  les  tôles  de  la  toiture  (Voy. 
fig.  13). 

Celles-ci  ont  0  m.  02  d'épaisseur,  elles  sont  fixées  ainsi 
qu'il  suit  : 

Deux  tôles  dont  les  deux  côtés  dans  le  sens  de  la  pente  du 
toit  ont  été  relevés  de  0  m.  06,  à  angles  droits,  sont  juxta- 
posées (fig.  12  et  13).  Sur  les  bords  relevés,  on  place 
à  cheval  un  boudin  de  0  m.  Oli  de  hauteur;  entre  les  deux 
côtés  relevés  de  cette  feuille  en  tôle  on  glisse  un  morceau  de 
tôle  (m)  de  0  m.  10  carrés,  et  le  tout  est  réuni  par  un  bou- 
lon. Le  petit  morceau  de  tôle  est  traversé  par  la  barre  (n) 
formant  l'entre-toise  ou  panne  des  fermes ,  et  il  peut  se 
mouvoir  horizontalement,  et  aussi  perpendiculairement  à 
l'entre-toise  ;  l'œil  dont  il  est  perforé  est  assez  grand  pour 
permettre  ce  jeu. 

Le  toit  peut  aussi  se  dilater  dans  tous  les  sens,  et  le  vent 
ne  peut  l'enlever,  sans  entraîner  l'édifice  en  entier. 

Si  l'on  a  soin  de  placer  les  boudins  à  1  centimètre  au 
moins  au-dessus  du  niveau  des  tôles  {k)  du  toit,  et  de  décou- 
per ces  tôles  de  manière  qu'à  leur  partie  la  plus  basse,  le  mi- 
lieu descende  plus  bas  que  les  côtés  dans  la  proportion  de 
0  m.  05,  pour  chaque  mètre  de  la  largeur  de  la  feuille  de 
tôle,  l'on  ne  doit  pas  craindre  que  l'eau  remonte  par  l'effet 


121 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


122 


de  la  capillarité  ;  il  suffit  que  deux  tôles  consécutives  se  re- 
couvrent d'au  moins  0  m.  06. 

Le  faîte  est  recouvert  d'une  tôle  de  0  m.  03  d'épaisseur. 
Il  est  posé  sur   un  fuîlicr  en   fer  plat,  de  0  m.  06,  sur 
0  m.  02.  Ce  faîtier  est  fixé  contre  des  fermes  par  des  pattes 
coudées  et  boulonnées. 

Le  toit  porte  quatre  lucarnes  que  l'on  peut  ouvrir  de  l'in- 
térieur du  bâtiment  au  moyen  d'un  mouvement  de  sonnette. 
Doublage  inlérieur.  —  A  0  m.  35  de  distance  du  revête- 
ment en  tôle,  est  placé  un  doublage  en  bois  formé  de 
planches  de  sapin  du  Nord,  de  0  m.  10  de  hauteur  sur 
0,025  d'épaisseur.  Ces  planches,  assemblées  ù  rainures  et  ù 
languettes,  sont  clouées  horizontalement  sur  des  poteoux 
verticaux  en  bois, 

La  dilatation  des  tôles  des  façades  peut,  à  raison  de  la 
longueur  de  l'édilice,  devenir  assez  considérable  pour  que 
l'on  doive  en  tenir  compte,  et  si  la  cloison  intérieure  était 
adhérente  à  la  tôle,  celle-ci,  en  se  dilatant^  ferait  fendre  les 
boiseries,  les  papiers,  les  tentures,  etc. 

Le  plnncher  en  bois  est  établi  sur  des  poutrelles  de  0  m. 
16  d'équarrissage.  Quelques  unes  des  poutrelles  sont  liées 
avec  le  socle  en  fonte,  et  maintiennent  l'écartement  des  côtés 
parallèles.  Le  plafond,  également  en  bois,  est  suspendu  aux 
tirants  et  aux  eiitraits.  Le  plancher  et  le  plafond  sont  en 
planches  de  môme  dimension  que  le  revêtement  intérieur. 
Le  plafond  a  quatre  rosaces  à  jour. 
Il  suit,  du  mode  de  construction  adopté,  que  des  ouvreaux 
étant  ménagés  dons  les  fondations  et  dans  le  socle,  lair 
circule  entre  les  deux  enveloppes,  l'une  en  fer  et  l'autre  en 
bois;  cet  air  s'échappe  par  les  lucarnes  du  sol,  et  entraîne 
avec  lui  l'air  vicié  de  la  salle  par  les  rosaces  du  plafond. 

Celte  enveloppe  intérieure  est  absolument  indispensable; 
elle  seule  rend  possible  d'habiter  les  édiliccs  en  fer  dans  les 
pays  tropicaux  ;  elle  peut  être  évidemment  en  bois,  en  tôle, 
en  mur  d'une  brique  de  champ,  etc. 

Dans  les  lieux  situés  à  une  hauteur  de  k  h  500  moires 
au-dessus  du  niveau  de  la  mer,  on  devra  le  soir  boucher  les 
ouvreaux  inférieurs,  afin  de  maintenir,  autant  que  possible, 
l'air  échauffé  entre  les  deux  parois. 

Nous  pensons  qu'au  camp  Jacob  on  aura  pu  ainsi  éviter 
de  faire  descendre  à  l'hôpital  de  la  Basse-Terre  les  dysenté- 
riques qui  avaient  à  souffrir  de  la  fraîcheur  des  nuits. 

Paratonnerre.  —  Le  bâtiment  est  surmonté,  à  son  mi- 
lieu, d'un  paratonnerre  h  pointe  de  platine,  haut  de  3  mè- 
tres. Ce  paratonnerre  n'a  d'autre  conducteur  que  l'édifice 
lui-même,  dont  les  montants,  plongés  dons  la  maçonnerie 
des  fondations,  sont  en  contact  avec  des  barres  de  fer  qui 
communiquent  avec  le  sol. 

Galerie  ati  vent.  —  Des  attaches  ont  été  réservées  pour 
rétablissement  d'une  galerie  destinée  à  préserver  la  partie  de 
l'édifice  exposée  au  vent.  Si  nous  n'avons  pas  exécuté  celte 
galerie,  c'est  qu'elle  n'était  pas  portée  sur  notre  marché; 
mais  comme  elle  est  indispensable,  nous  espérons  que  l'ad- 
ministration coloniale  l'cura  fait  construire. 


Peinture.  —  Toutes  les  pièces  en  fer  avaient  reçu  en  Eu- 
rope une  couche  de  minium,  afin  de  pou«oir  résister  h  l'ac- 
tion délétère  des  eaux  de  la  mer.  Arrivées  au  camp  Jacob, 
une  deuxième  couche  de  minium  et  deux  autres  de  blanc  de 
céruse  leur  ont  été  appliquées.  Cet  dernières  n'ont  été  mises 
qu'a  l'extérieur.  Le  bois  a  été  également  peint  avec  du  blanr 
de  céruse  ;  les  portes  et  les  pcrsienncs,  en  vert  anglais.  Le» 
poutrelles  ont  été  goudronnées. 

Montage. — Les  travaux  ont  duré  plus  de  deux  mois,  bien 
que  nous  eussions  h  notre  disposition  les  soldats  du  1"  régi- 
ment d'infanterie  de  marine  en  garnison  au  camp  ;  mais  dans 
celte  localité  les  pluies  sont  presque  journalières,  et  sur 
cinq  jours  il  en  est  trois  do  pluvieux.  Le  manque  d'outils, 
l'inexpérience  des  ouvriers,  dont  un  seul  était  scrrorier  tan- 
dis que  les  autres  étaient  ou  cordonniers,  ou  tailleurs  d'ha- 
bits, ou  peintres  en  bâtiment,  etc.,  nous  ont  forcé  de  pro- 
céder très  lentement  au  montage.  Si  l'on  ajoute  i  toute* 
ces  couses  de  retard  celle  du  changement  hebdomadaire  de 
la  plupart  des  ouvriers,  on  concevra  aisément  que  l'édifice  eût 
été  levé  et  mis  on  place  dans  l'espace  d'un  mois,  si  nous 
nous  fussions  trouvés  dans  des  circonstances  moins  défavo- 
rables (1). 

Aucun  de  nos  ouvriers  n'a  été  blessé  ou  malade. 

Calcul  des  différentes  parties  Je  l'édifice.  —  Les  dimeo- 
sions  des  différentes  parties  ont  été  calculées  de  manière 
qu'elles  pussent  résister  dans  les  circonstances  les  plus  dé- 
favorables. 

Comme  toutes  les  fermes  ne  sont  pas  également  espacées, 
quelques  unes  sont  soumises  à  des  efforts  plus  grands  que  les 
autres  ;  néanmoins  les  différences  qui  existent  .«ous  ce  rap- 
port ne  nous  ont  pas  paru  assez  notables  pour  justifier  des 
difl'érences  dans  leur  construction.  Kn  procédant  ain.«i.  noof 
n'avons  pas  atteint  la   limite  inférieure  de  l'économie  des 


(I)  I.e$  militaires  employé*  à  diOëreols  IraTlux  dans  la  ( 
quand  ils  font  partie  de*  ouvriers  de  t"  riassr,  I  fr.  50  aal.  par  J 
de  2'  classe,  et  les  manouvres,  ne  reçoiTent  qoe  83  ccot.  Sur  (vtte  i 
il  leur  est  imposé  de.<i  retenue*,  soit  pour  lear  masse  (car  ils  oseal  I 
plus  d'rirets  en  travaillant  qu'en  faisant  le  service  de»  tioopr*  en  pamiw). 
soit  pour  l'ordinaire,  soit  pour  le  senrice  de  garde  qa'il*  parent  i  levn  ca- 
marades, etc.,  etc.;  de  telle  sorte  qu'ils  ne  tourbral  rrelIcMrat ^«e  !$•■ 
20  rcnt.  par  jour.  Cette  somme  est  trop  minime  :  dan*  le*  mtmu  ciittm- 
sianrrs  un  n^re  retoit  3  fraoes  et  mène  3  franc*  ptr  Jow,  mImi  m*  torcn 
et  les  localités. 

Il  faut  avoir  habité  les  colonies  pour  savotr  que  te  pTO»«N  :  i 
comme  u»  nègre,  est  une  mystiOcatioD  inventée  pw 
Pour  nous,  il  signifie  ne  rien  faire  ou  presqoe  rien. 

I.a  Journée  de*  ouvriers  mlliuire*  est  (rèi  mal  divisée.  CflMMe  H*  taM 
obligés  de  manger  anx  même*  heure*  que  lenr*  camarade»,  c'e»i-à-4ir*  k 
dix  heures  du  malin  et  à  qaatre  beorr*  et  demie  du  «air.  !•  Illi«illfl  4r 
six  heures  à  dix  heures  du  matin,  et  rerommenrent  de  aM  i  fMlra  hmct 
et  demie.  Il  serait  à  désirer  qu'ils  pussent  reprendre  lews  «caiwUMW  à  éHK 
heures  et  non  à  midi  ;  il*  travailleraient  alors  jnsqa'i  ail  kinu  Ai  aair.  la 
longueur  des  jours  étant  à  pea  prés  constante.  U  ctt  kandt  émttt^'mk 
tratail  exécuté  sons  les  tropiques,  depuis  miJi  JM^'è  ém  hOMC»,  ■*  paat 
être  que  très  préjudiciable  à  la  santé  d'un  Eoropéco. 

Kn  écrivant  cette  note,  nous  sentons  le  be*oia  de  dédaitr  ^M  M«»  ■'•- 
vons  eu  qu'à  nous  louer  du  zèle  de*  ouvriers  militaire*,  et  ^«a  mm  av«M 
rencontré  cbex  MM.  le*  oWciers  une  bienvaHIaMt  ^ 
souvenir  de  noire  téSjour  passager  «u  camp  Jacak. 


123 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PURLICS. 


124 


matériaux,  mais  ce  désavantage  a  été  plus  que  compensé  par 
la  simplification  introduite  dans  la  fabrication,  et  par  le  sur- 
croît de  résistance  qui  en  est  résulté  pour  l'ensemble  du  bâ- 
timent, surcroît  que  l'on  aurait  tort  de  dédaigner  dans. les 
constructions  nouvelles,  quand  on  peut  l'obtenir  sans  incon- 
vénient grave. 

Prix.  —  Le  prix  de  l'adjudication  a  été  de  25,000  fr. 
par  salle.  Ce  prix  peut  ainsi  se  décomposer  : 

Fer  en  barres  6,000  ] 

Tôles.   .  .   .  6,000    I   18,000  Idlogr.     .     .     16,000  fr. 

Fonte.   .   .   .  6,000  ) 

Bois 2,060 

Portes  et  fenêtres 600 

Serrurerie.      ...» 100 

Paratonnerre ZlO 

Peinture 1^200 

Montage     |   '^"Europe.      .      600 j 
°      \   en  Amérique    .  l,200j 
Transport 3,200 

Somme  égale  au  chiffre  de  l'entreprise. 


1,800 


25,000 


Supporté  par  l'État . 


Transport  de  la  Basse-Terre  au  camp  et  fon- 
dations  2,500 


Total  du  prix  de  revient.     27,500 

Les  constructions  de  même  grandeur,  en  pierre,  faites  au 
camp  Jacob,  ont  coûté  au  moins  40,000  fr. 

Valeur  des  matériaux  provenant  de  la  démolition.  — 
Les  matériaux  provenant  de  la  démolition  d'une  maison  en 
fer  peuvent  s'élever  à  une  somme  assez  considérable,  d'après 
le  degré  de  conservation  du  métal.  Comme  les  tôles  et  les  fers 
que  nous  avons  employés  sont  d'assez  fortes  dimensions^  nous 
pensons  que  leur  prix  marchand,  après  démolition,  est  au 
moins  du  quart  du  prix  de  vente  du  fer.  C'est  donc  une 
somme  de  Zi.OOOfr.  qu'il  faut  retrancher  du  chiffre  du  devis, 
ce  qoila  réduirait  à  22,500  fr. 

La  suite  au  prochain  numéro. 

A.  ROMAND, 

Ingénieur-architecte. 


DU  LOUVRE 

SA  COUn  ,  SA  FONTAINE,    SES  TONNEAUX  VESPASIENS ,    SES  LANTERNES 
EN  GIBETS,   ETC. 

MONSIEUU, 

Je  prends  la  liberté  de  vous  adresser  diverses  observations, 
auxquelles  je  désirerais  donner  quelque  publicité  ;  je  serais  flatté 
que  vous  voulussiez  bien  leur  accorder  une  place  dans  les  co- 
lonnes de  votre  Bévue. 

Il  est  étonnant  qu'au  milieu  des  nombreuses  restaurations  de 
monuments  entreprises  depuis  1830,  on  semble  si  peu  s'occuper 
du  palais  du  Louvre.  Ainsi,  voilà  peut-être  plus  de  vingt  ans 
que  les  bases  des  colonnes  de  trois  des  péristyles  qui  donnent  en- 
trée à  la  cour  du  Louvre  sont  recouvertes  d'une  masse  de  plâtre, 
comme  si  l'on  avait  à  les  préserver  de  la  chute  des  matériaux, 
ainsi  que  cela  arrive  lorsqu'on  exécute  de  grandes  réparations  ; 
et  cependant,  depuis  longtemps,  on  ne  voit  l'aire  aucuns  travaux 
sous  ces  péristyles.  Comment  se  fait-il  que  ni  l'architecte,  ni  les 
inspecteurs,  ni  aucun  de  ceux  qui  sont  préposés  à  la  conserva- 
lion  du  monument,  n'aient  encore  fiiit  attention  à  cette  désa- 
gréable particularité,  qui  frappe  les  regards  des  moins  attentifs? 

Comment  se  fait-il  aussi  qu'on  laisse  subsister  depuis  si  long- 
temps, et  tout  proche  de  la  grille  qui  entoure  la  statue  équestre 
du  duc  d'Orléans,  cette  ignoble  pompe  en  bois,  avec  son  auge 
massive,  qui  semble  toujours  attendre  les  garçons  maçons  ou  les 
laveuses  du  quartier? 

S'il  est  vraiment  nécessaire  qu'il  y  ait  une  pompe  dans  la  cour 
du  Louvre,  rien  de  plus  facile  que  de  remplacer  celle-ci  par  une 
pompe  en  fonte  avec  un  bassin  de  forme  simple,  si  l'on  veut, 
mais  convenable,  comme  on  en  voit,  du  reste,  tant  d'exemples, 
même  dans  les  plus  modestes  habitations  particulières. 

Si  la  symétrie  paraît  désirable,  pourquoi  ne  pas  poser  aux  an- 
gles de  la  grille  quatre  bornes  en  fonte  dans  le  genre  de  celles 
qui  se  voient  à  la  fontaine  Molière?  L'une  d'elles  pourrait  faci- 
lement faire  le  service  d'une  borne -fontaine,  ainsi  qu'on  en  voit 
sur  les  places  publiques  de  Paris. 

Jusques  à  quand  verra-t-on  ces  hideux  tonneaux  à  urine  se 
dresser  le  long  des  murs  de  la  cour  du  Louvre?  Que  ne  construit- 
on  des  î;es/)asï(?nwes?  L'architecte  pourrait  leur  donner  telle  forme 
qu'il  jugerait  plus  en  rapport  avec  la  dignité  de  cette  cour  mo- 
numentale, si  célèbre  dans  nos  annales  historiques.  Que  d'ar- 
gent voyons-nous  dépensé,  tous  les  jours,  pour  des  choses  bien 
moins  urgentes  et  souvent  bien  inutiles!  Que  dire  aussi  de  ces 


125 


lŒVUE  DE  LAIICIIITECTUIIE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


12» 


huit  grossiers  poteaux  en  charpente,  qui  font  une  si  laide  ligure 
près  de  la  statue  équestre?  Que  doivent  penser  de  nous  et  «le  nos 
autorités  les  étrangers  (]ui  passent  dans  cette  cour,  éclairée  tant 
bien  que  mal  par  les  réverbères  ([u'on  accroche  le  soir  k  ces 
poteaux,  et  qui  Tont  un  si  pitoyable  contraste  avec  tout  ce  qui  les 
entoure  ?  Qu'atteiid-on  donc  pour  les  remplacer  par  des  lumi- 
naires plus  en  rapport  avec  le  monument?  Les  (juais,  les  boule- 
vards, les  rues  et  places  pul)li<iues  de  Paris  sont  encore  là  pour 
protester  contre  l'inconvenance  de  toutes  ces  choses  vraiment 
monstrueuses  dans  une  capitale  telle  «[ue  l'aris.  Hua  dire  aussi 
des  potences  servant  encore  de  colonnes  lampadaires,  malgré 
les  progrès  en  tout  genre  dont  notre  siècle  est  si  lier? 

Si,  sortant  du  Louvre,  on  se  pla(!e  en  l'ace  de  la  célèbre  colon- 
nade qui  regarde  l'église  Saint-Germain  l'Auxerrois,  on  reste 
réellement  stupéfait  en  voyant  l'état  de  dégradation  dans  lequel 
subsiste  depuis  si  longtemps,  le  mur  de  soutènement  (jui  encaisse 
le  terre-plein  où  furent  enterrés  momentanément  les  corps  des 
citoyens  tués  pendant  les  journées  des  27,  28  et  29  juillet.  Une 
mauvaise  palissade  en  planches,  ii  moitié  pourries,  forme  le  triste 
pendant  de  la  grille  qui  entoure  l'autre  terre-plein.  Qu'atteiid-on 
pour  reconstruire  ce  mur  en  bonne  pierre,  et  pour  y  poser  une 
grille  semblable  à  celle  (|ui  existe  de  l'autre  côté  de  la  façade  (1)? 
Coinmenl  se  fait-il  (ju'on  laisse  les  abords  du  Louvre  dans  un 
abandon  qui  ne  serait  pas  toléré  vingt-ciualn;  heures  par  la  voirie, 
si  c'était  la  propriété  d'un  simple  particulier?  Nous  n'exagérons 
pas  en  disant  qu'une  partie  de  ce  mur  est  en  si  mauvais  état,  que 
les  pierres  semblent  vouloir  s'ébouler  sur  les  passants,  et  qu'elles 
laissent  voir  partout,  à  travers  leurs  interstices,  la  terre  qu'elles 
sont  chargées  de  soutenir.  Des  marchands  de  bric-à-brac  et  d'i- 
mages garnissent  de  leurs  étalages  les  mauvaises  planches  qui 
enferment  le  terre-plein,  et  ajoutent  encore  à  l'air  misérable  et 
dégradé  de  cette  partie  du  moimment  (2). 


(1)  Nous  ignorous  si  nous  nous  trompons;  mais  il  nous  semble  que  lors- 
qu'on se  Uikidera  à'  loucher  à  ce  tcrre-picin,  il  sera  à  propos  (l"cn  rétrécir  la 
largeur,  pour  pcrnieltre  de  voir  le  monument  de  plus  près,  et  de  laisser  le 
spectateur  s'approcher  des  détails  de  sculpture  qui  se  perdent  dans  l'éloigoe- 
ment. 

(2)  A  notre  époque,  où  l'on  s'occupe  tant  des  anciens  monumenls,  nous 
nous  étonnons  du  voir  persister  un  abus  qui  depuis  lonKtemps  ne  contribue 
pas  peu  à  les  dégrader  et  il  en  giller  l'aspect.  Nous  voulons  parler  du  droit  que 
se  sont  arroge  certains  marchands,  de  clouer  et  attacher  leurs  marchandises 
aui  portes  et  aux  murs  de  plusieurs  édinces  publics.  Nous  nous  contenterons 
de  citer  comme  eiemples  Notre-Dame  de  Paris,  l'église  Saint-b^tiennc-du- 
Munt,  dont  les  portes  sont  continuellement  obstruées  par  les  marchands  de 
petits  livres  ci  d'objets  de  piélé  :  l'holel  de  la  Monnaie,  le  bâtiment  des  Ar- 
chives du  royaume,  dont  une  des  portes  coodamuée  sert  de  boutique  à  des 
revendeurs  ;  les  arcades  du  palais  d«  l'Institut;  etc.  Nous  profilons  de  celle 
noie  pour  signaler  aussi  un  autre  genre  d'cnvabisseineul  dont  la  police  ne 
semble  pas  s'occuper  ;  c'est  cette  manie,  celte  lièvre  de  placards  et  d'annonces 
de  toutes  tailles  et  de  toutes  couleurs  qui  rouvrent  les  murailles  des  maisons 
et  de  plusieurs  monumenls  ;  il  y  a  telles  boutiques  à  Paris,  fermées  fautes  de 
locataires,  qui  ne  sont  plus  visibles  aui  yeux  de  ceux  qui  cherchent  il  louer. 
Les  portes,  les  volels,  sont  lellenieiil  placardés  d'aflirhes.  qu'on  découvrirait 
dirUcllemcut  l'entrée  de  l'élablisseineDt.  Commeul  se  fail-il  que  le  premier 
venu  ait  le  droit  de  s'emparer  et  de  défigurer  arbitrairement  ainsi  la  propriété 
publique  ou  particulière?  Sontce  les  règlements  qui  manquent  ou  bien  né- 
glige-t-on  à  ce  point  d'en  surveiller  l'eiéculiou?  Les  nmrs  des  maisons  ne 
semblent  plus  appartenir  aux  propriétaires,  mais  h  une  foule  d'industriels  in- 
connus qui  travaillent  la  nuit  ou  dus  le  point  du  jour,  et  échappent  ainsi  à 
toute  surveillance.  La  police  est-elle  doue  impuissante  contre  un  pareil  dé- 
sordre ■/ 

Au  moment  de  livrer  celte  leltre  k  l'impression,  nous  apprenons  que  le 
nouveau  couservaleur  dcsilrc/iiv«s  du  royaume,  M.  Lclrouue,  vient  de  faire 


Quand  verrons  nom  d i»pMrattre  cette  iimia  de  phtht»  <|M'<iii 
nomme  la  Galerie  de  bms,  qui  rette,  en  manière  de  pruvifoire 
indéfini,  collée  à  la  grande  galerie  du  Louvre,  et  qui  ne  fat  d'a- 
bord construite  que  pour  une  exposition  motneotaiiée  detapit- 
saries,  il  y  a  une  dizaine  d'aniite  eoviron?  Si  eette  mninfrooio 
conviction,  qui  déBgnre  un  grand  monument,  est  devenue  in- 
dispensable pour  les  expositions,  que  ne  lemiine-t-on  les  gale- 
ries du  Carrousel,  dont  nous  attendons  la  construction  et  la  fin 
depuis  si  longtemps  (1)? 

I>es  projets  ne  manquent  pas;  tous  les  ans  on  en  voit  éclore 
de  nouveaux  :  il  n'y  a  que  l'embarras  du  cboix;  les  arcfaited» 
attendent  qu'on  mette  leurs  talents  k  l'épreuve. 

Quand  verrons-nous  s'ouvrir  le  concoursqui  leul  doit  décider 
du  choix  de  l'homme  liabile  chargé  de  ces  importants  travaux? 
Pour  l'honneur  de  la  France  et  de  la  couronne,  MM.  les  députés 
devraient  bien  y  penser  sérieusement.  Ce  serait  une  belle  paie* 
ajouter  aux  fastes  histori(|ues  de  notre  pays;  et  la  '*^riTllrrff  de 
1847  devrait  être  jalouse  de  voter  enfin  l'aehèteiaeot  d 
du  Carrousel. 

J'ai  l'honneur  d'être,  etc. 

L-J.  G , 

On  des  lecteun  de  la  Revue  générale,  tu. 


F.%ITM  DIVKRS. 

Vestiges  de  Sinive  et  du  temple  de  Diane  Leueophrf/né.  Oa  aSMl 
çait.  Il  y  a  quelque  temps  déji,  que  la  galerie  du  rci^e-diiMife  4 
Louvre  «Stail  enlièremenl  disposée  pour  recevoir  les  mines  de  Mnivc 

A  la  bonne  heure!  Que  nous  n'ajrons  pas  la  doulcor  de  voir  exp 
aux  intempérie»  de  noire  climat  rigoureux  les  débris  si  prédcasde  ftm- 
cienne  Mnive,  comme  cela  s'est  fait  cl  se  fait  encore  poar  les  fragaaMs 
du  temple  de  Diane  l^ucopliryné,  rapportés  par  les  soins  de  aode  en- 
frère  et  collaborateur  M.  Texler.  Ces  fragioenis  giseal.i  celle  bcwe.  •• 
même  lieu  où  ils  furent  déposé»  lors  de  leur  arrivée,  il  y  •  deas •»,€>«- 
à-dire  dan»  le  jardin  de  l'Infante.  L'eau  pluviale  rempiil  les  cavMs  des 
sculptures,  les  gelées  arrivent  ensuite,  et  le  liquide,  qai  segaale  c*  se  so- 
lidifiant, aura  certainement  détérioré  les  parties  les  ploa  dflicsKs  de  ew 
fragmenls.  Valait-il  la  peine  de  le»  faire  rapporter  è  (nads  frai»  de  l'.Uie- 
Mineure,  de  risquer  la  vie  de  plusieurs  iiBBMWS  i  les  enlever  (sis  per- 
sonnes périrent  i  ce  travail)  pour  les  laisser  caaalte  se  déléiiwa  dMs 
un  enclos  fermé  au  public?  Espérons  que  lea  I 
un  sort  plus  heureux. 

Chambre  des  Pair*.  On  a  placé  sur  leurs 
cycle  du  bureau  de  la  Oiambre  des  pairs,  les 
M.  Debay  père  ;  de  italesherbe»,  par  U.  Bm  ;  de  PotttUs,  par  M. 
de  d'Aguesseau,  par  M.  Maindron  ;  deTurgol.  par  M.  liegendre-llérald  ; 
de  Mathieu  Mole,  par  M.  Bare  fil»;  cl  de  lllôpittl,  par  M.  Yaiots.  t*ns  k 
nicbe  pratiquée  i  la  gauche  du  président,  k  la  aaisMMX  da  i 
cycle  de  la  chambre,  on  a  placé  la  auiae  de  ssiat  LmIk  par  M. 
La  niclic  en  face  cstdcstiaécireceToirccUe  de  CbariUMiae,  fK  i 
M.  ïitex. 


■s  I 
de  CtJkttt, 


cesser  le  traodaleiu  abot  Ooot  ooos  ooo»  plaigBoas,  «  fa*  r«Hfa  de  h 
porte,  «i  loogieaips  condawnde  à  sefvto  d'éuiac*  dt  feii»è-*cac.  nnt 
d'être  rtndu  au  service  de  l'*4W<  dsi  Àrtàtmt. 

(3,  C'est  aux  CkaarfiM*  à  tépawlre  à  celle  deraièfs  «BMlàsa.  car  U 
civile  uc  peut  faite  sawortrr  à  •»«  laaie  de  telles  ll| (X  ém  D.) 


«27 


REVUE  DE  L'AIICHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PURLICS. 


128 


Lps  slaliies  de  Monlesquieu,  par  AI.  Kanteuil,  cl  d'Klienne  Pasquier, 
par  M.  l'ojalier,  ornent  les  deux  exlrémilésdela  bibliothèque. 

M.  Picot  a  terminé  le  plafond  du  cabinet  destiné  particulièrement  à  la 
Je.cliirc  dos  journaux  quolidicns. 

M.  Achille  Ledéreaâii  nommé  secrétaire  archiviste  de  la  section  d'ar- 
chitecture, à  l'école  des  Beaux-Arts,  en  remplacement  de  M.  Vaudoyer, 
<lécédé  vers  le  milieu  de  l'année  ISZiG.  Cette  nomination  a  été  précédée  de 
tirconstiinccs  que  nous  devons  faire  connaîire  ;  et  elle  sera  suivie  de  con- 
séquences graves  pour  l'avenir  de  l'enseignement  architectural  à  l'École 
<les  Beaux-Arts. 

Nous  apprécierons  toutes  ces  circonstances  dans  un  travail  spécial. 

Le  Nouvel  Opéra  de  Paris.  Des  personnes  en  position  d'être  bien  in- 
formées assurent  que  le  nouvel  Opéra  sera  mis  au  concours  ;  inais  au 
lieu  de  commencer  par  ouvrir  un  concours  général  d'esquisses,  pour  pré- 
luder à  un  concours  définiiif  entre  un  nombre  déterminé  des  concurrents 
vlont  les  esquisses  auraient  été  jugées  les  meilleures,  on  parle  d'ouvrir 
directement  le  concours  délinilif  en  invitant  onze  artistes  seulement  à  y 

■prendre  part. 

L'administration  ticnt-c'.le  à  fortifier  les  soupçons  dont  elle  est  l'objet? 
La  route  qu'elle  prend  conduirait  inévitablement  à  ce  résultat. 

Il  faut  un  concours  sur  esquisse  d'où  l'on  n'exclura  aucune  lumière, 
et  c'est  au  jiuy  de  ce  concours,  composé  de  manière  à  représenter  tousles 
intérêts  engagés,  à  prononcer  les  noms  des  artistes  dignes  de  concourir 
pour  le  projet  définitif.  L'administration  peut  craindre  de  voir  emporter  le 
prix  par  un  artiste  qui  n'offrirait  pas  toutes  les  garanties  désirables  pour  la 
bonne  conduite  des  travaux;  c'est  là,  en  effet,  une  question  intéressante, 
mais  qui  peut  se  résoudre  aisément  et  sans  nécessiter  des  mesures  arbi- 
traires. Dans  notre  prochain  numéro,  nous  donnerons  la  description  de 
plusieurs  projets  d'Opéra,  qui  ont  été  déjà  présentés  à  l'administration, 
mais  dont  les  auteurs  demandent  le  concours  public  en  annonçant  l'in- 
tention d'y  prendre  part. 

Avis  aux  constructeurs  des.  pays  tropicaux.  Dans  les  pays  sujets 
aux  tremblements  de  terre,  les  constructeurs  devraient  toujours  tenir 
compte  des  secousses  périodiques  qui  viennent  ébranler  leurs  travaux.  11 
conviendrait  même  que,  dans  l'intérêt  public,  les  administrations  fissent 
enregistrer  tous  les  faits  de  nature  à  fournir  des  données  aux  construc- 
teurs qui  voudraient  prévenir  par  des  dispositions  particulières,  les  effets 
déplorables  des  tremblements  de  terre.  Un  témoin  oculaire  du  tremble- 
ment de  terre  qui  causa  des  désastres,  il  y  a  peu  de  temps,  en  Toscane  et 
<n  Calabrc,  lit  des  observations  très  intéressantes  pour  les  architectes  et  les 
ingénieurs.  Dans  les  deux  pays,  M.  Pella  a  observé  la  répétition  parfaite 
des  mêmes  accidents  ;  il  les  décrit  ainsi  :  1°  Même  dans  les  collines,  on 
remarque  que  les  villages  placés  sur  les  sommets  ont  été  bouleversés  ;  au 
contraire,  les  maisons  rurales  qui  se  trouvent  au  fond  des  petites  vallées 
intermédiaires  ont  été  épargnées;  2°  de  deux  villages,  San-Regolo  et  Lu- 
ciana,  le  premier,  bâti  sur  une  mollasse  friable,  et  le  second  sur  un  banc 
de  calcaire  coquillier  très  solide,  l'un  a  été  abattu  et  l'autre  a  souffert  infi- 
niment moins;  3°  plusieurs  villages  bStis  sur  le  macigno  compacte  et  sur 
des  gabbris  très  consistants,  n'ont  presque  pas  souffert.  Snn-Luce  et  Cas- 
'tellina,  qui  se  trouvent  au  milieu  de  la  ligne  des  villages  bouleversés,  ont 
été  cependant  épargnés,  sans  doute  parce  qu'ils  se  trouvent  sur  des  îlots  de 
(;QÎ)f>rî  solides. 

Ces  faits  méritent  l'attention  des  constructeurs  qui  dirigent  des  travaux 
dans  les  pays  exposés  aux  tremblements  de  terre.  Évidemment,  l'assiette 
ri'ime  construction  doit  contribuer  à  sa  conservation  ou  à  sa  destruction, 
tout  aussi  bien  que  la  manière  de  combiner  les  parties  de  l'édifice,  ou  que 
le  choix  des  matériaux  employés. 

Cnnstantinople.  La  ville  d'Alger  n'est  plus  reconnaissable,  Oran  se 
4ransforme,  Constantine  se  gâte;  il  n'est  pas  jusqu'à  Constantinople  qui 
^e  commence  à  perdre  de  sa  couleur  locale.  Après  nous  avoir  pris  une 

partie  de  notre  affreux  costume  :  bottes,  pantalons  et  redingotes  ;  après 
-avoir  échangé  leur  longue  canardière  au  canon  orné,  à  la  crosse  d'ivoire 

incrustée,  contre  le  vilain  fusil  des  fabriques  belges  et  anglaises  ;  leur  beau 


damas  recourbé  contre  nos  abominables  coupe-choux  ;il  ne  manquait  aux 
Turcs  que  de  nous  emprunter  noire  architecture,  à  nous  qui  ne  faisons 
que  d'emprunter  aux  monuments  de  tous  les  styles  et  de  tous  les  siècles. 

Chose  singulière  !  Sous  le  rapport  de  la  couleur,  du  pittoresque  de  la 
forme  et  du  luxe  d'aspect,  presque  partout  les  peuples  que  nous  appelons 
barbares  l'emportent  immensément  sur  les  nations  qui  se  glorifient  de 
leur  haute  civilisation.  Ceci  n'est  pas  à  démontrer  :  la  question  serait  posée 
à  cent  artistes  qui  ont  visité  ces  pays  qu'elle  serait  résolue  par  acclama- 
lion.  Voyez  cependant  la  marche  des  faits,  et  cherchez-en  l'explication..., 
si  vous  avez  des  loisirs.  L'Europe  veut  civiliser  la  Turquie  ;  on  la  convie, 
on  la  pousse  même  dans  ce  qu'on  est  convenu  d'appeler  la  voie  du  pro- 
grès, et  il  ne  manque  pas  de  Turcs  tout  prêts  à  faciliter  le  mouvement. 
Eh  bien  !  quelle  est  la  première  conséquence  de  ce  progrès,  tel  qu'il  se 
fait  ?  N'est-ce  pas  l'abandon  du  beau  pour  le  laid  ?  Nos  chapeaux  en  carton 
couverts  de  soie  ou  de  pluche  donnèrent-ils  jamais  à  la  physionomie  hu- 
maine ce  cachet  de  beauté  grave  et  douce,  que  les  Ottomans  emprunte  à 
leurs  turbans  de  soie  et  de  cachemire  ?  Nos  habits  étriqués  peuvent-ils  se 
comparer  aux  riches  vestes  turques  brodées  d'or,  de  soie  et  de  pierreries  ? 
El  une  fois  que  ces  peuples  consentent  à  dégrader  la  majesté  de  la  figure 
humaine  du  type  le  plus  élevé  que  la  nature  ait  créé,  qui  peut  dire  où  ils 
s'arrêteront  ? 

Au  Turc  costumé  à  l'européenne  ne  faut-il  pas  ensuite  l'architecture 
européenne  ?  Pourquoi  donc  s'étonner  si,  sur  les  rives  du  Bosphore,  le  cot- 
tageanglais  ctla  villa  italienne  viennent  s'asseoir  sur  les  ruinesdu  kiosque? 

Le  palais  de  l'ambassadeur  français  à  Constantinople,  bâti  par  un  de 
nos  confrères  de  Paris,  est  terminé  ;  M.  de  Bourqueney  y  est  déjà  installé. 
A  la  fin  de  septembre  dernier,  Reschid-Pacha,  ministre  des  affaires  étran- 
gères, a  posé,  en  grande  pompe,  la  première  pierre  de  l'Université  qui  va 
être  érigée  près  de  la  mosquée  de  Sainle-Sophie,  et  on  comtnencera  aussi 
sous  peu  la  construction  d'une  Académie  de  Médecine.  Les  plans  de  ces 
monuments  sont  les  trophées  exportés  de  nos  contrées. 


>©o- 


Fetite  Correspondance. 

A  M.  P.  M.,  à  Londres.  Oui,  il  existe  des  vestiges  de  tunnel  passant 

sous  un  lit  de  rivière,  et  de  construction  fort  ancienne  déjà.  Je  n'ai  pas 
reçu  de  renseignements  positifs  sur  l'ancien  tunnel  passant  sous  le  port  de 
Marseille  cl  qu'on  disait  avoir  retrouvé  ;  mais  on  a  dernièrement  découvert 
quelques  portions  d'un  tunnel  qui  passait  sous  la  Penfeld  (1),  à  l'entrée 
du  port  de  Brest.  I^cs  traditions  du  pays  disent  que  ce  n'était  qu'un  passage 
destiné  à  maintenir,  en  cas  de  siège,  les  communications  du  château  de 
Brest  avec  l'extérieur.  Il  ne  peut  servir  qu'au  passage  des  personnes,  et 
devait,  par  la  nature  môme  de  ses  fonctions,  être  tenu  secret.  11  a  dft 
être  entièrement  enlevé  dans  le  roc  vif,  schiste,  quartz  et  granit. 

—  M.  V.  B.,  à  Lille.  Les  planches  de  l'ouvrage  des  PP.  Alartin  et 
Charles  Cahier,  sur  les  vitraux  de  Bourges,  peuvent,  en  effet,  s'acheter 
par  feuilles  détachées.  On  s'adressait  autrefois,  h  Paris,  chez  Hauser,  3, 
boulevard  des  Italiens;  aujourd'hui,  il  y  a  avantage,  je  pense,  à  s'a- 
dresser chez  Victor  Didron,  place  Saint-André-dcs-Arts,  8. 


(t)  Le  port  de  Brest  est  creusé  dans  le  lit  de  la  Penfeld. 


Errata.  A  la  col.  GI,  teite  et  note,  au  lieu  de  «  Léon  Cahier,  lisez: 
Charles  Cahier  ;  et  ù  la  place  de  «cure  d'Juno/,  »  mettez  curé  d'Aurial 
(dans  le  Limousin). 


CÉSAR  D.\LY, 

Direcleur  et  rédacteur  en  chef, 
membre  honoraire  et  correspondant  de  l'Académie  royale  des  Beaux-Arts 
de  Stockholm,  de  l'Institut  royal  des  Architectes  britanniques,  etc.,  etc. 


Paris.—  Imrrimmc  de  L.  Mautinet,  rue  Jacob,  30. 


129 


REVUE  OE  LAUCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


IM 


MEMOIRE 

SUR    THENTE-DEUX    STATUES     SYMBOLIQUES    OBSEnVÉES    DANS    I.A 
PABTIE    HAUTE    DES    TOUBEILES    DE    SAIiST-DEKVS. 

(Troisième  article.  V.  col.  49,  05  et  97.) 


DEUXIÈME  PARTIE. 


ZOOI.OCli:     HYSIBOIilQVE 

DES  TOURELLES   DB   SAINT- DENTS. 

CHIEN. 

Au  point  de  vue  de  ses  qualités  et  jugé  comme  serviteur, 
compagnon  et  ami  de  l'homme,  le  chien  a  dans  la  Symbo- 
lique un  rôle  noble  et  élevé;  au  xiii*  siècle  et  dans  les  sui- 
vants, les  chiens  danois,  les  chiens  lévriers  et  tous  ceux  de 
races  élues,  marquaient  sur  les  pierres  tombales  au\  pieds 
des  dames  de  haut  rang  la  fidélité  conjugale  et  d'autres  vertus 
du  manoir.  Mais  déjà,  avant  cette  époque  (1),  on  avait  rat- 
taché il  l'idée  de  différents  vices  les  chiens  errants,  les  chiens 
vulgaires,  les  chiens  malappris  ou  hargneux,  ceux  des  races 
dégénérées  qui  multiplient  h  l'infini,  mènent  une  vie  vaga- 
bonde et  sont  poussés  par  leur  nature  et  leurs  extrêmes  priva- 
tions à  des  excès  de  toute  sorte.  Les  Hébreux,  les  Grecs,  les 
Romains,  lesOrientaux,  avaient  fait  aussi  du  nom  de  ces  chiens 
l'injure  la  plus  flétrissante  que  pussent  exhaler  jamais  la  co- 
lère et  l'indignation.  Quant  au  chien  que  le  moyen  ôge  char- 
gea du  rôle  de  péché,  il  représenta  cet  état  de  dégradation 
non-seulement  par  sa  figure,  mais  par  quelques-uns  des  actes 
ignobles  qui  lui  sont  le  plus  familiers.  Ainsi,  par  divers  ca- 
ractères, par  sa  langue  ou  ses  dents  souillées,  par  ses  pattes 
et  par  sa  queue,  par  ses  hurlements  ou  son  silence  intem- 
pestifs, par  les  extrémités  repoussantes  auxquelles  le  porte 
sa  faim  ou  sa  voracité,  le  chien  réunit  en  lui-même  des  allu- 

(i)  Ce  qui  se  voit  dans  tous  les  Pères  d«  l'Eglise  et  dans  les  corotnenUiteurs 
de  la  Bible. 

T.   VIL 


sions  aux  sept  péchés  oa  à  dtt  *ice«  qui  en  dérifeot,  et  ^ 
les  remplacent  «ouvent  dans  ta  Symbolique  chrétienne.  C'ect 
donc  dans  ses  espèces  les  plus  communes,  et  comme  vag*- 
bond,  errant  et  représentant  la  misère  spirituelle  et  iMBOeoop 
de  vices  abjects,  que  le  chien  fournit  par  son  nom,  è  tOM  là 
peuples  de  la  terre,  l'expression  la  plus  iosullanle  d'un  bra- 
tal  et  profond  mépris.  Aussi  sa  race  spécifique,  ceux  de  K* 
membres  mis  en  scène  dans  les  compositions  hvbrides,  et  se* 
diverses  attitudes ,  ne  sont  pas  chose  indifférente  dans  le* 
bas-reliefs  symboliques  où  il  marque  et  personoiGe  quel^M 
flétrissante  acception. 

1'  Le  Démon,  quand  il  est  représenté  sous  la  forme  d'an 
animal,  a  presque  toujours  quelque  membre,  quelque  ca- 
ractère du  chien.  C'est  par  ses  instincts  faméli<|ues  et  par  se* 
appétits  gloutons  que  le  chien  figure  ce  prince  du  mal  et 
l'enfer  lui-même,  avides  de  perdre  les  âmes,  et,  selon  le 
style  figuratif,  impatients  de  les  dévorer.  C'est  ainsi  qn'oa 
lit  dans  un  psaume  :  «  Seigneur,  délivrez  mon  âme  de  l'épée, 
et  de  la  main  du  chien  (1).  »  Mais  c'est  surtout  par  la  réu- 
nion des  sept  péchés  capitaux,  dont  il  personnifie  l'ensemble, 
que  le  chien  figure  l'Esprit  de  ténèbres,  l'auteur  du  mal  f$r 
excellence,  l'instigateur  de  tout  péché  (2). 

2°  Le  chien  aboyant  avec  rage  et  se  jetant  sur  une  proie 
figure  souvent  les  pervers  et  les  persécuteurs  des  justes,  les 
profanateurs  incapables  de  discerner  les  choses  sacrées  et 
qui  en  doivent  élre  écartés.  Ces  chiens  font  allusion  aux 
persécuteurs  dans  ce  passage  du  psalmiste  :  «  Seigneur, 
une  multitude  de  chiens  (dévorants)  m'ont  environné  »  ;  et 
ils  signifient  les  profanateurs  dans  celui-ci  de  l'Évangile  : 
«  Ne  donnez  pas  les  choses  saintes  aux  chiens,  de  peur  qu'ils 
ne  se  retournent  et  ne  se  précipitent  sur  vous  pour  vous  dé- 
pecer (3).  »  De  là  aussi  l'usage  de  cette  formule  :  a  Saocta, 
sanctis  :  foris  canes  »,  prononcée  tout  haut  par  le  diacre  dans 
les  premiers  Ages  chrétiens  au  moment  oà  l'action  du  saint 
sacrifice  allant  commencer,  les  excommuniés,  les  énergo- 
mènes,  les  |)énitcnts  publics,  etc.,  étaient  expulsés  de  l'é- 
glise (4). 

3°  Le  chien  hurlant  contre  la  lune  était  TemblèaM  im 
envieux. 

Le  dogue  préposé  souvent  i  la  garde  des  boucheries,  et 
dont  les  dents  et  la  langue  sont  fréquemment  souillées  de 
sang,  représentait  la  Détraction,  l'une  des  filles  de  l'Envie. 
Ainsi,  dit  Vincent  de  Beauvais,  les  dents  et  la  langue  des 
détracteurs  sont-elles  imprégnées  de  sang,  celui  des  àaei 
malheureuses  frappées  de  mort  spirituelle  par  les  bkatares 


(1)  D«  manu  cjnii.  (Pt.  xxi,  SI.)  —  Cmm,  iateaw  Wilii 
canine  cuocta  avide  vont.  (Odd«a.  Attaos.  ia  Piata.  joa.) 

(2)  Canis  aulem,  ipa«  diabote  Mt,  qui  eaa  wi 
Utrare  non  cessât.  (Brun.  Âti.  in  Psalm.>  —  ta*  «t 
ilùm  illud...  •  Eripc.. .  de  manu  canis  anicaaa  mmb.  •  (Bw  il  hk.) 

(3)  MatUi.,  VII,  6. 

(1)  Même  idi^  dans  ce«  parole*  d«  VÂfaatjfm,  M  mM  **  >■ 
JcTUMlem  :  •  Foris  rjnes,  et  rcatld,  «t  taipaiiei,  il  kMrieito,  «1  i 
viciites,  et  omni*  qui  Ikcit  et  aaul  MMiMiaa.  •  (Af«c.  XIII,  i&.) 


«SI 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PURLICS. 


152 


du  péché  (1).  Ces  détracteurs,  ajoute-t-il,  sont  de  vrais  «bé- 
nitiers du  diable,  pleins  de  l'eau  maudite  du  diable  !  leur 
langue...,  goupillon  du  diable  (2)!  » 

II'  Le  chien  hargneux,  le  chien  jappant,  le  chien  s'apla- 
tissant  à  terre,  ou  qui  gronde  et  montre  les  dents,  figure 
l'esprit  de  litige  et  de  contention,  génération  de  la  colère  (3). 
Ce  péché  répond  à  la  noise  et  à  la  lenczon,  qui,  dans  la 
hiérarchie  des  vices  au  moyen  âge,  suivent  Veslrif  et  le  con- 
tens,  et  qui  sont  suivis  des  ledenges{k).  «  Tiex  bons  rescnble 
le  porc  espi...,  et  quant  il  est  irez...  resemblil  lemastin  fel 
(félon)  qui  mort  et  abat  toz  ceulz  quil  peut.  » 

Il  figure  aussi  le  murmure,  ou  le  péché  de  celui  qui  veut 
être  «  mestre  sus  Dieu  :  et  de  quanque  se  fait  en  terre  si  il 
ne  le  fait  à  sa  volenté,  tanlost  murmure  contre  Dieu  et 
chante  la  patenostre  au  singe,  certes  mes  la  chanczon  au 
deable.  Car  aussi  corne  li  sains Esperiz...  fait  les  esliz  chan- 
ter en  leurs  cuers  le  doulz  chant  du  ciel  ;  cest  Deo  gracias 
de  quanque  il  fait,  aussi  li  mauves  Esperiz  fait  chanter  ses 
deciples  le  chant  denfer.  Cest  murmure...  (5).  » 

5»  Les  pattes  du  chien  qui  s'enfuit,  sa  queue  ramenée 
sous  son  ventre,  sa  gueule  fermée  et  muette ,  spécifient  la 
lâcheté  5  elles  marquent  le  chien  poltron  qui  n'ose  point 
donner  l'alarme,  qui  bat  en  retraite  au  plus  vite  et  sans 
avertir  du  danger,  qui,  loin  de  tenter  la  défense,  laisse  dé- 
vorer le  troupeau.  Isaie  (6)  et  tous  les  docteurs  comparent  à 
ces  chiens  muets,  fuyants  ou  blottis  dans  leur  niche,  les  pas- 
teurs sans  force  et  sans  zèle  qui  briguent  la  faveur  humaine, 
ou  qui,  pour  se  la  conserver,  n'ont  garde  d'élever  leur  voix 
en  faveur  de  la  vérité  et  de  la  justice  (7). 

6°  Par  sa  gueule  nauséabonde  qui  reprend  son  vomisse- 


(1)  Pensée  analogue  à  la  sentence  que  saint  Auguslin  avait  fait  tracer,  à 
Hippone,  en  face  de  la  table  où  il  prenait  ses  repas  :  «  Si  quis  amat  diclis 
absenlum  rodere  vitam,  hanc  mensam  indignam  noverit  esse  sibi.  » 

Ce  dépècement  du  prochain  par  les  dents  de  la  Délraclion  est  la  lierce  et  la 
quarte  fueille  de  la  branche  de  Detraccion  qui  naît  du  pechie  de  la  langue  : 
«  La  tierce  est  quant  il  (le  détracteur)  estaint  et  met  a  néant  touz  les  biens 
que  li  bons  fait...  Cil  menjue  lome  tout  entier.  La  quarte  ne  le  menjue  pas 
tout,  mais  il  le  mort  et  en  prent  une  pièce.  Et  cest  la  quarte  foille  de  ceste 
branche...  »  {Lapocalipse ,  Manuscril  du  xiii''  siècle,  Bibliothèque  royale.) 

Canes,  homines  rixosi  -vel  detractores  alterutros  se  lacérantes,  ut  in  Apo- 
stolo  :  «  Quod  si  invicem  mordetis  et  comeditis,  videte  ne  ab  invicem  consuma- 
mini.  »  (Hraban.  Maur.,  De  universo,  lib.  VIII,  cl.) 

(2)  ...  Orcelli  diabolici,  pleni  aquâ  maledictâ  diaboli...  Lingua  eorum,... 
diaboli  aspersorium.  (Vinc.  Bellovac,  Spec.  mor.,  De  invidiâ  et  tiliabus  ejus.) 

(3)  Boec.  —  Vinc.  Bellov.,  Spec.  raor.,  De  ira  et  filiabus  ejus.  —  Hiero- 
glyphic.  Colleetan.  verb.  Convicia. 

(û)  Estrif  et  contenz  est  quant  l'un  dit  à  l'autre  :  Si  est,  non  est  :  Si  fust,  non 
fust...  Apres  \ienent  les  ledenges.  Cest  quant  il  peignent  lun  lautre  et  dient 
les  grans  félonies.  {Lapocalipse,  Manuscril  du  xiu"  siècle.  Bibliothèque  royale.) 

(5)  Même  manuscrit. 

(6)  Canes,  intelligitur  muti  sacerdotes  vel  improbi,  ut  in  Isaïâ,  canes  muti, 
non  valenles  latrare.  (Hraban.  Maur.,  De  univ.,  VIII,  1.) —  Isaï.,  LVI,  10.  — 
S.  Gregor.,  in  Pastor.,  LVI,  10. 

(7)  Péché  qui  est  la  «  septisme  branche  d'orgueil  :  «  foie  paor  »,  foie  ver- 
goigne,  quant  len  laisse  a  bien  feire  por  le  monde  que  len  ne  soit  tenu  a  ypo- 
crite  ou  a  papelart.  Et  doutent  (ils  redoutent)  plus  le  monde  que  Dieu.  Cette 
vergoigne  vient  de  mauvese  plaisance  que  len  veut  plaire  aus  mauves  et  por  ce 
ele  est  folle  et  fille  d'orgueil  et  la  septisme  branche  principaus,  et  fait  moût  de 
fois  lessier  le  bien  et  faire  le  mal  por  plaire  mauvaisement  au  monde.  (Même 
nisc.  du  xiH=  siècle,  Bibliothèque  royale.) 


ment  (1),  le  chien  figurait  les  relaps,  c'est-à-dire  les  pé- 
cheurs qui,  ayant  détesté  leurs  crimes  et  désavoué  leurs 
égarements,  retournent  avec  ardeur  dans  les  voies  du  vice. 
«  Et  ce  que  (dit  le  Bestiaire]  li  chiens  repaire  à  ce  que  il  a 
rendu,  senefie  cels  qi  rcpaireiit  folement  à  lor  pecies  dont 
ils  ereiit  devant  confes  (2).  «  Le  chien  occupé  de  cet  acte 
représentait  aussi  les  moines  qui,  ayant  renoncé  au  siècle 
par  leurs  engagements  votifs,  nourrissent  au  fond  de  leur 
cœur  une  cupidité  sordide  et  recherchent  les  biens  tempo- 
rels. Vincent  de  Beauvais  flétrit  ce  péché  du  nom  exprès 
de  sacrilège,  dans  un  chapitre  spécial  sur  la  cupidité  des 
moines  (3). 

7°  Le  chien  barbet,  le  chien  roquet,  le  chien  gredin, 
le  chien  caniche,  et  tous  ceux  d'espèces  errantes,  représen- 
tent, par  ces  espèces  ou  par  leur  ventre  insatiable,  d'abord 
le  cynisme  effronté,  ensuite  la  voracité,  la  gloutonnerie  (4), 
et  tous  les  excès  de  la  table  dont  la  honte  était  consacrée  par 
les  noms  de  gastrimargia,  de  ventrisingluvies,  de  horrenda 
voracitas  (5). 

8°  Enfin,  la  queue  du  barbet,  parce  qu'elle  est  courte, 
représente  l'oubli  de  Dieu,  et  le  mépris  le  plus  complet  du 
souvenir  des  fins  dernières  (6).  Ainsi,  l'espèce  la  plus  humble 
et  la  plus  abjecte  du  genre  chien,  figure  l'effet  et  la  suite  de 
l'habitude  des  sept  vices  répartis  aux  autres  espèces;  le  mé- 
pris de  Dieu  est  la  fin  et  le  plus  extrême  degré  du  mal.  «  Im- 
pius,  cùm  in  profundum  venerit  peccatorum,  contemnit  (7).  » 

En  récapitulant  ces  diverses  acceptions  prêtées  au  chien, 
on  trouve  en  lui,  outre  l'emblème  du  démon,  celui  des  sept 
péchés  capitaux. 

1°  Quand  il  figure  le  démon,  cette  intention  ressort  de 
ses  accessoires.  11  marque  dans  ce  mauvais  ange  la  soif  de  la 
perte  des  âmes  et  la  réunion  des  sept  vices. 

2°  Féroce,  agresseur  ou  furieux,  il  dé.signe  la  persécu- 


(1)  Facta  sunt  eis  posteriora  détériora  prioribus.  Melius  enim  erat  illis  non 
cognoscere  viam  justiliae,  quàm  post  agnitionem  retrorsùm  converti  ab  eo, 
quod  illis  traditum  est,  sacro  mandate.  Contigit  enim  eis  illud  veri  proverbii  : 
Canis  reversus  ad  suum  vomitum.  (II.  Epist.  Petr.  2,  v.  23.)  —  Sicut  canis 
qui  revertitur  ad  vomitum;  sic  imprudens  qui  itérât  stultitiam  suam.  (Prov. 
XXVI,  H.)  Canis...  cùm  vomit,  profecto  cibum,  qui  pectus  deprimebat,  pro- 
jicit;  sed  cùm  ad  vomitum  revertitur,  unde  levigatus  fuerat,  rursus  oneratur: 
sic  qui  amissa  plangunt,  profeclô  mentis  nequitiam,  de  quà  malè  saturali 
fuerant,  quae  eos  intus  deprimebat,  projiciunt  confitendo  ;  quam  post  confes- 
sionem,  dum  repetunt,  resumunt.  (Hrab.  Maur.,  De  univ.,  VII,  8.  —  Et  ibid. 
AUegor.) 

(2)  Li  livres  des  natures  des  bestes,  msc.  du  xiii«  siècle,  Bibl.  de  l'Ar- 
senal. 

(3)  Est  enim  proprietarius  sacrilegus...  retrogradus,  ut  canis  reversus  ad 
vomitum,  ad  ea  quœ  dimiserat,  ut  dicitur  2.  Petr.  22.  Ilem  Lucae,  9:  Nemo 
mittens  manum  suam  ad  aratrum,  et  respiciens rétro,  aptus  est  regno  Dei... 
Lambunt  animalia  cutem,  id  est  animales  monachi  delectantur  imitari  ea. 
(Vinc.  Bellov.,  De  avaritiâ  clauslralium.  Spec.  mor.) 

{Il)  Hraban.  Maur.,  De  universo,  VllI,  1. 

(5)  Les  hideux  excès  de  ce  vice  sont  traités  avec  un  grand  détail  dans  les 
moralistes  du  moyen  âge.  Le  vomitus  même  y  a  place,  et  compte  parmi  les 
péchés.  —  V.  Hraban.  Maur.,  De  Inslit.  clericor.,  III,  38.—  Albin.  Flacc., 
De  Divin,  offîc,  in  capit.  Jejun.  —  Hug.  de  S.  Victor,  Vinc.  de  Beauvais,  le 
manuscrit  Lapocalipse,  etc.,  etc. 

(6)  V.  ci-après,  à  l'article  Queues. 

(7)  m.  Beg.  VIII,  21. 


133 


lŒVUE  DE  L'Al'.CniïECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


134 


tion,  l'oppression  inique  et  perverse,  ou  la  profanalioii  et  le 
sacrilège,  effets  ou  générations  de  Vorijueil. 

3"  Soit  aboyant  contre  la  lune,  soit  par  sa  gueule  et  par 
ses  dents  souillées  du  sang  des  viandes  crues,  ce  qui  peut 
se  supposer  du  dogue  ou  chien  de  boucher,  il  marque  Venvie 
ou  la  déiraclion. 

h"  Hargneux,  jappant,  grondant,  inquiet,  il  représente  la 
colère  ou  deux  de  ses  générations,  la  contention  et  le  litige. 

5°  Cachant  sa  queue  entre  ses  pattes,  fuyant,  muet  ou 
cherchant  à  se  blottir,  c'est  la  pusillanimité,  le  lâche  silence 
du  prêtre,  péché  classé  parmi  les  générations  de  la  pa- 
resse. 

6°  Ouvrant  la  gueule  pour  lapper,  ce  qui  peut  vouloir 
indiquer  qu'il  reprend  son  vomissement,  c'est  ou  la  re- 
chute dans  le  péché,  ou  la  cupidité  du  moine,  génération  de 
Vavarice. 

7"  Par  sa  physionomie  ignoble  ou  le  caractère  grossier 
particulier  à  son  espèce ,  il  peut  indiquer  le  cynisme  et  la 
gloutonnerie  brutale,  c'est-à-dire  la  luxure  et  la  gourman- 
dise. 

8'  Par  sa  queue,  absente  ou  très  courte,  il  spécifie  l'oubli 
de  Uieu. 

CRAPAUD. 

1°  L'Orgueil,  le  premier  des  sept  péchés  capitaux,  est  ap- 
pelé par  tous  los  Pères,  tumeur  ou  enflure  du  cœur.  Ainsi 
défini,  il  a  pour  représentant  le  crapaud  (1),  qui  est  le  plus 
entlé  des  reptiles  (2). .Quand  on  pique  cet  animal,  le  venin  qui 
sort  de  sa  plaie  augmente  encore  sa  bouffissure,  et  il  roule 
des  yeux  monstrueux  et  allumés  par  la  colère  jusqu'au  mo- 
raenl  où  celte  enllure  les  rapetisse  et  les  éteint.  Ainsi  en 
est-il  du  superbe  :  l'orgueil  trouble  l'œil  de  son  âme,  c'est- 
à-dire  son  jugement,  en  lui  faisant  voir  toute  chose  au  point 
de  vue  de  sa  passion  (3). 

2°  Par  ses  jialtes  et  par  son  ventre  qui  pétrissent  la  vase 
infecte  des  marais,  le  crapaud  représente  aussi  la  luxure, 
rapport  justifié  du  reste  par  ce  qu'on  sait  de  ses  instincts; 


(t)  Vincent,  lîellov.  Spec.  moral.,  I.  3,  He  superbiâ  ol  filiabus  fjus. 

(2)  C'est  comme  père  de  l'orgueil,  qui  ett  la  source  de  tous  les  vices,  que  le 
Démon  a  été  quelquefois  représenté  M  noyen  ife  sous  li  Qgure  du  crapaud. 
V.  Vincent.  IJellov.  Spec.  moral..  De  purgcUorio. 

(3)  Co  rapprocliement,  accepte  par  les  moralistei  du  moyen  fige,  détenni- 
nait  ■<ussi  l'allu-sion  prêtée  à  l'/ij/dropsaie  ;  car  le*  maladies  corporelles  pei- 
gnaient dans  la  langue  mystique  les  maux  s^itaols  de  l'àme.  En  vue  de 
l'endure,  qui  est  son  essence,  l'Iiydropisic  figurait  spécialement  l'orgueil: 
et  nii^nic,  considérée  au  point  de  vue  de  l'enllure  qui  lui  est  propre,  et  qui 
sufl'oque  l'hydropique,  cette  maladie  repnaentait  très  sourcnl  la  réumo»  des 
sept  péckés  capitaux,  dont  l'orgueil  est  d'ailleart  1*  p^e.  Les  théologiens  ont 
subtilisé  avec  un  grand  rallincmcnt  sur  ces  allusioas  de  l'hydropisie.  Nous 
dirons  plus  tard,  dans  notre  loi^ogie  complète,  le*  ai^  caraclèrea  aigoali*  par 
enx  dans  ce  mal,  et  dont  ils  appliipicnt  chacun  i  l'un  des  sept  péchés  moriela. 
L'art  clirétien  a  consacré  cctlo  allusion  de  l'hydropisic  dans  ne»  nombreases 
représentations  de  diables  ventrus,  dont  le  type,  bien  loin  d'être  envisagé 
par  nos  pères  dans  un  sens  boulTon  et  grotesque,  était  pour  eux  une  leçon 
montrant  le  vice,  niiséiablc  jiUis  encore  que  ridicule.  I*lusieurs  de  ces  diables 
ventrus  dévorent  les  chapiteaux  karlieus,  et  par  conséquent  très  antiques,  du 
caveau  appelé  royal  dans  la  crypte  de  Saint-Denys. 


mais,  bien  qu'il  figure  deux  vices,  rarcneat  oo  peal  te  «é> 
prendre  sur  celle  de  ses  acceptions  qui  lui  e«t  prêtée  «r  les 
monuments,  et  il  les  réunit  sans  doute,  li  où  l'une  on  l'autre 
acception  n'est  pas  nettement  caractérisée. 

Quand  le  crapaud  représente  Vorgueil,  il  est  toujours 
très  remarquable  par  son  gonflement  eicessîf,  ou  bien  il  s'at- 
tache ù  la  tête,  et  quelquefois  même  aoi  oreilles  sur  les 
corps  humains  qu'il  dévore  :  a  la  tète,  parr«  qu'elle  est  te 
siège  de  l'orgueil,  et  que  ce  vice  se  décèle  dans  son  port  et 
son  expression  ;  aux  oreilles,  parce  que  celles  du  superbe  M 
souffrent  jamais  patiemment  les  paroles  de  contradiction  oa 
de  réprimande  (1). 

Quand  le  crapaud  marque  te  vice  qne  l'art  catholique  et 
les  Pères  montrent  sous  des  formes  brutales  jamais  voilées  oi 
attrayantes,  et  auquel,  plus  moraux  que  nous,  ils  ne  don- 
nent jamais  le  nom  de  plaisir,  le  crapaud  flétrit  et  dévore  le 
corps  humain  de  manière  à  ne  laisser  aucune  incertitude  sur 
le  genre  de  péché  qu'il  caractérise  :  tels  sont,  parmi  les  bet- 
reliefs  du  porche  de  l'abbaye  de  Moissac,  la  femme  rongée 
par  un  crapaud  et  l'homme  qui  lui  .«aisit  le  poignet  ;  cclui-d 
n'est  pas  comme  sa  compagne  la  proie  de  l'impur  animal,  il 
l'envoie  en  le  vomissant  à  l'oreille  de  cette  femme  :  expres- 
sion claire  et  explicite  des  paroles  licencieuses  qui  amènent 
souvent  le  désordre  précisé  dans  l'autre  statue  (3). 

GRENOUILLE. 

La  grenouille  qui  pétrit  la  fange  des  marécages  et  qui  ha- 
bite les  eaux  stagnantes,  fut  assimilée  aux  luxurieux.  C'est 
ce  que  désignent  sou  ventre,  sa  pose  et  ses  pattes;  tandis 
qu'ouverte  et  coassante,  sa  gueule  marque  la  colère  (irs  tii- 
mida;)  (3)  et  l'intarissable  loquacité  (i!|}. 

Fatigués  dès  les  premiers  siècles  des  ravages  des  hérésie*, 
et  témoins  des  maux  de  l'Kglbe,  les  Pères  et  les  docteurs 
flétrirent  les  hérésiarques  de  cet  emblème  dégradant  (5).  Ib 
remarquaient  dans  l'hérésie  trois  caractères  distinctifs,  et  il.« 
croyaient  les  retrouver  dans  l'emblème  de  la  grenouille  : 
1*  l'immoralité,  qui  accompagne  presque  toujours  l'hérésie 
et  qui  en  fut  souvent  le  principe  :  ce  sont  le  ventre  et  les 
(lattes  de  ce  reptile  ^  2°  l'esprit  disputeur  et  cooiroverstste 
des  hérétiques  :  ils  le  comparaient  au  coassement  odieux  de 


tgsirtsCisia*» 


(1)  CeUe  sttscepUbililé  de  l'orgoeil  est  soimat,  aa  neyai  â(e,  h  i 

•  la  btessaf*  au  tniUm  far  ««m  laplMas  sca^pU*.  —  T.  Tiac 
BettoT.  Spac.  awca»..  U  Ul.  toC  1»,  fn. ».  tMpKMmimgtmrtU,  DtfÊtMÊ 
ditni»  «IfécOms. 

Ci)  U  enpaadsst  scalpU  daas  etUa  i 
Saint^ouin  de  Maracs,  Saial-Hikire  da 
Hontmorilloe,  etc. 

{i)  Rana.  irscaodia  el  (amilitas...  (S. 
nibus.  c.  »».) 

(i)  S.  Bran.  Astaaa.,  in  Psatoi.  i07. 

(5)  Raaas...  kcreUei,...  qoi  et  loqaaciiala 
muoditii  oaacu  tsaiMacnlant  ..  (&.  Bnak.  Atl..  ia  bat,^  TU.)  —  I 
id  est  hiprelicorum  lo^aaeiHteai.  aie.  (Mé.,  Aal.  ia  hri*.  iW.)  —  1 
Iwrelici,  qui  in  ceeao  viliidaMraa  sai 

trare  non  desinunt.  (Hrabsa.  Ilaar.,  Da  aaiiana,  I.  TM,  c  S.)  —  &.  I 
PhyùoU>g*%  \W\. 


135 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


136 


cet  animal;  3°  leur  adresse  à  interpoler  les  textes  sacrés  et  à 
en  détourner  le  sens  par  des  interprétations  fausses  :  c'était 
le  piétinement  de  la  grenouille  dans  les  eaux  mortes,  qu'elle 
contribue  à  troubler  (1). 

HYÈNE. 

1°  L'hyène  était  appelée  unebieste  mauves  et  orde  ;  car, 
au  rapport  des  Bestiaires,  «  en  quel  lieu  qe  mort  home  est 
»  enfois,  ele  le  grate  hors  de  la  tombe  et  le  mangue:  et  laime 
»  plus  et  convoite  por  le  amangier,  qe  nule  autre  cose  qe  ele 
»  puisse  trover  (2).  »  Cette  nature  de  l'hyène  symbolisait 
la  détraction,  car  en  publiant  les  péchés  des  autres,  marqués 
par  la  corruption  des  cadavres,  on  exhume  et  dévore  dans 
l'ordre  spirituel  ceux  dont  l'âme,  aux  yeux  de  la  foi,  est  con- 
sidérée comme  morte  (3).  Le  traité  manuscrit  intitulé  Lapo- 
calipse  (x\n°  siècle)  donne  une  variante  à  ce  commentaire, 
mais  il  maintient  à  l'hyène  l'emblème  de  la  délraction  : 
a  Ce  sont,  dit-il,  li  médisant  dont  Salemons  dit  que  il  mor- 
»  dent  come  serpens  en  traison...  »  «Cest  la  tresplus  cruele 
beste  que  len  appelle  hyène,  qui  desterre  les  corps  des  gens 
mors  et  les  menjue.  Ce  sont  cil  qui  mordent  et  deuorent  les 
prodesomes  de  religion  qui  sont  mors  au  seicle.  Il  sont  plus 
cruel  que  enfer  qui  ne  deuore  fors  les  mauves.  Mes  cil  corent 
surs  aus  bons.  »  (Manuscrit  de  la  Bibliothèque  royale,  7018.) 

2°  Par  cette  exhumation  des  corps  montrant  dans  une 
immonde  proie  ce  qui  plaît  le  plus  à  l'hyène,  cette  bête 
marquait  encore  la  cupidité  dégradante  qu'entraîne  la  dissi- 
pation née  de  la  luxure  :  «  Hyena  (dit  Philippe  de  Thaun) 
cupidum  hominem  significat  »;  il  indique  en  anglo-saxon 
quelle  est  la  source  de  ce  vice  : 

«  Hyène  signefie 

»  Ne  lerrai  ne'l  vus  die 

»  Hume  aver  cuveitus  (cupidité,  convoitise) 

))  Ky  est  luxurius  ...» 

3°  C'était  une  croyance  répandue  au  moyen  âge,  que 
l'hyène  change  de  sexe  annuellement;  par  cette  métamor- 
phose, elle  figurait  alors,  comme  elle  l'avait  fait  dans  l'an- 
tiquité, même  sous  l'empire  du  paganisme  (4),  l'instabilité 
des  mœurs,  et  les  hommes  que  la  débauche,  la  dissipation. 


(1)  Les  eaux  fangeuses  et  les  eaux  pures  ont  des  acceptions  différentes  dans 
la  symbolique  chrétienne.  Les  eaux  stagnantes  ou  bourbeuses,  séjo\ir  favori 
des  grenouilles,  ont  elles-mêmes  plusieurs  sens;  là  où  il  s'agit  de  poissons, 
emblème  des  créatures  humaines,  et  de  la  grenouille,  figure  de  l'homme  li- 
cencieux, elles  représentent  le  monde,  et  leur  vase  est  prise  pour  les  passions 
et  les  habitudes  coupables,  principalement  la  luxure.  —  En  rapport  avec  les 
grenouilles  représentant  les  hérétiques,  les  eaux  mortes  sont  les  Écritures  sa- 
crées, soit  obscurcies  ou  mal  rendues,  soit  interpolées  et  altérées  par  les  dissi- 
dents (S.  Brun.  Asiens.,  Sententiar.  lib.,  serm.  â.  —  Ibid.,  in  Psalm.  17.  — 
Ibid.,  in  Cènes.  —  Oddon.  Astens.,  in  Psalm.  17);  tandis  que  l'eau  courante 
et  pure,  frappée  des  rayons  du  soleil,  correspond  à  ces  mêmes  livres  élucidés 
par  J.  C,  dont  le  soleil  est  le  symbole. 

(2)  Li  livres  des  natures  des  bestes,  msc.  de  l'Arsenal. 

(3)  Vincent  Bellov.  Spec.  moral,  1.  III,  dist.  3,  p.  1. 
(â)  Hornpollinis  hieroglyphica,  §  70. 


la  cupidité,  amènent  à  l'inconsistance  et  à  la  versatilité  de  la 
femme  :  androgynes  spirituels  désignés  dans  les  Bestiaires  : 

«  Et  Physiologus 
»  De  la  beste  dit  plus, 
«  Que  maie  et  femele  est, 
»  Pur  çeo  orde  beste. 


»  Hume  .  .  .  deit  estre  estable 
»  Et  en  ben  permainable 


»  Et  quant  est  cuveitus  (convoileux,  cupide), 

»  A  femme  Irait  des  murs  (1); 

»  Hume  est  de  ferme  curage 

»  Et  femme  de  volage, 

»  Et  içeo  signefie 

»  Reste  de  tel  baillie  (2).  » 

LION. 

Le  lion  exprime  la  force  (3)  et  l'impétuosité  des  passions 
violentes,  tantôt  celle  de  la  superbe  (4),  tantôt  celle  de  la 
colère,  tantôt  celle  de  la  luxure  (5).  Le  lion  sur  lequel  on 
voit  Samson  affourché  dans  l'ornementation  romane  (6)  fi- 
gure la  force  et  la  résistance  du  paganisme  soumises  au  joug 
de  Jésus-Christ,  dont  Samson  est  l'un  des  emblèmes  (7). 

LOUP. 

1°  Le  loup  signifie  la  rapine,  cauteleuse  dans  les  moyens, 
violente  dans  l'exécution,  péché  que  les  théologiens  classent 
parmi  les  générations  de  l'avarice.  On  connaît  les  loups  re- 
vêtus de  peaux  de  brebis,  spécifiés  dans  l'Évangile  ;  la  marche 
tacite  du  loup  a  donné  lieu  à  un  proverbe;  et  si  la  foi  car- 
thaginoise sonnait  mal  parmi  les  Romains,  les  allures  des 
loups  d'Afrique  ne  sont  pas  mieux  venues  des  Pères.  Si  l'on 
en  croit  leur  témoignage,  ces  loups,  blottis  au  fond  de  leurs 
tanières,  imitant  à  s'y  méprendre  le  cri  de  rappel  des  ber- 
gers, ralliaient  les  brebis  trompées,  et  malheur  ensuite  au 
troupeau  (8)! 

2°  Le  loup  avait  double  allusion  :  jamais  cette  bète  per- 


(1)  He  imitâtes  the  manners  of  voman. 

(2)  Philippe  de  Thaun,  The  Bestiary.  —  Ceste  bieste  nen  doutes  mie...  est 
Li  hom  doubles,  faus  et  fagnans  En  nule  eure  n'est  parmanans.  (Li  Biestiaires, 
msc.  de  la  Bibliothèque  royale.)  —  Homes  dobles  de  corage,  qi  nest  estables 
en  oevres  ne  en  ses  voies.  (Li  livres,  etc.,  msc.  de  l'Arsenal.)  Au  sujet  de  cette 
tradition,  V.Terlullian.,  De  paiiio,  c.  3. — Clem.  Alex,  m  Pœdagog.c.  10. — 
Eustath.  in  Hexaemer.  pag.  39.  — Et  les  Anciens  :  ^lian.  histor.  I,  5.  — 
Oppian.  Cynegetic.  I.  III.  —  Plin.  VIII,  30,  etc. 

(3)  Diabolus...  corpus  habet  leouis,  quia  detinet  fortiter.  (Vinc.  Bellov. 
Sp.  mor.,  1.  3,  De  prœservanlib.  a  peccato.)  —  Ibid.,  Hrab.  Maur.,  De 
universo.  II,  2. 

(i)  Peccatores...  habent  corpora  leonina  per  superbiam.  (Ibid.,  De  peccato 
in  generali.) 

(5)  Pier.,  1.  I,  cap.  33. 

(6)  Façade  de  l'église  de  Vouvant  (Vendée)  ;  chapiteau  de  Saint-Sauveur, 
Nevers,  etc. 

(7)  Passim,  dans  les  commentateurs. 

(8)  Matth.,  VII Vinc.  Bellov.  Spec.  mor.,  1.  III,  pars  3,  dist.  10,  19, 

et  a/iàs.  —  Rupert.  Tuit.,  De  divin.  ofTic,  1.  XII,  c.  8.  —  Boec,  etc. 


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REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


verse  ne  proportionne  le  carnage  à  la  mesure  de  ta  faim, 
mais  elle  ^"gorge,  tue,  étrangle,  ne  quittant  le  champ  de 
bataille  que  lorsqu'elle  y  est  en  péril.  C'est  par  te  second 
caractère  que  le  loup  marqua  la  dissolution,  comme  ardente 
et  désordonnée,  comme  insatiable  d'excès  {ij.  Ainsi,  dit  le 
Miroir  moral,  la  grande  joie  du  dissolu  est-elle  bien  plus 
dans  le  nombre  que  dans  l'espèce  de  ses  crimes.  Cette  insa- 
tiabilité  s'entendait  aussi  de  celle  de  la  dissipation  et  de  la  ra- 
pine. «  Por  ce,  disent  les  Bestiaires,  sont  a|iclées  les  foies 
fcmes  louves,  qeles  degastent  les  biens  de  lor  amans  (2). 

MANICORE. 

La  Manicore,  Manticore  ou  Martichore,  animal  Tantas- 
tique  très  renommé  au  moyen  Age,  était,  de  l'avis  de  nos 
pères,  l'un  des  plus  terrifiants  carnivores.  Il  a,  dit  le  Trésor 
de  Brunello  Latini,  «  face  de  home  et  coulor  de  sang,  œil 
jaune,  coue  de  scorpion,  et  court  si  fort,  que  nule  bestc  ne 
peut  escaper  devant  lui;  mais  sur  toutes  viandes  aime  char 
d'home.  »  Vincent  de  Beauvais  lui  prête  en  outre  le  sifflement 
du  serpent,  le  corps  du  lion  et  trois  rangs  de  dents,  et 
montre  que  la  manicore  figure  l'Esprit  de  ténèbres.  On 
trouve  dans  le  Spéculum ,  que  la  tète  humaine  et  le  siffle- 
ment du  serpent  assignés  à  la  manicore  marquent  les  insi- 
nuations rusées  de  Satan,  parce  qu'elles  s'adressent  à  la 
raison  et  semblent  inspirées  par  elle  :  que  les  trois  rangs  de 
dents  acérées  sont  les  trois  concupiscences  qui  dévorent 
l'homme  en  ce  monde  et  qui  en  feront  dans  l'autre  vie  la 
proie  de  cet  être  pervers  :  triple  source  de  tout  péché  bien 
connue  des  théologiens  et  des  moralistes,  et  désignée  dans 
les  Ëpitres  de  saint  Jean  sous  les  noms  de  concupiscence  de 
la  chair,  concupiscence  des  yeux  et  orgueil  de  la  vie  (3)  :  ce 
sont,  en  termes  plus  vulgaires,  la  soif  des  plaisirs,  celle  des 
richesses,  et  l'avidité  des  honneurs.  Les  membres  antérieurs 
du  lion,  qui  sont  la  partie  de  cet  animal  spécifiquement  prêtée 
à  la  manicore,  signifient  l'extrême  violence  avec  laquelle  le 
démon  domine  ses  faibles  esclaves.  On  voit  dans  la  queue  de 
scorpion  le  dard  pénétrant  des  supplices  qu'il  leur  réserve 
après  la  vie;  dans  le  vol  d'oiseau,  sa  vélocité;  dans  son  goiit 
effréné  pour  la  chair  humaine,  le  signe  de  son  ardeur  à  per- 
dre les  hommes  (4). 

Placée  sur  la  dernière  ligne  de  la  riche  et  brillante  page 


(1)  Comedent  et  non  salurabuntur  ;  fornicali  sont,  et  non  cesaaverunl. 
(Osea»,  4.)  —  I.iixiiriosiis...  in  hoc  lupo  est  similis,  qui  venions  in  ovili  omnes 
oves  jugulât,  non  putans  aliter  famem  >uam  posse  extinguere,  ci'im  tamen  una 
ovicula  sufliceret  ei.  (Yinc.  Bellov.  Spec.  mor  ,  I.  III,  De  luxur.  «(  lUiab. 
cjus.) 

(2)  Légendes  en  vers,  Li  livres  des  natures  des  bestes,  msc.  de  l'Arsenal. 

(3)  Concupiscentia  narnis,  concupiscemia  oculorum,  superbia  vite.  (I, 
Jean.,  2,  16.) 

(i)  Vincent  Bellov.  Spec.  mor.,  III,  D.  6,  p.  1,  De  quadruplici  génère  ten- 
tationis. 

La  queue  de  scorpion  signifle  quelquefois  la  détraction  empoisonnée,  et 
souvent  aussi  les  suggestions  insidieuses  et  funestes  du  mauvais  Ksprit.  <•  La 
quarte...  (branche  de  la  dôtraction)  c'est  li  escorpions  qui  blandist  do  la  far* 
et  envenime  de  la  coue.  »  (Msc.  du  xiii*  siècle,  Bibliothèque  royale,  7018.) 


I  ajoutée  a  l'histoire  de  l'art  chrétien  par  les  tourellet  <le  Saiot- 
Denys,  la  manicore  y  occupe  une  belle  place;  c'est  un  rare 
et  dernier  reflet  de  cette  zoologie  labaletue  da  xii*  et  du 
XIII'  siècle,  si  féerique  et  si  roensoDgère,  dont  Tenipire  était 
l'idéal,  et  toute  fleurie  de  légeodes,  de  descriplioot  imagi- 
naires et  de  spectacles  merreilleus  :  tradition»  tonte*  poéti- 
ques, qui  ont  jeté  là,  en  expirant,  l'image  de  la  manicore, 
comme  un  souvenir  attachant  de  ce  règne  de  la  6ctioa. 

OREILLES. 

Les  oreilles  un  peu  dressées  (1),  sentiblement  écartée»  de 
la  tête,  larges  de  pourtour  et  bien  ouverte»,  sont,  dan»  les 
statues  humaines  emblématique»,  l'indice  de  l'attention  et 
de  la  docilité  à  la  voix  de  Dieu.  Dans  les  repré»entatioM 
d'animaux,  elles  marquent  également  l'attention,  soit  i  la 
voi^,  soit  ù  la  proie. 

La  convergence  des  oreilles  ver»  le  sommet  du  front  et  le 
peu  d'espace  laissé  entre  elles  h  leur  extrémité  supérieure 
ont  la  signification  opposée  :  ce  sont  des  caractères  d'endur- 
cissement et  de  résistance  à  la  voix  de  Dieu.  Le  «  Béhénot>, 
ou  Léviiktlian  symbolique  des  catacombes,  est  toujours  aio«i 
figuré. 

Couchées  ou  renversées  en  arrière,  les  oreilles  de»  ani- 
maux sont  le  signe  de  la  frayeur,  ainsi  qu'on  le  voit  chei  le 
lièvre  poursuivi  ou  effarouché  :  elles  sont  celui  de  l'entête- 
ment et  de  l'irritation,  comme  chez  l'Ane;  de  l'impétuottlé 
et  de  la  fureur,  comme  chez  les  bêtes  féroces. 

h'oreitle  bouchée  ou  voilée,  soit  naturellement,  c'est-i- 
dire  par  sa  structure,  soit  accidentellement,  c*est-è-dire  par 
la  volonté  de  l'individu,  spécifie  l'endurcissement  et  la  ré- 
sistance à  la  voix  divine.  Elle  est  voilée  de  sa  nature,  par 
exemple  chez  le  pourceau  (2),  dont  les  oreilles  sont  pc>- 
danles  et  balaient  presque  le  sol  en  retombant  sur  leur  ori- 
fice. L'oreille  est  bouchée  accidentellement  dans  l'aspic, 
que  les  Bestiaires  représentent,  d'après  les  Psaumes  (3),  se 
prémunissant  par  cette  industrie  contre  les  ronjuratioos  dea 
enchanteurs  qui  s'efforcent  de  l'assoupir.  «  Li  veneor  (disent- 
»  ils)  portent  estrumens  avoec  els  por  lui  en  dormir  :  et  lan- 
»  tosqilot  le  son,  se  il  ne  lui  plaist  bien,  il  a  tant  de  sens  de  sa 
»  nature  meismc  qe  il  estoupe  lune  de  ses  oreilles  del  bout  de 
»  sa  keuc  :  et  lautre  frote  tant  a  la  tere  qe  il  la  emplie  tote  de 
a  boe.  Kt  qant  il  est  ensi  asordi,  si  na  garde  qe  on  len  donae 
»  car  il  ne  puct  oir  la  vois  de  lencanteor  qi  le  vclt  endormir.  > 
Les  Bestiaires  ajoutent  que  par  cette  queue  de  l'aspic  il  faut 
entendre  les  «  péchiés  »,  et  par  ce  limon  de  la  terre  dont  il 


(I)  <  Arrectit  auribos  >.  disenl  le* 
tention . 

(3)  Il  est  i  remarquer  que  cet  animal  tftcO^  dijk  par 
lude  envers  Dieu  elle  matérialisme. 

(3)  Sicut  aspidis  sorte  M  oktanolà 
iocanUnUum  et  venefld  latirtM Ih  MpiMtar.  (H.  LVIO,  S.)  —  b 
la  miniature  abeenle.  on  Ut  dans  Piulippe  <«  TlkaM  :  c  ■• 
quomodù  obturât  aurei.  ■ 


rat» 


,H 


139 


HEVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


liO 


travaille  à  «  s'enbocr  »,  «  les  terienes  convoitises  »  et  les  ra- 
pines de  a  li  riche  ome  (1)  :  si  »,  ajoutent-ils,  «  qils  nont 
oreille  dont  ils  voelent  oir  les  comandemens  de  Dieu  :  mie 
œil  dont  il  puisent  regarder  vers  le  ciel,  et  penser  a  celui  qi 
tos  nos  done  bontés  et  justice  (2).  » 

PIEDS,  PATTES,  GRIFFES,  SERRES,  CORNES. 

Les  pieds  et  les  jambes  tortus  figurent  dans  les  saintes 
lettres  et  dans  toutes  les  œuvres  d'art  le  retour  fréquent  au 
péché  et  les  habitudes  perverses  (3). 

Les  pieds  et  les  jambes  du  cheval,  du  taureau  et  des  au- 
tres animaux  indomptés  ou  capables  de  rébellion,  marquent 
l'impétuosité  du  mal,  l'ardeur  effrénée  des  passions,  l'indé- 
pendance et  l'insolence. 

Les  patles  de  la  bête  fauve,  parce  qu'elles  courent  et 
fuient  alors  qu'elle  ravit  sa  proie,  sont  le  signe  de  la  rapine 
réunie  à  la  lâcheté. 

Dans  les  représentations  des  péchés  et  dans  celles  de  dé- 
mons, on  prend  toujours  en  mauvaise  part  les  pattes  d'oiseau 
palmipède,  celles  de  crapaud,  de  grenouille  et  des  reptiles  de 
marais,  parce  que  ces  animaux  pétrissent  et  fouillent  la  fange 
des  eaux  croupissantes  où  ils  cherchent  leur  aliment.  Ces 
pattes  sont  prêtées  dans  l'art  aux  statues  d'hommes  transfor- 
més figuran  lies  âmes  abjectes  plongées  dans  le  bourbier  du 
vice,  et  au  démon,  faisant  sa  proie  de  quiconque  vit  dans 
la  fange,  c'est-à-dire  dans  le  gouffre  impur  des  passions.  Ces 
vices  ignominieux,  qui  sont  la  luxure  et  ses  suites,  sont  égale- 
ment ligures  par  les  pattes  de  la  poule  (4) ,  piétinant  et  por- 
tant partout  un  mastic  immonde  et  fétide,  et  la  plus  repous- 
sante odeur. 

Les  griffes  tranchantes  et  acérées  caractérisent,  selon 
qu'elles  appartiennent  au  lion,  au  chat  ou  à  tels  autres  ani- 
maux, la  cruauté,  ou  la  malignité  et  la  ruse  du  démon  qui 
déchire  l'âme,  et  des  passions  qui  la  maîtrisent. 

Les  serres  des  oiseaux  de  proie,  tels  que  le  milan,  l'éper- 
vier,  etc.,  sont  le  signe  de  l'avarice  et  de  ses  filles,  l'extor- 
sion, la  rapacité,  la  rapine  (5).  Ces  serres  des  oiseaux  pil- 
lards marquent  aussi  dans  l'art  chrétien  les  tristes  effets  du 
péché  et  l'acte  final  de  Satan,  qui  sont  de  saisir  et  de  préci- 
piter les  âmes  dans  l'abîme  de  perdition  j  c'est  dans  ce  sens 
que  l'on  voit  des  serres  de  toute  sorte  prêtées  au  démon,  et 


(1)  «  De  ilel  manere  sunt—  La  riche  gent  del  mund  :  —  Lune  oiaille  uni 
en  terre  —  Pur  richeise  conquerc,  —  Lallre  cstupe  (bouche)  pechet,  —  Diint 
il  sont  enginnet  :  —  Par  eue  de  serpent  —  Entent  péchez  de  gent...  »  (Phi- 
lippe de  Thauu,  The  Bestiary,  p.  102.) 

(2)  Légendes  en  vers,  manuscrit  de  l'Arsenal:  Li  livres,  etc.,  fol.  283.  — 
Même  explication  dans  Hraban.  Uaur.  De  univeno,  VIU,  3,  et  dans  tous  les 
commentateurs  bibliques. 

(3)  Pier.  XXXV,  49.  —  «  Quid  claudicalis  ab  utrique  parte?  »  (Pro- 
verb.  XVllI,  3.) 

(4)  Voyez  ce  mot  à  son  article. 

(5)  Brun.  Astens.,  Index  allegor,,  t.  II.  —  Ibid.  in  Levilic,  XL—  Hesych. 
hierosolymit.  —  Vine.  Bellov.  Spec.  moral,  III,  D.  2,  p.  7,  et  D.  38,  p.  10.— 
P.  Eucher,  in  Psalm.,  etc. 


des  serres  de  faucon  à  la  sirène,  emblème  des  richesses  qui 
fascinent  l'homme  et  qui  plus  lard  perdent  son  âme  comme 
ces  serres  des  sirènes  qui  le  saisissaient  endormi  et  l'étouf- 
faient  au  sein  des  flots  (1).  Les  serres  du  vautour  ont  le  même 
sens  :  «  Cil  oiseaux  est  example  deDiiible...  quand  il  (li  vice 
»  home)  sont  de  cest  mortel  siècle  trespassé...,  que  Deable 
»  enporte  lame  en  enfer,  et  la  est  dévorée  et  mangiée  par  le 
»  fait  que  li  cors  prennoit  et  roiboit,  contre  la  raison  et  droi- 
»  ture  (2).  » 

Les  cornes,  armes  naturelles  et  souvent  très  pernicieuses 
des  animaux  qui  fuient  le  joug  ou  qui  essaient  de  le  secouer, 
signifient  toujours,  en  fait  de  péchés,  l'insolence,  la  rébel- 
lion, l'agression  violente,  la  force,  la  ténacité  obstinée,  et 
souvent  la  triste  puissance  du  mal  (3)  et  des  démons  qui  le 
suggèrent.  C'est  pourquoi,  et  non  dans  une  intention  de 
bouffonnerie,  les  démons  sont  presque  toujours  cornus  (4) 
dans  les  œuvres  d'art  hiératique  :  tels  sont  ceux  que  l'on  voit 
dans  la  voussure  du  portail  central  de  l'église  de  Notre-Dame 
(Paris),  à  Saint-Gilles  en  Dauphiné,  sur  les  bas-reliefs  de 
l'abbaye  de  Moissac,  etc. 

La  suite  prochainement. 
Madame  Félicie  d'AYZAC, 

Dame  de  la  Maison  royale  de  la  Légion  d'honneur  (Saiut-Denys). 


(1)  E  de  femme  ad  failure  —  Entresque  la  ceinture  —  E  les  pez  de  falcun 

—  E  eue  de  pcissun  — ...  Les  richeses  del  munt...  Par  pez  prennent  e  noent, 

—  par  çeo  del  falcun  Les  Sereines  peignum...,  etc.  (Philippe  de  Thaun,  The 
Bestiary.) 

(2)  Légendes  en  vers,  manuscrit  de  l'Arsenal,  Li  livres  des  natures  des  bes- 
tes,  etc.,  fol.  205.  —  Aquilam  et  grifen  et  alietum  et  milvum  ac  vuUurem... 
rapaces  et  alienum  cibum  malè  scclanles  quœstibusque  injusUs  gaudenté» 
per  praedicta  significat...  Quaidam  autem  ex  his  alias  aves  invadunt  et  ex 
venationibus  earum  iiutriuntur.  Alia  vero  in  domos  ingredientia  diripiunt  quas 
repererint,  ne  quidem  gerenlium  se  obsoniis  pacentia...  (Hraban.  Maur.  De 
universo,  1.  VIII,  c.  .ï.) 

(3)  Cornua...  soient  eminentiam  designare  fidei  et  virlutum...  Sicut  è  con- 
tra nonuunquàm  bella  vitiorum  qua;  nos  expugnare  moliimlur,  cornuum  no- 
mine  soient  indicari.  Quod  utrumque  breviter  complexus,  per  Prophetam  Do- 
minus  diccbat  :  «  Et  omnia  cornua  peccatorum  confringam,  et  exaltabuntur 
cornua  justi.  »  (Hrab.  Miiur.  in  Kxoi.  IV,  9.) 

(4)  Faciès...  cornuta,  mentis  est  pertinacia  et  inobedienlia.  (Vinc.  Bellov. 
Spec.  moral..  De  luxurià.,  etc.) 


141 


REVUE  DE  LARCHITECTl.'RE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


la 


NOTE 
SUR  UN  HOPITAL  EN  FER, 

CONSTRUIT  AL'  CAMP  JACOB. 

(ai  lie  LA  r.i'ADELOui-F.). 
(Suite  et  On.  Voyeï  col.  108.) 


DESCRIPTION   DES  PLANCHES. 

Planche  4. 

Fig.  1.  Façade  principale.  On  y  voit  les  comparliments 
formés  par  les  clouures  des  tôles  et  des  pièces  en  fonte,  et,  à 
chaque  extrémité,  les  colonnes  servant  à  la  descente  des 
eaux. 

Les  fenêtres  sont  fermées  ;  nn  des  vantanx  de  la  porte  est 
aussi  fermé;  l'autre,  ouvert,  est  glissé  entre  les  deux  parois 
du  mur  du  bâtiment;  on  en  aperçoit  seulement  la  partie  h 
laquelle  est  fixée  la  poignée  servant  h  les  faire  mouvoir.  Les 
lucarnes  de  ventilation  so  voient  sur  la  toiture.  Dans  la  ma- 
çonnerie formant  le  soubassement,  on  distingue  quatre  ou- 
vreaux  servant  aussi  à  la  ventilation.  C'est  par  eux  que  l'air 
extérieur  pénètre  dans  la  cave. 

Fig.  2.  Coupe  suivant  IS  du  plan  (pi.  5).  Les  planches 
du  doublage  sont  vues  clouées  sur  les  montants  en  bois  :  les 
poutrelles  du  plancher,  le  plancher  lui-même,  le  plafond  et 
la  partie  du  doublage  au-dessus  de  la  porte  à  gauche,  sont 
en  coupe.  Au-dessus  du  plafond  on  voit  le  profil  d'une  rosace 
par  laquelle  s'échappe  l'air  vicié  de  la  .salle.  Dans  la  toiture 
on  dislingue  les  tôles,  les  pannes,  les  fermes  et  les  fausses 
fermes,  ainsi  que  les  poinçons.  Une  lucarne  est  ooverte,  et 
l'on  voit  le  mécanisme  au  moyen  duquel  on  en  règle  l'ou- 
verture. 

Fig.  3.  Coupe  suivant  SK  du  plan  (pi.  b).  Dans  cette 
moitié  nous  avons  indiqué  seulement  le  squelette  du  bAtiment. 
Au-dessus  de  la  fondation,  entièrement  déchaussée,  et  dans 
laquelle  on  aperçoit  les  ouvreaux,  s'élève  des  montants 
qui  y  sont  engagés  par  le  pied.  Ces  montants  supportent 


l'ensemble  de  la  charpente.  I^  colonne  d'angle  n'eti  pai 
dessinée ,  non  plus  que  le  soele. 

Fig.  4.  Coupe  suivant  LS  du  plan  {pi.  5).  Une  de* 
poutrelles  du  |ilancbcr  e«t  vue  de  face,  enfiagëe  dam  le  lba> 
dation.  Le  mouvement  tenant  è  ouvrir  la  lucarae  da  toit  te 
diftingue  aussi. 

Fig.  5.  Elévation  d'un  des  petits  cétés  du  bâtiment. 
fidèmes  remarques  que  pour  iàfig.  1. 

Planche  5. 

Fig.  f.  Plan,  à  la  hauteur  A  de  la  fig.  f  {pi.  J),  re- 
présentant la  maçonnerie  des  fondaliont  et  le»  poolrelles  pla- 
cées sur  un  retrait  ménagé  pour  les  receroir.  Les  ouireaui 
y  sont  visibles. 

Fig.  2.  Coupe  horizontale  à  la  hauteur  Q  delà  fig,  | 
(pi.  4).  On  y  voit  le  plancher,  la  coupe  de»  deui  enveloppes 
formant  les  murs,  ainsi  que  celle  des  deux  portes  qui  sont  re- 
présentées ouvertes.  Les  ouvreaux  sont  visibles. 

Fig.  3.  Coupe  horizontale  à  la  hauteur  C  de  la  fig.  i 
(pi.  4).  Le  plafond,  représenté  déchiré,  laisse  apercevoir 
le  plancher.  On  distingue  également  les  entraits  des  fermes 
auxquels  le  plafond  est  suspendu,  ainsi  qu'une  des  rosaces  i 
jour  par  lesquelles  se  fait  l'aérage  de  la  salle.  Les  deoi  paro» 
du  mur  et  les  ouvreaux  sont  visibles,  ainsi  qne  le  dessus  des 
chambranles  des  portes  et  des  fenêtres.  Les  portes  et  Ici 
fenêtres  sont  représentées  ouvertes,  et  leurs  guides  ea  fer  se 
reconnaissent  aisément. 

Fig.  4.  Plan  de  la  couverture.  On  y  voit  les  chéneaux, 
les  lucarnes,  ainsi  que  les  boulons  d'assemblage  des  tôles. 

Fig.  5.  Squelette  du  bâtiment  vu  en  perspective.  '  Le 
socle  en  fonte,  les  maçonneries  des  fondations  et  les  oa- 
vreaux  sont  visibles. 

Fig.  6.  Vue  perspective  de  l'intérieur.  On  »oit  les  fon- 
dations, une  poutrelle,  le  plancher,  les  deux  enveloppes,  les 
portes  et  les  fenêtres,  deux  rosaces,  la  coape  des  rbéaeaax 
et  une  ferme  entière  supportée  par  deux  montants  eocagés 
dans  les  fondations.  Les  barres  servant  i  récouicmeni  du 
lluide  se  distinguent  à  la  partie  inférieure  des  monlanis 
en  fer. 

Planche  6. 

Fig.  1.  Vue  de  la  face  extérieure  dCun  fragment  de  h 
paroi  en  tôle,  ainsi  qtie  d'une  portion  de  dmrfenêe.  Le 
montant  6  en  fer,  dont  le  sommet  s'aswmble  atec  le  pied  de 
l'arbalétrier,  est  indiqué  derrière  les  téiet  par  des  lijtofls 
ponctuées.  Son  pied  est  visible  au-dcssoaa  4a  socle  en  Ibotea. 

Fig.  2.  Coupe  à  la  hauteur  \  de  la  fig.  i. 

Fig.  â.  Elle  reproduit  les  aéaws  élén>ents  que  \t  fig.  î; 
seulement  ils  sont  vus  de  l'intérieur  du  bétimenl. 

Le  montant  est  indiqué  par  6,  la  clef  par  c  et  les  roodae- 
teurs  du  fluide  électrique  par  d, 

Fig.  4.  Élévation  d'une  demi- ferme  avec  mm  mmÊÊKtêt 
sa  cornière.  Mêmes  assemblages  que  ceoi  décrits  an  fi§.  i, 
2  et  3. 


143 


REVUE  DE  L'ARCUITECTUUE  ET  DES  TRAVAUX  PURLICS. 


144 


Fig.  5.  Plan  de  la  ferme  ci-dessus. 

Fig.  6.  Coupe  suivant  e(  de  la  fig.  4,  montrant 
l'assemblage  du  poinçon  avec  les  autres  parties  de  la  char- 
pente. 

Fig.  6  his.  Assemblage  du  'poinçon,  de  l'entrait  de  la 
ferme  extrême.,  d'un  tirant  d'écartement  et  des  deux  enlraits 
des  arbalétriers  de  croupe. 

Fig.  7.  Colonne  en  fonte  placée  sur  le  socle  à  chaque 
angle  du  bâtiment.  Les  montants  b  sont  Gxés  aux  pattes  kk. 

Fig.  8.  Coupe  horizontale  et  plan  de  la  fig.  7. 

Fig.  9.  Coupe,  grandeur  d'exécution,  de  V assemblage  de 
deux  tôles  ff.  Elles  sont  recouvertes  de  la  bande  /),  et  assem- 
blées avec  la  cornière  e,  au  moyen  du  boulon  g.  La  cor- 
nière e  est  fixée  contre  le  montant  b  par  un  boulon. 

Fig.  10.  Chambranle  en  fonte  d'une  fenêtre. 

Fig.  IL  Coupe  des  montants  d'une  fenêtre  et  plan  de 
son  appui. 

Fig.  12.  Détail  de  la  toiture.  Les  tôles  kk  sont  portées 
sur  les  pannes  7i,  et  maintenues  sur  les  petites  pièces  mj  on 
voit  en  op  un  boudin  qui  recouvre  les  bords  relevés  des  tôles  j 
les  autres  bords  relevés  sont  indiqués  sans  boudins. 

Fig.  13.  Détail  de  l'assemblage  des  boudins  sur  les  tôles. 
Deux  tôles  kk  sont  recouvertes  par  un  boudin,  et  l'on  aper- 
çoit engagée  dans  la  panne  n,  la  pièce  m,  qui  assemble  la 
couverture  avec  la  charpente, 

Fig.  1/|.  Coupe  verticale  passant  par  une  fenêtre.  On  y 
voit  une  portion  de  ferme  à  laquelle  est  suspendu  le  plancher 
r;  la  portion  dfe  la  cloison  en  boiss5,  au-dessus  de  la  fenêtre, 
est  vue  également  en  coupe;  il  en  est  de  même  de  l'archi- 
trave intérieure  de  la  fenêtre,  aussi  en  bois,  ainsi  que  des 
lames  des  jalousies,  et  de  l'architrave  en  fonte  sur  laquelle  est 
assemblée  la  tôle  de  la  paroi  extérieure. 

La  fenêtre  en  bois  porte  sa  roulette  :  le  rail  t,  sur  lequel 
elle  glisse,  est  vu  en  coupe;  on  comprend  comment  ce  rail 
est  fixé  au  doublage  en  tôle. 

Un  montant  en  bois  uu,  sur  lequel  sont  clouées  les  plan- 
ches de  la  cloison  intérieure,  est  figuré  assujetti  par  une  patte 
en  fer  v,  au  montant  en  fer  b,  qui  soutient  la  ferme. 

EXAMEN  GÉNÉBAL  DU  SYSTÈME. 

Ventilation.  —  Nous  avons  déjà  expliqué  comment  nous 
sommes  parvenus  à  satisfaire  aux  conditions  hygiéniques  de 
l'intérieur.  On  sait  que  nous  plaçons  à  0  m.  iO  des  parois  mé- 
talliques une  cloison  en  planches,  et  que  l'air  frais  afflue  con- 
stamment dans  l'espace  intermédiaire.  La  ventilation  devient 
d'autant  plus  active  que  les  tôles  s'échauffent  davantage  sous 
l'action  des  rayons  du  soleil,  et  l'atmosphère  intérieure  de  la 
salle  se  conserve  à  une  température  convenable.  Ou  con- 
çoit aisément  qu'il  est  plusieurs  moyens  artificiels  de  rafraîchir 
l'air  circulant  entre  les  deux  parois,  et  de  le  faire  passer  dans 
les  appartements. 

La  couche  d'air  ascendant  qui  s'échappe  par  les  chemi- 
nées dans  le  toit  vient  en  aide  à  la  ventilation  intérieure  de 


la  salle,  grâce  à  quatre  plaques  à  jour  ou  rosaces  situées  au 
plafond;  celles-ci  permettent  à  l'air  vicié  de  la  salle  de  passer 
aussi  par  les  cheminées  de  ventilation  ;  bien  entendu  des 
prises  d'air  de  la  cave  sont  ménagées  dans  le  soubassement. 

Dans  les  pays  chauds,  on  pourra,  au  moyen  de  soupapes, 
distribuer  de  l'air  frais  dans  les  chambres.  Dans  les  pays 
froids,  on  y  enverra,  au  contraire,  de  l'air  chaud  provenant 
d'un  calorifère  situé  dans  les  caves. 

Le  vide  que  nous  recommandons  entre  les  deux  enve- 
loppes a  aussi  un  autre  but,  celui  de  ne  pas  permettre  à  une 
masse  liquide  provenant  soit  des  pluies,  soit  de  toute  autre 
cause,  de  séjourner  entre  la  tôle  et  le  revêlement  intérieur; 
si  cette  masse  venait  à  se  congeler,  elle  pourrait  occasionner 
des  bris,  etc. 

Avantages  économiques  de  la  tôle  sur  la  fonte.  —  Nous 
employons  pour  muraille  extérieure  la  tôle  et  non  pas  la 
fonte,  parce  que  :  1°  dans  les  pays  exposés  aux  tremblements 
de  terre,  la  tôle  résiste  à  toutes  les  secousses,  et  que  la 
fonte  n'offre  pas  cet  avantage;  2°  il  faudrait,  pour  obtenir  en 
fonte  une  force  équivalente  à  la  résistance  que  présente  la 
tôle,  quintupler  au  moins  l'épaisseur  de  la  fonte  ;  et  en  con- 
sidérant les  prix  où  sont  cotés  aujourd'hui  ces  deux  produits, 
les  consommateurs  paieraient  les  maisons  en  fonte  deux  ou 
trois  fois  le  prix  des  habitations  en  tôle.  Le  poids  se  trouvant 
augmenté  avec  la  quantité  du  métal  employé,  le  prix  du 
trans[iort  accroîtrait  dans  la  même  proportion.  Dans  le  cas 
de  l'hôpital  du  camp  Jacob,  l'excès  de  dépense  provenant 
de  la  substitution  de  la  fonte  à  la  tôle  eût  été  de  2,500  fr. 
En  général,  on  doit  donc  rejeter  l'emploi  de  la  fonte,  bien 
que  sous  le  rapport  de  l'art,  la  fonte  soit  préférable  à  la  tôle, 
et  qu'elle  joigne  à  une  beaucoup  plus  longue  durée  l'avan- 
tage d'avoir  moins  d'élasticité  que  la  tôle.  L'élasticité  de 
cette  dernière  matière  est  telle,  qu'une  muraille  en  tôlede 
3  millim.  d'épaisseur,  de  15  à  20  m.  de  longueur,  bien  qu'elle 
soit  fortifiée  de  cornières,  s'infléchit  néanmoins  sous  la  moin- 
dre pression. 

De  la  décoration  des  habitations  en  tôle.  —  On  doit  donc, 
provisoirement,  se  borner  à  construire  des  maisons  en  tôle 
portant  quelques  rares  décors  en  fonte;  ceux-ci,  ainsi  que 
les  encadrements  formés  par  des  boulons  d'assemblage,  sont 
les  seuls  reliefs  que  l'on  doive  chercher  à  obtenir  en  se 
préoccupant  de  la  question  d'économie. 

Les  constructions  en  tôle  ont  un  défaut  capital  qui  mérite 
d'être  signalé.  Elles  manquent  de  relief,  de  cette  opposition 
d'ombre  et  de  lumière  nécessaire  pour  en  faire  ressortir  le 
dessin.  Vues  de  loin,  elles  sont  massives  et  privées  de  ces 
fortes  saillies  que  dessinent  les  lignes  harmonieuses  des  an- 
ciens monuments;  mais  comme,  pour  leur  conservation,  on 
est  obligé  de  les  peindre,  et  qu'un  choix  heureux,  une  dis- 
position convenable  des  couleurs  appliquées  n'augmente  pas 
le  chifl're  du  devis,  il  suit  que,  vues  de  près,  la  légèreté,  la 
netteté  et  le  fini  de  l'ornementation,  quelques  dorures  sage- 
ment et  modérément  placées,  leur  donnent  un  aspect  riche, 
coquet  et  élégant,  qui  satisfait  et  étonne  les  yeux. 


145 


REVUE  DE  L'ARCFIITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PL^ICS 


IM 


C'est  ici  le  lieu  de  faire  remarquer  que  les  tôles  pourront 
être  un  jour  façonnées  et  ornées  par  imprmwn:  niais  flans 
l'état  actuel  de  l'industrie,  le  prix  des  cylindres  serait  très- 
considérable,  môme  pour  produire  des  dessins  d'un  ou  de 
deux  millim.  de  saillie  (I). 

De  l'Incendie.  —  Si  le  feu  se  déclarait  dans  l'habitation, 
les  cloisons  seules  brilleraient,  et  le  dommage  serait  peu  con- 
sidérable ;  les  maisons  voisines  ou  môme  adjacentes  cour- 
raient très-peu  de  risques  ;  il  n'y  aurait  de  danger  que  dans  le 
cas  où  elles  seraient  accolées  à  la  maison  incendiée,  et  que  les 
tôles  en  fussent  rongies.  Si  elles  étaient  écartées  l'une  de 
l'autre  de  un  mètre  ou  deux,  le  feu  ne  pourrait  pas  se  com- 
muniquer de  l'une  à  l'autre. 

Tous  les  ans,  quelqu'un  des  grands  bazars  de  Constanti- 
nople,  de  Smyrne  et  des  villes  de  l'Inde,  devient  la  proie  des 
flammes  (2),  et  (500,  1.000,  1,500  maisons  sont  réduites  en 
cendres.  Que  l'on  réfléchisse  aux  observations  que  nous  ve- 
nons de  faire  sur  notre  mode  de  construction  en  fer,  et  l'on 
verra  si  de  pareils  désa.stres  sont  à  redouter  en  l'employant. 

En  France,  les  usines  à  gaz  .sont  couvertes  en  fer,  et  cela 
par  ordre  de  l'autorité.  Cette  prééaution  ne  devrait-elle  pas 
s'étendre  au  moins  aux  charpentes  de  toutes  les  forges, 
hauts-fourneaux,  et  à  tous  les  magasins  remplis  de  spiri- 
tueux, sucres,  bois  et  autres  matières  inflammables? 

De  rOurnrian.  —  Les  effets  de  l'ouragan  sur  les  con- 
structions de  ce  genre  ne  peuvent  être  désastreux  en  raison 
de  l'élasticité  du  métal,  qui  permet  aux  extrémités  de  céder 
à  la  pression  et  de  subir  pendant  quelques  secondes  une  in- 
flexion de  deux  ou  trois  centimètres  ;  l'effort  cessant,  elles 
reprennent  leur  position  première,  pour  la  perdre  de  nou- 
veau, les  insufflations  du  vent  pouvant  être  considérées 
comme  les  oscillations  d'un  pendule,  ainsi  que  cela  est  rendu 
évident  par  les  arbres  qui  y  sont  exposés. 

L'ouragan  enlève  successivement  les  diverses  parties  du 
toit  d'une  maison  ordinaire,  puis  la  charpente,  les  murs, 
tout  est  balayé  par  son  souffle,  mais  pièce  à  pièce. 

Pour  détruire  l'habitation  du  camp  Jacob,  comme  toutes 
les  pièces  en  sont  liées  solidairement,  il  faudrait  que  le  vent 
enlevât,  en  l'arrachant  des  montants  engagés  dans  le  sol, 
un  cube  de  IG  m.  X  8  m.  X  4  m.  dont  le  poids  total,  fer 
et  bois,  sans  le  mobilier,  est  de  35,000  kilogr. 

Du  Tremblement  de  terre.—  L'élasticité  des  matériaux 
que  nous  employons  rend  inutile  tooîe  démonstration  sur 
la  confiance  que  devront  avoir  les  personnes  habitant  nos 
demeures  (3). 


(1)  Ces  remarques  sur  lomploi  de  la  tôle  et  la  façon  dont  on  doit  la  déco- 
rer, cto..  ont  l'tii  prodiiilcs  par  nous  dt^  l'année  I8it  dans  notre  brochure  inti. 
tuli'e  :  Notes  sur  les  constructions  en  fer. 

(2)  Dans  l'AniiTiquo  méridionale,  les  trois  quarts  des  maisons  sont  en  bois. 
A  Surinam,  ville  tros-commervanto  et  trùs-populeuse,  l'hôtel  du  Uouverneme n 
est  seul  en  pierre. 

(3)  Le  mouvement  du  soinc  peut  Ctro  communiqué  au  centre  de  gravité  de 
la  masse  supposée  concentrée  en  ce  point,  qu'au  moyen  d'une  force  l'ftale  .iu 
produit  de  la  masst!  par  l'a..-célération  do  la  vitesse,  .icct>lération  qui  a  lieu 
d'une  manière  variable  à  chaque  instant.  Vouloir  traiter  un  pareil  problème, 
serait  se  livrer  à  des  calculs  hors  de  proportion  avec  les  limites  de  ce  travail. 

T.  VU. 


Garantie  contre  len  effet»  de  la  foudre.  —  Les  édifices  CD  fer, 
établis  comme  celai  dont  nous  venons  de  donner  U  descrip- 
tion, seront-ils  plus  exposés  aux  effets  de  la  fondre  que  les 
constructions  ordinaires?  Il  semble  que  l'on  ne  peut  pM 
hésiter  à  reconnaître  que  cette  question  doit  ttn  réMÉM 
négativement.  Voici  sur  qnoi  est  fondée  cette  opinion. 

Un  paratonnerre  agit  de  deux  manières  différentes.  0 
neutralise  l'électricité  des  nnages  parcelle  de  nom  caavmn 
qu'il  leur  fournit  et  qu'il  soutire  au  sol  ou  aux  corps  con- 
ducteurs avec  lesquels  il  se  trouve  en  communication;  et 
quand  cet  effet  n'a  pas  le  temps  de  se  produire,  parce  que  le 
nuage  orageux  est  trop  surchargé  d'électricité,  oa  arrive 
trop  brusquement,  le  paratonnerre  agit  comme  coodoctenr 
pour  attirer  sur  lui  la  foudre  et  la  conduire  dans  le  réser- 
voir commun. 

Pour  bien  remplir  ces  conditions,  il  faut  que  la  pointe  do 
paratonnerre  soit  bien  aigué;  qu'elle  soit  préservée  delà 
rouille  :  que  la  tige  ait  une  hauteur  suffisante  (5  mètres  poor 
les  bâtiments  isolés)  ;  que  les  objets  qui  doivent  être  garantis 
des  effets  de  la  foudre  ne  s'étendent  pa.s  en  dehors  d'un 
rayon  de  10  mètres;  que  le  corps  ou  la  conduite  do  para- 
tonnerre présente  une  surface  au  moins  égale  à  celle  da  fer 
carré  de  1 3  millimètres,  et  de  préférence  plus  grande  si  la 
condition  d'économie  ne  s'y  oppose  pas;  que  les  racines  oa 
les  ramifications  inférieures  de  la  conduite  aboutissent  à  OB 
puits  plein  d'eau  ou  à  une  couche  de  terre  humide,  oa  se 
terminent  par  un  nombre  de  points  aussi  considérable  qa<> 
possible  si  elles  ne  peuvent  atteindre  qn'un  terrain  sec  on 
peu  humide  ;  enfin,  que  depuis  la  pointe  de  la  tige  jusqu'aux 
extrémités  des  racines,  il  n'y  ait  pas  de  solution  de  conti- 
nuité. 

\^  simple  énoncé  de  ces  conditions,  qui  sont  le  résnmt* 
de  la  théorie  confirmée  par  l'observation  de  tous  les  phéno- 
mènes de  l'électricité  atmosphérique,  «uffirait,  à  la  rigaenr, 
non-seulement  pour  justifier  l'opinion  déjà  émise  en  oom- 
mençant,  mais  encore  pour  établir  qu'avec  les  cooitrae- 
tions  en  fer  on  a  plus  de  garantie  contre  les  effets  de  b 
foudre  qu'avec  les  constructions  ordinaires.  Néanmoins. 
pour  ne  pas  laisser  subsister  la  moindre  appréhension,  noos 
ajouterons  quelques  mots. 

Pour  prévenir  l'explosion,  il  faut  que  la  pointe  pgiaee 
fournir,  dans  un  temps  très-court,  une  quantité  saffisaote 
d'électricité,  au  nuage  orageux  qui  s'en  approche.  Les  para- 
tonnerres, placés  sur  des  édifices  construits  avec  des  maté- 
riaux non  conducteurs,  doivent  la  soutirer  en  entier  an  ré- 
servoir commun  avec  lequel  ils  ne  sont  en  contact  que  par 
un  petit  nombre  de  points,  tandis  que  ceux  des  édifices  ei 
fer  peuvent  recevoir,  presque  instantanément,  celle  qni  se 
développe  par  influence  dans  la  snrface  métalliqae  qu'ib 
doivent  abriter,  et  communiquent  en  outre  arec  le  sol  por 
les  ramifications  qui  se  rattachent  k  chaque  BOOtuM  te 
parois. 

Enfin  les  arêtes  et  les  pointes  mnlUpliées  que  présentent 
les  ferrures  du  toit  et  des  parois  sont  auunt  d'issoee,  d*aM 


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REVUE  DE  L'ARCinTECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS 


14S 


part  à  l'électricité  que  le  nuage  attire  et  que  la  tige  du  pa- 
ratonnerre ne  doit  plus  seule  fournir,  d'une  autre  part  à 
l'électricité  que  le  nuage  repousse  et  qui  n'a  plus  besoin  de 
s'écouler  en  entier  dans  le  réservoir  commun. 

Nous  ne  pousserons  pas  plus  loin  cette  comparaison;  le 
lecteur  n'aura  pas  de  peine  à  s' assurer  que,  sur  les  points 
secondaires,  elle  n'est  pas  moins  à  l'avantage  des  construc- 
tions en  fer,  que  sur  ceux  précédemment  indiqués. 

Durée  de  l'édi/ice.  —  Les  données  nécessaires  pour  dé- 
terminer la  limite  probable  de  cette  durée  manquant  com- 
plètement, nous  ne  pouvons  que  former  des  conjectures 
appuyées  sur  quelques  observations. 

Nous  pensons  qu'avec  du  soin  et  très-peu  de  dépense,  on 
peut  préserver  ce  bâtiment  d'oxydation  considérable  pendant 
cinquante  ou  soixante  ans,  et  à  l'appui  de  cet  avis  nous  ci- 
terons les  deux  faits  suivants  : 

Le  gouvernement  belge  a  couvert  la  gare  de  Verviers  en 
tôles  ondulées  (1),  et  l'entrepreneur  s'est  engagé  à  la  ga- 
rantir pendant  vingt  ans,  moyennant  une  prime  de  10  cen- 
times par  mètre  carré  de  surface.  Du  petit  liangar  a  été 
élevé  au  milieu  de  la  station  de  Braine-le-Comle,  aussi  en 
Belgique  ;  la  toiture  est  en  tôles  plates,  de  1  millimètre  d'é- 
paisseur, sur  lesquelles  on  a  passé  un  enduit  qui  inspire  à 
l'entrepreneur  assez  de  confiance  pour  qu'il  ait  pris  le  même 
engagement  que  l'entrepreneur  précédemment  cité. 

Ces  engagements  semblent  prouver  une  chose,  c'est  que 
la  tôle,  bien  entretenue,  et  à  peu  de  frais,  peut  durer 
longtemps  en  Europe  :  on  le  savait,  du  reste,  par  l'expé- 
rience faite  depuis  longtemps,  en  Russie,  de  couvertures  en 
plaques  de  tôle.  Mais  pour  que  ces  couvertures  ne  tombent 
pas  en  morceaux,  au  bout  d'un  an  ou  deux,  ainsi  que  nous 
l'avons  vu  à  Liège,  il  faut  qu'elles  soient  recouvertes  d'une 
peinture  métallique,  et  que  celle-ci  ne  soit  pas  enlevée  par 
des  chors  accidentels,  par  l'action  chimique  de  certaines 
vapeurs,  ou  par  la  dilatation  du  métal.  C'est  seulement  à 
ces  conditions  qu'on  peut  construire  en  fer  aux  colonies. 

Afin  de  mieux  apprécier  les  dégradations  qui  pourront 
survenir  à  l'hôpital  du  camp  Jacob,  nous  lui  avons  appliqué 
une  teinte  blanche,  sur  laquelle  les  traces  d'oxyde  seront  né- 
cessairement apparentes.  Nous  eussions  certes  pu  dissimuler 
entièrement  les  traces  d'oxydation  en  donnant  une  couleur 
jaunâtre  aux  peintures  ;  mais  comme,  en  entreprenant  cette 
construction,  nous  avons  été  surtout  animé  du  désir  de  ré- 
pondre à  la  confiance  qui  nous  était  témoignée,  et  à  l'hon- 
neur que  nous  faisait  le  ministre  en  nous  invitant  à  exécuter 
sur  nos  plans  un  bâtiment  modèle,  nous  avons  pensé  que 


(1)  Les  liangars  à  cliarpente  en  fer,  que  le  gouvernement  belge  a  fait  con- 
struire dans  les  diverses  stations  de  son  chemin  de  fer,  covivrent  une  étendue 
totale  de  terrain  d'environ  io,300  mètres  carrés. 

La  dépense  exigée  pour  ces  constructions  s'élève  à  peu  près  620,000  fr. 

Beaucoup  de  stations  étant  encore  à  l'état  provisoire,  on  va  les  établir 
d'une  manière  définitive,  et  le  gouvernement  se  propose  d'y  généraliser,  au- 
tant que  possible,  l'application  du  système  des  charpentes  entièrement  en  fer 
et  en  fonte. 


nous  devions  laisser  toute  latitude  aux  leçons  de  l'expérience, 
qu'elles  fussent  ou  non  favorables  à  notre  système. 

Nous  avons  vu,  à  la  Basse-Terre,  les  grilles  de  l'ancien 
palais  du  gouverneur,  établies  pendant  l'occupation  des  An- 
glais, il  y  a  quarante  ans,  et  elles  sont  dans  un  état  de  par- 
faite conservation  :  les  arêtes  en  sont  très-vives. 

Les  gardes-fous  du  pont  jeté  sur  la  ravine  Rouge,  dans  la 
même  ville,  et  qui  sont  de  la  même  époque,  ne  présentent 
non  plus  aucune  trace  d'altération. 

Nous  pensons,  et  que  l'on  nous  permette  cette  expres- 
sion, que  le  fer  a  été  calomnié,  quant  à  sa  durée  dans  les 
pays  tropicaux.  L'on  peut  s'en  convaincre  par  ce  fait,  que  le 
niveau  du  thermomètre  y  parcourt  un  nombre  beaucoup 
moins  grand  de  degrés  qu'en  Europe  :  si,  aux  Antilles,  il 
atteint  quelques  degrés  de  plus  que  dans  les  pays  tempérés, 
il  ne  s'abaisse  pas  non  pins  au-dessous  de  zéro;  il  reste 
vers  10"  dans  les  temps  les  plus  froids,  de  sorte  que  l'é- 
chelle thermométriqne  parcourue  est  d'un  tiers  moindre  à 
la  Guadeloupe  qu'en  France. 

Comme  le  fer  en  s'oxydant  s'exfolie,  et  que  les  pellicules 
s'en  détachent  par  l'effet  des  variations  brusques  de  la  tem- 
pérature et  de  l'hygrométrie  de  ces  couches  d'oxyde,  il  s'en- 
suit que  la  durée  semblerait  devoir  être  plus  longue  aux 
•Antilles  qu'en  Europe. 

Les  fers  galvanisés  que  nous  avons  vus  à  la  Basse-Terre 
étaient  parfaitement  conservés.  Notre  intention  avait  été  de 
galvaniser  toutes  nos  pièces  en  Europe  ;  nous  ne  le  pûmes 
pas,  à  notre  grand  regret,  car  il  n'y  avait  pas  d'atelier  dis- 
posé à  cet  effet  dans  la  localité  où  nous  avons  exécuté  les 
pièces  de  notre  construction. 

La  fonte  que  nous  avons  employée  n'a  presque  pas  été 
travaillée  au  burin;  nous  recommandons  particulièrement 
d'employer  les  objets  en  fonte  moulée,  tels  qu'ils  sortent  de 
la  fonderie  :  à  la  fusion,  il  se  forme  à  la  surface  de  l'objet 
moulé,  avec  le  sable  du  moule,  une  vitrification,  un  émail 
naturel  qui  estnn  grand  préservatif  ;  dès  qu'il  est  enlevé,  le 
métal  est  promptement  attaqué  par  la  rouille.  Si  l'on  avait 
un  nom.bre  de  pièces  suffisant  pour  permettre  cette  dépense, 
il  serait  bon  de  les  mouler  en  coquilles  (1)  comme  les  cy- 
lindres de  laminoir,  afin  qu'elles  conservent,  en  se  refroi- 
dissant, les  lignes  droites  ou  courbes  du  modèle. 

Facilité  de  transporter  en  quelques  jours  sa  maison  dans 
un  autre  lieu.  —  Toutes  les  parties  de  la  salle  étant  liées 
par  des  boulons,  les  réparations  sont  très-faciles,  et,  de  plus, 
on  peut  aisément  la  démonter  et  la  remonter  ensuite  à  une 
autre  place  ;  il  suffit  pour  cela  d'en  numéroter  avec  soin 
chaque  pièce  f2). 


(1)  Fondre  en  coquilles,  c'est  fondre  dans  des  moules  en  métal.  Ce  système 
procure  une  très-grande  dureté  à  la  fonte  et  assure  un  admirable  fini  aux 
pièces  fondues. 

(2)  Au  Brésil,  à  la  Havane,  au  Texas,  etc.,  les  planteurs  brûlent  les  forêts, 
les  défrichent  ensuite,  et  les  cultivant  pendant  quelques  années,  jusqu'à  ce  que 
le  sol  appauvri  ne  leur  donne  plus  qu'une  récolte  médiocre;  ils  abandonnent 
alors  cette  terre  pour  brûler  et  défricher  de  nouveau  une  autre  partie  de 


149 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TILWAUX  l'LBLICS. 


ISO 


MODIFICATIONS  SOr.CÉIlÉKS   PAH   l'kXPÉRIENCE, 

Dps  Fermex  en  fer.  —  Le  fer  doit  ûtre  travaillé  dans  des 
conditions  manufacturières.  Cette  remarque  ress«;mhle  à  un 
hors-d'œuvre,  et  cependant  rien  n'est  plus  négligé.  Nous 
connaissons  des  charpentes  en  fer  présentant  des  difficultés 
de  forge  telles,  que  le  prix  de  la  irain-d'œuvre  a  dû  fitre 
triplé,  et  cela  sans  aucun  avantage  pour  la  solidité;  le  fer 
d'une  pièce  qui  doit  être  mise  nu  feu  plusieurs  fois  est  pres- 
que toujours  brûlé,  sans  qu'on  puisse  s'en  apercevoir  quand 
il  est  refroidi  ;  il  est  alors  très-cassant.  Si  ce  fiT,  au  lieu  de 
faire  partie  d'une  charpente,  était  une  pièce  de  mécanique, 
en  mettant  la  machine  en  train,  et  en  lui  fai.sant  faire  l'effort 
auquel  elle  est  destinée,  la  pièce  brûlée  casserait  et  on  la 
remplacerait;  mais  pour  wne  charpente,  elle  ne  peut  s'é- 
prouver complètement  que  par  un  coup  de  vent,  par  une 
surcharge  de  neige,  épreuve  qui  se  fait  accidentellement. 
Pourquoi  n'essayerait-on  pas  une  maison,  comme  on  le  fait 
d'un  pont,  d'un  viaduc,  etc.? 

II  faut  éviter  les  attaches  en  fonte,  telles  que  sabots,  culs- 
de-lampes  ou  poinçon,  etc.,  parce  que  la  vapeur  contenue 
dans  l'atmosphère,  venant  à  se  condenser  contre  cette  fonte, 
se  dépose  entre  elle  et  les  parties  en  fer,  les  joints  n'étant 
presque  jamais  faits  au  minium;  elle  peut  alors  se  congeler 
et  faire  casser  la  fonte  par  l'effet  de  la  dilatation. 

On  doit  se  préoccuper  aussi  de  la  constitution  chimique 
du  fer  ;  il  y  a  quelques  années,  nous  avons  vu  sur  la  section 
du  chemin  de  fer  de  Tirlemont  à  Liège,  12  ou  15  rails  se 
briser  pendant  une  nuit  très-froide;  cet  accident  peut  se 
répéter  pour  des  charpentes. 

Les  toitures  en  tôle  peuvent,  par  les  mêmes  raisons,  durer 
à  peine  un  an  ou  deux 

Arantnge  île  .substituer  des  fers  plats  aur  fers  ronds.  — 
Nous  avons  employé,  pour  la  charpente  du  toit,  des  fers 
ronds  et  taraudés  en  plusieurs  endroits  :  il  en  est  résulté 
que  les  filets  du  pas  de  vis  se  sont  usés  par  le  frottement, 
soit  pendant  les  transbordements,  soit  pendant  les  voyages 
et  la  traversée,  et  il  a  fallu  beaucoup  de  temps  pour  les  re- 
mettre eu  état.  Il  se  pourrait  rencontrer  des  circonstances 
telles  que,  par  défaut  des  outils  et  des  ouvriers  indispen- 
sables à  ce  travail,  il  fût  impossible  de  l'exécuter.  Afin 
d'obvier  à  cet  inconvénient,  les  fers  ronds  sont  aujourd'hui 
entièrement  supprimés  dans  nos  constructions,  et  remplacés 


foi^to.  Il  suit  de  ce  système  de  culture.  <{De  leurs  li«l>iutions  lont  dopU- 
eues  pt'riodiqueniunt  :  ils  auraient  dune  avaalafe  à  ae  tenir  de  maisoDs  en 
fer. 

I.a  sallo  dont  nous  donnons  les  plans,  ofTrr  1)8  niiHrps  rarn<s  de  surfarc  ha- 
bitable, et  ne  |ic'>.sit  <|iiu  lU  tonneaux,  que  l'on  peut  mettre  en  le:>t  à  fond  de  cale 
d'un  navire.  En  snppo^uil  (pi 'elle  eût  rtr  ilevi'O  aux  Iles  .Man|nisesou  à  Taiti, 
lors  des  pn>niii'rs  jours  de  l'occupation  français»',  elle  eilt  si-rvi  deiuafraiiin  à 
l'abri  du  feu  et  des  attaques  des  sauvages;  la  b.ille  traverse  diflU-ilemeni  la 
double  enveloi)]ie.  Par  suit>!  des  cx|H>riences  qui  ont  lité  faites  sur  la  ri-si^anc<< 
de  la  tûle  aux  projectiles,  les  volets  et  les  portes  de  plusieurs  des  eorps-de- 
(jarde  de  Paris  ont  élé  doubles  inliTieuremenl  en  liSle. 


par  des  fers  plau  d'au  moins  G  remiaètWi   «or  1  ceati  - 
mètre  d'époiaieur. 

Les  extrémités  des  entraiu  sont  liées  à  r«rb«létrier  et  tu 
monunt,  au  moyeu  de  deux  plaques  de  t6le  «ysat  0  m.  01 
(i'épais.seiir.  Ces  plaques  recouvrent  toutes  les  pièces  d'une 
manière  analogue  à  ce  que  l'on  peut  voir  /fy.  4,  pi.  6,  poor 
la  réunion  des  deux  arbalétriers  et  do  poinçon.  L'eninh, 
brisé  à  son  milieu,  est  formé  de  deux  demi-entimiU  réonis 
ensemble  sous  le  poinçon  par  des  vis  de  rappel,  dont  le 
serrage  augmente  ou  diminue  l'écartement,  et,  par  suite,  la 
longueur  de  l'entrait  brisé. 

Les  poinçons,  les  faux-poinçons  et  b  s  pannes,  aoasi  en  ter 
plat,  sont  bridés  par  des  plaques  de  tâle,  réunissant  tontes 
les  pièces  qui  doivent  être  placées  dans  no  même  pUn. 
Celles  qui  doivent  se  trouver  dans  des  plans  perpeodicnlaires 
entre  elles  sont  «issujetlies  iutariablement  les  unes  aux  au- 
tres par  l'intermédiaire  de  morceaux  de  cornières,  dont  les 
deux  côtés  sont  laminés  d'équerre. 

Par  suite  de  cts  mo<lifications  apportées  au  système  de 
construction  en  fer  exposé  ci-dessus,  aucune  pièce,  soit  de 
la  char|)ente,  soit  de  la  toiture,  soit  des  monlaiiis,  etc.,  ne 
se  trouve  exécutée  eu  fer  forgé.  Les  barres  de  fer  sont  em- 
ployées telles  qu'elles  sortent  du  laminoir  :  pour  fabriquer 
les  pièces  de  nos  habitations,  il  suffit  de  les  couper  à  lon- 
gueur et  de  les  percer.  Ces  travaux  se  font  à  froid. 

On  évite  ainsi  l'emploi  du  fer  de  qualité  supérienrc,  et 
une  notable  économie  en  résulte  sans  aucun  désavanU^ 
pour  l'acheteur,  car  le  fer  d'une  qualité  supérieure  n'offre 
souvent  pas  plus  de  résistance  qu'un  fer  d'une  qualité 
moindre;  il  peut  seulement  être  forgé  plus  aisément. 

La  distance  entre  deux  fermes  consécutives  est  réduite 
de  :)  mètres  à  2  mètres  au  plus;  le  nombre  des  montants  se 
trouve  ainsi  multiplié,  et  ils  sont  placés  de  chaque  côté  des 
chambranles  des  portes  et  des  fenêtres  ;  on  diminue  afam 
leur  dimension  et  celle  des  arbalétriers,  et  ils  n'ont  plus  qw 
0  m.  06  sur  0  m.  015.  Le  mur  en  tôle  obtient  parce  moyeo 
une  plus  grande  tension. 

Assemblmje  éronomique  des  tôln  fortna»!  In  MHntiMe».  — 
Le  périmètre  entier  des  tôles  des  murs  est  simplement  aerrt 
par  la  bande  extérieure  h  (/(j/.  9,  pt.  6),  et  la  comiète 
intérieure  e  (d'une  manière  analogue  à  celle  représentée 
fi(j.  0,  fd.  0  ).  Les  deux  tôles  ne  se  recouvrent  pas;  Jean 
extrémités  sont  distantes  entre  elles  de  pins  de  la  larfeor 
du  boulon  g:  il  y  a  3  millimètres  entre  les  bords  extfflaes 
des  tôles  et  le  boulon.  Pour  les  mettre  en  place,  il  y  a 
des  trous  réservés,  dans  lesquels  passent  pruvlsoirement  de» 
goupilles  qui  les  maintiennent  à  la  distance  voulue;  si  Ton 
ne  prenait  pas  ce  soin,  il  serait  très-difficile  de  tendre  le> 
tôles. 

L'i  bande  h,  dans  cette  nouvelle  disposition,  est  évidéf 
intérieurement,  de  manière  à  présenter  approximatJ%'en>eiii 
le  même  profil  à  l'intérieur  qu'à  l'extérieur  :  k  aerra^  e»t 
alors  plus  complet.  Ces  dis|)osiljoas  simplifient  benoooop  la 
construction,  et  perractient  d'avoir  des  télee  bien  planes. 


151 


REVUE  DE  LARCHITECTUUE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS 


152 


La  tôle  la  plus  rapprochée  des  fondations  a  1  millimètre 
au  moins  d'épaisseur  de  plus  que  les  autres  tôles  du  mur, 
et  la  distance  entre  les  parois  de  l'habitation  est  portée  à 
60  centimètres,  de  façon  que  l'on  puisse  opérer  aisément 
les  réparations  qui  seraient  jugées  nécessaires. 

Chacune  des  pièces  en  fonte  du  socle  a  de  longueur  1  ou 
1  m.  50  au  maximum.  11  y  a  toujours  avantage  à  les  diviser, 
elles  peuvent  être  placées  plus  aisément  en  ligne  droite, 
elles  sont  moins  fragiles  et  d'un  transport  plus  facile. 

L'aménagement  des  pièces  dans  les  navires  de  commerce, 
d'un  tonnage  souvent  très-faible,  et  dont  l'entrée  de  la  calle 
est  de  peu  de  largeur  ;  les  transbordements  à  bord  des  ga- 
barres  qui  transportent  les  colis  depuis  les  navires  jusqu'aux 
quais  ou  jusqu'aux  embarcadères;  toutes  ces  choses  doi- 
vent être  mises  en  compte  dans  la  question  de  dimensions 
et  de  poids  des  différentes  pièces  en  fer  fondu  et  en  fer 
forgé. 

Pour  les  constructions  en  fer  à  envoyer  outre-mer,  il  est 
préférable  de  n'employer  que  du  fer  forgé  ;  on  évite  ainsi  les 
bris  que  causent  les  transbordements,  malgré  tout  le  soin 
des  ouvriers  chargés  de  ce  travail.  Si  les  localités  pour  les- 
quelles elles  sont  destinées  sont  exposées  aux  tremblements 
de  terre,  on  ne  doit  avoir  aucune  confiance  aux  attaches  en 
fonte  qui  sont  évidemment  trop  fragiles. 

En  indiquant  ces  différentes  variantes,  nous  croyons  ren- 
dre service  à  ceux  qui  voudraient  entreprendre  des  construc- 
tions en  fer.  Dans  les  colonies  de  quelque  peuple  que  ce 
soit,  loin  des  bords  de  la  mer,  une  route  bonne  ou  mêsce 
passable  n'est  qu'une  exception  heureuse  sur  laquelle  il  ne 
faut  pas  compter.  En  outre,  les  ouvriers  y  sont  très-chers  et 
fort  inhabiles  :  il  faut  donc  leur  rendre  le  travail  le  plus  fa- 
cile possible.  A  cette  condition  seule,  on  peut  réussir. 

INFLt'ENCE    DU    FEU    SUR   LAVENIR    DE    l'aRT. 

Celte  question  est  immense,  et  nous  ne  saurions  que  l'ef- 
fleurer; nous  laissons  à  d'autres  plus  habiles  que  nous  le 
soin  de  discuter  et  de  poser  la  théorie  des  meilleures  formes 
proportionnelles  à  donner  aux  pièces  de  ce  métal. 

Pour  de  telles  questions  d'art  et  d'avenir,  nous  nous  en 
rapportons  à  ces  natures  d'élite,  malheureusement  peu  nom- 
breuses, qui  tendent  la  main  aux  inventeurs,  et  qui  figurent 
toujours  à  l'avant-garde  de  l'armée  du  progrès. 

Défendus  et  protégés  par  des  hommes  comme  M.  Jobart, 
le  savant  directeur  du  Musée  de  V Industrie  belge  ;  comme 
M.  César  Daly,  qui  dirige  si  habilement  la  Revue  de  l'Archi- 
tecture, les  industriels  et  les  artistes  qui  se  hasardent  dans 
des  régions  inconnues,  pour  enrichir  le  vieux  mondede  quel- 
ques nouvelles  conquêtes,  réagissent  plus  résolument  contre 
le  ricanement  du  béotisme  et  l'inertie  de  la  routine. 

Les  règles  suivies  jusqu'à  ce  jour  pour  l'établissement  de 
constructions  dans  lesquelles  le  fer  n'avait  qu'une  médiocre 
importance,  doivent  être  nécessairement  modifiées  par  l'em- 
ploi d'une  matière  qui,  sous  un  volume  de  quelques  centi- 


mètres, résume  la  solidité  de  plusieurs  décimètres  de  bois 
ou  de  pierre,  et  l'on  n'imitera  pas  toujours  certains  con- 
structeurs qui,  sous  l'influence  de  la  routine,  conservent  aux 
colonnes  en  fonte  les  dimensions  de  celles  en  pierre. 

Pour  employer  convenablement  la  fonte,  on  est  forcé  de 
lui  donner  des  nervures  qui  lui  procurent  une  solidité  plus 
grande  que  celle  qu'elle  aurait  à  poids  égal,  mais  sans  ner- 
vures; des  ornements  sont  également  nécessaires  pour  mas- 
quer les  joints.  Les  pièces  d'une  grande  dimension  ne  peu- 
vent pas  être  coulées  sans  qu'elles  s'écartent  sensiblement 
des  lignes  droites  ou  courbes  du  modèle.  Les  assemblages 
sont  faits  par  des  boulons  qui  peuvent  servir  de  motif  pour 
décorer  l'édifice.  Ces  boulons  ne  doivent  être  que  rarement 
dissimulés  ;  et  jamais,  s'ils  sont  placés  à  plus  de  deux  mètres 
de  hauteur,  il  ne  faut  les  remplacer  par  des  pas  de  vis  enga- 
gés dans  le  métal  et  coupés  à  la  surface  ;  car,  par  suite  de 
l'ébranlement  du  terrain,  la  vis  engagée  se  desserre  et  fait 
écailler  les  peintures,  et  si  des  réparations  sont  nécessaires, 
elles  deviennent  difficiles.  Ce  reproche  s'adresse  à  ceux  qui 
exécutent  journellement  à  Paris  des  portes  et  des  grilles  en  fer. 

On  voit  que  le  caractère  décoratif  des  constructions  mé- 
talliques se  rapproche  davantage  du  style  du  gothique  Heuri 
et  de  la  renaissance,  que  de  tout  autre. 

L'élévation  du  prix  du  fer,  par  suite  de  l'exécution  des 
rails-ways,  arrêtera  encore  longtemps  la  révolution  qui  doit 
se  faire  dans  l'architecture,  mais,  d'un  autre  côté,  l'énorme 
consommation  de  billes  en  chêne  et  autres  bois  force  les 
constructeurs  à  employer  le  fer  pour  les  charpentes  :  cepen- 
dant, dès  que  le  prix  du  fer  sera  devenu  normal,  des  cargai- 
sons de  maisons  en  fer  seront  transportées  dans  les  pays  où 
elles  sont  dès  aujourd'hui  indispensables,  et  où  chaque  jour 
on  en  sentira  davantage  l'utilité. 

La  France,  il  faut  l'espérer,  ne  restera  pas  en  dehors  de 
ce  mouvement,  et  des  maisons  de  luxe,  des  palais,  seront 
construits  dans  ses  ateliers.  Ce  sera  l'article  Paris  de  cette 
nouvelle  industrie. 

Conclusion.  —  Nous  ne  saurons  terminer  ces  lignes  sans 
remercier  .M.  le  ministre  de  la  Marine  de  l'appui  qu'il  a 
bien  voulu  nous  prêter  en  France  et  dans  les  colonies.  Nous 
sommes  heureux  d'avoir  à  constater  que  tous  les  rapports 
officiels  faits  sur  les  travaux  dont  nous  avons  été  chargés, 
prouvent  que  nous  avons  mérité  la  confiance  dont  il  nous  a 
honoré. 

Simple  pionnier  d'une  industrie  encore  dans  l'enfance, 
nous  lui  avons  consacré  quelques  années  de  notre  vie;  plus 
heureux  que  bien  d'autres,  grâce  à  la  haute  protection  du 
gouvernement,  nous  avons  vu  la  réalisation  de  notre  idée; 
nous  la  livrons  à  l'appréciation  de  la  critique,  sans  laquelle 
il  n'est  pas  de  sanction  pour  une  chose  nouvelle.  Que  d'autres 
posent  après  les  nôtres  des  jalons  sur  la  route  de  l'avenir  ; 
aucun  de  ces  jalons  ne  sera  le  dernier,  parce  que  le  progrès 
de  la  science  en  tient  toujours  en  réserve. 

Nous  nous  félicitons  d'avoir  été  appelé  à  fournir  notre 
part  dans  un  travail  destiné  à  préserver  une  portion  de  la  fa- 


^ 


153 


REVUE  DE  LARCHITECTUHH  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


IS4 


mille  humaine  des  grands  désastres  causés  par  les  tremble- 
ments de  terre. 

A.  ROMAND. 

Archilfcle-tBfftriiiir. 


NOTE  ADDITIONNELLE. 


MAISON   SOUS   VERRE. 


Habitation  construite  dans  un  milieu  parfaitement  clos,  et 
pouvant  servir  au  traitement  des  maladies  spéciales.  On  pour- 
rait construire  une  enveloppe  formée  en  verre,  une  vaste 
jserre,  assez  résistante  pour  qu'elle  ne  pût  pas  être  facilement 
brisée;  dans  ce  milieu, <|ui  pourrait  être  considérable,  s'élè- 
verait l'habitation,  dont  toutes  les  pièces  auraient  une  tem- 
pérature douce,  égale  et  bien  réglée,  au  moyen  de  calorifères 
échauffant  l'air  destiné  à  k  respiration  des  habitants. 

Ces  constructions  intérieures  seraient  faites  d'après  notre 
système  de  colonnes  en  fonte  ou  en  fer  forgé  reliées  par  de 
simples  entrefonds. 

On  peut  apprécier  tout  le  confort  que  procureraient  de 
pareilles  habitations  :  leur  prix  serait  nécessairement  élevé, 
mais  en  les  utilisant  comme  hôpitaux  pour  des  maladies 
particulières,  telles  que  celles  de  poitrine,  etc.,  qu'impor- 
terait l'excès  de  dépense? 

L'atmosphère  intérieure  serait  adoucie  et  régularisée  ;  dans 
les  pays  brumeux,  comme  les  polders  de  la  Hollande,  on  la 
purifierait  aisément  de  ces  exhalaisons  putrides  qui,  dans 
certaines  saisons  de  l'année,  pénètrent  dans  les  habitations 
ordinaires  ;  dans  les  pays  très-froids,  on  aurait  l'avantage  et 
l'agrément  de  n'avoir  pas  à  subir  les  variations  de  la  tempé- 
rature. A  l'entour  de  la  maison  on  aurait  une  belle  et  vaste 
serre,  véritable  jardin  d'hiver,  et  les  verres  de  celle-ci, 
éclairés  le  soir  par  des  lumières  placées  à  l'intérieur,  pro- 
duiraient un  effet  très-agréable  à  l'extérieur,  si  cette  serre 
était  ornée  de  rosaces  et  de  dessins  eu  verres  colorés. 


LE  NOUVEL  OPÉRA  DE  PARIS   * 

Examen  des  Projets  proposés. 

Que  devienlle  projet  d'opéra?  Y  aura-t-il  un  concours  public? 
Choisir  a -t-on  un  emplacement  sur  les  boulevards?  Près  de  la 


place  du  Palais-Royal? Où,  enfln?  Ces  questions,  etcenttotm, 
circulent  par  toutes  les  bouches.  Peu  de  gsnssoot  instruits  de 
ce  qui  se  passe,  et  ceux  qui  pourraient  peut-être  le  dire.cboee 
remarquable,  sont  parmi  les  questionneurs. 

La  construction  d'un  Grand-Opéra  pour  Paris,  pour  ce  eenlie 
de  la  vie  élégante,  pour  cette  reine  du  goût  moderne,  un  Opéra 
pour  la  capitale  du  pays  qui  se  déclare  é  la  bile  des  beaux-arta, 
est  certainement  bien  digne  d'agiter  les  architectes  et  le  pabHe 
parisien.  Mais  lorsqu'à  son  importance  propre  vient  s'ajouter 
tout  l'intérêt  qui  s'attache  à  d'autres  questions  de  la  plnahaole 
gravité,  telle  que  celle  du  décentiement  de  Paris,  par  mite  de 
l'émigration  de  ses  habitants  vers  le  N.-O.  de  la  ville;  ceOe de 
la  libre  circulation  dans  les  rues;  celle  de  la  réunion  du  Louvre 
avec  les  Tuileries,  de  l'achëTement  de  la  rue  de  Rivoli,  de 
l'assainissement  du  quartier  de  la  place  du  Palais- Royal, etc., 
etc.  ;  alors,  l'intérêt  que  réveille  la  question  du  nouvel  Opéra 
de  Paris  redouble  nécessairement. 

D'un  côté,  donc,  voici  l'Opéra  lui-même  et  le*  questions  d'art 
et  de  service  qui  s'y  rattachent  naturellement;  de  l'autre  côté, 
se  range  une  série  de  questions  accidentelles,  mais  de  la  plus 
haute  gravité  pourl'édilité  parisienneet  même  pour  l'art, pui»> 
que  la  beauté  des  environs  du  Palais>Royal  et  le  projet  deiéo- 
niou  du  Louvre  et  des  Tuileries,  ainsi  que  la  construction  d'une 
nouvelle  Bibliothèque  royale,  sont  venues  se  rattacher  i  l'éta- 
blissement du  nouvel  Opéra. 

Parmi  les  projets  dont  on  discute  le  mérite,  nous  dteroos 
ceux  de  MM.  Hector  Iloreau,  Lusson  et  A.  Couder,  rtmwttpff 
ayant  été  l'objet  de  l'attention  de  la  presse,  ou  de  pétitkna  ii> 
gnées  des  habitants  de  certains  quartiers.  Noos  rappellenjos 
aussi  que  nous  avons  donné  dans  celte  Revue  un  projet  de 
M.  Meynadier  [Voy.  pi.  24  et  col.  453,  etc.,  du  vol.  h.] 

On  prétend  qu'un  auguste  perâonoage,  qui  a  toujours  eu  une 
grande  faiblesse  pourl'architecture,  s'occupe  aussi,  depuisquel» 
ques  mois,  de  trawr  un  plan  d'Opéra,  qui  se  rattacherait  au 
projet  d'achèvement  du  Louvre  et  des  Tuileries.  Noussommea 
bien  désolés  de  ne  pouvoir  communiquer  à  nos  confrèras  le 
résultat  des  travaux  de  ce  noble  concurrent  qui  ne  Qgura  pas 
encore  dans  les  rangs  de  la  Société  centrale  des  ArchUecia,  "«»<« 
à  son  défaut,  et  sans  prétendre  offrir  une  compensation  im- 
possible, nous  pouvons  leur  donner  connaissance  des  notes  que 
nous  ont  communiquées  MM.  H.  llureau,  .K.  Couder  et  A.  L. 
Lusson,  sur  leurs  projets. 

Nos  lecteurs  trouveront  A  les  lire  attentivement  trois  avan- 
tages : 

i"  Les  artistes  de  Paris  trouveront  l'avantage  de  se  mnsni 
gner  sur  une  question  d'art  et  d'iutérétlocal  très-grave  ettite- 
controversée,  par  l'organe  d'hommes  distingués  qui  en  ont 
fait  une  étude  spéciale  ; 

2»  Les  artistes  des  départements  et  de  l'étranger  entendront 
exposer,  de  points  de  vue  différents,  quelle  peut  étie  l'ia- 
Quence  qu'exerce  sur  l'aveuir  d'une  ville,  remplacement  d'an 
important  monument  comme  l'Opéra  de  Paris; 

3°  Les  uns  et  les  autres  pourront  comparer  les  dispoeitiaiw 
matérielles  do  plan  et  d'élévation  proposées  par  leaattialeBqQe 
nous  avons  uommés,  et  dont  lea  deasins  aoot  «w»»*»^  ^  q^ 
travail. 

La  solution  du  problème  d'un  grand  Opéra, contient  œllede 
tous  les  autres  tliéûtres  ;  partant,  elle  inléreaae  tous  ceux  qui 


155 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS 


tM 


peuvent  être  appelés  à  projeter  ou  à  concourir  à.  l'adoption 
d'un  théâtre  quelcon(|ue. 

Comme  la  Revue  a  publié  déjà,  dans  ses  volumes  antérieurs, 
un  travail  très-complet  et  très-éteudu  sur  le  déplacement  du 
centre  du  Paris  actif,  par  suite  de  l'émigration  qui  se  fait  vers 
leN.-O.  et  que  l'influence  des  monuments  publics  sur  ce  mou- 
vement a  été  aussi  longuement  traitée,  nous  n'allongerons  pas 
les  Exposés  des  motifs  qu'on  nous  communique,  par  de  nou- 
veaux commentaires. 

Chaque  auteur,  en  défendant  son  projet,  fait  tout  naturel- 
lement la  critique  dts  autres  projets.  Nous  livrons  ces  plai- 
doyers, rédigés  par  des  avocats  de  bonne  foi,  à  l'appréciation 
du  lecteur. 

projet  de  m.  a.  couder. 
Monsieur, 

Au  moment  où  l'administration  et  le  public  se  préoccupent 
de  la  création  d'une  salle  définitive  pour  l'Académie  royale  de 
Musique,  je  pense  qu'il  est  opportun  de  signaler  de  nouveau  à 
votre  attention  un  projet  qui  a  été  ex  pesé  au  salon  de  1845, 
par  M.  Amédée  Couder.  Il  mérite  un  examen  spécial,  et  par  le 
sentiment  d'art  qui  le  caractérise,  et  par  l'idée  fondamentale 
qui  le  met  en  harmonie  avec  les  exigences  du  plan  favori  de 
Napoléon  et  de  Louis-Philippe  ;  je  veux  dire  la  réunion  du 
Louvre  et  des  Tuileries. 

Le  Conseil  général  de  la  Seine,  dans  sa  soUicitude  pour  le 
vieux  Paris,  dont  la  vie  s'échappe  tous  les  jours  et  va  s'épa- 
nouir aux  extrémités,  s'efforce  de  ramener  le  mouvement  au 
cœur  de  la  grande  cité  par  toutes  les  améliorations  nécessai- 
res. Le  pic  à  la  main,  il  défriche  avec  vigueur  les  quartiers 
ruinés  et  déshérités,  les  assainit  par  le  percement  de  rues 
nouvelles,  les  transforme  et  les  dote  de  leurs  éléments  de 
prospérité. 

La  construction  de  monuments  publics  est  aussi  un  moyen 
efficace  pour  concentrer  cette  activité  vitale  qui  déserte  une 
moitié  de  la  ville  et  va  chercher  au  loin  un  milieu  plus  libre  et 
plus  favorable.  Cette  consécration  guide  a  juste  titre  leConseil 
dans  le  choix  de  l'emplacement  de  la  nouvelle  salle  d'Opéra.  Le 
temple  de  la  Poésie  et  de  la  Musique  sera  toujours  le  rendez- 
vous  obligé  du  monde  riche  et  des  classes  polies.  Toutes  les 
constructions  qui  l'environnenttendent  naturellement  à  repro- 
duire ces  conditions  de  luxe  et  d'élégance  qui  peuvent  seules 
attirer  les  classes  opulentes  et  les  retenir.  Il  fallait  donc  profiter 
de  la  circonstance  pour  continuer  l'œuvre  de  régénération 
commencée  dans  la  Cité,  à  l'Hôtel-de- Ville,  aux  Halles,  dans 
les  quartiers  Saint-Denis,  Saint-Martin,  etc..  Aussi,  la  muni- 
cipalité a-t-elle  accueiUi  avec  faveur  toutes  les  études  et  tous 
les  travaux  conçus  dans  cette  vue. 

Les  projets  n'ont  pas  manqué.  Il  en  existe  neuf.  Passons-les 
rapidement  en  revue. 

Le  point  capital,  qui  consiste  à  vivifier  un  quartier  populeux 
en  le  remaniant,  en  lui  rendant  l'air,  le  soleil  et  le  mouvement 
commercial  dont  il  est  privé,  nous  fera  rejeter  d'abord  parmi 
•-  ces  projets  ceux  qui  ne  remplissent  point  le  but  proposé. 
c  Un  vice  radical  entache  tous  les  projets  qui  placent  l'Opéra 
aux  boulevards  ou  dans  leur  voisinage.  Les  boulevards  n'ont 
pas  besoin  qu'on  y  attire  la  foule  par  de  nouvelles  séductions. 
La  multiplicité  des  théâtres,  des  cafés,  des  riches  magasins,  et 


le  charme  de  la  promenade  en  feront  toujours  pour  la  circula- 
tion une  artère  privilégiée.  Ce  seul  argument  élimine  d'un  coup: 

L'emplacement  de  la  mairie  de  la  rue  Grange-Batelière; 

Celui  de  la  salle  actuelle  ; 

Celui  du  Timbre  et  des  Affaires  étrangères  ; 

Celui  de  la  rue  Basse-dii-Rempart,  sur  le  boulevard  des  Ca- 
pucines ; 

Celui  des  Menus-Plaisirs  et  du  Conservatoire  de  Musique  ; 

Celui  des  Bains  chinois,  avec  l'espace  compris  entre  la  rue  de 
Choiseul  et  la  rue  de  la  Michodière  ; 

Celui  qui  est  adjacent  au  passage  Sandrié. 

Nous  voulons  aussi  garder  la  place  Louvois  avec  ses  ombra- 
ges et  ses  nappes  d'eau.  Ce  n'est  pas  trop  d'une  place  où  l'on 
puisse  s'arrêter  et  respirer  en  été,  dans  toute  la  longueur  de  la 
rue  Richelieu. 

Notre  opinion  paraît  avoir  été  partagée  par  le  Conseil-Géné- 
ral. Parmi  les  divers  emplacements  qui  se  prêtent  à  la  con- 
struction de  l'Opéra,  il  a  préféré  celui  qui  sépare  le  Louvi-e  de 
la  rue  Saint-Honoré.  Le  choix  ne  pouvait  être  plus  intelligent- 
On  est  frappé  de  suite  de  ces  deux  grands  avantages  :  la  posi- 
tion est  centrale,  et  le  monument  magnifique  qui  doit  s'y 
élever  fera  disparaître  une  grande  partie  de  ces  maisons  hi- 
deuses, de  ces  rues  étroites,  fangeuses,  et  sombres  qui  désho- 
norent les  alentours  de  la  demeure  royale  et  de  deux  palais 
somptueux. 

Toutefois,  une  observation  reste  à  faire.  L'excellence  du  pro- 
jet dépend  en  partie  du  mode  d'exécution. 

On  a  proposé  de  placer  notre  premier  théâtre  lyrique  â  l'ex- 
trémité et  dans  l'axe  de  la  rue  de  Rivoli,  sur  les  terrains 
occupés  aujourd'hui  par  les  rues  de  Valois,  de  Chartres,  Saint- 
Thomas-du-Louvre,  jusqu'à  la  rue  Fromenteau.  Cette  Idispo- 
sition  laisse  subsister  un  horrible  pâté  de  masures  noires,  in- 
fectes et  mal  famées,  qui  couvrent  plusieurs  mille  mètres 
avec  la  rue  du  Chantre  et  la  rue  Pierre-Lescot.  Plus  tard,  elle 
masquera  le  Palais-Royal  et  le  Louvre  continué.  Ces  inconyé- 
nientssont  graves,  et  ils  ont  été  sentis  par  le  Conseil.  Il  est  à  dé- 
sirer qu'on  les  évite  lorsqu'on  fera  l'emploi  des  quatre  millions 
votés  par  la  municipalité  pour  aider  à  l'exécution  du  projet. 

Pour  entrer  dans  des  conditions  parfaites,  il  faut  faire  table 
rase  de  l'espace  enfermé  entre  la  rue  Fromenteau  et  la  rue  de 
la  Bibliothèque,  et  yasseoirle  monument  (1). 

Il  semble  que  dans  une  matière  qui  intéresse  à  un  si  haut 
degré  la  ville  de  Paris,  on  ne  saurait  se  dispenser  de  faire  un 
appel  public  aux  artistes  français.  Ils  suffiront  à  la  tâche,  «ans 
qu'on  aille  chercher  inutilement  à  l'étranger  un  nouveau  ca- 
valier Bernin.  Vous  avez.  Monsieur,  traité  la  question  de  con- 
cours avec  toute  l'autorité  qu'elle  réclame.  Vous  avez  fixé, 
avec  l'argumentation  rigoureuse  qui  vous  est  habituelle,  les 
conditions  nécessaires  d'un  concours  sérieux.  Si  elles  sont 
remplies,  nous  ne  verrons  pas  cette  fois  exclure  delà  liste  les 
talents  qui  ne  seraient  pas  enrégimentés  sous  la  bannière  of- 
ficielle. L'œuvre  la  plus  remarquable  devra  être  préférée  pour 
elle-même,  sans  distinction  d'origine.  Un  jury  d'examen, 
offrant  les  garanties  que  vous  réclamez,  ne  connaîtra  que  de 
l'idée.  Quant  à  l'auteur,  Tros  Rululusve  fual,  qu'il  soit  ou  non 
de  l'Institut,  les  jurés  ne  feront  point  intervenir  son  nom  et 
sa  qualité  comme  des  éléments  dans  leur  décision. 


^S 


(1)  Voyez  tes  dessins  à  la  page  suivante.' 


1S7 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


158 


Description  du  projet. 

Le  monument,  isolé  de  toutes  parts,  est  construit  en  maté- 
riaux incombustibles.  Sa  situation  est  indiquée  par  la  lettre  0 
dans  le  plan  de  la  place  du  Carrousel,  donné  ci-dessous (1).  La 


ta<;ade  principale  est  tievie  à  l'Ett  de  U  place  du  Palais-Bojal  ; 
les  laçafies  latérales  s'éteodent  sar  lame  de  Rivoli  proloiigte 
et  sur  la  rue  Saint-Honoré,  jtuqu'à  la  rue  de  la  UiblioUièqiie, 
où  s'élève  la  façade  postérieure  (\  oy.  pU  9). 
Sur  la  place  du  Palau-Iioyai,  la  bçade,  d'ordre  coiDpo> 


site,  est  formée  de  deux  avant-corps  reliés  par  une  colon- 
nade en  retraite,  au-devant  de  laquelle  s'élève  un  vaste  per- 
ron. 

Au  front  de  la  colonnade  est  une  frise  représentant  l'his- 
toire du  théâtre  lyrique,  de  la  musique  et  de  la  danse.  Les 
acrotères  de  cette  partie  de  l'ôdiflce  sont  décorés  des  statufs 
des  Muses,  la  Musique  donnant  lieu  à  un  groupe  principal  placé 
au  centre. 

Un  allique  orné  de  statues  enveloppe  la  scène  et  la  salle,  et 
masque  le  comble.  D'antres  statues,  placées  aux  angles  des 
avant-corps,  com[ilèlont  la  décoration  de  la  partie  supérieure. 

Lesfarades  latérales  se  composent  d'un  portique  en  harmo- 
nie avec  celui  de  la  rue  de  Rivoli.  Ce  jwrtique,  ajoutant  sa  lar- 
geur à  celle  de  la  rue  Saint-Honoi-é,  offre  aux  piétons  un  pré- 
cieux abri  contre  les  voiti  -' croisent  sans  cosse  dans 
cette  direction,  (.luaranîe  ii.  :^  .. .<  y  sont  destinés  au  com- 
merce. 

Au  premier  et  au  second  étape,  des  colonnes  et  des  pilastres 
détachent  les  croisées,  au-devant  desquelles  s'étend,  dans 
toute  la  longueur  de  l'édifice,  un  balcon  sculpté. 

La  façade  postérieure  présente  deux  avant-corps  ayant  en 
soubassement  des  corps-de-garde  pour  les  cavaliers,  les  sa- 
peurs-pompiers et  les  gardes  de  police,  une  grille  et  une  cour 


spacieuse:  en  façade  rentrante,  des  entrées  pour  les  artistes, 
pour  l'sidministration  et  le  service  du  thédtre. 

Intérieur  de  la  salle.  L'Opéra  est  l'expreraioa  ootnpièle  et 
prestigieuse  de  tout  ce  qui  peut  charmer  nos  yeiu,  fiapper 
nos  esprits,  émouvoir  nos  Ames  Tous  les  arts  Tienoeol  y  dé- 
ployer et  y  confondre  leur  magie.  C'esl  le  trépied  harmopieui 
qui  reçoit  les  pieds  divins  de  la  Muse,  et  qui  lait  dire  à  aas 
lèvres  les  choses  du  ciel  ;  c'est  le  royaume  palpitant  de  la  pas* 
siun  humaine,  riiùtellerie  de  ses  nives  enchantés,  de  ces 
ombres  adorées,  de  ces  formes  idéales  et  flottantes  qui 
s'appellent  désirs,  aspirations  inquiètes,  soif  de  l'infini; 
c'est  le  monde  de  ces  promesses  mysiérienses  par  lesquelln 
nous  pressentons  une  vie  supérieure  et  des  ravissements  in- 
connus. 

L'Opéra,  tel  que  nous  venons  de  l'esquisser,  mériterait  cer- 
tainement d'être  construit  par  la  laguette  des  Génies. 

L'extérieur  de  l'édiflce  doit  en  indiquer,  dès  l'abord.  la 
destination.  Quand  nous  pénétrons  dans  l'enceinte,  noos  d»> 
vons  retrouver  cette  expression  rendue  avec  encore  plus  d^ 
nergie. 

Sans  doute,  les  grands  eflets  sont  réservés  i  la  toèiie.  Li . 
rayonnent  toutes  les  fascinations  et  tous  les  mingaa;  li^ae  d^ 
roule  et  s'enlace,  en  mille  ciixxtnvoluliooa  înTisiblee,  ooUp 


M)  Les  dessins  ci-dessus  repn'sentent,  l'un  la  ri'union  du  Ixtuvri-  et  des  Tuilerie*,  et  le»  ahonlo  de  en<l<«x  p»lai<  Xti*  q»e  M.  A. 
l'autre,  un  croquis  de  Kontuine-Hhare  qui  occuperait  le  ceulro  de  la  place  da  Caruuscl.  CooTieodrail-U  de  <aapcr  ainsi  la  nM  mr  l'ai*  i 
palais  ? 


139 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS 


i6è 


chaîne  d'or  aux  anneaux  magnétiques  qui  entraînent  les  âmes, 
et  les  asservissent  à  l'aimable  empire  de  la  fantaisie  et  de  la 
fiction.  Le  sarcasme  de  Don  Juan,  le  rugissement  d'Othello, 
l'angoisse  de  Robert,  la  plainte  d'Elvire,  le  soupir  de  Desdé- 
mone  et  d'Adélaïde,  le  défi  hautain,  l'irrésistible  prière;  haine, 
amour,  frissons  de  la  terreur,  larmes  de  la  pitié,  hymnes  de 
l'allégresse;  la  beauté,  la  majesté,  la  grâce  et  leur  tyrannie  ; 
en  un  mot,  le  surhumain,  le  divin,  habitent  de  l'autre  côté  du 
rideau.  Mais  leur  présence  prochaine  doit  être  dignement 
annoncée.  L'hémicycle  est  le  péristyle  de  la  scène  ;  son 
aspect  doit  prépnrer  les  esprits  et  les  initier,  comme  un  splen- 
dide  programme,  aux  sensations  élevées,  aux  voluptés  tour  à 
tour  sévères  et  délicates,  à  ces  nobles  élargissements  de  l'exis- 
tence dont  les  beaux-arts,  célestes  messagers,  composent  leur 
gloire.  Il  aura  pour  caractère  principal  le  symbole,  langue 
suprême,  universelle  et  impérissable,  lumineux  alphabet  de 
toutes  les  poésies.  Une  symbolique  puissante  sera  donc  em- 
preinte sur  tous  les  détails  de  l'ornementation  :  elle  vivra  par- 
tout, dans  les  lignes,  dans  les  formes,  dans  les  couleurs;  elle 
les  fera  concourir  à  un  effet  unique  et  certain,  par  la  combi- 
naison et  la  fusion  de  leur  propriétés  secrètes,  ou,  si  vous  vou- 
lez, de  leurs  valeurs  emblématiques  ;  comme  une  effluve  in- 
cessante, elle  versera  dans  les  âmes  ce  rhythme  préliminaire 
et  souverain  qui  est  indispensable  pour  les  discipliner  et  les 
faire  obéir  sans  résistance  aux  impressions  diverses  dont  le 
poète  et  le  musicien  vont  les  assaillir  tout  à  l'heure. 

Pour  montrer  en  quelques  mots  que  l'artiste  a  bien  compris 
sa  tâche,  je  dirai  seulement  qu'il  a  figuré  d'une  façon  magis- 
trale toutes  les  idées  dont  nous  réclamions  plus  haut  la  repré- 
sentation. 

Enfin,  ce  théâtre  a  des  dégagements  nombreux  et  faciles  : 
de  vastes  passages,  pratiqués  dans  le  soubassement,  condui- 
sent à  chaque  étage  de  la  salie.  Ils  facilitent  l'arrivée  et  la 
sortie,  et  servent  au  stationnement  des  équipages  pendant  le 
cours  des  représentations.  , 

Distribution  générale. 

Soubassement.  —  Portique  sur  les  rues  de  Rivoli  et  Saint- 
Honoré.  —  Quarante  magasins  à  l'usage  du  commerce.  —  En- 
trées des  voitures.  —  Entrées  du  public.  —  Entrées  des  ar- 
tistes et  des  employés.  —  Corps  de  garde  pour  les  cavaliers, 
pour  les  pompiers,  pour  les  gardes  de  police  ;  magasins  et 
accessoires.  —  Entrée  des  décors. 

Étage  au-dessus  du  soubassement.  —  Côté  de  laplace  du  Palais- 
Royal.  —  Un  vestibule.  —  Deux  galeries  pour  attendre  l'ouver- 
ture des  bureaux.  —  Deux  escaliers  conduisant  aux  premières 
places.  —  Deux  escaliers  conduisant  aux  deuxièmes  loges.  — 
Deux  escaliers  conduisant  à  l'amphithéâtre.  —  Parterre,  or- 
cheslre  pour  le  public,  orchestre  pour  les  musiciens.  —  Six 
loges  d'avant-scène  avec  salon.  —  Salon  pour  M.  le  commis- 
saire du  roi.  —  Bureau  de  police. 

Côté  de  la  rue  de  la  Bibliothèque.  —  Entrée  des  décors.  —  Bu. 
reaux  de  l'administration.  —  Salon  de  réception. —  Foyer  des 
artistes.  —  Vingt  loges  pour  les  premiers  artistes.  —  Magasins 
à  décors.  —  Escahers. 

Entre-sol.  —  Loges  d'avant-scène  avec  salon;  galerie  à  stalles. 


Premier  étage.  —  Côté  de  la  place  du  Palais-Royal.  —  Foyer 
avec  péristyle  pouvant  servir  de  salle  de  concert.  —  Deux  sa- 
lons en  prolongement  du  foyer.  —  Vestibule  desservant  les 
loges.  —  Loge  du  roi  avec  deux  loges  pour  ses  officiers,  cha- 
cune avec  salon.  —  Un  rang  de  loges  avec  salon.  —  Six  loges 
d'avant-scène  avec  salon. 

Côté  de  la  rue  de  la  Bibliothèque.  —  Bureau  de  l'administra- 
tion. —  Foyers-  pour  les  artistes.  —  Loge  d'acteurs.  —  Scène. 

Deuxième  étage.  —  Un  rang  de  loges  avec  salon.  -  Six  loges 
d'avant  scène  avec  salon. 

Troisième  étage.  —  Côté  de  la  place  du  Palais-Royal.  —  Un 
rang  de  loges.  —  Six  loges  d'avant-scène  avec  salon.  —  Une 
galerie  à  stalles.  -  Un  amphithéâtre.  —  Un  atelier  de  pein- 
ture pour  les  décorateurs. 

Côté  de  la  rue  de  la  Bibliothèqu£.  —  Ateliers  des  costumiers. 

—  Magasins  pour  les  costumes  —  Logement  des  employés.  — 
Atelier  des  machinistes. 

Proportions. 

La  surface  totale,  compris  les  marches  de  l'escalier  exté- 
rieur, est  de  mètres  superficiels  :  6,344  m.  00.  —  Longueur 
totale,  122  m.  00.  —  Largeur  totale,  52  m.  00.  —  Largeur  du 
foyer  avec  la  colonnade,  13  m. 00. — Sans  la  colonnade,  10  m.  00. 

—  Sa  hauteur,  15  m.  00.  —  Ouverture  de  la  scène,  14  m.  50. 

—  Largeur  de  la  scène,  28  m.  00.  —  Sa  profondeur,  33  m.  00. 

—  Hauteur  totale  intérieure  de  la  salle,  24  m.  50.  —  Surface 
de  la  salle,  couloirs  et  orchestre  compris,  800 m. 00.  —Hau- 
teur totale  du  sol  au  sommet  de  l'attique,  40  m.  00. 

Nombre  et  désignation  des  places. 

Orchestre,  200.  —  Parterre,  410.  — Galerie  d'entre-sol,  170. 

—  6  loges  d'avant-scène  au  rez-de-chaussée,  36.  —  21  bai- 
gnoires à  l'entre-sol,  126.  —  21  premières  loges,  126.  — 6 
avant^scènes  des  premières,  36.  —  21  deuxièmes  loges,  126. 

—  6  loges  d'avant-scène,  36.  — 21  troisièmes  loges,  126.  —  6 
loges  d'avant-scène,  36.  —  Deuxième  galerie,  450.  —  6  loges 
d'avant-scène,  36. — Amphithéâtre,  800.  —  Total,  2,714. 

Dépense. 

La  ville  prenant  à  sa  charge  la  différence  de  valeur  qui  peut 
exister  entre  le  terrain  de  l'Opéra  actuel  et  celui  de  l'Opéra 
projeté,  il  ne  reste  à  évaluer  que  les  frais  de  construction. 
D'après  un  devis  détaillé,  on  est  arrivé  au  terme  moyen  de 
1,500  fr.  par  chaque  mètre  superficiel,  soit  9,506,000. 

Tel  est,  monsieur,  le  projet  que  des  artistes  éminents  ont 
approuvé  dès  le  moment  de  son  apparition.  Aujourd'hui  l'heure 
est  venue  de  le  soumettre  de  nouveau  au  public,  et  je  me  figure 
qu'en  raison  de  ses  convenances  particulières,  il  vous  paraîtra 
digne  d'être  communiqué  à  vos  lecteurs. 

Veuillez  agréer,  etc. 
E.  0. 


I6f 


REVUE  DE  LAKCIHTECTLHE  ET  DES  TRAVAUX  P(  BfJCS. 


fis 


pho;et  de  m.  h.  horeau 


A  Monsieur  César  Daly,  rédacteur  de  la  Revue  d'ArcMUclure. 

Monsieur, 

Les  édifices  publics,  par  les  importantes  questions  qui  se  rat- 
tachent à  leur  exécution,  réclament  de  sérieuses  études;  à  ce 
titre,  je  viens  vous  prier  de  vouloir  Lien  communiquera  vos 
doctes  lecteurs  quelques  observations  sur  l'emplacement  à 
choisir  pour  un  important  monument  de  notre  capitale,  je  veux 
parler  du  /jrcmd  Opéra  qui,  dit-on,  va  être  mis  au  concours,  et 
pour  lequel  la  question  d'emplacement  ne  me  parait  pas  avoir 
été  jusqu'ici  suffisamment  étudiée.  Pour  beaucoup  d'hommes 
compétents,  il  n'y  a  qu'a  opter  entre  l'emplacement  que  je  pro- 
pose et  celui  ultérieurement  désigné  par  le  Conseil  municipal 
de  Paris  ;  je  me  bornerai  donc  à  mettre  en  parallèle  le  pour  et 
le  contre  de  ces  deux  emplacements. 

D'après  mon  projet,  qui  remonte  à  18i3,  l'Opéra  serait  placé 
sur  la  ligne  des  boulevards,  entre  la  rue  Grange-Batelière  et  le 
prolongement  de  la  rue  Chauchat  (1). 

Il  serait  construit  sur  trois  différentes  propriétés  :  sur  une 
partie  de  la  rue  Pinon  et  de  la  mairie  ;  sur  une  partie  de  l'Opéra 
actuel,  et  sur  une  partie  d'un  immeuble  à  acheter,  immeuble 
situé  sur  le  boulevard  à  l'angle  de  la  rue  Grange-Batelière. 

Diverses  combinaisons  d'échange,  d'abandon,  d'acquisition 
ou  de  vente,  entre  l'État  et  la  ville  de  Paris,  permettent  d'obtenir 
l'emplacement  proposé  qui  offre  les  avantages  suivants  : 

1»  De  laisser  l'Opéra  au  milieu  de  son  public,  là  où  les  habi- 
tudes de  ce  ihéiître  sont  depuis  longtemps  assises  ;  dans  un 
quartier  où  il  prospère  et  qui,  avec  le  temps,  s'est  façonné  au 
voisinage  de  ce  théâtre  ; 

2o  De  mettre  l'Opéra  dans  de  bonnes  conditions  de  prospérité 
en  le  plaçant  sur  le  boulevard,  qui  est  la  voie  naturelle  des 
théâtres  : 

3»  D'élever  un  édifice  public  dans  un  quartier  qui  en  est  privé, 
particulièrement-sur  la  ligne  des  boulevards,  où  l'on  ne  voit  que 
des  maisons  depuis  la  Madeleine  jusqu'à  la  porte  Saint-Denis  ; 
4»  D'isoler  complètement  l'édifice  et  d'offrir  des  arrivages 
faciles  par  le  prolongement  de  la  rue  Chauchat  jusqu'au  boule- 
vard, et  par  ceux  de  la  rue  Grange-Batelière  jusqu'à  la  rue  de 
Provence  et  jusqu'à  la  rue  Chauchat  ; 

5»  D'offrir,  derrière  l'édifice,  dans  les  parties  non  utilisées  de 
la  mairie,  un  espace  qui  peut  devenir  plus  ou  moins  vaste  pour 
le  stationnement  des  voitures  ; 

G»  D'offrir  quelque  latitude  pour  la  largeur  et  la  profondeur 
de  l'édifice,  comme  aussi  pour  la  largeur  des  isolements 
latéraux  ; 

7»  De  ne  pas  avoir  à  suspendre  les  représentations  de  l'Opéra 
actuel  ; 

8»  De  faciliter  le  déménagement  ; 

9»  De  pouvoir  facilement  surhausser  le  sol  actuel,  opération 
indispensable  pour  ne  pas  exposer  le  dessous  du  théâtre  aux 
inondations  ;  cette  opération  viendrait  concourir  à  la  fois  au 
nivellement  du  boulevard  et  à  un  meilleur  effet  du  monument  ; 

10"  De  rendre  l'exécution  des  travaux  plus  facile  et  relative- 
ment moins  onéreuse,  en  édifiant  le  nouvel  Opéra  progressive- 
mont,  sur  des  terraius  rendus  sucessivement  disponibles,  et  en 


(i)  Voy.  pi.  10,  la  situatiuu  des  rues. 
T.  VU. 


N.  du  D. 


Utilisant  les  constructions  au  fur  et  à  metan  àe  leur  achè- 
vement. 

Bien  d'autres  considérations  importantes  pourraient  coootv 
être  mentionnées. 

Les  inconvéDiente  de  l'emplacement  de  la  place  du  Palafa- 
Royal  sont  : 

1»  Oue  l'édifice  serait  obliquement  planté  par  rapport  A  la 
façade  du  Palais-Royal  ; 

2»  L'Opéra,  vu  de  la  place  du  Palais-Royal,  sur  a*  (açade 
principale,  serait  placé  entre  deux  rues  d'in^ales  Itt^eon  ; 

3o  II  n'y  a  que  47  mètres  entre  l'alignemeot  d«  la  me  8afol> 
Honoré  et  de  la  rue  Rivoli  prolongée,  largeur  insolBsanle  pour 
le  grand  Opéra  de  Paris  ; 

4»  L'alignement  ordonnancé  de  la  rue  Saint-Honoié  oe 
donne  qu'une  largeur  insuffisante  à  celte  rue  pour  isoler  une 
édifice  aussi  important,  aussi  élevé  que  serait  l'Opéra,  surloat 
en  égard  à  ce  qui  suit  ; 

5o  Les  caves  des  maisons  situées  sur  l'emplacement  propoaé, 
quoique  très-peu  profondes,  sont  annuellement  iotmàtm  par 
les  crues  de  la  Seine  ;  il  faudrait  élever  exlraoïdioairenient 
l'édifice  ou  exécuter  de  dispendieux  travaux  poor  aanver  les 
enfers  de  l'Opéra  des  inondations  ; 

6»  La  rue  des  Bons-Enfants,  et  surtout  celle  de  Valois,  se- 
raient interceptées  dans  leur  prolongement  ; 

70  En  plaçant  l'Opém  dans  celte  localité,  il  faudrait  renoncer 
à  l'espoir  d'élever  un  édifice  relier  pour  la  réunion  du 
Louvre  aux  Tuileries  ; 

8»  Enfin  le  but  du  Conseil  municipal,  d'appeler  la  populatioo 
au  centre,  ne  serait  pas  atteint,  l'Opéra  n'étant  animé  que  pen- 
dant quelques  soirées  de  l'année,  et  cette  animation  pouvant 
quelquefois  être  fâcheuse  pour  les  musées,  les  demeures  royales 
et  les  nombreuses  voitures  qui  ont  à  circuler  jour  et  nuit  Am* 
ce  quartier. 

En  résumé,  vouloir  enlever  l'Opéra  du  quartier  où  il  proepèie 
pour  le  transplanter  place  du  Palais-Royal,  c'est  l'exposer,  sans 
raison,  A  un  fatal  dépérissement.  On  ne  devrait  pas  oublier  que 
Paris  est  un  composé  de  plusieurs  quartiers  ayant  chacun  leors 
caractères  particuliers,  leurs  intérêts,  leurs  habitudes  résultant 
des  éléments  qui  les  composent,  et  que  ce  serait  froôsergratid- 
tement  des  intérêts  et  des  habitudes  respectables  que  de  repor- 
ter dans  un  quartier  ce  qui  exiote  dans  un  antre. 

Toutefois,  j'applaudis  d  la  pensée  d'un  édifice  dans  ce  quar- 
tier, et  surtout  d'un  édifice  qui,  comme  le  désire  le  Cooaeil 
municipal  et  comme  je  le  propose,  donnerait  réellement  la  vie, 
appelant  constamment  du  monde  dans  ce  quartier  qœlqne  peu 
délaissé.  Pour  atteindre  ce  but,  je  propose  d'y  élever  un  édifloe 
pour  les  Sociétés  savantes,  édifice  dont  je  parlerai  plus  laid, 
après  avoir  présenté  une  description  sommaire  de  mon  aranU 
projet  d'Opéra,  description  qui,  je  crois,  fera  mieux  ressortir  les 
avantages  de  l'emplacement  que  j'ai  proposé,  etqoi,  je  l'espère, 
l'em  portera  sur  l'emplacement  adopté  par  le  Conseil  mnak^id. 
L'édifice  proposé  se  compose  dequatre  parties  bien  distinctes  ; 
d'un  foyer  salle  de  concert,  de  la  salle,  du  théitra,  de  Tadmi- 
nistratiun  et  de  ses  dépendances.  Ces  diverses  partiea sont  reliées 
entre  elles  par  des  galeries,  des  vestibolea  e(  daa  eaealian.  An 
rez-de-chaussée  le  monument  secompose,duoAlédn  booleraid, 
d'un  vaste  portique  circulaire  dissimulant  l'angle  du  boalevaid 
des  Italiens  et  du  boulevard  Montmartre.  Ce  portique  oOk«  un 

41 


"^ 


i63 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


ICâ 


accès  et  des  issues  faciles  aux  piétons  ;  il  communique  avec  les 
galeries  qui  enveloppent  tout  l'édifice,  près  desquelles  les  voi- 
tures peuvent  arriver  à  couvert  de  quelque  côté  qu'elles  se  pré- 
sentent. Ces  galeries  offrent  un  abri  à  toute  heure  du  jour  et  de 
la  nuit  ;  elles  sont  animées  par  d'élégants  magasins,  qui  rappor- 
teraient un  précieux  revenu  et  dèU-uiraieut  le  triste  aspect  trop 
souvent  réservé  à  nos  édifices  publics. 

Le  portique  circulaire  donne  ensuite  accès  à  un  vestibule 
central,  en  communication  avec  le  café  du  théâtre,  avec  le 
corps-de-garde,  le  dépôt,  les  escaliers  secondaires,  avec  les 
galeries  latérales,  enfin  avec  les  deux  grands  escaliers  condui- 
sant à  la  salle  et  au  foyer.  De  plus,  des  entrées  et  issues  indé- 
pendantes ont  été  ménagées  aux  différents  escaliers  desservant 
à  volonté  tout  ou  partie  des  galeries  de  la  salle. 

Au  premier  étage,  on  trouve  un  foyer  pouvant  servir  de  salle 
de  concert  ou  de  salle  pour  des  réunions  nombreuses.  Ce  foyer 
serait  extérieurement  décoré  de  colonnes  portant  les  statues  de 
la  Poésie,  de  la  Musique,  de  la  Danse,  de  la  Peinture,  de  l'Archi- 
tecture, etc.,  etc.  De  ce  point  on  voit  dans  tous  les  couloirs  de 
la  salle,  et  réciproquement.  Les  quatrième  loges  sont  au  niveau 
de  la  tribune  du  foyer,  éclairée,  sur  le  boulevard,  par  les  croi- 
sées d'attique.  Le  foyer  communique  en  outre,  par  le  centre  ou 
par  les  galeries  latérales,  avec  la  salle,  avec  le  théâtre  et  l'admi- 
nistration. Pour  être  plus  sonores  et  avoir  moins  de  chances 
d'incendie,  ce  foyer  et  la  salle  pourraient  être  construits  en 
métaux  qui  seraient  colorés,  dorés  ou  argentés,  et  rehaussés 
de  quelques  pierreries. 

En  prolongeant  la  scène  à  travers  les  magasins  de  décors  et 
le  foyer  des  acteurs,  le  théâtre,  plus  vaste  que  le  théâtre  actuel, 
permettrait  des  points  de  vue  très-élendus.  Dans  l'administra- 
tion, faisant  suite  au  théâtre,  on  trouve  tout  ce  que  nécessite  le 
service  du  grand  Opéra,  notamment  des  entrées  particulières 
pour  acteurs,  décors  et  grands  objets  ;  enfin  des  baies  ont  été 
ménagées  pour  que  l'on  puisse  voir  clair  dans  toutes  les  parties 
de  l'édifice  sans  le  secours  d'une  lumière  artificielle. 

Pour  les  bals  et  fêtes,  des  dispositions  ont  été  prises  dans  le 
but  de  relier,  en  quelques  minutes,  la  salle  de  spectacle  au 
théâtre  etouvrir  une  large  baie  du  foyer  à  la  salle,  de  telle  sorte 
que  l'on  puisse  bien  voir  toute  l'étendue,  toute  la  profondeur  de 
l'édifice  ;  enfin,  pour  les  fêles  extraordinaires,  l'administi-ation 
pourrait  céder  tout  son  premier  étage  dans  lequel  il  n'y  aurait 
que  des  cloisons  mobiles,  ce  qui  donnerait  une  surface  totale 
d'environ  8,000  mètres,  qui  permettrait  de  recevoir  facilement 
douze  mille  personnes.  Si  même  on  voulait  se  laisser  la  possibi- 
lité de  donner  l'attique  pour  les  fêtes,  on  pourrait  recevoir 
jusqu'à  quinze  ou  seize  mille  personnes. 

La  construction  serait  en  matériaux  incombustibles,  tels  que 
pierre,  marbre,  granit,  brique,  faïence,  métaux,  cristaux  ;  les 
planchers  seraient  en  fer  et  poteries,  les  combles  en  fer,  la  cou- 
verture en  métal,  les  cloisons  en  tôle,  les  escaliers  en  fonte.  Il  y 
aurait,  en  outre,  pour  donner  toute  sécurité  contre  les  chances 
d'incendie,  des  réservoirs  avec  des  pompes  à  demeure,  placés 
dans  les  parties  supérieures  de  l'édifice,  et  le  chauffage  général 
se  ferait  à  l'air  chaud  ;  enfin  on  emploierait  le  système  d'éclai- 
rage le  plus  convenable. 

La  dépense,  subdivisée  selon  l'ordre  dans  lequel  les  travaux 
devraient  être  exécutés,  peut  être  évaluée  à  : 


fr.  fr. 

Pour  l'administration.     .     .     .     1,740™  à  800  1,392,000 

Pour  le  théâtre  (sans  machines).     1 ,575    à  400  630,000 

Pour  la  salle 1,575    à  700  1,102,500 

Pour  les  escaliers  et  le  foyer.     .    2,136    à  900  1,922,400 
Pour  les  machines,  déménage- 
ments, faux  frais 439,100 

Pour  l'imprévu 514,000 

Pour  l'immeuble   à  acquérir 2,800,000 

Total  général 8,800,000 

Je  ne  sais  si,  par  ce  que  je  viens  de  dire,  j'aurai  porté  la  con- 
viction dans  l'esprit  de  vos  lecteurs,  mais  ce  que  je  puis  dire, 
c'est  que  je  n'ai  pas  encore  rencontré  une  critique  de  quelque 
valeur  sur  l'emplacement  et  le  mode  de  construction  que  je 
propose  pour  l'Opéra.  Quant  à  l'avant-projet  en  lui-même,  je 
fais  toute  réserve,  puisque  je  me  propose  de  prendre  part  au 
concours  que  l'on  va  ouvrir. 

Pour  mieux  combattre  l'emplacement  rival  du  mien ,  je  dirai 
quelques  mots  de  mon  avant-projet  d'édifice  pour  les  réunions 
des  sociétés  savantes. 

Cet  édifice,  dans  une  position  centrale,  entre  le  Louvre  et  le 
Palais-Royal,  serait  isolé  de  toutes  parts  :  il  assainirait  le  quar- 
tier et  en  améhorerait  sensiblement  la  circulation. 

11  contiendrait,  au  rez-de-chaussée  et  sur  les  quatre  faces,  des 
galeries  ouvertes  au  public,  qui  pourraient  être  animées  par 
quelques  magasins  particuliers,  un  grand  restaurant  et  un  beau 
café  Au  premier  étage,  une  galerie,  pourtournant  l'édifice,  ser- 
virait à  la  fois  de  bibliothèque,  de  musée  pour  les  collections  de 
diverses  sociétés  et  pour  communiquer  avec  les  salles  destinées 
à  ces  sociétés.  Une  plus  grande  salle,  au  centre  de  l'édifice,  con- 
tiendrait des  tribunes  et  des  amphithéâtres  correspondant  aux 
étages  supérieurs.  La  disposition  du  deuxième  étage  ne  différe- 
rait de  celle  du  premier  étage  que  par  la  suppression  du  grand 
escalier  qui  ne  monterait  qu'au  premier,  et  parce  que  la  salle  de 
moyenne  grandeur,  du  côté  de  la  rue  delaBibhothèque,s'élève- 
railjusqu'au  comble  et  serailéclairée  par  le  haut  pour  favoriser 
les  expositions  que  l'on  y  voudrait  faire.  Les  salles  de  réunion , 
de  diverses  grandeurs,  et  qui  seraient  éloignées  de  tout  tapage 
extérieur,  pourraient  être  au  nombre  de  13,  sans  compter  celles 
que  l'on  pourrait  établir  dans  les  galeries  de  pourtour.  Le  troi- 
sième étage  contiendrait  les  bm-eaux,  les  archives  et  quelques 
logements  d'employés. 

Cet  édifice,  qui  est  un  des  besoins  de  notre  époque,  pourrait 
s'élever  avec  le  concours  de  diverses  ressources  : 

lo  L'État  veut  et  doit  encourager  les  sociétés  savantes,  qui 
honorent  le  pays  et  qui  sont  dans  une  certaine  mesure  un  élé- 
ment de  prospérité  pour  lui  ; 

2»  Le  Conseil  municipal,  désirant  tout  à  la  fois  rappeler  la  po- 
pulation au  centre  et  détruire  de  sales  habiiations,  a  offert  au 
gouvernement  de  concourir  à  l'exécution  d'un  édifice  public  sur 
l'emplacement  dont  il  s'agit.  Le  but  du  Conseil  serait  certaine- 
ment atteint  plus  sûrement  a\ec  l'édifice  proposé  qu'avec  un 

Opéra  ; 

3»  Dans  l'état  actuel  des  choses  les  sociétés  payent  toutes  un 
loyer  pour  des  locaux  épars  dans  Paris  qui,  en  général,  ne  sont 
pas  disposés  pour  les  recevoir  ; 

4»  Enfin  des  salles,  qu'on  prêterait  aux  réunions  de  bienfai- 
sance, pourraient  être  louées  pour  des  réunions  industrielles 


16» 


HEVLE  DE  L'AHCHITKCTLUE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


166 


pour  dos  expositions  particulières,  et  créer,  avec  les  locations  du 
rez-de-chaussée,  un  beau  revenu  qui  faciliterait  la  construction 
de  l'édifice  proposé. 

De  la  sorte,  le  gouvernement  aurait  un  contrôle  plus  direct 
sur  les  sociétés;  une  seule  administralion  remplacerait  avec 
avantage  toutes  les  administrations  offlcieuses  des  diverses 
sociétés.  L'Kiat  hériterait  tout  naturellement  des  collections 
des  sociétés  éteint'js.  Le  Conseil  municipal,  en  réunissant 
toutes  les  sociétés  dans  un  même  édifice,  offrirai!  un  attrait  de 
plus  aux  étraug'  rs,  et  faciliterait  les  études  des  sociétés,  dont 
la  prospérité  est  liée  à  la  prospérité  générale  de  Paris.  Enfin, 
les  membres  des  sociétés  pourraient  assister,  sans  déplace- 
ment, à  plusieurs  séances,  et  trouver,  dans  un  salon  commun, 
avec  les  publications  des  sociétés,  les  hommes  iotelligenisde 
tous  les  pays.  Paris,  capitale  du  monde  civilisé,  doit  élever  le 
premier  édifice  pour. les  réunions  des  sociétés  savantes;  c'est 
plus  que  son  intérêt,  c'est  sou  devoir. 

Puisse  celle  pensée,  qui  a  déjà  été  favorablement  accueillie 
par  plusieurs  sociétés  savantes,  obtenir  le  concours  éclairé  des 
hommes  appelés  A  statuer  sur  son  exécution.  Une  compagnie 
se  formerait  aussitôt  pour  réaliser  ce  projet,  qui  seiait  un  grand 
pas  vers  cette  civilisation,  dont  toutes  les  sociétés  ont  tant  besoin. 
Une  telle  entreprise  serait  une  source  de  prospérité,  un  fiùt 
glorieux  pour  notre  capitale. 
Veuillez  agréer,  etc. 

H.  HOREAU. 


projet  de  m.  a.-l.  lusson. 
Monsieur, 

Avant  de  m'occuper  du  plan  de  l'Opéra  même,  je  me  suis 
demauaé  quelle  i)Ouvait  éiro  l'influence  d'un  semblable  édifice 
sur  la  vie  du  quartier  où  il  serait  situé,  et  je  me  suis  confirmé 
dans  l'opinion  que  cette  question  pouvait  être  résolue  en  consul- 
tant l'expéiience,  en  considéraut  lu  mouvement  de  la  popula- 
tion, la  richesse  immobilière  et  commerciale  qui  règne  autoiu- 
des  principaux  théâtres  de  Paris  et  des  grandes  capitales  de 
l'Europe,  en  pesant,  enfin,  les  avantages  et  lei  inconvénients 
inhérents  aux  abords  des  théâtres  en  général. 

Commençons  par  poser  en  fait  qu'un  théâtre,  monument 
froid  dans  le  jour,  puisqu'il  n'est  alors  au  mieux  qu'une  déco- 
ration archilecturale,  no  peut  contribuer  en  rien  au  mouve- 
ment commercial  d'un  quartier.  L'étranger,  le  citadin,  au 
moment  où  ils  se  rendent  au  théâtre  pour  assister  à  la  repré- 
sentation scéuique,  ne  font  certes  pas  d'emplettes,  et  moins 
encore  quand  ils  en  sortent,  à  une  heui-e  fort  avancée  de  la  nuit. 
Ensuite,  les  voitures  bourgeoises,  comme  les  voitures  de  place 
qui  affluent  en  si  grand  nombre  à  l'heure  du  spectacle,  effrayent, 
détournent  les  promeneurs  au  lieu  de  les  attirer  ;  et  enfin,  les 
ordures,  que  pendant  le  spectacle  les  domestiques  qui  attendent 
leurs  maîtres,  et  les  spectateurs  dans  les  entr'actes  déposent 
aux  alentours,  sont  autant  d'enipi'chemenls  à  ce  que  le  voisi- 
nage d'un  théâtre  devienne  un  lieu  favorable  aucomnierccou 
soil  habité  parles  familles  à  grande  fortune.  Des  cafés.des  res- 
taurants occuperont  les  boutiques  les  plus  proches;  des  hôtels 
garnis  s'établiront  dans  les  étages  supérieurs,  ou  de  moyennes 
fortunes  s'y  logeront  à  cause  du  bon  marché  des  locations  ; 
certes,  de  tels  éléments  de  vie  pour  un  quartier  ne  méritent 


pas  que  l'autorité  s'en  préoccupe  quand  U  t'agit  de  remplace-' 
ment  à  choisir  pour  l'OiJéra,  Auwi,  noui  étODOons-nous  des 
démarches  que  font  les  propriétaires  des  environs  du  Palait- 
Itoyal,  afin  de  le  poeséder;  eux  qui  ne  tirent  aucun  avantage 
appréciable  de  la  présence  du  Tbédtre'Français  et  dn  théâtre 
Montansiur.  N  ont-ils  pas  dix  autres  exemples  i  joindre  aux 
deux  que  nous  venons  de  signaler  {«ur  les  persuader  de  l'inU' 
tilité  d'un  théâtre  au  bien-être  d'un  quartier?  Qu'ils  jettent  k-s 
yeux  autour  du  théâtru  de  l'Odéon,  de  l'Opéra-Comique,  du 
théâtre  Veotadour,  et  ils  reconnaîtront  leur  erreur.  Qo'ils 
con.sidèreQt  eubuite  cette  réunion  de  théâtres  laogés  sur  ooe 
même  ligne  au  boulevard  du  Temple,  qui  ne  donna  de  \ie 
aux  environs  que  pendant  quelques  heures  de  la  soirée  ;  «t 
quelle  vie  !  Ils  seiont  alors  complètement  déailloaioanés,  car 
ils  verront  partout  la  population  aisée  fuir  les  approches  des 
speciacles.  Ouant  aux  acteurs  et  employés  des  théâtres,  ils  sont, 
en  général,  trop  mal  rétribués  pour  être  de  quelque  avantage 
au  quartier,  et  ceux  favorisés  de  la  fortune  sont  trop  peu  nom- 
breux pour  donner  plus  de  prix  aux  locations  voisines.  Talma, 
mesdemoiselles  Mars  et  Duchesnois  n'ont  procuré  aucun  bien- 
être  autour  du  Thëâlre-Frunçais;  ils  avaient  ailleurs  leur  rési- 
dence. Les  mêmej  circonstances  se  retrouvent  autour  des 
autres  théâtres  royaux. 

Ce  qui  arrive  à  Paris,  a  lieu  dans  les  autres  grandes  TÎOes  de 
l'Europe.  Nulle  part  le  théâtre  ne  fait  la  fortune  de  la  partie  de 
la  ville  où  il  est  situé.  Si  ses  alentours  ont  été  de  tout  tempe, 
avant  comme  après  son  installation,  un  lieu  de  prédilection, 
soit  pour  la  promenade,  le  commerce,  ou  lliabitatifm  des 
riches,  le  théâtre  ne  change  rien,  à  la  vérité,  aux  habitudes 
prises,  mais  jamais  non  plus  il  n'a  attiré  l'oisif,  ni  transformé 
en  quartier  commerçant  un  quartier  habité  par  les  gens  à 
équipages.  C'est  ainsi  que  nous  avons  vu  les  choses,  à  Naples, 
à  Milan,  à  Florence,  à  Madrid,  à  Vienne,  à  Berlin,  a  Munich 
et  dans  nos  grandes  villes  de  France,  Lyon,  Marseille,  Bor- 
deaux, etc.,  etc. 

Dans  les  villes  modernes,  la  fortune  d'un  quartier  tient  à  des 
circonstances  tout  autres  que  celles  de  la  présence  ou  de  la  non 
présence  d'un  ihéâire.  Elle  naît  bien  plutôt  de  la  créstioade 
beaux,  de  larges  et  de  nombreux  {«rcés,  de  la  présence  d'éla>- 
blisseraents  publics  fréquentés  chaque  jour  par  les  gens  d'af- 
faires, par  les  étrangers  et  celte  classe  d'hommes  de  loisirs  qw 
la  curiosiië  ou  le  désir  de  s'instruire  attirent  incessamment 
Elle  est  fort  souvent  aussi  la  conséquence  du  classement  natu- 
rel de  la  population. 

La  société  se  partage  en  grandes  catégories  ayant  chacooe 
un  centi-e  d'action  et  des  besoins  difKrenls.'Tout  ce  qui  dé- 
pend d'un  même  centre  d'action  se  range  autour  de  lui  :  la  no- 
blesse foncière  autour  du  souverain,  la  noblesse  financière 
autour  de  la  Bourse,  la  noblesse  judiciaire  autour  de  son  pa- 
lais, la  noblesse  cléricale  auprès  du  prélat,  etc.,  etc. 

Ceci  explique,  ce  nous  semble,  puuniuui  le  laubouig  Saint- 
Germain  est  resté,  comme  sous  Ixtuis  XV,  qui  l'a  vu  se  meo- 
bler  d'hutels  fa.stueux,  le  quartier  des  nobles  nés;  et  pourquoi 
le  faubourg  Saint-Honorè,  commcncéi  peu  pris  dans  le  mène 
temps,  est  devenu  une  annexe  du  premier  :  le  palais  du  souve- 
raui  était  leur  point  de  mire,  comme  aux  nobles  q\d,  les  pre- 
miers, ont  habité  les  environs  de  la  place  Vendôme.  Ceci 
expliiiue  pourquoi  aussi  la  haute  linauce  s'est  agglomérée  aux 


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REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


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environs  de  la  Bourse,  et  a  établi  sa  résidence  jusqu'au  delà 
des  boulevards  des  Italiens,  de  la  Chaussée-d'Antin  ;  pourquoi 
les  grands  manufacturiers  d'étoffes,  qui  ont  des  intérêts  si 
grands  à  soigner  à  la  Bourse,  se  sont  placés  dans  le  quarlierdu 
Gros-Chenet  ;  et  pourquoi  les  quartiers  Montmartre,  où  ces 
riches  négociants  ont  établi  de  splendides  maisons  de  débit, 
sont  devenus  en  peu  de  temps  des  bazars  où  fout  ce  qui  peut 
flatter  le  goût  dn  riche  ou  satisfaire  aux  besoins  des  classes 
moyennes  se  trouve  exposé  aux  regards  d'un  chacun  pour  le 
tenter.  De  tout  temps,  l'industrie  a  appelé  l'industrie,  le  com- 
merce le  commerce,  la  finance  la  finance,  le  luxe  le  luxe. 

Quand  la  résidence  royale  était  au  palais  des  Tournelles 
(1410  à  1559),  les  quartiers  Saint-Antoine  et  du  Marais  étaient 
le  séjour  des  nobles  ;  lorsque  Charles  IX  habitait  la  partie  du 
Louvre  élevée  par  Pierre  Lescot,  les  principaux  seigneurs 
avaient  leur  hôtel  dans  les  environs. 

La  population  industrielle  prit  peu  part  au  déplacement.  Les 
alentours  du  palais  du  Temple,  ancien  lieu  privilégié,  restè- 
rent le  centre  de  la  fabrique  des  objets  d'usage.  LesruesSaint- 
Martin  et  Saint-Denis  continuèrent  à  approvisionner  la  ville  et 
les  campagnes  des  toiles,  fils,  rubans,  étoffes  destinés  aux 
besoins  des  classes  moyennes,  comme  les  rues  des  Lombards, 
Sainte-Avoye  leur  fournissaient  les  drogues  et  les  épices,  état 
de  choses  qui  s'est  maintenu  jusqu'à  nos  jours.  Les  faubourgs 
Saint-Antoine,  Saint-Marcel,  Saint-Victor,  sont  'aussi  restés  à 
peu  près  ce  qu'ils  étaient  dans  les  siècles  passés.  On  voit  par  ce 
rapide  exposé  de  la  migration  successive  des  habitants  opulents 
de  la  grande  ville,  et  de  l'espèce  de  permanence  des  popula- 
tions industrielles  dans  certaines  localités, que  tout  a  sa  cause. 
Au  nombre  des  causes  de  transplantation  des  classes  aisées,  il 
faut  placer,  en  première  ligne,  ce  besoin  de  certaines  commo- 
dités introduites  dans  nos  habitudes  de  vie  par  les  Crésus  mo- 
dernes, notamment  cette  confortable  distribution  d'ensemble 
et  de  détail  de  nos  appartements,  distribution  que  nos  archi- 
tectes s'évei'tuent  à  rendre  de  plus  en  plus  agréables  dans  leurs 
constructions  nouvelles,  par  conséquent,  de  plus  en  plus  indis- 
pensables. De  là,  sans  nul  doute,  la  faveur  dont  jouissent  les 
quartiers  neufs  de  la  capitale,  où  chaque  habitation,  quelle  que 
soit  l'échelle  de  sa  proportion,  présente  la  réunion  des  diverses 
pièces  constituant  un  appartement  complet,  avantage  fort  diffi- 
cile à  procurer  aux  maisons  des  siècles  passés,  construites  sous 
l'influence  de  besoins  difTérents  des  nôtres.  A  cette  cause,  il 
faut  ajouter  le  bien  résultant  de  la  quantité  d'air  nécessaire  à  la 
vie  et  à  la  santé  qui  circule  autour  de  chacune  des  maisons 
nouvelles,  par  suite  d'une  surveillance  active  de  l'autorité  à  cet 
effet,  air  dont  les  anciens  quartiers  de  Paris  sont  et  seront  en- 
core longtemps  privés,  malgré  les  soins  incessants  de  l'admi- 
nistration municipale  pour  le  leur  procurer.  Qu'on  cesse  donc 
de  s'étonner  de  la  migration  d'un  quartier  dans  un  autre,  et  si 
les  boulevards  de  la  Chaussée-d'Antin  jusqu'à  la  rue  Poisson- 
nière, comme  les  quais  qui  bordent  la  Seine  depuis  l'hôtel  des 
Monnaies  jusqu'au  palais  de  la  Chambre  des  Députés,  sont  tous 
meublés  de  si  beaux  hôtels,  et  si  leur  voisinage  est  devenu  le 
rendez-vous  des  grandes  fortunes. 

Si  de  ce  qui  précède  il  résulte  la  conviction  que  ni  l'in- 
térêt particulier  ni  l'intérêt  public  ne  seraient  favorisés  par 
l'installation  de  l'Opéra  dans  une  localité  plutôt  que  dans 
une  autre,  la  question  d'économie,  pour  le  Trésor,  à  lui 


donner  tel  ou  tel  emplacement,  devient  plus  facile  à  traiter. 

Il  suffira  de  peu  de  mots  pour  établir  que,  dans  l'intérêt  du 
Trésor  national,  l'Opéra  définitif  ne  saurait  être  construit 
autre  part  qu'au  lieu  où  se  trouve  aujourd'hui  l'Opéra  provi- 
soire. Les  considérations  à  faire  valoir  pour  appuyer  cette  opi- 
nion, sont  : 

1"  L'inutilité  de  consacrer  un  capital  énorme  à  l'acquisition 
d'un  terrain  :  celui  sur  lequel  repose  la  salle  actuelle  avec  ses 
dépendances,  n'ayant  besoin,  pour  suffire  aux  exigences  du 
nouvel  Opéra,  que  de  peu  d'accroissement; 

20  La  possibilité  d'exécuter  les  travaux  de  construction  de  la 
salle  nouvelle  sans  interrompre  le  cours  des  représentations 
dans  la  salle  actuelle,  si  ce  n'est  durant  une  année  seulement, 
temps  pendant  lequel  l'Opéra  alternerait  ses  représentations 
avec  celles  de  l'un  de  nos  grands  théâtres  ; 

3°  De  pouvoir  être  franchement  monumental,  si  l'autorité  le 
désirait,  c'est-à-dire  le  temple  d'Apollon  et  de  ses  Muses,  ou 
n'être  qu'un  bel  édifice  d'utilité  publique,  réunissant  les  avan- 
tages les  plus  importants  de  sa  destination,  si  la  parcimonie 
devait  présider  à  son  érection. 

Avant  nous,  plus  d'un  architecte  a  eu  l'idée  de  laisser  l'O- 
péra à  peu  près  où  il  est.  Les  uns  le  veulent  en  regard  de  la 
rue  Richelieu,  sur  l'emplacement  de  la  mairie  du  deuxième  ar- 
rondissement ;  d'autres  l'ont  projeté  sur  le  boulevard,  entre 
la  rue  Grange-Batelière  et  les  passages  actuels  de  l'Opéra,  sans 
s'inquiéter  ni  du  prix  des  propriétés  à  acquérir  pour  cela,  ni  se 
rendre  compte  s'il  y  avait  moyen  de  permettre  aux  voitures 
d'approcher  du  théâtre  pour  y  déposer  ou  prendre  leurmonde. 
Ils  avaient  cependant,  pour  appeler  leur  attention  à  ce  sujet, 
l'exemple  de  tous  les  théâtres  ayant  leur  entrée  sur  une  prome- 
nade publique,  notamment  celui  des  Variétés.  L'Opéra,  plus 
qu'un  autre  théâtre,  a  besoin  d'avoir  une  entrée  accessible  aux 
voitures,  surtout  à  Paris,  où  le  ciel  est  loin  d'être  toujours  pur. 
L'étude  sérieuse  que  nous  avons  faite  et  des  localités  de  l'Opéra 
actuel  et  des  exigences  du  programme  d'un  théâtre  qui,  comme 
celui-ci,  doit  être  isolé  de  toutes  parts,  autant  pour  la  sécimté 
des  immeubles  qui  l'avoisinent  que  pour  faciliter  la  circulation  ; 
la  connaissance  acquise  des  prétentions  des  propriétaires  à  dé- 
posséder, et  notamment  de  celles  de  la  ville  de  Paris  qui,  dé- 
sirant aujourd'hui  placer  l'Opéra  près  le  Palais-Royal,  exagère 
le  prix  du  terrain  de  la  rue  Grange-Batelière,  nous  ont  démon- 
tré l'espèce  de  nécessité  où  se  trouvera  le  gouvernement  de 
prendre  plus  ou  moins  nos  plans  en  considération. 

Afin  d'imprimer  à  notre  projet  d'Opéra,  autant  que  possible, 
un  caractère  monumental,  nous  avons  fait  saillir  sa  façade  sur 
la  rue  Grange-Batelière,  de  manière  qu'elle  soit  vue  en  profil 
de  la  rue  Richelieu  (voy.  pi.  12)  (1).  Cette  disposition  nous 


(1)  Dans  un  premier  projet,  resté  dans  nos  cartons,  nous  avions  cédé  au  dé- 
sir de  placer  la  façade  sur  le  boulevard  Italien  et  dans  l'alignement  de  ce  bou- 
levard. Deux  rues  régnaient  sur  ses  flancs;  l'une  formait  un  angle  aigu  avec 
la  rue  Grange-Batelière;  le  beau  point  de  vue  du  monument  était  du  boule- 
vard Montmartre.  Un  tel  parti  devant  priver  l'Opéra  de  l'accès  des  voitures, 
nous  fîmes  justice  de  notre  projet.  Dans  un  second,  nous  placions  le  théâtre 
sur  le  terrain  de  la  rue  G  range- Batelière,  en  regaril  d'une  autre  rue  qui  eût 
abouti  au  boulevard  Italien.  En  avant  était  une  place  spacieuse;  autour  du 
théâtre  régnaient  des  abords  faciles  et  nombreux.  L'énormité  du  capital  à  em- 
ployer en  acquisition  d'immeubles  particuliers  pour  obtenir  le  seul  emplace- 
ment, rendant  nos  plans  inadmissibles,  nous  les  abandonnâmes  également  et 
fîmes  celui  que  nous  soumettons  aujourd'hui  à  la  critique  de  nos  émules,  nos 
juges  naturels. 


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REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


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a  procuré  un  avantage  que  n'offre  aucun  de  nos  thédlres, 
celui  de  placer  en  avant  de  portiques  réservés  aux  piétons  un 
doublo  portique  sous  lequel  les  voitures  arriveraient  en  droite 
lignedu  boulevard  et  pourraient,aprè8avoirdépo8é  leur  monde, 
'  continuer  leur  marche,  toujours  en  ligne  droite,  par  la  rue 
Grange-Iîatelière,  prolongée  jusqu'à  la  rue  de  Provence  sur  une 
partie  du  terrain  de  lamairie,  pour  déboucher  ensuite  par  celle 
même  rue  de  l'rovence  dans  les  rues  Chauchat,  Pinon,  Lepel- 
letier,  Lafïitte  et  le  faubourg  Montmartre.  Tout  ce  mouvement 
s'opérerait  sans  occasionner  le  moindre  encombrement  dans  le 
quartier,  les  voitures  bourgeoises  ayant  un  lieu  de  station 
commode  sur  la  chaussée  du  boulevard  Italien. 

Une  rue  de  douze  à  quatorze  mètnis  de  largeur  qui,  régnerait 
tout  autour  de  l'édifice  etle  séparerait  des  habitations,  permet- 
trait aux  piétons  d'arriver  au  thôdtre  par  des  chemins  divers;  un 
large  promenoir  régnant  autour  du  monument,  procurerait  au 
public  le  moyen  d'attendre  à  la  prise  des  billets  d'entrée  sans 
être  exposé  à  l'injure  du  temps.  Ce  môme  promenoir,  pendant 
les  entractes,  permettrait  aux  spectateurs  de  venir  un  mo- 
ment respirer  l'air  pur  quand  celui  de  l'intérieur  de  la  salle 
leurdeviendraitinsupportable.  L'une  des  deux  rues  qui  côtoierait 
le  thédtre  donnerait  accès  au  passage  actuel  de  l'Opéra.  Comme 
l'expérience  l'a  prouvé,  il  eût  élé  fort  difficile,  pour  ne  pas  dire 
impossible,  d'obtenir  ces  nombreux  et  importants  avantages, 
si  la  façade  du  théâtre  eût  été  sur  le  boulevard. 

En  plaçant  la  façade  sur  la  rue  Grange-Balelière,  nous  avons 
eu  en  vue  de  servir  deux  intérêts  précieux,  celui  du  public,  en 
lui  ménageant,  comme  on  l'a  vu,  certains  avantages  qu'il 
n'eût  point  rencontrés  si  cette  façade  eût  été  placée  sur  le  bou- 
levard ou  en  regard  de  la  rue  Richelieu;  celui  du  Trésor,  en 
lui  économisant  une  dépense  d'environ  quatre  millions. 

Sans  doute,  la  capitale  gagnerait  un  magnifique  point  de 
vue  si  l'Opéra  pouvait,  comme  la  Madeleine  ou  la  Bourse,  se 
dessiner  sur  une  voie  publique  assez  large  pour  que  l'œil  puisse 
contempler  sa  façade  d'un  peu  loin  ;  sans  doute  aussi ,  quand  il 
s'agit  d'un  monument  public  où  le  luxe  des  arts  est  naturelle- 
ment appelé,  il  ne  faut  pas  trop  regarder  à  la  dépense,  mais  il 
est  des  répugnances  auxquelles  on  a  peine  à  céder. 

Cette  considération  a  fait  notre  loi.  Ayant  reconnu  la  possibi- 
lité d'installer  la  nouvelle  salle  de  l'Opéia  sur  le  terrain  occupé 
parla  salle  actuelle  et  ses  bâtiments  de  dépendance,  nous  avons 
avisé  au  moyen  de  disposer  les  choses  de  manière  que  le  gou- 
vernement, s'il  le  désirait,  pût  à  l'instant  même,  sans  inter- 
rompre les  représentations,  commencer  les  travaux.  A  cette  fin, 
nous  avons  adossé  au  mur  du  fond  du  théâtre  actuel,  notre 
salle  nouvelle,  et  tourné  la  façade  de  cette  dernièi-e  sur  la  rue 
Grange- Batelière.  Ainsi  toute  la  salle,  le  vestibule,  les  escaliers, 
les  portiques  latéraux  et  ceux  de  la  face  du  monument,  en  un 
mot  tout  ce  qui  est  long  à  construire,  môme  la  partie  décora- 
tive, pourrait  s'exécuter  d'abord  ;  et,  comme  les  quatre  murs 
du  théâtre  proprement  dit,  aussi  bien  que  l'établissement  des 
machines,  ne  demanderaient  seulement  que  peu  de  mois  de 
travaux,  il  s'ensuit  que  le  déplacement  forcé  de  l'Opéra,  pour 
attendre  l'achèvement  de  la  salle  nouvelle,  serait  au  plus  d'une 
année.  Dans  tous  les  cas  cet  inconvénient  serait  inévitable. 
Que  le  nouvel  Opéra  soit  construit  aux  environs  du  Palais-Royjil, 
ou  sur  le  terrain  de  la  mairie  du  deuxième  arrondissement,  il 
faudra  toujoiu:s  ou  interrompre  les  représentations,  ou  transfé- 


rer l'Opéra  quelque  part  pendant  six  mots,  pour  laifter  «'opé- 
rer  le  déplacement  et  le  replacement  des  ni«f|iifUM  et  da  ma- 
tériel de  l'aocienne  salle  dans  la  lalîe  déflnltiTe.  Mais  r^'mmf 
l'Opéra  pourrait  s'inalaller  provisoirement  saosda  grandes  d^' 
penses  dans  la  salle  Ventadour,  qui  est  libre  six  uhms  de  l'an- 
née, et  n'est  occupée  par  les  Iinliens  que  trois  jours  ptr  se- 
maine pendant  les  autres  six  muin,  on  voit  que  noti«  projet  ne 
présente  réellement  que  forlpe^i  d'inconvénients. 

Pendant  le  temps  des  travaux,  l'administration  kmenit, 
pour  elle  et  le  logement  de  ses  directeurs,  une  majfon  à  la 
proximité  du  théâtre,  en  attendant  qoe  les  bélimenls  spédaox 
qui  devraient  lui  être  afliectés  soient  construits,  car  aucune  ha- 
bitation ne  doit  être  tolérée  dans  l'enceinte  du  théltre. 

Si  nos  idées  sur  l'emplacement  â  choisir,  pour  l'Opéra,  n'é- 
taient pas  goûtées,  un  seul  partiserait  à  prendre,  parti  exti^me. 
il  est  vrai,  mais  qui  trancherait  au  moins  la  difficulté  d'argent: 
ce  serait  de  placer  l'Opéra,  non  auprès  du  Louvre,  entre  la  me 
de  Rivoli  prolongée  et  la  rue  Saint-Honoré  élargie,  car  Vetftoù 
manque  et  le  monument  se  présenU'rait  de  flanc  sur  les  deux 
rues  sans  avoir  de  reculée  devant  sa  façade,  et  l'eau  delà  Seine 
serait  dans  les  caves  du  théâtre  pendant  plusieurs  mois  de  l'an- 
née; non  dans  l'ensemble  des  Mtimenis  projetés  pour  lier  le 
Louvre  aux  Tuileries,  attendu  qu'un  théâtre,  menacé  chaque 
jour  d'incendie  par  la  nature  de  son  spectacle,  demande  à  étra 
isolé  de  toute  pari,  et  qu'il  serait  là  un  hors-d'œuvre  qoi  défi- 
gurerait le  beau  plan  de  M.  Fontaine  ;  mais  sur  le  terrain  occapé 
aujourd'hui  par  la  mairie  du  deuxième  arrondissement,  em- 
placement où  il  serait  possible  de  lui  procurer  la  plupart  des 
avantages  offerts  par  nos  plans,  et  qui  est  le  plus  éconr<mique 
après  ctlui  de  notre  projet,  car  il  suffirait,  pour  le  compléter, 
de  raser  deux  maisons  particulières  d'une  médiocre  importance. 

Description  du  projet. 

On  sait  pourquoi  nous  plaçons  le  tliéâtre  de  l'Opéra  autrement 
que  ne  l'ont  placé  ceux  qui,  avant  nous,  s'en  sont  occupés;  on 
a  vu  quels  soins  nous  avons  pris  pour  ménager  à  notre  Opéra  de 
nombreux  abords,  des  dégagements  faciles  (voy. />/.  il  et  I?j; 
on  a  pu  apprécier  les  avantages  du  vestibule  afl^lé  aux  gens  à 
équipages,  sous  lequel  six  voitures  de  file  peuvent  leniràla  fois, 
et  combien  seraient  commodes  pour  les  gens  de  pied  les  porti- 
ques continus  régnant  tout  autour  du  théâtre  et  élevés  de  pio- 
sieurs  marches,  afin  de  pré8er>-er  les  allants  et  venants  de  tout 
accident  de  voilure.  L'intérieur  de  l'édifice  n'a  pas  été  étudié 
avecmoins  desoin  que  l'extérieur.  Voici  la  marche  denotreplan: 

Rez-de-chaussée  (voyez  planche  12}.  —  Après  les  deux  vesti- 
bules ou  portiques  extérieurs  atTectés  aux  gens  en  voiture  et  aux 
gens  à  pied,  vient  le  vestibule  du  centre,  d'où  partent  deux  es- 
caliers à  double  rampe,  dont  la  cage  aurait  quarante  mètres  de 
longueur  sur  neuf  mètres  de  largeur,  un  tiers  de  plus  que  l'eaca- 
lier  de  l'Opéra  actuel  ;  quatre  autres  grands  escaliers  deaaervi- 
raient  tous  les  étages  et  faciliteraient  la  circulation  dans  loale* 
les  parties  de  la  salle.  Au  côtés  du  théâtre  seraient  quatre  antres 
escaliers  affectés  à  son  service;  et  à&u  anirea,  dorière  l'avanl- 
scène.  seniraient,  l'un  pour  la  loge  et  les  sakwsdo  Roi,raotre 
pour  la  ou  les  loges  delà  direction.  Las  dessoudes  deux  escaliers 
à  double  rampe  seraient  occupés  par  des  corpa-de-garde  et  les 
bureaux  de  vente  des  billeU.  Du  Testihnle  central  on  arriverait 
au  parterre.  Dans  le  vestibule  d'entrée,  en  Awe  h  porte,  serait  le 


m 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


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contrôle.  Outre  ces  dépendances,  il  serait  réservé  deux  cours  de 
trois  mètres  de  largeur  sur  treize  mètres  delnngueur,  pouraérer 
des  latrines  publiques.  Le  grand  magasin  de  décorations  serait 
placé  derrière  le  théâtre,  et  aurait  son  entrée  sur  la  façade  pos- 
térieure de  l'édifice.  Deux  escaliers  circulaires,  pour  les  acteurs 
et  gens  de  service,  auraient  leur  entrée  sur  les  deux  faces  laté- 
rales, près  de  la  façade  postérieure.  Quant  à  la  salle  et  avi  théâ- 
tre, ils  auraient  chacun  la  dimension  qu'ils  ont  à  l'Opéra  ac- 
tuel ;  seulement  ils  jouiraient  de  dégagements  plus  larges.     • 

Premier  étage  [voyez  planche  12).  —  Ce  bel  étage  comprend- 
drait,  du  côté  de  la  façade  principale,  outre  les  deux  grands 
escaliers  à  double  rampe  montant  de  fond,  un  grand  vestibule 
formant  un  avant-foyer,  lequel  avant-foyer  se  répéterait  à  tous 
les  étages.  Au  moyen  de  cette  combinaison,  les  habitants  des 
loges  pourraient  se  dispenser  de  descendre  au  véritable  foyer 
établi  au-dessus  des  doubles  portiques  du  rez-de-chaussée,  ce 
qui  permettrait  de  consacrer  parfois  le  grand  foyer  à  des  bals 
ou  à  des  concerts.  Ce  foyer  principal  serait  le  plus  grand  de 
tons  ceux  qui  existent  ;  il  aurait  environ  neuf  mètres  de  largeur 
sur  quarante  mètres  de  longueur  et  une  hauteur  proportion- 
née de  plafond. 

Après  ces  foyers,  à  l'usage  du  public,  les  pièces  principales 
du  bel  étage  seraient,  sur  les  flancs  du  théâtre  deux  grandes 
salles  pour  l'étude  du  chanl  et  de  la  danse,  quatre  foyers  affec- 
tés aux  choi'istes,  aux  danseurs,  aux  comparses,  etc.  Plusieurs 
de  ces  salons  auraient  environ  dix  mètres  de  longueur  et  sept 
mètres  de  largi  ur,  grandeur  plus  que  suffisante  pour  les  di- 
vers services. 

Outre  ces  distributions,  il  y  aurait  des  magasins  d'habille- 
ments, d'armes,  etc. ,  etc. ,  et  un  atelier  de  tailleurs.  Douze  petits 
salons  ou  loges  d'acteurs  et  d'actrices  trouveraient  leur  place 
au  fond  du  théâtre,  et  se  répéteraient  à  plusieurs  étages,  si  l'on 
voulait.  Enti.i  le  cabinet  du  directeur,  les  bureaux  de  l'admi- 
nistration, le  bureau  de  police,  la  salle  des  agents,  celle  des 
pompiers,  etc.,  seraient  établis  dans  les  grands  entresols  des 
différents  étages.  A  droite  et  à  gauche  du  parterre,  et  à  tousles 
rangs  de  loges,  seraient  des  Litrines  à  l'anglaise  aérées  sur  les 
cours  longues  ménagées  à  cet  effet.  De  même,  les  ouvreuses  de 
loges  auraient  chacune  sous  la  main  un  vestiaire  au  service 
du  public.  Le  tout  serait  desservi  par  les  dix  escaliers  montant 
de  fond,  indiqués  au  plan,  qui  permettraient,  en  cas  de  sinis- 
tre, d'évacuer  en  moins  de  dix  minutes  toutes  les  parties  de 
l'édifice  et  de  lui  porter  les  plus  prompts  secours. 

Décoration  intérieure.  —  La  décoration  intérieure  de  la  salle 
serait  à  l'instar  de  celle  de  l'Opéra  actuel,  dont  le  parti  pris  a 
été  généralement  approuvé  ;  mais  des  loges  couvertes  et  décou- 
vertes à  chaque  étage  jetteraient  du  pittoresque  dans  l'ensem- 
ble. A  plusieurs  de  ces  loges,  nos  plans  permettraient  de  join- 
dre un  salon  particulier,  comme  au  théâtre  de  la  Scala,  à  Milan, 
et  autres  de  l'Italie.  Ce  serait,  chez  nous,  une  nouveauté  dont 
le  luxe  ne  tarderait  pas  à  s'emparer. 

Façades.  —  L'étude  des  façades  ne  se  terminant  qu'au  mo- 
ment où  l'on  doit  procéder  à  leur  construction,  nous  n'avons 
rien  à  dire  de  celles  de  notre  projet,  si  ce  n'est  qu'elles  seraient 
toutes  régulières  jusqu'à  la  hauteur  du  premier  étage.  La  fa- 
çade principale  serai  t  la  plus  riche  d'ornementation , et  cette  orne- 
mentation contribuerait  à  lui  donner  le  caractère  de  sa  desti- 
nation. 


Il  nous  reste  maintenant  à  constater  le  fait  que  le  vaisseau  de 
l'Opéra  projeté  est  plus  vaste  que  celui  de  l'Opéra  actuel,  et  que 
ce  dernier  l'emporte  de  beaucoup  sur  les  plus  grands  théâtres 
de  la  capitale.  A  cet  effet,  nous  donnons  ici  (voy.  pi.  11),  sur 
une  échelle  commune,  les  plans  de  l'Odéon,  des  Français,  de 
Ventadour,  de  l'ancien  Opéra  de  la  place  Louvois,  de  l'Opéra- 
Coraique,  de  la  Porte-Saint-Martin,  et,  l'un  au-dessus  de  l'au- 
tre, de  l'Opéra  actuel  et  celui  de  notre  projet... 
Veuillez,  etc. 

A.-L.  LUSSON. 


LES  SCULPTURES  DE  NINIVE,  AU  LOUVRE 

Une  partie  des  vénérables  débris  des  sculptures  ninivites  est 
déjà  installée  dans  l'aile  septentrionale  du  Louvre  (côté  de  la 
rue  du  Coq),  et  le  public  a  été  admis  à  la  visiter  le  jour  de  la 
fête  du  Roi. 

Les  travaux  d'installation,  très-simples  à  la  vérité,  marchent 
avec  une  activité  à  laquelle  la  direction  des  musées  ne  nous 
avait  pas  accoutumés.  Il  semble  que  la  vue  de  ces  restes  d'un 
art  que  plus  de  vingt-cinq  siècles  éloignent  de  nous  ait  fait 
passer  une  ardeur  junévile  dans  l'honorable  administration. 
Les  has-reliefs  de  Diane  Leucophryné  se  sont  aussi  ressentis 
de  ce  bon  mouvement;  ils  ont  été  relevéssur  champ,  et  on  les 
voit  poindre  maintenant  au-dessus  de  l'herbe  du  jardin  où  na- 
guère encore  ils  étaient  couchés. 

En  entrant  dans  la  première  salle,  on  est  frappé  tout  d'abord 
de  l'aspect  imposant  de  deux  colosses  de  nature  hybride,  es- 
pèces de  sphinx  à  tête  d'hommes,  au  corps  et  aux  jambes  de 
taureau,  avec  les  épaules  armées  d'immenses  ailes  déployées. 
La  tête  est  coiffée  d'une  espèce  de  modius  richement  orné  ;  la 
chevelure,  la  barbe  et  jusqu'aux  poils  du  corps  sont  longs,  et 
bouclés  avec  une  intention  manifeste  de  raffinement. 

Ces  deux  colosses,  d'environ  quatre  mètres  de  haut  et  autant 
de  long,  étaient  monolithes.  Ils  semblent  avoir  fait  partie  de 
la  hase  des  deux  piliers  d'une  porte  ou  d'un  pylône.  Ils  parais- 
sent avoir  été  engagés  dans  un  massif  de  maçonnerie,  l'un  par 
son  flanc  droit,  l'autre  par  son  flanc  gauche.  La  tête  seule  se 
détache  entièrement  du  massif,  sur  lequel  le  reste  de  la  figure 
se  dessme  en  relief. 

Ces  deux  gigantesques  satelhtes  de  pierre,  d'un  style  grand  e' 
énergique,  devaient  donner  à  l'entrée  de  l'édifice  un  aspect  im- 
posant et  même  terrible.  Au  Musée,  on  les  voit  de  trop  près,  et 
l'efl'et  estnécessairement  amoindri.  La  matière  est  une  sorte  d'al- 
bâtre ou  de  gypse  translucide,  d'une  couleur  grise.  La  gran- 
deur de  ces  masses,  de  25  à  30  mètres  cubes,  et  du  poids  de  60 
à  80,000  Ivilog.,  et  la  difficulté  de  les  transporter  à  travers  un 
pays  barbare  et  sans  ressources,  et  peut-être  aussi  lo  désir  d'éco- 
nomiser sur  les  fra  is  de  déplacement,  ont  donné  l'idée  de  les  scier 
en  six  morceaux.  Nous  déplorons  vivement  cette  funeste  mesure. 

Notre  but  n'étant  pas  d'entrer  aujourd'hui  dans  des  détails 
descriptifs,  nous  ne  mentionnerons  qu'en  passant  deux  figures 
colossales,  en  haut-relief,  d'hommes  à  mine  rébarbative,  por- 
tant chacun  sous  le  bras  une  espèce  de  lion  grondant.  Nous 
ne  décrirons  pas  non  plus  le  caractère  artist'que  des  bas-reliefs 
qu'on  achève  de  fixer  aux  murs  des  nouvelles  salles  du  Louvre. 
Ces  bas-reliefs  sont  disposés  par  groupes  contre  les  murailles, 
et  noyés  dans  une  masse  de  plâtre,  consolidée  par  quelques 


173 


REVUE  DE  L'ARCflITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


I7i 


chaînes  en  brique  ;  le  tout  entouré  d'un  cadre  en  plâtre  d'un 
style  fort  peu  ninivite. 

Nous  aimons  à  penser  que  cet  ajustement  n'est  que  provi- 
soire, autreiuenf,  nous  demanderions  à  quoi  servent  l'expé- 
rience et  les  averlissements.  Nous  demanderions  si  la  routine 
est  intronisée  à  tout  jamais  au  palais  du  Louvre,  et  si  ce  n'est 
point  assez  d'avoir  vu  une  partie  des  piédestaux  et  des  revêle- 
menisen  marbre  du  Musée  des  anliquos,  la  bt-lle  mosaïque  de 
la  Melpomène  et  bien  d'autres  objets  à  l'École  des  Beaux  Arts 
et  ailleurs,  dévorés,  brisés  même  par  le  salpêtre  (1). 

Peut-éire,  lorsque  le  trésor  public  sera  venu  en  aide  à  la  liste 
civile,  remplacera-t-on  les  encadrements  en  plâtre  par  des  en- 
cadrements en  pierre  ou  en  marbre;  mais  changera-l-on  le  bli)- 
cage  en  plâtre  dans  lequel  sont  noyés  les  bas-reliefs?  Nous  crai- 
gnons qu'il  n'en  soit  rien.  Alors  l'humidité  du  sol  s'élèveradans 
le  scellement  en  plâtre,  malgré  le  modeste  socle  en  pierre  ton- 
dre qui  porte  le  tout;  il  s'y  formera  du  salpêtre  qui  rongera  la 
substance  gypseuse  des  bas-reliefs,  substance  qui  est  peu  résis- 
tante de  sanature.  Et  alors  même  que  le  socle  en  pierre  entraîne- 
rait l'action  corrosive  du  salpêtre,  les  larges  portions  d'enduit 
en  plâtre  qui  remplissent  les  lacunes  des  bas-reliefs  et  les  joints 
des  pierres  n'en  seraientpas  moins  constamment  rongés,  mal- 
gré la  peinture  dont  on  les  aurait  recouverts.  On  n'a  pas  même 
mis  une  feuille  de  plomb,  un  préservatif  quelconque  entre  le 
socle  et  les  bas-reliefs  pour  intercepter  l'humidité  du  sol. 

Il  fallait  employer  les  mortiers  hydrauliques  et  les  ciments 
romains  à  ces  scellements. 

On  nous  dira  peut-être  que  le  gypse  se  trouve  mal  du  con- 
tact de  la  chaux  :  soit;  mais  on  pouvait  recouvrir  les  surfaces 
scellées  d'une  peinture  préservatrice,  telle,  par  exemple,  que 
le  goudron  minéral.  Cet  enduit  empêcherait,  en  tout  cas,  l'hu» 
midité  des  murs  de  pénétrer  dans  les  bas-reliefs. 

Nous  appelons  vivement  l'attention  de  la  direction  des  Mu- 
sées sur  ces  fâcheux  travaux.  r,e  plâtre  offre  un  moyen  de  scel- 
lement commode  et  très-facile  à  employer,  mais  dans  les  rez- 
de-chaussée,  la  présence  du  plâtre  est  funeste,  et  on  ne  saurait 
le  proscrire  avec  trop  de  rigueur. 


NOUVELLES  ET  FAITS  DIVERS 

Paris.  Les  nouveaux  bâtimentt  de  la  Douane  se  lézardent  et  3*811318- 
scnt  dans  toute  la  partie  qui  longe  la  rue,  de  la  Douane!  Il  paraît  que  les 
fondations  ont  élé  mal  faites  et  qu'elles  ont  été  assises  sur  un  mauvais 
sol  ;  d'où  les  tassements  et  les  déchirements  qui  se  manifestent  de  tous 
côtés.  Il  y  a  là  une  bien  grave  question  de  responsabilité.  L'archilecle  de 
cet  établissement  est  M.  (irèterin.  .Mais  lors  de  la  construction  des  bâti- 
ments, M.  Gréterin  n'était  qu'architecte  inspecteur;  l'architecte  en  chef 

était  M L'entrepreneur  général  qui  était  chargé  des  travaux  se 

nomme  M.  Thomas. 

Nouveaux  musées  au  Louvre.  Le  Louvre  est  lui-même  un  magniGque 
monument;  mais  cha>]ue  année  les  richesses  artistiques  qu'il  reçoit,  lui 
donnent  un  nouvel  intérêt.  D'après  les  ordres  du  roi,  toutes  les  anti- 
quités de  la  Grèce,  de  l'.^lgério,  de  l'Asie  Mineure  et  de  l'Égyple,  vont 


^1)  M.  le  comte  do  l.almrde  a  étti  nommé  récemment  directeur  du  .Miuîoe 
des  Antiques,  en  remptaccraent  de  -M.  le  comte  do  Ctarai-,  qui  est  déomo. 
M.  do  Labonle  mettra  ccrtainoment  à  profil  la  malheureuse  expt'rience  de 
ses  prtklecesseurs.  Le  nouveau  directeur  du  musée  Ninivite,  M.  de  LoDgpcrier, 
fera  bien  de  reiller  sur  les  précieux  restes  confiés  à  ses  soins. 


6tre  saccewiTeraent  dispotéct  dans  d«i  ulle*  ao  m-de-duonéa  da 
Loane.de  manière  à  remplir  tout  fecptee  qui  te  trouve  mira  le  p<r{tt|le 
ducfilé  de  la  rue  du  Coq  et  cf-jniqai  ragnrdelapoatdM  Arto.Lapaiîi« 
du  rez-de-chan<sëe  du  Uuvre  qui  ragwde  Mol-GenaaiB  PAasemit 
Mt  destinée  à  recevoir  les  antiquité*  recoeillie*  dans  FAaie  MiMon, 
dans  la  Grèce  et  dans  rAlgérie,  et  les  flMMMUBMli  éfffUiÊm  i 
classés  dans  la  partie  du  rez-de-<  h  .u»aée  Uiait  Cwa  1  b  rivièr*. 

Bibliothiquê  rogaU.  I.a  commission  d'enquête  nommée  par  le  | 
de  la  Seine,  à  l'efTet  d'examiner  le  prujet  rt'laeliiwwil  «t  Je  unwMlm 
tiun  de  la  Bibliothèque  royale  sur  l'emplaceaMut  qu'elle  occvpe  aqiew- 
d'Iiui,  a  terminé  mjh  travail.  Voici  mss  conclusions  : 

«  i"  Il  n'y  a  pas  iieu  de  donner  suite  au  projet  de  coiMruira  otf ■Mo- 
ment destiné  à  loger  la  Bibliothèque  royale  dans  le  périmèlre  coaipfte 
enirc  les  rue.^  Vivienne,  Culbert,  Richelieu  el  Nenve-des-Petits-Cbaaif*. 

>  2o  De  toutes  les  localités  indiquées  dans  feaqaHs,  le  Louvre  et  la 
place  du  Carrousel  sont  celles  qui,  sont  tous  la*  rapports,  méritenl 
d'être  préférées  pour  l'établissement  de  la  Bibliothèque  royale. 

■  •l»  Toutefois,  pour  te  cas  où  le  projet  sowak  à  reoquèlp  devrait  Un 
exécuté,  il  faudrait  ne  conserver  aucun  des  béUmenIs  eu<taots,  ■•!■ 
procéder,  au  contraire,  à  une  reconstruction  toule,  et  adopter  dw 
alignements  propres  à  assurer  une  largeur  de  12  mètres  an  ■ailB  à 
chacune  des  rues  qui  borderaient  le  nouveau  bitinient.  > 

C^s  conclusions  sont  tout  à  fait  conformes  à  celles  furmulée*  par  la 
Revue  dans  son  avant-dernier  numéro  (voy.  col.  87). 

—  L'ancien  Restaurant  de$  Vendanges  de  Bourgogne,  dont  le  Boa  se 
mêle  à  tant  de  souvenirs  de  la  vie  parisienne,  qui  pendant  de  si  kmgue» 
années  tut  le  témoin  cbtigé  de  tant  d'emporlemmU  joyeux,  de  lut  de 
réunions  politico-gastronomiques;  ce  restaurant, qui  aur<it  pu  être dM>é 
parmi  nos  monuments  historiques,  tombe  à  celle  heure  soua  le  marteaa 
et  la  pioche,  et  une  cunstruclion  neuve  s'élèvi-ra  Irès-procbaiMoient 
sur  l'etiiplaceuient  où  fut  le  célèbre  restaurant  des  Vendam^  de  Bomr' 
(jogne. 

—  Un  ponte  iita/(o  se  construit  à  Paris;  mais  bâtons-nous  de  dire  quil 
n'a  aucunement  la  prétention  d'éclipser  la  gloire  légitime  de  son  rival  de 
Venise.  Le  canal  Saint-Marlin  coupe  la  rue  du  Fanbourg-du-Temple  ;  et 
à  son  tour  la  rue  enjambe  le  canal  au  moyen  de  deux  ponts;  mais  lor»- 
qu'arrivent  des  hateanx,  la  me  rède  le  pas  au  canal,  les  pAnU  se  retirent, 
et  alors,  tel  pressé  qu'on  soit,  il  faut  attendre  et  voir  couler  l'eau  jus- 
qu'à ce  que  les  bateaux  aient  franchi  la  passe. C'e»t contre  celle  tynonie 
du  canal  que  la  rue  du  Fauhourg-iiu-Temple  est  eu  voie  de  piote>ler .  ao 
moyen  d'un  pont-escalier,  fornié  d'une  grande  arche  i-u  foule  et  qai 
s'élève  si  haut  qu'il  (rancliit  à  la  fuis  canal  el  txlejux.  birn  entendu,  lat 
chevaux  et  les  voitures  de  tous  rangs,  ainsi  que  leur*  conducteur*  con- 
tinueroui  k  prendre  patience  el  à  regarder  couler  l'eau.  Les  fenow 
aduptéeb  .:on\iennent  atsez  bien  &  la  fonte,  el  deux  candélabna,  m^à 
en  fonlo,  serviront  à  décorer,  le  jour,  el  i  cciaiicr,  la  nuit,  les  aatrésa 
de  ce  petit,  mais  Irès-ulile  monument. 

—  En  parlant  de  la  décoration  dupant  des  Seunt-Ptrtt  dans  notre  der- 
nier numéro,  nous  finies  la  critique  de*  piéde»laux  en  foule,  auxquels 
nous  reprochions  de  reproduire  les  formes  qui  ronvienneni  essentielle- 
ment  à  la  pierre.  L'auieur  de  ces  piédestaux  partage  prnhnbhwurt  mum 
avis,  car  il  les  a  revêtus  d'une  couche  de  peinture  imiUnl  le  loa  de  la 
pierre. 

Nous  ne  laisserons  pas  passer  cette  architecture  poetiche  et  kpecrile 
sans  crier  karo.  Que  nous  rencontrions  U  comédie  dan  le  inade  poli- 
tique, le  mensonge  dans  le  commerce,  les  falsificalioiis  dams  IlodMlrie, 
c'est  bien  assex,  c'est  trop  mêroe,^ 
par  des  liens  intimes-,  que  dans  i 
pâles  et  des  ciments  imiUnt  la  pierre  et  le  marbre,  aoit  encore, cv  c'est 
là  le  luxe  de  ta  petite  propriété,  et  c'est  un  pragrèi  fa*  de  *air  1*  petit 
bourgeois  rechercher  Vefftt  et  la  dhoratieit,  ifÊuA  mêam  MBMlMt 
seraient  en  pl&tre  aluné,  •••  ma*  Cellini  en  chanvre  hilMBé  et  aee  ■•• 


175 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS 


176 


saïques  en  asphalte  colorée  ;  mais  introduire  le  faux,  le  mensonge,  l'es- 
camotage dans  les  monuments  publics,  dans  un  pont,  un  monument  qui 
vil  au  grand  air,  et  qui  doit  avoir  toutes  les  qualités  sérieuses  :  solidité, 
force,  intégrité  dans  sa  structure  intime;  du  point  de  vue  du  l'art,  c'est 
là  tout  simplement  une  tentative  pitoyable,  misérable.  Nous  sommes 
heureux  d'ignorer  le  nom  de  l'auteur  de  ce  chef-d'œuvre,  et  nous  espé- 
rons qu'il  ne  porte  pas  le  titre  d'architecte. 

DÉPARTEMENTS.  Une  nouvelle  mosquée  vient  d'être  bâtie  dans  nos 
possessions  d'Afrique.  Le  commandant  supérieur  de  DeUiys  a  profité  de 
la  solennité  du  i"  mai  pour  inaugurer  la  mosquée  construite  par  l'admi- 
nistration française,  en  échange  de  celle  qui  sert  d'hôpital  depuis  les 
premiers  jours  de  l'occupation. 

Nos  alliés  se  pressaient  autour  du  commandant  supérieur;  les  mara- 
bouts, les  tolbas,  nos  aghas,  nos  kaïds,  tout  ce  qui  porte  un  nom  dans 
le  pays,  trois  cents  cavaliers  du  maghrzen,  des  goums  et  un  concours 
considérable  d'indigènes  voulaient  assister  à  la  remise  des  clefs  de  la 
nouvelle  mosquée. 

Cette  cérémonie  accomplie,  le  muphti  de  Dellys  a  prié  M.  le  comman- 
dant Périgot  de  transmettre  au  gouvernement  les  vifs  remercîmentsde 
la  population  musulmane.  Une  brillante  fantazia  a  terminé  la  solennité. 

—  Un  monument  sera  élevé  à  la  mémoire  du  général  Drouot.  La  ville 
de  Nancy  a  ouvert  une  souscription  à  cet  effet. 

—  Des  bijoux  antiques  en  or  et  en  argent,  et  une  collection  de  médailles 
d'empereurs  romains  (Trajan  et  Lucius  Verus),  ont  été  découverts,  il  y  a 
quelques  jours,  par  un  habitant  de  Barleux,  près  Péronne,  en  bêchant 
son  jardin.  La  Société  des  antiquaires  de  Picardie  a  fait  un  choix  parmi 
ces  précieux  souvenirs  d'un  autre  temps,  pour  les  placer  au  Musée 
d'Amiens. 

—  Des  services  civils,  des  services  militaires,  et  des  décorations.  Ré- 
cemment, lors  de  la  discussion  à  la  Chambre  des  députés  du  projet  de  loi 
relatif  aux  crédits  supplémentaires  et  extraordinaires  de  1846,  il  s'éleva 
une  discussion  an  snjetdugrand  nombre  de  décorations  distribuées  cha- 
que année.  Les  spécialités  sont  toujours  injustes  les  unes  envers  les 
autres;  et  c'est  facile  à  comprendre  :  un  vieux  soldat  de  l'Empire  qui  a 
exposé  vingt  fois  sa  vie  dans  de  rudes  combats,  un  brave  qui  a  lutté  pen- 
dant de  longues  années  contre  les  habitants  et  contre  le  soleil  de  l'Afri- 
que, sont  très-pardonnables  de  ne  pas  comprendre  tout  d'abord  au  nom 
de  quelle  espèce  de  justice  on  donne,  à  un  homme  qui  n'est  jamais  sorti 
de  Paris,  la  même  décoration  qui  honore  une  poitrine  sillonnée  de 
blessures.  De  même,  le  plus  souvent,  l'homme  de  cabinet  et  l'artiste 
apprécient  fort  mal  l'importance  des  services  militaires.  II  y  a  une  rai- 
son au  fond  de  ce  préjugé.  Pourquoi,  en  effet,  donner  la  même  décora- 
tion à  deux  ordres  de  services  aussi  distincts? 

M.  de  Salvandy,  en  répondant  aux  attaques  de  ceux  qui  accusaient  le 
ministère  de  prodiguer  les  décorations,  faisait  observer  que  sur  la  tota- 
lité des  décorations  distribuées  chaque  année,  les  services  civils  ne  figu- 
raient que  pour  un  quart.  Nous  regrettons  de  ne  pouvoir  désigner  la  pro- 
portion pour  laquelle  les  beaux  arts,  et  particulièrement  l'architecture, 
entrent  dans  ce  quart.  Nous  ne  disons  rien  des  travaux  publics,  car  tous 
les  ingénieurs  du  gouvernement  sont  appelés  à  leur  tour  à  recevoir  la 
décoration  de  la  Légion  d'honneur;  mais  combien  d'architectes  restés 
toujours  étrangers  aux  spéculations  pécuniaires,  passent  leur  vie  àun  tra- 
vail ingrat: celui-ci,  à  projeter  des  plans  d'embellissements  de  la  ville; 
celui-là,  à  tracer  des  projets  d'utilité  publique,  qui  serviront  plus  tard 
à  donner  du  relief  à  des  gens  à  savoir  faire  I  Voilà  des  hommes  dont  le 
travail,  pécuniairement  improductif  pour  eux,  mériterait  au  moins  des 
récompenses  honorifiques.  Et  cependant,  jamais  l'auteur  d'un  projet 
envoyé  à  l'exposition  du  Louvre  n'a  été  décoré  pour  son  travail. 

Ne  nous  plaignons  pas  du  grand  nombre  des  décorations,  il  y  a  assez 
d'hommes  en  France  qui  les  méritent;  mais  plaignons-nous  plutôt  de 
la  manière  dont  on  les  distribue. 


BIBI.IOC1BAPHIE  nE  ÛHÛU 

Construction,  IcKlalatlon  et  économie  des  chemins  de  fer. 

Nous  sommes  un  peu  en  retard  avec  notre  bibliographie  ;  mais  en  distri- 
buant par  ordre  de  matiùres  la  bibliographie  de  l'anni'e  1846,  nous  rendons 
plus  faciles  les  recherclies  de  nos  lecteurs.  Si  notre  retard  a  donc  irrité  quel- 
ques impatiences,  il  aura  eu  pour  elTet  définitif  cependant  un  classement  mc- 
tliodique  et  plus  d'ordre. 

Chemin  de  feb  atmosphébique  de  Saimt-Germain.  Notice  descriptive  des  tra- 
vaux d'art  et  calculs  relatifs  à  l'application  des  principes  atmosphériques  ; 
par  .M.  Ch.  Etienne.  In-12  d'une  feuille.  Imp.  de  Fournier,  à  Paris.  — 
A  Paris,  chez  Matliias  (Augustin),  quai  .Malaquais,  15. 
Chemin  de  fer  AniospHÉnigiE.  Mémoire,  etc.;  par  M.  Arnolel.  In-8»  d'une 

feuille.  Impr.  de  Lange-Xxivy,  à  Paris. 
.NocvELLE  VOIE  ATMOSPHÉRIOUE  applicable  aux  chemins  de  fer,  aux  canaux  et 
aux  rivières;  par  Cossus.  In-S"  d'une  feuille.  Impr.  de  Maulde,  à  Paris.  — 
A  Paris,  chez  Magen,  quai  des  Augustins,  21. 
Notice  sur  le  chemin  de  fer  d'essai  établi  à  Saint-Ouen  pour  expérimenter  la 
soupape  longitudinale  Hédiard,   dans  le  système  de  progression  atmosphé- 
rique. In-4<>  de  3  feuilles  1/2.,  plus  3  pi.  Impr.  Lacrampe,  à  Paris.  Signé  : 
E.  Vuigner. 
Chemins  de  fer  atmosphériques,  systèmes  Zambeaux  et  Arnolet.  In-S»  d'une 

feuille.  Impr.  Fournier,  à  Paris. 
De  l'application  de  l'air  atmosphérique  aux  chemins  de  fer.  Bésumé  des  opi- 
nions dei  ingénieurs   français  et  anglais,  sur  les  cliemins  de  fer  atmosphé- 
riques ;  par  H.  A.  Dubern.  In-8»  de  .3  feuilles.  Impr.  de  Rlondeau,  à  Paris.— 
A  Paris,  chez  Matliias,  quai  Malaquais,  15. 
Chemin  a  vent,  ou  locomotion  par  air  comprimé.  (Système  Andraud),  1846. 
In-4»  de  3  feuilles,  plus  2  pi.  Impr.  de  Chaix,  à  Paris.  —  A  Paris,  chez  Gnil- 
laumin,  rue  Richelieu,  14. 
Quelques  considérations  sur  l'ordre  et  la  précision  qtie  semble  devoir  réclamer 
le  service  de  la  locomotion  à  la  vapeur  sur  les  voies  de  fer;  par  Perselet  et 
fils.  In-S»  d'une  feuille,  plus  une  pi.  Impr.  de  Fain,  à  Paris. 
Des  chemins  de  fer  en  France  et  des  différents  principes  appliqués  à  leur 
tracé,  à  leur  construction  et  à  leur  exploitation,  accompagné  d'un  examen 
comparatif  sur  l'utilité  des  différentes  voies  de  communication,  etc.  ;  par  J. 
Lobet,  in-12  de  30  feuilles,  plus  3  pi.  Impr.  de  Belin-Mandar,  à  Saint- 
Cloud.  —  A  Paris,  chez  Parent-Desbarres,  rue  Cassette,  28;  chez  Mathias. 

Prix 5  fr. 

Des  \o\es  de  communication  en  Fra7ice;  par  M.  le  baron  Bourgnon  de  Layre. 

In-8°  de  4  feuilles  1/4.  Impr.  de  Saurin,  à  Poitiers. 
Essai  sur  les  chemins  de  fer  en  général  et  sur  le  chemin  de  fer  de  Paris  à  Cher- 
bourg en  particulier  ;  par  un  habitant  du  département  de  l'Eure.  In-8»  de 
b  feuilles  1/4,  plus  une  carte.  Impr.  de  Crapelet.  —  A  Paris,  chez  Deiaunay, 
rue  Saint-Dominique-Saint-Germain,  38. 
La  vérité  sur  les  chemins  de  fer.  Avis  au  public.  In-4''  d'un  quart  de  feuille. . 

Imp.  de  Maistrasse,  à  Paris. 
La  vérité  sur  les  chemins  de  fer.  Avis  au  public.  2'  partie.  In-4*  d'un  quart 

de  feuille.  Impr.  de  Maistrasse,  à  Paris. 
Les  chemins  de  fer,  les  entreprises  de  roulage  et  le  commerce.  Leurs  rapports 
entre  eux.  A  MM.  les  administrateurs  des  chemins  de  fer.  In-S"  de  trois  quarts 
de  feuille.  Impr.  de  Schneider,  à  Paris.  — Signé:  Un  homme  désintéressé 
dans  la  question,  mais  qui  l'a  sérieusement  approfondie,  Emile  Quellain 
rue  Faubourg-Saint-Denis,  56. 
Considérations  sur  les  chemins  de  fer,  sur  l'emploi  et  la  consommation  des 

houilles.  In-8»  d'une  feuille  1/2.  Impr.  de  Courcet,  à  Lons-le-Saulnier. 
Note  sur  le  chemin  de  fer  de  Cltarleroy  à  la  frontière  de  France  et  sur  l'état  ac- 
tuel des  travaux  de  cette  ligne:  par  A.  Dumont,  ingénieur  des  ponts-et- 
chaussées.  In-8''  d'une  feuille  1/2.  Impr.  de  Claye,  à  Paris. 
Projet  de  cliemin  de  fer  de  Valenciennes  à  Méziéres,  avec  embranchement  sur 
Cambrai.  Présenté  par  M.  Chanard  Philippe  et  compagnie,  auteurs  du  pro- 
jet; coordonné  et  rédigé  par  M.  F.  Lefort.  In-S"  de  3  feuilles  3/4.  Imp.  de 
Cosse,  à  Paris.  —  A  Paris,  chez  Carilian  jeuue ,  quai  des  Augus- 
tins, 25. 


CÉSAR  DALY, 

Directeur  et  rédacteur  en  chef, 
membre  Je  l'Aïadémie  royale  des  B<  auxArls  de  Slookbolm,  de  l'InsUtuI 
royal  des  Arcliitecles  britanniques,  etc.,  etc. 

Iiii|i.  de  L.  TUINON  «I  C«.  à  Siiiit-Geniiaiii. 


i77 


HEVUE  DE  LARCIIITECTLHE  ET  DES  TUAVALX  PUBLICS. 


178 


^'VT^'KWr' 


MÉMOIRE 

SUR     TnKNTE-DFXX     STATUES    SVMnOM0l.'F.S ,     OBSERVÉES    DANS    LA 
PARTIE    H  ACTE    DES   TOURELLES   DE   SAINT- DENY8. 

(Quatrième  article.  V.  col.  49,  08,  «7  et  139.) 


DEUXIÈME  l'AimS. 


KOOI.OCJIE:    SY.TIBOIilQlR 

DES    TOURELLES'  DE    SAINT-DENÏS. 

POISSONS  EN  GÉNÉRAL. 

l'OISSONS  A  NAGEOinFS  —  POISSONS  A  tCÂtU.T.S.  —  POISSONS  A  PEAC  ET  f.V!<S 
NAGEOIRES.  —  POISSONS  A  COQUILLAGES  OU  CARAPACES.  —  POISSOMS-VOLAMS 
DE  RHABAN-MAUR. 

On  sait  que  la  loi  mosaïque,  en  déterminant  aux  Hébreux 
les  animaux  dont  il  leur  était  permis  de  manger,  ne  leur  ac- 
cordait, parmi  les  poissons,  que  ceux  à  nageoires  età  écailles  : 
ils  vivent  à  1^  surface  des  flots  et  dans  leur  région  supérieure, 
on  les  voit  sauter  sur  les  ondes  ;  la  loi  les  distinguait  des  au- 
tres et  elle  les  appelait  «  purs  »  ;  elle  interdisait  au  contraire 
toutes  les  sortes  de  poissons  sans  écailles  et  sans  nageoires, 
qui  ne  sautent  point  sur  les  flots  et  qui  se  plaisent  dans  la 
vase,  et  elle  les  nommait  «  impurs  »  (1). 

Les  flots,  selon  tous  les  docteurs  (2),  étant  de  nature  à 
purifier,  symbolisent  le  sacrement  de  baptême  ;  en  même 
temps,  par  leurs  ténèbres,  leurs  tempêtes,  leur  pesanteur  et 
la  vase  qui  en  est  le  fond,  ils  figurent  mystiquement  la  mer 
périlleuse  du  monde.  Les  poissons,  vivant  dans  les  flots,  re- 
présentent la  race  humaine,  et  leurs  caractères  divers  mar- 


(1)  Levilir.,  XI, '.»,  10,  11,  IS. 

(S)  Origon.,  Hmnil.  7,  in  Leritic,  XI. — Bcd.,  in  Job,  lib.  I,  W.  — Ibid.   in 
Luc,  c.   11,  lib.  111.  —  S.  Ambros.,  Oe  Sncramenl,,  111, 1.   —  S.  KuoIht. 
Foi-niul.  «j)ifit..  c.  IV.  i>li-. 
T.    \ll. 


quent  les  diflTérents  états  de»  iuies.  Daoâ  la  myilagogie 
ctirétienne  ainsi  que  dans  les  œuvres  d'art,  ou  voit  quatre 
ordres  de  poissons  : 

1"  Les  poissons  k  nageoires  ; 

2"  Les  poissons  à  écailles  (I  )  ; 

3**  Les  poissons  revêtus  de  peau,  sans  écailles  et  sans  na- 
geoires ; 

i"  Les  poissons  à  coquillages  adhérents  ou  à  carapaces. 

r  Les  poissons  à  nageoires  sont  les  élus  ;  leurs  oageoires 
sont  la  connaissance  et  la  méditation  de  la  loi  divioe,  des 
Propliètes,  des  Ecritures  ;  nageoires  qui,  parmi  la  nuit  et 
les  pièges  de  cette  vie,  élèvent  l'homme  à  la  surface,  c'est- 
à-dire  au-dessus  de  l'attrait  des  sens,  des  fascinations  eni- 
vrantes et  des  amorces  des  pattsions.  Le  Sauveur,  marque 
l'Ecriture,  trouve  ces  poissons  aux  rets  de  la  foi,  et  les  {dâce 
dans  ses  réserves  (2). 

2"  Les  poissons  «  revêtus  d'écaillés  »  sont  ceux  qui,  encore 
charnels  ou  du  moins  conservant  encore  quelques  affections 
aux  choses  vaines,  sont  pourtant  disposés  i  se  convertir  et 
à  suivre  l'appel  de  Dieu,  ce  qui  dans  les  Écritures  s'appelle  : 
«  i>e  dépouiller  du  vieil  homme  ])Our  se  revêtir  de  i'honune 
nouveau  (3).  »  C'est  ce  que  marquent  ces  écailles,  emblème 
des  choses  terrestres  et  de  l'ignorance  spirituelle,  mais  qui 
tomjjent  facilement  et  qui  cèdent  aa.as  résistance  à  ce  que  les 
livres  sacrés  nomment  le  «  couteau  de  l'Esprit  de  Dieu,  «le 
<<  glaive  de  la  pénitence  et  de  la  parole,  ■  cultrum  Spiritit, 
(jladius pwnitent\œ,gladius  terhi  (A). 

Les  commentateurs  font  remarquer  que  les  poissons  dé- 
clarés a  purs  »  c'est-à-dire  à  écailles  et  à  nageoires  peuvent 
seuls  sauter  au-dessus  des  flots  et  habiter  à  leur  surface  (6). 
Ce  sont,  selon  Origène,  saint  Brunon  d'Asti,  Rhaban-Maur  et 
tous  les  autres  mystagogues,  ceux  qui  tendent  par  leurs  dé- 
sirs et  par  les  ailes  de  la  prière,  de  la  doctrine  et  de  la  con- 
templation, vers  la  liberté  véritable  et  les  espérances  d'en 


(1)  On  en  voit  aussi  à  nageoires  eci  écaillei,  et  rx-uoivunt  par  rnairqwt 
les  deux  allusions. 

(i)  L'Évangile  a  contiiiutf,  plu  expUdMOMiit  eooore,  l'albfforia  coalMW 
(l.insli!  Li-viti(iiii- au  «njot  des  poissons  qui  y  sooldils  •  pars  •  et  decMSfirtl 
appelle  •  impurs.  >  C«si  dans  le  Léfitiqae  «t  dut  rÉnafOe  ^m  \m  ttm- 
luviitatt'urs  d'abord,  ensuite  les  artiiMs  da  aoyea  Ift,  «M  |«M  Ih  aMMiiM 
prières  aux  poLisons.  Voici  le  texte  ^«nféliqM  :  •  : 
rum  .sagenx  missœ  in  mari,  et  ex  oani  fcoere  pbeiaa  i 
cum  impleta  eaaet,  edocenlei  et  leaia  liUM  «dealei;  eletwl  hmm  ta  t»- 
cabulo,  vasa  sna  :  malos  utem  foras  misenuiL  •  (Maltlk  XIU.)  —  KmHi 
aulem  (dit  Rliaban  .Uaur).  aliquandu  boni  hoataes,  alifsMido  fcr&aaii  ia 
si-ripluris  dosign.inlur.  ut  est  illud  in  Eranicelia,  qao  Sahraier  ia  panbela  4* 
sajcna  missa  in  mari  narrât,  diceos,  etc.  (Harab.  Maar.  Ùt  ■iHan«,TIU.) 

(3)  F.phes.  IV,  M.  —  Colos...  III,  0  et  10. 

(4)  Gladium  Spirilâv  assomile  (Epbes.  VI,  17),  id  (*t  spirilaaiea  prariiea- 
lliinoin  e\cr(-eu<.  filadius  Spirilùs  est  verbam,  de  qao  dicîlar  :...  •  Oaan  ir. 
nrntcs  gladium,  et  ad  bella  fortiv«imi  (Caot.  III,  7,  8),  prxilieatio  sayer 
linnianilatem  suam  ut  ejns  soperenlur  molifaas  ;  i 
prunt..  oe  rcprobi  fiant.  •  (liraban.  Maur.  AUt/m.  —  I 
Kt  piuiim  d.ins  1»  glossateurs.  ) 

(5)  Soli  illi  piscfs  (munJi)  .<aper  aquas  saltos  dan  | 
nuU'i  et  squamas  habeol.  per  qao*  iaieUifùBas.  ^  i 
tunt  et  i-irlcilia  desiderant,  et  qaaaivis  advcrsili 
Apxstolo  lanien  dieunt  :  •  Nosira  roarersatio  ia  calis  aM.  •  (S. 
Sxfont.t*rtr  PtmMtmt.) 


L  — 


179 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


180 


haut  (J)  :  ceux  qui,  bien  que  battus  des  flots  (2),  des  oura- 
gans et  des  tempêtes,  luttent  contre  les  tentations,  et  disent 
ainsi  que  l'Apôtre  :  «  Notre  conversation  est  au  ciel  (3J.  » 

Les  écailles  brillantes  et  nuancées  qui  revêlent  certains 
poissons  ont  paru  à  quelques  docteurs  l'emblème  du  vête- 
ment de  justice  et  la  cuirasse  défensive  et  spirituelle  des 
bons.  L'interprétation  des  écailles  dans  le  sens  des  imper- 
fections est  pourtant  la  plus  générale  :  quant  à  celle  des 
poissons  à  écailles,  elle  est  sans  aucune  exception. 

Bède  a  enrichi  le  poisson  d'une  autre  allusion  accessoire. 
Par  l'indifférence  qu'il  montre  aux  chocs  nombreux  des  ou- 
ragans, le  poisson  figure  la  foi  [II),  énergique  et  inébran- 
lable. Le  poisson  ne  redoute  point  la  puissante  pression  des 
vagues  ni  leurs  combats  tumultueux  :  ainsi  la  foi  demeure 
ferme  parmi  les  chocs  et  les  épreuves,  s' avivant  dans  les 
tentations,  appuyée  sur  celui  qui  a  dit  :  «  Ayez  confiance 
et  ne  craignez  point,  j'ai  vaincu  le  monde  (5).  ;> 

On  rencontre  très-fréquemment,  sur  les  plus  anciens  bas- 
reliefs  de  la  période  romane,  un  motif  offrant  un  poisson  cou- 
vert d'écaillés,  mais  sans  nageoires,  élevé  en  l'air  par  une 
femme  à  demi-poisson,  qui  élève  de  son  autre  main  un  cou- 
teau, quelquefois  un  glaive.  On  voit  aussi  decessyrènes  élever 
de  chaque  main  un  poisson,  en  glissant  sur  des  flots  ondes  et 
peuplés  d'animaux  semblables.  Ces  poissons,  ce  sont  les  pé- 
cheurs, plus  ou  moins  plongés  dans  le  mal  ou  dégagés  de 
ses  entraves  selon  ce  qu'on  leur  voit  d'écaillés  et  de  nageoires, 
et  selon  leur  place  à  fleur,  d'eau  ou  au  plan  inférieur  des 
ondes.  La  syrène  est  la  religion,  ou  l'attrait  de  la  parole 
divine.  En  les  tirant  du  sein  des  flots  pour  les  élever  vers  le 
ciel,  elle  leur  fait  perdre  la  vie  ancienne,  cette  vie  sous  les 
aux  profondes  qui  sont  le  domaine  du  mal,  cette  vie  qui 
était  «  une  mort,  »  et  leur  donne  une  vie  nouvelle,  avec 
une  âme  transformée  et  vivant  de  la  vie  de  Dieu  (6).  Au 


(1)  Quid  ego  per  pisces,  qui  ex  eis  (aquis)  oriuntur,  nisi  fidelium  po- 
pulos, qui  aquis  baptisiSatis  regenerantur  ?  Quorum  quidem  alii  sapientiic  et 
scientiîc  atque  cacterarum  virtutum  alis  adsuniplis,  usque  ad  cœlcstia  contem- 
planda  volare  nituntur?  (S.  Brunon.  astens.,  Expos,  sup,  Pentateuc.  I.  —  Et 
V.  Bed.,  in  Job,  1,  12.  —  Ibid.,  in  Luc,  III,  cap.  H.  —  S.  Euchcr,  Formul. 
spirit.  IV.) 

(2)  Piscis  in  mari  est,  et  super  nndas  est.  In  mari  est,  et  super  iluctus 
natat.  In  mari  lempcstas  furit,  stridunt  procellas  :  sed  piscis  natal,  non  de- 
mergitur,  quia  nalare  consuevit.  Ergo  tibi  sa>culum  lioc,  mare  est.  Habet 
diversos  fluctus,  undas  graves,  s;cvasque  tcmpestates.  Et  tu  eslo  piscis,  ut 
SBDCuli  te  unda  non  mergat.  (S.  Ambros.  De  Sacranunt.  III,  1,) 

Illi  vero  pisces  qui  pinnuUs  juvantur  et  squamis  muniuntur,  ascendunt 
inagis  ad  supcriora,  et  aeri  huic  viciniores  sunt,  vclut  qui  libertalem  spiri- 
tùs  qu;erunt.  Talis  est  ergo  sanctus  quisque,  qui  inlra  retia  fidei  conclusus, 
bonus  piscis  à  Salvatore  nominatur  ;  qui  etiani  mittitur  in  vas,  veluti  pinnas 
liabens  et  squamas.  Si  enim  non  babuisset  pinnas,  non  resurrexisset  de  cœno 
incredulitalis,  nec  ad  rete  fidei  pervenisset,  nisi  pinnis  adjutus  ad  superiora 
pervenisset.  (Origen.,  Homil.  7,  tji  Leritic,  c.  X). 

(3)  Philipp.,  m,  20. 

(4)  Bed.,  in  Job.  1,  cap.  i2.  —  Ibid.,  in  Luc.  lib.  III,  cap.  2. 

(5)  S.  Eucher,  Formul.  spirit.  IV.  —  S.  Ambros.,  De  Sacramr.ni.  III,  1.  — 
Hug.  Cardin,  in  Lue,  XI. 

(6)  Per  mare,  sicut  jam  diximus,  multitude  peccatorum  designatur.  Pisces 
vero,  cùm  ab  aquis  subtrahuntur,  animas  amiltunt.  Electi  ergo  quamdiù  in 
aquis  vitiurum  suorum  versantur,  animas  marinas  habent,  peccatorum  vide- 
U«et  tenebris  involutas  ;  cùm  vero  aut  per  baptismum,  aut  popnitentiam  a 


nombre  de  ces  bas-reliefs  est  le  poisson  couvert  d'écaillés  du 
cloître  de  Saint- Aubin  d'Angers  (1),  qui  a  préoccupé  les  sa- 
vants sans  avoir  reçu  jusqu'ici  de  solution  satisfaisante  :  ce 
poisson  n'a  point  de  nageoires,  et  la  syrène  qui  l'élève  en 
l'air  de  sa  main  gauche  élève  en  même  temps  la  droite,  dans 
laquelle  on  voit  un  couteau,  ces  inspirations  de  la  grâce 
[ciiltriim  spiritûs)  qui  dépouillent  l'âme  de  l'homme  de  ses 
sentiments  trop  terrestres  et  de  l'affection  au  péché.  Telles 
sont  encore  les  figures  de  poissons  pris  ou  montrés  par  des 
syrènes  sur  les  bas-reliefs  de  Cunault,  sur  le  tympan  de  la 
porte  d'entrée  de  la  chapelle  de  S. -Michel  du  Puy,  et  ceux 
d'un  chapiteau  antique  observé  par  nous  à  Paris,  dans  l'église 
de  Saint-Germain  des  Prés   (collatéral  nord,  avant-nef). 

3°  Les  poissons  à  coquille  ou  à  carapace,  c'est-à-dire  à 
loge  adhérente,  sont  dans  la  mystique  chrétienne  les  aveu- 
gles volontaires  et  obstinés  :  hommes  matérialisés,  qui  ne 
veulent  ni  s'élever  par  la  prière,  la  science  et  la  contempla- 
lion,  ni  déposer  leur  vêtement  d'ignorance  et  d'ignominie, 
niouvrir  les  yeux  de  leur  âme  àla  vraie  lumière,  qui  est  Dieu. 

4"  Les  poissons  dont  le  corps  est  mou,  sans  nageoires  et 
sans  écailles,  vivant  dans  un  limon  impur  et  au  plus  profond 
des  abîmes,  sont  les  hommes  absorbés  par  la  multitude  des 
soins  temporels  et  des  intérêts  de  la  vie  ;  ceux  qui  ne  pren- 
nent nul  souci  d'observer  les  divins  préceptes  (2) ,  et  qui  sont 
appesantis  par  de  vils  penchants.  Plongés  dans  l'immonde 
bourbier  de  leurs  habitudes  mauvaises,  il  semble  qu'ils  ne 
puissent  point  en  sortir  ;  ils  sont  dépourvus  d'écaillés  brillantes 
(soit  des  œuvres  de  la  justice,  soit  des  imperfections  légères 
dont  on  se  corrige  aisément),  et  ne  peuvent  plus  se  dépren- 
dre des  œuvres  de  dépravation  qui  leur  sont  comme  incor- 
porées. Origène  nomme  et  précise  ces  rangs  trop  nombreux 
de  pécheurs  (3)  :  Ce  sont,  dit-il,  les  orateurs  savants  à  bien 
dire,  mais  vivant  et  agissant  mal  :  les  poêles  aux  chants  su- 
blimes, mais  désordonnés  dans  leurs  mœurs  ;  les  juriscon- 
sultes cupides  pleins  de  convoitise  et  d'avidité  ;  les  doctesj 
scrutant  la  nature  mais  auxquels  son  auteur  demeure  incon- 
nu (4)  :  ce  sont  les  turbots,  les  anguilles,  les  lamproies,  etc., 
dépourvus  d'écaillés,  que  la  statuaire  chrétienne  stigmati- 
sait (5)  ;  on  les  voit  dans  les  miniatures  des  Bestiaires  et  des 


aquis  vitiorum  perlraliuntur,  animas  pristinas  quasi  aniitlunt,  cùm  ex  malis 
boni  eltictuntur  :  moriuntunjue  diabolo,  ut  vivant  Deo.  (Sanct.  Ambros.,  in 
Apoc.  VIII.) 

(1)  Cette  syrène  marine  est  gravée  dans  le  Cours  d'Anliquilés  mo7iumentalet 
de  M.  de  Caumont,  4"  partie.  Moyen  âge.  Architecture  religieuse,  pag.  XIV, 
Adtlitions. 

(2)  Per  pisces  maris,  divites,  negotiisque  sœcularibus  implicites  intelli- 
gimus.  (Oddon.  astens.,  m  Psalm.  8.)  —  Per  pisces,  homines  curiosi,...  vitae 
hujus  profundis  immersi  (llraban.  Jlaur.  AUegor),  etc. 

(3)  Origen.,  y/oinif,  7,  in  Luc,  cap.  X.  —  Voyez,  pour  le  même  détail  et 
pour  celui  de  toutes  les  allusiojis  du  •  poisson,  •  Rhaban.  Maur.  Eiiarration. 
in  Levitic.,  lib.  III,  cap.  I  (texte  cité  à  la  fin  de  cet  article). 

(4)  Il  est  dit  de  cet  auteur  inconnu,  c'est-à-dire  de  Dieu,  dans  les  Ecri- 
tures, qu'il  était  porté  «  sur  les  eaux.  •  [Gènes.  I.) 

(5)  Les  poissons  chasseurs  et  voraces  désignaient  de  plus  la  voracité;  ils 
étaient  aussi  l'hiéroglyphe  des  démons,  errants  à  travers  les  (lois  de  la  vie  de 
l'homme  pour  tâcher  d'en  faire  leur  proie,  et  faisant  leur  demeure  dans  leurs 
beaux  amères  et  corrosives  qui  figurentl'iniquité.  (Jonath.  Chald.) 


im 


HEVUE  DE  L'ARCIIITECTL-BE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


im 


manuscrits  religieux  se  précipiter  trestot  emnvle  m  la  gueule 
de  la  cetus,  monstre  aquatique  et  gigantesque  qui 

Les  transglot  a  une  alaine 
Kn  sa  pance  kl  est  si  lée 
Conie  scroit  une  valée. 

Ce  monstre  qui,  dnns  l'angle  des  rétables  et  de  beaucoup  de 
chapiteaux,  engouffre  ou  revomit  les  hommes  sous  l'allégorie 
de  poissons,  c'est,  comme  on  le  pense,  le  diable 

Oui  la  gueule  bée  durement 
Viers  la  gent  de  petite  foi, 
Tant  qu'il  les  a  atrais  a  soi  (1). 

Ces  diverses  allusions  des  poissons,  et  leur  distinction  par 
«nageoires,  écailles,  carapaces,  [séjour  fangeux,  »  se  voient 
partout  au  moyen  âge  ;  passées  dans  la  langue  de  l'art  comme 
dans  celle  de  la  science,  ce  sont  des  figures  connue»  et  se- 
mées jusque  dans  les  homélies  et  dans  les  sermons.  Un  pas- 
sage de  Rhaban  Maur  les  résume  presque  au  complet  :  frag- 
ment remarquable  et  curieux,  par  lequel  nous  terminerons 
cet  article  : 

«  Dieu,  dit  ce  savant  mystagogue,  veut  que  les  hommes 
»  (de  la  loi  nouvelle)  aient  des  nageoires,  ce  qui  signifie  une 
n  vie  sublime  et  céleste,  avec  la  méditation  de  la  loi;  mais 
»  cette  loi  doit  être  la  sienne,  c'est  pourquoi  il  leur  veut  des 
»  nageoires  (2),  et  non  une  seule  nageoire  :  car  l'ignorance 
»  de  la  divine  Écriture  avait  tenu  tous  les  Gentils;  ils  n'a- 
»  valent  reçu  en  effet  ni  la  loi  ni  les  prophéties,  et  n'avaient 
»  en  eux  nulle  connaissance  de  Dieu  véritable  et  surnaturelle. 
»  Afin  donc  qu'ils  ne  soient  pas  à  jamais  rongés  de  ce  mal,  il 
»  veut  qu'ils  aient  des  écailles  qui  puissent  facilement  s'en- 
»  lever  :  écailles  signifiant  l'ignorance  temporelle  qu'on  peut 
1)  diiisiper  aisément,  ce  qui  est  prouvé  par  le  récit  des  Actes 

»'  (des  Apfttres)  touchant  S.  Panl, dont  il  est  dit  que 

»  les  écailles  (jui  couvraient  ses  yeux  tombèrent  lorsqu'il  eut 
»  reçu  l'Évangile  par  Ananie 

»  Ainsi  qu'il  est  certaines  espèces  de  poissons  qui  ont  pour 


Hosychius  entend,  par  •  les  écailles  •  des  poissons,  le  voile  do  l'ignorance 
spirituelle  qui  peut  i^lre  docliiré  et  enlevi'.  C'est  ainsi  qu'il  interprèle  les 
écailles  mystérieuses  que  la  parole  d'Anaiiie  lit  loinbcrdes  yeux  de  S.  Paul, 
(m  Act.  Apust.  IX.) 

•  Si  quis  est  in  a(|uis  istis,  et  in  marc  vila:  hojos,  atqoo  in  fluctibns  9a>culi 
positus,  tanien  débet  satis  agere,  ut  non  in  profundis  jaceat  aquarum,  sicut 
sunt  isti  pisces,  qui  dicunlur  non  liahere  pinna.s,  neque  squanias.  Il»c  n.im- 
quc  eorum  natura  perhibctur,  ut  in  iniis  seniper  et  circa  ipsum  co-num  (U>- 
morontur,  sicut  sunt  anguilliU,  et  buic  siuiiUa,  qna"  non  possunt  ascendere  ad 
aqu.i'  suminitatem,  nec  ad  ejus  superiora  perrmire.  (Origen.,  Homil.  7,  in 
Levilic.  X.) 

(1)  ti  Diestiairei,  manuscrit  de  la  liibliolbèque  ruyule.  —  IMiilip.  doTbaun, 
Tlu!  Bestiary. 

(î)  Les  nageoires,  ailerons  ou  petites  aile»  qui  soûlèrent  les  poissons  i  fleur 
d'eau,  et  qui  permettent  à  quelques-uns  dos  saut»  semblables  à  un  vol,  sont 
l'emblème  des  saints  désirs,  parce  qu'elles  font  passer  le  poisson,  des  flots, 
symbole  de  la  vie,  des  tentations  et  du  piobi',  dans  la  rvgion  aérienne  figu- 
rant la  vie  do  la  grâce,  le  ciel  et  la  sainte  liberté  des  enfants  de  Dieu. 
•  Pinnula-  sunt  saiicla  ilesideria  ;  quod  illi  in  corpus  electorum  tran.seunt 
qui  per  sancta  desideria  ad  superua  se  transferunt.  (llrab.  Maur.  Allfijorite), 


»  peau  une  carapace  (leutnm)  et  non  des  écailles  qa'on 
»  puisse  ôler,  ainsi  sont,  parmi  les  chrétiens,  cenx  qu'il  e«t 
I)  impossible  de  dépouiller  de  leur  écaille,  c'est-à-dire  de 
»  l'ignorance  de  la  parole  divine,  et  dont  on  ne  peut  appro- 
»  cher  le  couteau  de  lEnpril  Csarrt').  Ceux-là,  bien  que 
1)  trouvés  dans  la  mer  du  baptême  et  dans  celle  de  la  péni* 
»  tence  (1),  sont  néanmoins  abominables  parmi  tout  ce  qoî 
»  se  meut  et  vit  dans  les  eaux.  Quoiqu'ils  aient  reçu  la  rie 
»  (spirituelle)  par  le  baptême,  ils  ont  corrompu  lenr  vocation 
»  comme  leur  régénération  :  aussi  n'ont-ils  ni  nageoires  ni 
n  écailles,  c'est-à-dire  ni  connaissances  sublimes  ni  vie  cé- 
K  leste,  et  leur  cœur  est  plongé  dans  l'aveuglement  et  dans 
»  l'ignorance  ;  c'est  pourquoi  ils  ne  comptent  point  parmi  les 
1)  pois.sons  à  écailles.  Remarque  du  moin»  (6  lecteur!)  de  quelle 
»  Mibliliy  de  discours  le  législateur  s'est  servi,  pour  enseigner 
n  par  ces  poissons  d'admirables  allégories  !  Car,  de  même  que 
i>  les  poissons  à  écailles  ont  invariablement  des  nageoires, 
»  ainsi  ceux  qui  ont  une  ignorance  temporelle  et  (par  consé- 
»  quent)  susceptible  de  cesser,  sont  admis  à  la  connaissance 
»  de  la  vie  sublime  et  céleste.  Quant  aux  autres  (ils  sont 
»  odieux),  on  ne  doit  ni  manger  leur  chair,  ni  toucher  leurs 
».  corps  morts,  ni  communiquer  avec  eux  en  nnlle  manière, 
i>  ce  que  coi^rme  S.  Paul,  en  disant  :  «  Si  l'un  de  ceux  que 
w  vous  nommez  vos  frères  est  fomicateur  ou  avare,  ou  ido- 
»  lâtre,  ou  médisant,  ou  adonné  à  la  bois-son,  ou  ravissear 
»  du  bien  des  autres,  vous  ne  mangerez  pas  même  avec  lui.  ■ 
»  (1.  Corinth.  V,  v.  H.)  Les  adultères,  les  avares,  les  bn- 
»  veurs  et  les  détracteurs  sont  tous  destitués  d'écaillés,  car 
«  ils  mènent  une  vie  honteuse  et  immonde.  Celui  qui  adore 
»  les  idoles  ne  peut  être  compté  non  plus  parmi  les  poissons 
»  à  écailles,  étant  frappé  d'une  ignorance  dure  comme  une 
»  carapace  et  réellement  incurable;  autrement,  après  avoir 
1)  été  uni  à  Dieu,  eût-il  pu  retourner  jamais  au  service  de 
I)  ses  idoles?  De  plus,  il  est  à  remarquer  que  les  poissons  à 
I)  écailles  et  à  nageoires  sont  seuls  à  sauter  sur  les  flots. 
»  Quel  est  donc  leur  sens  symbolique,  si  ce  n'est  qu'ils  re- 
»  présentent  les  élus?  Car  ceux-là  seulement  passent  (du 
»  corps  de  l'Église  terrestre)  au  corps  de  l'Église  céleste, 
»  qui,  revêtu.^  de  leurs  mérites  comme  le  poisson  l'est  d*é- 
»  cailles,  savent  sauter  (en  quelque  sorte)  par  l'élan  d'un  àétâr 
»  céleste  et  tendre  à  la  contemplation,  bien  qu'ils  retombent 
»  sur  eux-mêmes  à  cause  de  la  mortalité  de  leur  chair.  Cenx- 
R  là  seuls,  donc,  passent  dans  le  corps  de  l'Église  élue  comme 
»  une  nourriture  élue,  qui,  quoique  retenus  encore  aux  choses 
»  célestes  et  humbles,  savent  s'élever  néanmoins  jusqu'à  la 
n  région  supérieure  par  leurs  élans  spirituels,  secouer  le 
»  poids  accablant  des  sollicitudes  mondaines,  et  aller  aspirer 
Il  en  haut  les  haleines  vivifiantes  de  l'amour  du  souverain 
»  bien.  Occupés  des  soins  extérieurs,  ceux-là  savent  les 
»  disposer  :  ainsi  ils  reviennent  en  hite  à  leur  solitude  inté- 


(1)  On  sait  qae  la  P' 
de  ritglise,  rompar.i*.' 


it^me  U  conpooctioa  >o«i,4aMb 


«83 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


i84 


»  rieure,  vivent  détachés  par  le  cœur  des  agitations  du  de- 
»  hors  et  des  bruits  mondains  et  terrestres,  et  sont  recueillis 
i>  en  eux-mêmes  au  sein  d'une  immuable  paix  (1).  » 

POULE. 

V homme-poule  et  la  femme-poide  figurent  non-seulement 
sur  les  tourelles  de  Saint-Denys,  mais  sur  les  chapiteaux 
romans  restés  dans  cette  basilique,  sur  ceux  de  Saint-Ger- 
main des  Prés  et  de  beaucoup  d'autres  églises.  Leurs  ailes 
courtes  et  pesantes  dénotent  l'ab&ence  de  la  prière  et  le  dé- 
nûment  de  vertus,  et  ils  ont  une  tête  humaine  contournée 
sens  devant  derrière  et  entée  sur  un  corps  d'oiseau  du  genre 
des  gallinacés;  ainsi  adossés  l'un  à  l'autre,  ils  se  regardent 
néanmoins.  Le  christianisme,  sans  doute,  fut,  à  l'égard  de 
Y  homme-poule,  d'accord  avec  l'antiquité,  qui  faisait  de  cette 
espèce  de  syrène  l'emblème  de  la  dissolution.  La  dégrada- 
tion qui  suit  le  désordre  et  l'empire  tyrannique  des  penchants 
mauvais  sur  les  sens,  s'assimilaient,  dans  cette  image,  au 
fumier  visqueux  et  fétide  qui  s'agglutine  aux  doigts  des  poules 
et  qu'elles  pétrissent  sans  cesse,  sans  pouvoir  s'en  débarras- 
ser. On  trouvait  encore  un  emblème  de  la  dilapidation  et  des 
habitudes  dissipatrices  qui  suivent  les  mœurs  dépravées, 
dans  ces  pattes  de  la  poule  accoutumées  à  éparpiller  le  grain 
et  tout  ce  qui  sert  à  sa  nourriture.  Les  harpies  dont  parle 
Virgile  (2)  n'avaient  pas  seulement  les  pieds  de  la  poule, 
elles  en  avaient  le  corps  comme  celles-ci,  et  le  grand  poëte 
les  représente  souillant  et  infectant  tout  ce  qu'elles  touchent. 
L'homme  sans  honneur  souille  tout,  même  ce  qui  est  saint, 
et  ces  têtes  uniformément  retournées  pouvaient  ajouter  à  ces 
énergiques  enseignements  l'emblème  d'un  troisième  eifet  des 
])assions  brutales,  qui  est  de  pervertir  la  raison  (3)  :  leçon 
éloquente  et  sévère,  jetée  sur  les  basiliques  romanes  parmi 
des  semés  de  coquilles,  des  enroulements  et  des  fleurs. 

POURCEAU,  BOUC,  CHÈVRE,  TRUIE, -^SATYRES, 
FACES,  ou  VISAGES  CORNUS. 

Le  pourceau  (4)  et  le  bouc  fétide  (5)  répondent  encore  au 
septième  parmi  les  péchés  capitaux  :  représentants  de  la 


(1)  Hraban.  Maur.  in  Levitic,  lib.  Ill,  cl. 

(2)  ^n.,  I.  III,  V.  227. 

(3)  Qui  fabulas...  comment!  sunt,  syrenas  confixôre,  quse  blanditiis  araa- 
toriis  et  voluptuosà  nequitià  homines  ad  se  traherent,  illeccbrisque  irretirent, 
apud  quas  moUitudinis  omnifaria;  luto  inhicsitantei  f  f<ii;  romputrescerent. 
Harum  pedes  gallinaceos  fuisse  Iradunt,  intellect»  à  superiore  nun  dissimili. 
Scribunt  etiam  hujusmoJi  fabularuni  interprètes,  significari  ex  lioc  liominem 
libidinibus  deditum,  fortunas  suas  perseveranti  studio  dispergerc,  inutiliter- 
qae  prodigere,  cujusmodi  esse  gallinarum  morera,  cùm  pleno  acervo  pascun- 
lur,  aspicimus.  —  Pier.  XXIV,  13. 

(4)  Peccalores,  licet  babeant  corpora  humana,  cor  habent  ferinum,  ut 
habeant  corda...  porcina  per  luxuriam.  (Vinc.  bell.  Spec.  mor.  De  peccatis,  in 
generali).  —  Merilo  luxuriadicitur  liominem  facere  bestialem,  sicut  porcum... 
etc  (Ibid.,  De  luxuriâ).  —  Porcina  vitia.  (S.  Brun.,  astens.  in  l'salm).  — 
Homo.  .  foedis  immundisquc  libidinibus  immergitur?  Sordidâ  suis  voluptate 
detinetur.  Ita  homo,  probitate  déserta,  vertiturin  belluam.J(Boëc.). 

^5)  Hircos  immolare,  est  carnis  macerationc  libidinosum  sensum  occidero 


luxure,  ils  marquent  dans  ses  caractères  la  dégradation 
poussée  à  l'excès.  L'auteur  du  livre  des  Proverbes  et  celui 
du  Miroir  moral  comparent  la  femme  livrée  à  ce  vice,  l'un 
à  un  brillant  anneau  d'or  passé  au  groin  d'un  pourceau,  et 
l'autre  à  ce  pourceau  lui-même  plongeant  dans  un  fnmier 
immonde  et  son  groin  et  cet  anneau  (1).  «  Ainsi  est  la  femme 
insensée,  lit-on  dans  Vincent  de  Beauvais  :  le  lit  de  fleurs 
qu'elle  préfère,  les  parfums  qu'elle  aime  entre  tous,  ce  sont, 
comme  le  vil  pourceau,  les  plus  ignobles  immondices  et  le 
bourbier  le  plus  infect.  > 

Le  pourceau,  dont  la  voracité  est  impétueuse  et  qui  re- 
çoit sa  nourriture  sans  manifester  nul  instinct  reconnaissant, 
représente  par  cette  action  l'abrutissement  de  l'ingratitude 
spirituelle  (2). 

La  truie,  emblème  de  fécondité,  est  représentée  sur  nombre 
d'éi;lises  tenant  la  quenouille  et  filant.  Peut-être  la  mission 
de  cetle  figure  était-elle  de  rappeler  la  consolation  que  saint 
Paul  adresse  aux  femmes  chrétiennes,  appelées,  pour  le  plus 
grand  nombre,  à  pratiquer  la  vie  active,  commune,  et  toute 
séquestrée  qui  leur  est  tracée  ici-bas  (3).  Mais  d'autres  fois, 
la  truie  prend  place,  dans  les  œavres  de  l'art  mystique, 
parmi  les  péchés  capitaux;  alors,  ainsi  que  le  pourceau,  elle 
marque  le  plus  abject  et  le  plus  flétrissant  des  vices,  indi- 
quant, par  les  marcassins  dont  on  la  voit  accompagnée,  la 
foule  de  dérèglements  que  produit  ce  genre  d'excès. 

Les  satyres  aux  pieds  de  chèvre,  ceux  qui  ont  quelque 
chose  du  bouc,  comme  ses  cornes  ou  sa  barbe,  monstres  que 
le  Miroir  moral  appelle  des  «  faces  cornues,  »  figurent  les 
voluptueux,  ceux  qui  ont,  sous  les  dehors  de  l'homme,  l'in- 
solence, la  pétulance,  les  instincts  dégradants  de  bouc  (4). 

QUEUE. 

La  queue,  qui  est  la  partie  postérieure,  la  dernière  de 
l'animal,  symbohse  toujours  la  fin,  le  terme  des  oeuvres  de 


et  superare.  (S.  Brunon  astens.  in  Num.  Vil).  —  Per  bircum,  mortificatio 
fornicari;e  voluplatis  ^lnlelligitur).  (S.  Hieron,,  Op.  edit.  Veron.,  t.  I,  col. 
1107,  à  propos  des  sacrifices  d'animaux).  — Jam  vero  sacr;e  littera^,  dùm 
bircos  liiL'dosque  immolandos  monent,  nequiliam  oinnemque  libidinem  jugu- 
landam  indicani,  ut  interpretatur  Adamantius.  (Pier.  X,  10).  —  V.  aussi 
Yvon.  Carnol.  De  rébus  eccl.  serm.  De  Convenientià.  —  Lraban.  .Maur.  De 
unir,  vin,  8. 

(1)  Ciiculus  aureus  in  naribus  suis,  mulier  pulcbra  et  fatua.  (Prov.  1).  — 
Sus,  propter  aurii  circuli  speciositatem  et  preliositat:m,  non  dimillit  quin 
nares  suas  immergatin  slercus.  Sic...  mulier  fatua...  Libentiùs  dormit  ut  sus 
in  luto,  quàm  in  floribus.  (Vincent,  bellov.  Spec.  mor.  De  luxuriâ).—  Luxu 
riosi...  sunt  sicut  sus,  qui  libentiùs  babet  nares  iu  stercoribus,  quàm  in  flori- 
bus. (Ibid.,  ibid.). 

v2)  Multi...  porci  sub  illice,  non  levant  oculos  ad  eum  qui  sibi  glandes 
cxcutit,  nec  eum  agnoscunt,  nec  gratias  ei  reddunt;  ideo,  impinguati  et 
ingrati  ut  porci,  subito  comedendo  sa?pè  percutiuntur  et  occidunlur.  (Vinc. 
bellov.  De  pwnilentiâ). 

(3)  -Mulier...  salvabitur  autem  per  filiorum  generationem,  si  permanserit 
iu  fide,  et  dilectione,  et  sanctificalione  eum  sobrietate.  (I,  ad  Timotb.,  II,  15) 

(4)  Luxuriosi...  similes  illi.  sunt  capricuraio  illi  monstro  de  que  ibidem 
qui  bomunculus  cornutam  babebat  faciem,  et  infcriorem  parleni  capri  :  quia 
sub  forma  liumanà  est  vita  luxuriosa  et  bircina.  (Vinc.  bellov.  Spec.  mor.  De 
luxuriâ  et  filiabus  ejus). 


183 


REVUE  DE  L'ARCIIITECTL'RE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLrC^ 


IM 


rijomme,  ce  qui  est  à  la  fois  le  mobile,  et  le  point  de  mire 
(le  ses  actions  (1  ). 

La  queue  longue  est  un  caractère  positif  de  persévérance, 
quand  elle  marque  des  vertus  (2)  :  mais  dans  les  personnifi- 
cations des  vices  et  dans  celles  des  esprits  mauvais,  la  queue 
longue  désigne  l'instinct  dominant  et  le  genre  de  perversité 
propre  do  l'animal  auquel  elle  est  empruntée.  D'après  ce 
principe,  la  ^/He«e^rfK//ort marque  la  violenceet l'impétuosité; 
celle  du  sinye,  la  malice  ;  celle  du  chat,  la  mollesse  et  l'in- 
dépendance. La  queue  très-tonijue,  fantastique,  et  souvent 
hérissée  dépiquants,  fréquemment  prêtée  au  démon,  marque 
sa  nature  perverse,  sa  dévorante  soif  de  nuire,  sa  puissance 
pour  torturer  (3).  Les  queues  lonijuex,  serrées  contre  le  flanc, 
marquent  l'attaque  insidieuse,  la  violence  et  la  spontanéité 
d'un  assaut  traître  et  imprévu  (4). 

Par  un  motif  de  môme  genre,  puisé  dans  l'observation  du 
caractère  des  animaux,  leur  queue,  cachée  entre  leurs  jambes 
et  serrée  le  long  de  leur  ventre,  comme  on  le  voit  alors 
qu'ils  fuient  ou  qu'ils  sont  frappés  de  terreur,  dénote  la  ruse 
perverse  et  la  lâcheté  ou  la  fraude. 

La  queue  de  dauphin  représentait  dans  l'antiquité  les 
passions  libidineuses  (5). 

La  queue  de  serpent  ii\gn\{\e  la  ruse,  la  perfidie,  la  séduc- 
tion, quelqiiefois  la  malice  du  péché  (6),  et  est  l'attribut  or- 
dinaire de  toute  passion  qui  perd  l'âme. 

La  queue  de  dragon,  identique  à  celle  du  .serpent,  est 
plus  grosse  et  plus  vigoureuse  :  sa  pernicieuse  vertu  était  la 
force  irrésistible  de  cet  animal  fantastique;  car  il  n'était 
point  réputé  venimeux,  mais  il  passait  pour  étouifer  infailli- 
blement ses  victimes  dans  les  nœuds  puissants  de  sa 
queue  (7).  Cette  queue,  toujours  sinueuse,  figurait  dans  la 
Symbolique  la  tortuosité  des  actes,  la  fourberie  astucieuse, 
les  voies  détournées  des  passions  et  de  l'esprit  qui  les  fo- 
mente. Elle  indiquait  en  même  temps,  par  son  volume  et 
par  sa  vigueur,  la  violence  des  concupiscences  charnelles  qui 
entraîne  ou  précipite  l'âme  des  hauteurs  du  ciel  sur  la  terre, 
c'est-à-dire,  de  Id  vie  chrétienne  et  angélique  aux  passions 
des  sens  et  au  mal  (8) . 


(1)  Cauda  pro  Tine  punitur,  qnoniam  fiais  corporis,  cauila.  (S.  Druiion,  ast. 
sup.  Exod.  XXVll). 

(i)  Au  sujet  do  ces  paroles  de  l'Exode  :  •  ...  Tulle...  cnudam.  •  on  lil  diins 
S.  Hrunuri  d'Asti  :  •  Tulle  et  laudiim  ninrljruin...,  ut  suni  illl  de  quibus 
loquiinur,  ita  et  lu  us(|ue  in  llncin  in  lM)no  opère  persévéra  :  qui  cnim  pcrsc- 
veraverit  us(|ue  in  lineiii  salvus  «rit.  •  (S.  Brun,  asi.,  in  Exod.  XXIX,  il). 

(3)  De  Visiono  cujusdum  Tundali  (Viuc,  1m-IIov.  Spcc.  inor.,  I.  Il,  De 
infeiiio,  etc.,  etc.). 

(4)  V.  tous  les  commentaires  du  cliap.  Xli  de  l'Apocalypse. 

(5)  Pier.  V,  30. 

(6)  Ilraliani  .M.-iuri,  De  uiiiverso,  VIII,  3.  De  ser|MMitibus.  au  sujet  de  la 
queue  île  l'aspic.  —  Philip,  de  Tliaun,  Tlie  Bestiary,  p.  lOS.  I>cgendos  en  vers, 
DISC,  de  l'Ar:ienal.  L.I  livres  des  natures,  fol.  183.  D'une  besie  qi  est  apeléu 
aspis. 

(7)  Vim  autem  non  in  denlilius,  scd  in  caudl  liabet,  et  verbcro  potiusqiiàm 
rictu  nocet.  Innoxius  est  à  venenis...,  sed  idc<^  liuic  ad  mortcm  facirndaiu 
TCneiia  niin  esse  necessaria,  quia  si  quem  ligirit,  occidit.  (Mrabani  .Maur..  />« 
tinir.,  VIII,  3). 

(8)  Cauda  ejus  (Draconis),  id  est  ipsius  calliditalis  el  lia-reticir  privitatis 


La  queue  du  renard  spécifie  la  fraude,  l'astuce,  la  trompe- 
rie et  la  malice,  souvent  la  fourberie  des  flatteurs,  li  Lo$en~ 
giers.  «  Dont  il  sunt  bien  comparez  a  coue  de  goapil,  por 
lour  barat  et  por  leur  tricherie  de  traÎMii  (\].  » 

La  queue  du  loup  représente  le  pouvoir  fatal  du  démon  et 
la  violence  qu'il  exerce  sur  les  |M:cheur8  pour  les  détourner 
de  la  pénitence,  et  surtout  du  recours  à  Dien.  Ce  symbo- 
lisme avait  pour  principe  une  tradition  légendaire.  On 
croyait  au  moyen  âge  que  les  loups  ravissaient  quelquefois 
de  petits  enfants,  qu'ils  nourrissaient  dans  des  cavernes,  et 
qu'ils  contraignaient  à  marcher  sur  les  pieds  et  sur  les  maios 
à  la  façon  des  quadrupèdes.  Quand  c^s  enfants,  croissant  eo 
âge,  se  dressaient  parfois  sur  leurs  pieds,  ces  loups  les  frap- 
paient, disait-on,  à  la  tête  et  sur  le  visage,  et  les  contrai- 
gnaient à  grands  coups  de  queue  à  reprendre  l'atiitude  des 
animaux  (2).  Triste  image  de  l'âme  humaine  assrvie  à  ses 
passions  et  ayant  perdu  tout  recours  à  la  prière,  qui  est  ce 
regard  levé  au  ciel,  et  tout  appel  à  la  raison,  qui  est  cette 
altitude  dressée  odieuse  au  loup  infernal. 

La  queue  absente  ou  e'courtée,  celle  du  barbet,  par  exem- 
ple, est  un  indice  incontestable  de  l'oubli  coupable  et  pro- 
fond des  fins  dernières  et  de  Dieu,  c'est  à-dire  celui  d'un 
complet  matérialisme  (3). 

RAT. 

Sur  une  fresque  allégorique  des  catacombes  de  Calixte, 
où  l'on  voit  Jésns  en  Orphée  attirant  à  lui  les  pécheurs  sons 
la  figure  de  divers  animaux,  le  rat  placé  aux  pieds  du  Christ 
et  très  à  portée  de  l'entendre,  mais  seul  parmi  son  auditoire 
à  prendre  deux  soins  à  la  fois,  grignote  avec  activité,  tête 
basse  et  oreilles  droites.  Sons  le  règne  du  paganisme,  qui 
a  laissé  dans  les  catacombes  des  réminiscences  éparses,  le 
rat  figurait  le  gourmet  et  ceux  qui,  plaçant  leur  bonheur 
dans  la  bonne  chère,  trouvent  leur  ruine  inévitable  et  leur 
perte  dans  leurs  excès.  Le  rat  devait  ce  symbolisme  à  ss 
prédilection  pour  l'huttre  et  à  la  mort  qu'elle  loi  donne  en 
se  refermant  tout  à  coup  lorsqu'il  croit  en  faire  sa  proie.  Il 
avait  le  renom  très-juste  de  choisir  entre  tous  les  pains  ceux 
dont  la  [)âte  est  h  pins  fine,  et  méritait  la  confiance  pour 
son  goût  silr  et  infaillible  à  l'endroit  du  choix  des  nielous. 
Connaisseur  fin  et  délicat,  il  ne  faisait  point  de  méprise,  se- 
lon les  écrivains  du  temps.  On  y  lit  que  les  gourmets  fai- 


deccplio,  terliani  partrm  slellanim  nrli,  mullot  videticrt  q«i  ia  FfiWrt  M- 

gere  vidcbontur,  lrahpl>at,  el  misil  eo»  in  terram  nt  ooa  jaia  < 

terrena  cl  transitoria  diligerent.  (S.  KmnoD,  asMu.  booùl.  ia  I 

post  Pasch.  —  Ibid.,  in  Apec,  XI!).  — Cauda  DraeMÏi,  FnaMcMia.  (Otn. 

à  lapide  super.  Apoc.  XII,  4).  —  Pier.  IV,  n.  Care*. 

(I)  llss.  de  la  Bibliothèque  royale,  xiii*  aèck. 

(1)  Vinc.  belloT.  Sftt.  «or'.  III,  iO.  <f  oiiù.  Sic  diakolw.  (^MMe-l-Q) 
facit,  al  isli  (peccatores)  ad  Irrrrna  semper  inteadaaL 

(3)  Caada...  curta,  in  divinis  litlerit  oMMUl  «Oi,  firihw  Bail*  de  fatarit 

cura,  ()ui  dirin  novissimnm  falammqiie  Dei  jadidaai  Mpcraaniur.  qai  i^ 

indè  dicunt  :  —  •  Bdanos  M  biltamos.  perral  qui  crutiita  curai;  eraa  cafca 

forte  moriefflur,  quia  mon  aarrm   rellens  :  VïTite,   ait,  veoio.    •   (net. 

I  XXXIX,  «). 


MJ7 


HEVUE  DE  LARCHITECTUBE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


188 


saient  d'importantes  études  d'après  ces  décisions  du  rat,  et 
aimaient  à  voir  sur  leur  table  le  melon  marqué  de  sa  dent  {i\. 
On  retrouve  cette  allusion  dans  la  Symbolique  chrétienne, 
mais  sous  des  formes  plus  sévères  ;  la  morale  de  Jésus-Christ 
ne  se  borne  pas  à  montrer  le  vice  pour  appeler  sur  lui  le  rire, 
elle  le  dénude  en  entier,  elle  en  fait  voir  la  turpitude,  elle 
le  frappe  et  le  flétrit.  Le  rat,  parasite  et  larron,  représente, 
dans  son  langage,  la  sensualité  cupide,  la  soif  déréglée  des 
délices  mondaines  et  des  raffinements  du  bien-être,  la  ruse 
et  l'indélicatesse  qui  les  font  conquérir  frauduleusement  aux 
dépens  d' autrui  (2). 

RENARD. 

Il  n'est,  dans  tout  le  moyen  âge,  commentateur  ni  mo- 
raliste, qui  ne  conte  les  trescheries,  les  mille  finesses  mau- 
dites et  les  malins  tours  du  renard,  surtout  sa  ressource 
d'hiver  quand  il  est  pressé  par  la  faim  et  que  la  terre  est  dé- 
pouillée, et  les  bergeries  si  bien  closes  qu'il  ne  reste  plus 
nulle  part  de  matière  à  ses  pilleries.  11  n'est  pas  un  seul  Bes- 
tiaire où  l'on  ne  voie  maitre  Goupils  (3),  dans  une  belle 
enluminure,  gisant  piteusement  à  terre  tout  roide  et  tout 
ébouriffé,  laissant  pendre  une  longue  langue  et  barbouillé 
«  de  rouge  tierre. . .  si  quil  paërt  estre  sanglens  ;  »  là,  en  le 
voyant  sur  le  dos  sans  mouvement  et  sans  haleine  et  les  deux 
pattes  antérieures  repliées  contre  sa  poitrine  à  la  façon  d'un 
chien  dansant,  quiconque  ne  remarquerait  son  œil  toutétin- 
celant  de  malice  le  croirait  payé  de  ses  œuvres  et  passé  de 
vie  à  trépas.  Mais  cette  allure  scélérate  est  «  pour  prendre 
»  as  dens  et  as  pies  (pieds),  »  et  puis,  «  estrangler  etman- 
guer  11  oisel,  »  qui  le  voyant  «  issi  gésir  estendu  a  la  tere  si 
1)  laidement  enboe  (emboué)  et  enflé,  quident  qe  il  soit 
»  mors,  »  et  descendent  «por  lui  becquier  (4).  »  Cette  bête, 
qui  «  porte  la  figure  al  deable,  »  méritait  d'exprimer  la  ruse, 
l'astucieuse  fourberie,  toutes  les  petites  rapines,  tous  les 
genres  d'escroquerie,  d'extorsions  et  de  vols  adroits  (5).  Le 
renard  répond  en  effet  dans  le  langage  hiératique  à  toutes 


(i)  Hieroglyphic.  collectan.,  verbo  PanuUi,  Guloti.  —  Pier.,  hier  XllI, 
32.  —  Horapollin.  hieroglyph.,  |  30. 

(î)  Mysticè...  mures  significant  homines  capiditate  terrenâ  inhiantes  et 
prxdam  de  aliéna  substantiâ  surripientes.  (Hrabani  Mauri,  De  unitxno, 
1.  VIII,  2). 

(3)  Le  renard,  appelé  aussi,  dans  la  même  langue  romane,  li  Volpiz,  oa 
WoupUls,  ou  Volpis  reinhart. 

(4)  Nam  dùm  non  habuerit  escani,  fingit  mortem,  sicqne  descendentes 
qaasi  ad  cadaver  ayes  rapit  et  dévorât.  Vulpis  enim  mysticè  diabo'um  dolo- 
stun...  sive  peccatorem  hominem  significat.  (Hraban.  Manr  ,  De  universo, 
VIII,  1).  Vulpes...  cùm  esurit  et  ciIk)  caret,  aprica  loca  adit,  et  humi  strata 
animamque  continens,  ac  simulans  se  mortuam,  supina  jacet,  oculis  et  pe- 
dibus  sursum  erectis  Aves  itaque  dilabuntur  ut  ipsà  vescantur  •  illa  vero 
arripit  eas  subito,  ac  prolibita  dévouât.  Nec  aliter  diabolus,  cùm  illaqueare 
hominem  vult,  tentât  ipsum  ut  qu.^m  negligenter  se...  gerat.  Sicque  facilUmè 
irretitur  (S.  Epiphan.,  Physiolog.  XK). 

(5)  Vinc,  bellov.  Spec.  mor.  III,  D.  3,  10  et  21,  part.  3.  —  S.  Bernard, 
in  Cantic.  —  Boët.  —  S.  Brunon.  astens.  in  cantic.  et  aliàs.  —  Rupert.  Tuit. 
De  divin,  offic.  VIII,  4.  —  Philip,  de  Thaun,  The  Bestiary .  —  Li  Biesliaires, 
msc.  de  la  Bibliothèque  royale.  —  Légendes  en  vers,  msc.  de  l'Arsenal,  Li 
Livres  des  natures,  etc. 


ces  fines  malices  et  à  tous  ceux  qui  les  exercent,  et  Ballirsi 
prœpositis,  ajoute  Vincent  de  Beauvais. 

SANG.'^UE. 

La  sangsue,  animal  aquatique  de  ]a  classe  des  «  Anné- 
lides  »  et  qu'on  trouve  dans  les  eaux  vives,  se  complaît  spé- 
cialement dans  les  eaux  dormantes.  Cette  habitation  dans  les 
mares  et  son  avidité  extrême  à  se  gorger  outre  mesure  du 
sang  dont  elle  se  nourrit,  lui  a  mérité  dans  le  livre  des 
M  Proverbes  »  l'expression  de  deux  vices  les  plus  brutaux, 
la  gourmandise  et  la  luxure  (1).  Impures  comme  la  sangsue 
qui  habite  un  immonde  séjour,  l'une  et  l'autre  sont  signa- 
lées dans  l'antiquité  chrétienne  et  dans  les  âges  postérieurs 
comme  les  plus  insatiables  et  les  plus  avides  passions.  Ainsi 
les  avait  montrées  aussi  le  prophète  Osée,  et  l'on  sait  com- 
bien les  textes  de  l'Ecriture  ont  fait  loi  dans  le  moyen  âge. 
La  comparaison  des  «  Proverbes  »  consacrée  par  les  mora- 
listes, le  fut  aussi  dans  l'art  chrétien  :  on  la  trouve  dans 
RJiaban-Maur,  Vincent  de  Beauvais,  les  doteurs  ecclésias- 
tiques :  et  l'Iconologie  de  Ripa  marque  qu'au  xvii*'  siècle 
cette  allégorie  subsistait  (2) . 

SALTERELLE. 

Lasauterelle,  classée  parmi  les  animaux  rongeurs,  compte 
dans  l'histoire  de  quelques  peuples  parmi  les  fléaux  les  plus 
désastreux;  quand  elle  s'abat  par  essaims,  elle  flétrit,  dé- 
vore, affame  et  dépouille  en  entier  les  champs. 

Cetinsecte  dévastateur  a  représenté  plusieurs  vices,  prin- 
cipalement la  luxure  ennemie  de  la  chasteté  (3;,  et  l'esprit 
d'hérésie  (4), non  moins  dangereux  pour  la  foi.  La  foi,  la 
chasteté  craintive  ne  pouvant  subsister  qu'intactes,  réjwn- 
daientàla  couleur  verte,  celle  du  manteau  de  la  terre  tou- 
jours jeune  et  toujours  brillant  (3)  ;  les  deux  vices  qui  les 
combattent  devaient  donc  avoir  pour  emblème  celui  entre 
tous  les  insectes  qui  ronge  le  plus  promptement  les  blés 
tendres,  les  verts  gazons  et  l'émail  riant  des  campagnes. 

Les  pattes  de  la  sauterelle,  par  leurs  bonds  saccadés  et 
brusques,  figuraient  l'orgueil  des  voluptueux  et  des  héré- 
tiques et  en  même  temps  leur  légèreté  et  leur  facilité  extrême 
à  courir  d'excès  en  excès;  elles  les  montraient  franchissant 


(1)  •  Sanguitugœ  duœ  suni  filûe,  silicet  gula  et  luuria,  sont  dos  filix  car- 
nalis  voluptatis,  dicentes  alTer,  affer.  Vincent  bellov.  Spec.  mor.  10  Dist.  3. 
pars  9.  De  luxurià.  —  V.  aussi  Hraban  Maur.  Commentar.  in  Pro- 
verb.,  XXX,  13,  et  tous  les  commentateurs  du  livre  ■  des  Proverbes  •. 

(i)  Posta  a  sorbire  il  sangue  altmi,  non  si  stacca  mai  per  sua  natura,  fincbi 
non  crêpa.  Cosi  gl'ingonli  noA  cessano  mai,  finche  l'ingordigia  istessa  Don 
gli  afToghi.  (Iconolog.  di  T^sare  Ripa.) 

(3)  Vinc  ,  bellov.  Spec.  mor. 

(i)  S.  Hieron.  in  Osea-  XIII  et  in  Ezech.  XIII.  —  Gloss.,  in  Proverb.  XXX. 
27,  et  in  Apoc.  S.  Brunon,  astens. 

(3)  B.  Anselm.  cantuar.  in  Apoc.  XXII.  —  Ludolph.  saxon,  vit.  Christ. 
—  Corn,  à  Lapide.  —  Tynn.  —  Francis.  Uibeira. 

La  couleur  verte  ne  figurait  pas  seulement  la  chasteté,  mais  surtout  la  vir- 
ginité, et  c'est  principalement  pour  cette  raison  que  l'apôtre  S.  Jean  a,  parmi 
les  douze  pierreries  désignées  dans  l'Apocalypse,  l'émeraude  pour  attribut. 


189 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


IflQ 


et  comptant  pour  rien  les  obstacles,  incapables  d'hésitation, 
inaccessibles  à  la  honte,  et  emportés  par  une  fougue  sans 
nom,  sans  mesure  et  sans  frein  (1). 

SINGE. 

Le  singe,  en  vue  de  ses  passions,  personnifiait  plusieurs 
vices  :  1"  la  Dér'mon,  l'une  des  générations  de  l'envie,  2"  la 
Colère,  et  3°  la  Luxure. 

1*  Le  vice  nommé  dérision  n'est  pas  jugé  à  la  légère  par 
la  morale  d'autrefois;  on  savait  la  triste  portée  et  l'effet  trop 
sûr  de  cette  arme  contre  ceux  que  la  calomnie  n'ose  pas 
attaquer  de  front;  aussi,  l'homme  qui  en  fait  usage  n'a-t- il 
point  dans  les  moralistes  d'autre  titre  que  Derisor,  mot  qni 
spécifîe  le  plus  lâche  et  le  plus  cruel  des  envieux  (2).  En  lui 
donnant  pour  attribut  l'animal  le  plus  ridicule,  la  Symbo- 
lique moutre  au  doigt  tout  ce  que  ce  vil  caractère  recèle  et 
voile  d'autres  vices.  Ainsi  elle  fait  voir  le  singe  trônant  aux 
fenêtres  du  riche  ou  sur  l'étal  du  bateleur,  et  là,  contrefai- 
sant chacun  avec  hardiesse  et  impudence,  tandis  que  sa 
croupe  pelée  fait  rire  à  meilleur  droit  encore  tous  ceux  parmi 
les  survenants  il  qui  elle  échoit  en  spectacle  (3).  Cette  croupe, 
qu'oublie  le  singe,  lui  est  reprochée  sans  pitié  dans  tous  les 
traités  de  l'époque  :  vraies  et  trop  justes  représailles  qui  re- 
cherchent dans  l'envieux  ses  travers  et  ses  démérites,  afin  de 
les  mettre  au  grand  jour.  On  lit  au-dessous  de  la  miniature 
dou  singe,  dans  un  Bestiaire  manuscrit  du  xiu°  siècle  : 

«  Une  autre  bcste  est  moult  vilaii. 

o  De  laidure  et  d'ordure  plaine 

»  C'est  li  singe  ke  vous  vees, 

»  Dont  li  haut  home  sont  cieves  (4)  : 

»  Singes  est  les  et  malostrus 

»  Soventesfois  laves  veu. 

»  Jasoit  ce  qu'il  soit  les  devant 

»  Derrière  esl  trop  mésaveuaDt...  (5).  » 

Vincent  de  Beanvais  donne  le  coup  de  grâce  à  l'envie,  en 
en  faisant  le  Singe  du  diable  (6),  et  la  met  par  cette  épilhète 
au  même  rang  que  la  luxure,  qu'il  en  a  nommée  le  citerai  (7). 
Vincent  de  Beauvais  fit  école  :  chacun  peut  voir  à  Notre- 


(1)  Locustx  pro  mobiliUite  leviutis  ■ci-ipienda*  sunt,  Umquàm  Taga;  et 
lalientes  animip  in  seriili  volnplate?.  dr.  (Ilnibao.  Maur.  Deonivers.  VIII,  6). 

(J)  Dans  les  Traitt^  de  morale  H  de  tliéolugie  du  moyen  Age,  on  voit  tou- 
jours la  dérision  occuper  l'un  des  premiers  rang»  parmi  les  (ilialions  de  l'or- 
gueil on  de  Fenvie  :  elle  n'en  esl  pas  une  (urUlr.  mais  bien  l'un  des  pins  gros 
geton».  •  Le  quint  geton  de  cet  eseol  (i  e<'  Car  cest  constumc  dor- 

guillous  sorquide  Car  il  ne  sonOsI  pts  desi'  '>t)  en  son  cuer  les  au- 

tres qui  nont  pu  ses  grares  que  il  cuide  avoir,  aii»  en  fait  ses  gas  et  ses  déri- 
sions. Et  que  pis  esl  se  moque  et  tmfle  des  prodethomes  et  de  cens  qoe  il  voit 
a  bien  torner  qui  est  moût  grand  p<Thie  et  mont  pifrilloiis.  Qoar  par  leurs 
mauveses  langues  il  destomcnt  mool  de  gens  de  bien  faire.  •  (Manuscrit  da 
nii*  sii'-cle.  Bibliothèque  royale.) 

(3)  Vinc.  bellov.  Spec.  moral.  III,  D.  i.  p.  i. 

(4)  De  eitt  ou  cief,  \.Hf  :  coiffés. 

(5)  lÀ  Biesliain  nianuscril  de  la  Bibl.  royale.  —  De  ia  Saturt  dou  Siitff. 
(Sj  Vinc.  twilov.  Spec.  moral.  III,  D.  4,  p.  i. 

(7)  Ibid.  Spec.  mor.  III,  D.  3,  p.  9,  De  luxuria  cl  filiabos  ejns. 


Dame  ces  deux  bêtes  dansleors  fonctioos;  l'une,  ardente  et 
le  mors  anx  dents,  bondit  sous  monseigneur  li  dMble;  l'autre 
égayé  Sa  Majesté  par  les  façons  les  phis  grotesque». 

2*  et  3*  Qnant  à  ce  qui  est  de  la  colère  et  des  déporte- 
ments  brutaux,  les  fureurs  du  cynocéphale,  le  plus  inweible 
du  genre,  et  l'odieux  cynisn<o  du  singe  (1),  motivent  aaiec 
par  eux-mêmes  leurs  rapports  svec  ces  passions  dans  la 
symbolique  chrétienne. 

SYRKNE. 

L'esprit  poétique  du  moyen  âge  a  maintenu  dans  Tait 
chrétien  ces  magiciennes  renommées  qu'ont  illastrées  les 
chants  d'Homère  et  les  antiques  traditions.  Classées  en  tro'is 
différents  ordres,  elles  représentaient  en  elles,  chacune  se- 
lon son  espèce,  les  caracières  attrayants  des  trois  pièges  fa.v 
cinateurs  tendus  à  la  faibles.se  humaine  et  qui  étaient  peints 
en  même  temps  dans  l'idéale  manirore  par  trois  rangs  de 
dents  acérées  :  ce  sont  l'amorce  des  richesses,  le  vain  pres- 
tige de  la  gloire,  l'appât  trompeur  des  voluptés,  représentés 
par  ces  syrënes  qui  ont  le  visage  de  la  femme,  et  à  partir  de 
la  ceinture  un  corps  d'oiseau  ou  de  dauphin  (2;.  Ct-s  tenta- 
tions insidieuses  se  tradui.saient  par  l'harmonie  et  le  charme 
de  leurs  concerts  :  «  Chantent  totes,  dit  le  Livres  des  natures 
des  bestes  :  les  nnes  en  bussines  et  les  autres  en  harpes,  et 
k>s  tierches  en  droite  vois.  »  Ainsi  les  voit-on  figurées  dans 
la  miniature  correspondante  :  celle  qui  chante  en  hiunine  a 
h  corps  et  les  serres  du  faucon  :  ce  sont  les  trésors  mal  ac- 
quis et  arrachés  par  la  violence  (3)  ;  la  seconde,  qui  chante 
en  harpe,  doit  être  la  gloire  mondaine,  car  c'est  du  luth  on 
de  la  harpe  que  s'acromfagnaient  les  ballades  qui  disaient 
les  hautes  prouesses  et  les  largesses  des  pui.ssanLs;  celle 
qui  chante  en  droite  rois,  se  termine  en  corps  de  dauphin, 
marque  des  p.issions  sensuelles  (4),  et  on  la  voit  très-souvent 
au  moyen  âge  représentée  se  dressant  sur  la  pointe  d'un 
écueil  au  milieu  des  flots  agités,  tenant  tin  peigne  et  un 
miroir.  Telle  est  celle  de  Saint-Denys  (5).  Le  miroir  ainsi 


(1)  Qaadru|ies  voluptarii...  qiue  eoiia  uiimalia  saper  muas  awholini. 
manus  et  ocolos  et  lolam  firiea  ad'Ierraa  dcprianal,  sifiiScaal  illn  h», 
mines,  qui  boni  sopenu  aupw  rien»  despicieair*,  oauri  «adio  et  openlidM 
omni  mentis  intuilu,  et  toil  cordU  iotentioae,  soU  lerrcaa  d  tnaâloria  CB- 
gunt.  (S.  Brunon.  astens..  inl-evitir  ,  XI.] 

(1)  Les  Syn'nes  sont  nommiies  dans  Isaie  (XIII,  S».  .  Re^oadebwl  fti 
nIal.T  in  .i-ditms  ejos,  et  Syrrnes  in  delobris  volnplalis.  •  EBm  «Ml  4e  TimI»- 
gie  avec  le  monstre  im-iginaire  noaiiné  Lawùa  dans  le*  Écritarct,  qai  lai  ftt- 
lent  les  traits  de  la  femme  avec  des  juabes  de  chenal  :  iliy,  discal  l«t 
commentateurs,  de  r«j\  qui  paraissent  i  l'exlMear  awai  cl  tÊkmàmét,  ef  ^êA 
au  dedans  sont  brataax  et  luxnheax.  •  Laaiir  bafaeaf  fccfal  IrariacMi. 
pedes  eqainos  quia  mniti  in  apcflo  saat  BMlIct  «I  diMoM,  aad  iaivifti  bn- 
ules  et  loxuriosi  apparent   •  (Tiae.  bellov.  Sp«.  tÊfonL  UL  D.  7,  f.  S. 

(S)  Voyet  ei-de»so!i,  article  Serre». 

(()  Vo;ei  d-desMM,  article  Qiwiws. 

(5)  Il  ne  reste  ptas  de  vestige  de  miroir  dans  le*  aalM  *  ertie  Matai,  ai 
Mir  le  roc  reprAvat^  ;  nais  il  est  probable  qae  le  anrair  fUit  tialfM  fMi  jftH 
d'elle.  Du  rerte,  eelle  fnt)0i»t  swae  s'npliqne  tri*-M(a  *mm  m  art*»- 
soire. 


191 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


iH? 


que  le  peigne  étBÎent  consacrés  à  Vénus,  clans  l'antiquité  (1)  ; 
ils  figuraient  le  soin  de  plaire  et  les  artifices  décevants  de  la 
séduction. 

Mais  les  Restiaires  nous  disent  tout  ce  que  ces  semblants 
perfides  cachaient  de  noires  trahison  : 

Cette  «  Seraine  a  si  dous  chant  qele  déchoit  cels  qil  nagent 
»  en  mer.  Et  est  lor  mélodie  tant  plaisant  a  oir  que  nul  ne 
»  les  ot  tant  soit  loing  qil  ne  li  conviegne  venir.  Et  la  Seraine 
«  les  faisit  oblier  qant  ele  les  i  a  atrait  qe  il  sen  doripent.  Et 
»  qant  il  sont  en  dormi  eles  les  asaillent  et  ocient  en  traison 
»  qe  il  ne  sen  puevent  garder.  Ensi  est  de  cels  qi  sont  es  ri- 
»  choises  de  cest  siècle  et  es  delis  en  dormis  qui  lor  aversaire 
»  ocient.  Ce  sont  li  diable  :  les  Seraines  senefient  les  femes 
«  qi  atirent  les  home  par  lor  blandissemens  par  lor  decheve- 
»  mens  a  els  de  lor  paroles  que  eles  les  mainent  a  pouerte  et 
»  a  mort  Les  eles  de  la  Seraine  ce  est  lamor  de  la  feme  qi 
»  tost  va  et  vient  (2).  » 

TAUREAU. 

Le  taureau  répond  à  l'orgueil  considéré  dans  la  jeunesse, 
et  l'immolation  de  ce  vice,  c'est-à-dire  sa  répression,  est 
marquée  aux  livres  bibliques  dans  le  sacrifice  des  sept  tau- 
reaux offerts  par  les  amis  de  Job,  figure  des  hérétiques 
revenant  à  résipiscence  (3j. 

Le  taureau  a  aussi  rapport  aux  générations  de  l'orgueil 
relatives  à  la  jeunesse;  il  en  marque  V indépendance,  la 
fougue  at  les  emportements  (4),  quelquefois  aussi  la  Luxure 
autre  résultat  de  l'cjrgueil  (5).  Les  pieds  de  taureau  par  les- 
quels il  fuit,  ses  cornes  qui  frappent  et  qui  résistent,  figurent 
souvent  à  eux  seuls  ces  genres  divers  de  désordres  dans  les 
œuvres  de  l'art  chrétien  (6). 

La  vache  piquée  par  le  taon,  s'échappant  comme  saisie  de 
vertige  et  ne  reconnaissant  plus  la  voix  des  pasteurs,  figurait 
la  désobéissance  aux  lois  de  l'Église,  l'une  des  générations 
de  l'orgueil  (7). 

LIÈVRE  (8). 

Parmi  les  quadrupèdes  faibles,  le  lièvre  est  l'un  des  pins 
débiles  et  le  plus  craintif  entre  tous.  Interdit  aux  Juifs  par  le 

(1)  Pier.  XLI,  De  Pectine.  —  De  Spécula. 

(2)  Légl^ndes  en  vers.  Li  livres  des  Natures  des  Restes,  manuscrit  de  la  Bi- 
bliothèque de  l'Arsenal,  fol.  207,  208.  •  Seraines...  (dit  un  autre  manu- 
script),  sont  uns  monstres  de  mer  qui  ont  cors  de  famé  et  coue  de  poison  et 
ongles  daigles  et  si  doucement  chantent  queles  endorment  les  mariniers  et 
puis  les  dévorent.  »  (Manuscrit  de  la  Bibliothèque  royale,  xiii'  siècle  ) 

(3)  Job,  XLII.  —  S.  Brunon.  astens.  in  Job.  —  Yvon.  Carnot,  De  rébus 
ecclesiasticis,  Serm.  De  convenientià.  —  S.  Brunon.  et  S.  Oddon.  astens.  in 
Psalm.  13,  21,  31,  67,  etc.  —  Deuteron.  XXXII  et  Ecclesiastic.  VI,  2,  in 
Gloss. 

(4)  Ludolph.  Saxon.  Vit.  Christ.  I,  79.  —  Vincent,  bcllov.  III,  D.  3,  p.  9, 
De  Luxuria. 

(5)  In  bobus  ergô,  aliquando  luxuriosonim  dementia;...  Quod  enim  bovis 
nomine  per  comparationera  luxuriosorum  dementia  designatur,  Salomon  in- 
dicat...  (Hrab.  Maur.  De  universo  VII,  8.) 

(6)  Faciès  cornutip,  mentis  pertinacia  et  inobedientia.  (Vinc.  bell.  Spec. 
moral.  III,  D.  3,  p.  9.) 

(7)  Ose»!  IV.  —  Vinc.  bellov.  Spec.  moral.,  III,  D.  23,  p.  3. 

(8)  Selon  l'ordre  alphabétique,  l'article  Lièvre  aurait  dû  occuper  la  place 


Deutéronome  et  le  Lévitique  (1),  il  fut  déclaré  impur,  parce 
que,  bien  que  ruminant,  ce  qui  marque  l'audition  et  la  mé- 
ditation de  la  parole  divine,  il  n'a  pas  les  pattes  bisulques, 
figure  des  deux  Testaments,  de  l'esprit  et  de  la  lettre  des 
Écritures,  et  de  la  double  charité.  Il  montrait  par  ce  ca- 
ractère, versés  dans  la  science  sacrée,  mais  pourtant  rejetés 
de  Dieu,  soit  les  Juifs  charnels  et  aveugles  qui  admettent 
l'ancien  Testament,  mais  qui  repoussent  le  nouveau  :  soit 
ceux  des  Juifs  et  des  chrétiens  qui  suivent  la  lettre  de  l'Écii- 
ture,  mais  qui  n'en  suivent  pas  l'esprit  au  mépris  de  cette 
parole  :  «  Mes  discours  sont  esprit  et  vie  (2);  »  soit  enfin  les 
chrétiens  qui  n'ont  pas  la  charité  double,  celle  de  Dieu  et 
du  prochain  (3). 

En  dehors  de  ces  distinctions  appliqué-js  au  lièvre,  ses  in- 
stincts craintifs  et  timides,  ses  yeux  ouverts  dans  le  sommeil, 
son  oreille  toujours  aux  écoutes,  sa  vie  cachée  et  fugitive,  en 
ont  fait  principalement,  de  tout  temps  et  chez  tous  les  peuples, 
l'hiéroglyphe  de  la  frayeur.  Dans  la  symbolique  chrétienne, 
il  est  presque  toujours  l'emblème  de  la  pusillanimité  et  de 
ce  que  les  moralistes  nomment  inordinatus  timor,  «  sixième 
branche  de  l'Accide  (4),  selon  les  traités  «  de  clergie.  »  «  En 
cest  vice,  ajoutent-ils,  sont  cil  qui  ont  paor  de  néant,  qui 
nosent  comencer  a  faire  bien  quar  ils  ont  paor  que  Diex  leur 
faille.  Cest  la  paor  de  songeus  qui  ont  paor  de  lors  songes. 
Cist  resemble  cil  qui  nose  entrer  au  sentier  pour  le  liniaz  . 
qui  monstre  ses  cornes,  et  l'enfant  qui  nosent  aler  a  la  voie 
por  les  oies  qui  suflent  (5).  » 


Le  taureau  est,  selon  l'ordre  alphabétique  que  nous  avons 
adopté  pour  cet  aperçu,  le  dernier  des  animaux  exposés  sur 
les  tourelles  de  Saint-Denys.  Cette  Zoologie  mystique,  un  peu 
longue,  mais  nécessaire,  pouvant  laisser  une  certaine  con- 
fusion dans  les  souvenirs  des  lecteurs,  nous  croyons  devoir 
leur  donner  le  tableau  suivant,  courte  récapitulation  des 
noms  et  des  allégories  de  cette  série  d'animaux. 


entre  Hyène  et  Lion,  comme  dans  le  tableau  qui  résume  tonte  la  Zoologie 
mystique  des  tourelles,  et  qui  termine  cette  deuxième  partie  du  travail  de 
madame  Félicie  d'Ayzac.  Nous  réclamons  l'indulgence  des  lecteurs  de  la 
Berue  pour  celte  petite  irrégularitii  typographique.  [Note  du  D.). 

(1)  Lerilic.  XI.,  6.—  Deuteronom.  XIV,  7. 

(2)  /oan.,  VI., 6i._ 

(3)  Lepus  est  quilibet  iniqnus,  et  lamen  doctus  in  lege.  •  Lepus,  nam  cl 
ille  ruminât  •,  quùd  nonnulli  iniqui,  et  tamcn  docli  sunt.  (Hraban  Maur. 
A Hegor. } . 

Cyrogrillus  et  lepus  immundus  est  quoniam  etsi  ruminât,  ungulam  lamen 
non  dividil...  h;cc  aniem  ungula,  in  lilleram  et  spiritum,  sive  etiam  in  vêtus 
et  novum  dividitur  Tostamentam.  (S.  Brunon.  astens.,  in  Levitic.  XI.; 

Lepus  et  cyrogrillus.  .  ruminant...  et  ipsa  scd  ungulam  non  dividunt  :  in 
populari  autcm  multitudine  Judiporiim  utrumque  accipitur,  debilia  qpiippe 
esse  animalia  h.rc  dicuntur,  testante  David  et  Salomone  utrorumque  anima- 
lium  débilitâtes  iPsalm.  103),  quorum  unum  est  velox  et  timidum  cum  infir- 
mitate,  id  est,  lepus...  quod  omni  plebeio,  maxime  autem  juda?orum  inest 
populo  :  de  qnibus  dixit  David  :  •  Veloces  sunt  pcdes  eorum  ad  effundendum 
sanguinem.  »  (Hraban  Maur.,  in  Levitic  ,  1.  III.  c.  1. — Ibid.,  in  Deuteionon) . , 
1.  II.  c.  6). 

(4)  •  Acedia  • ,  la  paresse. 

(o)  Lapocalypse,msc.  du  xiii»  siècle.  Bibliothèque  Royale. 


193 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


DE   LA   ZOOLOGIE   SYMBOLIQUE   DES  TOURELLES   DE  SAIKT-DENYS. 


Ailes . 


En  vue  de  leur  essor  en  haut.  —  Prières  et  vertu»  chré- 
tiennes. 

De  grande  envergure.  —  Vertus  solides  et  célestes. 

Impuissantes  au  vol,  et  surtout  quand  elles  sont  dé- 
ployt'c.s  et  dressées.  —  Ostentation  et  hypocrisie. 

Petites  et  d('l)il('s.  —  InsulTisance  des  vertus  :  langueur 
ou  absence  de  la  prière. 

De  cliauve-8ouri.s.  —  Hypocrisie  :  alTection  charnelle 
aux  choses  terrestres. 

Abb  Abattu,  vautré,  ou  ruant  et  se  débattant.  —  Victoire 

et  des  sens  sur  l'esprit  :  paresse,  entêtement,  igno- 

Onocentadrb.  rance,  stupidité  et  orgueil  des  sols. 

Par  SCS  ailes.  —  Hypocrisie  et  ostentation. 
Par  sa  voracité.  —  Insatiable  gourmandise. 

Bi5lier nivalités  :  querelles  :  imbécillité  opiniâtre. 

BODC Insolence,  pétulance  de  la  luxure.  (V.  à  l'arUcle  Pour- 
ceau.) 


AL'TRDCHE. 


Chameau. 


Chat. 


Centaure .Surtout  figuré  au  nalop.  —  Emportement  de  la  luxure, 

et  principalement  adultère.  (V.  à  l'article  Cheval.) 

Par  le  port  allier  de  sa  tète.  —  OrRucil. 

Par  la  lourdeur  de  son  instinct.  —  .Stupidité  :  affection 

aux  choses  abjectes. 
Par  sa  tortiiosiié.  —  l'ourberie. 
Par  la  facilité  avec  laquelle  il  avale  les  objets  les  moins 

digestibles.  —  Hypocrisie  et  sacrilège. 
Par  SCS  implacables  ressentiments.  —  Colère,  haines 

invétérées. 

(—  Flatterie  :  malice  insidieuse  et  perfule. 
Accroupi.  —  Mollesse  :  paresse  :  vices  qui  en  sont  le 
1       résultat. 

Courant  ou  elTarouché.  —  Indépendance  incoercible. 

Il'ar  sa  conformation  équivoque.  —  Hypocrisie. 
Par  son  amour  pour  les  ténobrcs.  —  Ignorance  spiri- 
tuelle, volontaire  et  opiniâtre  :  aveuglement  spirituel. 
i  Par  son  vol  qui  rase  la  terre.  —  AlTeclions  terrestres, 
f  charnelles,  incapables  de  s'épurer  et  de  s'élever  lers 
\      le  ciel. 

Oheval         ( 
Centaure,     {   ~  '"«"'''"ce,  ruade,  enlélement. 

Hippocentaure.  |   ^''-  ""  S^'op.  —  Luxure,  emportée  jusqu'à  l'adultère. 
^"^^"^ —  Quelquefois  orgueil  et  luxure.  (V.  à  l'art.  Pourceau.) 

Sauvage,  féroce,  dévorant.  -  Démon  et  esprits  infer- 
naux. 

Agresseur  ou  acharné  sur  une  proie.  —  Persécution  et 
haine  des  méchanis  contre  le  juste  (l'une  des  géné- 
rations do  Vorgiifil). 

Aboyant  contre  la  lune.  —  Knvie. 

CHIEN J  ^'"'S'ie  de  boucherie,  et  pouvant  avoir,  à  ce  litre,  les 

\       dents  cl  la  langue  souillées  de  sang.  —  Calomnie  et 
déiraction,  effets  de  Vetivie. 

Hargneux,  jappant,  grondant,  inquiet.  -  Colère. 
contention  :  litige. 

Cacliani  sa  queue  en  ses  pattes,  fuyant,  cherchant  à  se 
blottir.  —  Pusillanimité  :  Idcheté  :  silence  coupable 
du  prêtre  (générations  de  la  paresse). 
T.   VII. 


Crapaud. 


Grenouille....^ 


Hyène.. 


^  nepmaiit  son  vomtoemeai.  —  UOmt  :  fgMUe  et 
(        coupa  le  capidlK  :  violation  des  vcrax  modatilqMa, 
I       onivret  lordide*  de  l'avarice 
}  D*e«pèce  ifinoble  et  vagabonde  —  CraMièrdé  et  laifa- 

Cauii "v       dcDce  dan*  le»  ma-.ut*  :  déboNoMala  de  la  gomr- 

à       mandiu  el  cyoUme  de  U  luxure, 

'   Barbet,  avec  queue  écoon^.  —  Oubli  de  Dira  et  des 

fins  dernièie*  :  nialériali»aie  qui  suit  la  d<pra*atiMi 

et  les  sept  péché*  capiuax. 

Corne» (V.  article  l'ieds.) 

Par  sa  bouffissure.  —  OrguciL 

I>ar  son  ventre  et  »e»  paUes  pélrlManl  une  ntt  isiecie. 

—  Ignominie  de  la  Inxnie. 

Par  ses  paile»  et  par  son  ventre  en  contact  avec  le  boar- 

bier.  —  Ignominie  de  la  luxure. 
Par  sa  gueule.  —  Loqnadlé. 
Par  ses  yeux  allumé*.  —  Colère. 
Quelquefois,  par  tout  son  ensemble.  —  IlérMe,  péebé 

qui  réunit  ces  troi»  caracière*. 

Griffes (V.  article /'ifdf.) 

Parce  qu'elle  déterre  le*  corp*  morts.  —  Délractioa, 

sordide  cupidité  des  avares. 
Parce  qu'elle  était  réputée  changer  de  «exe  loos  Icsmk 

—  Instabilité  dans  les  mœurs. 

(A  raison  de  ce  qu'il  ramine.—  Étude  de  la  science  sacrée. 
Par  sa  patte  non  bisulce.  —  Accepution  des  livres  4e 
l'.\ncion  Testament  i  l'exclusion  de  ceiuf  du  Non- 
veau.  —  Mise  en  pratique  de  la  lettre  de*  Ecritmvs, 
j  i  l'exclusion  de  leur  esprit.  —  Absence  de  U  cbariié 
r  évangéliquc,  c'esl-^-dlre  de  l'amoar  de  Dieu  et  de 
'\      celui  du  prochain. 

—  Force  dominante  du  mal  :  iropéloosilé  des  paariOMk 

—  Itapine  cauteleu.<te  et  violente  :  empécbearnt  qne 
met  le  diable  i  toute  prière  vers  Djen  et  au  retour  de 
la  raison  :  Insatiabiiilé  de  la  luxorr. 

{■ar  sa  léte  humaine  et  son  sifflement.  —  !•-. 

siimations  frauduleuses 

Par  ses  trois  rang*  de  denu  traoclun- 
.  Concupiscence  de  la  chair. 
tes.  —  I  Concupiscence  d«a  jrent. 
'orgueil  de  la  vie  ....  , 
l'arson  corps  de  lion.  —  Agression  violenlef 

de  la  tentation 

Par  sa  queue  de  scorpion.  —  Perdition  4t%[ 
âmes  perverses  et  leur  lortorc 

l'enfer 

Par  ses  instincts  aniliropophages.  —  Soif  1 
de  perdre  le  genre  humain.  .  . 
',    Par  ses  ailes  au  vol  rapide.  —  Ardeur  pour 
\      fondre  sur  sa  proie 

Oxocentacre..     (V.  aVtide  Ane.^ 

Dressées,  divergentes  (1).  —  Alienl!on  à  la  voix  on  i  U 

proie. 
Convergentes  (2).  —  Lndordssemeai  el  rfililinu  tft- 

niitre  i  la  voix  divine. 
Couchées  ou  renversées.  —  Frayeur  :  Ucbeié  :  enlMt- 

menl  et  irritation  :  impétuosité  el  fureur. 


Lion. 
Loup. 


Mamcorf. 
(animal  fantas- 
tique et 
hybride). 


Caraciirr* 

du 
démon. 


Oreilles... 


(1)  Comme  dans  le  Loup  ravisseur,  le  BAmmiA  das CalaaaMkw,  lastu- 
tues  du  démon  cl  des  mauvais  ao^es. 

(2)  Exemples  :  le  Békémolb  des  Catacombes  et  le*  suiaes  de*  mauvais 
ange*. 

IS 


195 


HEVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


196 


Oreilles. 


Pieds,  Pattes,  1 

Griffes, 

Serres, 

Cornes, 
faces  et  \isages , 

cornus. 


Poissons., 


POOLE. 


PODRCEAO . 


Qdeie., 


Bouchées,  ou  voildes  et  traînantes  (1).  —  P.ésistance  à 
la  voix  divine  :  endurcissement  aux  inspirations  et 
aux  avertissements  de  Dieu  :  amour  déréglé  des 
choses  terrestres. 

riedset  jambes  tortus.  —  Retour  dans  les  voies  du  péché. 

Pieds  dn  cheval  et  du  laureau.  —  Insolence  :  indépen- 
dance criminelle  :  résistance  contre  Dieu  :  ruade  : 
orgueil  :  fougue  des  mauvaises  passions. 

Pattes  de  bêle  fauve.  —  Fuite  sournoise  des  voleurs, 
des  escrocs,  des  spoliateurs  :  retraite  des  ravisseurs 
d'âmes  et  des  hérétiques  hors  du  sein  de  l'Église  et 
loin  des  pasteurs. 

Griffes  tranchantes.  —  Malignité  :  férocité  :  désir  du 
mal  :  soif  de  nuire. 

Serres.  —  Extorsion  :  rapine  violente  :  rapacité  :  téna- 
cité de  l'avarice. 

Cornes.  —  Opiniâtreté  :  résistance  :  force  et  fatal  pou- 
voir du  mal  et  du  démon  qui  le  suggère. 

A  nageoires.  —  Justes  :  élus  :  chrétiens  aspirant  vers  le 
ciel. 

A  écailles.  —  Pécheurs,  en  tant  que  disposés  à  la  péni- 
tence et  à  la  conversion. 

Sans  écailles  bien  apparentes  et  sans  nageoires  très  sen- 
sibles. —  Pécheurs  absorbés  par  les  sollicitudes  de  la 
vie  et  l'amour  désordonné  des  biens  temporels. 

A  carapaces  ou  à  coquilles.  —  Aveugles  dans  l'ordre  spi- 
rituel, volontaires  et  obstinés. 

Volants.  —  Ames  élevées  et  contemplatives. 

Par  la  pesanteur  de  son  vol  et  l'impuissance  de  ses 
ailes.  —  Indigence  de  vertus  et  désuétude  de  la 
prière. 

Par  ses  pattes  souillées  de  fiente.  —  Ignominie,  empire 
et  ascendant  invétéré  des  habitudes  dissolues. 

—  Abjection  de  la  luxure  :  abrutissement  caractéristi- 
que de  l'ingratitude  spirituelle. 

—  Fins  de  l'homme  :  but  et  motif  de  ses  actions. 
Longue.  —  (En  fait  de  vertus)  Persévérance. 

Id.      de  lion.  —  Violence  et  impétuosité. 
Id.      de  singe.  —  Malice. 

Id.  de  chat.  —  Mollesse  et  générations  de  ce  vice  : 
flatterie  :  quelquefois,  tous  les  caractères  du  chat 
simultanément ,  indépendance ,  indocilité ,  intolé- 
rance de  tout  frein,  etc. 

Fantastique,  hérissée  de  piquants.  — Nature  perverse: 
férocité  et  soif  de  nuire  :  puissance  pour  torturer. 

Serrée  contre  le  flanc.  —  Attaque  insidieuse  :  violence 
et  spontanéité  d'un  perfide  assaut. 

Cachée  entre  les  jambes.  — Terreur  :  ruse  perverse  : 
fraude  :  lâcheté  et  contumace. 


Tortueuse,  de  dauphin. 


Id. 


de  serpent, 
malice. 


Passions  libidineuses. 
Uuse  :  perfidie  :  séduction  : 


I  l'ar  son  volume, —  puissance 
l    violentcet  forces  entraînantes 
Id.         de  dragon.  <^   du  mal. 

Par  sa  tortucsité,  —  astuce  : 
insinuations  détournées. 
De  loup.  —  Malice  et  pouvoir  violent  du  démon,  empê- 
chant tout  retour  vers  Dieu. 
Absente  ou  écourtée.  —  Oubli  et  mépris  de  Dieu  et  des 
fins  dernières  :  matérialisme  complet. 


(I)  Comme  dans  le  pourceau,  et  dans  les  représentations  de  l'Aspic  au 
moyen  âge. 


Rat —  Sensualité  des  gourmets,  menant  au  matérialisme. 

RKNARD —  Fourberie  :  ruse  :  astuce  :  larcin  :  tricheries  (tres- 

cheries)  et  pilleries  fines  des  exacteurs,  baillis,  gens 

de  loi,  etc. 

ÎPar  son  habitation  dans  les  eaux  dormantes,  —  habitude 
de  l'intempérance  et  des  autres  passions  des  sens. 
Par  son  insatiabililé  de  succion,  —  avidité  désordonnée 
desmêmes  passions  sensuelles, 

Sadterelle       i  ^^^  ""^^  ravages,—  la  luxure  et  l'hérésie. 

*  (  Par  ses  bonds,  l'orgueil  des  luxurieux  et  des  hérétiques. 

Serres —  (V  ariicle  Pieds.) 

Singe —  Dérision  :  colère  :  luxure. 

Syrène  (.Seraine).  —  Amoree  et  attrait  des  trois 

/  Soif  des  plaisirs, 
concupiscences.  7  Soif  des  richesses. 
\  Soif  des  grandeurs. 
Taureau Par  ses  cornes  et  par  ses  pieds,  —  impétuosité  de  l'or- 
gueil :   fougue  :  instincts  indépendants,  et  luxure 
dans  la  jeunesse. 

Trdie —  Fécondité  du  mal,  jointe  aux  acceptions  du  pour- 
ceau (V.  article  Pourceau.) 

La  suite  prochainement. 

Madame  Félicie  d'.WZAC, 
Dame  de  la  Maison  royale  de  la  Légion  d'honngur  (Saint-Denys). 


PROJET  D'EGIJSE  PAROISSIALE  {PL  7). 

La  planche  7  représente  le  plan,  la  façade  principale,  la 
façade  latérale,  la  façade  postérieure,  une  coupe  tranversale 
et  des  détails,  à  une  grande  échelle,  d'une  église  parois- 
siale. —  D'où? — De  l'atelier  de  M.  Nicolle. —  C'est  donc 
un  projet  que  vous  nous  donnez,  monsieur  le  directeur?  — 
Oui,  c'est  unprojel;  car  nous  avons  pensé  que  quelques  projets 
de  cet  ordre  pouvaient  rendre  d'utiles  services.  Les  élèves 
de  deuxième  classe  de  l'École  des  Beaux-Arts  de  Paris  ont 
un  concours  périodique  de  construction  générale.  Le  su- 
jet du  dernier  concours  était  une  église  paroissiale,  et  trente- 
deux  projets  furent  exposés  dans  la  salie  de  l'École  des  Beaux- 
Arts.  Aujourd'hui,  nous  donnons  le  projet  deM.  Dubel;  dans 
le  prochain  numéro,  peut-être,  nous  donnerons  ceux  de 
MM.  Dainvilleet  Fromugeot,  Ces  trois  projets  sont  ceux  qui 


197 


RRVUE  DR  L'AMCHITRCTURE  ET  DBS  TRAVAUX  PUBLICS. 


198 


nous  ont  paru  le»  plus  remarquables  du  concours,  par  la  nou- 
veauté (le  plusieurs  de  leurs  dispositions.  Le  |(rojet  de 
M.  Dubel  offre  un  système  d'écoulement  pour  les  eaux  plu- 
viales, qui  est  un  composé  de  gargouilles  et  de  tuyaux  de 
descente,  qui  pourrait  recevoir  d'heureuses  applications. 
Nous  reviendrons  sur  le  projet  de  M.  Diibel  lorsque  nous 
publierons  ceux  de  IMM.  Daiiivillc  et  Fromageot. 


TOMBEAU 

ÉI.BVK  AU  CIMETIKBE  MONT-PARNASSt ,  A  PARIS ,  SUR  LIS  DB86IK8 

Di  M.  H.  Labrouste. 

Le  plan,  la  lace  principale  et  la  face  latérale  de  ce  petit 
monument  sont  représentés  sur  la  pi.  8. 

Celte  composition  est  d'une  grande  simplicité  ;  la  silhouette 
en  est  ferme,  mais  la  roideur  et  la  sévérité  habituelles  des 
formes  engendrées  par  des  combinaisons  de  lignes  droites 
sont  ici  heureusement  tempérées  par  quelques  petites  courbes 
qui  arrondissent  à  propos  certains  angles,  et  qui  donnent  de 
la  douceur  et  de  la  flexibilité  à  refTct  général. 

La  tête  de  la  stèle  est  décorée  d'un  ornement  inspiré  du 
règno  végétal,  et  dont  les  lignes  ondoyantes  et  gracieuses 
enserrent  un  champ  ovale,  espèce  d'écussori,  de  blason  ou  de 
signal,  qui  porte  cette  inscription  empruntée  à  l'Evangile  : 
Operihus  eorum  cognoscetis  eos,  qui  recommande  de  juger 
de  l'arbre  par  ses  fruits. 

Le  corps  de  la  stèle  porte  une  inscription  relative  au  dé- 
funt. La  légende  est  fort  simple  ;  mais  par  une  particularité 
de  forme  elle  mérite  l'attention  des  artistes,  et  par  quelques 
mots  étranges  elle  jette  l'esprit  dans  la  rêverie  et  donne  car- 
rière il  l'imagination. 

Expliquons-nous  d'abord  sur  la  forme.  Les  caractères  de 
l'inscription  sont  alternativement  grands  et  petits.  Dans  au- 
cune des  lignes  les  deux  espèces  de  caractères  ne  sont  mê- 
lées. Il  en  résulte  qu'au  premier  aperçu  l'œil  saisit  les  lignes 
écrites  on  grands  carart(';res,  et  ces  lignes  otïrent  un  .sens 
complet.  Lisez  plutôt  : 

A    LA    MÈMOIRK 

DU   BARON    ANDRÉ   DE   RIUËLE 

NÉ  A  VIENNE  EN  AUTRICHE 

PRISONNIU   DCTAT 

DÉLIVRÉ   PAR   l'aRMKE    FRiNÇAISB 

MORT  A   PARIS 


Approchez  maintenant  de  plus  près,  et  lisez  régulièrement 
l'ensemble  de  l'inscription  : 


A   LA   MtMOlU 

chMe  et  révérée 

DU   BAtOX   AXDtÉ  DE   «lOktB 

téyiilateur  de*  vougei 
julianit  vindobonemù 

Né    A    TinOII    KH    AtmUCBE 

le  \k  tepUinbre  \lUi 

PlllbO.'CNUR  U'tlAT 

le  24  juUlet  il9k 

DEUVRB   PAR  CkKHÈ*  rBARÇAIM 

le  M  leptembrt  1809 

NORT   A  PAMS 

/e  15  février  \m 
dan»  *a  qualre-vingt-neuvihHe  année 

Un  peu  plus  bas,  on  lit  : 

«M  diiei/de»  et  $et  amii 

Puis  encore  un  petit  intervalle,  et  on  trouve  : 

vere  hic  homo  justut  erat... 
et  crucifijcerunt  eum! 

Ainsi,  du  premier  regard,  on  apprend  tout  ce  que  l'on 
doit  apprendre,  c'est-à-dire  que  le  baron  André  de  Ridèle, 
un  étranger  dont  la  vie  fut  traversée  d'un  grand  malheur,  el 
qui  contracta  une  dette  de  gratitude  envers  la  France,  est 
mort  à  Paris  ;  que  ses  dépouilles  mortelles  reposent  sous  les 
fleurs  et  les  potit-j  arbustes  qui  s  épanouissent  sur  les  deux 
mètres  carrés  de  terre  qui  s'étendent  devant  celte  pierre  com- 
mémorntive. 

Au  second  regard, —  combien  en  est-il  qui  y  regarderont 
deux  fois  ? — Mais  pour  ceux-là ,  Ames  religieuses  ou  soaiïantes, 
esprits  méditatifs  ou  cœurs  reconnaissants  qu'an  souvenir 
iimène  devant  ce  tombeau,  pour  ceux-là,  il  j  a  commen- 
cement d'iniation  à  la  vie  de  celui  qui  eut  pour  nom  baron 
André  de  Ridèle.  Ceux-là  apprendront  qu'.André  de  Ridrie 
eut  des  disciples  et  des  amis  qui  chérissent  el  qui  véuèreiU 
sa  mémoire;  que  ce  fut  un  homme  jwie,  qui  ne  craignait 
pas  d'être  jugé  sur  ses  œuvre»  :  — Operibui  eorum  eognos- 
cetis  eos!  —  que  ce  fut  un  de  ces  hommes  d'élite  qui  font  le 
bien  et  ne  recueillant  que  l'ingratitude  :  —  f'ere  hic  homo 
jusltu  erat...  et  cmeifiaxrunt  eum! 

Cette  inscription  est  si  Mge  et  en  même  temps  si  dépour- 
vue de  prétention  plastique,  que  nous  voulons  encore  y  ar- 
rêter un  moment  l'attention  de  nos  plus  jeunes  lecteurs. 

N'est-il  pas  vrai  qu'il  faut  réserver  le  meilleur  de  son  eœor 
et  de  son  esprit  pour  ceux  qu'on  aime  le  plus,  pour  ceux 
qui  nous  comprennent  le  mieux?  N'est-il  pas  vrai  que  cer- 
tains sentiments  perdent  leur  charme  et  lear  fraîcheur  à  se 
prodiguer  ;  que  les  choses  les  plus  distinguées,  en  traversant 
une  nature  vulgaire  et  banale,  peavent  descendre  dans  la 


194) 


REVUE  DE  L  AUCH[TECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


200 


classe  «les  lieux  communs?  Le  soir,  nprès  le  coucher  «lu  so- 
leil, lorsque  la  nature  s'est  enveloppée  de  mjstères,  le  sen- 
timent «le  l'inconnu  qui  saisit  l'âme  n'est-il  pas  plein  de 
charme?  Et  à  l'aube  dujour,  lorsque  la  terre  sortant  des  té- 
nèbres se  dévoile  lentement  à  nos  jeux,  devant  cette  initia- 
tion graduelle  aux  splendeurs  du  monde,  peut-on  se  défendre 
d'un  sentiment  d'enthousiasme? 

Artistes,  profitez  de  cet  enseignement. 

II  est  des  natures  auxquelles  iesoleil  de  midi  seul  convient  ; 
c'est  aujourd'hui  même  le  grand  nombre,  ce  sont  les  masses, 
malheureusement  sans  aucun  des  raffinements  que  donne 
l'éducation,  car  ils  vivent  sous  le  coup  de  circonstances  trop 
souvent  propres  à  atrophier  les  facultés  élevées  de  l'àme. 
Ceux-là  n'apprécient  pas  les  nuances  délicates  du  soir  et  du 
matin  ;  il  leur  faut  de  vives  lumières  et  des  ombres  tranchées  ; 
mais  pour  les  natures  cultivées,  il  faut  toutes  les  variétés 
et  toutes  les  nuances  possibles.  Une  oreille  inculte  ne 
peut  suivre  à  la  fois  que  le  chant  d'un  seul  instrument  ;  tandis 
que  le  musicien  exercé  entend  simultanément  tous  les  in- 
struments de  l'orchestre.  La  mélodie  seule  est  goûtée  par  les 
peuples  barbares  ;  toutes  les  ressources  de  l'harmonie  sont 
mises  en  jeu  pour  satisfaire  les  peuples  familiers  avec  les 
beautés  de  l'art. 

C'est  ce  principe  de  la  dégradation,  ce  sentiment  de  la 
nuance  et  de  la  variété  qui  nous  plaît  dans  l'inscription,  si 
dépourvue  de  prétention  d'ailleurs,  du  tombeau  du  baron 
André  de  Ridèle,  et  nous  avons  profité  de  l'occasion  qui 
s'offrait  à  nous  pour  montrer  comment  un  artiste  éminent 
comme  M.  Henri  Labrouste  savait  mettre  dans  les  choses  les 
plus  simples  un  sentiment  de  convenance  et  un  cachet  de 
distinction. 

Maintenant,  qui  était  ce  baron  André  de  Ridèle?  Il  avait 
des  disciples  et  des  amis  ;  ce  fut  un  homme  juste,  victime  de 
la  folie  de  ses  semblables.  Etait-ce  un  philosophe?  —  Il  fut 
législateur  des  Vouges,  prisonnier  d'Etat,  et  délivre  par 
l'armée  française.  Etait-ce  un  politique  idéaliste,  un  Savo- 
narole  du  xix=  siècle?  —  Et  quel  est  ce  pays  des  Vouges, 
dont  aucun  géographe  ne  parle? 

Que  vous  importe  ?  Vous  inquiétez-vous  de  la  biographie 
de  chaque  passant  que  vous  rencontrez  dans  la  rue  ?  C'est  un 
tombeau  que  nous  avons  sous  les  yeux.  Sans  doute  les  disci- 
ples et  les  amis  du  mort  y  trouvent  plus  d'un  sens  qui  nous 
échappe,  et  il  doit  en  être  ainsi.  Ce  tombeau  est  tout  ce  qui 
reste  pour  vous  d'André  de  Ridèle.  Les  tombeaux  qui  l'entou- 
rent de  toutes  parts  dans  le  cimetière  représentent  un  peuple 
de  morts.  Chacune  de  ces  pierres  doit  laisser  deviner  au  public 
tout  juste  ce  que  les  survivants  qui  ont  connu  et  qui  hono- 
rent la  mémoire  du  mort  veulent  bien  leur  communiquer. 
Ces  pierres  ont  divers  degrés  de  signification  pour  ceux  qui 
les  regardent.  Et,  en  cela,  elles  sont  comme  les  mots  de 
notre  langue  usuelle  :  ainsi,  le  mot  (en'e  signifie  pour  l'agri- 
culteur le  champ  qu'il  laboure;  pour  le  chimiste,  un  com- 
posé de  corps  simples  ;  pour  le  géologue,  le  résultat  d'une 
série  de  créations  et  de  bouleversements  successifs;  pour 


l'homme  politique,  une  suite  de  circonscriptions  géogra- 
phiques occupées  par  des  nations  que  régissent  des  gouver- 
vemenls  différents  ;  pour  l'astronome,  c'est  une  sphère  qui 
roule  dans  l'espace,  conformément  à  de  certaines  lois.  Ainsi 
en  est-il  des  individus,  dont  chacun  est  apprécié  par  les  autres, 
suivant  la  nature  et  les  connaissances  de  ceux-ci.  Ainsi  en 
est-il  des  tombeaux,  où  ceux  qui  ont  connu  le  défunt  trou- 
vent mille  significations  qui  doivent  nécessairement  échapper 
aux  autres.  Aussi  aurions-nous  désiré  que  M.  Henri  La- 
brouste consentît  à  expliquer  lui-même  son  œuvre;  car,  pour 
nous,  nous  ne  pouvons  que  faire  ressortir  ce  que  nous  y 
voyons,  et  si  nous  avions  connu  le  baron  André  de  Ridèle, 
son  tombeau  aurait  pour  nous  une  signification  plus  nette  et 
plus  étendue. 

Nous  dirons  seulement  qu'a  notre  avis,  l'art  n'ayant  pour 
objet  que  d'exprimer  extérieurement  le  sentiment,  la  vie 
intérieure,  on  ne  saurait  adopter  indifféremment  pour  toutes 
les  personnes  les  mêmes  forces  tumulaires.  Une  jeune  fille 
pleine  de  beauté  et  de  grâce,  qui  périt  victime  d'un  accident, 
inspire  des  sentiments  de  regret  bien  différents  de  ceux  qu'on 
éprouve  à  voir  s'éteindre  un  vieillard  qui  a  fourni  pleinement 
sa  carrière.  Ecoutez  ceux  qui  adressent  leurs  derniers  adieux 
aux  morts  que  la  terre  va  recouvrir,  et  admirez  jusqu'à  quel 
point  le  ton  de  l'orateur  se  conforme  instinctivement  à  ce  prin- 
cipe. Eh  bien  !  pourquoi  les  architectes,  dans  leur  langage 
monumental,  ne  s'efforceraient-ils  pas  de  se  conformer  plus 
généralement  à  ce  principe  de  la  convenance  des  choses?  Dans 
le  costume,  le  magistrat  et  le  prêtre  recherchent  les  formes 
simples  et  sévères;  la  jeune  fille,  les  formes  simples  aussi, 
mais  jolies  et  gracieuses;  à  la  mère  de  famille  qui  achève  de 
parcourir  l'été  de  sa  vie,  les  formes  et  les  couleurs  un  peu 
sombres  conviennent,  tandis  qu'à  la  jeune  femme  et  au  jeune 
homme,  au  luxe  de  la  santé,  à  la  plénitude  de  la  vie,  cor- 
respondent naturellement  le  luxe  et  la  richesse  des  formes  et 
des  couleurs.  Pourquoi  ne  pas  traduire  ces  relations  et  mille 
autres  dans  les  tombeaux,  qui  sont,  par  leur  nature  même,  si 
individuels? 

Mais  quelques  uns  de  nos  lecteurs  nous  accusent  peut-être 
d'avoir  abandonné  le  baron  André  de  Ridèle,  et  persistent  à 
nous  demander  quelques  renseignements  sur  lui,  ne  fût-ce 
que  pour  mieux  rechercher  dans  l'œuvre  de  M.  H.  Labrouste 
cette  expression  individuelle  que  nous  disons  devoir  se  ren- 
contrer dans  un  monument  funèbre.  Nous  ne  l'avons  pas 
connu  personnellement;  mais  un  homme  fort  distingué,  qui 
fut  son  élève  et  son  ami,  nous  a  donné  une  note  que  nous 
reproduisons  ici.  Elle  donnera  la  clef  des  quelques  mots  mys- 
térieux de  l'inscription,  et  permettra  de  mieux  juger  l'œuvre 
d'un  confrère  dont  le  nom  suffit  pour  exciter  l'intérêt  des 
artistes. 

«  Le  baron  André  de  Ridèle  est  né  à  Vienne  le  14  sep- 
tembre 1748,  et  il  est  mort  à  Paris  le  15  février  1837,  à 
l'âge  de  quatre-vingt-neuf  ans.  C'était  certainement  l'un  des 
hommes  le:- plus  distingués,  les  plus  extraordinaires  qui  aient 
existé,  lî  cœur  le   plus  noble,  le  plus  généreux,   le  plus 


201 


REVUE  DE  L  ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


302 


grand.  Il  a  passé  sa  vie  h  organiser  dans  sa  tète  un  système 
social  tout  entier,  et  il  avait  donné  à  son  peuple  le  nom  de 
Vouges.  Il  était  impossible  de  l'entendre  parier  de  ses  Vouges 
sans  être  vivement  frappé  de  ses  idées,  profondément  louché 
de  ses  récits.  Il  n'en  a  rien  voulu  publier.  Suivant  lui,  quand 
on  ne  peut  pas  faire  les  choses  soi-mémes  et  d'une  manière 
complète,  il  faut  s'abstenir;  les  essais  incomplets,  gênés  et 
malheureux  compromettent  pour  longtemps  les  meilleures 
idées. 

«  Le  baron  de  Ridèle  a  composé  quelques  poésies  alle- 
mandes et  latines  ;  il  les  signait  Julianus  V indobonensis.  Il 
avait  pris  pour  devise  ces  paroles  de  l'Écriture  :  Operibus 
eorum  cognoscetis  eos. 

»  Son  père  était  colonel  autrichien.  Dans  sa  jeunesse,  il 
avait  été  page  de  Marie-Thérèse,  et  fort  aimé  de  l'impéra- 
trice. Il  était  l'ami  et  le  confident  de  l'empereur  Joseph  II 
et  du  grand-duc  de  Toscane  Léopold,  qui  devint  empereur 
après  son  frère  Joseph.  Quand  Léopold  partit  pour  Florence, 
il  emmena  avec  lui  le  baron  de  Kidèle,  elle  pria  de  prendre 
part  h  l'éducation  des  archiducs  sus  enfants.  L'archiduc  Fran- 
çois, qui  succéda  plus  tard  à  l'empereur  liéopold,  son  père, 
fut  ainsi  l'un  des  élèves  du  baron  de  Ilidèle  pour  les  sciences 
mathématiques  ;  d'autres  personnages  de  la  cour  impériale 
étaient  chargés  des  autres  parties  de  l'éducation. 

«  Quand  Léopold  retourna  comme  empereur  à  Vienne,  il 
ramena  avec  lui  le  baron  de  Pvidèle.  C'est  alors  que  par  les 
conseils  de  l'empereur,  son  ami,  sur  les  renseignements 
qu'il  lui  fournissait  lui-môme,  et  sur  ses  vives  instances,  le 
baron  de  Ridèle  composa  et  fit  imprimer  un  livre  sur  l'a- 
ristocratie. Il  avait  dévoilé  les  secrets  de  celte  redoutable 
puissance;  malheur  à  lui  s'il  était  découvert  !  11  le  fut  après 
la  mort  de  Léopold;  on  le  comprit  dans  un  des  procès  aux- 
quels les  affaires  hongroises  donnaient  lieu,  et  on  le  con- 
damna à  passer  le  reste  de  ses  jours  dans  une  prison  d'Etat. 
L'empereur  François,  son  élève,  l'archevêque  de  Vienne , 
son  collègue  dans  l'éducation  des  archiducs,  ses  amis,  ne 
pouvaient  le  soustraire  aux  vengeances  de  l'aristocratie  :  il 
fut  jeté  dans  la  forteresse  de  Moucats,  transféré  ensuite  ù 
Briinn,  et  enfin,  à  l'approche  des  armées  françaises,  enfermé 
dans  un  couvent.  Le  cor(;s  d'armée  commandé  par  le  maré- 
chal Davoust  s'empara  du  couvent  et  délivra  le  baron  de 
Ridèle,  le  3  septembre  4809,  après  une  détention  de  plus  de 
quinze  années. 

»  Quelque  temps  après,  il  vint  h  Paris,  où  il  vécut,  d'abord 
d'une  modeste  pension  que  lui  firent  quelques  uns  des  hauts 
dignitaires  de  l'Empire.  Mais  la  pension  cessa,  et  M.  de 
Ridèle  fut  obligé  de  donner  des  leçons  pour  vivre.  Il  accepta 
et  souffrit  celte  dure  nécessité  avec  un  courage  admirable. 
Pendant  de  longues  années,  on  l'a  vu  parcourant  tous  les 
quartiers  de  Paris  pour  aller  donner  des  leçons  de  malhé- 
maliquos,  de  grec,  de  latin,  d'allemand,  d'anglais,  d'ita- 
lien, soutenu  dans  ce  pénible  labeur  par  la  force  de  son  en 
ractère,  par  sa  résignation  philosophique,  par  son  inalté- 
rable bonne  humeur,  et  trouvant  encore  dans  le  petit  revenu 


qu'il  s'était  créé  le  mojen  de  soulager  de  plus  pauvres  que 
lui.  Mais'quelques  jeunes  gens,  qui  ataient  éii  ses  élèves  et 
qui  étaient  restés  ses  amis,  résolurent  de  ilonoer  enfin  k 
cette  noble  et  reifpeclable  vieillesse  le  repos  qu'elle  méritait 
si  bien,  et  décidèrent,  non  sans  peioe,  M.  de  Ridèle  i 
accepter  une  pension,  qui  mit  ses  derniers  jours  à  l'abri  Ja 
besoin.  Il  s'est  éteint  dans  sa  quatre-vingt-diiièine  année, 
entre  les  bras  d'un  de  ses  élèves,  qui  lui  a  fait  construire,  sa 
nom  de  ses  amis,  le  simple  monument  dont  la  Reçue  tient 
de  donner  le  dessin. 

"  Ces  jeunes  gens  sont  aujourd'hui  des  hommes  ;  plusi«nir« 
occupent  de  hautes  positions  daus  la  société,  dans  l'Ëtat  ;  ib 
ont  tous  conservé  un  tendre  souvenir  du  bon  vieillard  :  mais 
.ses  principes  d'ardente  philanthropie,  les  ont-ils  tous  con- 
servés fidèlement  ?  » 

Nous  ne  pouvons  mieux  terminer  ce  petit  article  que  par 
l'extrait  d'une  lettre  que  M.  IL  Labrouste  écrivit  à  l'orcation 
du  tombeau  de  M.  André  de  Ridèle.  «  Voici  mon  programe, 
disait  il  :  c  Marquer  la  place  où  sont  disposés  les  restes 
mortels  d'une  personne  rejinttable.  Protéger  un  coin  de  Urre 
contre  d'indiscrètes  profanations.  Honorer  et  conserver  la 
mémoire  d'un  homme  par  un  monument  durable,  par  un 
monument  plus  durable  que  la  vie  d'une  génération. 

»Suns  doute  la  mémoire  chérie  el  révérée  de  M.  de  Ridèle 
sera  longtemps  honorée  et  conservée  dans  le  rœor  de  set 
avxis  et  de  ses  disciples  ;  mais  eux-mèn.es  devront  un  jour 
quitter  ce  monde  :  ils  confient  a  l'architerturr,  à  un  mo- 
nument, le  soin  de  faire  connaître  et  respecter  leur  ami, 
leur  maftre.  C'est,  .selon  moi,  le  caractère  de  durée  qui  doit 
dominer  dans  un  tombeau,  et  cependant  je  n'approuve  pas 
ces  lourds  mausolées  dont  on  écrase  quelquefois  le  corp»  d'un 
ami  ;  je  veux  laisser  voir  la  terre  qui  reçoit  tous  »es  enfants 
dans  son  sein.  La  véritable  séj)ullurp,  lelombeau,  selon  moi. 
c'est  un  peu  de  terre  entourée  d'une  grille,  quelques  fleurs 
et  une  inscription.  » 

CEst»  D.ALY. 


GRILLE  ET  r.HARPE.NTES  DE  Lv  GARE  DU  NORD  Taris}. 

Pour  se  faire  une  idée  exacte  de  l'ensemble  de  la  grille  de 
la  cour  d'entrée,  car  c'est  de  celle-là  que  nous  voulons  par- 
ler, il  faut  consulter  la  vue  de  la  façade  générale  de  la  Gare 
publiée  dans  notre  6'  *olume;  la  pi.  13,  que  nous  offrons 
aujourd'hui  à  nos  lecteurs,  ne  donne  que  les  détails  de  la 
grille. 

Les  fg.  i  ,  '2  et  3 ,  représentent  trois  parties  de  la 
porte  :  la  (ig.  1 ,  la  colonne  autour  de  laquelle  roule  le  teo- 
tail  gauche  et  la  première  colonnelte  du  ventail  loi-roMne  ; 
la  (ig.  2,  une  colonnelte  de  chacun  des  deux  venlaux  de  la 
porte,  et  la  double  colonnelte  formée  par  la  rencontre  des 
\entaux;  et  la  (ig.  3.  la  colonne  laropad-vire  autour  de  la- 
quelle roule  le  ventail  droit  de  laperle.  Par  la  fig.  4,  on  com- 
prend la  coupe  de  la  grille,  et  la  manière  dont  les  colonnes 


203 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


20â 


sont  assemblées  avec  le  socle  en  pierre;  et  par  la  fig.  5, 
on  saisit  le  plan  de  la  porte,  le  mode  de  rotation  des  ven- 
taux,  leur  emboîtement  sur  la  ligne  de  leur  rencontre,  etc. 
Les  fig.  6  et  7  donnent  des  détails  de  forme  et  d'assem- 
blage à  une  grande  échelle,  et  la  fig.  8  montre  le  système 
de  crémone  adopté  pour  les  portes. 

La  grille  est  exécutée  en  fonte  avec  lisses  en  fer  forgé. 
Les  colonnes  sont  scellées  dans  une  assise  en  pierre  de  taille. 
Celles  qui  portent  les  ventaux  mobiles  sont  en  outre  main- 
tenues chacune  par  un  fort  collier  en  fer,  muni  de  quatre 
branches.  Trois  de  ces  branches  embrassent  le  socle  en 
pierre  (Voyez  fig.  1,  3,  4  et  5)  et  sont  scellées  dans  une 
forte  lambourde  placée  au-dessous,  et  la  quatrième  est  scel- 
lée sur  la  face  supérieure  du  socle. 

En  examinant  la  planche  de  la  façade  principale  de  la 
gare  (Voyez  vol.  6),  on  verra  que  la  partie  dormante  de  la 
grille  est  divisée  en  travées  par  des  colonnes  semblables  à 
celles  données;)/.  13,  vol.  7.  Ces  colonnes,  de  quatre  en 
quatre,  sont  maintenues  par  des  colliers  à  deux  branches  en 
fer,  pareilles  à  celles  des  colonnes  fig.  1  et  4,  pi.  13. 

La  lisse  de  la  frise  qui  s'ajuste  avec  la  partie  inférieure 
du  chapiteau  est  fixée  sur  la  colonne  par  des  vis. 

Chacune  des  colonnes  lampadaires  offre  un  vide  cylin- 
drique correspondant  à  son  axe,  pour  donner  passage  au  con- 
duit du  gaz. 

Le  chapiteau  s'assemble  à  emboîtement  sur  la  colonne,  et 
il  y  est  également  maintenu  par  de  fortes  vis. 

La  lisse  supérieure  traverse  le  chapiteau  à  la  hauteur  du 
tailloir,  et  s'y  trouve  assujettie  aussi  par  des  vis. 

Les  candélabres  et  les  boules  s'assemblent  à  emboîtement 
sur  les  chapiteaux. 

Les  candélabres  sont  formés  chacun  de  trois  parties 
{fig.  3)  qui  s'emboîtent  les  unes  dans  les  autres. 

Par  les  j^^.  6  et  7,  on  voit  que  les  petits  montants  octo- 
gones de  la  frise  sont  creux,  et  qu'ils  sont  traversés  par  des 
tiges  en  fer  rond  (ponctuées  dans  le  dessin)  de  0  m.  2  de  dia- 
mètre. Ces  tiges  sont  goupillées  d'une  part  sur  les  balustres 
en  fonte,  de  l'autre  sur  la  lisse  supérieure.  Les  chapiteaux 
des  colonnes  et  le  haut  de  leur  fût  sont  aussi  fixés  sur  cette 
tige  par  des  goupilles. 

Les  ornements  en  forme  d'étoiles  sont  fixés  par  des 
prisonniers  (indiqués  en  ponctués ^gf.  6)  dans  l'une  et  l'autre 
lisse  et  dans  les  montants  qui  les  avoisinent. 

Enfin,  la  crête  qui  couronne  la  grille  est  fixée  dans  la  lisse 
supérieure  de  la  frise,  au  moyen  de  prisonniers  goupillés, 
qui  se  distinguent  parfaitement  dans  les  fig.. 6  et  7. 

Nous  ne  pouvons  que  louer  la  composition  de  cette  grille; 
les  formes  en  sont  heureuses,  élégantes,  variées,  et  bien  en 
rapport  avec  la  matière  ;  la  construction  en  est  simple,  et 
nos  lecteurs  trouveront,  dans  la  pi.  13,  à  la  fois  des  formes 
dignes  d'imitation  et  une  construction  d'une  grande  simplicité. 

Passons  aux  charpentes  : 

La  pi.  \li  représente  la  charpente  et  le  plafond  de  la 
Salle  d'Jttente. 


La  fig.  1  est  une  coupe  transversale  du  haut  de  la  salle 
d'attente.  Elle  montre  la  disposition  de  la  charpente,  la  rela- 
tion de  l'extérieur  de  la  salle  avec  l'intérieur,  et  celle  de  la 
construction  avec  la  décoration. 

La  /îg'.  2  est  le  plan  du  plafond.  La  partie  teintée  repré- 
sente un  vitrage. 

La  fig.  3  représente,  à  une  plus  grande  échelle,  la  coupe 
de  la  panne  inférieure  et  des  parties  qui  l'avoisinent,  telles 
qu'elles  se  voient  sur  le  côté  gauche  de  la  fig.  i. 

La  fig.  4  donne  la  coupe  transversale  de  la  fig.  3,  par 
conséquent,  une  coupe  faite  entre  deux  pannes,  et  parallèle- 
ment à  celles-ci. 

Ces  deux  figures  (3  et  4)  montrent  en  croupe  trois  revê- 
tements parallèles  entre  eux  ;  le  premier,  à  partir  du  dehors, 
représente  la  couverture  en  zinc  avec  volige  qui  la  porte  ; 
le  troisième  représente  le  plafond,  exécuté  en  plâtre,  et 
peint  couleur  de  chêne,  et  le  deuxième,  intermédiaire  entre 
les  deux  autres,  représente  l'enduit  en  mortier  hydraulique, 
qui  abrite  le  plafond  contre  toutes  les  infiltrations  qui  pour- 
raient se  faire  par  la  couverture. 

Les  fermes  de  cette  charpente  ont  les  entraits  et  les  faux- 
poinçons  en  fer  rond,  les  premiers  de  0  m.  041,  et  les  seconds 
de  0  m.  018  d'équarrissage;  les  autres  parties  sont  en  bois 
de  sapin,  excepté  les  blochets,  qui  sont  en  chêne. 

Il  y  a  un  très  grand  préjugé  en  France  contre  le  sapin, 
et  un  préjugé  contraire  en  faveur  du  chêne;  ces  prétentions 
tendent  beaucoup  plus  à  augmenter  les  dépenses  que  la  so- 
lidité des  constructions.  Le  sapin  résiste  mieux  que  le  chêne 
à  la  traction,  et  il  est  bien  rare  que  le  poids  d'une  couver- 
ture soit  suffisant  pour  refouler  les  fibres  du  sapin  par  suite 
d'un  accès  de  pression.  En  Angleterre,  dans  la  plupart 
des  contrées  du  Nord  et  dans  plusieurs  pays  d'Allemagne, 
la  plus  grande  partie  des  charpentes,  tant  des  constructions 
privées  que  des  édifices  publics,  se  font  en  sapin.  Pourquoi 
ne  pas  imiter  cet  exemple  en  France?  et  pourquoi  ne  pas 
employer  dans  nos  charpentes,  à  la  fois  le  sapin  et  le  chêne 
chacun  suivant  sa  nature? 

A  la  hauteur  du  faux  entrait  règne  un  châssis  vitré  horizon- 
tal, qui  se  prolonge  d'un  bouta  l'autre  de  la  salle  d'attente, 
excepté  au  droit  des  fermes,  les  faux  entraits  divisant  le  châssis 
en  une  série  de  compartiments.  Le  verre  blanc  du  châssis  ho- 
rizontal est  dépoli,  et  il  est  encadré  dans  une  bordure  de  verre 
bleu.  Les  entraits  et  les  faux  entraits  sont  vernissés  en  rouge 
et  le  plafond  est  peint  couleur  de  chêne. 

Le  châssis  horizontal  est  abrité  par  un  châssis  extérieur 
à  deux  pans,  qui  s'inclinent  parallèlement  à  la  couverture. 

L'effet  de  ce  plafond  est  charmant,  et  réellement  digne 
d'éloge.  Beaucoup  d'architectes  étrangers  et  des  départe- 
ments en  ont  fait  des  croquis,  et  plusieurs  d'entre  eux  nous 
ont  exprimé  le  désir  de  le  voir  dans  notre  Piecueil. 

La  pi.  15  donne  les  détails  d'une  des  fermes  et  du  plafond 
du  vestibule  de  la  Gare  du  Nord. 

La  fig.  1  donne  une  des  fermes  ;  la  fig.  2,  un  compartiment 
du  plafond,  et  la  fig.  3,  un  grand  détail  du  profil  du  plafond. 


205 


HEVUE  DE  L  AhCHITECTUHE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


2M 


A  droite  et  à  gauche  de  la  fuj.  1,  au  bas  de  la  couverture, 
se  voient  de  très  petites  lucarnes;  on  en  voit  une  aussi  vers 
le  haut  de  la  croupe  droite.  Elles  ont  pour  objet  d'entretenir 
un  courant  d'air,  précaution  très-bien  entendue  pour  la  con- 
servation du  bois. 

Cette  charpente  est  bien  comprise,  et  le  plafond  d'un  bon 
effet;  nous  préférons  cependant  le  plafond  de  la  salle  d'at- 
tente, en  ce  sens,  que  nous  y  trouvons  un  rapport  plus  direct 
entre  la  construction  et  la  décoration. 

Il  existe  un  principe  élémentaire  de  construction  qu'il  est 
bon  de  ne  pas  contredire  môme  dans  une  décoration,  à  «a- 
voir  :  que  les  résistances  doivent  être  proportionnées  aux 
charges;  or,  dans  le  plafond  du  vestibule  de  la  Gare  du  Nord, 
les  caissons  paraissent  encadrés  dans  des  pièces  de  môme 
équarrissage,  et  cependant  ces  pièces  doivent  être  plus  char- 
gées les  unes  que  les  autres.  IN'aurait-il  pas  autant  valu 
accuser  cette  différence  dans  la  décoration  du  plafond?  A 
Ja  vérité  il  y  a  des  précédents  qui  autorisent  le  parti  adopté 
par  M.  Reynaud,  mais  celui-ci  a  l'habitude  de  faire  passer 
les  précédents  devant  le  tribunal  d'une  raison  sévère,  et  de 
rejeter  comme  vicieux  tout  ce  que  la  raison  condamne.  Peut- 
être,  au  reste,  s'estil  trouvé  des  motifs  particuliers  que  nous 
ignorons  pour  faire  adopter  ici  cette  disposition. 

C.  D. 


DE  L'ARCHITECTURE  RELIGIEUSE  AU  XIX'  SIÈCLE. 

Nous  donnons  plus  bas  une  lettre  qui  nous  est  adressée  par  un 
(le  nos  confrères,  M.  Magne,  relativement  k  l'architecture  reli- 
gieuse chrétienne  au  xix'  siècle  M.  Magne,  au  lieu  d'adopter  le 
principe  du  laisser  aller,  Inifser  /josser,  comme  la  plupart  de 
nos  confrères,  apprécie  la  juste  importance  de  cette  grave  ques- 
tion; il  nous  fait  connaître  -^  .m  k  ce  sujet,  et  il  critique 
en  passant  une  de  nos  appr  tourliant  la  direction  im- 
primée aux  études  architectoniqnes  sous  l'influence  de  l'Inslitut. 

M.  Miigne  est  d'avis  que  dans  les  édifices  religieux  modernes, 
on  ne  doit  s'inspirer  ni  de  Vanlii/uc  ni  du  gothiqui-,  mais  du  su/et 
lui-même,  conçu  dans  des  conditions  d'harmonie  avec  notre  cli- 
mat, nos  mœui*s  et  notre  civilisation. 

A  la  honm  heure  !  nous  n'avons  que  des  louanges  pour  cette 
tendance  vers  la  liberti';  de  niénie  cependant  que  nous  protestons 
contre  ceux  qui  voudraient  faire  de  Varc/iilecfure  moderne  tout 


simplement  Varl  de  corulruire  eauform^meiU  <mx  dmmiet  de  fhù- 
toire,  de  même  aiuoi  nous  crierons  gare!  à  teax  qui  préteB- 
druient  créer  de  toutes  pièces  un  art  nouveau  sans  aucna  lien 
avec  les  formes  de  l'art  historique.  La  tnufiliOB,  le  |WMé,  eat  te 
haâc  sur  laqoeile  il  faut  fonder  tout  progrès;  car  c*  pwié»  cTcst 

i'ex|)érieiice  humaine  tout   entière,    c'est  '* 'q     iiMwl  4m 

siècles. 

Mais  nous  ne  prêtons  pas  à  M.  Magne  aoe  aiMM-gr«ade  |«é- 
tentiun  ;  nous  voukMU  seulement  lui  faire  ofasenrer  que  ka  ^tos 
du  moyen  âge  avaient  été  inspirées  par  l'étude  de  lear  deatÙM- 
tion,  de  leur  objet;  que  {lar  conséquent,  en  voulant  créer  au- 
jourd'hui des  églises  «  nouvelles  uniquement  iospiréca  du  «wjfl 
même  »  et  en  harmonie  avec  notre  cltniat,  nos  moHurs  et  notre 
civilisation,  il  propose  tout  twouenteot  de  marcher  dans  aae 
voie  dont  une  partie  notable  est  identique  avec  celle  parcourue 
déjà  par  les  artistes  gottiiques.  Car  les  besoins  et  lesoonveuanc«s 
auxquels  il  laut  satisfaire  en  bâtissant  une  église,  étaient  pour  la 
plupart  les  mêmes  au  moyen  &ge  que  de  nos  jour&  Donc  les 
édifices  religieux  du  moyen  âge  doivent  contenir  des  eoaei- 
gnements  nécessairement  précieux  pour  l'artiste  moderne,  et  r»- 
serait  de  la  témérité  que  de  prétendre  les  mépriser. 

.Si  M.  Magne  traçait  d'un  côté  la  liste  des  ooovcaaneei  d'aae 
église  du  xni'  ou  du  xit*  siècle,  et  de  l'autre  œiloi  d'uae  é%lme 
du  XIX*  siècle,  il  verrait  du  coup  quels  sont  les  termes  commuas 
(|ui  figurent  sur  les  deux  listes  et  en  quels  points  les  égtisos  ■■>- 
dernes  doivent  innover;  il  saurait  qu'il  est  dans  les  édiieaa  du 
moyen  âge  des  choses  très  bonnes  à  conserver,  des  rraiillaliii  4|al 
n'ont  été  obtenus  qu'à  la  suite  de  lAtonnuments,  d'béailatiooa  et 
de  recherches  qui  ont  duré  de  longues  années,  et  qu'il  ttadrait 
bien  recommencer  si,  se  fiant  à  ses  forces  individuelles,  et  ou- 
bliant la  solidarité  naturelle  et  providentielle  des  aièctes,  il  too- 
lait  repousser  à  la  fois  l'antiquité  et  le  moyen  Age  pour  se  na- 
fermer  exclusivement  dans  l'élude  des  convenances  de  son  sojM. 
et  puiser  toutes  ses  solutions  en  lui-même  pour  ne  rien  devoir  à 
ses  devanciers. 

I  Nous  pourrions  ajouter  quelque  clmse  en  faveur  de  l'art  an- 
tique; mais  sur  ce  point,  H.  Magne  est  à  peu  près  couvertid^ii, 
du  moins  c'est  l'impression  que  nous  laisse  l'ensemble  de  sa 
lettre,  et  particulièrement  la  critiqu>-  qu'il  nous  adresse  peraoo- 
nellement  :  «  Vous  reprochez  à  MM.  de  l'instilul,  dit-il,  de  ré- 
»  compenser  de  préférence,  dans  les  concours,  les  compositioa» 
»  que  nous  appelons  clamqties  ;  je  ne  partage  point  cette  0|n- 
u  nion.  Je  ftenu  qu'il  est  itéet$ioire  f«w  le*  ilnet  m  mrtemt  paàu 
»  de  cette  voie  classique,  an  s'en  écarUfU  peu  tant  fm'Ut  frtqmemlmt 
»  les  écoles,  et  lors  des  premières  études  surtout,  parce  que  les  um»- 
»  numents  de  la  Grèce  et  de  l'Italie  emstituent  desétudttièrmmes: 
»  parce  qu'il  s'agit  d'un  style  primitif  (celui  de  la  4*rèee  du 
»  moins)  et  qu'entin  à  leur  sortie  des  éeoUt,  ces  étèves  aérant  en 
»  mesure  d'apprêter  ef  d'utiliser  les  dimna  époftsitfmi  tmt  âme- 
»  cédé  à  ces  mommients.  > 

M.  Magne  ajoute  qu'à  VmOiqiÊe  on  ferait  bien  d'ajouter  l'étude 
des  monumenU  de  la  Nemiissmce,  dont  lesdiaposiliona  peuveat 
être  facilement  appropriées  à  nos  besoins. 

Avions-nous  tort  de  dire  que  M.  Magne  n'avait  pas  besoin  df 
nos  observations  pour  rendre  hommage  à  l'art  antique?  Il  l'aiae 
jusque  dans  ce  style  de  convention  qu'on  désigne  à  rt>oole  ao» 
le  nom  de  elmssiqve. 

M.  Magne  commence  sa  lettre  par  un  appel  à  te  /i*fT#r  ;  il  me 


207 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PURLICS. 


208 


veut  ni  de  l'antique  ni  du  gothique;  puis,  il  nous  blâme,  nous, 
de  ce  que  nous  n'approuvons  pas  ces  professeurs  exclusifs  qui 
ne  veulent  absolument  j'i/e  de  rarchitecture  classique!  Y  a-t-il 
ou  non  contradiction? 

Il  est  question  de  résoudre  le  difficile  problème  de  l'architec- 
ture religieuse  au  xix"  siècle,  de  l'architecture  chrétienne,  et 
M.  Magne,  qui  commence  par  demander  la  liberté,  déclare  qu'on 
doit  enseigner  exclusivement  dans  nos  écoles  l'art  antique,  c'est- 
à-dire,  l'art  fondé  sur  l'idéal  des  lempa  païens.  Il  admet  la  re- 
naissance, à  la  vérité,  sans  doute  parce  que  la  renaissance  est  une 
réaction  en  faveur  de  l'idéal  païen;  et  il  repousse  quoi?  tout 
juste  la  seule  forme  de  l'art  éclos  dans  notre  pays  sous  une  in- 
fluence exclusivement  chrétienne. 

Plus  bas,  M.  Magne  ajoute,  en  parlant  d'un  projet  d'église  qu'il 
vient  de  tracer,  et  que  nous  avons  examiné  avec  un  grand  plai- 
sir, «  que  dans  ce  travail  il  s'est  écarté  des  règles  tracées  par 
»  MM.  les  architectes  de  l'Institut,  règles  que  nous  admettons  dans 
î  les  ÉTUDES,  dit-il,  mais  qui  ne  doivent  point  présider  exclusive- 
»  ment  aux  compositions  des  projets  c^'exécotion.  » 

Tantôt  M.  Magne  louait  la  direction  imprimée  à  l'enseignement 
par  l'Institut;  maintenant  il  déclare  cet  enseignement  insuffisant 
pour  la  pratique  de  l'architecture  ! 

Il  nous  semble  que  si  quelqu'un  pèse  ici  un  peu  lourdement 
sur  l'Institut,  et  met  en  lumière  l'inefficacité  de  ses  enseigne- 
ments, c'est  bien  M.  Magne,  qui  trouve  le  régime  de  l'art  classique 
excellent  à  \' Ecole,  mais  mauvais  dans  le  monde;  bon  pour 
l'enseignement,  mais  franchement  insuffisant  pour  la  pratique. 
Faut-il  conclure  de  ceci  que  M.  Magne  veut  que  l'on  pratique  ce 
que  l'on  n'a  jamais  appris,  et  qu'il  ne  veut  pas  qu'on  enseigne  à 
l'École  ce  qu'on  sera  appelé  à  pratiquer  dans  le  monde. 
Voilà  cependant  quelques-unes  des  conséquences  de  l'exclusi- 


visme !.... 

Nous  pourrions  relever  encore  quelques  incorrections  ou  con- 
tradictions contenues  dans  la  critique  de  notre  honorable  cor- 
respondant, qui  confond,  avec  une  bienveillance  qui  a  bien  son 
côté  honorable,  le  style  classique  de  l'Ecole  avec  le  style  des  mo- 
numents antiques.  Dans  quels  monuments  grecs  trouve-t-on  la 
symétrie  excessive  qui  est  de  principe  à  l'École?  Pourquoi  les 
ordoimances  qui  s'éloignent  des  prescriptions  des  maîtres  ita- 
liens de  la  renaissance  sont-elles  si  mal  accueillies  à  l'École"? 
Est-ce  que  M.  Magne  supposerait  que  ces  prescriptions  sont  con- 
formes à  la  pratique  des  anciens,  que  Vignolle,  Scamozzi,  Pal- 
ladio, etc.,  étaient  profondément  versés  dans  les  formes  de  l'art 
grec,  de  l'art  étrusque,  et  même  de  toutes  les  variétés  de  l'art 
romain?  Alors  comment  se  fait-il  que  M.  Magne,  artiste  distingué, 
esprit  cultivé,  demande  que  l'enseignement  ne  sorte  pas  de  celte 
voie  classique? 

C'est  dans  un  sentiment  d'honorable  bienveillance  pour  ses 
anciens  maîtres  qu'il  faut  sans  doute  chercher  cette  explication; 
mais  les  élèves  ne  méritent-ils  donc  pas  qu'on  soit  juste  envers 
€ux?et  l'avenir  de  l'architecture  en  France  ne  vaut-il  pas  la 
peine  qu'on  s'y  intéresse? 

Nous  ne  voulons  pas  prolonger  inutilement  cette  discussion. 
Si  même  nous  avons  répondu  à  la  critique  de  notre  honorable 
confrère,  c'est  uniquement  parce  que  son  talent  donnait  du 
poids  à  ses  observations,  et  qu'en  les  publiant  nous-mêmes  sans  v 
répondre,  c'eût  été  pour  quelques-uns  une  reconnaissance  tacite 
de  notre  adhésion. 


Si  la  question  du  style  moderne  de  l'architecture  religieuse 
était  résolue,  celle  du  style  de  toute  l'architecture  moderne  serait 
bien  près  de  l'être  aussi  ;  car,  de  même  que  la  religion  d'un  pays 
colore  profondément  toutes  les  institutions  sociales  de  ce  pays,  de 
même  le  style  de  l'art  religieux  jette  un  puissan  t  reflet  sur  le  style 
de  l'art  tout  entier. 

On  a  publié  bien  des  mémoires  déjà  à  l'occasion  de  celui  où 
l'Institut  lança  sa  protestation  contre  les  églises  modernes  de 
style  gothique;  mais  aucun  auteur,  que  nous  sachions,  ne  s'est 
posé  régulièrement  ces  deux  questions,  les  premières  à  résoudre 
cependant  pour  arriver  au  but  : 

Qu'est-ce  qui  constitue  un  style  d'architecture? 

Quelles  sont  les  conditions  sous  l'influence  desquelles  un  style 
d'architecture  se  transforme? 

Un  style  d'architecture  répond  à  un  certain  système  de  con- 
struction; il  affecte  de  préférence  telles  ou  telles  combinaisons 
géométriques  particulières;  il  correspond  à  un  idéal  du  beau, 
idéal  nécessairement  en  relation  harmonique  avec  un  certain 
état  de  l'âme  humaine,  puisque  cet  idéal  est,  pour  cette  âme,  l'ex- 
pression la  plus  élevée  du  beau  en  architecture.  Un  style  d'ar- 
chitecture répond  aussi  à  une  forme  sociale  déterminée,  à  un 
sentiment  religieux  plus  ou  moins  éclairé,  à  un  climat  donné, 
à  une  industrie  plus  ou  moins  avancée,  à  de  certains  maté- 
riaux, etc.,  etc. 

Ces  deux  questions  sont  immenses.  A  notre  avis,  on  a  déjà 
fait  un  progrès  notable  lorsqu'on  est  arrivé  à  en  comprendre 
toute  la  grandeur,  à  formuler  pour  ainsi  dire  le  programme  du 
travail  à  accomplir,  des  sujets  à  traiter,  pour  répondre  à  ces 
seules  questions  en  apparence  si  simples  :  Qu'est-ce  qui  constitue 
un  style  d'architecture?  Quelles  sont  les  conditions  de  la  trans- 
formation d'un  style  d'architecture? 

11  nous  reste  maintenant  à  exprimer  nos  regrets  de  ce  que  si 
peu  d'architectes  aient  répondu  à  l'appel  que  les  circonstances 
leur  adressaient,  car  une  question  importante,  immense  pour  l'art 
moderne,  était  à  l'ordre  du  jour  :  celle  de  la  liberté  en  matière  d'art. 

L'Institut,  au  nom  de  la  liberté,  condamnait  les  églises  moder- 
nes de  style  gothique.  Au  nom  de  la  liberté  encore,  les  adver- 
saires de  l'Institut  condamnaient  l'art  antique.  Au  nom  de  la  li- 
berté aussi,  nous  sommes  venus  à  notre  tour,  et  nous  avons  dit  : 
Qu'on  laisse  chaque  artiste  libre  de  consulter  et  d'interpréter  sa 
propre  nature,  ses  forces,  et  le  sentiment  public;  et  qu'à 
l'exemple  du  grand  Molière,  il  prenne  son  bien  partout  où  il  le 
trouvera. 

Nous  avons  répondu  aux  critiques  de  M.  Magne  ;  il  nous  reste 
à  le  féliciter  de  ses  courageux  efforts.  Lui,  du  moins,  a  pris  ses 
crayons  pour  aller  à  la  recherche  de  ce  terrible  inconnu  que  le 
monde  attend,  et  bien  qu'il  ne  soit  pas  ami,  il  paraît,  de  la 
liberté  d'enseignement,  dans  sa  pratique  du  moins,  il  a  voulu 
être  libre  au  point  de  repousser  toutes  provenances  de  source 
antique  ou  gothique,  de  s'isoler  du  passé,  et  chercher  en  lui-même 
tous  les  trésors  d'imagination  et  de  pensée  que  demande  un  bon 
projet  d'égli.se  catholique  au  xix"  siècle. 

Nous  disons  qu'il  l'a  voulu,  et  non  pas  qu'il  l'a  fait.  L'impos- 
sible ne  se  fait  pas  ;  mais  enfin,  il  a  pratiqué,  autant  qu'il  était  en 
lui  de  le  faire,  le  principe  de  Y  écart  absolu,  et  il  est  arrivé,  à  notre 
avis,  à  une  très  gracieuse  composition  dont  le  style  rappelle  les 
monuments  de  la  Rcnaisfance. 

CÉSiR  DALY. 


209 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DRS  TRAVAUX  PUBLICS, 


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Monsieur  et  r.nEii  coNFrtKRE, 

Récemment,  dans  votre  Itevun,  vous  vous  êtes  occupé  de  la 
lettre  signée  de  M.  le  secrétaire  perpétuel  de  l'Académie  des 
beaux-arts,  qui  condamnait  l'érection,  au  xi.V  siècle,  d'églises 
de  style  gothique. 

A  l'époque  où  nos  honorables  maîtres  de  l'Institut  adressaient 
cette  protestation  à  M.  le  ministre,  j'eus  occasion  de  manifester 
à  M.  le  comte  i^éon  de  Laborde  mes  convictions  à  ce  sujet  : 
M.  (le  Laborde  me  demandait  alors  s'il  n'était  pas  possible  de  se 
servir,  en  dehors  du  gothique,  pour  les  monuments  religinux, 
d'un  autre  style  que  celui  de  l'éternel  porche  di's  temples  païens. 

Sur  niii  vé[)on.se  allirmative,  M.  de  Laborde  m'engagea  à  faire 
pour  la  place  Bellechasse  une  composition  nouvelle  puisée  non 
plus  à  leile  source  de  l'antiquité,  comme  le  sont  les  églises  bâ- 
ties de  nos  jours,  ni  à  telle  époque  de  l'art  gothique,  mais  in- 
spirée du  sujet  môme,  et  en  harmonie  avec  notre  climat,  nos 
mœurs  et  notre  civilisation  au  xix°  siècle. 

Le  sujet  était  plein  d'intérêt,  d'actualité,  je  n'hésitai  point  à 
l'aborder. 

Avant  d'aller  plus  loin,  permettez-moi  de  revenir  sur  un  pas- 
sage de  votre  article,  relatif  à  la  direction  des  études  à  l'KcoIe 
royale;  vous  reprochez  à  ces  messieurs  de  l'Institut  de  récom- 
penser de  préférence  dans  les  concours  les  compositions  que  nous 
appelons  classiques  ;  je  ne  partage  point  à  ce  sujet  cette  opinion  : 
Je  pense  qu'il  est  nécessaire  que  les  élèves  ne  sortent  point  de 
CETTE  voie  classique,  ou  s'en  écnrtenl  peu  tant  qu'ils  fréquentent  les 
écolçs,  et  lors  des  premières  études  surtout,  parce  que  lesmonu- 
ments  de  la  Grèce  et  de  l'Italie  constituent  des  études  sérieuses, 
propres  à  développer  et  h  former  le  goût  et  le  jugement,  et  aussi 
parce  qu'il  s'agit  d'un  style  primitif  (celui  de  la  Grèce  au  moins), 
et  qu'enfin,  à  leur  sortie  des  écoles,  ces  élèves  seront  en  mesure 
d'apprécier  et  d'utiliser  les  diverses  époques  qui  ont  succédé  à  ces 
monuments,  et  qui  s'y  sont  la  plupart  du  temps  inspirées.  Nous 
pensons  cependant  (\\\e  l'on  devrait  élargir  le  cadre,  et  joindre  à 
ces  éludes  les  monuments  d'une  autre  époque  fertile  en  résultats, 
ceux  de  la  fin  du  xv"  siècle  et  tout  le  xvi'  siècle  dont  les  disposi- 
tions peuvent  être  facilement  appropriées  à  nos  besoins,  tout  à 
fait  en  rapport  avec  l'échelle  des  constructions  de  cette  époque. 

Je  reviens  à  mon  sujet  : 

Je  vous  ai  dit  en  commençant  que  jo  ne  pensais  point  que, 
de  nos  jours,  les  monuments  religieux  eussent  été  assez  sé- 
rieusement étudiés  (I),  qu'ilsavaient  été  créés  en  dehors  de  cette 
préoccupation  essentielle  du  climat,  des  mœurs,  des  croyances  et 
de  la  civilisation  ;  aussi  ces  questions  graves  devaient-elles  pré- 
sider à  notre  composition  que  nous  essaierons  d'esquisser  en 
quelques  mots. 

Vous  le  savez,  ce  monument  n'est  point  gothique,  car  il  est  le 
complément  de  la  protestation  de  M.  Raoul  Rochette,  quoi<|ue 
s'écartant  des  règles  tracées  par  MM.  les  architectes  de  l'Institut, 
règles  que  nous  admettons  dans  Us  études,  mais  qui  ne  doivent 
point  présider  exclusivement  aux  compositions  des  projets  d'exé- 
cution; en  voici  la  raison  : 

Et  d'abord,  ne  pensez- vous  pas,  cooUM  nous,  qu'il  répugne  à 


(I)  J'eiceplc  de  la  qucsliun  les  petites  églises  de  M.  Lequeus  dans  les- 
quelles ce  vice  géuérai  de  la  ronipositiou,  que  nous  sigaaious, u'eiiste  point; 
il  }  a  là  évidemment  les  qualités  que  nous  voudrions  trouver  aillears. 
T.  VU. 


un  artiste  de  copier  servilement  les  époques  qui  nous  ont  pré- 
cédé? Ne  doit-on  point  se  contenter  de  t'inipirer  de  ce  qui  a  été 
fait  avant  nous,  et  ne  faut-il  {wint  avant  tout  approprier  l'art  k 
notre  époque  ? 

Nous  |>ensons  aussi  qu'il  faut  éviter  le  caradère  imprimé  k 
nos  monuments  religieux  d'aujourd'hui,  p«ree  qu'il  fiiiMiebl 
composition  essentielle  du  monument,  et  que  œ  caractère  ne 
peut  s'harmoniser  ni  nvet;  nos  mœurs,  ni  avec  notre  climat; 
n'est-il  point  regrettable,  en  effet,  de  masquer  par  de  grands 
murs  froids  décorés  en  avant  de  quelques  colonnes  surmontées 
d'un  fronton,  et  percés  latéralement  et  postérieurement  d'ouver- 
tures sans  cnrnclërc,  les  emménagements  intérieurs,  dignesd'étre 
tous  rigoureusement  accentués  avec  l'imp^irtance  qu'ils  doivent 
avoir.  On  cherche  en  vain  dans  ces  églises  une  nef,  des  bas  côtés. 
des  chapelles  ;  tout  est  confondu  et  s'abrite  derrière  un  mur  ett 
terrasse,  sorte  de  paravent  qui  ne  laisse  rien  soupçoimer  des 
dispositions  intérieures,  comme  s'il  y  avait  là  quelque  chose  de 
honteux  qu'il  fallût  cacher. 

C'est  ce  vice  général  de  la  composition  moderne  qui  tait  l« 
supériorité  des  églises  gothiques  sur  celles  bâties  de  noi  jours. 

Nous  avons  signalé  l'écueil  ;  maintenant  l'esfiaisse  que  nous 
devions  faire  n'est-elle  pas  en  grande  partie  tracée  ? 

Le  programme  ainsi  résolu,  nous  avons  mis  à  nu  toutes  les 
parties  essentielles  du  monument,  en  accusant  rigoureusement 
les  nefs,  les  chapelles,  etc.,  ainsi  que  leurs  divers  abris;  nous 
avons  décoré  ensuite  ces  nouvelles  silhouettes,  commandées  par 
les  besoins  du  monument  et  appropriées  aussi  à  notre  climat,  qui 
exige  non  pas  des  combles  plats  masqués  [Mr  des  attiques,  mais 
des  combles  nécessairement  rapides  qu'il  est  inutile  de  déguiser, 
d'autant  mieux  que  cette  disposition  est  vraie  et  grandiose  tout 
à  la  fois. 

Le  style,  c'est  celui  des  monumcnis  religieux  au  xix*  siècle; 
l'ogive  ne  se  trouve  que  là  où  les  raccordements  des  voAles  le 
commandent,  et  dans  la  voûte  qui  ferme  la  nef  principale;  car 
nous  pensons  que  cette  forme  seule  permet  de  donner  le  cachet 
d'élévation  imprimé  aux  voûtes  de  nos  cathédrales  gothiques, 
élévation  que  ne  peut  atteindre  l'arc  plein-cintre.  D'autres  dis- 
positions contribuent  encore  à  cette  élévation  de  style  que  l'on 
ne  rencontre  point  dans  nos  églises  modernes,  et  cependant, 
quoi  de  plus  simple  que  cette  décoration  sans  saillies,  <|ui  per- 
met à  l'util  de  mesurer  d'un  seul  coup  la  hauteur  de  la  nef,  sut 
être  arrêté  par  ces  lourds  entablements  modernes,  bons  à  l'exté- 
rieur parce  qu'ils  abritent  lesconslruriions,  mais  qui  ne  peuvent 
trouver  place  dans  une  décoration  intérieure  où  ils  ne  sont  point 
motivés  et  où  ils  produisent  de  si  fâcheux  résultats. 

Le  portail  est  formé  d'arcades  en  harmonie  avec  la  nef  et  les 
bas  cdlés  qu'elles  accusent  ;  au-dessus  du  pignon  de  la  grande 
nef  s'élève  la  tour  qui  reçoit  les  cloches,  elle  est  surmontée  d'une 
pyramide  à  base  octogone;  à  la  hauteur  du  transsept^s'élère  un 
vaste  dôme  embrassant  les  trois  nefs  comme  celui  de  Sainte- 
Marie  des  Fleurs  à  Florence  ;  enfin,  îes  diverses  chapelles,  celle 
de  la  Vierge  à  l'extrémité  de  l'abside,  les  sacrislies,  k  cbspelle 
des  instructions  religieuses  et  le  beptisIènB  s'exprima»  lonf  à 
l'extérieur  avec  la  décoration  qui  leur  est  propre.  Le  porche 
donne  entrée  à  ces  deux  dernières  chapelles  tout  k  (ait  diUiacm 
des  autres  ;  de  cette  façon,  les  besoins  de  ces  ciupeiles  «"excroeat 
en  dehors  des  cérémonies  de  l'église  et  sans  troubler  son  colle. 

Ce  projet  avait  été  disposé  pour  les  terrains  de  l'ancieo  ooarent 

là 


«11 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


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de  Bellechasse;  aujourd'hui,  la  question  est  jugée  :  j'ai  cru  néan- 
moins devoir  compléter  mon  travail  dont  l'intérêt  a  grandi  en 
présence  de  la  détermination  de  M.  le  ministre. 

Ce  monument,  sous  l'invocation  de  sainte  Marie,  s'élèverait  sur 
l'un  des  îlots  de  la  place  d'Europe,  formé  par  les  rues  de 
Saint-Pétersbourg,  de  Hambourg,  d'Amsterdam  et  de  Berlin  ;  il 
comprendrait  aussi,  comme  dépendances,  un  presbytère  et  des 

écoles. 

Le  nouveau  quartier  de  la  Chaussée-d'Ântin  et  les  Batignolles 
ont  pris  une  grande  extension,  ce  faubourg  de  Paris  n'a  qu'une 
fort  petite  église  insuffisante  pour  sa  population,  et  le  nouveau 
quartier  n'en  a  point;  nous  espérons  appeler  l'attention  de  M.  le 
ministre  sur  la  nécessité  qui  se  fait  sentir  depuis  longtemps  déjà, 
de  donner  à  cette  nouvelle  population  un  monument  où  il  puisse 
abriter  ses  croyances. 

Il  serait  intéressant  de  pouvoir  établir  la  comparaison  entre  le 
retour  au  gothique  dans  le  foubourg  Saint-Germain,  les  rémi- 
niscences des  temples  antiques  dans  la  Chaussée-d'Antin  et  le 
faubourg  Poissonnière,  et  le  style  religieux  du  xix"  siècle  sur  la 
place  d'Europe. 

Agréez,  monsieur  et  cher  confrère,  les  affectueuses  salutations 
de  votre  dévoué  serviteur, 

A.  MAGNE. 


EXCURSION  DANS  PARIS. 

MONSIEDR  LE  DlRECTEnn, 

Vous  avez  plus  d'une  fois  réclamé  de  vos  lecteurs  des  renseignements 
sur  tout  ce  qui  se  fait  dans  Paris  au  point  de  vue  architectural.  Permet- 
lez-moi  de  vous  soumettre  ù  ce  sujet  quelques  impressions  de  voyage 
intramuros.  Ce  n'est  pas,  à  diie  vrai,  une  mince  besogne  par  ce  temps 
de  bâtisses  et  de  démolitions;  car  il  faudrait,  jouissant  d'un  don  de  pré- 
sence multiple  ni  plus  ni  moins  qu'un  génie  fantastique,  se  trouver  à  la 
fois  aux  quatre  coins  de  la  grande  ville,  ou,  pour  mieux  dire,  aux  cinq, 
puisque  Paris  est  un  immense  pentagone  dont  les  cinq  angles  principaux 
ont  pour  sommet  les  barrières  de  Passy,  de  l'Étoile ,  de  la  Villelte,  du 
Trône  et  d'Enfer. 

De  ces  cinq  angles,  le  plus  favorisé  sous  le  rapport  du  développement, 
c'est...  la  barrière  de  Clichy,  que  je  n'avais  point  comprise  dans  la  no- 
menclature écrite  ci-dessus,  attendu  que  ce  point  est  vers  le  centre  d'une 
immense  ligne  droite  qui  prend  naissance  à  la  barrière  de  Chartres,  voi- 
sine de  l'Etoile,  et  s'étend  jusqu'à  la  Villette.  Ce  quartier  envahisseur 
semble  affronter  la  menace  d'une  vieille  prédiction  qui  annonçait  (je  ne 
sais  plus  en  quels  termes,  vu  qu'il  y  a  bientôt  trente  ans  que  je  l'ai  lue) 
que,  quand  Montmartre  serait  dans  Paris ,  Paris  serait  détruit.  En 
dépit  de  cette  effrayante  prédiction,  les  Batignolles,  Orsel,  Clignancourt, 
la  Nouvelle-Flandre,  tendent  incessamment  à  absorber  cette  fatale  butte 
au  pied  de  laquelle  le  chemin  de  fer  du  Nord  vient  fièrement  apporter  son 
tribut  de  richesse  et  d'activité  en  semant  autour  de  son  embarcadère 
une  foule  de  maisons  nouvelles  dans  le  clos  Saint-Lazare  qui  n'était  hier 
encore  qu'un  vaste  désert. 

Il  y  a  quelques  années,  si  je  ne  me  trompe,  on  parla  sérieusement  d'a- 
battre la  butte  Montmartre,  à  demi  rongée  depuis  des  siècles  par  les 
vastes  exploitations  de  son  excellent  plâtre.  C'était  un  moyen  un  peu 
brutal  d'éluder  la  terrible  prédiction,  et  cet  exploit  de  tranche-montagne 
aurait  privé  Paris  de  l'un  de  ses  belvédères  naturels,  du  haut  desquels  le 
bourgeois  badaud  est  si  heureux  d'aller  contempler  la  cité  reine  enve- 
loppée de  brouillard  et  de  fumée,  sous  prétexte  de  faire  le  dimanclie  une 
partie  de  campagne. 


Ce  projet  destructeur  n"a  pas  eu  de  suite  et  n'en  aura  pas.  M.  de  Bara- 
buteau,  préfet  de  la  Seine,  a  visité  ces  jours  derniers  les  carrières  gyp- 
seuses  de  Montmartre,  accompagné  de  M.  Héricurl  de  Thury,  inspecteur 
général  des  mines,  et  de  l'ingénieur  en  chef  du  département.  Il  est  des- 
cendu dans  tous  les  souterrains  :  il  a  fait  reconnaître  et  constater  l'état 
de  tous  les  fontis.  Les  mesures  nécessaires  ont  été  prises  pour  combler 
les  excavations  et  consolider  le  sol  dans  les  parties  de  la  montagne  qui 
pouvaient  offrir  des  dangers.  On  fera  cesser  et  les  exploitations  clandes- 
tines et  celles  qui,  pratiquées  à  l'aide  de  la  poudre,  lançaient  des  pierres 
et  des  débris  dans  des  propriétés  éloignées. 

Ces  mesures  sont  sages  et  valent  mieux  que  la  destruction  de  Mont- 
martre ;  une  infinité  de  raisons  militent  ponr  sa  conservation.  D'abord  la 
démolition  d'une  montagne,  si  mignonne  qu'elle  soit,  n'est  pas  une  petite 
affaire,  et  le  résultat  ne  vaudrait  pas  le  travail.  Puis  Montmartre,  pour 
une  grande  partie  des  beaux  quartiers  de  Paris,  sert  d'écran  contre  la 
bise  du  nord.  Enfin,  le  sol  de  la  capitale  est  si  peu  accidenté,  qu'il  faut 
bien  se  garder  de  toucher  à  cet  ornement  naturel  que  la  Providence  a 
élevé  pour  l'agrément  et  surtout  pour  l'utilité  de  la  grande  ville.  Paris 
brisant  la  butte  Montmartre,  serait  coupable  d'un  véritable  matricide  ; 
car,  nourrice  féconde,  la  vieille  colline  n'a-t-elle  pas  donné  à  la  ville  le 
plus  pur  lait  de  son  sein  ?  le  sulfate  de  chaux  qu'elle  produit  entre  pour 
moitié  dans  la  construction  des  rues  et  des  édifices  bâtis  à  ses  pieds.  Voilà, 
ce  me  semble,  assez  de  motifs  pour  conserver  la  bulle  Montmartre.  Donc 
laissons-la  tranquille  et  n'en  parlons  plus. 

Descendons  de  ses  hauteurs  au  centre  de  Paris.  Nous  voici  rue  de  la 
Paix,  une  belle  rue,  large,  aérée,  riche,  si  riche  même  qu'elle  vient  de  se 
passer  la  fantaisie  d'un  trottoir  en  porcelaine!  Plaisanterie  chinoise, 
direz-vous.  Non,  monsieur,  c'est  tout  simplement  la  vérité,  je  ne  me 
permettrais  pas  vis-à-vis  de  vos  lecteurs  cette  irrévérence  exotique.  Le 
trottoir  est  bien  en  porcelaine  ;  cette  substance  si  blanche,  si  délicate, 
jouissant,  il  n'y  a  guère  plus  de  cent  ans,  de  la  considération  accordée  aux 
pierres  précieuses,  après  avoir  été  l'objet  d'une  haute  industrie  honorée 
d'un  privilège  royal,  s'est  d'abord  généreusement  laissée  mettre  à  la  portée 
de  tout  le  monde  par  sa  docilité  à  se  prêter  à  toutes  les  tentatives  mo- 
dernes. Et  maintenant,  la  voilà  descendue  au  modeste  rôle  de  trottoir! 
la  voilà  foulée  aux  pieds  comme  le  grossier  bitume  !  Certes  M.  Brongniart 
dans  son  exellent  traité  des  arts  céramiques,  n'avait  pas  prévu  cet  em- 
ploi nouveau  du  kaolin. 

Mais  enfin,  puisque  le  sacrifice  est  accompU,  voyons  un  peu  comment 
la  porcelaine  remplira  la  fonction  qu'on  lui  impose.  Vous  avez  deviné 
sans  doute  que  ce  trottoir  est  à  la  porte  d'un  fabricant  de  porcelaine  ; 
cela  va  de  soi-même.  Vous  ne  pourriez  pas  accuser  le  conseil  muni- 
cipal d'une  pareille  prodigalité  au  moment  où  la  cherté  des  subsis- 
tances lui  prescrit  une  tâche  si  lourde  et  si  noble,  qu'il  remplit  si  digne- 
ment. 

Revenons  à  notre  fastueux  trottoir  et  disons  quel  est  son  mode  de 
construction.  11  est  formé  de  demi-cubes  en  bitume,  de  30  à  UO  centimè- 
tres de  côté  sur  20  centimètres  d'épaisseur  environ,  à  la  surface  desquels 
sont  incrustées  de  petites  plaquettes  carrées,  juxtaposées,  sans  intervalle 
entre  elles.  Ces  plaqueUes,  qui  ont  environ  U  cent,  de  côté,  n'ont  guère 
plus  de  5  a  6  millimètres  d'épaisseur.  Elles  sont  en  porcelaine  de  deux 
couleurs,  blanches  et  vertes  d'un  vert  terne.  On  a  disposé  ces  plaquettes 
de  manière  à  former  un  dessin  absolument  pareil  à  ceux  que  l'on  fait 
avec  des  perles  sur  le  canevas.  L'effet  du  dessin  n'est  pas  heureux  par  la 
raison  que  celte  mosaïque  est  trop  rapprochée  de  l'œil  de  l'observateur; 
les  carreaux  sont  trop  grands,  et  ce  n'est  qu'à  la  fenêtre  du  quatrième 
étage  de  la  maison  d'en  face  qu'on  peut  jouir  de  l'effet  produit  par  cet 
arrangement  symétrique. 

Dirai-je  que  les  pieds  des  passants  ajoutent  à  cette  composition  des 
arabesques  invraisemblables  qui,  sans  doute,  n'entraient  pas  dans  la 
pensée  de  l'auteur  et  troublent  tant  soit  peu  l'harmonie  générale  et  les 
reflets  du  coloris  ?  C'est  un  essai,  me  répondra-t-on.  Soit.  Mais  qu'il 
prenne  fantaisie  à  chaque  industriel  de  poser  ainsi  sur  la  voie  publique 
des  échantillons  de  sa  fabrique ,  nous  aurons  des  trottoirs  en  fonte ,  en 


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REVUE  DE  LAHCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


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zinc,  en  acajou,  en  cuir  bouilli,  en  carton-pierre,  en  caoutcbouc  !  0"' 
peut  dire  où  cela  s'arnMcrnit  7  Dt'jà  nous  avons  transformé  les  murailles 
veuves  de  fcni^ircs  en  niriclics  gëanie»,  qid  feraienl  croire  aux  «îlrangers 
qnc  nous  sommes  un  |>ciiplo  de  myopes.  Les  couleurs  les  plus  discor- 
dantes solliciipnt,  que  dis-je  7  braient  le»  regards  de  la  foule.  U's  grandes 
opérations  Indnslriolles,  les  (.'rands  journaux,  les  grands  magasin»,  les 
grands  libraires  fonl  de  grandes  annonces,  de  grandes  aflicbes,  et  souvent 
aussi,  bêlas  1  — de  grandes  cbutes  ! 

A  propos  d'aflicbes,  monsieur,  passez-moi  une  courte  observation. 
Depuis  quelque  temps  je  vols  placarder  devant  les  maisons  en  construc- 
tion, N....  entrepreneur,  rue....  n"...  C'est  bien  ;  mais  tr('s  souvent  aussi 
je  Ils,  N...  propriétaire.  Quant  i  l'archilecie,  je  ne  vois  jamais  son  nom. 
Pourquoi  7  le  jugernit-on  par  hasard  Indigne  de  la  publicité  7  Ou,  ce  qni 
me  paratir.iil  pins  élraniie,  se  passerail-on  de  son  concours  7  Plusieurs 
architectes  m'onl  dit  que  la  spéculation  s'étant  emparée  du  bâiimeni,  cet 
étal  de  choses  nuisait  aux  Intérêts  des  véritables  arcbitecies.  Est-ce  qu'il 
y  aurait  de  faux  architectes?  Ceci  passe  mon  Intelligence.  Je  ne  sache 
pas  qu'il  existe  au  monde  de  fauxpeintres  et  de  faux  sculpteurs,  et  J'avoue 
ne  pas  mieux  comprendre  une  maison  sans  architecte  qu'une  statue  sans 
sculpteur.  Ct^pendan',  des  archllccles,  de  tTOjx  architectes,  sans  doate, 
se  plaignent.  Venlller,  donc,  monsieur  le  Directeur,  me  tirer  de  perplexité 
et  altaclicr  le  grelot,  puisque  les  individualités  souffrent  sans  que  les  cor- 
porations apportent  le  remède  au  désordre. 

De  quoi  vous  parlerai- je  encore?  Vous  savez  qu'on  démolit  le  côté 
droit  de  la  nie  Montmartre  dcpids  son  entrée  jusqu'à  la  rue  Tiquelonne. 
Cet  élargissement  est  un  véritable  bienfait  pour  ce  point  si  actif  et  si 
plein  de  mouvement.  Vous  savez  encoie  que  l'on  construit  sur  le  canal, 
au  point  où  II  ir.iverse  la  rue  I'"aul)ourg  du  Temple,  une  passerelle  en  fer 
entre  les  deux  ponts  tournants.  Cette  passerelle  a  pour  but  de  laisser  la 
circulation  des  piétons  constamment  lilire  à  cet  endroit  où  le  paange  fré- 
quent des  bateaux  l'interrompt  forcément  à  chaque  instant.  Il  y  a  là,  en 
cITct,  un  grand  nionvcuierit  de  voilures,  et  deux  lignes  d'omnibus  faisant 
le  service  de  Bellcvllle.  11  en  résultait  des  encombrements  fréquents  et  fà- 
•chcux....  I^a  cnnsiruclion  nouvelle  y  portera  remède.  Elle  sera  terminée 
avant  que  ma  lettre  ne  parvienne  i  vos  lecteurs,  l'ne  passerelle  semblable 
à  celle  dont  nous  parlons  existait  déjîi  à  200mMrès  environ  delà  place  de 
la  Bastille,  entre  les  rues  Amelot  et  d'Aval.  Mais  comme  on  a  maintenu 
le  passage  de  service  sur  l'une  des  écluses  placées  au  bas  de  ce  petit 
pont,  la  force  de  riialiiliide  ou  peut-être  la  paresse  de  gravir  douze  ou 
quinze  marches,  lait  que  l'on  passe  presque  autant  sur  l'écluse.  D'ailleurs, 
le  voisinage  de  la  .place  de  la  Itastille  diminue  la  fréquentation  de  ce  lieu 
de  transit. 

Puisque  je  suis  en  train  de  passer  les  ponts,  un  mot,  si  vous  le  touIcz 
bien,  sur  celui  de  Constantine,  dont  le  tablier  a  l'air  d'être  fait  avec  les 
vieilles  douves  des  tonneaux  de  la  Halle  aux  vins,  à  laquelle  il  aboutit. 
Une  des  poutrelles  trjnsversalcs  suspendues  aux  grands  cibles  et  qui 
supportent  le  tablier,  est  dans  un  étal  de  pourriture  inquiétant.  On  la  croi- 
rait posée  là  depuis  quatre  siècles.  Si  par  malheur  clic  vieut  quelque  jour 
à  se  rompic,  les  douves  iront  tout  droit  à  la  rivière,  et  malheur  au  pas- 
saut  1  il  verra  fuir  sous  lui  ce  sol  tremblant  qui  semble  toujours  le  porter 
à  regret. 

Donc  traversons  bien  vite  le  (loat  de  Constantine  si  nous  ne  voulons 
être  la  première  victime,  étalions  voir  le  pont  de  laToumeile.  Son  tablier 
si  accidenté,  les  arceaux  en  fonte  dont  on  Ta  flanqué  de  chaque  côté  pour 
l'élargir,  et  sou  parapet  à  jour,  également  en  fonte,  lui  donnent  un  air  de 
jeunesse  tout  à  fait  rassuiant,  et  font  oublier  le  danger  auquel  on  vient  de 
s'exposer  en  franclii.ssani  la  passerelle  de  Constantine  aux  rides  préma- 
turées comme  celles  des  femmes  arabes. 

Liie  large  rue  va  s'ouvrir  sur  les  terrains  dits  du  cardinal  lx;moine,  en 
face  le  pont  ilc  l.i  'l'uurno'le,  pour  aller  aboutir  à  la  rue  des  I-"ossés-Saint- 
Victor.  En  attendant,  pa.ssons  par  la  rue  des  Eossés-Saint-Bcrnard.  Cette 
belle  rue  est  bordée  à  gauche  par  la  longue  grille  de  la  Halle  aux  \ins  et  de 
l'autre  par  dos  maisons  (|ui  tendent  à  se  renouveler;  car  nous  en  avons 
déjà  remarqué  deux  toutes  neuves  k  l'entrée  du  quai. 


Nous  voici  près  da  quartier  de  l'École  poirtecfaotqoe.  Une  me  qui  | 
le  nom  de  celle  école  vient  d'Ctre  ooverte  et  amtUmt  et  qoHlier  | 
leox  et  méphitique.  La  fontaine  Sainle-Geiie*ièl«  «'fthiw  de  «encr  Ma 
eand'Arrueil  aux  habitants  d'akotour,  mais  il  s'est  pw  préMaHUefnToB 
la  maintienne  k  la  place  qu'elle  occope.  Malgré  lotit  omm  retped  pow le* 
antiquités  (cette  fontaine  date  de  la  Rf nalMance),  j'aiaerais  aoUot  b  voir 
ailleurs.  Dans  le  quartier  où  nous  somme*  i  préMat,  plvs  de  trottoir*  ea 
[Ktrcelaine.  Il  n'y  en  a  même  d'aucune  sabataace  oooaw.  Pourta*!.  mh 
lieurions  des  contrastes.  An  t>aa  de  b  moatagM  Saiate-Ccaevièit  CK  Je 
pendant  de  SaintGiUt'-l'arith,  la  rue  Tniiiifcii  et  aea  aflaaML  As 
sommet  de  la  montagne,  nou<  sommes  en  plein  quartier  blia,  futta 
ainsi  nommé  parce  qu'on  j  trouve  de*  moDoiaeois  grecs,  leb  qse  IXMéta, 
le  Panthéon,  et  de*  élaUbacsMatt  Iraacab,  comme  to  SorboMe,  le 
Collège  de  France,  l'Ecole  de  Droit,  l'Ecole  des  Wse*.  Je  «Icm  de  seasMr 
le  Panthéon...  Ce  monument  attend  loofoois  *e*  *latses,  «e*  portes  ct^ 
j'allais  dire  ses  grands  tiomme*  :  mais  Voltaire  et  RoiHMsa  jr  sost  —  es 
effigie. 

En  attendant,  on  parle  beaucoup  de  construire  b  mairie  du  Xll*  arroo- 
dissement  sur  un  terrain  qui  fait  pendant  au  portique  csnil%Bede 
l'École  de  Droiu  Si  j'osais  me  permettre  un  déiesuble  6m  mot.  Je  dbtii 
qu'il  est  surprenant  que  le  plan  de  l'édifice  où  l'on  »«Hb^  le  droit  mU 
une  courbe:  mais  l'amour  de  la  symétrie  appliquera  le  même  syslèsMde 
portique  à  la  municipalité,  ce  qui  démonéliaera  moo  Jeu  de  mou.  Tasdi* 
que  nous  sommes  place  du  l'antliéoo,  remarquons  1rs  travaux  de  bss»- 
velle  bibliothèque  Sainte-Geoeviêve  ;  le  gro*  oeuvre  ea  cM  ptesqae  eslit- 
rement  terminé,  de  grosse*  pierres  saUbntesappclleni  le  dsera  de*  acaip- 
leurs,  des  cavités  pratiquées  dans  b  frise  nous  promettent  de  beawx  niÊtk 
en  bronze.  La  fievue,  sans  doute,  ne  se  cosieslen  pas  de  i 
une  description  de  ce  monument,  nos*  eapéross  qse  le 
de  ses  dessinateurs  et  le  burin  si  pur  de  ses  graveur*  noo*  ea  oftrirosi 
une  image  consciencieuse  et  Adèle. 

L.a  rue  Soufflot  vient  de  faire  la  trouée  si  longtemps  projetée  do  fta- 
théon  au  Luxembourg,  de  sorte  que  d'ici  à  quelque  temps  MM.  le*  prin 
du  royaume  pourront  contempler  des  fenêtres  de  leur  palais  b  coapolede 
leur  Saint -Denis.  N'y  a-t-ll  pas  déjà  une  dynastie  de  sénateur*  dass  la* 
cryptes  du  Panthéon  T 

llecevez,  monsieur  le  directeur,  mes  dvililés  afliectneiMes. 

Dh  de  txw  Udemn. 


P.  S.  J'oubliais  de  vous  dire  que  l'andea  pool  aux  Doubles  <ai 
nommé  parce  que  deux  personnes  passaient  pour  on  ao«  i  l'épefse  oè 
s'observait  le  péage  de  ce  pont)  est  en  démolition  cosiplète.  Il  < 
de  le  remplacer  par  un  pont  d'une  seule  arclie.  Oa  derraii  ca 
pour  tous  les  ponts  jetés  sur  le  bras  gauche  de  U  Seine,  et  sartoot  se  pae 
éublir  de  péage;  car  à  cette  extrémité  de  b  cité,  le*  pontspayanls  se  sasl 
donnés  rendez-vous  et  forment  un  groupe.  Depub  celui  d'Arcole  Jasqal 
celui  de  l'Archevêché,  j'en  compte  quatre  ;  c'est  un  abus.  .%in»i  le  | 
du  moins  les  habitants  de  la  place  MauberL  On  refait  aussi  le  quai  1  { 
du  pont  aux  Doubles  jusqu'au  pont  de  l'ArcfaeTêcbé.  Les  scnlptares  g»- 
thiques  du  pont  de  la  até  ne  sont  pas  terminées  da  tM  de  Hh  J 
Louis.  Cela  n'a  rien  d'étonnant,  il  passe  deux  peraosses  aa  platpir  I 
sur  ce  petit  pont  qui  va  d'un  désert  à  une  province  (Ile  Saiai-LMi*)  < 
l'berbc  croit  partout  dans  les  ruea. 


■  «»o  »0coo«« 


i\OUV£LLES  ET  FAITS  DIVERS. 

«•nuMirr.  —  Pàbis.  De*  pasufcs.  —  Jury  de  l*£col«  de*  btasx-arts.  — 

Nécrologie.  — Eipotiliouduconcourf  pour  le*  vitraux  de  USaialr-Ckafellc. 
—  Soppretiion  de  la  voirie  de  Uootfaaeoa.  —  Nontérolate  de*  raet  de 
Paris.  —  Un  vrai  ihéllre  nautique.  —  Pnolt  de  M.  Sayet,  todaar.  — 
DiTjtiTEaE.vrs.  Ecrmitaneat  d'un  docker.  —  Da  aai  d*  rarchiicclar*  pas! 
être  ennemi  de*  aMwaawiiU  funèbres.  —  Vilbci*  ceWqsM.  —  iaaa|B- 
ralion  du  canal  de  Uarteille.  —  Pai»  timA^cia*.  Arckiicttme  de*  pralé- 


215 


REVUE  DE  LAUCIUTECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


2ift 


taircs  -  TClégraphos  électriques.  -  Vente  dos  maisons  de  Schiller  et  de 
Shakespeare  -  Miss  Bunlett  Coutrs  et  IVglisc  «aint-ElIcnne.  -  Première 
église  rongienne.  -  Mosquées  et  synagogues.-  le  tombeau  de  la  reine 
Vrédériquc.  —  les  Hippodromes.  —  Nouveau  gaz  hydrogène  de  Madrid. 
—  Une  Académie  de  sciences  et  d'histoire  constituée  à  Vienne,  Autriche. 
Travaux  d'utilité  publique  en  Egypte.  —  Monuments  turcs  foudroyés. 

Paris.  —  Des  passages.  L'ancienne  église  Saint-Benoit ,  qui  était  de- 
venue le  théâtre  du  Panlliéon,  a  fait  place  à  un  passage  qui  fournit  une 
communication  directe  du  Collège  de  France  à  la  Sorbonne. 

I.cs  passages  deviennent  de  plus  en  plus  à  la  mode,  non  pas  seulement 
à  Paris,  mais  dans  toutes  les  capitales,  et  en  France  dans  toutes  les 
grandes  villes.  Un  passage,  c'est  une  rue  couverte,  et  les  boutiques  y  sont 
généralement  prospères.  Les  promeneurs  se  réfugient  dans  les  passages 
pendant  les  mauvais  temps,  et  ce  qui  est  une  porte  pour  les  boutiques  des 
rues  découvertes  devient  un  bénéfice  pour  les  boutiques  des  passages. 
L'important  est  d'y  ménager  le  jour  et  une  bonne  ventilation. 

Nous  avons  rappelé  plus  d'une  fois  qu'à  Londres,  la  plupart  des  rues 
trop  étroites  pour  servir  au  passage  des  voilures,  avaient  été  converties 
en  passages  découveris,  c'est-à-dire  qu'elles  ont  été  dallées  dans  toute  leur 
largeur,  l'écoulement  des  eaux  se  faisant  par  un  canal  couvert.  A  moins 
de  l'avoir  vu ,  on  se  ligure  difTiciiement  combien  cette  simple  mesure 
améliore  prompiement  un  quartier.  Les  piéions  désireux  d'éviter  les 
éclaboussures  lancées  par  les  voitures  et  les  portefaix  chargés  de  leurs 
fardeaux,  cherchent  de  préférence  ces  rues  dallées;  les  propriétaires  rive- 
rains y  ouvrent  promptement  des  boutiques  pour  meltrc  à  profit  cette 
nouvelle  circulation,  le  passage  s'anime  de  plus  en  plus,  et  bientôt  on  ne 
retrouve  plus  rien  de  son  ancien  aspect. 

La  première  mesure  à  prendre  ponr  amener  ce  résultat  est  si  simple, 
que  nous  la  recommandons  vivement  à  l'attention  des  municipalités  et  des 
spéculateurs  intelligents. 

La  section  d'architecture  de  l'École  royale  des  beaux-arts  (Paris) 
vient  d'élire  un  nouveau  membre  en  remplacement  de  M.  Achille  Leclère. 
promu  à  l'emploi  de  sccrélaire-archiviste.  Le  nombre  des  votants  était 
de  17,  la  majorité  absolue  de  9. 

Les  candidats  élaient  MM.  Carrez,  Morey,  Lequcux ,  Vancleempute 
et  de  Gisor.s.  Au  1"  tour  de  scrutin,  M.  Carrez  a  obtenu  11  voix,  M.  de 
Gisors  5  voix,  M.  Lequeux  1  voix.  En  conséquence,  M.  Carrez  a  été  pro- 
clamé membre  du  jury. 

Nécrologie.  —  M.  Millardet,  ancien  architecte  de  la  ville  de  Rennes, 
avait  été  nommé,  il  y  a  quelques  mois,  aux  mêmes  fonctions  ù  Valen- 
ciennes.  Installé  dans  cette  ville  le  l"  mai  1847,  il  est  mort  le  15  juillet 
des  suites  d'une  paralysie  du  côté  gauche. 

L'exposition  du  concours  des  vitraux  de  la  Sainle-Chapelle  aura 
lieu  dans  quelques  jours  au  palais  des  Beaux-Aris,  aussitôt  qu'on  aura 
fini  de  disposer  la  salle  qui  doit  les  recevoir. 

Nous  examinerons  avec  soin  cette  exposition,  nous  ^proposant,  d'en 
rendre  un  comple  détaillé. 

Assainissement  de  Paris  par  la  suppression  de  la  voirie  de  Mont- 
faucon.  —  Les  émanations  pestilentielles  de  la  voirie  de  Montfaucon  sont 
tout  au  moins  très  désagréables  pour  la  ville  de  Paris.  Nous  apprenons 
donc  avec  plaisir  que  l'administration  municipale  vient  de  faire  exécuter 
un  travail  qui  permettra  prochainement  la  suppression  totale  de  ce  cloaque. 
Il  ne  s'agit  de  rien  moins  que  de  fosses  d'une  immense  capacité  propres 
ù  contenir  toutes  les  vid.mges.  Une  forte  machine  mettra  en  mouvement 
des  pompes  afin  de  refouler  par  un  gros  tube  de  conduite  la  partie  liquide 
de  ces  vidanges  jusqu'à  la  voirie  qui  est  établie  au  milieu  de  la  forêt  de  Bon- 
dy.  Ces  travaux  sont  à  la  veille  de  leur  achèvement,  et  l'essai  pourra  en 
être  fait  dans  quelques  mois.  On  éviiluc  la  dépense  à  300,000  francs. 

Numérotage  des  rues  de  Paris.  —  Le  numérotage  des  maisons  et  bâ- 
-    timents  de  Paris,  qui  date  de  la  fin  du  dernier  siècle,  va  être  complète- 
ment renouvelé,  ainsi  que  cela  résulte  d'un  arrêté  pris  par  le  préfet  de  la 
âeiue,  placardé  dans  tous  les  quartiers  de  la  capitale.  Cet  arrêté ,  fondé 


sur  le  décret  impérial  du  II  février  1805,  et  sur  les  délibérations  du 
conseil  municipal  des  10  juin  18i2,  7  avril  18/|3,  31  janvier  1845,  12 
août  1840,  et  'J9  janvier  1847;  porte  :  «A  partir  du  1"  juillet  1847,  il 
sera  procédé  à  la  régularisation  et  au  renouvellement  du  numérotage  de 
toutes  les  propriétés  et  bordures  sur  la  voie  publique  dans  la  ville  de  Paris. 
Cette  opération,  qui  sera  faite  aux  frais  de  la  Ville,  aura  lieu  au  moyen  de 
plaques  en  porcelaine  émaillée,  avec  des  chiffres  blancs  sur  fond  bleu. 
Chacune  de  ces  plaques  sera  incrustée  avec  scellement  dans  les  façades 
des  propriétés  ainsi  que  dans  les  murs  de  clôture,  et  attachée  par  des 
crampons  de  bronze.  » 

«  Un  nouveau  privilège  de  théâtre  vient  d'être  accordé.  Il  s'agit 
d'un  théâtre  nautique,  mais  celte  fois  d'un  véritable  théâtre  nautique, 
n'ayant  d'autre  rapport  que  le  nom  avec  celui  qui  barbota  quelque  temps 
dans  la  salle  Ventadour,  où  il  reçut  de  son  corps  de  ballet  une  passade  si 
perfide  qu'il  coula  au  fond  de  sa  cuve  et  y  rendit  sa  belle  âme  de  théâtre 
aquatique.  Le  nouveau  théâtre  nautique,  dans  la  personne  de  son  direc- 
teur-pilote, M.  Bucquet,  est  autorisé  à  exploiter  sur  le  bassin  de  la  gare 
de  .Saint-Ouen  un  spectacle  de  curiosités  qui  se  composera  de  jeux  nau- 
tiques, de  natation,  d'exercices  maritimes,  de  joutes,  de  régates,  appa- 
reillages, manœuvres  et  simulacres  de  combats,  et  généralement  de  tous 
jeux  et  exercices  dans  lesquels  l'eau  sera  le  moteur  principal. 

»  Ses  jours  de  représentation  seront  les  lundi,  mercredi,  vendredi  et 
dimanche.  Le  prix  des  places  e.st  fixé  à  1  fr. 

•a  On  ne  sait  pas  encore  si  ce  seront  des  gardes  municipaux  ou  des  pom- 
piers qui  feront  la  police  de  la  salle  ;  mais  ce  que  l'on  sait  déjà,  c'est 
que  la  surveillance  ne  sera  pas  exercée  par  un  commissaire  de  police 
comme  dans  les  théâtres  ordinaires,  mais  par  un  inspecteur  de  la  naviga- 
tion. 

»  A  défaut  de  souffleur,  quatre  barques  montées  par  des  mariniers  ex- 
perts seront  préposés  au  repêchage  des  acteurs  qui  ne  sauraient  pas  bien 

leurs  rôles. 

»  Les  représentations  ayant  lieu  en  plein  jonr,  on  ne  dit  pas  encore  si 
les  ariistes  mettront  du  rouge;  mais  ce  qui  paraît  certain,  c'est  qu'ils 
mettront  un  caleçon. 

»  A  propos  du  projet  aquatique  de  M.  Bucquet,  quelques-uns  de  nos 
lecteurs  vont  pent-ctre  crier  au  canard.  Nous  leur  affirmons  que  ce  projet 
est  parfaitement  sérieux.  L'arrêté  de  l'autorité  porte  la  date  du  9  juillet 
1847,  et  le  privilège  est  accordé  jusqu'au  18  octobre  1850.  Bientôt  nous 
aurons  donc  le  Théâtre  Nautique,  si  toutefois  ce  projet  ne  tombe  pas  dans 
l'eau.  «  [Gazette  des  Théâtres). 

Procès  de  M.  Soyez,  fondeur.  —  Un  déplorable  événement  vient 
d'attrister  profondément  tous  ceux  qui  portent  intérêt  aux  arts  et  aux 
hommes  qui  les  cultivent.  M.  Soyez,  le  célèbre  fondeur  de  la  rue  des 
Trois-Bornes,  à  qui  l'on  doit  la  colonne  de  Juillet,  travail  géant  dont  la 
Revue  de  l'Architecture  a  longuement  entretenu  ses  lecteurs,  avait,  au 
commencement  de  juillet,  pris  la  fuite,  après  déclaration  officielle  de 
faillite.  Or,  dernièrement,  M.  Soyez  avait  été  chargé  de  couler  les  bas- 
reliefs  et  les  ornements  du  tombeau  de  Napoléon,  pour  les  travaux  qui  se 
poursuivent  aux  Invalides.  Le  ministre  de  la  guerre  avait,  en  conséquence, 
mis  a  la  disposition  de  M.  Soyez,  avec  autorisation  préalable  des  deux 
chambres,  de  vieilles  pièces  de  canon  de  la  valeur  de  100,000  francs, 
pour  que  leur  bronze  entrât  comme  matière  brute  dans  le  monument 
élevé  à  la  mémoire  de  celui  qui  les  avait  conquises  sur  l'ennemi.  A  la  suite 
de  la  déposition  du  bilan,  il  fut  constaté ,  par  une  enquête,  que  les 
pièces  de  canon,  partie  encore  en  nature,  partie  réduites  en  saumons  par 
la  fusion,  avaient  été  enlevées  frauduleusement  de  l'établissement  de 
M.  .Soyez  et  vendues  à  différents  fondeurs  et  négociants  de  métaux,  qui 
furent  immédiatement  arrêtés  ainsi  que  l'associé  de  M.  Soyez.  Une  ins- 
truction criminelle  est  commencée.  Un  mandat  fut  décerné  contre  le  fu- 
gitif, et  la  police,  après  quelques  jours  de  recherches,  découvrit  que 
M.  Soyez  avait  trouvé  un  refuge  chez  un  ami  dans  le  département  de 
Seine-et-Oise.  Le  lendemain,  une  descente  de  justice  eut  lieu  au  point  du 
jour  chez  M.  le  baron  de  F...  et  M.  Soyez,  trouvé  encore  au  lit,  fut  arrêté 


217 


«EVL'E  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


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et  remis  entre  les  mains  du  procureur  du  roi.  Depuis  ce  moment,  le  tri- 
bunal poursuit  activement  l'enquête,  et  d'ici  à  quelques  mois  auront  lien 
les  débats  de  ce  procès  funeste.  >ous  plaignons  sincèrement  le  malheu- 
reux accusé  s'il  a  terni  par  un  crime  sa  gloire  acqu  se,  en  même  temps 
que  nous  déplorons  pour  l'art  la  perte  d'un  travailleur  habile. 

DÉPABTEMEKTS.  —  Ecroulemiînt  d'un  clocher  —  Les  Journaux  annon- 
cent que  la  tour  de  l'église  de  Nogent-Ic-Bernard  (Sarilie)  et  la  sui>erl)e 
flèche  qui  la  couionnall  se  sont  écroulées  récemment  avec  un  liorrible 
fracas  et  ont  entraîné  dans  leur  cliule  la  ruine  presque  totale  de  l'édifice. 
neureiiscmcnt  personne  n'a  péi i,  cl  jusqu'à  présent  H  n'est  survenu  aucun 
accident  on  relevant  les  décombres.  I.a  cloche,  que  tout  le  monde  pensait 
avoir  été  brisée  dans  sa  cliuie,  a  été  retrouvée  intacte.  Le  fait  est  d'autant 
plus  extraordinaire  qu'elle  est  tombée  d'au  moins  cent  pieds. 

Un  ami  de  l'archileclure  fieut  être  ennemi  des  monuments  funèbres. 
La  preuve  de  cette  apparente  contradiction  se  déduit  d'iui  fait  arrivé  ré- 
cemment à  Lyon.  Un  sieur  Danton  est  mort  dernièrement  dans  celte  ville, 
et  son  testament  commence  ainsi  :  «  Ayant  gagné  sur  la  place  de  Lyon  ce 
que  je  laisse,  mon  intention  est  de  lui  rendre  ce  qu'elle  m'a  confié,  afin 
que  la  grande  famille  profite  de  mes  économies.  En  conséquence ,  je 
nomme  et  institue  mon  héritière  et  légataire  universelle  la  ville  de  Lyon, 
à'  laquelle  je  fais  cette  donation,  à  la  condition  expresse  qu'elle  sera  em- 
ployée à  des  travaux  d'utilité  publiiiue.  » 

Ailleurs  M.  Danton  indique  ainsi  le  premier  emploi  à  faire  de  son  legs  : 
«  Comme  je  laisso,  ditril,  à  la  ville  de  Lyon  mon  patrimoine  pour  être 
employé  à  des  travaux  d'utilité  juiblique,  ayant  demeuré  longtemps  sur  la 
place  de  la  Préfecture,  j'ai  remarqué  qu'il  manquait  à  cette  place  une  fon- 
taine monumentale.  Mon  désir  serait  que  le  premier  emploi  que  l'on  fera 
de  ce  que  je  laisse  servit  ù  l'élévation  de  cette  fontaine.  J'en  recommande 
le  dessin,  la  proportion  d'après  la  grandeur  de  la  place,  afin  que  la 
postérité  ne  blâme  pas  mon  intention  et  n'en  critique  pas  les  exécu- 
teurs. 

Quant  aux  monuments  funèbres,  nous  l'avons  dit,  M.  Danton  ne  les 
aimait  pas  :  cette  illustration  posthume  que  chacun  peut  acquérir  moyen- 
nant de  l'argent  (bien  ou  mal  acquis,  il  n'importe)  ne  le  tentait  pas  ;  son 
ambition  était  évidemment  b  la  fois  plus  noble  et  plus  sensée  :  en  laissant 
toute  sa  petite  fortune  (131,000  fr.)  à  la  ville  de  Lyon,  il  s'est  inscrit  sur 
la  liste  des  bienfaiteurs  de  la  seconde  ville  du  royaume,  et  la  fontaine  mo- 
numentale qu'on  élèvera  avec  ses  deniers  donnera  à  son  nom  un  lustre 
plus  brillant  et  une  renommée  plus  durable  que  n'importe  quel  tombeau 
qu'il  aurait  pu  se  faire  bAtir,  «  Je  veux  être  enterré  sans  faste,  écrit-il  en- 
core dans  son  testament;  le  convoi  du  pauvre,  un  seul  prêtre  avec  son 
clergeon  portant  la  croix,  accompagnés  de  quelques  amis,  si  j'ai  eu  le  bon 
esprit  d'en  conserver  ;  je  ne  veux  [pas  de  monument,  c'est  trop  com- 
mun aujourd'hui.  »  11  y  a  près  de  six  ans  (voy.  vol.  2  de  celte  Revue, 
col.  573),  nous  écrivions,  à  propos  des  monuments  funèbres  :  <  Un 
homme  de  génie  meurt  pauvre,  et  il  attend  peut-être  un  siècle  avant  que 
ses  concitoyens  pensent  à  lui  élever  une  simple  pierre.  Lu  agioteur  heu- 
reux, un  de  ces  frelons  qui  vivent  aux  dépens  de  la  fortune  publique, 
meurt  comblé  des  faveurs  de  la  fortune,  et  aussitôt  les  arts  sont  appelés  à 

mentir  avec  grâce  en  son  himncur Au  cimetière  du  Père-Lachaise, 

on  a  élevé  un  maigre  petit  monument  au  grand  Molière,  tandis  qu'à  peu 
de  distance  le  bronze  et  les  marbres  précieux  appellent  l'attention  sur  je 
ne  sais  quelle  nullité.  >> 

La  ville  de  fiyon  a  accueilli  l'expression  de  la  Tolonté  dernière  de 
M.  Danton  d'une  manière  digne  d'.'lie  et  du  défunt.  Le  conseil  municipal, 
sur  le  rapport  du  maire,  M.  Terme,  a  accepté  l'héritage  de  M.  Danton  , 
en  témoignant  de  sa  vive  reconnaissance.  En  outre,  il  a  été  exprimé  le 
Toeu  (par  M.  Bouillier,  appuyé  par  M.  Vauxonne)  que  le  nom  de  M.  Dan- 
ton filt  inscrit  sur  le  premier  monument  qui  sera  élevé  avec  le  prodnil 
de  son  legs.  A  coup  stlr,  ce  monument  honorifique  et  utile,  qui  rappel- 
lera un  bienfait  de  M.  Danton,  sera  plus  lionorable  et  moins  commun 
que  ne  l'eât  été  un  monument  funèbre  acheté  ù  beaux  deniers  comp- 
tants. 


Villages  celtique».  —  En  partant  de  Saoronr,  fi  l'on  dirige  m*  pa»  «ir 
la  roule  dn  Mans,  on  rencontre,  avant  d'avoir  franchi  le  Iroiatène  kilo- 
mètre, une  vallée  marécageuse  détrempée  par  Vt»  débonteoMiiU  de  la 
I/)ire.  Au  milieu  de  ces  marais,  par-d  par-li,  t'élivent  dn  plaieaax  q«i 
dominent  légèrement  la  aurface  environnante,  et  (onnenl  comme  de*  Bois 
oâ  l'on  peut  reposer  le  pied  sans  craindre  de  ae  noyer  daoa  la  booe. 

Il  y  a  peu  de  temps,  l'un  des  propriétaires  de  cea  ptateora,  y  MmM 
exécuter  un  défoncement  extraordinaire,  découvrit  de*  trace*  évidealcs 
et  nombreuses  d'habitations  ru»liques  trfes  ancienne*. 

L'emplacement  de  ces  buttes  ou  cal»anra  éuit  icdiqoé  par  la  coultiii 
noircie  du  terrain,  par  les  pierres  calcinées  d«  fojrer  do— illgoe,  cl  por 
des  débris  d'armes  en  silex,  et  antre*  inatrunenl*  et  ostensUrs. 

Ces  liuties  devaient  éire  de  Ibrme  circulaire,  et  leur  aMieite  te  trwi- 
vant  couverte  de  cendres  et  de  charbons,  on  suppose  qu'elles  forent  dé- 
truites par  le  feu.  On  en  a  compté  plus  d'une  centaine. 

A  l'emplacement  de  l'une  d'elles,  on  découvrit  un  amas  considérable  de 
pointes  de  flèches  et  de  bacbcs  en  silex,  ainsi  que  des  cailloux  propre*  ft 
la  confection  de  ces  armes.  On  jr  trouva  aussi  le  squelette  d'an  cbevaL 

On  suppose  que  ces  tiois  furent  habités  par  des  tribus  celtiques,  qni 
communiquaient  entre  elleset  avec  la  terre  ferme  au  moyen  de  bateaux, 
ou  par  des  cliaussées  ou  des  gués  à  elles  connus. 

Inauguration  du  canal  de  Marseille. —  Marseille  a  célébré,  le  8  juillet, 
par  une  fête,  l'arrivée  des  eaux  de  la  Durance  dans  ses  environs,  par  le  canal 
nouvellement  construit.  On  sait  tout  ce  que  celle  œuvre  immense  a  reo- 
conlré  d'obstacles  sur  les  terrains  qu'elle  avait  i  parcourir.  Ces  obstacles 
ont  tous  été  vaincus,  grâce  à  l'habileté  do  chef  de  l'entreprite.  griee  i 
l'incessante  activité  des  bras  que  dirigeait  sa  pensée.  L'aqoedK  de  Ro- 
quefavour  est  terminé.  I^puis  la  prise  jusqu'au  vallon  de  .Saiot-AaioiM 
les  grands  travaux  d'art  ont  reçu  la  dernière  main  ;  dès  lors  on  a  pooavrir 
la  voie  aux  eaux  du  fleuve  et  elles  n'ont  pas  lardé  à  venir  réjouir  le*)w«s 
des  cultivateurs.  Celte  première  épreuve  a  été  couronnée  d'an  plcia 
succès.  Aucun  accident  n'a  été  signalé  par  le  passage  du  dot  coolant  sur 
un  espace  de  vingt  lieues,  sur  cent  six  aqueducs  et  par  quatre  lienes  do 
souterrains,  trois  lienes  en  tranchées,  deux  lienes  en  remblai,  quatre  lieues 
à  mi-coteau  et  seulement  six  lieues  de  plaine  On  sait  combien  est  tour- 
menté le  soi  qui  s'étend  des  bords  de  la  Durance  an  territoire  de  Mar- 
seille :  aussi  le  parcours  a-t-il  lieu  tantôt  à  plus  de  80  mètres  i 
de  la  terre  comme  i  Itoqiiefavoor,  et  tantôt  à  nne  profondeur  i 
de  80  à  100  mètres  au-dessous  du  niveau  du  sol,  comme  dans  les  percées 
des  Taillades,  de  l'Assassin  et  de  Notre-Dame.  Ce  parcours  oompread 
cent  vingt  sept  ouvrages  d'art  qui  ont  tons  pariaiieroent  résisté  i  l'é- 
preuve. 

Pats  étrargers.  —  Architeelmnde$prolfiaires.  —  La  mnnlripalllé 
de  Copenliague  fait  construire  en  oe  BKWent  deux  grands  étabUsseoMBI* 
de  biiins  spécialement  destinés  aux  pauvres,  qui  y  seront  admis  gratoiie- 
ment.  Noos  avons  annoncé  déjà  que  dan*  le*  priacipale*  «ille*  d'Angle- 
terre, à  Londres  particulièrement,  de  grands  énMliWWlIl  de 
avaient  été  fondés,  où  le  pauvre  pouvait  chercher  la  santé  et  la  | 
moyennant  une  rétribution  excessivement  minime.  La  Belgique  ae  préoc- 
cupe aussi  des  logements,  des  lavoirs  publics,  des  boulangerie*  éooaoaii- 
ques  et  des  établissements  de  bains  pour  les  classes  pauvres.  Avis  k  la 
France. 

Télégraphe  électrique.  —  Londres  ae  troave  on  est  déji  lor  le  poiM 
de  se  trouver  en  communication  par  le  télégraphe  électrique  avec  dn- 
quante-nenf  villes.  Le  même  mode  de  transoaiMioa  de*  mwvcUc*,  si  nfàét 
et  si  sûr,  (si  également  très  répandu  en  Aitériqne.  cl  aria  à  h  dliporiliMl 
de  tous  les  citoyens.  D'où  vient  que  la  France,  an  lieu  de  pngreaaer  avec 
les  deux  pays  que  nous  venons  de  dier,  est  si  ea  retard  poor  rodapKaa 
de  la  télégraphie  électrique  7  Et  pourtant,  qoeb  •erviee*  IM  readnll  pao 
au  commerce  l'emploi  habituel /d'un  système  sidésirahleT  II  serait  la 
cause  immédiate  d'une  égalité  salutaire  entre  les  divers  degrés  de  Itndo*- 
irie.  Les  petits  banquiers  dont  les  capitaux  ne  peuvent  pas  anjoord'hui  ea- 
iretenir  des  volées  de  pigeoM  vqofetta,  atndent  i  même  de  receiok  t 


219 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


220 


temps  les  messages  loiniains  utiles  à  leurs  spéculations  tout  aussi  bien  que 
les  financiers  millionnaires.  Ce  serait  alors  justice  égale  pour  tous.  Espé- 
rons que  le  gouvernement  français,  comprenant  l'iniporiance  de  celte 
mesure,  ne  tardera  pas  à  rivaliser  parle  nombre  de  ses  télégraphes  élec- 
triques avec  les  États-Unis  et  la  Grande-Bretagne.  Quand  il  aura  sagement 
organisé  cette  bienfaisante  innovation,  il  n'aura  plus  à  craindre  des  fraudes 
semblables  à  celle  qui  vient  de  nécessiter  une  enquête  et  des  arrestations 
dans  le  département  du  Loiret  au  sujet  d'un  télégraphe  nocturne  fonc- 
tionnant clandesiinement  et  sans  autorisation. 

Vente  des  maisons  de  Schiller  et  de  Shakespeare.  —  Une  corres- 
pondance de  Weimar  (Grand-duclié  de  Saxe-VVeimar)  nous  apprend  la 
vente  publique  de  la  maison  où  Schiller  demeurait  dans  cette  ville  et  où 
il  composa  la  presque  totalité  de  ses  œuvres.  Cette  maison,  qui  est  très 
petite  et  très  délabrée,  dont  la  valeur  matérielle  serait  tout  au  plus  de 
3000  thalers  (12, 000  francs),  a  été  adjugée  à  la  municipalité  de  Wei- 
mar, au  prix  de  5,025  thalers  (20,100  francs).  A  la  bonne  heure!  cet 
achat  est  une  belle  action  qui  fait  honneur  au  conseil  municipal  de 
Weimar.  Un  sentiment  noble  et  patriotique  lui  a  fait  comprendre  que  la 
maison  du  grand  poëte  était  désormais  devenue  un  monument  national 
qu'il  était  du  devoir  de  la  ville  de  conserver  comme  un  glorieux  sou- 
venir '. 

La  vente  de  la  maison  de  Schiller  nous  rappelle  qu'il  y  a  peu  de  temps 
on  parlait,  en  Angleterre,  de  mettre  aux  enchères  la  demeure  de  l'auteur 
du  Roi  Lear,  et  que  la  société  Shakespearienne  avait  l'intention  bien 
arrêtée  de  l'acquérir,  à  quelque  prix  que  montât  l'encan.  Un  citoyen  an- 
glais nommé  Georges  Jones,  historien  et  auteur  d'un  discours  prononcé 
publiquement,  en  1836,  sur  la  vie  et  les  ouvrages  de  Shakespeare,  voulant 
empêcher  que  la  spéculation  américaine  ne  s'emparât  de  cette  maison 
pour  la  transporter  aux  États-Unis,  en  a  offert  une  somme  de  2,000  livres 
sterling  (50,000  francs),  pourvue  qu'elle  lui  soit  vendue  directement  et  à 
l'amiable,  et  que  la  mémoire  du  grand  homme  ne  soit  pas  livrée  à  l'ou- 
trage d'une  vente  à  l'enchère.  Cet  immeuble  ne  vaut  pas  d'ailleurs  intrin- 
sèquement plus  de  5  à  6,000  francs. 

Ces  faits  révèlent  encore  des  intentions  nobles  et  dignes.  La  France 
aurait  dû  prendre  depuis  longtemps  l'initiative  de  ce  respect  pour  les 
lieux  habiles  par  ses  grands  poètes  ;  la  maison  de  Molière  ne  serait  pas 
aujourd'hui  convertie  en  mont-de-piété.  Ou  du  moins,  s'il  y  avait  impos- 
sibilité matérielle  à  l'achat  de  ces  édifices,  les  autorités  devraient  faire 
poser  à  la  façade  des  inscriptions  commémoratives  qui  témoignassent  de 
la  vénération  légitime  accordée  au  génie. 

Miss  Burdett  Coutts  et  l'église  Saint-Étienne.  —  La  première 
pierre  de  l'église  Saint-Étienne  dans  Rochester-Row  (Westminster)  vient 
d'être  posée  par  miss  Burdett  Coutts  avec  les  formalités  observées  en  pa- 
reil cas  et  en  présence  d'une  foule  nombreuse.  Outre  l'évêque  de  Londres 
qui  dirigeait  le  cérémonial,  les  évêques  d'Oxford,  d'Adélaïde  et  de  Tas- 
manie  étaient  présents,  ainsi  que  quelques  lords,  plusieurs  doyens,  archi- 
diacres et  autres  dignitaires  de  l'Église  anglicane.  Les  dépenses  de  la 
construction  de  l'église,  ainsi  que  les  frais  de  premier  établissement  et 
d'entretien  pour  une  école  de  230  garçons  et  170  filles,  tout  .sera  aux 
frais  de  miss  Burdett  Coutts.  Le  terrain  a  été  offert  par  le  doyen  et  les 
chanoines  de  Westminster.  L'église  pourra  contenir  mille  personnes. 
La  truelle  d'argent  avec  laquelle  la  fondatrice  devait  poser  la  première 
pierre  lui  a  été  présentée  par  les  habitants  du  quartier  ;  elle  portait  une 
inscription  analogue  à  la  circonstance. 

Première  église  rongienne.  —  Nous  avons  lu,  il  y  a  quelques  jours, 
les  lignes  suivantes  dans  une  lettre  datée  de  Liegnitz  (Silésie  prussienne;. 
«  On  vient  de  poser  dans  notre  ville  la  première  pierre  d'une  église  ger- 
mano-catholique. C'est  la  première  église  que  l'on  ait  commencé  à  bâtir 
en  Prusse  pour  le  culte  dont  M.  Ronge  est  le  fondateur.  Jusqu'à  présent, 
les  catholiques  allemands  de  la  Prusse  ont  célébré  leur  service  divin  soit 
dans  des  maisons  particulières,  soit  dans  des  églises  appartenant  aux  autres 
communions  protestantes.  » 

Mais  dans  quel  style  architectural  construit-on  cet  édifice?  la  lettre  n'en 


dit  rien.  Et  cependant  c'est  là  un  fait  très  intéressant  à  constater.  Un  culte 
novateur  comme  celui  de  M.  Rongea  besoin  d'un  art  nouveau  pour  élever 
un  temple  on  harmonie  avec  ses  cérémonies  et  ses  dogmes.  Autrement  il 
y  a  contradiclion  et  désaccord. 

Mosquées  et  synagogues.  —  Tandis  que  nous  construisions  une  mosquée 
dans  nos  possessions  du  Nord-Ouest  d'Afrique,  pour  nos  alliés  arabes,  le 
vice-roi  d'Egypte  en  construisait  une  au  Nord- Est  du  même  continent, 
dans  l'immense  citadelle  du  Caire,  doninotre  confrère  M.  H.  Uorcau  nous 
a  donné  une  si  belle  idée  dans  son  «  Panorama  d'Egypte  et  de  Nubie.  » 
C'est  à  la  citadelle  qu'habite  Méhémel-Ali  quand  il  séjourne  au  Caire,  et 
c'est  auprès  de  sa  nouvelle  mosquée,  dont  il  a  dirigé  lui-même  la  con- 
struction, qu'il  veut  établir  sa  sépulture  et  celle  de  sa  famille.  La  nouvelle 
mosquée  est  en  albâtre. 

A  AltSirelitz,  dans  le  grand-duché  de  Mecklembourg-Strelilz,  on  vient 
d'inaugurer  une  nouvelle  synagogue. 

Le  tombeau  de  la  reine  Frcdérique.  —  La  chapelle  sépulcrale,  en 
style  gothique,  que  le  roi  de  Hanovre  a  fait  bâtir  dans  le  parc  de  la  rési- 
dence royale  de  Herrenhausen,  pour  feue  la  reine  Frédérique-Caroline, 
née  princesse  de  .Mecklembourg-Strelilz,  vient  d'être  terminée,  et  dès  que 
cette  chapelle  aura  été  consacrée  par  l'évêque  du  Hanovre,  le  sarcophage 
contenant  les  restes  mortels  de  la  reine  Frédérique,  qui  est  déposé  dans 
la  chapelle  du  palais  royal  de  Hanovre,  y  sera  transféré. 

Les  hippodromes  sont  à  la  mode.— Font-ils  fortune  ?  nous  n'en  savons 
rien,  mais  on  achève  de  construire  un  hippodrome  près  de  l'établisse- 
ment des  bains  de  Schénemingues  (Pays-Bas),  et  il  se  forme  une  compa- 
gnie dans  le  but  d'en  construire  un  antre  à  Londres. 

La  société  européenne,  depuis  un  demi-siècle,  est  devenue  de  plus  en 
plus  démocratique  ;  le  caractère  des  plaisirs  publics  se  transforme  sous 
cette  influence,  et  l'architecture,  avec  sa  souplesse  habituelle,  obéit  à  la 
pression  des  nouveaux  besoins.  Dans  les  hippodromes  de  grandes  masses 
de  .spectateurs  peuvent  se  réunir  pour  assister  aux  jeux;  les  prix  des 
places  peuvent  être  très  modiques,  par  conséquent  à  la  portée  de  toutes 
les  bourses  comme  les  scènes  représentées  sont  à  la  portée  de  toutes  les 
intelligences.  Qu'on  varie  un  peu  les  jeux  de  l'hippodrome,  et  bientôt  à 
ces  bâtis  en  planches  se  substitueront  des  constructions  en  pierres,  et 
nous  rivaliserons  avec  l'antiquité. 

—  Madrid  nous  prépare  un  gaz  hydrogène  obtenu  par  un  nouveau 
procédé,  disent  les  journaux  espagnols;  ce  gaz,  qui  donnerait  un  éclairage 
très  brillant  et  sans  mauvaise  odeur,  s'obtiendrait  à  un  prix  sensiblement 
au-dessous  du  prix  actuel  du  gaz  d'éclairage.  L'auteur  du  nouveau  pro- 
cédé, M.  Calderon,  aurait  été  chargé  de  l'éclairage  du  palais  de  la  reine, 
et  de  la  place  sur  laquelle  s'élève  l'habitation  royale.  Voici  bien  des  fois 
que  les  journaux  annoncent  des  procédés  perfectionnés  et  plus  économi- 
ques pour  l'éclairage  public  ;  mais  jusqu'ici  ces  annonces  n'ont  pas  été 
suiviesde  faits  très  importants  ;  l'ingénieur  espagnol  sera- t-il  plus  heureux  7 
Espéronsie  ;  il  est  temps  que  l'Espagne  industrielle  s'éveille,  et  d'ailleurs, 
dans  tous  les  pays,  un  trop  grand  nombre  de  villes  de  second  et  de  troi- 
sième ordre  sont  encore  fort  mal  éclairées. 

Expositions  industrielles. —  L'idée  d'exciter  l'émulation  des  fabricants 
par  des  expositions  des  produits  industriels  commence  à  se  propager  en 
Europe  d'une  manière  effective.  Ainsi  une  sociéiéde  riches  négociants  vient 
de  se  former  à  Hambourg,  afin  de  fonder  dans  cette  ville  une  exposition 
perpétuelle  des  produits  industriels  de  tous  les  pays  de  l'Europe  sans  ex- 
ception. Cette  société  espère  par  là  doubler  l'ardeur  industrielle  des  fabri- 
ques allemandes,  et  augmenter  en  même  temps  les  relations  commerciales 
de  Hambourg  avec  les  étrangers  qui  y  trouveraient  une  collection  de  mar- 
chandises provenant  de  toutes  les  manufactures  européennes.  L'exposition 
se  fera  dans  un  immen.se  bazar  qui  sera  construit  exprès  sur  un  des  quais 
de  l'Alstcr,  et  qui  sera  décoré  avec  un  luxe  et  une  magnificence  asiatiques, 
La  Belgique  aussi  a  ouvert  son  exposition  :  mais  celle-ci  est  seulement  na- 
tionale et  temporaire.  Elle  a  lieu  à  Bruxelles  dans  les  vastes  bâtiments  du 
nouvel  entrepôt  de  cette  ville  et  se  continuera  pendant  les  mois  d'août  et 


221 


REVUE  DE  L  AUCniTECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


de  septembre.  Le  ministère  du  commerce  fiançai» »c  pr(;|)ari!  à  y  envoyer 
une  commission,  sous  la  présidence  de  M.  Legeuiil,  de  la  cour  des  pairs. 

—  Une  Académie  des  sciences  et  d'histoire  ylent  d'êlrc  déliaitive- 
ment constituée  à  Vienne,  en  Auiriclie,  Elle  se  divise  en  deux  classes: 
l'une  consacri'e  aux  sciences  physiques  et  matli(<mati(|ues,  l'autre  aux  étu- 
des liistoriques,  arcliéulo^iques  et  linguistiques.  Chaque  classe  se  compose 
de  iU  membres,  lis  sont  nommés  par  l'Empereur  parmi  ^candidats dési- 
gnés par  l'Académie.  Les  membres  tiouoraircs  et  correspondants  sont  dé- 
signés directement  par  l'Académie. 

L'Académie  distribuer.)  annuellement  quatre  prix,  et  l'imprimerie  Im- 
périale est  mise  gratuitement  à  sa  disposition.  Cette  dernière  disposition 
devrait  bien  être  adoptée  en  France,  au  moins  pour  ce  qui  touche  aux 
comptes-rendus  des  séances  de  noire  Institut,  qui  pourraient  ainsi  deve- 
nir plus  détaillés,  et  se  compléter  par  des  dessins  qui  font  trop  souvent 
défaut. 

—  Travaux  d'utilité  publique  en  Egypte.  —  L'absolutisme  a  son 
boncôlé.  — En  arrosant  les  champs  on  fait  poasser  des  munumenlt. — 
Barraye  du  Nil.  ■-  On  prétend  généralement  qu'autrefois,  en  fcgypic, 
la  meilleure  partie  de  la  population  était  employée  'a  la  construction  de 

.monuments  gigantesques  qui  avaient  i'urtout  pour  objet  la  gloire  du  roi 
régnant.  Cette  interprétation  nous  semble  d'une  étroiicsse  singulière,  et 
nous  tenons  à  en  faire  robser>alion  au  moment  où  nous  allons  dire  deux 
mots  des  immenses  et  utiles  travaux  qui  s'exécutent  en  ce  moment  parla 
volonté,  despotique  tant  qu'on  voudra,  mais  certainement  très  heureu- 
sement dirigée  et  très  bienfaisante  de  Méhémet-Ali.  M.  le  docteur  Gaèlani- 
Bey,  premier  médecin  du  vice-roi  d'Egypte,  vient  d'adresser  une  lettre 
à  l'un  de  ses  amis  de  Paris,  dans  laquelle  il  dit  que  les  travaux  d'assainis- 
sement, qui  se  poursuivent  en  Egypte,  sont  réellement  immenses,  et  tels 
qu'on  ne  pourrait  guère  les  effectuer  dans  un  pays  qui  ne  serait  pas, 
comme  celui-ci,  soumis  à  un  souverain  absolu.  On  disimse  pour  ces  tra- 
vaux de  la  majeure  partie  de  la  population  égyptienne.  Méliémet-Ali,  dit 
le  docteur,  est  résolu  de  faire  disparaître  la  peste  des  contrées  qu'il  gou- 
verne. En  olTi:t,  partout  on  comble  les  mares  d'eau,  si  nombreuses  dans 
ce  pays;  on  construit  un  barrage  à  travers  le  Ml  pour  en  régulariser  la  crue, 
pour  distribuer  des  eaux  pures  partout  où  il  en  est  besoin,  pour  préparer 
toutes  lus  conditions  favorables  aux  bonnes  récoltes,  assurer  et  garantir 
les  subsistances.  Quels  sont  les  pays  constitutionnels  qui  montrent  une  plus 
grande  sollicitude  pour  la  prospérité  générale  7  Qu'on  ne  se  trompe  pas, 
toutefois,  sur  nos  intentions.  Nous  ne  voulons  pas  donner  le  régime  actuel 
de  l'Egypte  comtnc  le  beau  idéal  auquel  il  faut  tendre  à  s'approcher,  mais 
de  ce  contraste  entre  un  pays  barbare  et  nos  contrées  civilisées  on  peut 
tirer  cette  utile  conclusion  :  c'est  que  pour  la  prospérité  générale,  pour 
l'essor  des  grands  travaux  publics  conçus  en  vue  de  l'intérêt  collectif, 
pour  le  bien-être  de  tous,  pour  l'essor  des  beaux-arts,  il  faut  réaliser 
des  conditions  qtii  permettent  une  grande  unité  d'action,  une  action  qui 
ait  avant  tout  riuiérét  collectif  pour  objet.  Aujourd'hui,  en  France,  les 
questions  les  plus  graves  d'intérêt  général  sont  compromises  par  des  in- 
térêts particuliers.  M.  de  Uasparin,  dans  un  rapport  récent  adressé  à  l'A- 
cadémie des  sciences,  a  démontré  avec  une  admirable  lucidité  et  une  rare 
précision,  qu'il  serait  aisé  de  doubler  les  produits  alimentaires  de  la 
France;  mais  à  la  pratique  son  idée  rencontrerait  des  obstacles  invinci- 
bles. Tout  le  monde  connaît  aujourd'hui  de  quelle  importance  serait  pour 
la  France  un  système  général  d'irrigation  ;  mais  quand  pourra-t-on  k 
réaliser  7 

L'ardiitecture  ne  peut  prendre  on  grand  essor  que  lorsque  les  richesses 
abondent,  et  il  est  strictement  vrai  de  dire  qu'en  arrosant  convenablement 
notre  sol  avec  ces  mêmes  eaux  qui  le  ravagent  chaque  année,  on  ferait 
pousserde'  beaux  monuments  en  même  temps  qu'une  belle  végétation  et 
d'immenses  ricliesses.  Toujours  la  ricliesse  et  l'aisance  rendent  hommage 
aux  arts. 

La  pose  de  la  première  pierre  du  barrage  du  Nil  a  eu  lieu  le  U  avril. 
&0,0UO  personnes  assistaient  à  la  cérémonie,  dont  le  procès-verbal, 
imprimé  d'avance,  eu  lettres  dor,  sur  une  feuille  de  parcbemin,  reçut 


l'enipreiaie  du  sceau  de  Iklébémet-AI,  qui  iariu  la  ; 
k  apposer  leur  signature  k  côU  de  la  deaae.  L'pc  peiiie  < 
contenant  des  médailles  d'or  et  d'argent  frapp<e«  pour  la  drcoaMaace, 
ainsi  qu'un  échantillon  de  loote*  les  monoaica  balloca  ca  tgjpe  dorant 
le  cours  du  gouvernement  de  .S.  A.,  a  reçu  le  procte-vertMl,  aiMl  fa'oa 
dessin  du  barrage.  La  bolie  en  plomb  a  été  ensuite  tcdlée  daaa  lae  ae- 
conde  caisse  et  déposée  dans  la  cavité  pratiquée  dan»  la  pterre  dcMMe  k 
la  recevoir.  Avec  un  marteau  d'argent  Méliémet-Ali  a  bappé  le  Uocde 
granit,  et  il  y  a  étendu  ensuite  une  couche  de  mortier  a«ec  HK  trade 
d'or.  Pendant  ce  temps,  l'artillerie  grondait,  les  ulémas  adnaHkat  étt 
prières  au  ciel,  et,  comme  li  Coostautiaopte,  dans  une  drcaMHM*  fé- 
cente.  on  sacrifiait  des  animaux. 

Monuments  turcs  foudroyés  —  La  fondre  est  tombée  daas  lea  der- 
niers jours  de  juin  sur  le  minaret  de  la  moaqoée  du  sultan  Ba|aaet,  à 
Consiantinople.  Cette  tour,  écritOD,  s'est  entièremêiU  ffiiiiifii  et  aCi 
débris  ont  écrasé  deux  personne*.  Mais  babitneUement  1  hm  ca  lalwllu 
des  nouvelles  venues  de  loin.  C'est,  cependant,  la  troisième  moaqoée  de  la 
ville  byzantine  qui  ait  été  frappée  cette  année  dn  fen  du  ckL  Le  lonacne 
est  aussi  tombé  depuis  {leu  de  temps  sur  difers  autres  édifices  de  Vttu, 
tels  que  la  résidence  impériale  de  Tcberaglun,  la  porte  d'Aadrtoopie,  et 
la  caserne  d'artillerie  près  de  Péra.  H  semblerait  vraiment  qoe  le  cM  ail 
condamné  ces  témoins  de  la  grandeur  passée  des  Tores,  et  il  ne  bat  pa» 
s'étonner  que  ces  effets  de  la  foudre  aient  répandu  le  Jécoorafeacat 
parmi  la  populace  turque,  assez  superstitieuse  pour  ;  voir  le  prftiff  d'ié- 
véoements  malheureux  pour  l'empire  ottoman. 


BIBLIOGBAPHIE  DE    1846. 

(SttiU.  \oj.coL.  176.) 

Xt«l>lMt«ineot,  légi»l«lio«  el  éconmnie  des  OlMana*  da  9m. 

CiiEMiM  DE  FER  DE  pAsis  A  MASiULLc,  de  la  traccTsét  <U  Lyom  ;  par  M.  L.  laa- 

nardet.  Io-S°  de  7  feuilles  3/i.  Imp.  de  Boitcl,  k  Lyon. 
Chemin  de  fei  deToiesa  Names.  Ordonnance  d'boaiolagaUBB  de*  siatnia. — 

Slatult.— I.x>i  de  coDCCMioD.— Cahier  des  charges.— I»-8*de  S  fMuUcsI/t. 

Impr.  de  Dupout,  à  Pari*. 
Cbemin  de  fer  d'OkUass  a  Bosokavx.  Exploiution,  coaspUbiUld  ipéfiaW» 

in-8°  de  3  feuille*  1/2.  Impr.  de  Dupont,  à  Paris. 
Enquête  lur  le  chemin  d»  fer  de  \arb<mm»à  Ptrfigmam.  Aikhtom  m»  tratéé» 

Karbonna  à  la  Kouvelle,  par  Bofit,  Pvyraeéê  Jtsr   «C  Sifsaa;  tmttit 

d'une  noie  sur  le  port  de  la  Xouvelle  ;  par  M.  Hip|iolyte  Faare.  la-t*  de 

2  fenilles  1/2.  Impr.de  Boulé,  i  Paris.  —  A  Paru,  cket  Uaitvia  mVm- 

taloe,  paiiige  des  Panofaaaa. 
QuATsiÉHK  LCTTSK  à  M.  I»  msuttitre  dt$  travaux  fmbUc»,  niaii—  è  !'« 

chentenl  des  chemifu  de  fer  de  Vimm»  sur  CraaoUa;  par  M. 

député  de  l'Isère.  Io-4*  d'une  (enille.  Imp.  de  Bonté,  k  Paria. 
Dt  ijk  TIAVERSÉS  DK  Lvoii  par  <«  chentimàtfer.  !■-•*  d'ane  farilla  i/1.  iBpr. 

de  Wittersheitn.  k  Paris. 
Accident  du  chemm  de  fer  du  Nord.  In-folio  d'une  desM-feuille.  lap.  daStat, 

k  Paris.  —  A  Paris,  place  Manbert,  10.  Accideolda  8  jaillct. 
Note  lur  {'accident  arrivé  sur- le  chemm  de  ferduSord,  («SjuaiM  1816  :  par 

M.  Lamarle,  iugéoicur  des  poots-el-cbaussées.  Ia-8*  d*nDe  feaille.  bapr. 

d'Adam  Auber,  i  Douai. 
Tiuis  LETTRES  à  il.  le   minislr*  des  travaux  pMiet,  déMMraar  la  eaaM 

réelle  de  la  catastrophe  du  cAentta  d«  fer  du  JVord,  tt  I»  i 

imminent  avec  les  machines  actuêltes  ;  par  M.  AnolM,  I 

In-8*  de  trais  quiru  de  feuille.  Imp.  Foumier,  1  Paris. 
De  la  cadk  é»  àéraUimmmU  dt  wagons  sur  les  «»«*•»*§€*•■*«  d»  jlr; 

par  M.  Théadora  OUrier.  ia-8*  de  6  rtuilles.  plus  S  pi.  Impr.  da  Cla|«.  4 

Paru.  —  A  Pari*,  cbei  Maihias  (Aafartia'.  quai  Malaqnaia,  f S.  Pria.  S    • 
Mémoire  préseolé  à  MM    Iri  nieaibfea  de  l'Académie  d«*  Wiawii  (lacliaa  de 

mécanique),  sur  un  mécauisme  destiné  à  provenir  lea  accidMM  lar  les 

chemins  de  fer.  io-4°  d'une  feuille,  plu»  une  pJ.  la^e.  di  timtj  itt,  i 

Lyon.  Signé  :  Benoit  Roubier,  Ibadear  k  Lyoo. 
NoTiCK  sur  la  amsiruction  des  luimtU  de  SaiiU-Clamd  «t  de  1 

de  considérations  sur  Pé 


223 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


224 


nant  les  dimensions  principales,  les  prix,  etc  ,  de  soixanle-six  Itmnels  éta- 
blis en  France,  en  Angleterre  el  en  Belgique  ;  par  Toni  Fontenay,  ingénieur 
civil.  In-8°de  5  feuilles  1/4,  plus  9  planches.  Impr.  de  Fain,  a  l'aris.  — 
A   Paris,  chez  Carilian-Cioeury  et  Dalmout,  quai  des  Augustins,  39-41. 

Prii *  50 

Tbaité  de  la  police  et  de  la  voirie  des  chemins  de  fer,  et  de  la  législation  des 
locomotives  qui  les  desservent,  avec  un  formulaire  des  actes,  etc.  ;  par 
M.  Gand,  in-8°   de  26   feuilles  1/2.  Impr.  Poussielgue.  —  A  Paris,  chez 

l'auteur,  rue  Montmartre,  171  ;  chez  tous  les  libraires 7   50 

Traité  théorique  et  pratique  de  la  législation  et  de  la  jurisprudence  des  che- 
mins de  fer,  où  sont  expliqués  les  droits  et  les  obligations  des  compagnies, 
des  actionnaires  et  du  public,  etc.  :  par  MM.  Bibel  et  Juge.  ln-S°  de 
30  feuilles  1/i.  Impr.  de  Cosse,  à  Paris.  —  A  l'aris,  chez  Cosse  et  Dela- 

motle,  place  de  la  Bourse,  27.  Prii. 7  50 

La  Locomotive,  livre  général  des  services  de  tous  les  chemins  de  fer  parlant 
de  Paris.  Édition  du  mois    de  janvier  1846.  la-S"  de  2  feuilles.  Impr.  de 

Dupont.  —  A  Paris.  Prix 0  15 

La  Locomotive,  livre  général  dés  services  de  tous  les  chemins  de  fer  partant 
de  Paris.  In-S"  d'une  feuille  3/4.  Impr.  de  Paul  Dupont.  —  A  Paris,  rue 

Grange-Batelière,  9.  Pris 0  15 

Avis  DE  J.  P.  Maes  sur  l'emplacement  de  la  Gare  de  A'anfes.  In-S"  d'une 

feuille  l/l.  Impr.  de  madame  veuve  Mellinet,  à  Nantes. 
GtiDE  du  voyageur  sur  le  chemin  de  fer  de  Paris  à  Tours,  avec  tous  les  ta- 
bleaux des  heures  de  départ,  etc.  ln-16  d'une  feuille  1/2.  Impr.  de  Pollel, 

à  Paris.  —  Paris,  chez  Gcrvais,  rue  de  la  Gare 0  50 

Chemin  de  fer  du  Nord.  Les  fêtes  de  l'inauguration  ;  par  M.  Alfred  Asseline. 
In-S"  d'une  feuille  1/2.  Impr.  de  Lacour,  à  Paris.  — A  Paris,  chez  Le- 
clère,  rue  des  Grès,  5.  (En  prose). 
Le  Chkmin  de  fer  d'Orléans,  journal  des  voyageurs.  Littérature,  mœurs, 
théâtres,  modes,  itinéraires,  voyages,  industrie.  In-S"  de  2  feuilles.  Impr. 
deCbaii,  h  Paris. 

Sciences,  machinei,  topographie,  etc. 

Air  comprimé.  Description  générale  de  l'emploi  de  l'air  comprimé  comme  force 
gratuite,  envoyé  comme  les  gaz  à  des  distances  indéterminées,  pour  V expiai. 
talion  des  chemins  de  fer  et  usines.  Deuxième  édition.  Par  J.-B.  Roussel. 
In-S"  de  2  feuilles.  Impr.  de  Kléfer,  à  Versailles.  —  A  Versailles,  chez 
l'auteur,  rue  Hoche,  23.  —  A  Paris,  chezMalhias. 

Mémoihe  sur  un  nouveau  mode  de  construction  de  lavis  d' Archimède,  par  E.- 
N.  Davaine.  In-S"  de  11  feuilles  3/4.  Impr.  de  Danel,  à  Lille. 

Notioss  de  statique  et  de  mécanique  industrielles  ;  par  J.-M.-M.  Peyré.  Qua- 
trième édition.  In-8"  de  10  feuilles,  plus  4  pi.  Impr.  de  Momalant-Bou- 
gleux,  à  Versailles. — A  Paris,  chez  Mathias,  quai  Malaquais,  1 5.  Prix.  4  50. 

Traité  théorique  et  pratique  des  moteurs,  destiné  à  faire  connaître  les  moyens 
d'utiliser  tous  les  moteurs  connus,  etc.,  etc.  ;  suit'i  de  l'application  des  mo- 
teurs aux  machines,  par  C.  Courtois,  Tome  l",  première  partie.  Moteurs 
animés,  ln-8"  de  18  feuilles  3/4.  Impr.  de  Fournier,  à  Paris.  —  A  Paris, 
chez  Mathias  (Augustin),  quai  Malaquais,  15.  Prix 5     » 

Perfectionnement  des  machines  locomotives  et  fixes,  par  M.  G.  Cosmel,  In-4° 
de  6  feuilles,  plus  3  pi.  Impr.  de  Cosnier,  à  Angers. — A  Angers, chez  Cos- 
Dier  ;  à  Paris,  chez  Mathias  (Augustin). 

Cours  de  mécanique  de  l'École  polytechnique,  par  M.  Duhamel,  membre  de 
riustitut.  Deuxième  partie.  ln-8"  de  22  feuilles  1/2,  plusuoe  pl.Impr.de 
Bachelier,  à  Paris.  —  A  Paris,  chez  Bachelier,  quai  des  Augustins,  55. 
Prix  de  chaque  partie 5  50 

Eis^i  sur  la  poudre-coton,  par  Frédéric  Lobstein.  In-12  d'une  demi-feuille. 
Impr.  de  Baulruche,  à  Paris.  —  A  Paris,  chez  Moquet,  cour  de  Bohau,  3, 
passage  du  Commerce. 

Traité  suc  les  machines  à  vapeur.  Ouvrage  divisé  en  deux  grandes  sections, 
par  MM.  E.-M.  Bataille  et  C.-E.  Jnllien.  Livraisons  1  à  4.  In-S»  de 
12  feuilles,  plus  6  pi.  Impr.  de  Gratiot,  à  Paris.  —  A  Paris,  chez  Mathias 

(Augustin),  quai  Malaquais,  14.  Prix  de  chaque  livraison 2     > 

L'ouvrage  aura  2  vol.  10-4°  avec  atlas. 

L'art  de  lever  les  plans,  etc.  ;  par  Camille  Bonnard.  In-i"  de  25  feuilles  1/2, 
plus  7  pi.  Impr.  de  Morisset,  à  Niort.  —  A  Niort,  chez  madame  Clouzot. 

Le  Néopentomètre,  iustrument  de  géodésie  et  topographie,  suivi  de  Stadia  et 
Sladia  Alidades  ;  par  MM.  A.  Testor  et  F.-J.  Sécrétant.  In-4°  de  •*  feuilles, 
plus  4  pi.  Impr.  lith.  de  Imbert,  à  Toulon. 

L'ari  de  lever  les  plans  et  du  nivellement,  avec  planches  explicatives  ;  par 
E.  Debrun.  10-4°  de  4  feuilles,  plus  7  pi.  Impr.  de  Dembour,  à  Metz.  — 
A  Metz,  chez  Dembour. 

Traité  élémentaire  de  topographie  et  de  lavis  des  plans,  illustré  de  nombreuses 
planches  coloriées  avec  soin,  et  prccédé  de   notions  de  géométrie  ;  par 


M.  Tripon.  In-i"  oblong  de  4  feuilles  1/2,  plus  12  pi.  et  un  frontispice. 
Impr.  de  Pion,  à  Paris.  —  A  Paris,  chez  Langlois  et  Leclercq,  81,  rue  de 
la  Harpe.  Prix g     , 

Archéologie,  architecture  théorique  et  pratique,  Beaux-Art«    etc. 

Propositions  pour  l'achèventent  des  Tuileries  au  Louvre  ;  par  A. -F.  Mauduit. 
In  8"  de  2  feuilles  1/2,  plus  une  pi.  Impr.  deF.  Didot,  à  Paris.  Prix  0  75. 

Etudes  sur  la  réunion  du  palais  des  Tuileries  au  palais  du  Louvre,  présentées 
aux  expositions  de  1814,  1845  et  1846;  par  Alei.L.  Badenier.  In-folio 
d'une  feuille  Impr.  de  Malteste,  à  Paris. 

Notice  historique  de  l'arc  de  triomphe  de  l'Étoile,  publiée  par  J.  Thierry  et 
G.  Coulon.  Nouvelle  édition.  In-8"  de  2  feuilles,  plus  une  vignette.  Impr. 
deSchneider,  à  Paris.  —  A  Paris,  chez  Thierry,  rue  Sainle-Appoline,  15; 
chez  Rosseliu  ;  à  l'Arc  de  triomphe,  chez  le  gardien.  Prix o  50 

La  chapelle  de  Saint-Feiidi.vand,  publiée  avec  l'autorisation  de  Sa  Majesté  la 
reine,  par  Pierre  Sudu.  Faux  titre,  titre,  description,  et  noms  des  sous- 
cripteurs. In-folio  de  4  feuilles.  Impr.  deClaye,  à  Paris. 

NoTiCK  EXPLICATIVE  des  peintures  à  fresque  exécutées  par  M.  Victor  Motte,  sous 
te  portique  de  l'église  de  Saint-Germain-l'Auxerrois.  In-12  d'une  demi- 
feuille.  Impr.  de  Maulde,  à  Paris.  —  A  Paris,  à  la  Sacristie.  Prix.     0  25 

Nouvelles  observations  sur  le  projet  d'agrandissement  et  de  construction  des 
halles  centrales  d'approvisionnement  pour  la  ville  de  Paris,  soumis  à  l'en- 
quête publique  en  août  1845.  Suite  d'un  examen  critique  publié  en  oc- 
tobre 1845;  par  Hector  Horeau,  architecte.  In-l"  d'une  feuille.  Impr. 
do  madame  Boucbard-Huzard.  à  Paris. 

R.VPPORT  sur  un  projet  d'ouverture  de  la  rue  Keuve-Hivoli,  depuis  la  place  cte 
l'Oratoire-du-Louvre  jusqu'à  la  rue  Saint-Antoine,  à  la  hauteur  de  l'é- 
glise Saint-Louis-Saint-Paul.  In-4''  d'une  feuille  1/2,  plus  un  plan.  Impr. 
d'Appert,  à  Paris. 

Projet  d'une  nouvelle  cité  avec  salle  de  concerts  et  Orphéon  ;  par  Henri  Bar- 
thélémy. In-fol.  d'une  feuille,  plus  une  pi.  Impr.  lith.  de  Binetcau,  à 
Paris.  —  l'aris,  rue  Hauteville,  6. 

Agrandissement  de  la  Sorhonse.  Établissement  de  la  faculté  des  lettres,  de 
théologie  et  des  science."!.  In-8"  d'une  feuille  1/4.  Impr.  de  Dupont,  à  Paris. 

L'inauguration  de  la  halle  au  blé  de  Lectoure  (Gers)  ;  par  un  Lcctourois.  In-S" 
de  2  feuilles.  Impr.  de  Foix,  ù  Auch. 

I.N3T1TUT  ROYAL  DE  France.  Académie  royale  des  Beaux-Arts.  Séance  publique 
annuelle  du  samedi  10  octobre  1846,  présidée  par  M.  Remay,  président. 
In-4''  de  10  feuilles.  Impr.  de  F.  Didot,  à  Paris. 

Principes  du  dessin  d'architecture  ;  par  Naviet.  Deuxième  édition.  In-18  de 
S  feuilles  1/2,  plus  8  pi.  Impr.  de  Martin  fils,  à  Châlons-sur-Marne.  — 
A  Châlons-sur-Marne,  chez  Martin  fils,  chez  l'auteur,  rue  des  Scpt-Mou- 
lins,  1.     Prix 2  75 

L'art  de  composer  el  de  décorer  les  jardins,  par  M.  Boitard.  Deuxième  édition. 
In-S"  oblong  de  11  feuilles  1/2,  plus  un  atlas  in-8°  d'un  quart  de  feuille 
et  120  pi.  Impr.  de  Cardon,  à  Troyes.  —  A  Paris,  chez  Roret,  me  Haute- 
feuille,  10  bis.     Prix 15     » 

Art  de  construire  et  de  gouverner  les  ser?es,  par  Neumann.  Deuxième  édition. 
In-4''  oblong  de  30  feuilles  1/4,  plus  23  pi.  Impr.  de  Pion,  à  Paris.  —  A 

Paris,  chez  Audot,  rue  du  Paon,  8.  Prix 7     » 

Des  Ballons  dans  les  fêtes  publiques.  In-12  d'une  demi-feuille.  Impr.de 
Schneider,  à  Paris. 


Petite  Correapondance. 

M.  G.,  libraire  d  Nancy Si  vous  n'avez  pas  reçu  la  suite  de  voire 

abonnement  au  6"  volumedela  Revue,  c'est  parce  que  votre  correspondant 
a  refusé  de  payer  le  2'  .semestre. — Si  vous  voulez,  à  l'avenir,  ne  plus 
éprouver  d'interruption,  mieux  vaudra  faire  prendre  votre  abonnement 
pour  l'année  entière. 


César  DALY, 

Directeur  et  rédacteur  en  chef, 

membre  de  rAcade'mie  royale  des  Beaux-Arts  de  Slockboim,  de  Plnstitut 
royal  des  Architectes  hrilanniques,  etc.,  etc. 


Paris.  —.Imprimerie  de  L.  MART1.NET,  rue  Jacob,  30. 


22fr 


IJEVUË  DE  LAIlCHITKCTUnE  ET  DES  THAVAUX  PUBLICS. 


2»^ 


NOUVELLE  ECOLE  DES  PONTS  ET  CUAUSSÉES. 

]?ar  ordonnance  en  date  du  22  mai  1842,  l'aocien  liôlel 
Fleury  (rue  des  Saints-Pères,  20),  après  avoir  servi  suc- 
cessivement aux  ministres  des  cultes  et  des  travaux  publics, 
a  été  aiïecté  à  l'Iilcolc  des  ponts  et  chaussées,  et  la  belle 
construction  de  l'auteur  des  bâtiments  de  l'hôtel  des  Mon- 
naies (1)  reçut  une  destination  toute  différente  de  celle  que 
l'on  s'était  proposée. 

Une  somme  de  80,000  fr.,  consacrée  à  des  travaux  d'ap- 
propriation, ne  remédiait  cependant  en  aucune  manière  à 
l'insuffisance  des  bâtiments  qui  n'offraient  pas,  pour  la  col- 
lection des  modèles,  l'étendue  que  son  importance  toujours 
croissante  réclamait.  Une  nouvelle  voie  de  communiciition, 
la  rue  Neuve  de  l'Université,  ouverte  derrière  les  jardins  de 
l'école,  permit  au  gouvernement  d'acheter  une  portion  de 
terrain  pour  y  faire  bâtir  la  suite  des  galeries  des  modèles  qui 
occupaient  déjà  un  bâtiment  en  aile. 

Un  projet  fut  rédigé  en  ce  sens,  et  un  crédit  de  285,000 
francs  fut  ouvert  sur  l'exercice  1845,  pour  subvenir  aux  frais 
d'acquisition  du  terrain,  à  la  construction  et  au  mobilier  de 
ses  galeries. 

Le  nouveau  projet  approuvé  comprend  une  longue  salle 
divisée  en  trois  zones  pour  la  classification  des  modèles  (*oy. 
le  plan,  pi.  16),  un  double  rang  de  hautes  tables  et  des  ta- 
blettes fixées  contre  les  lambris  du  soubassement.  La  façade 
sur  la  rue  Neuve  de  l'Université  ne  devant  recevoir  que  des 
jours  secondaires,  puisque  les  principaux  jours  sont  tirés  sur 
le  jardin,  on  a  di\  ménager  l'emploi  des  fenêtres  et  ne  les 
traiter  que  comme  moyen  de  ventilation.  (Voy.  l'élévation 
de  cette  façade,  pi.  16.)  Les  fenêtres  correspondantes  à  la 
tête  du  bâtiment  en  aile  (voy.p/,  17)  et  à  la  cage  de  l'escalier, 
sont  traitées  autrement  que  celle  de  la  grande  salle,  pour 
répondre  à  un  service  différent  et  accuser  extérieurement 
cette  différence. 

Pour  éviter  de  faire  traverser  inutilement  tous  les  bâti- 
ments de  l'école,  une  porte  pour  l'entrée  des  modèles  a  été 


(I)  Antuinp. 
T.    vu. 


pratiquée  dans  l'angle  à  gauche  (voy.  l'élétalfon,  pi.  16); 
mai»  l'auteur  de  ce  projet,  M.  Garrez,  ancien  pensionnaire 
de  Uomc,  a  trouvé  cette  porte  trop  peu  importante  pour 
troubler,  en  l'accusant,  l'économie  régulière  de  sa  façade. 
Nous  parlons  de  la  régularité  de  cette  façade  et  cependant 
elle  n'est  guère  régulière  en  ce  moment,  mais  elle  pourrait 
au  moins  le  devenir.  Il  serait  en  eiïct  à  désirer,  pour  le  com- 
plément de  cette  façade,  que  l'administration  supérieure  en- 
trât dans  les  vues  de  l'école,  et  que,  dans  on  aienir  plus  oa 
moins  éloigné,  on  complétât,  par  un  pavillon  répétant  celui 
qui  fait  tête  de  salle,  l'extrémité  gauche  de  celte  façade.  A  la 
vérité,  telle  qu'elle  est,  l'architecte  a  Lien  atteint  le  Lut  qu'ii 
se  proposait,  en  accusant  nettement  à  l'etlérieur,  avec  le» 
formes  graves  et  sérieuses  qui  conviennent  è  on  tel  établisse- 
ment, les  besoins  de  l'intérieur. 

Par  l'ensemble  de  ces  travaux,  terminés  en  1846,  on  vient 
de  doter  le  pays  d'un  établissement  assez  complet;  et, grâce 
au  zèle  intelligent  et  aux  connaissances  de  M.  Garraz,  noos 
avons  un  édifice  qui,  sansoiïrir  une  parfaite  unité  de  style,  est 
cependant  digne  de  recevoir  une  école  de  haut  enseignement. 
Planche  16.  On  voit  ici  le  plan  de  la  salle  des  modèles  et 
la  nouvelle  façade  exécutée  sur  la  rue  Neuve  de  l'Université. 
Les  fig.  1  et  2  donnent  la  coupe  de  la  portion  de  cette 
façade  qui  correspond  h  la  grande  salle,  et  les  fig.  S  et  4, 
les  pilastres  qui  décorent  intérieurement  la  salle  du  rez-de- 
chaussée  et  celle  du  premier  étage. 

Les  profils  de  ces  détails  ont  h  la  fois  de  la  finesse  et  de 
la  fermeté;  mais  nous  leur  trouvons  un  air  un  peu  âpre,  oo 
peu  sévère,  pour  une  décoration  intérieure. 

Planche  17.  Cette  planche  reproduite  une  grande  échelle 
la  portion  du  plan,  donné  pi.  16,  où  se  voit  l'arant-corps 
du  bâtiment  en  aile.  On  y  trouve  aussi  l'éléfation  de  cet 
avant-corps. 

Planche  18.  Ici  sont  réunis  tous  les  détails  décoratifs  de 
la  façade  :  l'ordre  du  premier  étage,  l'entablement  du  rez- 
de-chaussée,  les  petites  fenêtres  de  la  grande  salle  des  mo- 
dèles et  les  grandes  fenêtres  de  l'avant-corps  formant  tête  du 
bâtiment  en  aile.  La  réserve  que  nous  avons  faite,  en  parlant 
des  détails  intérieurs,  n'existe  plus  ici;  et  plus  d'un  confrère 
voudra  emprunter  à  M.  Carrez,  qui  le  couronnement  de 
l'entablement  où  le  chéneau  entre  dans  la  déroration  gé- 
nérale, qui  telle  autre  partie,  car  il  y  a  ici  à  prendre  et  à 
apprendre. 


PROJETS  D'ÉGLISES  PAROISSIALES  (P/.  19  et  20). 

Ces  deux  projets,  l'un  par  M.  Dainville  et  l'antre  par 
M.  Fromageau,  élèves  de  M.  Constant-Dufeax,  figuraient 
parmi  les  trente-deux  projets  exposés  à  l'École  des  Beani- 
Arts  lors  du  dernier  concours  de  construction  générale,  entre 
les  élèves  de  deuxième  classe.  Nous  avons  déjà  donné,  p/.  7, 
un  projet  que  nous  avions  remarqué  à  ce  concours.  Voici 
quel  était  le  programme  : 

15 


227 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


228 


*         PROJET  D'UNE  ÉGLISE  PAROISSIALE. 

Celte  église  aura  environ  100  mètres  de  long  et  33  mètres  de  large 
mesurés  extérieurement.  Elle  comprendra  : 

Un  porche,  pronaos  ou  narthex,  avec  le  clocher  et  le  baptistère. 

Une  nef  (naos),  avec  chœur  et  sanctuaire  terminé  par  une  abside,  au- 
tour de  laquelle  devront  être  la  chapelle  de  la  Vierge  et  celles  dédiées  à 
différents  saints. 

Deux  bas-côtés  ou  collatéraux,  au-dessus  desquels  seront  des  trifo- 
rium  ou  galeries  pour  les  catéchumènes  et  pour  recevoir  les  fidèles  dans 
les  grandes  solennités. 

Un  transsept  ou  nef  transversale,  au  milieu  duquel  sera  érigée  une 
coupole  sur  pendentifs  ou  trigoni,  avec  dôme  au-dessus. 

Deux  sacristies.  —  L'église  sera  chaujfée  et  éclairée.  Une  partie  du 
sol,  des  murs  et  des  voûtes  sera  revêtue  de  mosaïques,  de  peintures 
murales  et  de  sculptures  monumentales. 

On  emploiera  (selon  l'occurrence),  à  la  construction  de  cette  église,  la 
pierre  de  taille,  la  brique,  le  moellon,  les  poteries,  le  béton,  le  bois, 
le  fer  et  les  autres  métaux.  On  observera,  dans  l'application  de  ces  maté- 
riaux, les  principes  consacrés  par  l'expérience  et  par  les  progrès  des 
sciences. 

La  distribution  et  la  décoration,  ainsi  que  les  dispositions  des  dilTé- 
renlcs  parties  de  cet  édifice,  sont  laissées  au  choix  des  concurrents.  On 
ne  proscrit  ni  ne  prescrit  rien,  néanmoins  on  devra  éviter  les  arcs-bou- 
tants  apparents,  ainsi  que  les  arcs  ogives  qui  servent  dans  le  même 
cas.  On  cherchera  un  caractère  religieux,  sans  s'attacher  à  copier  les  mo- 
mimenls  de  telle  ou  telle  époque. 

L'église  se  composera  du  plan  de  rez-de-chaussée  à  l'échelle  de  0"',0025 
pour  mètre,  de  la  moitié  de  la  coupe  longitudinale  du  transsept  et  de  la 
moitié  de  celle  de  la  nef  et  des  collatéraux,  à  l'échelle  de  1  centimètre. 

Toute  esquisse  mal  dessinée  et  faite  avec  négligence,  motivera  la  mise 
hors  de  concours. 

L'étude  au  net  comprendra  : 

1°  Les  plans  des  fondations,  du  rez-de-chaussée,  des  naissances  des 
voûtes  et  des  combles  h  l'échelle  de  0",005  pour  mètre. 

2°  Les  trois  principales  coupes  et  les  trois  principales  élévations,  à 
réchelle  de  1  centimèlrc. 

3°  Les  détails  de  construction  des  fondations,  du  rez-de-chaussée, 
des  voûtes,  des  combles,  de  la  coupole  et  du  dôme  du  clocher  et  de  son 
befTroi,  etc.,  à  l'échelle  de  2  centimètres. 

k"  Les  détails  des  charpentes,  fers,  fontes,  menuiseries,  marbrures, 
mosaïques,  couvertures  ;  reliefs  à  la  toiture,  à  la  sacristie,  aux  chapelles, 
au  maître-autel,  au  ciborium,  à  la  chaire  à  prêcher,  au  rétable,  au  banc 
d'œuvre,  aux  confessionnaux,  aux  balustrades  et  lambris. 

Enfin,  ceux  concernant  les  vitraux,  l'éclairage  par  le  gaz  et  le  chauf- 
fage au  moyen  de  la  vapeur  ou  tout  autrement.  L'échelle  de  tous  ces 
détails  sera  de  0",05  pour  mètre. 

Il  est  bien  entendu  qu'on  se  dispensera  de  répéter  le  dessin  des  mêmes 
figures,  afin  d'employer  moins  de  temps  et  moins  de  papier.  Le  nombre 
des  feuilles  grand  aigle  ne  devra  pas  dépasser  six. 

5°  Enfin,  un  mémoire  descriptif  et  un  devis  estimatif  devront  accom- 
pagner les  dessins. 

L'objet  principal  de  ce  programme  était  iroiïrir  une  base 
à  un  concours  de  construction  ;  c'est  dotic  surtout  de  ce 
point  de  vue  qu'il  faudrait  l'examiner;  nous  exprimerons  ce- 
pendant notre  regret  d'y  reconnaître  des  traces  de  l'esprit 
exclusif  qui  distingue  si  malheureusement,  depuis  vingt  ans, 
l'enseignement  de  l'École  des  lîeaux-Arts  de  Paris.  N'est-ce 
pas  pousser  un  peu  loin  le  respect  du  passé  que  de  mêler 
les  usages  d'autrefois  aux  usages  modernes?  Que  signifie, 
en  effet,  cette  évocation  des  catéchumènes,  qui  n'existent 
plus?  Les  catéchumènes  étaient  des  personnes  qui  aspiraient 


à  devenir  chrétiennes  et  qui  recevaient  les  instructions  né- 
cessaires pour  se  rendre  dignes  du  baptême.  On  les  clas- 
sait en  audientes,  genuflectentes,  compétentes  et  electi. 
Le  catécliuménut  était  une  précaution  que  l'Église  jugeait 
nécessaire  pour  ne  pas  admettre  dans  son  sein  des  esprits  mal 
éclairés  ou  des  cœurs  faibles  qui  auraient  pu  devenir  plus 
tard  un  sujet  de  scandale  pour  les  fidèles  en  retournant  aux 
pratiques  des  idolâtres.  Aujourd'hui  que  tous  les  pays  civilisés 
sont  chrétiens,  le  catéchuménat  est  sans  objet;  aussi  l'Église 
occidentale  y  renonça-t-elle  il  y  a  onze  siècles  déjà.  A  quoi 
bon  nous  rappeler  les  catéchumènes  à  propos  d'une  église 
du  xix°  siècle? 

«  On  ne  prescrit  ni  ne  proscrit  rien  »,  dit  le  programme, 
qui  se  hâte  aussitôt  de  proscrire  les  arcs-boutants  et  les 
ogives  apparents,  c'est-à-dire  l'architecture  gothique,  dont 
les  plus  belles  manifestations  se  trouvent  dans  les  églises 
qui  embellissent  les  principales  villes  de  l'Europe  et  qui 
furent  construites,  alors  que  les  architectes  étaient  souvent  à 
la  fois  moines  ou  prêtres  et  artistes.  Nous  regrettons  vive- 
ment de  rencontrer  celte  négation  artistique  dans  un  pro- 
gramme qui  a  surtout  la  construction  pour  objet.  Nous  la 
regretterions  partout,  mais  ici  il  convenait,  ce  nous  semble, 
de  laisser  parler  avant  tout  la  science  du  constructeur;  il 
fallait,  comme  le  dit  le  programme,  que  l'élève  consultât 
«  les  principes  consacrés  par  l'expérience  et  par  les  progrès 
des  sciences.  »  Or,  la  science  réclame  parfois  l'emploi  de 
l'ogive  et  même  des  arcs-boutants.  Pourquoi  alors  les  cacher 
dans  le  cas  où  il  conviendrait  de  les  employer?  Est-il  sage 
qu'on  professeur  de  construction  recommande  de  dissimuler 
des  formes  dont  la  science  peut  recommander  l'usage?  La 
bonne  construction  fut-elle  jamais  ennemie  de  l'art  véri- 
table? 

A  part  ces  critiques,  le  programme  de  M.  Jay  offrait  une 
large  carrière  aux  concurrents;  et  si  quelques  formes,  jugées 
contraires  à  l'orthodoxie  classique,  étaient  exclues  du  con- 
cours, la  matière  du  moins,  sous  tous  ses  aspects,  y  avait 
ses  libres  entrées.  Tous  les  bois,  toutes  les  pierres,  tous  les 
métaux,  tous  les  produits  de  la  nature  et  de  l'industrie 
étaient  invités  à  figurer  à  ce  concours,  à  jouer  leur  rôle 
dans  ce  concert  architectonique,  à  la  seule  condition  d'éviter 
les  fausses  notes  et  de  contribuer  à  l'harmonie  générale. 

Ajoutons  qu'tine  fois  le  concours  jugé,  le  professeur  de 
construction  consacra  une  de  ses  leçons  à  faire  aux  élèves 
des  observations  sur  leur  composition.  Nous  assistâmes  à 
cette  séance,  et  nous  devons  déclarer  que,  dans  son  dis- 
cours, plein  d'observations  judicieuses  et  de  bons  conseils, 
M.  Jay  apprécia  les  tendances  artistiques  des  concurrents 
avec  une  libéralité  d'esprit  que  nous  n'avions  pas  espéré, 
d'après  les  restrictions  fâcheuses  du  programme. 

D'après  le  projet  de  M.  Dubel  (/)?•  7),  les  voûtes  sont  en 
maçonnerie;  dans  celui  de  M.  Dainville,  elles  sont  en  fer,  et 
M.  Fromageau  a  voulu  les  faire  en  bois.  Le  rapport  qui  doit 
exister  entre  la  matière  et  la  forme  artistique  a  été  remar- 
quablement bien  étudié  dans  les  projets  pi.  19  et  20,  oîi  les 


229 


REVUE  DE  LAUCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


au 


voûlcs  sont  construites  avec  nervures  et  panneaux  de  rem- 
plissage comme  toutes  les  voûtes  du  moyen  Age. 

On  remarquera  comme  une  chose  singulière  que  les  arcs 
formercts  de  ces  trois  projets  sont  elliptiques.  C'est  une  forme 
introduite  dans  les  projets  des  élèves  depuis  pru  d'années.  Ce 
sont  les  élèves  de  M.  Constant-Dufeux  qui  ont  donné  le  signal 
de  cette  hardiesse  è  l'École  des  lîcaux-Arts,  ou  il  est  d'usage 
(le  jurer  plus  souvent  par  l'autorité  de  tel  vieux  monumentou 
de  tel  vieil  architecte,  que  par  celle  de  la  science  moderne 
et  du  sens  commun.  L'exemple  a  été  suivi  à  l'atelier 
de  MM.  Nicollc  et  Caristie.  Nous  n'entrerons  pas  ac- 
tuellement dans  l'examen  des  motifs  qui  ont  pu  conduire  à 
l'adoption  de  la  forme  elli|iliqiie,  parce  que  nous  aurons 
prochuinemcnt  l'occasion  de  donner  à  nos  lecteurs  le  tableau 
des  princijiaux  projets  exposés  à  l'École  des  Beaux-Arts  de- 
puis quelques  années,  et  dans  lesquels  cette  forme  a  été 
employée. 

Description  des  planches  \9  et  20. 

Planche  19.  Au  bas  de  la  planche  se  voient  le  plan  géné- 
ral, les  élévations  |)rincipale,  latérale  et  postérieure,  ainsi 
que  les  coupes  transversale  et  longitudinale. 

Les  détails  sont  à  une  plus  grande  échelle.  La  fig.  1  re- 
présente deux  travées  de  la  façade  latérale,  et  la  fig.  2,  deux 
travées  de  la  grande  nef.  La  fig.  3  est  la  moitié  de  la  coupe 
transversale  montrant  l'abside.  La  fig.  o  est  un  détail  de  la 
«rôle  du  toit  j  5,  le  chapiteau  des  colonnes  de  la  nef,  avec  le 
sabot  en  fonte,  qui  embrasse  la  naissance  des  nervures  en 
fer;  6,  la  coupe  de  l'entablement,  et  7,  le  fragment  du 
plan  qui  correspond  aux  fig.  l  et  2.  Dans  \afig.  7  se  voient  la 
projection  des  voûtes  sphériqucs  en  fer  des  bas-côtés,  et  un 
fragment  de  la  couverture  et  des  chéneaux  de  la  galerie  ex- 
térieure parallèle  aux  bas-côtés. 

Planche  20.  Comme  dans  la  planche  précédente,  les 
ensembles  du  projet  occupent  le  bas  du  dessin,  et  les  détails 
la  partie  supérieure.  Les  fig.  l  cl  2  montrent  l'extériear  et 
l'intérieur  du  corps  de  l'église,  et  la  fig.  3,  la  portion  du 
plan  correspondant  aux  fig.  1  et2.  La  projection  des  voûtes 
est  tracée  dans  ce  plan.  La  fig.  l\  est  la  moitié  de  la  coupe 
transversale  de  la  nef,  vue  du  côté  de  l'autel  ;  la  fig.  5  est  le 
chapiteau  des  colonnes  de  la  nef.  Il  est  surmonté  d'un  sabot 
en  fonte,  qui  embrasse  la  naissance  des  nervures  en  bois.  Un 
détail  des  nervures,  du  mode  de  leur  construction  et  de  l'ar* 
rangement  de  la  voûte,  est  re|)résenté  par  la  fig.  6. 

Ces  deux  projets,  comme  celui  de  la />i.  7,  ont  été  étudiés 
par  des  jeunes  gens  très  intelligents,  sous  l'habile  direction 
de  deux  hommes  qui,  ù  des  titres  diftérenls,  ont  acquis  le 
respect  mérité  de  leurs  confrères.  Les  qualités  des  maîtres 
se  reconnaissent  aisément  dans  les  œuvres  des  élèves,  et,  dans 
certains  projets  signés  de  noms  encore  inconnus  en  dehors 
des  ateliers,  on  trouve  plus  de  choses  nouvelles  sous  le 
rapport  de  l'art  qu'on  n'en  rencontrerait  peut-£tre  dans 
vingt  édifices  nouveaux  pris  au  hasard.  C  D. 


DE  OIVEBS 

SYSTÈMES  DE  FERMFi»  EN  FER  ET  EN  BOIS 

HPLOTtU  MM  AHCLEmu. 

Première  ferme.  Planche  21 . 

I.,a  figure  première  de  la  planche  21  représente  l'enfcmblc 
d'une  des  fermes  du  dépôt  des  marchandises  h  la  station  de 
Cambden,  sur  le  chemin  de  fer  de  Londres  k  Birmiogham. 

L'une  des  extrémités  de  celte  ferme  repose  sur  on  roar 
de  face,  et  l'autre  s'appuie  sur  une  plate-bande  en  Ibnle 
établie  sur  une  rîlc  de  colonnes  aussi  en  fonte,  formant  les 
différentes  divisions  de  l'ensemble  de  ces  magasins. 

Chaque  ferme  se  compose  d'un  entrait  principal  ou  ti- 
rant .\  B,  en  fer  rond,  divisé  en  trois  parties  réunies  par  im 
moufles  articulées.  L'ensemble  de  l'entrait  forme  une  ligae 
brisée  dont  la  partie  du  milieu  est  horizontale,  et  dont  Im 
deux  autres  s'inclinent  à  droite  et  i  gauche  vers  les  points 
d'appui  (1). 


(  1  )  Ce  retro%usement,  qu'on  ««gère  parfoif ,  mm  te  doMcr  ^'o*  diainoe 
aioti  la  rigidiië  des  rernio,  cU  loujoun  d'un  bou  eCet  q«aM  il  mi  tait 
avec  modéraUoo,  c'e«i-à-dire  l'il  ne  dépatae  pai  la  CMtièoM  partit  é»  b 
longueur  de  l'entrait.  Noui  diroiM  tntme  qu'il  ett  iodiapcoiablc,  car  ai  l'an 
établit  l'entrait  fur  une  teule  ligne  droite,  pour  peu  qa'il  fléthiaae  (et  il 
en  est  toujours  ainsi),  lelTel  est  det  ploa  déaagrtabltfc  U  fMt,  daa»  i«H  Im 
cas,  comme  dan*  la  ferme  que  Booa  déerivoM,  M  Bteafer  la  Cacalié4e 
relever  l'entrait  au  moyen  d'un  long  pas  de  vis  mnoi  d'on  éma  à  la  | 
inrérieiirc  des  poinçons.  On  n'a  pas  pris  cette  précaution  au  feroM*  d<-  ta  i 
d'attente  du  chemin  de  fer  du  Nord  ;  il  en  résulte  qa'oo  im  p««t  i 
entrails  qui  ont  Dccbi  par  le  tassement  de  la  (cnac,  et  ila  mtaat 
en  dessous  d'une  manière  regrettable. 

Ajoutons  en  passant,  que,  dans  un  édiCce  quelque  pM  aManMalal,  k 
charpente  apparente  en  bois,  comme  est  cette  salle  d'aUwta,  •■  m  dtnait 
jamais  substituer  à  l'entrait  en  buis  un  mince  Uraol  da  fer  ;  car  l'citftae 
maigreur  de  cette  tringle  en  métal,  doot  rieo  M  motive  impériMMOBnC 
l'adiiption,  est  du  plus  mauvais  effet.  Il  semble  même,  dMM  le  «••  ^  mm 
occupe,  que  les  deux  tronçoii*  d'enlrait  en  bois,  eofiM  par  dn^M  eUttmUé 
du  tirant  en  fer,  soient  les  reste*  d'oo  eolrail  en  bai*  qa'oa  amait  coapé  pM 
suite  d'un  accident. 

Du  reste,  un  entrait  filiforme  m  p«ot  résister  qu'à  la  traciieo,  et  il 
peut  se  présenter  des  cas  oîi  il  est  néceaaaire  qu'il  s'oppeae  an  rrf 
Si,  par  eiemple,  le  local  couvt-ri  par  une  charpente  de  cette  I 
placé  entre  deux  bttimeots  latéraux  qui,  par  suite  de  < 
tendraient  à  se  déverser  de  son  câté,  le*  entrait*  filiforme*  i 
srr  la  moindre  résisunce  à  la  poaa*ée  (qMjc  aoppeee  ptM  tort*  fM  t 
comble),  les  arbalétriers  seraient  soulevé*  par  le  rappn 
Les  bàtimenU  latéraux  pourraient  donc  s'écrouler  du  cUé  et  MUc  aille,  ce 
qui  ne  serait  peut-être  pas  arrivé  avec  des  entrait*  ca  bois  à'wmm  gniÊmm 
convenable  qui  auraient  résilié  an  rapprocbeatcnt  im  mm  mumIi  0» 
auraient  terri  pour  ainsi  dire  d*élr<ailloaa. 

RtmarguM  du  dir*c(Mir  d«  la  A«ew.  —  Nm  leclMi*  «aveul  comMm  mm 
nous  tenon*  en  garde  contre  tout  ce  qni  «e  reasent  d*  l'eapril  de  oégaliaa  *• 
d'ficlusivisroe.  Si  une  mauvaise  application,  on  mois*  encore,  h  rapplicaliM 
imparfaite  d'un  sjalème  devait  entraîner  la  caodeaMiiM  de  cnajattee,  il 
faudrait  renoncer  à  tous  le*  style*  d'art,  à  loM le*  ||||Ibmi  4t  < 
car  on  a  fait  de  roanvais  monuments  de  tous  le*  *tylc*  et  4*  i 
siriictions  d'aprê*  ton*  le*  (ysiime*.  Nous  rtfreltoM  doM  ^m  mU*  mtà, 
M.  Janoiard,  se  décide  à  afBrmer  qu'on  ne  doit  jonais  Mbalifer,  4aM  IB 
édince  un  peu  monumental,  à  l'entrait  en  boia  «a  linM  M  fir. 

Le  fer  employé  pour  réaister  à  la  tractiM  IkMliaaM  caafctMiMCM  A  n 
nature  ;  c'est  à  l'artiste  à  en  tirer  le  meilleM  parti  pMHMc,  et  R  aiaMe  aa 
moins  hardi  d'affimier  à  prioti  parce  qn'M  Mm»  M firi  a  Mé  Ml,  M^'W 
ne  confoit  pas  immédiatencol  tUM  manière  de  bien  UÈn  ém»  ke  mlm*» 


V 


'2âi 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


252 


Un  second  enirait  C,  en  fonle,  à  section  cruciforme, 
contre-bute  les  tôtes  des  deux  arbalétriers  en  bois  D,  dont 
celui  de  p;auche  s'emhoîte  par  le  pied  dans  un  sabot  en 
fonte  E.  Celui-ci  repose  sur  une  sablière  en  bois,  et  est  en- 
Jilé  pnr  l'extrémité  du  tirant  en  fer  AB,  laquelle  est  filetée 
€t  garnie  d'un  écrou  pour  tenir  l'écartement. 

Le  sabot  de  droite  E',  semblable  au  premier,  est  porté 
far  une  plate-bande  en  fonte  I,  posant  sur  les  colonnes  (1). 


conditions,  que  jamais  un  autre  ne  sera  plus  heureux  que  nous  et  les  artistes 
■dont  nous  blinnn;  les  travaux. 

Quant  au  cas  particulier  cilé  par  M.  Janniard,  c'est-à-dire  celui  de  la 
salle  d'attente  de  la  gare  du  Nord,  nous  ne  partageons  pas  son  avis.  L'adop- 
tion de  tirants  en  fer  en  place  d'cniraits  en  bois  a  eu  pour  effet  d'agrandir 
■considérablement  cette  salle;  l'œil  du  spectateur,  au  lieu  d'être  arrêté  à  la 
^hauteur  des  entraits  par  une  série  de  grands  poutres  horizontales,  s'élève 
librement  jusqu'au  sommet  des  fermes;  l'air  et  la  lumière  circulent  aisément 
et  on  jouit  du  sentiment  de  l'espace  et  de  la  grandeur.  Avec  des  entraits  en 
bois,  la  salle  abaissée,  rapetissée,  paraîtrait  moins  hante  de  moitié. 

Bien  entendu,  quand  une  ferme  doit  avoir  pour  objet  à  la  fois  de  porter 
«ne  couverture  et  de  contre-buter  des  constructions  voisines,  cas  que  suppose 
M.  Janniard,  alors  des  entraits  en  bois  vaudront  mieux  à  coup  sûr  que  des 
.tirants  en  fer.  Nous  ne  voulons  pas  de  tiranis  en  for  quand  même;  c'est 
■contre  leur  proscription  absolue  dans  des  nionumenls  importants  que  nous 
nous  inscrivons,  en  attendant  qu'on  démontre  scientifiquement  leur  insuffi- 
sance mécanique.  Jamais  aux  belles  époques  de  l'art,  pas  plus  dans  l'anti- 
tjuité  qu'au  moyen  âge,  les  artistes  ne  reculèrent  devant  les  conséquences 
naturelles  résultant  de  l'emploi  dune  matière  utile.  C'est  au  point  que,  de 
nos  jours,  des  artistes  éminents  de  l'une  et  de  l'autre  école,  pleins  d'adnii- 
Tation  pour  les  ressources  artistiques  que  de  tout  temps  on  a  puisées  dans  les 
propriétés  naturelles  des  matériaux,  en  sont  venus  à  définir  l'architecture  : 
aV Art  d'orner  la  construclion .  »  Construisons  donc  bien!  A.  l'arlislc  de 
■chercher  la  forme  décorative  correspondant  à  chaque  progrès  nouveau  que  la 
science  apporte  dans  l'art  de  bûtir.  D'ailleurs  n'a-t-il  pas  été  écrit  :  o  Cher- 
chez et  vous  trouverez.  »  Encourageons  donc  ceux  qui  cherchent,  au  lieu  de 
■déclarer  par  avance  impossible  ou  mauvaise  la  solution  que  nous  n'avons  pas 
trouvée  nous-mème. 

En  voyant  cette  franche  et  amicale  discussion  entre  nous  et  l'un  des  plus 
éminents  collaborateurs  de  c  recueil,  nos  lecteurs  comprendront  que  la  lievue 
de  l'architecture  cherche  avant  tout  la  vérité.  Ils  estimeront  davantage  une 
publication  où  chaque  rédacteur  exprime  librement  ses  convictions,  à  la  seule 
condition  de  les  laisser  discuter;  carun  grand  amour  de  la  vérité  et  une  estime 
Téiiproque  méritée,  peuvent  seuls  absorber,  dans  de  telles  circonstances,  les 
Téclamalions  naturelles  de  l'amnur-propre.  (Ccsar  Oaly.) 

(I)  Nous  signalerons  ici  la  forme  vicieuse  donnée  généralement  à  l'inté- 
Tieur  des  sabots  en  fonte  qui  reçoivent  le  pied  des  arbalétriers,  conire-fiches, 
-arcs  ou  toutes  autres  pièces  de  bois  inclinées.  Ici,  elle  est  moins  imparfaite  que 
dans  beaucoup  d'autres  exemples,  puisque  la  sole  est  horizontale,  tandis  que, 
dans  bien  des  cas,  elle  est  inclinée  vers  l'intérieur  du  sabot,  et  voici  ce  qui 
en  peut  résulter. 

En  ras  de  chute  d'eau  pluviale  sur  les  pièces  de  bois  en  question,  ce  qui 
arrive  quelquefois,  surtout  aux  ponis,  ces  eaux  s'introduisent  dans  le  sabot 
par  la  capillarité  du  joint,  et  y  séjournent  même  quand  l'intérieur  ne  peut 
former  réservoir.  En  peu  d'années  l'assemblage  peut  se  trouver  pourri.  Dans 
les  hangars  les  mieux  couverts,  on  n'est  pas  à  l'abri  de  cet  inconvénient  ;  car 
dans  les  élévations  brusques  de  température,  après  une  forte  gelée,  l'humi- 
dité de  l'air  se  condensant  sur  la  charpente,  surtout  si  elle  est  peinte  à  l'huile, 
voule  vers  la  partie  inférieure  et  s'introduit  dans  le  sabot  ou  dans  tout  autre 
assemblage.  Il  importe  donc  que  cette  eau  ne  puisse  y  séjourner. 

Pour  parvenir  à  ce  résultat,  il  est  de  rigueur  que  le  bas  du  sabot,  ou,  si 
■l'on  veut,  la  semelle,  soit  en  pente  vers  l'extérieur,  et  que  sa  surface  soit 
rayée  de  cannelures  convergeant  à  une  ou  plusieurs  issues  par  lesquelles 
■s'écouleront  les  eaux  qui  auraient  pu  s'introduire  dans  le  sabot  (voy.  n,  fig.  9 
«t  10).  Il  serait  bon  aussi  de  peindre  à  l'huile  l'encastrement  de  la  pièce  de 
bois  avant  l'assemblage. 

Les  précautions  que  nous  venons  d'indiquer  sont  indispensables,  surtout 
dans  les  ponts  en  charpente  dont  les  courbes  et  les  conire-fiches  sont  souvent 
«ncastrées  dans  de  profonds  sabots  dans  lesquels  l'eau  pluviale  s'introduit 
■aisément  et  d'où  elle  ne  peut  sortir.  On  voit   au  pont  sur  l'Ouscburn,  près 


La  tête  des  arbalétriers  est  reçue  dans  un  sabot  en  fonte  F, 
portant  deux  autres  emboîlures,  dont  l'une  s'assemble  avec 
l'entrait  C,  et  l'autre  avec  le  pied  du  faux  arbalétrier  G. 
Une  fourchette  ménagée  sur  la  tête  de  ce  sabot  reçoit  l'une 
des  pannes.  Il  est  traversé  par  le  faux-poinçon  ou  aiguille 
pendante  H. 

Les  faux  arbalétriers  G,  beaucoup  plus  légers  que  les 
autres,  reçoivent  la  partie  vitrée  du  comble  et  s'assemblent 
en  coupe  biaise  avec  le  faîlnge  composé  d'une  planche  posée 
de  champ. 

La  portée  de  chaque  arbalétrier  est  soulagée  à  son  milieu 
par  une  contre-fiche  en  fonte  J,  à  section  cruciforme,  portant 
par  le  haut  une  fourchette  boulonnée  sous  l'arbalétrier,  et 
par  le  bas  un  empâtement  boulonné  sur  l'une  des  moufles 
du  tirant  et  enfilé  par  le  faux  poinçon.  Celui-ci  est  en  fer 
rond,  et  il  traverse  le  sabot  F  par  une  douille  dans  laquelle 
il  est  arrêté  par  une  tête  fraisée. 

Ainsi  qu'on  peut  le  voir  en  regardant  la  figure  avec 
quelque  attention,  celte  ferme  est  tronquée  dans  son  en- 
semble et  se  termine  à  l'entrait  C  ;  car  les  faux  arbalétriers  G 
sont  indépendants  du  reste,  auquel  ils  ne  tiennent  pour  ainsi 
dire  que  par  leur  poids.  Sa  forme  réelle  est  donc  un  trapèze 
et  non  un  triangle. 

Les  eaux  du  comble  sont  reçues  dans  des  chéneaux  en 
bois  doublés  en  métal. 

Les  fermes  sont  reliées  entre  elles  par  deux  cours  de  trin- 
gles en  fer  a,  fig.  2,  3  et  5,  assemblées  dans  les  moufles  du 
tirant  par  un  boulon,  et  dans  les  murs  par  un  scellement. 

DÉTAILS. 

Fig.  3,  Il  et  5.  Coupe  horizontale,  élévation  et  plan 
d'une  des  moufles  du  tirant. 

Fig.  6.  Coupe  transversale  du  deuxième  entrait  et  de  la 
contre-fiche  J. 

Fig.  7.  Portée  des  deux  fermes  juxtaposées  latéralement 
sur  la  plate-bandeen  fonle.  a  Sabot  recevant  le  pied  de  l'al- 
balétrier;  celui  de  l'autre  ferme  est  ponctué,  b  Coupe  trans- 
versale de  la  plate-bande  en  fonte  composée  de  deux  ju- 
melles appliquées  l'une  contre  l'autre  et  reliées  d'une  travée 
à  l'autre  par  deux  oreillons  c  boulonnés  ;  mais  rien  ne  paraît 
les  réunir  entre  elles  que  les  talons  des  sabots  et  les  deux 
mamelons  d  de  la  colonne,  e  Chapiteau  des  colonnes. 

Fig.  8.  Plate-bande  vue  de  face  à  sa  portée  sur  une  co- 
lonne; a  est  le  sabot  de  la  ferme  de  gauche  vu  de  face,  et  a' 
celui  de  la  ferme  de  droite  vu  à  l'intérieur. 

Nous  désapprouvons  la  position  de  ces  fermes  dans  deux 
plans  différents  de  chaque  côté  de  l'axe  des  colonnes,  jiar 


Newcastle,  un  exemple  remarquable  de  cette  disposition  irréfléchie  (voy.  pi. 
li,  les  fig.  !i,  7,  8,  9  et  10  du  -I"  volume  de  cette  Revue,  représentant  le 
sabot  qui  reçoit  le  pied  des  grands  arcs  eu  bois  composés  de  quinze  épais- 
seurs de  planches  superposéçs). 

Nous  signalerons  aussi  le  sabot  qui  reçoit  les  jambes  de  force  des  fermes  de 
la  gare  du  Nord  (voy.  fig.  3  et  4  de  la  pi.  43  du  6"  volume  de  cette  Reçue) . 


23^ 


REVUE  DE  L'AUCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


nh 


suite  (lu  peu  (le  Inrgeur  de  la  pinte-hanclc  servant  de  support, 
par  plusieurs  rnis(jris  : 

1°  Los  mamelons  d,  fig.  7  et  8,  sont  insuffisants  pour 
Tclier  les  plates-bandes  aux  colonnes  ;  ce  qui,  joint  au  peu  de 
largeur  de  la  section  de  ces  plates-bandes,  peut  les  faire 
déverser  par  l'action  du  plus  léger  mouvement  transver- 
sal. 

2°  Rien  ne  relie  les  deux  jumelles  l'une  à  l'autre,  si  ce 
n'est  le  talon  des  sabots  et  les  deux  mamelons  du  cha- 
piteau. 

3°  Un  faible  tassement  vertical  ou  une  légère  poussée 
transversale  briseraient  les  deux  oreillons  c. 

Voici  les  modifications  que  nous  proposons  (\o\.fig.9,l0 
et  11).  La  (ig.  9  est  une  coupe  de  la  plate-bande  et  du  sabot 
suivant  la  ligne  fghi  du  plan/îr/.  10.  Cette  dernière  donne 
à  gauche  la  coupe  horizontale  de  la  plate-bande  sur  j  A;  de  la 
fg.  9,  et  à  droite  le  plan  de  la  partie  supérieure  du  sabot  et 
de  l'élrier. 

Le  pied  des  deux  arbalétriers  convergents  a  et  &  est  reçu 
dans  un  double  sabot  c,  qui  est  relié  aux  deux  tirants  des 
fermes  d  d'  par  un  double  étrier  horizontal  o.  Celui-ci  porte 
à  son  milieu  un  œil  rcnllé  pour  le  passage  d'un  boulon  tra- 
versant la  sole  du  sabot. 

La  jonction  de  deux  travées  de  plate-bande  porte  un  ren- 
flement formant  douille  cylindrique  pour  recevoir  le  tenon  / 
ménagé  dans  le  chapiteau.  Quatre  oreillons  m  boulonnés  et 
renforcés  par  le  rcnllcment  du  collet  servent  ù  réunir  solide- 
ment les  plates-bandes. 

Cette  nouvelle  disposition  offre  d'abord  l'avantage  de  pro- 
longer le  su|)port  jusque  sous  la  charge  représentée  par  les 
fermes  qui  se  trouvent  ici  dans  le  même  plan  :  voilà  pour  l'œil. 
Knsuite  la  résistance  de  la  plate-bande  à  la  traction  est  dou- 
blée, comme  le  nombre  des  boulons.  Le  tenon  /relie  solide- 
ment la  colonne  à  la  plate-bande.  La  résistance  du  joint  au 
tassement  est  plus  que  doublée  tant  par  le  nombre  que  par 
la  disposition  des  boulons;  et  la  résistance  à  la  rupture  trans- 
versale du  joint  est  augmentée  considérablement  par  le 
nombre  des  boulons  et  par  leur  plus  grand  écartement  hori- 
zontal qui  double  presque  la  longueur  du  bras  de  résistance 
du  levitr. 

D'après  les  principes  que  nous  avons  émis  dans  la  deuxième 
note  (col.  231),  nous  avons  percé  le  sabot  c  d'un  orifice  n 
(fg.  9  et  10),  auquel  communiquent  les  stries  pratiquées 
dans  la  sole  pour  l'écoulement  des  eaux  qui  auraient  pu  s'in- 
troduire dans  le  sabot. 

Quoique  nous  ayons  indiqué,  comme  dans  l'original,  la 
division  de  la  plaie-bande  en  deux  jumelles  séparées,  nous 
j)ensons  qu'il  serait  préférable  de  la  faire  d'une  seule  pièce 
pour  chaque  travée.  On  pourrait,  sans  affaiblir  la  solidité, 
donner  ù  la  plate-bande  unique  un  peu  moins  d'épaisseur 
qu'aux  deux  jumelles  réunies.  (Voy.  la  coupe  horizontale, 
fg.  l'i.) 


Deuxième  ferme.  Planche  22,  fg.  1 . 

La  ferme  fg.  1"  de  la  pi.  21  a  quelque  analogie  a»ec  la 
précédente. 

L'entrait  principal  ou  tirant  est  è  peo  près  semblable  en 
tout  point.  Les  extrémités  traversent  aussi  les  saboU  co  (bote 
qui  reçoivent  le  pied  des  arbalétriers. 

Ceux-ci,  de  même  que  le  second  entrait,  sont  en  bois,  et 
s'assemblent  par  le  haut,  à  droite  et  i  gauche,  dans  un  double 
sabot  en  fonte  détaillé  fg.2ei  3,  et  portant  fourchette  è  sa 
partie  supérieure  pour  recevoir  l'une  des  pannes.  Comme 
dans  la  figure  précédente,  le  sabot  est  traversé  par  le  fans 
poinçon. 

Les  sabots  inférieurs,  détaillés  fg.  li  et  5,  sont  moois 
par-dessous  d'un  mamelon  entaillé  dans  une  dalle  en  pierre 
dure  dont  la  saillie  est  profilée  à  l'extérieur  et  porte  le  cbé- 
neau.  (Voy.  fg.  i  et  6.; 

Les  deux  arbalétriers  se  terminant  aux  sabolii  qui  les  réii> 
nissent  à  l'entrait  supérieur,  le  reste  du  comble  jusqu'au  faî- 
tage est  formé  par  les  chevrons  qui  viennent  s'assembler  en 
coupe  biaise  sur  les  flancs  du  faîtage.  Cette  ferme  est  donc 
de  forme  trapézoïde  comme  la  précédente,  et  d'une  simplicité 
encore  plus  grande. 

Le  bord  de  chaque  égoutest  garni  d'un  chéneau  en  fonte 
scellé  dans  le  mur,  et  dont  le  profil  extérieur  simule  une  cor- 
niche de  couronnement. 

EXPLICATION   DES   DÈTAIU. 

Les  fg.  /i  et  5  représentent  la  coupe  et  la  face  du  sabot 
qui  reçoit  le  pied  des  arbalétriers;  6  le  mamelon  incrusté 
dans  la  dalle  :  celle-ci  est  en  schiste  dans  le  pays.  Nous  vou- 
drions que  la  sole  de  ce  sabot  fût  inclinée  du  cdté  de  l'entrée 
et  striée  pour  l'écoulement  de  l'eau  qui  aurait  pu  s'y  infil- 
trer. (Voy.  n,  fg.  9  et  10  de  la  pi.  21.) 

Fig.  6.  Profil  du  chéneau  en  fonte  et  de  la  dalle  qui  le 
porte.  Les  différentes  pièces  qui  composent  ce  chéneau  sont 
réunies  par  des  boulons  traversant  des  collets  a  saillants  & 
l'intérieur. 

Cette  disposition  est  vicieuse  en  ce  qu'elle  forme  un  étran- 
glement qui  retient  les  ordures  et  gêne  le  passage  de  l'ean. 
Ensuite,  rien  n'indiquant  de  quelle  façon  est  ajusté  le  reste 
du  joint,  il  semble,  à  voir  le  dessin,  qu'il  n'est  formé  que  pr 
la  jonction  bout  h  bout  de  la  simple  épaisseur  du  chéneau. 
Or,  il  est  impossible  de  bien  lutcr  un  joint  d'une  si  faible 
surface,  et  surtout  dans  une  matière  susceptible  de  dilatation. 
Une  fouille  de  plomb  b  engagée  sous  les  cherrons  c  retombe 
sur  le  bord  intérieur  du  chéneau  et  ne  permet  pas  i  l'ean 
pluviale  de  s'infiltrer  derrière  celui-ci. 

Nous  donnons,  fg.  7,  une  modification  du  joint  de  re 
chéneau,  qui  n'aurait  pas  les  inconvénients  de  l'original. 

On  donnerait  h  la  mouchette  du  larmier  une  saillie  un  peu 
plus  grande  (environ  2  ccntim.)  et  chaque  joint  sorailpourvn 
d'un  collet  d'une  saillie  égale  i  celle  de  la  mouchelle,  afin  de 
recevoir  une  série  de  tîs  à  tète  fraisée  pour  serrer  le  joint. 


235 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


23d 


Par  derrière  le  chéneau,  le  collet  serait  à  l'extérieur  et 
caché  dans  la  maçonnerie,  et,  par  devant  ce  collet,  beaucoup 
plus  étroit,  porterait  par  le  haut  une  partie  saillante  pour  re- 
cevoir une  vis. 

Pour  fixer  ce  chéneau  plus  solidement  au  mur,  nous 
avons  ajouté  à  chaque  collet  un  talon  a,  s'incrustant  dans 
la  dalle,  et,  de  distance  en  distance,  des  crampons  à  scelle- 
ment h  sur  le  bord  supérieur.  On  laissera  dujeu  latéralement 
dans  l'incrustement  de  chaque  talon  et  collet,  afin  d'éviter 
les  effets  de  la  dilatation,  dont  il  faut  tenir  compte  dans  les 
grandes  longueurs. 

Il  ne  faut  pas  se  dissimuler  qu'on  ne  peut  obtenir  de  la 
pente  intérieure  à  des  chéneaux  du  genre  de  celui  que  nous 
avons  modifié  ;  car,  comme  il  forme  corniche  et  qu'il  doit  en 
cela  conserver  son  niveau  extérieur,  la  pente  intérieure  ne 
pourrait  être  obtenue  que  par  le  moulage,  ce  qui  deviendrait 
fort  dispendieux. 

Le  mieux  serait  de  faire  le  collet  à  l'intérieur,  et  après 
avoir  formé  la  pente  avec  un  enduit  en  mortier  ou  en  plâtre, 
garnir  l'intérieur  d'une  feuille  de  plomb.  Ce  mode  serait 
coûteux,  mais  encore  faut-il  obtenir  le  résultat  qu'on  se  pro- 
pose: pente  intérieure  et  lignes  de  niveau  à  l'extérieur.  On 
ferait  ainsi  disparaître  sous  l'enduit  les  disgracieux  collets  a 
de  la  pg.  6. 

Les  fig.  8  et  9  donnent  l'élévation  et  le  plan  des  moufles 
d'assemblage  du  tirant  et  des  faux  poinçons. 

Troisième  ferme,  pi.  22,  fig.  10. 

Elle  se  compose  de  deux  enlraits  A  et  B;  de  deux  arbalé- 
triers C;  de  deux  contre-GchesD,  et  d'une  doublure  ou  se- 
melle E,  boulonnée  avec  l'entrait.  Elle  sert  à  maintenir  la 
butée  des  contre-fiches.  Toutes  ces  pièces  sont  en  bois. 

Le  pied  des  arbalétriers  est  reçu  par  une  semelle  en  fer 
fondu  posée  sur  le  dos  du  grand  entrait,  et  portant  trofs 
talons,  l'un  en  dessous,  a,  entaillé  dans  l'entrait,  les  deux 
autres  en  dessus.  Le  premier  de  ceux-ci,  6,  maintient  la 
butée  del'arbalétrier,  conjointement  avec  un  étrier  en  fer,  c, 
qui  relie  les  deux  pièces  de  bois.  Le  troisième  talon,  d,  re- 
tient au  moyen  d'un  boulon  qui  le  traverse  la  plate-forme  sur 
laquelle  sont  fixés  les  chevrons. 

La  tête  des  arbalétriers  et  les  abouts  du  deuxième  entrait 
sont  reçus  dans  un  double  sabot  F,  lequel  est  traversé  par 
l'un  des  faux  poinçons  en  fer  rond  qui  soulagent  la  portée  de 
l'entrait  A.  Ce  sabot,  détaillé  dans  les  fig.  H,  12  et  13, 
qui  en  donnent  le  plan,  la  coupe  et  la  face,  porte  une  four- 
chette avec  boulon  pour  maintenir  la  panne  supérieure  qui 
relie  les  fermes  entre  elles. 

Sous  l'entrait  principal  sont  des  tringles  en  bois  recevant 
le  lattis  du  plafond. 

Comme  les  deux  précédentes,  cette  ferme  est  tronquée 
dans  son  ensemble,  et  les  chevrons  sont  chargés  de  terminer 
le  comble  jusqu'au  faîtage  sur  lequel  ils  s'assemblent. 

Les  eaux  pluviales  du  comble  sont  reçues  à  l'égout  de 


gauche,  dans  un  chéneau  en  métal,  caché  dans  l'épaisseur  d& 
l'entablement  en  maçonnerie.  Celui-ci  est  lui-même  revêtu 
d'un  profil  en  fonte. 

L'égout  de  droite  est  aussi  garni  d'un  chéneau  en  métal 
formant  le  larmier  de  l'entablement. 

H.  JANNIARD, 

Architecte  du  Gouvernement. 


MODÈLE  D'UN  CAHIER  DES  CHARGES 

ET  DES   CONDITIONS  A   IMPOSER    AUX   ENTREPRENEUBS  D'OUVRAGES 
A  FORFAIT. 

Mon    CHER    CONFRÈRE, 

Votre  excellent  journal  est  appelé,  par  le  fait  de  sa  spé- 
cialité, à  élucider  toutes  les  questions  qui  touchent  à  notre 
profession,  non  seulement  dans  les  hautes  régions  de  l'artj. 
mais  aussi  dans  celles  plus  humbles  de  la  pratique. 

A  une  époque  où  le  temps  est  apprécié  ce  qu'il  vaut,  où 
chacun  de  nous  doit  être  désireux  de  simplifier  les  rouages 
de  la  machine  compliquée  que  nous  faisons  fonctionner,  j'ai 
pensé  que  ce  serait  rendre  un  service  à  nos  jeunes  confrères 
que  de  leur  préparer  un  modèle  (le  mot  est  ambitieux),  di- 
sons un  guide,  qu'ils  pourraient  peut-être  consulter  avec 
fruit  pour  la  rédaction  d'un  Cahier  des  charges  et  conditions 
à  imposer  aux  entrepreneurs  qui  acceptent  des  travaux  à 
forfait. 

Dans  ces  sortes  de  marché,  les  conditions  générales  surtout 
revêtent  à  peu  près  les  mêmes  formes  pour  toutes  les  affaires. 
Les  modifications  à  celles  que  je  propose  seraient  donc 
rares,  et  le  type  resterait  en  indiquant,  je  crois,  suffisamment 
la  marche  à  suivre,  même  pour  une  rédaction  qui  s'en  écar- 
terait légèrement. 

Quant  aux  conditions  particulières,  quanta  la  description 
détaillée  par  nature  d'ouvrages,  on  sent  qu'elle  varie  à  l'in- 
fini et  qu'on  ne  peut  l'entreprendre  qu'après  les  plans  ache- 
vés. Il  suffisait  d'indiquer  les  ouvrages  sous  la  rubrique  de 
leur  titre,  laissant  à  l'architecte  à  appliquer  à  chacun  d'eux 
les  détails  nécessités  par  le  mode  de  construction  qu'il  adop- 
terait. 


•237 


IIEVUE  DE  L'AIICIUÏECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


2ta 


J'ai  terminé  par  une  oblif^ation  de  la  part  du  propriétaire 
tl'acquiltcr  les  honoraires  de  l'architecte  à  un  taux  admis  de- 
puis deiix  cent»  ans,  et  j'ai  dil,  pour  la  validité  du  contrat, 
demander  qu'il  fut  fait  en  triple  expédition. 

J'évite  ainsi  toutes  les  diflicultés  à  propos  de  la  rémuné- 
ration de  nos  travaux  ;  vous  savez  qu'elles  sont  incessantes, 
«tque,  dans  la  situation  où  nous  place  le  silence  de  lu  loi,  il 
faut  bien  que  de  nous-mêmes  nous  prenions  une  position  qui 
sauvegarde  nos  intérêts.  Je  le  fais  d'une  manière  patente, 
légale,  et  je  ne  pense  pas  qu'il  y  ait  là  lieu  à  objections. 

En  tête  de  mon  travail,  je  place  un  abrégé  chronologique 
sommaire  des  lois,  arrêts  et  ordonnances,  que  nous  devons 
consulter  au  besoin.  C'est  un  devoir  de  notre  profession  que 
de  connaître  la  législation  spéciale  qui  régit  la  matière,  afin 
de  ne  pas  contrevenir.  Au  moyen  de  cette  table  sommaire, 
on  pourra  recourir  aux  textes  mêmes  pour  les  éclaircisse- 
ments qui  paraîtraient  nécessaires. 

Je  crois  que  l'état  qui  clôt  le  marché  présente  des  avan- 
tages pour  la  comptabilité,  dont  la  situation  est  toujours 
claire  parce  moyen.  C'est  du  moins  ce  que  j'ai  reconnu  dans 
ia  pratique.  On  sent,  de  reste,  que  cet  état  peut  se  modifier 
«n  raison  des  conditions  de  paiement  :  c'est  une  question  de 
•colonnes  à  ajouter  ou  à  retrancher. 

Ënfm,  mon  cher  confrère,  je  soumets  cet  ensemble  de 
vues  à  votre  appréciation  éclairée,  et,  comme  je  sais  que  vous 
accueillez  avec  une  excessive  obligeance  tout  ce  qui  vous  pa- 
raît utile  à  notre  profession,  je  souhaite  que  mon  travail, 
malgré  sa  concision,  ou  plutôt  peut-être  (car  c'est  le  but  que 
je  poursuivais)  par  cette  concision  même,  vous  semble  de  na- 
ture à  mériter  une  place  dans  votre  excellente  publication. 

Il  irait,  par  ce  moyen,  à  l'adresse  de  nos  jeunes  confrères, 

qu'il  pourrait  diriger  dans   la  pratique  des  affaires  qui  leur 

sont  confiées. 

Agréez,  mon  cher  confrère,  l'assurance  de  tous  mes  bons 

sentiments. 

Brunet  de  Baines. 

modèle  d'un  cahier  des  charges  pour  une  construction 

A  FORFAIT. 

Cahier  des  charges  et  conditions  générales  et  particulières 
d'un  marché  à  forfait  pour  la  construction 
sur  un  terrain  sis  à  ,  rue  ,  n" 

■appartenant  à 

-demeurant  à  ,  rue  ,  n° 

et  pour  le  compte  de  ce  dernier.  Ladite  eomiruetion  élevée  d'après 
les  plans  et  sous  la  direction  de  M. 

architecte  à  ,  y  demewant,  rue  , 

«*  ,  par  M.  ,  entrepreneur  général, 

<e  acceptant,  demeurant  à 
rue  ,  n" 


CmmIMImm 

Les  travaux  h  exécuter  comprennent  : 

La  terrasse,  la  maçonnerie,  le  carrelage,  la  charpente, 
la  serrurerie,  les  gros  fers,  la  fonte,  la  couvertare,  la  plom- 
berie, la  menuiserie,  le  pavage  grès  et  bois,  la  otarbicrie, 
la  fumisterie,  la  peinture,  la  vitrerie,  la  tentare,  la  donire, 
la  sculpture,  la  miroiterie,  les  appareils  d'éclairage,  les  con- 
cessions d'eau. 

Ces  divers  travaux  seront  exécutés  suivant  les  règles  Al 
l'art,  avec  toute  la  perfection  qu'ils  comportent  chacun  iam 
leur  nature  et  en  matériaux  de  premier  choix  dans  les  esfèMt 
qui  seront  indiquées. 

L'architecte  qui,  de  condition  expresse,  est  reconnu  et  ac- 
cepté par  les  parties  comme  juge  souverain  prononçant  sans 
appel  dans  tout  ce  qui  est  relatif  soit  à  la  matière  fournie, 
soit  à  la  main-d'œuvre,  pourra  refuser  les  ouvrages  qui  oe 
satisferaient  pas  aux  conditions  ci-dessos,  et  si  dans  les  trois 
jours  l'entrepreneur  n'obtempérait  pas  à  la  demande  qui  loi 
serait  faite  par  une  simple  lettre  de  remplacer  tes  objets  qoe 
l'architecte  lui  aurait  signalés  comme  non  recerahie»,  ce  rem- 
placement serait  opéré  aux  frais  de  l'entrepreneur  et  à  la 
diligence  de  l'architecte,  sans  qu'il  soit  besoin  d'autre  min 
en  demeure  que  la  lettre  d'avis  de  celui-ci. 

Le  coût  de  ces  remplacements  serait  dédoit  à  l'eotrepr»» 
neur  sur  les  paiements  auxquels  cette  dépense  pourrait  s'ap» 
pliquer. 

Si  des  travaux  de  peu  d'importance,  mais  nécessMras» 
avaient  été  omis  dans  la  description  détaillée  de  ceux  à  exé- 
cuter, l'entrepreneur  devra  néanmoins  les  fournir  sans  pao- 
voir  réclamer  à  ce  sujet  aucune  augmentation  de  prix. 

L'entrepreneur  est  tenu  de  toutes  les  reprises,  réCeeliMM 
et  reconstructions,  des  murs  contigus  existants  partout  oi 
s'appuiera  la  construction  neuve,  si  l'architecte  ja§eeea  tra- 
vaux nécessaires  ;  comme  aussi  de  toutes  les  répwatiou  i 
faire  chez  les  voisins,  par  suite  soit  de  la  construction  neote, 
soit  des  reconstructions,  réfactions  ou  reprises  qui  auraient 
été  ordonnées. 

L'architecte  aura  le  droit  pendent  les  travaux,  etsana^e 
l'entrepreneur  prévenu  en  temps  utile  puisse  s'y  opponr, 
de  faire  tous  les  changements  qui  n'augmenteraient  pas  la 
dépense. 

il  sera  tenu  compte  au  propriétaire  de  toutes  les  sappra»' 
sions  qui  seraient  faites  pendant  l'exécution,  et  ce  d'après  aii 
état  dressé  par  l'arciiilecte  qui  en  Kiera  la  valeur.  Le  cas 
échéant,  il  sera  fait  compensation  de  ces  suppreisiaiis  < 
les  travaux  supplémentaires  qui  auraient  pttètra 
étant  bien  entendu  que,  dans  un  aucun  cas,  ces  ders 
seront  jamais  admis  que  dans  la  forme  et  aux  cooditioos 
imposées  par  le  Code  civil,  art.  1792. 

L'entrepreneur  devra  acquitter  tous  les  droits  d'exlMi^ 
sèment  et  de  mitoyenneté  incombant  à  la  propriété,  ceux  de 
petite  et  de  grande  voirie,  ainsi  que  toutes  les  amendes  et 
indemnités  qoi  seraient  encourues  pour  l'inebiariaùaB  des 


239 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


24a 


lois  (lu  voisinage,  des  règlcmcnls  sur  les  constructions  ou  à 
raison  de  contraventions  quelconques  dont  l'entrepreneur 
reste  seul  responsable,  quand  bien  même  les  plans  de  l'ar- 
<;hitecte  y  auraient  donné  lieu. 

A  la  réception  des  travaux,  l'entrepreneur  justifiera  par 
pièces  régulières  du  paiement  de  toutes  les  charges  auxquelles 
il  est  astreint  par  le  paragraphe  précédent:  il  devra  aussi  pro- 
duire les  procès-verbaux  de  réception  des  administrations 
compétentes  pour  les  fosses  d'aisances,  les  trottoirs,  appareils 
d'éclairage,  etc. 

Les  paiements  seront  faits  par  à-compte  partiels  éche- 
lonnés suivant  le  degré  d'avancement  des  travaux.  Ils  ne 
seront  délivrés  que  huit  jours  après  la  constatation  par  l'ar- 
chitecte de  l'état  des  travaux. 

L'entrepreneur  ne  pourra  recevoir  le  premier  paiement, 
même  lorsque  les  travaux  seraient  arrivés  au  degré  d'avan- 
cement voulu  par  le  marché,  s'il  ne  justifie  préalablement  de 
conventions  écrites  signées  et  acceptées  par  tous  les  entre- 
preneurs qui  doiventconcourir  avec  lui  à  l'entier  achèvement 
des  travaux. 

Immédiatement,  il  sera  dressé  un  état  (1}  indiquant  par 
nature  d'ouvrage  la  répartition  des  sommes  à  payer  à  chacun 
des  entrepreneurs,  au  prorata  du  marché  général  et  des 
traités  particuliers.  Cet  état  signé  de  l'entrepreneur  général 
et  de  ses  sous-traitants,  formera  la  loi  des  parties  pour  tout 
ce  qui  est  relatif  à  la  délivrance  des  à-compte  et  au  solde 
des  travaux  ;  les  époques  et  la  quotité  de  chaque  paiement  y 
seront  indiquées  en  même  temps  que  la  concordance  de 
ceux-ci  avec  l'état  d'avancement  des  travaux. 

Le  prix  accordé  pour  l'exécution  et  le  parfait  achèvement 
de  la  construction,  conformément  aux  plans  et  détails  de 
l'architecte  et  aux  conditions  générales  et  particulières  du 
présent  marché,  toutes  de  rigueur,  mais  dont  aucune  n'est 
réputée  comminatoire,  est  fixé  à  forfait  à  la  somme  de 

que  l'entrepreneur,  après  examen,  reconnaît  suffisante 
pour  exécuter  et  parfaire  les  travaux^  ainsi  qu'ils  sont  décrits 
et  détaillés  aux  plans  et  cahier  des  charges  qu'il  déclare  ac- 
cepter et  vouloir  exécuter  sans  aucune  restriction. 

Les  paiements  partiels  se  subdivisent  ainsi  qu'il  suit,  sa- 
voir : 

Après  les  caves  voûtées  et  les  escaliers  desdites  posées, 
l'entrepreneur  recevra  sur  la  proposition  de  l'architecte  qui 
devra  constater  les  travaux  exécutés  et  l'accomplissement  des 
conditions  du  marché,  un  à-compte  de 

Après  la  pose  du  troisième  plancher  et  aux  mêmes  condi- 
tions que  dessus,  un  à-compte  de 

Après  la  couverture  terminée  et  aux  mêmes  conditions 
que  dessus,  un  à-compte  de 

Après  l'achèvement  des  ravalements  intérieurs  et  extérieurs 
et  aux  mêmes  conditions  que  dessus,  un  à-compte  de 

Après  l'entier  achèvement  des  travaux  et  leur  réception 


(1)  Voyez  le  modèle  de  cet  état  à  la  fin  de  la  description  détaillée. 


définitive  par  l'architecte,  et  aux  mêmes  conditions  que  des- 
sus, un  à-compte  de  > 

Enfin  le  solde  six  mois  après  la  réception  définitive  des 
travaux,  soit  , 

Les  travaux  devront  commencer  le  pour  être 

entièrement  achevés  le  et  se  poursuivre  aveo 

activité  et  sans  interruption,  en  employant  toujours  le  nom- 
bre d'ouvriers  nécessaires  pour  arriver  aux  époques  fixées. 

Tous  les  travaux  de  maçonnerie,  les  plâtres  intérieurs  et 
ravalements  compris  devront  être  entièrement  achevés  dans 
mois,  à  partir  du  jour  indiqué  pour  le  commence- 
ment des  travaux. 

Si  ces  diverses  conditions  n'étaient  pas  exactement  rem- 
plies, l'entrepreneur  subirait  une  retenue  de  par  chaque 
jour  de  retard,  jusqu'à  parfait  accomplissement  des  conditions 
ci-dessus,  et  le  propriétaire  est  et  demeure  autorisé  par  les 
présentes  à  exercer  ces  retenues  sur  les  paiements  à  faire  à 
l'entrepreneur,  après  une  simple  sommation  pour  constater 
le  retard  motivant  la  retenue. 

Si,  pendant  l'exécution  l'entrepreneur  discontinuait  ou 
suspendait  les  travaux  plus  de  trois  jours  consécutifs  pour  une 
cause  qui  ne  serait  pas  du  fait  du  propriétaire,  ou  s'il  ne 
mettait  pas  les  ouvriers  nécessaires,  ce  dont  l'architecte  sera 
seul  juge,  après  une  simple  sommation  constatant  le  fait,  le 
propriétaire  aura  le  droit  par  les  présentes  de  mettre  immé- 
diatement des  ouvriers  au  compte  de  l'entrepreneur  et  de 
retenir  le  montant  de  leurs  travaux  sur  les  paiements  à  faire 
à  l'entrepreneur,  sans  préjudice  des  indemnités  stipulées  ci- 
dessus  auxquelles  le  propriétaire  pourrait  prétendre  par  suite 
des  retards  apportés  à  l'exécution  des  travaux. 

Toutes  les  retenues  à  exercer  pèseront  sur  les  paiements 
auxquels  elles  peuvent  s'appliquer,  et  le  propriétaire  est 
autorisé  par  les  présentes,  le  cas  échéant,  à  opérer  ces  re- 
tenues, savoir  :  celles  pour  malfaçons,  rejet  de  matériaux  et 
remplacement  desdits  d'après  l'estimation  qu'en  donnera 
l'architecte,  celles  pour  retard  dans  l'exécution,  en  comptant 
les  jours  écoulés  depuis  la  sommation  qui  a  dû  constater  le 
retard,  jusqu'à  la  reprise  des  travaux,  ou  par  la  sommation 
qui  constatera  et  qu'aux  époques  fixées  par  le  marché  les 
travaux  n'étaient  pas  arrivés  à  l'état  d'avancement  voulu,  et 
le  moment  où  ces  conditions  seront  remplies. 

Lorsque  les  travaux  seront  terminés,  l'entrepreneur  sera 
tenu  de  les  faire  recevoir  par  l'architecte  qui  ne  pourra  se 
refuser  à  remplir  cette  formalité. 

A  cet  effet,  il  sera  dressé  par  celui-ci  un  procès-verbal  de 
réception,  qui  constatera  si  les  plans  et  marchés  ont  été  fidè- 
lementsuivis,  ou  les  différences,  s'il  en  existe.  Tous  les  objets 
manquant,  les  malfaçons,  vices  de  construction  ou  autres, 
les  travaux  incomplets,  les  réfections  demandées  y  seront 
consignés  et  l'entrepreneur  ne  pourra  recevoir  son  solde 
qu'après  avoir  satisfait  aux  réclamations  indiquées  au  procès- 
verbal  et  après  une  déclaration  de  l'architecte  que  les  travaux 
sont  définitivement  reçus. 

Conformément  à  l'article  1798du  Code  civil,  les  sous-trai- 


241 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS 


242 


tants,  ouvriers  fournisseurs  de  l'entrepreneur  général,  ne 
seront  jamais  admis  à  répéter  contre  le  propriétaire  aucune 
somme  à  raison  soit  de  leurs  travaux,  soit  de  leurs  fournitu- 
res, l'entrepreneur  général  devant  leur  donner  toutes  ga- 
ranties à  ce  sujet,  et  insérer  par  conséqnent  cette  clause 
dans  ses  traités  particuliers  avec  les  entrepreneurs,  ouvriers 
et  fournisseurs  dont  il  réclamera  le  concours. 

Si  les  retards  dans  l'exécution  provenaient  dn  fait  du 
propriétaire,  si  quelques  difficultés  s'élevaient  à  propos  du 
voisinage,  l'entrepreneur  ne  serait  plus  responsable  de  faits 
qui  lui  seraient  étrangers,  et  le  propriétaire  sera  tenu  de 
lever  les  obstacles  qui  s'opposeraient  à  l'exécution  des  tra- 
vaux et  de  mettre  l'entrepreneur  en  mesure  de  les  conti- 
nuer. 

Toutes  les  difficultés  auxquelles  pourrait  donner  lieu 
l'interprétation  des  présentes  conventions  générales  et  parti- 
culières se  résoudront  par  voie  d'expertise. 

L'architecte  directeur  des  travaux  représentera  le  pro- 
priétaire, l'entrepreneur  se  fera  assister  d'un  architecte  de 
son  choix,  et  ces  deux  experts  sont  autorisés,  en  cas  de  dis- 
sidence, à  s'adjoindre  un  tiers  expert-architecte  dont  ils  con- 
viendront ou  qui  sera  nommé  d'office  par  le  président  du 
tribunal  du  ressort  et  à  la  diligence  de  la  partie  qui  le  re- 
querra. 

Aucune  des  contestations  qui  pourraient  s'élever  pendant 
l'exécution  entre  les  signataires  des  présentes  conventions 
générales  et  particulières,  ne  sera  suspensive  des  travaux 
qui  devront  toujours  continuer  et  se  poursuivre  avec  activité, 
nonobstant  tout  litige  et  toute  décision  à  intervenir,  excepté 
toutefois  les  questions  de  voisinage  dont  le  propriétaire  pro- 
curera la  solution  immédiate,  tout  retard  à  ce  sujet  devant 
lui  ppéjudicier. 

Si  les  payements  stipulés  n'étaient  pas  faits  aux  époques 
fixées,  toutes  les  conditions  du  marché  ayant  reçu  d'ailleurs 
leur  exécution,  l'entrepreneur  aura  le  droit  de  suspendre 
les  travaux  et  de  se  refuser  à  les  continuer,  jusqu'à  l'ac- 
complissement du  payement  en  retard  et  l'assurance  que  les 
payements  subséquents  seront  faits  dans  les  délais  prescrits 
au  présent  marché. 

Dans  les  présentes  conditions  génc^rales  et  dans  celles 
particulières  qui  suivent,  il  n'est  nullement  dérogé  aux  lois, 
arrêts,  règlements,  ordonnances  et  actes  relatifs  aux  con- 
structions auxquels,  de  condition  expresse,  l'entrepreneur 
s'engage  à  ne  pas  contrevenir,  ni  aux  articles  du  Code  civil 
concernant  les  marchés  à  forfait,  la  garantie  et  la  responsa- 
bilité générale  et  particulière  afférente  à  ceux  qui  les  con- 
tractent. 

Les  frais  d'expertise  ou  autres,  faits  à  l'occasion  de  l'exé- 
cudon  des  présentes  conventions  générales  et  de  celles  par- 


ticulières qui  suivent,  seront  supportés  par  la  partie  qtiiy 
aura  donné  lieu,  pour  être  déduits  des  payements  à  faire  à 
l'entrepreneur,  s'ils  ont  été  motivés  par  ce  dernier. 

DESCHIPTION   DÉTAILLÉE   ET   PAR    NATCllE    DOmiBACES,   DO 
TRAVAUX    A    CSÉCtTElU 

1  TeiraMc; 

2  Maçonnerie; 

3  TroUoir»; 

4  Carrelage; 

5  Charpente; 

6  Gros  fers  ; 

7  Serrurerie; 

8  Fonte; 

9  Couverture; 

10  PlomI>erie; 

11  Menuiserie; 

12  Pavage; 

13  Marbrerie; 
H  Fumisterie; 

15  Peinture; 

16  Vitrerie  ; 

17  Tenture; 

18  Dorure; 

19  Sculpture  et  orDcments  en  pàt«; 

20  Miroiterie; 

21  Appareils  d'ëclainge; 

22  Concession  d'eau. 

Telle  est  la  description  détaillée  des  travaux  à  exécater 
par  l'entrepreneur  général,  sousùgné,  ponr  le  compte  de 
M.  sous  les  ordres  et  direction 

de  M.  architecte,  dont  les  honoraires  fixé»  à 

cinq  pour  cent  du  montant  de  la  dépense  seront  pajés  dus 
la  même  proportion  que  les  à-comptes  de  l'entreprenear  et 
devront  être  entièrement  soldés  six  mois  après  la  réceptioo 
des  travaux. 

L'enregistrement  des  présentes  sera  au  compte  de  la  par- 
tie qui  l'aura  occasionné. 

Les  présentes  conditions  générales  et  particulières  accep- 
tées après  lecture  et  examen  des  plans  et  détxiils  figuratib 
de  la  construction  dont  s'agit,  déclarant  l'entreprenear  gé- 
néral que  le  prix  accordé  lui  suffit  et  qu'il  en  est  content. 

Fait  triple  entre  les  parties  à 
le  18 


T    VII. 


I« 


24a 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS 


244 


Êtai'  de  répartition  des  à-comptes  entre  les  divers  Entrepreneurs. 


DÉSIGNATION 

FAR 
NATURE    d'ouvrage. 


Maçonnerie,  terrasse,  trottoir  et 

carrelage 

Charpente 

Serrurerie,  gros  fer  et  fonte 

Menuiserie 

Couverture  el  plomberie 

Peinture,  vitrerie 

Dorure  et  tenture 

Marbrerie 

Fumisterie 

Sculpture 

Pavage 

Miroiterie 

Éclairage 

Concession  d'eau 

Total 

Honoraires  de  l'arcliitecte . . . 

Total  général 


APRÈS 

LES  CAVES 
VOÛTÉES. 


fr. 


c. 


»    » 


»    » 


APRÈS 

LA  POSE 

DU  DEUXIÈME 

PLANCBER. 


APRÈS 
LA 

COUVERTURE 
TERMINÉE. 


fr. 

» 
» 
» 


APRÈS  LES 

RAVALEMENTS 

INTÉRIEURS 

ET  EXTÉRIEURS. 


fr. 


»  » 


»  » 


APRES 

L'ACHÈVEMENT 

DES 

TRAVAUX. 


fr. 

» 
» 


SIX  MOIS 

APRÈS 

LA  RÉŒPTION 

DES  TRAVAUX. 


fr. 


TOTAL 
PAR    NATURE 
D'OUVRAGES. 


fr.        C. 


»  » 


La  présente  répartition  acceptée  pair  les  enlrepreneii/rs  soussignés  . 


Bibliograpbte  sommaire  par  ordre  de  date  des  ouvrages  it  consulter. 

1600.  22  septembre.  Ordonnance  du  prévost  de  Paris. 

1607.  Décembre.  Édit  sur  les  droits  du  grand  voyer. 

1667.  18  août.  Ordonnance  de  police  sur  les  pans  de  bois. 

1674.  26  janvier.  Ordonnance  du  Châtelet  sur  les  cheminées. 

1683.  3  août.  Arrêt  du  conseil  d'État,  caves  sous  les  rues. 

1683.  29  octobre.  Jugement  du  maître  général  des  bâtiments. 

1693.  16  juin.  Déclaration  du  roi  sur  les  droits  de  voirie. 

1697.  l»""  avril.  Ordonnance  du  bureau  des  finances,  voirie  publique. 

1712.  l»"'  juillet.  Règlement  du  maître  général  des  bâtiments. 

1724.  13  octobre .  Règlement  du  maître  général  des  bâtiments  sur  les 
pans-de-bois. 

1729  et  1730.  18  août.  Déclarations  du  roi  sur  les  démolitions  des 
bâtiments. 

1733.  16  février.  Ordonnance  de  police  sur  les  cheminées, 

1747.  Coutume  de  Paris,  depuis  l'art.  186  jusqu'à  l'art.  219,  publiée 
par  Bourjon. 

1747.  12  décembre.  Ordonnance  du  bureau  des  finances,  travaux  sur  la 
voie  publique. 

1753.  1"  décembre.  Ordonnance  du  bureau  des  finances  concernant 
les  couvreurs. 

1760.  27  juin.  Ordonnance   pour  travaux  de  pavage  à  la  charge  des 
propriétaires. 

1764.  13  juillet.  Ordonnance  de  police  sur  les  gouttières. 

1763.  27  février.  Arrêt  du  Conseil,  permissions  d'alignement. 

1776.  29  mars.  Ordonnance  du  bureau  des  .finances  sur  les  saillies. 

1779.  i""  septembre.  Ordonnance  de  police  sur  la  reconstruction  des 
maisons. 

1783.  17  janvier.  Ordonnance  du  bureau  des  finances  sur  les  saillies. 

1783.  10  avril.  Déclaration  du  roi  sur  les  alignements  et  ouvertures 

des  rues. 

1784.  2a  août.  Lettres  patentes  sur  la  hauteur  des  maisons. 
1790.  15  août.  Décret,  droit  de  ■voirie  et  de  propriété. 


1790.  12  septembre.  Réforme  de  l'art.  10,  ou  décret  du  13  août  pré- 
cédent. 

1797.  2  août.  Arrêté  du  directoire  sur  les  alignements. 

AnlO.  29  floréal.  Loi  sur  le  jugement  des  contraventions  en  matière 
de  grande  voirie. 

12.  29  prairial.  Ordonnance  de  police  sur  les  auvents. 

13.  13  pluviôse.  Décret  sur  le  numérotage  des  maisons. 

1807.  23  mars.  Avis  du  conseil  d'État  sur  l'interprétation  de  la  loi  du 
11  frimaire  an  viii  sur  le  pavage. 

1807.  16  septembre.  Loi  sur  les  alignements. 

1807.  27  octobre.  Décret  sur  les  droits  de  voirie  pour  Paris. 

1808.  11  janvier.  Décret  sur  les  constructions  autour  de, Paris. 

1808.  7  mars.  Décret  sur  les  constructions  aux  abords  des  cimetières. 

1808.  27  juillet.  Décret  qui  fixe  un  délai  pour  la  délivrance  des  aligne- 
ments partiels. 

1808.  27  octobre.  Décret  sur  les  droits  de  voirie. 

1809.  10  mars.  Décret  sur  la  construction  et  vidange  des  fosses  d'aisance. 

1816.  29  février.  Décision  royale  qui  proroge  le  délai  accordé  pour  la 
délivrance  des  alignements. 

1819.  24  septembre.  Ordonnance  du  roi  pour  la  construction  des  fosses 
d'ai.=ance. 

1819.  23  octobre.  Ordonnance  de  police  pour  l'exécution  de  la;  pré- 
cédente. 

1822.  1"  mai.  Ordonnance  du  roi  sur  les  constructions  autour  de  Paris. 

1823.  24  décembre.  Ordonnance  royale,  règlement  sur  les  saillies  à 

Paris. 

1824.  9  juin.  Ordonnance  de  police  pour  l'exécution  de  la  précédente. 
1824.  Loi  des  bâtiments  Desgodets.  2  vol. 

1824.  Loi  et  règlements  sur  la  voirie,  Davenne.  1  vol. 
1827.  Traité  du  voisinage,  Founiel.  2  vol. 
1829.  Traité  des  servitudes.  Pardessus.  1  vol. 
1844.  et  suiv.  Recueil  administratif  de  la  préfecture  du  département  de 
la  Seine,  etc.^  etc. 


3«6 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBU». 


RAPPORT 

SDR  l'ECOlE  DES  BElllX-ABTS  ET  DES  SCIENCES  IIIDVSTBIELLEJ 

DE   LA   VILLE   DE   TOULOUSE 

Adreué  à  M.  le  minitlre  de  l'Intérieur. 

(Voy.  les  Rapports  «or  les  Écolea  de  Pari»,  de  Dijon  et  do  Lyon.) 

Si  l'on  considère  la  place  importante  qu'occupent  les  beaux- 
arts,  non-seulement  dans  l'ensemble  des  gloires  nationales, 
mais  encore  dans  toutes  les  branches  de  l'industrie  qui  con- 
courent à  la  fortune  publique,  on  se  convaincra  que  l'ensei- 
gnement de  l'art  et  des  sciences  qui  se  rapportent  à  son  appli- 
cation, ne  mérite  pas  moins  d'intérêt  que  l'enseignement 
des  belles-lettres  et  des  sciences  pures.  Jusqu'ici,  toutes  les  na- 
tions du  monde  se  sont  reconnues  tributaires  de  la  France 
pour  tout  cequi  concerne  lesproduilsdesbeaux-arts,  etchaque 
année,  une  exportation  qui  dépasse  60  millions,  attestait  que 
le  goût  français  régnait  en  maître  chez  tous  les  peuples.  Mais, 
de  leur  côté,  les  nations  étrangères  font  des  efforts  inouïs  pour 
s'affranchir  de  cette  dépendance  ;  les  artistes  étrangers  mon- 
trent la  plus  louable  émulation  pour  imiter  les  artistes  fran- 
çais; c'est  donc  par  un  travail  constant,  par  un  enseignement 
habilement  dirigé,  que  la  France  peut  seulement  conseiTer  le 
rang  qu'elle  occupe,  et  l'on  doit  avouer  que,  dans  le  relevé  des 
douanes  de  1843,  l'exportation  des  produits  de  l'industrie  ar- 
tiste a  diminué  d'une  manière  sensible. 

Depuis  longtemps,  la  pensée  du  gouvernement  était  d'orga- 
niser toutes  les  écoles  du  royaume  sur  des  bases  qui  pussent 
donner  aux  villes  manufacturières  les  éléments  qui  leur  man- 
quent ;  c'est-à-dire,  des  artisans  habiles,  instruits  et  familiers 
avec  les  arts  du  dessin,  dans  leurs  applications  les  plus  variées. 
Les  vœux  de  plusieurs  conseils  généraux  faisaient  au  gouver- 
nement un  devoir  d'examiner  attentivement  cette  question  im- 
portante, et  l'on  s'est  convaincu  que  la  plupart  des  écoles 
d'art  en  France,  sans  en  excepter  celles  de  Paris,  avaient  be- 
soin de  recevoir  des  améliorations  notables,  ici  en  réformant 
des  méthodes  reconnues  défectueuses,  là  en  créant  des  bran- 
ches d'enseignetnent  aujourd'hui  indispensables,  et  qui  man- 
quaient aux  élèves. 

Une  commission  de  surveillance  et  de  perfectionnement  des 
écoles  des  beaux-arts  a  été  instituée  par  le  ministre  de  l'Intérieur, 
et  de  nouveaux  règlements  ont  été  rédigés  par  cette  commission 
pour  les  écoles  de  Paris. 

Le  Conseil  général  de  la  Seine  a  prouvé  sa  sympatliie  pour 
ces  mesures  si  longtemps  attendues,  en  doublant  presque  la 
subvention  que  la  ville  donne  à  l'École  royale  de  dessin.  Le 
ministre  a  voulu  que  les  principales  villes  de  France  fussent 
les  premières  à  participer  aux  améliorations  apportées  aux 
écoles  de  Paris  ;  il  a  chargé  le  commissaire  royal  près  les  éta- 
blissements des  beaux-arts,  d'inspecter  les  écoles  de  Lyon, 
Dijon  et  Toulouse  (1)  ;  ces  deux  dernières  villes  sont  entrées 
complètement  dans  les  vues  du  gouvernement,  c'est-à-dire 
qu'on  a  compris  que  l'enseignement  "  "  levait  être  assez 
développé  et  assez  positif  pour  que  ,  liève,  sortant  de 
l'école  après  quelques  années  d'études,  fût  apte  à  exercer  une 
profession.  Chaque  ville  ayant  une  industrie  prédominante, 
doit  diriger  les  études  de  ses  élèves  vers  celle  qui  demande  le 

(1)  Voyez  los  rapports  ipie  nous  avons  publiés  sur  les  écoles  de  Paris  (toI.6, 
col.  tao  et  m),  de  Dijon  et  de  Lyon  (coi  2M  et  MS). 


plus  de  sujets.  La  fabrique  de  Lyon  a  besoin  de 
habiles,  elle  a  prié  le  ministre  de  complélar  les 

qui  manquent. 

ÉTAT  GÉNÉHAL  OB  L'auEumoirr. 

La  sollicitude  éclairée  que  l'administration  mimicipale  a  toa- 
jours  montrée  pour  l'école  des  arts  de  Toulouse,  a  élevé  «t 
établissement  à  un  degré  de  renommée  qui  le  place  àoUéâm 
écoles  les  plus  célèbres,  et  les  artistes  distingués  qui  sont  sor- 
tis de  son  sein,  prouvent  que  la  partie  de  l'enseignement  ap- 
pliquée aux  beaux-arts  proprement  dits,  est  donnée  d'aprte 
des  principes  louables.  Mais,  comme  je  l'ai  dit,  ce  ne  sont  pas 
seulement  des  artistes  que  l'on  veut  former  ;  l'École  royale  des 
beaux-arts  de  Paris  offre  à  ceux-ci  tous  les  genres  d'instruction 
qu'ils  peuvent  désirer  :  c'est  la  majorité,  la  totalité  des  élèves, 
presque  tousQls  d'artisans,  que  l'on  doit  diriger  dans  la  bonne 
voie  et  dans  l'application  des  méthodes  utiles,  en  formant  non- 
seulement  leur  main  et  leur  coup  d'œil,  mais  encore  leurgoûL 
C'est  ce  mot  qui  domine  la  pratique  de  l'art,  ce  ne  sont  pas  des 
artisans  adroits  que  l'on  demande,  les  étrangers  savent  en  for- 
mer d'aussi  habiles  que  les  nôtres,  et  certes,  sous  ce  rapport, 
l'Angleterre  n'aurait  rien  à  nous  envier;  mais  ce  qui  lait  notre 
prééminence,  c'est  cet  instinct  artiste  si  général  danslanatioQ 
française,  ce  goût  et  cette  variété  d'invention  qui  sont  innés  en 
nous.  Il  est  donc  nécessaire,  en  formant  un  jeune  dessinateur, 
de  former  son  goût  en  même  temps  que  son  coup  d'œiL  Les 
principes  du  dessin  de  la  figure  humaine  sont  seuls  propre»  1 
faire  sentir  à  l'élève  ce  que  c'est  que  la  pureté  d'im  contour^ 
l'harmonie  d'une  forme  ;  que  l'on  mette  les  très-jeunes  élèves 
pendant  quelques  mois  à  tracer  des  lignes  droites  et  des  lignes 
courbes  pour  délier  leurs  doigts,  cela  peut  leur  être  utile,  mais 
que  l'on  substitue  en  entier  aux  principes  du  dessin  un  dessin 
géométrique  de  corps,  qui  pour  les  élèves  sont  complètement 
inertes,  puisque  pas  un  seul  n'en  connaît  ni  la  propriété  ni  la 
construction  géométrique;  c'est,  je  pense,  tout  à  fait  dépUœr 
la  question  des  principes.  Dans  une  école  d'arts  et  métiers,  où. 
l'élève,  après  avoir  dessiné  les  solides  .géométriques,  serait 
appelé  dans  la  classe  suivante  à  en  connaître  toutes  les  cons- 
tructions et  les  propriétés  principales,  cet  enseignement  peut 
être  utile,  mais  il  ne  remplacera  jamaisavec  fruit  dans  nneécole 
des  beaux-arts  les  principes  du  dessin,  de  la  figure htunaine : 
c'est  à  tort  que  le  Conseil  d'administration  de  l'école  de  Touloose 
a  substitué  à  ce  dernier  enseignement  qui  était  institué  d^nis 
la  fondation  de  l'école,  et  qui  était  dans  la  bonne  voie,  un  en- 
seignement qui  ne  donne  aux  élèves  ni  connaissances  mathé- 
matiques, ni  adresse  de  la  main,  et  d'où  il  ne  ressort  que  de 
froides  lignes  incomprises  par  les  jeunes  gens. 

En  soumettant  cette  opinion  au  Conseil,  je  dois  dire  qœ  ce 
n'est  pas  seulement  une  pensée  individuelle,  mais  que  je  os 
fais  qu'exprimer  ce  qui  se  fait  dans  les  écoles  de  Paris  et  de 
Lyon.  Les  premiers  principes  enseignés  dans  ces  deux  *f«>l^n 
sont  ceux  du  dessin  de  la  figure  humaine.  Il  est  A  désirer 
qu'on  en  revienne  là  dans  l'école  de  Toulouse.  Je  don  d'au- 
tant plus  insister  sur  cette  pensée,  que  c'est  tout  i  fait  aux  dé- 
pens du  dessin  copié  que  se  fait  le  cours  de  dessin  linéaire. 

Si,  cependant,  le  ConseU  ^-eut  ne  pas  changer  tout  à  coup  ua 
enseignement  établi  seulement  depuis  pea  d'années,  il  serait 
possible  de  scinder  en  deux  les  élèves,  et  d'en  remettre  mie 


247 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


248 


partie  à  la  copie  de  la  figure  humaine.  L'enseignement  du 
dessin  linéaire  serait  classé  avec  les  arts  graphiques. 

Le  troisième  degré  des  éléments  n'offre  pas  tout  ce  qu'on 
pourrait  en  attendre,  par  la  raison  que  les  élèves  passant  dans 
cette  classe  n'ont  pas  le  moindre  élément  de  l'emploi  du  crayon 
et  de  l'estompe  :  aussi  leurs  travaux  sont-ils  d'un  aspect  peu 
agréable  ;  c'est  la  grande  exception  qui  paraît  comprendre  les 
formes  générales  des  modèles. 

ESTOMPE,    COPIE    DES   TÊTES. 

Si  de  là  nous  passons  dans  la  classe  de  copie  de  figure,  nous 
trouvons  seulement  vingt-cinq  à  trente  élèves,  tandis  qu'on  en 
voit  cent  quatre-vingts  ou  deux  cents,  dans  les  trois  sections 
qui  précèdent. 

Les  trente  élèves  qui  suivent  le  cours  de  dessin  de  la  figure 
humaine  ne  prennent  par  jour  que  deux  heures  de  leçon,  et 
encore  le  professeur  est-il  obligé  de  se  partager  entre  cette  classe 
et  la  classe  de  détail  d'après  la  bosse,  c'est-à-dire,  en  un  mot, 
que  pour  trois  professeurs  qui  enseignent  le  dessin  graphique 
sans  aucune  démonstration,  on  offre  aux  élèves  un  rfemt-pro- 
fesseur  de  dessin  de  la  figure  humaine. 

C'est  tout  le  contraire  qui  devrait  avoir  lieu  ;  et,  sans  vous 
citer  de  nouveau  la  preuve  tirée  des  écoles  de  Paris  et  de  Lyon, 
vous  le  comprenez  facilement;  car  un  élève  ayant  suivi  pen- 
dant un  an  chacune  des  trois  classes  d'éléments,  ne  serait  pro- 
pre à  rien,  puisqu'il  peut  à  peine  comprendre  les  modèles  qu'il 
copie  et  qui  se  composent  des  soHdes  dont  les  projections  sont 
les  plus  difficiles  à  comprendre,  tandis  qu'un  élève  qui  aurait 
dessiné  pendant  trois  ans  la  figure  humaine,  depuis  les  élé- 
ments jusqu'à  l'académie,  saurait  déjà  copier  toute  espèce  de 
dessin  et  se  créer  des  ressources,  soit  chez  un  lithographe,  soit 
chez  un  fabricant. 

J'ai  donc  l'honneur  de  vous  proposer  de  créer  pour  les  classes 
des  principes  : 

Un  professeur  d'élémejits,  tête,  etc.  ; 

Un  professeur  d'académie,  dessin  copié  au  trait,  ombré  au 
crayon  età  l'esiompe. 

C'est  véritablement  lorsque  l'élève  sait  manier  un  crayon  ou 
une  estompe,  quand  son  maître  lui  a  bien  expliqué  le  jeu  de 
la  lumière,  les  causes  des  reflets,  enfin,  tous  les  principes  des 
ombres  de  la  figure  humaine,  d'après  le  dessin  plan,  que  l'é- 
lève peut  être  placé  avec  fruit  devant  un  relief,  et  en  compren- 
dre les  différents  effets. 

D'ailleurs,  pendant  les  séances  de  principes,  les  modèle? 
dont  il  fera  les  copies,  puisés  aux  meilleures  sources,  forme- 
ront son  goût  et  lui  présenteront  plus  d'attrait  que  des  lignes 
froides  et  incomprises  (1). 

On  voit  que,  sans  avoir  connu  les  dispositions  prises  par  le 
gouvernement  pour  l'enseignement  dans  les  écoles  de  Paris, 
la  ville  de  Lyon  avait  compris  que  le  moment  est  venu  de  don- 
ner une  impulsion  nouvelle  aux  études  d'art,  et  de  créer  des 
cours  qui  manquent  aux  jeunes  gens. 

Il  y  a,  en  effet,  dans  les  écoles  de  Paris  (voyez  le  Règle- 
ment) (2),  un  cours  de  dessin  copié  des  plantes,  et  un  cours 

(1)  Nous  supprimons  ici  un  passage  un  peu  long  où  l'auteur  fait  observer 
toute  l'importance  du  dessin  de  la  plante,  dessin  qui  n'est  pas  enseigné  à  l'é- 
cole de  Toulouse.  Le  dessin  de  la  fleur,  dit-il,  est  enseigné  à  l'école  de  Lyon 
par  un  professeuT  spécial. 

(2)  Voy.   Doi  6,  col.  21. 


de  dessin  de  l'ornement.  Ce  sont  deux  classes  dont  la  création 
serait  de  la  plus  grande  importance  pour  la  ville  de  Toulouse. 

Toutes  les  industries  qui  se  rattachent  à  l'art  de  la  sculp- 
ture, et  elles  sont  nombreuses,  y  trouveraient  de  grandes  res- 
sources. 

L'enseignement  de  la  sculpture,  de  l'ornement  en  relief  et 
de  la  statuaire,  se  trouve  très-bien  professé  à  l'école  de  Tou- 
louse. Il  serait  à  désirer  seulement  que,  pour  les  élèves,  la  du- 
rée des  classes  fiit  de  quatre  heures. 

Il  est  une  classe  vivement  désirée  par  la  ville  de  Lyon,  et  qui 
existe  à  l'école  de  Paris,  c'est  celle  de  la  composition  d'orne- 
ment; son  utilité  est  incontestable,  mais  je  ne  puis  cacher  la 
difficulté  de  trouver  un  professeur  qui  remplisse  les  conditions 
exigées  pour  un  cours  aussi  difficile.  Démontrer  aux  jeunes 
gens  comment  se  composent  les  ornements  de  tous  les  peu- 
ples et  de  toutes  les  époques,  c'est  les  mettre  à  même  de  don- 
ner aux  arts  industriels  une  impulsion  des  plus  heureuses. 

En  s'entourant  des  lumières  des  hommes  compétents,  peut- 
être  serait-il  possible  de  rencontrer  un  professeur  qui  remplît 
bien  ces  fonctions,  mais  je  ne  saurais  en  désigner  un  de  prime- 
abord. 

DES    CLASSES   d'aRCHITECTL'RE  ET    DE   MATHÉMATIQUES. 

Le  programme  des  cours  relatifs  à  l'architecture  ne  laisse 
rien  à  désirer,  mais  il  est  absolument  nécessaire  qu'il  soit 
donné  aux  élèves  plus  de  temps  pour  leurs  études.  Le  dessin 
architectural  exige  tant  de  connaissances  variées,  il  est  d'une 
exécution  si  longue,  que  l'élève  qui  ne  travaille  que  deux 
heures  [par  jour  ne  peut  faire  aucun  progrès.  Pour  ne  pas 
sortir  du  cadre  proposé  pour  les  autres  enseignements,  je 
pense  qu'il  faut  donner  aux  élèves  quatre  heures  de  séance 
par  jour. 

Le  petit  nombre  des  originaux  et  de  bons  modèles  qui  se 
trouvent  dans  les  classes  d'architecture  est  tout  à  fait  insuffi- 
sant. La  ville  a  le  plus  grand  intérêt  à  former  pour  cet  art  des 
hommes  qui  puissent  devenir  des  entrepreneurs  habiles;  il 
faut,  autant  que  possible,  que  l'enseignement  désigné  au  pro- 
gramme sous  le  titre  de  second  degré,  reçoive  tous  les  déve- 
loppements qu'il  comporte. 

Quant  au  quatrième  degré  (composition),  les  élèves  qui, 
indépendamment  des  cours  de  l'école,  ne  travailleraient  pas 
chez  eux  ou  chez  un  architecte,  qui  en  un  mot  ne  feraient  pas 
de  ces  études  leur  occupation  spéciale,  ne  pourraient  arriver 
qu'à  des  résultats  insuffisants  pour  exercer  la  profession  d'ar- 
chitecte. 

mathématiqdes,  arts  graphiques. 

L'enseignement  des  'mathématiques  est  surtout  destiné  aux 
jeunes  gens  qui  veulent  suivre  la  carrière  des  travaux  publics. 
Il  est  indispensable  aux  architectes,  entrepreneurs,  arpenteurs, 
et  à  ceux  qui  veulent  être  attachés  au  cadastre.  Mais  pour  des 
jeunes  gens  encore  peu  initiés  aux  calculs,  des  cours  faits  au 
tableau  sans  répétitions,  sans  cahiers  de  notes,  sont  pour  la 
plupart  mal  compris.  Aux  écoles  de  Paris,  il  y  a  dans  les 
classes  de  mathématiques  des  élèves  répétiteurs  ;  ils  sont  choi- 
sis dans  la  division  supérieure,  parmi  ceux  qui  ont  montré  le 
plus  d'intelligence;  ces  élèves  répétiteurs  sont  chargés  d'ex- 
pliquer, après  la  leçon  d'un  professeur,  les  parties  qui  n'ont 
pas  été  bien  comprises  par  les  élèves  ;  de  voir  si  les  cahiers 


240 


M^PBE  DE  L'AIlCniTECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS 


sont  bien  tenus,  et,  avant  la  leçon  du  professeur,  de  s'assurer 
au  tableau  si  chacun  a  bien  profilé  de  la  leçon  préaidente.  Ces 
répétitions  sont  surtout  nécessaires  pour  les  cours  de  géomé- 
trie descriptive;  car  personne  n'ignore  combien  les  premières 
définitions  sont  obscures  pour  des  commençants,  et  quelles 
peines  il  faut  au  professeur  pour  faire  comprendre  à  ses  élèves 
l'art  des  projections. 

II  est  à  désirer  que  chacun  des  élèves  qui  suit  le  cours  de 
géométrie  descriptive,  trace  lui-même  l'épure  de  la  leçon  avec 
tout  le  soin  possible  ;  ce  sont  là,  en  fait  d'art  graphique  et  de 
dessin  linéaire,  les  meilleures  études  qu'il  soit  possible  de  faire. 

Si  le  Conseil  tient  à  consei-ver  les  classes  de  dessin  d'après 
les  solides,  on  pourrait  en  former  une  section  annexe  du  coui"» 
de  géométrie  descriptive  :  les  jeunes  gens,  ayant  déjà  des  no- 
tions de  géométrie  et  de  perspective,  pourraient  tracer  d'après 
le  raisonnement  les  solides  qui  leur  seraient  donnés,  mais  il 
ne  faut  pas  que  ce  dessin  nuise  en  rien  à  l'art  véritable. 

La  Commission  de  surveillance  des  écoles  de  dessin  s'est  as- 
surée par  expérience  que,  toutes  les  fois  que  deux  enseigne- 
jnents  directs  se  trouvent  confiés  à  un  même  professeur,  il 
peut  y  on  avoir  un  qui  finisse  par  péricliter.  En  portant  à 
quatre  heures  la  durée  des  classes  dans  l'école  des  arts,  c'est 
pour  un  professeur  une  lâche  suffisante;  bien  entendu,  la 
ville  tiendrait  compte  aux  professeurs  du  surcroît  de  travaux. 
Ce  que  je  dis  d'après  l'avis  de  la  commission,  le  Conseil  mu- 
nicipal de  Lyon  l'a  également  compris  ;  c'est  pour  cela  qu'il 
demande  au  ministre  de  distraire  l'enseignement  de  l'orne- 
ment du  cours  d'architecture. 

BATIMENTS,   MATÉRIEL   DE   l'ÉCOLE. 

L'édifice  dans  lequel  sont  placés  aujourd'hui  le  musée  et  l'é- 
cole, monument  historique  d'un  vieux  style,  offre  toutes  les 
dispositions  les  plus  convenables  pour  un  semblable  établisse- 
ment; mais  l'augmentation  incessante  des  collections  tt  l'a- 
grandissement nécessaire  de  l'école  exigent  des  acquisitions 
nouvelles,  que  la  ville  serait  à  même  de  faire  en  complétant 
l'appropriation  .de  l'ancien  réfectoire  et  des  terrains  coutigus  ; 
on  aurait  alors  un  ensemble  des  plus  complets  sous  le  rap- 
port de  l'art,  on  sauverait  de  la  destruction  une  partie  des 
plus  intéressantes  de  l'ancien  monastère  :  alors  le  conserva- 
toire de  musique  pourrait  avoir  des  salles  d'étude  distinctes, 
on  pourrait  agrandir  la  bibliothèque  ;  enfin,  l'école  des  arts 
serait  de  tout  point  digne  d'une  ville  qui  marche  rapidement 
au  rang  des  villes  de  premier  ordre. 

Un  des  soins  du  Conseil  doit  être  de  maintenir  la  bibliothè- 
que au  courant  des  publications  d'art  qui  se  font  annuelle- 
ment à  Paris  ;  le  gouvernement  souscrit  à  toutes  les  grandes 
publications  qui  offrent  quelque  intérêt  ;  il  suffirait  que  de 
temps  à  autre  le  Conseil,  par  l'organe  du  directeur,  demanddt 
aux  ministres  de  l'Intérieur  ou  de  l'Inslruclion  publique  de 
participer  aux  distributions  d'ouvrages  qui  sont  faites  aux  bi- 
bliothèques des  déixirtemenls. 

En  proposant  au  Conseil  quelques  changements  aux  règle- 
ments aujourd'hui  en  vigueur  dans  l'école,  le  commissaire  royal 
s'estslrictement  renfermé  dans  ses  iusli-uclionsetdauslerègle- 
men  délibéré  auministère  de  l'Intérieur  pour  les  écoles  de  Paris. 
11  est  un  dernier  point,  sur  lequel  le  commissatire  royal  croit 
devoir  appeler  l'attention  du  Conseil  :  les  écoles  des  divers  dé- 


partements où  les  art»  «ont  en  bonnenr,  portent  toutes  le  titre 
d'École  royale  des  beaux-arts.  L'école  de  Toulouse  ne  tient  pas 
un  rang  moins  distingué  que  celles  de  cet  cbeb-lieux  de  dépar- 
tements, et  se  trouve  [ar  sa  position  et  son  influence  ao-deiiae 
d'une  école  communale;  ne  aerait-il  paslogjqoe  que  le  Cooieil 
municipal  de  Toulouse  demandât  au  ministre  de  l'Intérieuiif 
que  ce  bel  établissement  fût,  par  ordonnaoce  royale,  élevé  ca 
rang  d'Écrile  royale  des  beaux-arts  de  la  ville  de  Toulouse? 

Les  professeurs  de  l'école  royale  de  dewin  i  Paris  reçoivent 
1 ,500  fr.  par  an,  ceux  de  l'école  de  Lyon  touchent  2,400  fr.  : 
ils  sont  tenus  d'assister  A  l'école  pendant  tout  le  temps  des 
leçons  qui  est  de  quatre  heures  par  jonr. 

En  con8er\'ant  le  traitement  aux  profess'eura  aujourd'hui  en 
exeicice,  l'état  du  traitement  des  proféseeurs  s'élèverait  i  la 
somme  suivante  : 

Professeur  de  peinture 1,500  fr. 

—  de  dessin,  académie,  etc.    .     .  1,500 

—  .dessin  des  plantes 1 ,200 

—  dessin  de  l'ornement.     ...  I  ,'^00 
Sculpture  de  la  figure  humaine  etde  rome- 

ment 1,800 

Composition  d'ornement 1,200 

Mathématiques,  deux  professeurs.    .    .    .  2,400 
(arithmétique,  géométrie.) 

Architecture i,200 

Perspective,  dessin  linéaire 1,200 

Chimie  appliquée  aux  arts 1 ,200 

Total 14,400 

L'ancien  budget  est  de.    .    .    10,500 

Excédant.    .      3,000 

C'est  donc  une  dépense  de  4,000  francs  de  plus  qu'exigerait 
l'établissement  des  professeurs  nouveaux,  somme  qui  est  de 
beaucoup  inférieure  aux  traitements  des  professeurs  de  Paris  et 
de  Lyon. 

COURS  DE  CHIMIE  APPLIQUÉE  AUX  ARTS. 

Le  titre  de  l'école  indique  que  les  arts  industriels  sont  égale- 
ment professés  dans  l'établissement  ;  l'extension  toujours  crois- 
sante des  manufactures  dans  le  département  de  la  Haute-G»- 
ronne  fait  sentir  le  besoin  d'établir  un  cours  de  chimie  appliqnée 
aux  arts.  Les  vœux,  plusieurs  fois  exprimés  par  des  membre*  du 
conseil  municipal,  ne  sauraient  être  plus  longtemps  ajournés  ; 
car  il  est  indispensable  qu'il  y  ait  dans  la  ville  un  enseigne- 
ment qui  offrirait  dans  l'avenir  des  résultats  aussi  importants. 

11  n'entre  pas  dans  les  instructions  du  Commissaire  Royal 
de  proposer  la  création  d'un  tel  cours  ;  mais  il  croit  être  l'inter- 
prète de  la  majorité  des  membres  du  Conseil,  en  consignant 
ici  tous  les  vœux  qui  ont  été  faits  pour  qu'un  cours  de  chimie 
appliquée  aux  arts  soit  créé  à  Toulouse. 

Ch.  TEXIER. 


DEJA  LA  FONTAINE  MOLIÈRE  S'EN  TA 

Le  monument  de  notre  grand  auteur  oomiqne  est  achevé  de- 
puis trois  ans  à  peine,  et  déjà  d'importantes  dégradations  s'y 
manifestent  en  dépit  du  (actionnaire  qui  veille  à  sa  oonterv*- 
tion  ;  au  lieu  de  poursuivre  imperturbablement  sa  marche  i 


251 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


SS2 


travers  les  siècles,  ce  périssable  souvenir  de  l'immortel  Molière 
s'avise  déjà  de  tomber  en  lambeaux. 

Doit-on  conclure  que  la  manie  du  clinquant  et  du  bon  marché, 
l'une  des  plaies  de  notre  siècle,  s'est  aussi  infiltrée  dans  la 
construction  de  nos  édifices  publics,  ou  bien  faut-il  supposer 
que  la  conscience  des  maçons  n'a  point  été  suffisamment 
scrutée  par  le  maître? 

La  corniche  en  marbre  qui  couronnait  le  stylobate  portant  la 
statue  de  la  Muse  comique,  et  la  fausse  plinthe  qui  la  surmontait 
pour  déguiser  les  irrégularités  et  l'insuffisance  de  la  plinthe 
réelle  de  la  statue,  se  sont  détachées.  Le  massif  en  blocage  qui 
remplit  l'intérieur  du  piédestal  montre  aujourd'hui  sa  misère 
aux  passants. 

Qu'ils  étaient  -loin,  ces  bons  passants,  de  se  douter  avant  la 
catastrophe,  que  ces  deux  piédestaux  de  marbre,  à  la  tournure 
monolithe,  n'élaient  que  des  coffres  dont  les  minces  flancs 
étaient  bourrés  de  ce  gâchis  que  les  maçons  en  belle  humeur 
appellent  de  la  musique,  et  que  Vitruve  eût  nommé,  lui,  opus 
fraudulosum. 

En  effet,  l'intérieur,  ou,  si  l'on  veut,  l'âme  du  piédestal 
de  cette  statue,  et  celle  de  l'autre  aussi,  sans  doute  (nous  n'o- 
serions pas  ajouter  celle  du  grand  piédestal),  est  formé  d'un 
blocage  en  moellonnailles  de  toutes  sortes,  jetées  à  bain  de 
plâtre  comme  dans  un  moule.  Et  c'est  sur  une  telle  substruc- 
tion  que  sont  montées  les  deux  statues  allégoriques,  pesant 
chacune  plusieurs  milles  kilogrammes.  Pauvres  muses  !  quel 
Pégase  on  vous  donne  pour  vous  conduire  à  la  postérité  ! 

La  corniche  correspondante,  sous  la  3îuse  sérieuse,  a  été  aussi 
poussée  au  vide  et  ne  tardera  pas  à  se  détacher  à  son  tour  :  des 
mêmes  effets  on  peut  remonter  aux  mêmes  causes. 

On  s'étonnera  moins  de  cette  dégradation  prématurée  quand 
on  saura  que,  indépendamment  de  la  qualité  de  ['âme  du  pié- 
destal, sa  corniche,  dont  la  saillie  est  d'environ  0  m.  15  c., n'a 
que  0  m.  015  millim.  d'incrustement  dans  la  masse  ci-dessus 
décrite,  à  laquelle  elle  n'est  rattachée  par  aucune  agrafe,  quoi- 
que les  deux  parties  formant  retour  d'équerre  sm:  les  deux 
faces  apparentes  du  soubassement  soient  d'un  seul  morceau 
évidé  à  la  scie.  On  conçoit  qu'il  ait  sufQ  que  l'une  des  branches 
soit  sortie  de  son  faible  incrustement,  par  ime  cause  quelcon- 
que, pour  faire  chavirer  l'autre  en  la  faisant  tourner  sur  elle- 
même  par  l'action  du  levier. 

Il  est  trés-présumable  que  les  pièces  de  marbre  ont  été  dé- 
tachées par  l'effet  de  la  gelée  sur  l'eau  absorbée  par  le  remplis- 
sage en  plâtre. 

Pourtant,  par  extraordinaire  (et  nous  devons  louer  ici  l'inten- 
tion), on  avait  employé  le  ciment  romain  au  lieu  de  plâtre  dans 
le  scellement  de  cette  corniche.  C'eût  été  un  progrès  à  signaler 
si  l'on  eût  appliqué  ct  procédé  avec  plus  d'adresse  et  de  discer- 
nement, mais  on  a  jeté  le  ciment  à  pleines  mains,  et  mal  gâché 
peut-être,  dans  le  cadre  formé  par  les  parois  de  marbre  et  les 
flancs  du  noyau  portant  la  statue,  comme  on  met  de  la  terre 
dans  une  caisse  à  orangers.  On  a  hssé  le  dessus  à  fleur  de  la 
terrasse  de  la  plinthe,  et  tout  a  été  dit. 

En  se  rappelant  le  malencontreux  blocage  à  bain  de  plâtre, 
blocage  sujet  à  se  retraiter  sous  la  double  influence  de  la  dessi- 
cation  et  du  poids  de  la  statue,  et  offrant  peu  d'affinité  pour  le 
ciment  romain,  on  comprendra  qu'il  a  dû  s'y  produire  des  tas- 
sements accompagnés  de  fissures  dans  la  terrasse  en  ciment 


romain.  Puis,  viendra  l'infiltration  des  eaux  pluviales;  en- 
suite, la  gelée  cristallisant  le  liquide,  la  corniche,  la  plinthe 
et  les  autres  placages  pousseront  au  vide. 

Si,  quand  nous  voulons  déployer  de  la  magnificence,  la  ques- 
tion d'argent  nous  force  à  recourir  au  placage,  rem  plaçons  par 
un  solide  remplissage  en  pierre  de  taille  le  vide  que  la  scie  aura 
ménagé.  Si,  plus  parcimonieux  encore,  nous  voulons  recourir 
au  simple  blocage,  ne  le  faisons  pas  du  moins  d'une  manière  pé- 
rissable et  avide  d'humidité  comme  le  plâtre,  ce  générateur  du 
salpêtre  et  des  misères  qu'il  traîne  à  sa  suite  ;  employons  les  meil- 
leurs mortiers  de  chaux  et  de  sable,  et  ayons  ensuite  la  patience 
d'attendre  qu'ils  soient  secs  pour  y  appliquer  nos  placages. 

Les  Romains,  qui  avaient  parfois  l'air  d 'être  très-prodigue  dans 
leurs  constructions,  déguisaient  souvent  les  murs  de  vastes 
édifices  avec  des  placages  en  marbre,  ou  avec  des  enduits  en 
stuc  ;  mais  ils  se  gardaient  bien,  à  coup  sûr,  de  revêtir  ces 
murs  de  leur  robe  mensongère  avant  qu'ils  fussent  bien  secs, 
autrement,  le  retrait  des  mortiers  du  blocage  intérieur  l'eût 
bientôt  déchirée  malgré  la  triple  assise  en  briques  ;  chaînage 
dont  l'alternance  périodique  dans  la  masse  des  murs  leur  fut 
vraisemblablement  dictée  par  l'expérience. 

L'imitation  mal  raisonnée  des  meilleurs  procédés  conduit  à 
des  mécomptes  ;  la  déception  engendre  ensuite  la  réprobation  : 
et  voilà  souvent  comme  on  écrit  l'histoire. 

En  règle  générale,  on  devrait  couronner  d'une  assise  d'un 
seul  bloc  les  petits  monuments  exposés  aux  intempéries  de 
l'air.  La  plinthe  d'une  statue,  par  exemple,  devrait  couvrir 
entièrement  le  sommet  du  piédestal,  et  si  le  bloc  de  la  statue 
s'est  trouvé  insuffisant,  au  moins  faudrait-il  que  la  fausse 
plinthe  fût  monolithe.  On  y  incrusterait  alors  la  plinthe  réelle, 
et  le  joint  serait  parfaitement  fermé  ;  on  intercepterait  ainsi 
l'infiltration  des  eaux  pluviales  dans  l'intérieur  du  piédestal, 
ce  dont,  en  général,  on  ne  s'inquiète  guère;  voyez  pour 
exemple  les  piédestaux  du  jardin  des  Tuileries. 


LETTRE  D'UN  VIEUX  MÉDEaN  A  UN  JEUNE  ARCHITECTE, 
SUR  L'IMPORTANCE  D'UN  LOGEMENT  SALUBRE. 

Mon  cher  ami, 

Vous  me  demandez  mon  opinion  et  des  conseils  sur  une  ques- 
tion importante  qu'a  déjà  traitée,  dans  trois  brochures,  un  de 
mes  confrères  le  docteur  Voillot,  de  Beaime.  Gomme  ce  qu'il  a 
écrit  est  excellent,  je  vous  recommande  vivement  ses  lettres  sur 
l'importance  de  la  salubrité  des  maisons;  et  au  cas  où  vous  ne 
pourriez  pas  vous  les  procurer,  en  voici  la  brève  analyse.  Ce 
sera  en  même  temps  la  réponse  à  votre  demande. 

La  santé  veut  un  air  pur,  et  rien  ne  lui  est  plus  nuisible  qu'un 
appartement  sombre  et  humide.  Il  faut  qu'une  maison  soit  bien 
exposée,  les  distributions  judicieusement  conçues,  les  ouver- 
tures suffisamment  nombreuses,  les  courants  d'air  ménagés  avec 
intelligence  ;  il  faut  que  les  rayons  salutaires  du  soleil  y  pénè- 
trent abondamment  ;  autrement,  de  par  la  faculté  et  le  docteur 
Voillot,  €  je  vous  condamne  à  manger  sans  appétit,  à  boire  sans 
»  soif,  à  dormir  sans  sommeil  ;  je  vous  condamne  à  l'engourdis- 
»  sèment,  à  la  paresse,  à  l'ennui,  au  dégoût  de  toutes  choses; 
»  enfin,  je  vous  vois  cloué  sur  votre  fauteuil,  y  prendre  racine 
»  et  végéter  comme  une  misérable  plante  privée  d'air  et  de 
»  soleil.  I)  Ces  inconvénients  sont  le  résultat  de  nos  habitations, 


ina 


REVUE  DE  L'ARCHITECTUHE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


obligés  que  nous  sommes  de  nous  conformer  aux  localités  et 
de  prendre  les  choses  comme  il  a  plu  de  les  faire  à  MM.  les 
architectes,  ou  plutôt  à  MM.  les  propriétaires,  dont  l'esprit 
spéculateur  s'inquiète  peu  de  la  santé  deô  locaiaires,  et  dirige 
les  architectes  de  façon  à  rendre  les  constructions  le  plus  pro- 
ductives qu'il  est  possible.  Tdchez,  autant  que  vous  le  pourrez, 
mon  jeune  ami,  dans  l'intérôt  de  l'humanité,  de  soustraire 
votre  art  à  cette  tyrannie  de  l'argent. 

Quand  vous  aurez  une  maison  à  construire,  et  que  la  localité': 
vous  le  permettra,  choisissez  d'abord  une  bonne  exposition, 
c'est-à-dire  un  bon  vent  et  un  bon  soleil.  Le  levant  me  parait 
le  point  préférable.  On  y  jouit  d'un  air  excellent  et  de  la  meil- 
leure moitié  de  la  course  diurne  du  soleil,  attendu  que  les 
rayons  de  cet  astre  sont  moins  brûlants  le  matin  :  en  effet,  le 
soir  ils  traversent  une  atmosphère  déjà  échauffée,  tandis  que 
le  matin  ils  passent  par  un  milieu  qu'a  rafraîchi  la  nuit. 

Après  l'exposition,  vousdevez  apporter  une  attention  sérieuse 
au  choix  du  terrain.  Évitez  un  sol  ai-gileux  ou  marécageux. 
«  Le  terrain  argileux  est  imperméable  à  l'eau  ;  il  a  la  propriété 
»  de  la  retenir  et  de  l'empêcher  do  se  perdre  dans  les  parties 
»  inférieures  ;  d'où  il  résulte  qu'elle  s'infiltre  dans  vos  murs, 
»  s'élève  en  vertu  de  la  capillarité  et  entretient  constamment 
»  dans  les  appartements  une  humidité  dangereuse  (1).  » 

Du  reste,  vous  pourrez  le  plus  souvent  prévenir  cet  inconvé- 
nient en  interceptant  l'iiumidité  pai-  une  feuille  de  plomb  ou 
une  couche  de  bitume  placée  dans  le  joint  de  la  partie  où  l'on 
craint  le  suintement.  Ce  conseil  peut  vous  servir  beaucoup,  je 
l'espère,  caries  terrains  humides  sont  communs  en  France  : 
l'étenduedesmaraissecsournouillés,  salants  ounonsalants,nc  com- 
prend pas  moins  de  six  cent  mille  hectares.  Choisissez,  de  préfé- 
rence, un  pays  découvert  :  les  forêts  attirent  la  pluie.  «  La 
»  basse  Egypte  en  est  un  exemple  ;  depuis  que  Méhémet-Ali  y  a 
i  fait  planter  vingt  millions  d'arbres,  il  y  pleut  beaucoup  plus 
»  souvent  qu'autrefois.  »  De  plus,  il  faut  éviter  le  voisinage  des 
lieux  pestilentiels  et  desélublissementsméphitiques.Évitezdonc 
d'entasser  trop  les  maisons  les  unes  sur  les  autres,  évitez  surtout 
le  voisinage  des  cimetières  :  car,  ainsi  que  moi  sans  doute, 
vous  avez  entendu  le  récit  d'événements  déplorables  causés  par 
le  séjour  des  morts,  tels  que  «  la  fin  subite  de  ce  fossoyeur  qui 
»  tomba  mort  en  ouvrant  le  cercueil  d'un  homme  mis  en  terre 
»  un  an  auparavant;  le  décès  de  ces  pénitents  qui  périrent  en 
»  enti-ant  dans  le  caveau  sépulcral  d'une  égUse  ;  le  trépas  de 
»  quinze  personnes  causé  par  le  dérangement  de  cercueils  qui 
1  durent  faire  place  à  celui  d'un  seigneur  de  village  ;  la  perte 
»  malheureuse  de  ces  cent  trente-(juatre  petits  enfants,  qui, 
•  ainsi  que  le  curé  et  le  vicaire  qui  les  catéchisaient,  succom- 
»  bèrent  à  la  fièvre  qui  leur  vint  d'une  tombe  mal  scellée;  et 
»  ces  cent  quarante-neuf  personnes  qui  prirent  toutes  le  typhus 
»  pour  avoir  respiré  l'air  d'une  certaine  église;  et  celte  peste 
»  sortant  d'un  puits  renfei-mant  des  cadavres,  et  qui  fit  un 
»  grand  nombre  de  victimes;  et  mille  autres  catastrophes  du 
»  même  genre  dont  je  pourrais  vous  faire  ici  la  nécrographie, 
»  si  je  savais  qu'elle  pûl  vous  amuser.  > 

Je  m'aperrois,  en  teiminant  cette  lettre  déjà  bien  longue, 
mon  ami,  que  je  n'ai  fait  que  vous  répéter  les  faits  exprimés 


dan»  les  brochure»  de  mon  confrère  ;  c'est  qu'en  vérité,  je  fe 
répète,  elles  renferment  de  trèfrexcelleut*  aperçus. 

Je  vous  les  recommande  donc  encore  une  Ibis,  et  je  vous 
serre  affectueusement  les  mains. 

H.rdoeUur-mAtUfin, 


(1)  Voir  sar  les  moyens  d'emptVJier  l'ijumidit»!  de  monter  dans  les  mnrs, 
le  vol.  8,  col.  S67  et  suiv.  de  cette  Rtvm. 


LE  CHATEAU  DES  FLEURS. 

—  M.  de  Lamartine  dlwit,  il  y  a  qaelqoe  temp»  :  .  La  France 
s'ennuie.  »  Le  grand  po«e  avait  ralton  ;  cette  patine  Fraoce  est  prias 
d'un  tjA^n  immense,  elle  bâille  i  louie  heure,  se  lord  linpiaai 
ment  sans  pouvoir  se  distraire,  et  demande  i  toat  esprit  de  boa  *e«Mr 
de  s'ingénier  on  peu  i  trouTer  le  moyen  d'amuier  aoo  oiaifi-ié.  Pto- 
tiears  voix  complaisantes  ont  répondu  ft  cet  appel  ;  les  nns  altrilKient 
cet  élan  sympalhiqae  à  la  spéculation,  d'autres  (et  noos  Toaloot  blea 
nous  ranger  de  ce  nombre)  n'y  voient  qu'on  généreux  teotim«ot  de 
patriotisme.  Donc,  pluKienrs  entrepreneurs  de  plaisir  se  sont  inis  i  la 
besogne  pour  tâcher  d'égayer  la  France.  Elle  n'a  pas  encore  sooh  OM 
seule  fois,  c'est  vrai,  mais  enfin  ils  ont  esuyé  de  leur  mieux;  on  lev 
doit  compte  de  leurs  intentions  excellentes. 

Les  uns  ont  pensé  que  le  principal  motif  de  l'ennui  de  Paris,  c'était  de 
forcer  le  Parisien  à  ne  trouver  de  rendez-vous  de  fêtes  que  dans  l'en- 
ceinte des  barrières...  et  vite,  vite,  ils  lui  ont  offert  l'occasion  de  sortir  la 
têtu  hors  de  sa  grande  carapace  de  rues  mal  bities  pour  aller  dilater  set 
poumon<  à  l'air  des  boulevards  extérieurs.  Ils  ont  pris  la  baguette  des 
fée^  depuis  si  longtemps  jetée  an  rebnt,  ils  ont  prononcé  les  formolet  Imt* 
métiques  dii  moyen  ige.  frappé  trois  fois  la  terre  près  de  Tare  de  Hfotf»^ 
|ihe...  et  voici  qu'aussitôt  a  surgi  l'ovale  moresque  de  lllippo-trome  avec 
les  chars  romains,  le  tleeple-chate  anglab,  la  parade  gothique  et  la  che- 
vauchée des  lorettes.  Le  g<'nle  qui  a  fait  jaillir  tout  cela  de  la  leiTe 
comme  une  décoration  de  l'Opéra  dans  un  ciiangemenl  à  vue,  n'a  ooblid 
qu'une  chose...  des  premières  loges  sospendaes  en  Leilon  !  Grice  à  ce 
perfectionnement  indiqué  depuis  longtemps  par  le  directeur  de  la  Rtim* 
de  l'architecture,  l'Hippodrome  eût  été  complet...,  et  peut-étn  alon  la 
France  aurait-elle  ri  aux  éclat»,  de  plaisir  bien  entendu,  car  ce  projet 
n'est  point  une  utopie  ridicule,  c'est  une  charmante  innovation  que  noM 
applaudirons  des  deux  mains  quand  on  aura  le  bon  esprit  de  l'appliquer. 
Ne  serait-ce  pas  délicieux,  dites-moi,  de  planer  i  dix  ou  quinze  mètres 
au-dessus  des  autres  spectateurs,  dans  des  aérostats  retenus  de  distance 
en  dislance  par  des  câbles  de  soie  ?  L'œil  embrasserait  i  la  Ma  les  ae> 
leurs  et  le  public,  la  scène  et  les  payage*  voisiiM,  des  laabean  4e 
Paris  à  travers  les  arbres  et  par-Oessns  leurs  cimes.  Cee  places  oA  faa 
serait  mollement  bercé  dans  le  ciel  qoand  le  vent  agiterait  la  nacelle,  M 
seraient  pas  des  moins  recherchées;  on  se  lee  armcherail  comme  une 
loge  d'avant-scène  aux  jours  de  premières  représealBliMa,  M  plelMi 
pour  faire  une  comparaison  plus  juste,  comme  on  se  dispala  le  asiT 
citadines,  Oacres,  et  milords  en  sortant  du  Cb&tean-Rouge. 

A  propos  de  Chàteau-Rouge,  voili  encore  une  création  réetateiew 
désennuyer  la  France.  Tivoli  était  mort.  Vive  Tivoli  I  Cli4t«aa-BoMi  la 
remplace  et  le  fait  oublier,  en  attendant  le  théâtre  nautique  qu'on  aeas 
promet  pour  le  mois  prochain  sar  la  gare  Saint  Ouen,  loi^oun  d'afrit 
le  même  principe  que  hors  de  Paris  sealement  est  le  plaiûr. 

Je  ne  veax  pas  contredire  ceux  qui  pensent  ainsi  ;  pourtant,  aes  hali> 
tudes  casanières  me  font  préférer  le*  fêtes  que  je  nesaiepaeoMff  dVtar 
chercher  si  loin.  Je  remercie  donc  11.  Dumas  d'avoir  veahiMaseidarae 
peu  en  construisant  son  Tbéâlre-llislorique  ;  il  noos  a,  jas^alci,  fait 
bâiller  double,  j'en  conviens,  mais  comme  je  n'ai  pas  la  sar  la  parte  de 
ce  nouveau  séjour  du  vieux  drame  le  vers  ddcMngtaat  de  D— te  AU- 
gliieri  :  Latciata  ogni  tpemmxa  voi  ch«  iafrote  (Lalan 
vous  qui  entrez  ici),  j'espère  et  j'attends  toejour».  MM. 
s'y  prendront  si  bien  un  soir  qu'ils  nous  feront  Hre  six  heores  Je  i 
ni  plus  ni  laoins  que  si  nous  étions  des  dieux  d'BOaiAre. 


^» 


255 


REVUE  DE  L'ARGinTECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


256 


D'ici  là  ciierclions  ailleurs,  au  Château  des  fleurs,  par  exemple.  C'est 
un  ravissant  palais  que  ce'châteaupanaclié,  rayonnant,  lumineux,  ver- 
doyant et  par-dessus  tout  fleuri.  Je  confesse  naïvement  que,  si  je  n'avais 
pas  été  Français,  j'aurais  joyeusement  passé  la  soirée  que  j'ai  consa- 
crée à  le  visiter. 

M.  Hector  Horeaii,  son  créateur,  y  a  semé  des  merveilles  qui  rivalisent 
avec  les  futures  splendeurs  du  Jardin  d'hiver,  son  voisin. 

Tout  d'abord,  avant  d'entrer,  saluons  la  porte  extérieure  avec  son  ar- 
chivolte demi-circulaire,  surmontée  d'une  frise  portant  écrits  les  mois  : 
Château  des  fleurs,  en  lettres  géantes  de  feu  ;  la  grille  de  fer  rocaille  qui 
remplit  la  partie  inférieure  de  cette  porte  est  d'un  goût  excellent;  mais 
ce  n'est  encore  là  que  la  préface.  Quelques  pas  de  plus  dans  la  première 
avenue,  et  à  gauche  un  spectacle  magique  va  nous  éblouir,  Partout  des 
fleurs,  des  fleurs  et  encore  des  fleurs  ;  partout  des  lumières  empruntant 
toutes  les  couleurs  du  prisme.  A  droite,  un  orchestre  ;  au  milieu,  les 
sièges  du  public,  entre  quatre  grands  n:âts  à  doubles  étagères  pleines  de 
fleurs  ;  en  arrière,  encore  des  sièges  et  un  plan  incliné  large  de  60  pieds, 
formant  un  immense  bouquet,  derrière  lequel  se  dresse  un  château  mau- 
resque. Cette  composition  n'a  coûté  à  M.  Horeau  que  le  travail  d'une 
nuit  c'e.slle  rêve  d'un  pinceau  animé,  souriant,  fantastique;  rêve  coloré. 

Ce  château  est  de  très-petites  proportions,  trop  petites  même,  lorsqu'on 
le  compare  à  la  dimension  de  l'orchestre.  L'artiste  voulait  faire  croire, 
par  un  efl'et  de  perspective,  au  prolongement  indéfini  du  jardin  ;  mais  un 
défaut  de  proportions,  dû  à  la  rapide  improvisation  de  l'œuvre,  a  em- 
pêché cette  illusion  d'optique.  Elle  a  été  mieux  obtenue  du  côté  droit 
du  jardin,  par  les  lanternes  chinoises  appendues  comme  de  gros  fruits 
lumineux  non-seulement  aux  arbres  compris  dans  l'enceinte,  mais  encore 
aux  arbres  des  propriétés  voisines.  De  ce  côté  sont  plusieurs  bouquets 
de  verdure,  de  peiiis  bosquets  entremêlés  de  platebandes  semées  de 
fleurs.  Derrière  l'orchestre,  même  système  de  décoration,  avec  un  petit 
bâtiment  servant  de  foyer  et  de  cabinet  aux  chanteurs;  en  face  de  l'es- 
trade, quelques  bosquets,  encore  des  cafés,  des  estaminets,  puis  un  ter- 
rain fleuri  en  pente,  borné  par  une  porte  devant  laquelle  est  un  petit 
pont  décoré  sous  son  arche  de  globes  de  feu.  Des  deux  côtés  de  ce 
pont  s'inclinent  des  plans  couverts  de  fleurs  qui  reçoivent  et  renvoient 
le  reflet  de  la  lumière. 

Une  création  neuve  et  ravissante  qui  produit  des  effets  inconnus  jus- 
qu'ici, c'est  celle  d'avoir  répandu  entre  les  fleurs  des  verres  de  couleurs 
diverses  qui  étincellent  comme  de  gros  vers  luisants,  parmi  les  corolles 
et  les  feuilles...  Je  renonce  à  décrire  les  merveilleux  feux  de  la  lumière 
rouge,  bleue,  verte,  jaune,  violette;  on  dirait  un  semis  de  pierres  pré- 
cieuses, réalité  visible  d'un  rêve  de  l'Orient. 

Somme  toute,  le  Château  des  fleurs  mérite  beancoup  d'éloges,  il 
agrandit  l'horizon  de  l'art  en  indiquant  les  fleurs  comme  matière  d'or- 
nementation dans  les  travaux  d'architecture.  Cet  heureux  essai  aura, 
nous  l'espérons,  des  imitateurs,  et  nous  procurera  un  nouvel  ordre  de 

chefs-d'œuvre. 

Georges  OLIVIER. 


mniiiOGRAPinE  de  is46. 

(Suite.  Voy.  col.  176  et  222.) 

Architecture  théorique  et  pratique,  Esthétique,  Construction 
et  Hyssicne. 

Projet  d'un  théâtre  et  d'un  foyer  de  commerce,  pour  la  ville  de  Rouen; 
par  F.  Léger,  arcliitecte.  In-8»  de  trois  quarts  de  feuille,  plus  une  pi.  Impr. 
de  Kivoise,  à  Rouen. 

Orgce  de  l'église  royale  Saint-Denis,  construit  par  MM.  Cavaillé  Coll  père  et 
fils.  Rapport  fait  à  la  Sociiité  libre  des  Beaux-Arts;  par  J.  Adrien  de  Lafage. 
Seconde  édition,  ln-8»  de  6  feuilles,  plus  une  pi.  Impr.  de  Ducessois,  à 
Paris.  —  A  Paris,  au  comptoir  des  Imprimeurs-Unis,  quai  Malaquais,  15  ; 
chez  Bictiault,  étiez  MM.  Cavaillé  Coll,  rue  Pigale,  48. 

Les  principaux  monuments  funéraires  du  Père  Lachaise,  de  Montmartre,  du 
Montparnasse  et  autres  cimetières  de  Paris,  dessinés  par  Rousseau,  arclii- 
tecte, et  lithographies  par  Lassalle,  accompagnés  d'une  description  succincte 
du  monument,  et  d'une  notice  historique  sur  le  personnage  ç[u'il  renferme, 


par  Marty.  Première  livraison.  In-4»  d'une  demi-feuilIe,  plus  2  pi.  Impr. 
de  Schneider,  à  Paris.  —  A  Paris,  chez  Bédelet,  rue  des  Grands- Augustins, 

10.  Prix  de  la  livraison 1  25 

L'ouvrage  aura  43  livraisons. 

Principes  du  dessin  d'architecture;  par  Navlet  :  Deuxième  édition.  In-18,  rue 
Jacob,  36. 

L'artiste  en  bâtiments.  Cours  d'architecture,  etc.,  composé,  dessiné  et  gravé 
par  Louis  Berthaux.  In-4°  oblong  de  2  feuilles.  Impr.  de  Loirean-Fenchon, 
à  Dijon.  —  A  Paris,  chez  Maison,  chez  Rorel  ;  à  Dijon,  chez  l'auteur. 

Motif  et  possibilité  d'élever  une  tour  de  mille  pieds  au  centre  de  Paris.  In-4, 
d'une  demi-feuille,  plus  une  planche.  Impr.  de  Prevot,  à  Saint-Denis.  — 
A  Paris,  chez  Carilian-Gœuryet  Dalmont. 

Le  vignole  des  ouvriers  ou  MèlJwde  facile  pour  tracer  les  cinq  ordres  d'archi- 
tecture,et  donner  à  toutes  les  parties  d'un  bâtiment  des  proportions  en  rapport 
arec  sa  hauteur,  son  caractère,  sa  desiinalion,etc.;  à  l'usage  de  tous  ceux 
qui  s'occupent  de  l'art  de  bâtir.  Ouvrage  utile  aux  peintres-décorateurs,  aux 
sculpteurs-ornemanistes  et  aux  marbriers.  Première  partie,  composée  de 
34  planches  ;  par  Charles  Normand,  architecte,  ancien  pensionnaire  à  l'A- 
cadémie de  France,  à  Rome.  Nouvelle  édition,  revue  et  corrigée  d'après  le 
système  métrique.  10-4°  de  8  feuilles,  plus  34  planches,  2  frontispices  et  un 
portrait.  Impr.  de  Pillet  aîné,  à  Paris.  —  A  Paris,  chez  Nonnaud  aîné,  rue 
des  Grands-Augustins,  7  ;  chez  Pillet  aîné,  chez  Carilian-Gœury  et  V.  Dal- 
mont. Prix 10    » 

RÈGLEMENTS  pour  Ics  coucours  aux  grands  prix  de  V Académie  royale  des  beaux- 
arts.  In  8°  de  4  feuilles.  Impr.  de  F.  Didot,  à  Paris.  A  Paris,  chez  F.  DidoU 

Dissertation  sur  les  différents  styles  d'architecture  employés  jusqu'à  nos  jours 
pour  la  construction  des  églises;  par  C.  L.  Fléchet  jeune.  In-S"  de  deux 
feuilles.  Impr.  de  Boursy  fils,  à  Lyon. 

De  l'architecture  contemporaine  et  de  la  convenance  de  l'application  du 
style  gothique  aux  constructions  religieuses  du  xix«  siècle,  à  propos  du  ma- 
nifeste de  l'académie  des  Beaux-Arts  et  des  réponses  qui  y  ont  été  faites  par 
M.  Lassus  et  par  M.  Viollet-Leduc;  par  Gabriel  Laviron.  In-8»  de  2  feuilles 
1/2.  Impr.  de  Pion,  à  Paris.  —  A  Paris,  chez  Amyot,  rue  de  la  Paix,  6;  chex 
Didron. 

Controverse  artistique  entre  un  Rémois  et  le  comité  archéologique  de  Soisson»^ 
10-4°  d'une  demi-feuille.  Impr.  de  Lacour,  à  Paris. 

De  l'imitation  considérée  dans  ses  rapports  avec  la  philosophie,  la  morale  et  la 
médecine;  par  P.  Jolly.  ln-8°  d'une  feuille  1/4.  Impr.  do  L.  Martinet,  i 
Paris.  —  A  Paris,  chez  J.-B.  Baillière,  rue  de  l'ÉcoIe-de-Médecine,  17. 

Fragments  et  mélanges;  par  L.  Vitel.  Tome  premier  :  Beaux-Arts,  critique 
littéraire  et  artistique.  Tome  II  :  Archéologie  du  moyen  âge.  Deux  volume» 
in-12,  ensemble  de  37  feuilles.  Impr.  de  Pion,  à  Paris.  —  A  Paris,  au  comp- 
toir des  Imprimeurs-Unis,  quai  Malaquais,  15. 

Le  guide  des  constructeurs,  ou  Traité  complet  des  connaissances  théoriques 
et  pratiques  relatives  aux  constructions  ;  par  M.  B.-R.  Mignard.  Première 
livraison  in-8"  d'une  feuille.  Impr.  de  Vinchon,  à  Paris.  —  A  Paris,  chez 
Carilian-Gœury,  quai  des  Augustins,  41. 

L'ouvrage  aura  2  vol.  in-8»  et  un  atlas  in-folio  de  82  pi.  Il  sera  publié 
en  52  livraisons.  Prix  de  la  livraison »  80 

Le  guide  du  charpentier  et  du  menuisier  des  villes  et  des  campagnes,  conte- 
nant, etc.  ;  par  Pioche,  architecte,  à  Metz;  précédé  de  la  Théorie  de  la  force 
des  bois,  par  E.  Debrun.  In-4»  de  3  feuilles,  plus  12  pi.  Impr  de  Dembour, 
à  Metz. 

De  l'emploi  des  tuiles  pour  les  couvertures  dans  l'arrondissement  d'Avran- 
ches,  par  M.  L.  Marchai.  In-S»  d'une  feuille.  Imp.  de  Forlain,  à  Avranches. 

Nouvelles  études  sur  les  pouzzolanes  artificielles,  comparées  à  la  pouzzolane 
d'Italie  dans  leur  emploi  en  eau  douce  et  en  eau  de  mer;  par  L.-J.  Vicat. 
In-4»  de  17  feuilles  1/2,  plus  12  pi.  Imp.  de  Fain,  à  Paris.  —  A  Paris, 
chez  Carrlian-Goeury  et  Dalmont,  quai  des  Augustins,  39-41.      Prix      8  • 

Recueil  de  tarles  à  l'usage  des  ingénieurs,  faisant  suite  à  l'ouvrage  sous  le 
même  titre,  de  B.  Genièys,  et  formant  le  2«  vol.,  parB.-E.  Cousinery.  In-8» 
de  20  feuilles  1/4,  plus  4  pi.  Impr.  d'Hennuyer,  aux  Batignolles  —  A 
Paris,  chez  Carilian-Gœury  et  Dalmont,  quai  des  Augustins,  39-41. 
Prix 12      • 

Tables  des  superficies  de  pavage  correspondant  à  un  nombre  quelconque  de 
pavés,  depuis  1  jusqu'à  4,216;  par  Cormon.  In-12,  d'une  feuille  1/6.  Imp. 
d'Escuyer,  à  Compiègne.  —  A  Compiègne,  chez  Escuyer,  et  chez  Dubois. 


CÉSAR  DALY, 

Directeur  et  rédacteur  en  clief, 
membre  de  l'Académie  royale  des  Biaux-Aits  de  Stoolîholm,  de  l'inslitul 
royal  des  Architectes  britanniques,  etc.,  etc. 


Iiiip.  de  L.  TOINON  etC",  k  Saint-GemiaiH. 


267 


REVUE  DE  L'ARCHITECTUBE  ET  DKS  TRAVAUX  PUBUCS. 


2M 


MÉMOIRE 

SDR   TRENTE-DEtTX    STATUES  SYMBOLIQUES  ,    OBSEHVÉES   DANS  LA 
PAOTIE  HAUTE    DBS   TOURELLES   DE  SAIM-DENYS. 

(Cinquième  article.  V.  col.  49,  65,  97,  129  el  177.) 


TROISIÈME  PARTIE. 

«ommnirc. —  Discussion  sur  le  caractère  hybride  attribué  dans  ce  Mémoire 
aux  statues  des  tourelle»  de  Saint-Denys. —  De  leur  Facture,  de  leur  style 
de  leur  type  pbysianomique.  —  Circonspection  apportée  dam  la  ipéciiica- 
tioD  de  leurs  membres.  —  Quelques-unes  de  ces  statues,  ouvertement 
aII(?gorique8.  —  Retour  sur  les  deux  Physiologues.  —  Description  et  expli- 
cation raisonnéc  des  statues  qui  sont  l'objet  de  ce  mémoire.  —  Le  moyen- 
âge  fournit-il  dans  ses  monuments  des  statues  mystiques  hybrides,  et  des 
collections  de  Péchés  identiques  à  celle  de  Saint-Denys?  En  est-il  resté 
dans  les  livres,  les  manuscrits  ,  les  enluminures  des  même»  siècles?  — 
Exemples.  —  L'esprit  du  thème  des  Péchés  sur  les  basiliques  chrétiennes 
donne  l'eiplication  directe  de  sa  populariialion.  —  Conclusion. 

Comme  nous  l'avons  annoncé,  la  zoologie  sculptée  sur 
les  tourelles  de  Saint-Denys  tient  simultanément  de  la  fantas- 
magorie et  de  la  réalité.  Quelques  unes  de  ces  statues  sont 
la  reproduction  bien  franche  d'un  genre  d'unimal  connu,  tel 
que  i'àne,  le  chien,  le  singe,  et  le  caractère  de  vérité  qui  se 
fait  remarquer  en  elles  ne  permet  pas  de  supposer  que  les 
étningetés  des  autres  aient  pour  motif  une  ignorance  de  dessin 
qu'on  ne  peut  d'aucune  mnniére  attribuer  à  leurs  sculpteurs 
En  vain  nous  objecterait-on  qu'au  xni'  siècle  et  au  début 
du  XIV*  ceux-ci  étaient  bicu  en  retard  pour  la  zoologie 
sculptée  ;  l'analyse  des  monuments  appartenant  à  ces  épo- 
ques restreint  beaucoup  cette  opinion,  et  tout  porte  à  croire, 
du  reste,  que  les  statues  de  Siiinl-Denys  sont  dues  ou  ciseau 
italien  et  à  des  mains  très  exercées  à  l'étude  de  l'art  antique, 
mais  trempées  aux  sources  divines  de  l'art  religieux  et  chré- 
tien. Tel  est  le  jugement  des  connaisseurs  sur  deux  groupes 
très  remarquables  placés  aux  angles  inférieurs  du  pignon 
ouest  de  la  basilique,  et  le  mémo  coup  de  ciseau  semble  avoir 
taillé  dans  le  bloc  la  décoration  des  tourelles.  Cenx-là  avaient 
étudié  et  savaient  rendre  la  nature,  qui  ont  pu  exécuter  ces 

T.    VII, 


tètes  d'une  expretsion  si  énergique  et  d'un  tel  ordre  ie 
beauté.  Pour  peu  qu'on  soit  sans  prérentioa  et  qo'on  étudie 
cet  ensemble,  on  y  reconnaît  aisément   une  page  du  plus 
grand  style,  telle  qu'en  a  semé  dans  l'art  ie  dédia  de*  teaps 
hiératiques.  Qu'on  nous  permette  de  le  dire,  il  a  Iillu  k  leur 
auteur  de  la  science  et  quelque  génie  pour  que  ces  créations 
hybrides  n'aient  pas  tourné  au  ridicule  et  n'aient  rien  de  cho- 
quant pour  l'œil.  Ces  sujets  fantasmayriygl  réonMient  ■<>■ 
sans  harmonie  des  éléments  divers  sans  doute,  nabipi  n'ont 
rien  d'hétérogène,  bien  qu'il  soit  contre  l'habitude  qu'on  lea 
voie  ainsi  ass^nnblés.  I..a  beauté,  si  on  peut  le  dire,  faroudM 
et  vraiment  effrayante  qui  domine  dans  ces  Bgures  saisit  l'at- 
tention, l'intéresse,  et  y  ressort  de  plus  en  plus  par  l'étude 
et  par  l'examen  ;  beauté  grandiose  et  sublime  qui  a  nurqné 
de  son  sceau  puissant,   comme   nous  l'avons  dit   ailleurs, 
l'œuvre  inimitable  du  Dante  et  tant  de  sombres  traditioM 
surgies  en  foule  au  moyen  âge  :  beauté  d'ailleurs  si  idéale 
dans  son  ordre  tout  d'exception,  qu'on  croit  voir  dans  cluqoe 
sujet  la  dernière  et  la  plus  extrême  expression  de  ce  qu'il 
veut  peindre,  et  presque  le  génie  fatal  du  rioe  qu'il  pertoo- 
nifie.  Il  semble  que  Satan  lui-même  ait  comme  allumé  sa 
violence  dans  chacune  de  ces  statues,  images  des  instincts 
pervers,  comme  on  voit,  dans  la  Sy  mbolique,  le  Christ,  source 
de  toute  grftce,  imprimer  un  saint  caractère,  une  ineflable 
pureté  à  des  pierreries,  k  des  plantes,  parCiM  i  des  animani 
même  consacrés  dans  la  Symbolique  à  6gurer  soit  sa  per< 
sonne,  soit  ses  admirables  vertus  (1).  Ainsi,  toit  respire  la 
fougue,  la  puissance  d'action  du  mal  dans  ces  images  espre»> 
sives,  triste  personnification  de  tous  les  excès  de  la  bnite  et 
de  tous  les  instincts  du  crime  que  peut  nourrir  le  cœur  hu- 
main. Ces  appétits  de  l'animal  sont  la  masse  et  le  corps  du 
monstre,  son  espèce,  et  les  habitudes  dont  il  est  capable  ou 
doué  ;  pour  ce  qui  est  des  passions  humaines,  elles  reasortent 
fortement  dans  l'animation  hors  nature  qui  éclaire  sa  phy- 
sionomie et  qui  a  là  un  style  plus  noble  qu'on  ne  le  peut 
voir  chez  la  bête,  infernale,  mais  grandiose  et  très  juste  cooi- 
binaison  qui  a  su  poétiser  la  brute  par  tout  ce  que  l'ardew 
du  mal  peut  donner  à  la  créature  d'inspiré  et  de  sorhumaia, 
afin  de  faire  bien  entendre  que  cette  brute  en  apparence 
c'est  l'àmc  déchue  et  tombée,  mais  toujours  immatérielle  «( 
toujours  image  de  Dieu,  quoique   maintenant  asservie  et 
comme  étouffée  par  les  sens.  Ce  caractère  d'éaergie  et  et 
haute  idéalité  ressort  non  moins  évideauMalBiàBe  sor  ee«x 
parmi  ces  monstres  qu'on  voit  à  peine  dégwiii  oa  qae  le 


(1)  Le*  doute  pierreries  nommée*  dam  t'Eio4«ootél4« 
principiles  vertus  du  Christ  juMjae  dant  le  ravn  éamflliUH.  (▼.  CMwri. 
à  Lapid.  in  k'jMé.,  e.  XXVIM).  —  Le  H*,  la  tMt  al  i 
raient  aussi  le  Sanvenr,  le  premiet  k  lilr*  de  gloire  des  kaaMa,  €* 
et  modèle  des  humbles,  de  rémuoénlear  de  l'haaailil<;  la  i 
prince  el  le  modèle  de*  martyrs.  (V.  S.  Bmmom.) 
Anselm.,  Camtuar.  —  Ludolph.  Saioa..  m  Vit,  CkHMi.  —  Hnkaa 
/>  «nivrrto,  I.  XIX,  r.  8.  —  Ibid.  «  iU«f«r.  —  PImIm,  L  Vf,  «te. 
parmi  le*  aDimaax.  le  Imo,  l'afiiwaa,  le  veaa,  la  paMMt*.  n^i,  la  | 
can,  la  colombe,  la  calandre,  le  dauphin,  et  kaa  MBÉn  fanfewdl 
différents  rapports  de*  emblèmes  de  J.-C 

17 


r»»- 


250 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


260 


temps  a  rendus  frustes;  et  il  domine  avec  puissance  dans 
leur  altitude  emporléc,  dans  la  crispation  de  leurs  grilTes  et 
dans  l'érection  toujours  brusque  et  presque  irritée  de  leurs 
ailes;  cachet  saisissant  et  marqué  qui  nous  frappa  profondé- 
ment le  premier  jour  où  nous  les  vîmes,  et  que  plus  d'un 
habile  artiste  y  a  reconnu  à  son  tour.  Ce  sceau  suffirait  à  lui 
seul,  indépendamment  des  détails,  des  attributs,  des  diffé- 
rences, pour  révéler  dans  ces  images  tout  ce  qu'y  découvre 
la  science,  tout  ce  que  l'art  chrétien  y  mit. 

Frappé  de  ces  observations,  nous  avons  été  convaincu 
que  ceux  qui  ont  combiné  cetœuvreavaicnteu,  en  l'élaborant, 
l'intention  qui,  aux  mêmes  siècles  (1),  meublait  en  France 
les  verrières,  les  archivoltes  des  portails,  et  jusqu'aux  murs 
des  basiliques  de  monstres  qu'on  a  crus  grotesques,  mais 
qu'alors  et  avec  raison  on  savait  seulement  hybrides.  Pour 
discerner  leurs  éléments,  nous  avons  souhaité  le  concours  et 
l'avis  d'un  naturaliste  qui  pût  prononcer  à  coup  sûr  et  fixer 
nos  incertitudes  sur  les  solutions  de  détail,  et  un  professeur 
distingué,  M.  Covilbeaux  (2),  a  bien  voulu  nous  assister,  ju- 
geant avec  circonspection  et  môlant  à  ses  théories  les  quel- 
ques modifications  indiquées  par  l'état  de  l'art  et  de  l'esprit 
au  moyen  âge,  et  résultant  des  harmonies  et  des  rapproche- 
ments logiques  qui  relient  tous  ces  caractères.  Il  est  ressorti 
de  l'étude  de  ces  animaux  composés,  qu'un  bon  nombre 
d'entre  leurs  membres  ont  un  caractère  idéal,  mais  qu'il  n'en 
est  presque  pas  un  qui  n'ait  des  analogies  évidentes  avec  des 
caractères  vrais  et  parfaitement  distinctifs.  Ceux  qui  sont  de 
pure  invention  sont  à  leur  tour  des  traditions  consacrées  dans 
le  moyen  âge  et  acceptées  dans  l'art  chrétien;  tels  la  queue 
tordue  du  serpent  (3),  le  corps  marin  de  la  syrène,  la  queue 
appelée  «  de  dragon  ».  S'il  fallait  ajouter  un  mot  pour  per- 
suader mieux  encore  les  esprits  circonspects  à  croire  et  lents 
à  admettre  les  nouveautés,  nous  leur  répéterions  ici  que 
l'Ane  abattu  dans  la  mare,  que  In  Syrène  à  sa  toilette,  que 
l' Homme-lion  et  gourmand',  que  le  Buveur.  Vllippocen- 
taure,  que  la  Femme  à  queue  de  sangsue,  VOnocentaure, 
le  Lion,  le  Lièvre  h  allure  effarée,  la  Truie  avec  ses  cinq 
petits,  sont,  ou  des  motifs  explicites  qui  se  font  entendre 
d'eux-mêmes,  ou  des  allégories  connues  même  au  sein  de 
l'idolâtrie,  des  images  semées  partout  dans  les  pages  des 
livres  saints  et  dans  celles  des  moralistes,  et  des  proverbes 
répandus  et  très  bien  compris  de  nos  pères.  Le  peu  qui  reste 
d'animaux  à  sens  un  peu  moins  explicite  sont  du  même  stvie 
et  du  même  esprit. 

Nos  explications  de  ces  thèmes  supposent  et  exigent  môme 
leur  confrontation  attentive  avec  leurs  Ggures  gravées.  Ces 
gravures,  nous  avons  la  satisfaction  de  pouvoir  le  dire,  offrent 
la  reproduction  parfaite  de  l'œuvre  complet  des  tourelles 
jusque  dans  ses   moindres  détails;  les  physionomies  elles- 


(1)  Le  12%  le  13%  le  14'. 

(2)  Membre  de  la  Société  de  pharmacie  de  Paris,  professeur  d'histoire  na- 
turelle dans  l'kistitutioa  de  madame  Descauricl. 

(3)  V.  statue  d"  10. 


mêmes  y  sont  on  ne  peut  mieux  rendues,  autant  que  le  peu- 
vent permettre  des  proportions  aussi  restreintes.  Elles  ont 
été  exécutées  sous  les  yeux  et  sous  la  direction  de  M.  Daly. 
M.  Uainville,  jeune  artiste    plein   de    talent  et  d'avenir,  a 
voulu,  avant  de  graver  les  planches,  assurer  aux  dessins  eux- 
mêmes,  levés  à  de  grandes  distances,  la  plus  extrême  exac- 
titude. C'est  du  haut  des  échafaudages  et  des  degrés  aériens 
disposés  au  liane  des  pignons,  c'est  même  du  faîte  et  des 
combles  des  anciens  bâtiments  claustraux  qu'il  a  complété  ces 
dessins  et  reproduit  plusieurs  détails  qui  ne  peuvent  être 
saisis  d'aucun  point  de  la  basilique,  et  nous  devons  à  ses 
crayons  la  revue  consciencieuse  de  la  collection   tout  en- 
tière et  quelques-uns  de  ses  dessins.  Les  imperfections  des 
figures,  jugées  au  point  de  vue  de   l'art,  appartiennent  à 
leurs  modèles,  par  exemple,  le  sujet  16,  l'Ane  ventru  et 
fourvoyé,  dont  l'embonpoint  abdominal  est  un  caractère  mys- 
tique placé  là  avec  intention  par  le  génie  du  moyen  âge  (1), 
peu  occupé,  comme  on  le  voit,  de  mieux  modeler  la  statue 
par  laquelle  le  principal,  c'est-à-dire  l'idée  chrétienne,  est 
rendu  admirablement. 

Dans  cette  troisième  partie,  nous  compléterons  par  des 
notes  les  explications  et  les  preuves  auxquelles  notre  court 
glossaire  n'a  pu  suffisamment  fournir.  Nous  continuerons  de 
citer  les  autorités  qui  motivent  ou  qui  peuvent  fortifier  nos 
applications  :  parmi  elles  ce  Physiologue,  l'un  des  plus  an- 
ciens Bestiaires  écrits  depuis  l'ère  chrétienne,  puisé  de  plus 
près  que  les  autres  et  sans  doute  directement  dans  le  Bestiaire 
sacré  que  donnent  les  livres  bibliques.  Et  puisque  nous  avons 
nommé  cet  écrit  de  saint  Épipliane,  qu'on  nous  permette 
encore  un  mot  pour  éclaircir  et  compléter  ce  qu'on  a  lu  à 
son  sujet  dans  notre  première  partie  ;  c'est  le  fruit  de  nos  re- 
cherches récentes  et  postérieures  à  la  publication  des  pre- 
mières feuilles  de  ce  mémoire.  Un  fragment  de  ce  court 
traité,  œuvre  toute  mystagogique,  est  parvenu  à  notre  épo- 
que (2).  Gesner  n'avait  pas  eu  le  temps  de  le  traduire,  mais 
peu  d'années  après  sa  mort,  un  religieux  bénédictin,  Gon- 
salve  Ponce  de  Léon  (3) ,  accomplit  cette  noble  tâche.  Malheu- 
reusement sur  les  trente-neuf  animaux  traités  dans  le  manus- 
crit grec,  trois  se  trouvaient  presque  effacés  et  tout  ii  fait 
indéchiffrables,  et  des  altérations  impies,  glissées  à  dessein 
dans  le  texte,  le  dénaturaient  à  tel  point  qu'il  en  dut  retran- 
cher onze  autres,  ce  qui  réduit  à  plus  d'un  tiers  l'élégante 
version  de  Ponce.  Quelque  chose  de  remarquable,  c'est 
que  dans  cet  écrit  lui-même  saint  Épiphane  cite  un  autre 
traité  ou  un  autre  auteur  portant  aussi  le  même  titre,  celui 
de  Physiologus.  Dans  le  cours  du  iii°  siècle,  c'est-à-dire 
plus  d'un  siècle  après  saint  Épiphane,  Origène  aussi  avait  cité 
ce  Physiologus.  II  y  a  donc  eu  deux  Physioiogues,  celui  d'un 
auteur  anonyme  et  celui  de  saint  Épiphane   (4).  Celui   de 


(1)  Vincent  de  Beauvais  le  spécifie  expressément  :  il  montre  cet  âne  en- 
graissé, avant  de  le  montrer  ingrat. 

(2)  Il  est  répandu  en  entier  dans  les  notes  de  notre  Zoo%ie  inédite. 

(3)  Né  en  Espagne,  à  Valladolid. 

(4)  Indépendamment  d'un  troisième  P/it/sioJofluie  écrit  en  latin,  attribue  à 


261 


FŒVUE  DE  LAUCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


2«S 


l'auteur  anonyme  a  été  attribué  à  Salumon,  à  Aristotc,  au 
glossatcur  inconnu  des  rsaumes,et  ù  bien  d'autres  écrivains; 
mais  son  nom  étant  cité  par  saint  Épiiihanc  h  côté  et  h  la 
suite  des  témoignages  d'Aristole  et  de  Salomon,  et  cela  dans 
la  môme  phrase,  on  en  peut  induire,  ce  semble,  que  ce  Phj- 
siologue  ne  doit  être  l'ouvrage  ni  de  l'un  ni  de  l'autre.  Quoi 
qu'il  en  soit,  ce  qui  importe,  c'est  qu'il  nous  parait  démontré 
que  ce  n'est  pas  l'œuvre  anonyme,  mais  celle  de  saint  Épi- 
phane,  que  les  Bestiaires  désignent  quand  ils  citent  le  Phy- 
siologue,  car  ce  docteur  n'invoque  de  l'ancien  que  des  tradi- 
tions d'histoire  naturelle,  des  détails  d'instincts  ou  de  moeurs, 
jamais  nulle  allusion  chrétienne  ni  aucune  allégorie  doctri- 
nale ;  tandis  que  l'on  voit  ressortir  parmi  les  citations  em- 
pruntées à  leur  Physiologuepar  la  plupart  des  Bestiaires,  dc8 
allusions  mystagogiques  et  des  eiiplications  chrétiennes  qui 
ne  peuvent  laisser  de  doute  sur  l'orthodoxie  de  l'auteur  :  ce 
ne  peut  être  qu'un  docteur  ou  un  théologien  catholique 
nourri  des  saintes  Ëcrilures,  sur  lesquelles  son  œuvre  est 
calquée. 

Mais  revenons  à  nos  statues.  Dis|iosécs,  ainsi  qu'on  l'a  vu, 
sur  la  partie  aérienne  des  tourelles  de  Saint-Denys,  h  l'ex- 
trémité du  transsept,  elles  forment  une  couronne  au  sommet 
de  leur  haute  base,  étant  disposées  circulaircment  au  point 
d'où  s'élève  l'aiguille,  c'est-à-dire  à  trente-huit  mètres  un 
tiers  au-dessus  du  sol.  Comme  nous  l'avons  annoncé,  cha- 
cune des  quatre  tourelles  est  décorée  de  huit  statues. 

En  nous  plaçant  par  la  pensée  sur  la  grande  place  de 
Saint-Denys,  en  face  do  la  basiliqoe,  et  procédant  de  gauche 
à  droite,  selon  l'ordre  adopté  dans  les  grandes  compositions 
monumentales  du  moyen  âge,  nous  commençons  notre  ana- 
lyse par  la  tourelle  nord-ouest;  nous  expliquerons  après 
elle,  d'abord  la  tourelle  nord-est,  ensuite  celle  du  sud-est, 
enfin  celle  du  sud-ouest. 

TOUBELLE  NORD-OUEST. 

Sur  cette  première  tourelle,  avec  sept  statues  fantastiques 
d'animaux  tout  à  fait  hybrides,  on  en  remarque  une  au 
nord-est,  simple  et  entièrement  humaine;  elle  renferme,  ce 
nous  semble,  une  pensée  d'introduction,  et  nous  la  plaçons  à 
ce  titre  à  la  tète  de  la  série. 

IV«  1.  statue  hamalae  (Bénédlëtla). 

la  prévision. 

Le  costume  de  ce  sujet  est  celui  de  l'ordre  de  saint  Benoît, 
c'est-à-dire  la  tunique,  et  la  coulle  ou  le  capuchon  (1).  Son 
âge,  qui  est  l'adolescence,  semble  caractériser  un  novice,  ou 
plutôt  un  de  ces  enfants-moynes  (2)  qui  étaient  élevés  dans 


saint  Ambroisc,  et  déclaré  apocrjphe  par  le  pape  Gelase  1",  ta  494.  {Coticil. 
t.  IV,  p.  12(!0.  —  Fleury,  Uist,  ecclàiastique). 

(i)  Rcgul.S.  Bene>iicU,c.  S5. 

(2)  «  Puer  monachus.  »  —  Hraban  Maur.  passim.  —  Legtnd.  aur.  pai~ 
sim,  etc. 


les  monastères,  et  qui,  formé»  par  Jcn  abbét  et  au  milieu  des 
cénobites  à  la  sainteté  de  la  vie  et  i  l'obserraoce  de  la  règle, 
prenaient  de  bonne  heure  l'habit.  Sous  les  traits  de  cet  aspi- 
rant il  la  perfection  monastique,  est  bgarée  probablement 
par  une  double  allégorie  conforme  au  goût  du  mojen 
Age  (1),  l'Ame  clirétienncet  commençante;  ce  sujet  est  donc 
montré  jeune,  soit  pour  rendre  explicitement  l'enfance  pro- 
longée de  l'âme  au  début  de  «a  conversion,  soit  pour  consa- 
crer ce  principe,  que  c'est  au  matin  de  la  vie  qu'il  faut 
commi!ncer  le  combat.  La  lAche  imposée  au  novice  est  de 
résister  sans  relâche  aux  ennemis  spirituels  qui  vont  se  dis- 
puter son  âme,  savoir  :  les  dangers  du  dehors  menaçant  sur- 
tout les  cinq  sens;  et  les  assauts  de  l'intérieur,  plus  subtils 
et  plus  redoutables.  Le  religieux,  selon  la  règle,  n'est  autre 
cho.se  qu'un  soldat  enriMé  contre  ces  attaques  sous  la  disci- 
pline des  statuts  et  de  son  abbé  (2).  De  même,  selon 
l'Ecriture,  la  vie  du  juste  est  une  arène  où  ni  triomphe,  ni 
succès  n'obtiennent  de  trêve  à  la  lutte  qu'après  d'Apres  et 
longs  combats. 

Le  novice  est,  A  ce  qu'il  semble,  la  seule  parmi  ces  statues 
qui  soit  investie  d'un  rôle  passif  en  dehors  de  ce  grand  tableau 
(igurant  la  lice  chrétienne.  Si  nos  présomptions  ne  nous 
trompent,  disposé  là  pour  la  bataille  entre  le  nord  et  l'occi- 
dent qui  ont  leur  attribution  mystique,  il  y  voit  passer  ea 
esprit  devant  le  regard  de  son  Ame,  dans  les  trente  statue* 
voisines,  les  périls  qu'il  doit  surmonter.  Du  reste,  ce  n'est 
point  de  front  que  ces  agresseurs  innombrables  attaqueront 
l'Ame  chrétienne  ou  qu'ils  fondront  sur  le  novice,  mais  par 
la  droite  et  par  la  gauche,  marquant  les  deux  genres  de  ten- 
tation, la  prospérité  et  l'épreuve,  les  délices   et  les  souf- 


(1)  Ces  allusions  simultanées  sont  nombreuses  et  admirables  daas  l*art 
chrétien  du  mojen  kge.  Nous  donnerons  dans  notre  oovnte  imiiMfa  Jmliis 
des  fresques  et  des  bas-reliefi  des  caucombet  romaine*. 

(2)  «  (Genus)  primum  coenobiuram  (est)  militan* Mk  nglli,  «d  ■hbala.a 
(Reg.  S.  Bentdict.,  c.  l).  Pendant  l'année  de  proltalioa  m  liMit  irai*  M( 
celte  règle  au  postulant,  retenu  dans  le  quartier  de*  noiiies  :  c  Voilà,  lai 
disait-on  chaque  fois,  la  régie  sous  laquelle  tous  demande!  à  i 

«  Kl  si  promiserit  de  stabilitate  soA  perstverantiam,  | 
circulum  legatur  ei  bac  regala  par  ordinem,  et  dicaliirci  :  Ecn  la  «ak  ^ 
inilitare  vis  ;  si  pote*  olMervare,  laptien  :  si  vero  non  potes,  likcr  «tnia.» 
(Heg.  s.  Benedkt.,  cap.  58).  —  Dan*  le  Prolopie  de  m  rèile,  $ttaH  Bnsk 
s'adresae  ainsi  à  celui  qui  upire  i  la  vie  du  cloltr«  :  «  QaiHma  abnaMciMs 
^*'c)  propriis  voluntatibos  Domino  Chrislo  rero  Régi  militalonM  «hodtanlia 
forlissiroa,  atquc  prcclara  arma  sumis,  etc.  >  (Prolog.  KêgaL  S.  B»- 
nedict.). 

On  lit  dans  les  ouvres  de  Rbaban  Manr  on  IraiM  loiilalé  :  c  IM  Agom 
christiani,  agens  de  Viriutibus  et  VitHs.  » 

«  Fili,  arredeos  ad  servitutem  Dei,...  prcftara  animam  Uua  ad  loMa- 
tionrni.  •  (Eccli.,  I,  2,1). 

«  Militia  est  vil»  boniinis  super  terram...  {Job.  VU).  HincMMcat  bMIM 
Job  qualiler  in  hle  rili  militare  debearau*  insinuai,  qui  in  n  i 
liler  mililarcfil eiemplum  ponit.  Uilitia  enimest  vital 
quia  quanto  tempore  in  htc  viti  sumos,  per  arma  JmIMb  A  éaMt  H  A 
sinisiris  conUa  vitia  et  roalignoa  spirilos  pogoare  deliinw,  «MIMÉS  lallA 
militii,  pro  viclorii  coronemur.  (5.  Bmaoa.  atUms.  n /oS, M^  VIO- 

En  rapport  direct  et  fréquent  avec  cet  ordre  de  pensées,  le  ckréliM  «M 
souvent  représenté  sur  les  moaninnu  dn  omtm  Ag*  ••••  *•  P*»*  «•  *•> 
|iour  guerroyer  contre  l«s  vie».  On  le  voit  flgwi  siariMr  «M  JsHa  aWalM* 
au  folio  1 15  du  ms*.  intitnié  :  Du  fttkkmt  4u  Saiml-KtprU-  (BMMM^m 
royale}. 


MS 


REVUE  DE  L'ARCHLTECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


26A 


frauces  (1),  la  présomption  inconséquente  et  la  pusillanimité. 
Symbolisées  par  tous  ces  monstres  marqués  d'une  expression 
terrible,  sombre  et  presque  surnaturelle  comme  le  pouvoir 
de  l'esprit  pervers,  ces  tentations  sont  détaillées  dans  la  règle 
de  saint  Benoît,  investies  pour  le  plus  grand  nombre  d'une 
allusion  spirituelle  exposée  dans  le  commentaire  en  surplus 
du  sens  littéral,  et  toutes,  tenant  une  place  parmi  les  légions 
des  péchés;  celte  armée  y  passe  en  revue  sous  l'œil  attristé 
du  lecteur,  et  le  novice  y  est  instruit  sur  chaque  athlète 
séparé  de  cette  milice  infernale.  Au  premier  rang  sont  : 
l'homicide  temporel  et  spirituel  :  l'adultère,  comprenant 
l'idolâtrie  (2),  les  affections  désordonnées,  etc.  :  le  vol, 
s'étendant  au  scandale  et  à  tout  ce  qui  ravit  les  âmes  à  Dieu  : 
les  trois  concupiscences  :  le  faux  témoignage  et  la  dissimula- 
tion :  l'orgueil  :  les  désirs  de  vengeance  :  l'immortification 
des  sens  :  puis,  pêle-mêle,  le  mensonge,  la  fausseté  :  l'hypo- 
crisie :  la  simulation  :  la  mollesse  :  la  somnolence  volontaire 
ou  négligente  et  l'inertie  spirituelle  :  la  luxure  :  l'intempé- 
rance :  l'ivrognerie  et  la  crapule  ;  la  paresse  et  la  noncha- 
lance :  le  murmure  :  l'indépendance  :  l'affranchissement  delà 
règle  :  les  discordes  :  la  cupidité  :  l'avarice  :  l'affection  aux 
biens  temporels  :  le  dérèglement  des  pensées  :  la  loquacité  : 
le  rire  insensé  :  l'envie  avec  la  dérision,  la  détraction  et  la 
jactance  :  la  dissension  :  la  haine  :  le  ressentiment  :  la  colère  : 
l'oubli  des  fins,  le  désespoir,  etc.  (S).  Ce  sont  ces  escadrons 
de  vices  qui  nous  semblent,  dans  le  détail,  se  dérouler  sur 
les  tourelles  sous  le  regard  du  jeune  moine;  c'est  à  travers 
ces  ennemis  qu'il  aura  à  franchir  la  lice,  contre  eux  qu'il 
aura  à  combattre,  à  se  défendre  et  à  lutter. 

Cette  galerie  de  tableaux  parcourue  et  analysée,  on  arrive 
à  la  conclusion,  à  ce  qu'on  nomme  «  le  bouquet  »  dans  la 
langue  spirituelle.  Mûris  par  les  longues  épreuves  de  cet  âpre 
et  patient  combat,  le  chrétien  et  le  cénobite  ont  atteint  la 
virilité,  qui  est  la  consistance  de  l'âme  et  la  réformation  du 
cœur.  La  trente-deuxième  statue,  où  sans  doute  encore  une 
fois  ils  sont  figurés  l'un  et  l'autre,  est  un  religieux  d'âge 
mûr,  qui  «  se  dépouille  du  vieil  homme  »  et,  selon  l'expres- 
sion biblique,  a  se  revêt  de  l'homme  nouveau.  » 

Jeté  en  avant  du  massif,  dans  une  pose  gracieuse  qui  n'est 
ni  tout  à  fait  debout,  ni  tout  à  fait  agenouillée,  le  novice  bé- 
nédictin, la  tête  à  demi  enveloppée  de  son  capuchon,  est 


(1)  Sinistra,  adversitas,  ut  in  parabolis  :  «  Non  déclines  ad  dexlram  ne- 
que  ad  sinistram,  »  id  est,  nec  prospéra  te  élèvent,  ncc  adversa  te  franganl. 
(Hraban  Maur.  Allegor.). 

A  dexlris. .  Iseta,  à  sinistris...  trislitiam  habemus.  (Hraban  ilaur.  in 
Hiezechiel,  lib.  I,  c.  1).  —  Ihid.  in  S.  Brunon.  aftens.  Op.  —  S.  Anselm. 
Cantuar.  Op.—  Ludolph.  Saxon  in  Vit.  Chr-isli,  etc.,  etc. 

Eshibeamus  nosmetipsos  sicut  Dei  ministros  in  tribulationibus,  in  suavi- 
tate,  pcr  arma  justitia;,  à  dextris  et  à  sinistris.  (II  Cor.  VI,  7). 

Cadent  à  latere  tuo  mille,  et  à  sinistris  tuis  decem  raillia.  (Psalm.  XC,  v.  7, 
et  Commentar.  S.  Brunon.  astens.  et  S.  Oddon.  astens.  in  ibid.). 

Inter  hostes  versâris,  et  à  dextris  et  k  sinistris  impugnâris.  (De /mit.  Christ. 
XXXV,  2). 

(2)  Initium  fornicationis  est  exquisitio  idolorum  ;  et  adinventio  illorum 
corruptio  vitae  est.  (Pap.  XIV,  12).— V.  aussi  Hraban  Maur.  ,  in  Regul. 
S.  Benedict. 

(3)  Regul,  S.  Benedict.  —  Et  Hraban  Maur.,  Comment,  inibid.,  cap.  4. 


placé  au  côté  du  nord,  qui,  dans  le  commentaire  même  de  la 
règle  de  saint  Benoît  et  pendant  tout  le  moyen  âge,  est  mon- 
tré comme  la  région  de  l'esprit  du  mal  et  l'arène  des  tenta- 
tions de  la  vie  (1);  attitude  et  combinaison  faisant  allusion 
à  la  lutte  intérieure  de  la  vertu  et  de  la  grâce  contre  le* 
suggestions  du  mal.  Son  front,  comme  celui  du  moine  sur  la 
tourelle  sud-ouest,  se  tourne  un  peu  vers  l'occident  qui 
figure  les  fins  de  l'homme  et  le  suprême  jugement  où  seront 
discutées  .ses  œuvres  (2),  et  son  corps  tout  entier  s'incline  en 
signe  du  sentiment  humble  qui  doit  dominer  chez  le  moine; 
mise  en  action  très  explicite  de  deux  préceptes  de  sa  règle, 
l'un  lui  imposant  de  ne  jamais  perdre  de  vue  la  mémoire  des 
fins  dernières  (3),  l'autre  de  garder  en  tout  lieu  l'inclinaison 
de  l'attitude,  considérant  ses  démérites  et  s'affligeant  sur  se» 
péchés  [li). 


(1)  Per  prophetam  dicilur  :  «  omnes  cogitationes  lerr*  «b  Aquilone  ve- 
nient.  u  Régna  Aquilonis  vitia  sunt,  quae  in  ipsis  portis,  id  est,  in  ipsis  sen- 
sibus  animse  rcgnanl.  (Hraban  Maur.,  Commentar.  in  regul.  S.  Beneiicli, 
cap.  7). 

Aquilo,  ventus  frigidut,  diabolum  sigDiûcat,  qui  statu  tentationum  cordt^ 
bomioum  congelât,  et  inrrigidat  ab  amore  Dei.  (Hug.  à  S.  Victor,  Erudit. 
theolog.  in  specul.  Ecoles.,  c.  7). 

Septcntrionalis  pars  mundi,  unde  gelu  et  siccitas  precedunt,  per  figurant 
ostendit  diabolum  vel  frigus  infidelitatis.  (Hraban  Maur.,  De  universo,  iX,  1). 

Remarquez  ce  verset  de  VEcclésiasle  (c.  XI  ^  3)  :  «  Si  cecidcrit  lignum  ad 
Austrum,  autad  Aquilonem,in  quocumque  loco ceciderit,  ibi  erit,  »  entendu, 
par  tous  les  docteurs,  de  l'état  de  grâce  ou  de  crime  où  la  mort  trouve  et  sur- 
prend l'homme  :  il  y  reste,  dit  l'Écriture,  soit  qu'il  soit  tombé  au  midi,  c'est- 
à-dire  mort  dans  la  grâce,  ou  qu'il  le  soit  à  l'aquilon,  c'est-à-dire  dans  le 
péché. 

C'est  parce  que  l'aquilon  figurait  la  région  du  mal,  qu'à  partir  du  milieo 
du  ix'  siècle  le  diacre  se  tourna,  en  France,  vers  ce  côté  pour  chanter  l'Évan-  . 
gile  :  allusion  à  la  conversion  des  gentils  par  la  parole  évaugélique.  «  Sed 
verba  Evangelii  Levita  pronuntiaturus,  vcrtit  faciem  contra  Aquilonem,  ut 
ostendat  verbum  Dei  dirigi  contra  eum,  qui  per  Aquilonem  designatur,  scill- 
cet  contra  diabolum,  qui  diccbat  in  corde  suo  :  Sedebo  in  latere  Aquilonis 
(l'Orient,  le  côié  de  Dieu),  et  ero  similis  Altissimo.  »  (Ludolph.  Saxon.,  Vit. 
C/ins(.,parsIl,  c.  LXXXH). 

Et  V.  B.  Yvon.  Caruol.  De  rébus  ecclesiasticis,  Serm.  De  convenien.tia.  — 
Gemmaanimœ,  c.  16.—  Oddon.,  Astens.  in  Psalm.  88. —  Rupcrti  tuitiens, 
Dedtvin.  OfJic.lU,  22. 

(2)  La  plupart  des  docteurs  chrétiens  du  moyen  âge  tout  entier  ont  pensé 
qne  J.-C.  crucifié  sur  le  calvaire  avait  le  visage  tourné  vers  l'Occident.  Ce 
côté  figurait  les  fins  dernières  de  chaque  homme,  celle  du  monde  et  le  juge- 
ment dernier.  Jésus,  mourant  sur  la  croix,  avait  déjà  jugé  le  monde  ;  il 
le  jugera  de  nouveau  en  dernier  ressort  par  la  croix  ;  c'est  l'une  des  raisons 
pour  lesquelles  le  plan  cruciforme  des  églises  dans  l'antiquité  chrétienne  et  au 
moyen  âge  regardait  toujours  au  couchant.  De  même  leurs  crucifix  hiérati- 
ques, ceux  qui  étaient  suspendus  à  l'arc  triomphal  ou  placés  sur  le  maître- 
autel  faisaient  toujours  face  au  couchant.  Le  symbolisme  des  points  cardinaux 
touche  à  l'une  des  questions  les  plus  intéressantes  et  peut-être  les  moins 
scrutées  de  l'archéologie  chrétienne;  nous  la  discuterons  à  fond  dans  notre 
travail  sur  la  Symbolique,  et  nous  y  appuierons  nos  dires  de  nombreuses 
autorités. 

(3)  Instrumentum  bonorum  opcrum,  Dei  judiciuni  timcre,  gehennam 
expavescere,  vitara  a;ternam  omni  concupiscentiâ  spirituali  desiderare,  mor- 
tem  quotidie  auto  oculos  suspeclam  habere.  (Regul.  S.  Benedict.,  c.  -4.  — 
Et  Hraban  Maur.,  Commentar.  inibid). 

(4)  In  monasterio,  in  horto,  in  via,  in  agro  ;  vel  ubicumque  sedens ,  am- 
bulans,  vel  stans,  inclinato  sit  semper  capite,  dcGxis  in  terram  aspectibus  ; 
reum  se  omni  horâ  de  peccalis  suis  existimans,  jam  se  tremendo  judicio  Dei 
praîsentari  existimet,  dicens  sibi  in  corde  semper  illud  quod  publicanus  ille 
evangelicus,  Ciis  in  terram  oculis,  dixit  :  Domine,  non  sum  dignus  ego  pcc- 
cator  levare  oculos  meos  ad  coelum.  (Régula  S.  Benedicti,  cap.  7.  —  Et 
Hraban  Maur.,  Commentar,  in  ibid.). 


266 


REVUE  DE  L'AHCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


Le  combnt  moral  et  chrétien,  caractère  de  la  statue,  est 
spécifié  en  surplus  par  ses  attributs  et  se»  accessoires.  Les 
moyens  défensifs  du  moine  dans  ce  long  assaut  des  passions, 
sont,  en  premier  lieu,  lu  prière,  expression  qui  embrasse  le 
culte,  les  sacrements  et  tous  les  remèdes  spirituels;  ce  sont 
l'exacte  obéissance  et  la  stabilité  votives,  l'assiduité  au  tra- 
vail telle  que  les  Bénédictins  se  la  prescrivaient;  surtout, 
l'étude  de  la  règle,  imprescriptible  loi  du  moine.  Ici,  In 
prière  est  rendue  par  la  douloureuse  ferveur  qu'exprime  la 
physionomie  ;  par  ce  que  la  pose  de  ce  personnage  a  de  sup- 
pliant et  d'agenouillé;  par  le  mouvement  de  sa  tête,  qui,  dans 
l'inclinaison  du  corps,  cherchant  presque  la  verticale,  ne  peut 
se  redresser  un  peu  qu'en  se  retirant  entre  les  épaules, 
mouvement  qu'elle  semble  faire  comme  pour  retrouver  le 
ciel  dans  les  lignes  de  l'horizon,  et  en  recueillir  les  secours 
que  semble  implorer  son  regard.  Enfin,  l'objet  probléma- 
tique qu'on  voit  serré  dans  sa  main  droite  nous  semble,  par 
tine  partie,  rappeler  une  feuille  de  parchemin  à  moitié  dé- 
roulée ;  l'autre  a  assez  de  ressemblance  avec  l'écritoire 
allongée  que  l'on  remarque  à  cette  époque  dans  la  mains  des 
évangélistes  et  des  personnages  qui  écrivent.  Ces  attributs 
sont-ils  la  règle,  cette  règle  de  saint  Benoît  si  bien  possédée 
en  détail  par  le  sculpteur  de  ces  statues,  et  quelque  emblème 
de  l'élude  ou  quelque  instrument  de  travail...  ? 

La  stabilité,  la  clôture,  peut-être  encore  le  silence,  ces 
cautions  des  vertus  du  moine  (1),  ont  leur  attribut  dans  les 
clefs  dont  on  voit  celui-ci  muni  et  qui  se  voient  auprès  de  lui 
sur  l'amorce  même  où  il  pose.  On  ne  peut,  tant  la  pierre  est 
fruste,  discerner  s'il  a  existé  jadis  quelque  communication 
entre  ces  clefs  et  la  statue,  et  si  elles  se  rattachaient  à  son 
bras,  à  l'objet  qu'il  tient  dans  sa  main  ou  à  sa  ceinture;  mais 
telles  qu'elles  sont  restées,  elles  semblent  marquer  surtout, 
outre  ces  vertus  spécifiques,  l'arme  défensive  du  moine,  l'un 
de  ses  plus  puissants  recours  contre  toutes  les  tentations, 
l'étude  des  livres  sacrés  et  le  souvenir  de  ses  textes,  recom- 
mandés par  Jésus-Christ  (2)  et  représentés  par  les  clefs  dans 
la  symbolique  chrétienne  (3). 

Il  n'y  a  pas  la  beauté  des  traits  ou  du  moins  la  beauté  pro- 
fane sur  ce  visage  adolescent  reproduit  par  notre  gravure, 
mais  ce  type, fort  expressif,  est  frappant  de  naïveté  et  riche  de 


(1)  Le  texte  de  la  règle  de  S.  Beoult  moalrc  awcz  eiplicilenieot  l'impor- 
tance altachée  par  le  fondatrur  «  l'observance  de  ce  vœu.  «  Qiiarluni  vero, 
genus  monachorum .  noniinatur  gyrovaguin,  qui  lolA  vilà  suA  per  diversas 
provnicias  trinis  aiitquaternlsdiebus  prr  divcrsomni  collas  liospilantur,  sein- 
per  vagi  et  nuiiquàm  slabiles,  propriis  voluplatlbtis  et  guljp  illrccbris  ser- 
vientes.  Per  omnla  détériore*  Sarabaïtis.  de  illoniin  oniiila  miserriiui  conver- 
taiione  ineliùs  est  silerc,  quàm  loqui.  (Krgul.  S.  Bcuedict.  —  Et  Hrabaii 
Maur.,  Commenlar.,  in  ibkl.,c.  l.  — lbid.,e.  7). 

(2)  D'après  le  ri'rit  des  Évangélistes,  N.-S.  dans  le  d<<$crt  n'oppose  aiii 
luggestious  de  l'esprit  du  mal  que  des  texte*  da*  Écritures,  et  tous  les  coni- 
mentatcurs  et  les  glossalcurs  de  l'Éviofil*  l'oulnMarqué.  La  première  ré- 
ponse de  J.-C.  au  (Icnion  est  tirée  du  Dcntérooooie.  Ylll,  3;  la  seconde,  du 
p*aume  XC,  Il  ;  la  troisième,  du  Dcutéronome,  VI,  16;  U  quatrième,  encore 
du  Dcutérouomc,  VJ,  13, 

(3)  Clavis  (dit  le  bénédictin  Rhabau  Maur),  aperlio  sacrx  Scriplurc,  ut  in 
ProphctA  :  «  Et  dabo  clavcm  doniils  David,  »  id  est,  rcscrationeni  sacre 
Scriptnro!  pouam  iu  ccclesil  Clirisli,  etc.  (Àlkgoriai .  i»w»iv,  script^r.). 


physionomie.  Cette  tète,  pleine  de  vie,  de  pensée  et  de  ._ 
timent,  rend  une  douleur  calme  et  pieuse  mélangée  de 
sérénité.  Là  »e  révèle  non  le  trouble,  mais  la  patience  et  le 
combat,  expression  d'autant  plus  sailUote  qu'elle  oflre  bo 
contraste  complet  avec  l'énergique  violence,  l'emportement 
désordonné  et  la  férocité  ardente  qui  animent  les  autre* 
ligures.  L'oreille,  large,  bien  ouverte  et  très  dëUcbée  de  la 
télé,  est  dans  toutes  les  conditions  de  celles  qui  marquent, 
dans  la  statuaire  mystique,  l'attention  à  U  voix  de  Dieu. 
Kétiolution,  prière,  étude,  retraite  sscflaeot  cardée 
lutte  contre  les  tentations,  tous  ces  secr«U  conservatean 
de  la  noble  essence  de  l'âme  sont  résumés  dans  ce  novice 
dont  le  corps  est  irréprochable  sous  son  ample  et  long  vête- 
ment. 


M-  ».  M»— «>o  hjhHé*,. 

TraDiformatioD  presque  complète.—  OmrgiuU  m  lepi  peekéêM  éâ$ft^Ê$. 

La  tête  inclinée  vers  le  sol  comme  tous  les  autres  péchés 
sculptés  au  front  de  ces  tourelle»,  pesamment  aflbordié 
comme  eux  sur  l'une  de  leurs  huit  arêtes,  ce  monstre  ouvre 
une  horrible  gueule  ;  il  garde  de  l'Homme  les  yeux,  le  nex, 
partie  du  front  ;  il  a  du  Chien  les  deux  oreilles,  dressées  et 
sensiblement  convergentes,  la  barbe,  presque  tout  le  corps, 
la  physionomie  de  la  face;  ses  dents  sont  de  Chauve-souris; 
sa  queue,  de  Chat  et  de  Renard.  Ses  pattes,  de  digitigrade, 
accusent  une  vigueur  et  un  nerf  spéciaux  è  la  Bêle  fjuve;  sa 
pose,  son  aspect  d'ensemble  et  son  extrême  bouftissure  rap- 
pellent les  Batraciens  (1).  Les  ailes,  antiques  par  la  moitié 
qui  tient  à  leur  racine,  et  resUnrées  è  l'autre  extrémité 
d'après  les  indications  de  cette  partie,  étaient  et  sont  restées 
fantastiques.  ^ 

A  peine  conservant  de  l'homme  le  front  où  siège  la  pensée, 
le  nez  qui  dans  la  Smybolique  signifie,  à  raison  du  flair,  le  dn- 
cernement  du  bien  ou  du  mal  (2',  et  le  regard  qui  peut 
encore  se  lever  pour  implorer  Dieu,  cet  être,  par  tout  ce  qui 
reste,  est  ignominie  et  péché.  I^es  inspirations  de  l'orgueil  et 
les  excès  de  la  luxure,  liés  partant  d'affinités  (3),  se  décèleal 
dans  son  ensemble  par  les  caractères  empruntés  aux  Batra- 
ciens ;  l'affection  immodérée  aux  biens  temporels  se  voit  dans 
les  dents  de  Chauve-souris  ;  l'habitude  de  la  rechute,  la  gonr- 


(1)  Grenouille,  crapaud,  etc. 

(2)  Allusion  consacrée  au  \\n'  *ièrle.  Vinrent  de  Braotrab  itytiMMc  Iw 
sept  péchés  capitaux  *oa$  l'allégorie  de  lepi  aguaaawa  atla^MM  l>  i 
imprcvo)aot  et  assoupi.  Il  les  montre  le  A<\wmk\ïnt  et  mm  i 
matique,  dont  il  donne  l'eiplicalioD  :  ensuite  ils  le  eoavtcol  de  fXtitt.  *!■ 
boliques  comme  se»  armes.  I.'rnvie  attaque  tes  Darimts,  parce  qae.  rnnlium 
l'auteur,  reovieut  devient  iocapaUe  de  supporter  le  paiftuBdM  «CftaaCaa- 
tnii  :  •  loviilia  vulnerat  in  narib*$,  ne  bonom  odvff  proiiMi  fMlJMet.  > 

(3  I.a  luiure,  dénotée  ici  par  l'aspect  d'enseaMe  éo  tripead,  cM  ptecde 
invariablement  i  la  suite  a*  Mtee  à  cdié  de  rMfMH  étm  IM  mmm»  4Î  Tart 
mystique  ainsi  que  dans  les  moralislet.  La  vigia  cUeHaêaa  de  S.  IimII  ■'• 
pas  omis  ce  rapprorbement.  ■  Nunmnqaiai  peMia»  «Wa  cMiliHaf  è  Dia- 
bolo ap(>etilur,  et  occulto  per  rIatiooeM,  et  paèliea  pv  IWdtaHa,  Md  dfea 
vital  quis  libidincna,  cadil  in  elaliooeai;  ke*  dèa  iatMlè  darihM 
nem,  cadit  in  libidinen.  Sicqne  ei  Mcalto  eiatioaia  vit»  itar  in 
libidinis,  et  de  apcrto  libidinis  iiur  in  ecrallaa 
Comment,  in  Reg.  S.  BniMel.,  c.  4).  - 


•267 


REVUR  mi  L'ARCHITEGTUUE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


268 


mandise,  la  crapule,  l'impitoyable  liétraction  semblent 
exprimées  par  la  gueule,  le  ventre  et  les  pattes  du  Chien  ;  la 
malice,  l'adulation  (1),  la  détraction  qui  en  est  si  proche, 
l'ignoble  et  lâche  hypocrisie,  les  recherches  de  la  mollesse, 
paraissent  dans  la  queue  touffue  lenantdu  Renard  ctdu  Chat. 
Les  ailes  Actives  et  impuissantes  marquent  parmi  tous  ces 
désordres  l'oubli  complet  de  la  prière  et  l'hjpocrisie  des 
vertus. 

L'orgueil,  le  premier  des  sept  péchés  capitaux  et  la  source 
de  tous  les  autres,  devait  marquer  au  premier  rang  parmi  ces 
figures  des  vices;  il  ne  devait  pas  non  plus  y  ressortir  seul  ; 
les  plus  odieux  et  les  plus  ignobles  sont  montrés  dans  cette 
statue,  première  et  triste  allégorie  de  l'affinité  dangereuse 
qui  existe  entre  tous  les  péchés.  Ainsi,  dans  la  lice  chrétienne, 
on  a  quelquefois  au  début  tous  les  ennemis  à  combattre. 

K"  3.  Blonstrc  hj'bridc. 

Transformation  complète. — Uomecide  spirituel  par  la  tentation  de  luxure. 

OEil  plein  de  feu  et  de  malice,  oreille  attentive  à  la  proie, 
gueule  menaçante  et  vorace  de  Loup  et  de  Chauve-souris  ; 
pattes  aperçues  de  profil  et  pourvues  de  doigts  rétractiles 
de  l'ordre  des  Digitigrades,  et  parmi  eux  des  Bêtes  fauves, 
c'est-à-dire  des  animaux  faisant  allusion  à  la  soif  de  perdre  les 
âmes  par  scandale  et  par  perversion.  Corps  et  ailes  de  Pal- 
mipèdes. 

Le  rapprochement  établi  dans  cette  figure  entre  la  tête 
vorace  du  Loup  et  le  corps  d'Oiseau  palmipède,  nous  semble 
marquer  nettement  l'intention  dominante  de  la  statue.  Le 
Loup  désignant  la  rapine,  le  meurtre  et  la  soif  du  carnage, 
et  répondant  par  allusion  au  meurtre  spirituel,  celui  qui 
dans  l'ordre  moral  corrompt  et  fait  périr  les  âmes;  «e 
monstre  semble  préciser  un  péché  détaillé  dans  la  règle  de 
saint  Benoît,  oii  il  est  dit  que  le  religieux  doit  «  s'interdire  le 
meurtre,  «expression  qui  étonne  d'abord  dans  une  règle  mo- 
nastique. Mais  «  ainsi  (dit  le  Commentaire)  qu'il  y  a  le 
meurtre  par  le  fer,  il  y  a  le  meurtre  par  la  haine,  il  y  a  celui 
par  le  mensonge  et  par  tout  péché  scandaleux...  C'est  de 
tous  ces  différents  meurtres  que  prétend  parler  saint  Benoît 
quand  il  interdit  l'homicide...  et  il  défend  à  ses  disciples, 
non  seulement  de  donner  la  mort  au  prochain  par  le  fer,  mais 
surtout  de  donner  la  mort  spirituelle  à  son  âme  par  la  haine. . . 
ou  par  tel  péché  que  ce  soit...  Injonction  intimée  au  moine, 
et  dans  sa  personne  à  tous  les  chrétiens  (2).  » 

C'est  donc  l'homicide  spirituel  que  nous  croyons  recon- 
naître dans  ce  sujet  qui  a  pour  correspondants  au  meurtre  la 
tête  et  la  gueule  du  Loup  et  les  pattes  de  bête  fauve.  Le 
genre  précis  de  scandale   qui  doit  déterminer  ce   meurtre 


(1)  Li  loseiigier  (les  flatteurs)  sont  les  norrlces  au  deable  qui  les  enfants 
aleitent  cl  endorment  en  leur  péchiez  par  leur  beau  chanter.  Cist  péchiez  se 
devise  en  5  parties  qui  sonj  aussi  comme  failles  en  cesle  branche.  Li  quinzest 
quant  li  flaleour  excusent  et  cuevrent  les  vices  et  les  péchiez  de  ceulx  que  il 
veulent  flater,  dont  il  sont  bien  comparé  a  coucde  goupil  por  lourbarat  et  par 
leur  tricherie  déraison;  losengier,  mesdisant,  sont  d'une  escole.  »  {L'Apo- 
calipse,  msc.  de  la  Bibliotli.  royale). 

(2)  Hrabau  Maur,  Commentar.  in  liegul.  S.  Denedict. 


paraît  être  l'incontinence,  caractérisée  aussi  par  le  Loup, 
comme  on  l'a  vu  à  son  article,  et  répétée  dans  la  statue  par 
le  corps  d'Oiseau  palmipède,  animal  en  contact  fréquent  avec 
les  eaux  marécageuses.  L'hypocrisie,  l'aveuglement  spirituel 
et  l'affection  désordonnée  aux  satisfactions  temporelles  mar- 
quées par  la  chauve-souris,  sont  aussi,  dans  l'ordre  moral, 
les  fruits  ordinaires  de  la  licence  et  du  dérèglement  du  cœur. 
Enfin,  les  ailes  impuissantes  et  orgueilleusement  dressées 
marquent  l'absence  de  prière,  la  criminelle  ostentation,  le 
dénùment  de  vertus,  la  bassesse  des  habitudes,  caractères  qui 
se  retrouvent  sur  presque  toutes  ces  statues. 

X"  4.  Uonstrc  hybride. 

Transformation  totale.  —  Foie  vergoigne.  —  Hypocrisie.  —  Losengerie, 
—  Hérésie. 

Sujet  Singe  (1)  et  Chien  par  la  tête,  Lièvre  par  deux  lon- 
gues oreilles,  Batracien  par  l'altitude,  Fauve  et  carnassier 
par  les  pattes,  et  Palmipède  par  les  ailes  (2).  Ses  caractères 
dominants  sont  la  pusillanimité,  l'hypocrisie  et  l'adulation  : 
c'est  ce  que  semble  dénoter  l'association  du  Singe,  du  Chien 
muet,  de  la  Grenouille,  et  de  ces  ailes  impuissantes  soule- 
vées par  l'ostentation.  Les  pattes  de  la  Bête  fauve  qui  fuit 
en  emportant  sa  proie  sont  encore  un  trait  de  pinceau  qui 
spécifie  l'adulateur,  le  losengier  (3)  du  moyen  âge  vivant 
«  aux  dépens  de  celui  qui  l'écoute,  »  et  s'éclipsant  avec  son 
gcin  alors  que  ses  fins  sont  atteintes. 

On  retrouve  aussi  dans  ce  monstre  les  qualités  assignées 
par  les  docteurs  du  moyen  âge  à  l'hérésie,  qu'ils  classent 
parmi  les  générations  de  l'orgueil  ;  son  hypocrisie  dans  le 
Singe,  et  sa  défection  dans  le  Chien  muet;  son  ardeur  pour 
perdre  les  âmes  dans  les  pattes  de  la  Bête  fauve,  sa  ténacité 
de  dispute  et  son  esprit  contentieux  dans  l'ensemble  de  la 
Grenouille,  les  goûts  vicieux  et  charnels  qui  en  sont  le  prin- 
cipe et  les  suites  dans  la  pose  de  ce  reptile,  son  ostentation 
dans  ces  ailes  tout  à  fait  dépourvues  de  force,  mais  ce  non- 
obstant déployées,  et  dressées  comme  pour  l'essor. 

^'°  5.  Slonstre  hybride. 

Transformation  totale— Affinité  entre  trois  vices  :  Accide.—Glotonie. 
—  Luxure. 

Statue  très  caractérisée  qui  a  la  physionomie,  l'ensemble, 
et  divers  caractères  du  Chien.  On  retrouve  aussi  le  Pourceau 
dans  quelques  détails  de  la  tête  ;  la  barbe  et  le  poil  soyeux 
de  la  croupe  semblent  appartenir  au  Bouc,  et  ces  deux  pattes 
vigoureuses  sont  dues  au  genre  carnassier.  Aile  impuissante 
et  pose  du  genre  Gallinacé  ;  queue  fantastique  et  équi- 
voque, rappelant  le  Coq  ou  l'Autruche,  ou  la  queue  écourtée 
du  Bouc. 


(1)  Espèce  de  cynocéphale. 

(2)  Le  péché  de  «  losengerie  »  est  la  «  troisième  branche  chevetain  du  pechié 
de  la  langue,  dont  les  foilles  »  (feuilles),  figure  des  «malcs  paroles,  »  sont, 
selon  les  commentateurs,  ces  feuilles  du  figuier  stérile,  maudit  du  Christ  à 
cause  d'elles  et  parce  que,  parmi  ces  feuilles,  il  n'avait  pas  le  moindre  fruit. 

(3)  Modernes  par  le  bout  des  plumes,  ces  ailes  n'ont  point  cependant  perdu 
leur  caractère  antique,  la  moitié  existante  et  mutilée  antérieurement  ayant 
été  exactement  complétée  d'après  ce  qu'elle  offrait  d'éléments,  et  d'après  les 
indications  fournies  par  les  ailes  analogues,  nombreuses  parmi  ces  statues. 


269 


REVUE  DE  L'AKCHITECTU«E  ET  DES  TRAVAUX  PUBUCS. 


Î70 


Rien  n'est  à  nu  que  cette  (jucue,  ces  fortes  et  puissantes 
pattes,  le  bout  des  ailes  et  la  tôle.  Une  ample  coulle  bien 
(lra|)ée  enveloppe  tout  l'animal,  indice  premier  de  cet  être, 
soumis  à  la  métamurphosc  qui  traduit  ses  dépurtements. 

Entre  les  deux  uniques  pattes  de  ce  chrétien  dégénéré 
sur<;;it  et  se  dresse  de  face  un  petit  être  aux  membres  grêles, 
llenard  par  sa  tète  eflilée,  Uragon  (1)  par  une  queue  énorme 
et  notablement  sinueuse,  glissant  tout  le  long  de  son  ventre 
et  venant  pendre  par  devant  entre  ses  pattes  antérieures. 

Cet  assemblage  d'éléments  à  analogies  de  même  ordre 
paraît  réunir  les  trois  vices  qui  maîtrisent  le  [dus  les  sens  et 
quelques  unes  de  leurs  suites.  Os  trois  vices  sont  la  paresse, 
la  gourmandise  et  les  autres  dérèglements  sensuels.  C'est  ce 
que  semblent  témoigner,  dans  l'analyse  étudiée,  la  gueule 
muette  du  Chien  représentant  la  lâcheté  et  la  désertion  du 
saint  joug,  filles  de  1'  «  Accide  »  du  moyen  âge,  et  le  Porc, 
marquant  avec  l'ingratitude,  génération  du  même  vice,  lacnt- 
Bule,  la  sensualité,  les  plus  ignominieux  dé>ordres,  la  haine  de 
Dieu  qui  en  provient.  La  barbe  et  la  longue  fourrure  trahis- 
sant les  instincts  du  Bouc  conviennent  à  ces  mêmes  vices 
et  caractérisent  l'audace  et  l'ascendant  de  ces  passions.  La 
queue  de  Galliiiacé,  de  Bouc  ou  d'Autruche,  dénote  les 
mêmes  rapports  (2),  et,  par  sa  nature  très  courte,  fuit  res- 
sortir l'oubli  de  Dieu,  celui  des  intérêts  spirituels  et  l'odieux 
matérialisme.  Les  ailes  collées  sur  le  corps,et  visiblement  im- 
puissantes par  leurstructure  fantastique  et  par  leurs  analogies 
rappelant  les  Gallinacés,  marquent  une  unie  appesantie  et 
sans  essor  par  les  vertus  ou  par  l'élan  de  la  prière.  Enfin, 
les  pattes  de  Bêle  fauve  marquent  à  la  fois  la  retraite  loin 
des  pasteurs,  et  l'ardeur  qui  porte  aux  œuvres  mauvaises. 

Le  petit  réfugié  sous  cet  animal,  et  que  celui-ci  semble 
très  disposé  à  défendre  de  gueule  et  de  griffes,  peut  marquer 
la  fécondité  de  ces  vices,  pères  d'innombrables  générations 
ou,  par  son  aspect  de  Renard,  les  ruses,  les  fraudes,  les  ra- 
pines, suite  des  habitudes  dissipatrices  qu'entraînent  toujours 
ces  désordres. 

La  queue  de  cette  statuette,  quoique  destituée  d'écaillés, 
se  rapporte  fidèlement  par  sa  forme  très  accusée,  par  ses  in- 
flexions caractéristiques  ayant  un  sens  très  répandu,  et  par 
son  monstrueux  volume,  à  la  queue  de  l'animal  fantastique 
nommé  «  dragon  »  au  moyen  âge.  Le  sens  de  la  queue  du 
dragon  tenant  surtout  à  sa  sinuosité  et  à  sa  vigueur  et  nulle- 
ment à  ses  écailles,  on  a  pu,  dans  cette  œuvre  d'art  si  essen- 
tiellement mystique,  omettre  ici  cet  accessoire.  Le  Béhémoth 
ou  Léviathan  des  Catacombes,  monstre  essentiellement  hy- 
bride et  toujours  identiquement  caractérisé  (ce  qui  montre- 
rait à  soi  seul  que  sa  figure  est  symbolique),  a  partout  une 
queue  semblable,  à  l'exception  de  ses  trois  dards,  qui  ont 
aussi  leur  sens  spécial,  et  celte  queue  est  sans  écailles  (3). 


(1)  V.  ci-après  les  raisons  qui  nous  portent  i  spociQer ainsi  ccUe  queue. 

(2)  V.  (]an.>i  notre  Glossaire  30oiogiqu«  (2*  partie  «le  ce  mémoire),  led<lail 
des  alliisidiis  do  ces  finimaui. 

(3)  ISosio,  Roma  sottcrran  ,  p.  343,  373,  377,  383,  391,  463,  473,  533, 
&13  et  jiassim. 


Parmi  les  staloes  qui  nous  orcupentclqui,  travaillées  a  l'eflet 
quoique  d'un  admirable  type,  ne  (ont  presque  que  <lé|;roMies 
comme  pour  être  vues  de  loin,  on  remarque  les  N**  3  et  7, 
qui  présentent  des  corps  d'oiseau;  le  sculpteur  s'est  borné 
pour  eux  h  rendre  lo  masse  du  volatile  et  k  la  bien  accentuer 
sans  s'embarrasser  du  plumage  :  ce  corps  est  abaoluamt 
lisse,  comme  sont  les  membres  humains.  Il  en  est  tout  i 
fait  de  même  pour  les  membres  de  mammifères  reproduits 
dans  ces  statues  ;  fort  peu  y  sont  montrés  velus.  La  Syrène 
fait  exception  ;  on  lui  a  sculpté  ses  édillcs,  soit  peut-être  |*ar 
courtoisie,  soit  pour  que  sa  queue  de  dauphin  ne  pût  être 
confondue  avec  des  queues  d'autres  espères,  ^inus  devons 
pourtant  dire  ici  que  nous  sommes  à  cet  égard  en  dissidence 
assez  formelle  avec  les  hommes  spéciaux  et  avec  MM.  les  ar- 
tistes qui  ont  bien  voulu  nous  prêter  leur  concours  pour  non* 
aider  a  reconnaître  les  membres  de  ces  animaux.  I^  queue 
de  dragon  sans  écailles  leur  a  paru  peu  admissible  :  ces  mes- 
sieurs  ont  pour  eux  la  science  avec  ses  classiGcalions,  nous, 
l'étude  du  moyen  Age.  Nous  nous  en  tenons  au  dragon  d'après 
nos  nombreuses  recherches.  On  pourrait,  k  son  exclusion, 
classer  cette  queue  fantastique,  d'après  quelques  analogies, 
parmi  celles  des  serpents  nus  (2),  ou  encore  da  poissons 
mous  (3),  et  même  aussi  des  annélides  (&),  dont  l'interpré- 
tation mvstiquc  est  l'aiïection  désordonnée  aux  satisfaclions 
dégradantes  assimilées  à  cette  fange,  où  ils  aiment  i  s'en- 
foncer. jNous  nous  en  tenons  néanmoins  au  sentiment  le  plus 
probable  en  écrivant  :  «  queue  de  dragon,  s  On  a  vu  dans 
notre  Glossaire  que,  par  cette  queue  tortueuse,  on  représes» 
tait  les  cmbAclies,  les  détours  adroits,  la  violence,  le  fatal 
ascendant  du  mal. 

Les  vices  ignominieux  réunis  dans  ces  deux  statues,  la 
lâcheté  spirituelle,  la  désertion  des  voies  du  bien,  la  sensua- 
lité, la  haine  de  Dieu,  la  criminelle  ingratitude,  l'empire  des 
passions  sur  l'âme,  la  crapule  et  ses  résultats;  de  plus  la 
ruse  scélérate,  ensuite  le  vol  frauduleux,  les  extorsions  et  la 
rapine,  signalent,  parmi  les  péchés  capitaux,  la  pareSM, 
source  des  autres  ;  mais  plus  encore  la  gourmandise  et  Ifls 
excès  de  la  luxure,  dont  ils  sont  aussi  les  rameaux.  Ces  ana- 
logies se  retrouvent  dans  les  moralistes  chrétiens.  Là  ils  em- 
pruntent des  couleurs  de  la  plus  brutale  énergie  :  •  Le 
septisme  chief  (tête)  de  la  beste  (&)(dit  un  traité  manus- 
crit sur  les  Peschiex),  si  est  li  pechiex  de  la  boiche...,  et  c'ea 
le  peschours  d'enfer  qui  prent  le  poisson  par  la  goule  o  le 

(I)  Troisième  genre  •  Ophidiea.  > —  Now  D'ifoatpM  fait  entrrr  leirrynil 
dans  notre  Glossaire  zoologiqne.  ci-de«sas  ,  Ils  |Mrtie:  M*  «MatiM  «(  tn» 
connue;  tout  ce  qui  rampe  sur  $on  ventre  •  iMiiMri  It  pi*  ■■■««<•  Mai 
dans  I»  symbolique  chilienne,  et  les  queae* de  lerpcaU  y  Mat  iM^iiwi  ^iwa 
dans  la  plus  odieuse  acception. 

(ï)  Os  poUiom  MOM  (wjwwioa  *n  écrivaiw  4a  mmytm  ifp)  «mM  :  U 
classe  des  Malacopt<nr»iens  apodes,  mfntUn,  CM«r«t,  itr/ma  4*  mfr,  m»- 
rênes,  gymnoirt,  et  la  classe  desMMant,  priacipaiHHat  IM  itmfnim. 

(3)  l.«  classe  des  Annélides  dqMM  tww  é»  ioie»  H  Je  im/Unatm,  ^wl  è  <w 
les  sangsumi. 

(4)  C*Me  bèu.  «Wcrito  dani  l'Apoealypa*  (ch.  XII,  .♦  S),  j  »tmn  ajMiqM 
ment  les  «  SafI  p<cMt  c^mUui.  .  A  e«  UUne  ,  eUt  ««  un<lwMe  k}bti4e 
sur  les  bas-reliefs  el  dam  les  Trrrières  d«  ■*!«•  kgt,  tvtc  *tpi  Ut»  iTmi- 
maui  diffcreots,  correspondanlM  à  ces  \ 


271 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


272 


clavel...  Cist  glouton...  tout  engloutent  corne  fait  li  goffres 
de  Satanie...  Apres...  la  lecherie...,  vient  la  gloire...  du 
recorder.  Et  après,  souhaitement  que  il  eussent  coul  de 
grue  (1)  et  ventre  de  vache  por  ce  que  li  morseau  li  demo- 
rast  plus  en  la  goule,  et  plus  peussent  dévorer...  Cist  vices 
desplaist  moût  a  Dieu  car  il  li  fait  moût  grant  honte  quant  il 
fait  son  dieu  d'un  sac  plain  de  fumier.  C'est  à  son  ventre  que 
il  aime  plus  que  Dieu  et  le  doute  et  le  sert...  ci  a  mauves 
dieu.  Cist  vices  maine  home  a  honte,  car  primier  il  devient 
tavernier,  puis  joue  aus  dez,  puis  vent  le  sien,  puis  devient 
ribaus  et  lierres,  puis  le  pent  len,  cest  lescot  que  il  en  paie 
souvent  (2).  » 

Ainsi,  dans  ce  traité  encore,  voit-on  après  la  «  glotonie,  » 
la  crapule,  puis  la  licence,  puis  la  rapine,  enfin  la  corde; 
celte  conclusion  exceptée,  la  gradation  est  identique  dans  la 
statue  de  Saint-Denys,  où  l'on  trouve  en  rapport  intime  le 
pourceau,  le  bouc,  le  renard. 

L'œuvre  que  nous  venons  de  citer  était  écrit  pour  les 
laïques,  comme  on  le  peut  lire  en  ses  pages.  Mais  le  Com- 
mentaire de  la  règle  de  saint  Benoît  avait  été  fait  pour  les 
moines,  il  devait  être  familier  aux  religieux  de  Saint- 
Denys  (â).  Voici  comment  il  développe  l'article  oîi  est  traité 
ce  sujet,  et  qui  a  pour  titre  collectif  :  Du  renoncement  aux 
délices,  «  Delicias  non  amplecti.  » 

«  Par  ces  délices  (interdites),  il  faut  entendre  en  même 
temps  leur  souvenir  ouleur  pensée,  dans  lesquels  on  se  com- 
plairait; car  le  désir,  la  volonté,  sont  entendus  dans  cet  ar- 
ticle sous  cette  expression  de«  délices.»  Celui  qui  (au  milieu 
des  jeûnes)  pense  avec  quelque  jouissance  qu'il  assouvira  le 
soir  sa  voracité,  savoure  tout  le  long  du  jour  l'espérance  de 
celte  joie,  et  un  tel  jeûne  est  criminel.  Ainsi  les  délices  char- 
nelles rendent  le  moine  à  jeun  avide,  et  le  moine  repu  pesant 
et  porté  à  la  somnolence.  Les  délices  spirituelles,  au  lieu  de 
le  rassasier,  le  font  désireux  d'elles  seules  et  donnent  la  paix 
à  son  cœur.  Une  triste  satiété  succède  aux  délices  charnelles, 
une  louable  et  sainte  soif  est  le  résultat  des  joies  pieuses. 
Les  délices  charnelles  entraînent  toujours  à  leur  suite  l'obs- 
curcissement de  l'esprit;  les  délices  spirituelles  ont  de  purs 
torrents  de  lumière  qui  illuminent  l'œil  intérieur.  Celles-là 
causent  la  torpeur,  elles  engourdissent  les  sens  et  semblent 
paralyser  l'âme  ;  celles-ci  excitent  le  corps  et  les  facultés  aux 
veilles  sacrées.  Celles-ci  versent  aux  cœurs  purs  l'amour  de 
Dieu,  les  joies  du  ciel,  celles-là  portent  au  péché  ;...  celles- 


(1)  Tel  était,  eu  effet,  le  vœu  de  Philostène ,  philosophe  épicurieu  :  H 
riconologic  de  César  Ripa  montre  comme  image  consacrée  de  la  gourmandise, 
une  femme  dont  la  tète  est  supportée  par  un  monstrueux  cou  de  grue.  {Ico- 
nologia  del  Ripa,  §  Gola). 

(2)  VApocalipse,  msc.  de  la  Bibliothèque  royale,  §  le  Seplisme  chief  de  la 
besle. 

(3)  La  règle  de  S.  Benott  et  l'usage  de  la  psalmodie  perpétuelle  furent  éta- 
blis à  Saint-Denys  par  le  roi  Dagobert  l",  qui  fit  venir,  à  cet  effet,  des 
moines  du  célèbre  monastère  de  S.  Maurice  d'Agaune,  en  Valais.  De  là, 
l'autel  de  S.  Maurice  élevé  dans  la  basilique  de  Saint-Denys,  et  la  dévotion  à 
ce  saint  pratiquée  de  temps  immémorial  dans  ce  monastère.  {Invent.  msc.  des 
Chartres,  1. 1  et  II,  aux  archives  du  royaume. —  Felibien,  Histoire  de  Vabbaye 
de  Saint-Denys.  —  D.  Doublet  [Antiquités  de  Saint-Denys.) 


ci  cherchent  un  royaume  :  celles-là  tout  ce  qui  dégrade, 
couvre  de  honteetabrutit;  celles-ci,  les  vives  splendeursd'une 
gloire  immuable  et  chaste,  rayonnante  parmi  les  saints  au 
milieu  des  pompes  du  ciel  :  celles-là  recherchent  l'opprobre 
et  des  lieux  et  des  compagnies  qu'il  n'est  point  permis  de 
nommer  :  celles-ci  désirent  le  Christ  et  ses  pompes  inénar- 
rables;... elles  rendent  le  religieux  ami  de  toute  pureté, 
rempli  de  force  et  de  courage,  ferme  contre  les  tentations; 
elles  seules  sont  dignes  d'être  souhaitées  (1).  » 

IV°  C.  Honstre  hybride. 

Transformation  absolue.  Sorguidance  et  Rebellions. 

Rien  de  plus  hideux  que  ce  monstre  :  cornes  naissantes  de 
Taureau  ;  tête  de  ce  même  animal  et  tenant  aussi  du  Chameau; 
gueule  béante  ;  deux  pieds  seulement,  et  bisulques  ;  vigou- 
reuse queue  fantastique  rappelant,  soit  la  Salamandre,  soit 
quelques  uns  des  Poissons  mous  (2);  corps  et  ailes  de  Pal- 
mipèdes; pose  et  gonflement  des  Batraciens. 

Ses  caractères  dominants,  tels  que  la  tète,  les  pieds,  les 
cornes  naissantes  du  Taureau,  conviennent  à  la  fougue  des 
passions  en  général  dans  la  jeunesse;  la  sorquidance,  c'est- 
à-dire  l'indépendance,  l'obstination,  l'insolence,  la  pétulance, 
l'indocilité  et  la  rébellion,  suites  de  l'orgueil.  Les  ailes,  rap- 
pelant celles  des  palmipèdes,  marquent  l'absence  de  prière, 
celle  de  tout  recours  vers  Dieu  et  le  dénùment  des  vertus 
qui  pourraient  le  rendre  propice.  La  queue,  si  on  l'attribue 
à  la  Salamandre,  marque  les  péchés  de  la  langue  (â),  et  par 
conséquent  les  injures,  les  calomnies  et  tout  ce  que  dicte 
l'irritation.  Si  on  l'adjuge  aux  poissons  mous  qui  passent  leur 
vie  dans  la  vase,  elle  doit  figurer  ici  les  vils  et  dégradants 
excès  auxquels  précipite  l'orgueil,  et  qui,  selon  les  moralistes, 
sont  le  châtiment  de  ce  vice,  caractérisé  par  la  pose  et  le  gon- 
flement des  Batraciens. 

lie  vice  appelé  sorquidance,  qui  est  le  même  que  l'arro- 
gance, résume  dans  les  moralistes  plusieurs  des  branches  de 
l'orgueil,  dont  ils  le  font»  la  tierche  branche.  »  La  rebellions 
montrée  ici  était  le  «  sisiesme  geton  »  de  cette  forte  et  riche 
branche,  et  comptait  encore  des  aïeux  dans  une  famille  col- 
latérale, celle  du  «  pechie  de  la  langue  »  dont  elle  était  en 
même  temps  la  «  disiesme  »  maître.sse-branche.  Attaquée 
deux  fois  et  de  front  par  la  règle  de  saint  Benoît  {l\),  elle  est 


(1)  Hraban  Maur,  Commentar.  in  Regul.  S.  Benedict. 

(2)  Les  anguilles,  les  serpents  de  mer,  les  lamproies,  les  annélidcs  ou 
sangsues,  etc. 

(3)  L'incombustible  Salamandre,  à  laquelle  le  moyen  âge  attribuait  la  pro- 
priété d'éteindre  le  feu,  et  par  là,  figure  du  juste  triomphant  de  la  tentation, 
avait  d'autre  part  ses  légendes.  D'après  les  traditions  d'alors,  elle  envenimait 
de  son  dard  la  masse  des  fruits  d'un  pommier,  ou  en  tombant  au  fond  des 
puits  elle  en  empoisonnait  les  eaux  :  rien  de  venimeux  et  de  délétère  comme 
le  devenaient  les  choses  qu'elle  détériorait  ainsi.  C'est  à  ce  dernier  point  de 
vue  que  la  salamandre  symbolisait  les  péchés  »  de  la  langue,  »  et  quelquefois 
en  général  la  perversité  de  tout  genre  et  l'auteur  même  de  tout  mal.  (Vinc. 
bellovac,,  Specul.  moral.,  1.  III,  D.  3,  p.  1,  etc.). 

(4)  Hraban  Maur.,  Commentar.  in  Regul.  S.  Benedict.  ,  cap.  IV,  §  Non 
murmurosum.  —  Ibid.,  cap.  V,  De  obedientia. 


CÉSAR  DALV,  Directeur.—  Paris,  Imprimerie  de  L.  MAltTlNET,  rue  Jacob,  30. 


273 


HEVUK  m  LARCIIITECTUm:  KT  DES  THAVAIX   l'UULICS. 


27» 


signalée  et  honnie  dans  tons  les  traités  sur  les  vices,  oMale 
chose  est  de  murmurer  (dit  l'un  deux  au  xni*  siècle);  mes 
trop  vaut  pis  rebellions.  Rebellions  est  uns  péchiez  qui  vient 
de  cuer  qui  est  rebelles  et  durs  et  rebours....  C'est  vices  a 
quatre  brandies  ;  cer  tiex  cunrs  sont  rebelles  et  rebo'irs  a 
conseil  croire  ;  ,-inx  comendeniens  a  Dieu  faire  ;  a  chastiement 
soulTrir  ;  a  doctrine  recevoir.  » 

Il  est  parmi  les  animaux  d'autres  correspondants  à  la  Sor- 
quidance;  le  Taureau  a  été  choisi  pour  la  symboliser  ici,  s.ins 
doute  comme  résumant,  dans  la  langue  tropologique,  le 
principe  et  la  fin  honteuse  de  ce  résultat  de  l'orgueil.  Le 
taureau  traduit  au  complet  le  paragrapha  do  In  règle  de.sainl 
Benoît  qui  désigne  la  jactance  et  la  luxure  comme  les  suites 
inévitables  de  l'enflure  du  cœur,  principe  de  la  t.  rébellion.  » 
Avec  ce  vice  détestable,  le  Taureau,  nous  l'avons  marqué, 
personnifiait  la  licence  qui  marche  si  près  de  l'orgueil  (I). 

Quelques  caractères  du  chameau  répandus  dans  cette 
statue,  semblent  rappeler  que  de  l'arrogance  naissent  les 
aversions,  les  haines  et  les  implacables  ressentiments. 

N»  f.  L'Iioinme  canard. 

Transformation  presque  complète.  —  Grant  lécherie. 

L'absence  de  physionomie,  d'énergie  et  d'animation 
très-sensible  dans  cette  tête  :  la  différence  de  la  pierre  qui 
n'a  ni  la  qualité  ni  la  nuance  de  celle  qui  a  fourni  le  corps, 
le  style  enfin  qui  nous  a  paru  d'un  autre  cachet,  nous  por- 
tent à  attribuer  cette  importante  partie  de  la  statue  à  un 
temps  et  à  un  ciseau  très-rapprochés  de  notre  époque. 

Le  corps  sur  lequel  est  entée  cette  tête  non  symbolique 
est  à  la  fois  batracien  et  palmipède  par  la  pose,  et  palmi- 
pède seulement  par  la  structure  et  par  les  ailes.  A  voir  son 
allure  embourbée  et  ses  pieds  tournés  en  dedans,  c'est  un 
canard  à  raarcliB  lourde,  sans  doute  aplati  dans  sa  mare  et 
en  plein  contact  par  son  ventre  avec  la  fange  qui  est  au 
fond.  Ce  corps  pesant,  ces  courtes  ailes  semblent  caractéri- 
ser l'abjection  des  esprits  qui  ne  savent  ni  s'élever  en  s'é- 
clairant,  ni  s'ennoblir  par  les  vertus;  ils  ont  toujours  des 
ailes  courtes,  ailes  presque  toujours  dressées,  ainsi  que  sur 
cette  statue,  par  l'hypocrisie  et  l'ostentation. 

Les  jambes  et  les  pieds  humains  restés  à  cet  être  abruti 
et  par  lesquels,  s'il  les  redresse,  il  peut  se  relever  lui-même 
et  rentrer  dans  le  droit  chemin,  auraient-ils  quelque  allusion 
vague  à  ce  cri  de  l'enfant  prodigne  :  «  Surgam,  et  ibo  ad 
imlrem.  Je  me  lèverai,  et  j'irai  à  mon  père...  »  lorsque  dé- 
pouillé, dégradé,  tombé  dans  l'avilissement  et  plus  malheu- 


(1)  Nonnnn({Ukni  grmino  riliu  ClirislUncs  a  diabolo  appetitur,  et  occullo 
pcr  elalionpiii  ot  pnMico.  Sert  diim  vital  quis  libidinem,  radit  in  elntionem. 
Itpm  diim  inrauti^  déclinai  elationem,  cadil  in  lihidinem.  Sicque  ex  orcullo 
clalionis  vitiu  itur  in  aperliun  libidinis,  et  de  aperlo  libidinis  ilur  in  occullo 
elationis.  Seil  Ooi  sitvik  disrrele  «tnimi|ue  pensans  cavel  liliidinom  ut  non 
inairral  in  elationom:  sic  vital  olatiunrni,  ut  non  resolval  animum  in  libidi- 
nem.  (/fctd.  in  ibiâ.,  c.  IV.) 

T.  VII. 


reux  que  les  brotes,  il  songea  i  se  relever  e»  i  cooquétir 
son  pardon  (1)  ? 

Ne  ponrrait-on  conjecturer,  en  Toyaot  la  statue  voîsioe 
(le  n«  8  d'à  côté)  figorer  aussi  on  canard  h  bras  bunuûin  et 
tête  humaine,  que  la  lente  transformation  commeocée  dans 
cett'?  ligure  e-st  dan»  celle-ci  en  progrès  ? 

M*  tl.  l<e  haatcar  4c  l'eacalc  as  •raM«. 

Tranifurmatioa  partieik.  —  L'Ebridw  (t). 

Sec,  amaigri  par  le  désordre,  portant  sur  sa  physionooiie 
cette  stupidité  méchante  et  cette  expression  querelkow 
propre  aux  buvears  de  profession,  ce  sujet,  qui  a  les  tnits 
de  l'homme,  en  a  deux  attributs  :  c'est,  sur  sa  tête  à 
cheveux  rares,  la  casquette  à  bords  retroussés  qui  apparat 
déjà  quelquefois  avant  Je  xiv«  siècle  ;  et,  de  plus,  une  main 
humaine  entée  au  bout  d'un  bras  sans  oom,  et  serrant  contre 
sa  poitrine  son  inséparable  trésor.  Ce  trésor,  c'est  un  pot  à 
boire,  à  anse,  de  forme  très-longue  et  tari  par  son  pmMft- 
seur  ;  du  moins  y  a-t-il  lieu  de  le  croire,  à  voir  ce  regard  hé- 
bété, ces  yeux  qui  doivent  être  ternes,  cette  booche  ouverte 
à  l'injure  et  aux  propos  les  plus  grossiers.  N'oublions  pas, 
sous  cette  tête,  ce  cou  tendu  par  la  colère,  conime  poor 
porter  la  menace  plus  près  du  visage  quelconque  apostro- 
phé par  ce  courroux. 

On  n'est  point  étonné  de  voir  un  croupion  d'oiseau  pal- 
mipède et  deux  ailes  faibles  et  courtes  compléter  ce  sym- 
bole ignobip,  mais  a.ssurément  expressif,  du  vice  qui  est  la 
seconde  génération  de  la  gourmandise. 

Quant  aux  ailes  de  palmipède,  naissantes  et  très-haut 
dressées  que  porte  ce  dos  de  canard  (S),  elles  ne  peuvent 
sur  ce  monstre  désigner  la  .simulation.  Ce  corps  d'oiseaade 
marécage  étant  la  figure  des  vices  enfantés  par  l'ivrognerie, 
ces  ailes  courtes  et  sans  force  sont  le  dénûœent  des  vertos 
et  l'abrutissement  de  l'âme  ;  mais  leur  érection  animée  est 
l'expression  matérielle  d'un  paroxysme  de  colère.  Ce  sujet, 
par  son  attitude,  rappelle  la  pose  agressive  d'un  oiseau  d'é- 
tang au  combat  ;  c'est  un  des  hauteurs  de  taverne  signalés 
dans  le  Spéculum,  chapitre  De  rbrietate  :  •  Les  tavernes,  dit 
son  auteur,  sont  des  repaires  de  dragoi»  ;  c'est  là  qu'arri- 
vent après  boire  les  batailles,  les  rixes  et  les  mêlées  ;  là 


(I  (  El  cupiehal  iniplere  veotmn  raum  de  Mli<pù« 
et  nemo  illi  dalial.  l.i  se  autrui  ntverMu.  divil  :  QaaMi 
palris  moi  «Itundani  panibo*.  efo  autem  hir  hm»  ftnoi  Swfia 
patrem  meum,  et  diraoi  ei  :  PUcr,  peecavi  ia  tmtmm  M  atnm  w. 
sum  dignus  rucari  filins  tans  :  bue  m»  mcM  aa^  d* 
(Luc.  XV.) 

.i)  Mol  pw^  dans  l'idionie  aofloHioniiaiHl  do  xiir>  wM».  Nom  T\ 
dans  un  fragment  du  Itotiaire  de  Pliilip  de  Tbaaa. 

(3)  L'aile  droite,  oeil»  q«e  aolrt  |i«inir»  repradul,  «M 
partie  :  mais  ce  qvi  «■  wt  iMIé  tfaneiaa  i  n 
très-netloiucnl  le  caractère  et  la  diraetioa  à» 
d'apnVi  cette  iadiealioa  q«e  la  wlptaai  mMMMnr  a  MiM  Fi 
quante,  et  c'est  sar  elle  éfaleawM  qm 
I  essai  d'inlerprAatioil. 

«• 


et  il»  ad 


< 


275 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


27ij 


qu'on  se  mord,  qu'on  se  lacère  par  querelles  et  voies  de  fait, 
ainsi  qu'on  le  voit  faire  aux  chiens  (1).  » 

Cette  leçon  sur  la  taverne  est  donnée  dans  un  même  style 
par  cette  figure  avinée,  par  ce  texte  du  Spéculum,  par  tous 
les  traités  de  péchés  composés  à  la  même  époque  (2).  Il  y  a 
unité  de  couleur,  et,  en  parcourant  du  regard  la  description 
de  la  taverne  dans  le  manuscrit  des  péchés  intitulé  :  «  La- 
pocalipse,  »  on  croit  voir  la  demeure  propre  et  attitrée  de  ce 
buveur,  tant  ils  semblent  faits  l'un  pour  l'autre. 

«  La  tauerne  est  lescole  au  deable  ou  ses  deciples  estudient 
»  et  sa  propre  chapelle  ou  len  fait  sou  service  et  là  ou  il  fait  ses 
1)  miracles  ciex  comme  il  afiert  (appartient)  au  deable.  Au 
»  moustier  sont  (solet,  a  coutume)  Dieu  faire  ses  vertus  et 
»  monstres  (prodiges)  :  les  aveugles  enluminer,  les  contraiz 
»  redrecier,  rendre  le  sens  aus  forcenez,  la  parole  aus  muz, 
»  l'oie  aus  sours.  Mes  le  deable  fait  tout  le  contraire  en  la 
»  tauerne,  car  quant  li  gloutons  vait  en  la  tauerne,  il  i  vait 
»  touz  droiz  ;  quant  il  revient  il  ua  pie  qui  le  puisse  soustenir 
»  ne  porter.  Quant  il  i  vait  il  voit  et  oit  et  parole  bien  et  en- 
»  tendiblement.  Quant  il  revient  il  a  tout  ce  perdu,  come  cil 
»  qui  na  sens,  ne  reson  ne  mesure.  Ciex  sont  les  miracles 
»  que  le  deable  fait.  Etqueles  leczons  list-il  ?  toute  ordure. 
»  Ou  len  apreut  gloutonie,  lecherie,  iurer,  pariurer,  mentir, 
»  mesdire,  renoier  Dieu,  mesconter,  barater,  et  trop  d'au- 
»  très  menieres  de  péchiez.  La  sourdent  les  tenczons,  les 
)>  meslees,  homicides.  Leans  aprent  len  aambler  (escroquer); 
»  et  a  dire  proprement,  la  tauerne  est  une  fosse  a  larrons 
»  et  fortereceau  deable  por  guerroier  Dieu  et  ses  sains.  » 

Ne  croit-on  pas,  dans  ce  tableau,  lire  comme  un  signa- 
lement du  «  buveur  »  de  notre  tourelle  ;  et  quoi  de  mieux 
approprié  et  plus  seyant  à  ce  visage  que  «  faire  œuvre  de 
gloutonie,  iurer,  mentir,  renoier  Dieu  ?  »  Mais  ce  conseil  de 
tempérance  placé  là  pour  tous  les  fidèles  a  eu  peut-être  en 
même  temps  pour  le  bénédictin  lui-même  une  mission  plus 
spéciale  en  mettant  en  action  sa  règle,  où  un  chapitre  inti- 
tulé «  Des  instruments  des  bonnes  œuvres,  »  lui  rappelait 
parmi  les  vices  auxquels  il  avait  renoncé  toute  accoutumance 
du  vin  (3).  «  La  sobriété  dans  le  boire,  dit  la  Glose  de  cette 
règle,  est  la  santé  de  l'âme  et  du  corps.  L'excitation  qui 
suit  l'ivresse  est  la  perte  des  imprudents.  L'ivresse  trouble 
la  raison,  produit  la  fureur,  le  désordre,  et  bouleveree  tant 
la  tête,  que  l'on  ne  sait  plus  où  l'on  est.  Aussi  ne  peut-on 
plus  juger,  une  fois  qu'on  est  enivré  (4),  des  excès  auxquels 
on  se  porte.  » 


(1)  Vincent,  bellov.,  Spec.  mor.,  1.  III.  —  De  Gala  el  filiabtis  ejus. 

(2)  Ces  traites  no  font  que  traduire  et  que  commenter  l'Écriture  :  •  Cui 
vae  f  CHJus  palri  va;  ?  cui  rixa;  ?  cui  fove»  ?  cui  sine  causa  vulnera  ?  cui  suffusio 
oculorum?  Nonne  his  qui  commorantur  in  vino,  et  student  calicibus  epotan- 
dis»  .  (Proverb.,  XXUl,  29,  30.) 

(3)  •  Primum  instrumentum...  Deuin  diligere,  deindè  proximum,  non 
esse  superbum,  non  vinolenlum.  •  (Régula  sancU  Benedicti,  cap.  IV.  •  Qua? 
sint  instrumenta  bonorum  operum.)  > 

(i)  Hraban  Maur.  •  Contmenlarium  tn  Regulam  S.  Benedicti,  cap.  IV.  > 


TOURELLE  NORD-EST, 

!V<>  9.  IMonatre  bydride. 

Transformation  complète.  —  Avarice. 

La  tête  de  cet  animal  tient  de  plusieurs  genres  de  mam- 
mifères, du  Chien,  du  Porc,  du  Héris.son,  mais  principale- 
ment du  Loup  ;  l'oreille  est  du  même  animal;  la  patte  digi- 
tigrade se  termine  par  une  serre  d'Oiseau  de  proie  tenant 
et  pressant  une  pomme.  Les  ailes  sont  de  Palmipèdes,  un 
peu  dressées,  et  modernes  par  leur  extrémité  seulement. 
Corps  fantastique,  rappelant  le  genre  batracien  par  sa  bouf- 
fissure et  sa  pose. 

Nous  indiquerons  seulement  les  caractères  accessoires. 
Ceux  du  Hérisson,  figure  du  pécheur  et  de  ses  actes  en  gé- 
néral, conviennent  à  toutes  les  figures  de  vices.  Le  Chien, 
par  sa  faim  dévorante,  s'harmonise  parfaitement  avec  l'allé- 
gorie du  Loup,  qui  semble  être  montré  ici  au  point  de  vue 
de  l'avarice, quenulle prise, nulle captnren'arrivent  à  rassa- 
sier (1)  ;  c'est  ce  qu'indique  clairement  cette  serre  d'Oiseau 
de  proie  marquant  la  cupidité,  la  rapine,  la  ténacité,  l'extor- 
sion. Si  l'attribut  qu'elle  a  saisi  est,  au  lieu  du  métal  funeste 
qui  est  la  cause  de  tant  de  crimes,  une  simple  et  vulgaire 
pomme,  c'est  qu'il  représente  sans  doute  quelqu'un  de  ces 
fruits  calcinés  des  rivages  de  la  mer  Morte  que  l'on  disait 
remplis  de  cendre,  bien  qu'ils  fussent  en  apparence  appétis- 
sants et  savoureux.  Ces  fruits  marquaient  les  œuvres  mortes, 
les  soucis  cuisants  et  stériles  de  l'avare,  qui  amasse  pour  ne 
point  jouir  et  à  qui  ses  trésors  échappent  sans  qu'il  reste  rien 
pour  le  ciel  (2).  Ces  pommes,  dites  rfe  Sodome,  partageaient 
cette  allégorie  avec  certaines  noix  de  l'Inde,  fruit  trompeur 
et  imaginaire  que  l'on  disait  rempli  de  serpents  venimeux. 

L'avarice  n'est  pas  nommée  dans  la  Règle  de  saint  Benoît, 
seule  entre  les  péchés  mortels  à  ne  pas  y  avoir  sa  place,  tant 
il  a  semblé  odieux  de  la  supposer  dans  un  moine.  Le  goût, 
de  la  propriété  en  est  la  seule  provenance  qu'on  y  trouve 
stigmatisée;  il  l'est  très-laconiquement,  et  l'article  qui  en 
fait  mention  dans  le  commentaire  de  Cassien  semble  être 
plutôt  l'injonction  d'un  détachement  sans  limites,  que  la  flé- 
trissure de  l'avarice  :  n  Que  nul  n'ait  l'audace,  dit-il,  de 
nommer  quelque  chose  u  sien,  »  car  c'est  un  grand  crime 
pour  un  religieux  que  d'oser  dire   ma  tunique,  mon  livre, 


(1)  Tel  il  est  encore  montré  au  xvn«  siècle  lui-même.  Dans  Vlconologia  de 
Ripa,  cet  animal  sert  d'attribut  à.  l'image  de  l'avarice  :  ■  Il  lupo,  (dit-il)  è 
animale  avido,  e  vorace  :  il  quale  non  solamente  fa  preda  dell'  altrui,  ma 
ancora  con  aguati  e  furtivamente  e  se  non  c  scopcrto  da'  pastori  o  da'  cani, 
non  cessa,  fmo  a  tanto  clie  tutto  il  gregge  rimanga  morto,  dubitando  sempre 
di  non  avère  preda  abbastanza.  Cosi  l'avaro,  ora  con  fraude  e  inganno,  ora 
con  aperta  rapina  toglic  r,allrui,  ne  pero  puù  accumular  tanto,  che  la  voglia  si 
sazia.  (Iconologiadel  Ripa,  Aiarizia).  • 

(2)  <  Juxta  mare  Mortuum,  poma  livida,  apparentiâ  exteriori;  sed  cùm 
matura  creduntur  et  aperiuntur,  scintillis  plona  inveniuntur.  •  Selon  Vincent 
de  Beauvais,  ces  fruits  sont  l'emblème  des  joies  trompeuses,  et  des  biens 
qu'amasse  l'avare;  ■  curaï  avarorum,  Sodomorum  poma,  •  dit-il;  et  ailleurs 
en  parlant  des  mêmes  sollicitudes  :  Sunt  (dit-il)  ut  poma  Sodomorum,  plena 
favillâ.  .  (Spec.  moral.,  1.  I,  D.  II,  p.  7.  —  Et  Ibid  D.  X,  p.  3). 


27: 


REVUE  DE  LARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


Hiw  tablettes,  mon  style  (ou  burin  :  graphium).  Que  si  ces 
expressions  échappent  par  surprise  ou  par  ignorance, 
qu'aussitôt  prosterné  en  terre,  le  coupable  demande  grâce, 
et  qu'il  satisfasse  dignement  pour  cette  infraction.  » 

Tel  est.  dans  les  règles  claustrales  ce  qu'on  lit  sur  l'ava- 
rice :  mais  quant  aux  «  clergies  »  des  laïques,  on  y  voit 
pulluler  à  l'aise  une  multitude  effroyable  de  branches  «  rain- 
seaiix,  raincelés,  getons  et  feuilles  menuettes  qui  de  ceste 
racine  nessent.  »  «  De  la  racine  davarice  issent  moût  de 
raincelés  qui  sont  moût  grant  péchiez  morte». ..  ;  et  chescuns 
de  ces  rainclés  se  divise  en  moût  de  menieres...  A  ceste 
clergie,  a  dame  avarice  moût  descoliers  et  de  clers,  et  de 
lais  espiciaument...  qui  tuitsi  estudient...  »  Et  on  lit  dans 
ce  manuscrit  jusqu'à  soixante -neuf  espèces  de  ce  vice  igno- 
minieux, qui  d'ailleurs,  dans  les  saintes  lettres,  étend  sa 
domination  h  l'amour  des  biens  de  la  terre. 

C'est  là  sans  doute,  on  à  peu  près,  la  moralité  de  cette 
statue.  La  queue  de  dragon  de  ce  monstre,  perceptible  seu- 
lement du  côté  opposé  à  celui  d'où  le  dessin  a  été  levé, 
marque,  ainsi  que  nous  l'avons  dit,  l'empire,  la  violence, 
la  tortuosité  prêtés  dans  tous  les  moralistes  à  tous  les  péchés 
capitaax. 

K*  lO  31<nutre  hj'dride. 

Transformation  complète.  —  YpocrUie  (1). 

Ailes  collées  contrôle  corps, et  rappelant  par  leur  struc- 
ture celle  des  Oiseaux  palmipèdes.  Tête  fine  et  rusée  du 
Singe.  Oreilles  dressées  du  Renard.  Deux  pattes  seulement, 
rappelant  les  Digitigrades.  Corps  fantastique,  se  transfor- 
mant à  son  extrémité  en  crotale  à  articulations  gonflées  et 
écailleuses  passant  sous  le  ventre  de  l'animal  à  la  manière 
d'une  queue  et  venant  pendre  par  devant. 

Combinaison  d«  caractères  convenant  à  l'hypocrisie,  à  la 
ruse  et  à  la  simulation.  ,4i7Mtoutà  fait  impuissantes  mar- 
quant l'absence  de  vertus  ;  pattes  dénotant  la  retraite  furtive 
et  précipitée  ;  queue  adaptée  au  moyen  âge  à  toute  sorte  de 
serpents  :  au  tentateur  d'Adam  et  d'Eve  dans  les  catacombes 
romaines  (2) ,  et  dans  les  mêmes  catacombes,  au  Léviathan 
(le  Bébémotb).  représentation  du  démon  (3);  au  basilic 
(serpent  ailé),  dans  l'Iconologie  de  Ripa,  c'est-à-<lire  au 
commencement  du  xvu*  siècle.  Quant  aux  théories  raison- 
nées  de  la  zoologie  classique,  elles  montrent  dans  cette 
queue  celle  du  serpent  à  sonnettes,  le  plus  cruel,  le  plus  fé- 
roce, le  plus  redouté  des  serpents.  Celui-ci  est  d'une  gros- 
seur, d'une  longueur  démesurée,  et  quel  serpent,  en  vérité, 
plus  monstrueux  que  l'hypocrite  ?  Nous  l'avons  dit  dans  le 
Glossaire  en  caractérisant  l'.Vutruchc  :  il  n'est  point  de  vice 
que  les  moralistes  aient  plus  flétri.  ■  Il  est  (dit  un  traité  des 
vices)  une  ypocrisie  orde,  une  sote,  une  soutire.  Cil  sont 


(1)  Orthographe  du  xui'  siocle. 

(3)  Bosio,  Roma  soUerranea,  p.  S73. 

(3)  Bosio,  Roma  tollerranea,  p.  SK. 


ypocrite  ort  qui  font  les  ordures  en  leur*  repotailles  e»  te 
prodome  davant  le  gient...  Cil  sont  ypocrite  $ot  qni  aaaeto  te 
gardent  netement  quant  au  cors  et  font  mont  de  pealttMKt 
et  de  bones  eiivres  principanment  por  le  los  da  monde  pdr^ 
que  len  les  tienge  a  prodomes.  01  sont  bien  sot.  Car  de  bon 
métal  font  fause  monaie.  Cil  sont  ypocrite  toutif  qni  soali- 
vement  veulent  en  haut  monter,  et  embler  les  dignelés  6t 
les  bailliées.  Cist  font  qaanqoe  prodons  doit  faire  si  que  Bta 
ne  les  peut  reprendre  ne  conoistre  inques  [unijiuim,  jamaii^. 
adonc  que  (jusqu'à  ce  que)  ils  sont  parcreut  eten  bant  moti- 
tes  en  dignetés.  Et  a  donc  monstrent  il  les  nuius  en  UpiMe- 
ment  enracinés  en  leur  cuers.  C'est  à  savoir  orgueil,  avariée. 
malice  et  autres  fruits  mauves...  (I).  * 

C'est  cet  ypocrite  soulif,  superbe,  méchant  et  avare,  que 
semble  figurer  ce  monstre. 

N*  tl.  L'hoaiaie.||«a. 

Transfomution  partielle.  —  Curioiilez  4$  Irthtrit. 

L'abrutissement  sensuel  consommé  au  numéro  5  est  id  à 
son  origine  ;  on  y  voit  la  transformation  commencée,  mais 
très-incomplète.  La  tête,  la  partie  supérieure  do  corps  et 
tous  les  membres  antérieursapparliennentencoreà  l'hoaime  ; 
la  croupe,  les  deux  fortes  patte.-)  caractérisent  le  Lion;  la 
queue,  monstrueusement  large,  revenantpassersous  le  ventre 
et  pendre  aux  yeux  du  spectateur,  tient  à  la  fois  des  Poissons 
plats,  du  Dragon  et  de  la  Sangsue  ;  les  ailes  sont  de  Palmi- 
pède. Quelle  verve  et  que  d'expression  dans  l'agencement  de 
ces  monstres  !  L'ignoble  est  évité  partout,  et  pourtant  l'idée 
dominante  et  plusieurs  d'entre  les  détails  sont  plus  expres- 
sifs que  l'ignoble.  Couché,  vautré,  faudrait-il  dire,  sur  un 
épais  monceau  de  fruits  qu'il  semble  couveret  défendre,  celui- 
ci  savoure  l'un  d'eux  avec  une  expression  visible  de  délec- 
tation et  de  joie.  C'est  encore  la  «  lécherie,  quinte  branche 
de  glotonie,  ■>  qu'exprime  cet  homme-lion,  et  lui-mène  6st 
un  tt  lécheour  (2)  ;  ■  bâtons-nous  de  saisir  ses  traits  pen- 
dant qu'il  garde  ceux  de  l'homme,  car  ses  yeux  sont  dé|à 
noyés  dans  une  vague  et  molle  ivresse;  bientôt  cet  étui  fo^ 
tcrieur  taillé  aux  formes  de  la  brute  va  s'étendre  encore  et 
monter,  tout  envelopper,  tout  couvrir  ce  qui  reste  là  d'hu- 
main, et  marquer  au  sceau  de  la  bête  ce  front  stupideet 
somnolent  ;  ces  lèvres  à  demi  ouvertes  et  remarquablement 
avides,  et  cette  face,  illuminée  d'un  sourire  si  bienheureux. 

Ne  soyons  point  surpris,  du  reste,  de  voir  àespattetJg 
lion  à  ce  faiseur  de  bonne  chère  ;  passé  à  l'état  de  passion, 
ce  goût  a  toute  la  violence,  toute  Fardeur  impétueuse  que 
personnifie  le  lion.  C'est  du  moins  ce  qui  se  pensait  et  s'é- 
crivait au  moyen  âge,  où  le  péché  de  «  lécherie,  »  quand  il 
prenait  ce  caractère,  passait  pour  la  troisième  branche  du 


^1)  lise,  de  U  BU>IioUi<!qnc  royale. 

(S)  On  eoiend  par  \es  Ltduoun,  ceux  •  qvi  ne  qnierail  qae  le  Mit  i 
leur  goule.  •  (Mac.  de  la  Bibliothèque  nnraie).  c'esl-è-dire  lai  i 


279 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


2S0 


vice  appelé  «  de  la  boiche.  »  «  La  tierche  branche  de  cest 
vice  est  trop  ardaument  courre  à  la  viande,  comme  fait  li 
chiens  a  la  charoigne.  Et  come  plus  grant  est  lardour  plus 
est  grant  li  péchiez...  Nest  ce  pas  péchiez  de  mengier,  mes 
que  ce  ne  soit  trop  ardaument  et  trop  desordreneement. 
Toutes  viandes  sont  bones  aus  bons,  a  cens  qui  par  reson  les 
prennent...  a  la  sausse  de  la  paour  nostre  Seigneur,  car  len 
doit  tousjours  avoir  paour  que  len  niesprenge  por  outrage 
(excès).  Et  doit  len  Dieu  louer  et  rendre  grâce  de  ses  dons. 
Et  par  la  douceur  de  la  viande  qui  saouler  ne  peut,  doit  len 
penser  la  douceur  de  Dieu  et  a  celle  viande  qui  saoule  le 
cner.  Por  ce,  list  len  aus  mesons  de  religion  au  mengier. 
Por  ce,  quant  le  cors  prent  sa  viande  d'une  part,  que  li 
cuers  prenge  la  soue  dautre  part  (1).  » 

N»  f  S.  Va  Syrène, 

Transformation  partielle.  —  Tentation  par  délit  (2)  des  yeus. 

Charmante  petite  statue  d'un  ensemble  très-gracieux  et 
remarquablement  facile,  quoique  l'attitude  en  soit  contour- 
née et  que  le  sujet  ne  puisse  être  aperçu  que  par  derrière. 
La  pose  de  cette  Syrène  étant  tout  à  fait  renversée  et  la 
montrant  la  tète  en  bas,  la  queue  de  dauphin,  emblème  des 
passions  des  sens  (3),  d'abord  dirigée  vers  le  ciel,  se  re- 
courbe à  son  bout  extrême  dans  la  direction  opposée.  De  sa 
main  droite  et  délicate,  la  jeune  fille  a  rassemblé  et  tient  au- 
dessus  de  sa  tête  les  boucles  de  sa  chevelure  qui  retombent 
sur  son  épaule.  Son  autre  bras  est  étendu  et  semble  ramas- 
ser contre  elle  une  espèce  de  draperie  faisant  office  de  filet, 
et  d'où  un  poisson,  dont  on  n'aperçoit  que  la  tête,  semble 
chercher  à  s'échapper  (4). 

Des  flots  forment  un  fond  onde  à  cette  suave  figure,  et 
les  poissons  qui  les  habitent  semblent  représenter  les 
hommes  (5)  ;  aussi  n'est-ce  point  un  filet,  mais  le  léger  voile 
flottant  ou  l'écharpe  de  la  Syrène,  qui  a  su  capturer  celui- 
ci.  On  sait  et  on  a  lu  plus  haut  les  traditions  sur  les  syrènes. 
Selon  toutes  les  apparences,  l'obligation  où  fut  l'artiste  de 
conserver  à  ce  motif  l'unité  qu'on  voit  dans  les  autres  ne  le 
laissa  pas  maître  d'y  adjoindre  une  nef  et  des  nautoniers; 
mais  y  placer  un  accessoire  de  très-petite  dimension  n'offrait 
pas  le  même  inconvénient  ;  un  poisson  y  a  donc  pris  place; 
et  ce  poisson  cherchant  le  sud  tandis  que  l'enchanteresse 
regarde  au  nord  (6),  a  eu  peut-être  l'avantage  d'ajouter  à 


(1)  LapocaU])se  {mac.  de  la  Bibliothèque  royale) . 

(2)  Non  pas  dans  le  sens  de  Miclum,  mais  dans  celui  de  deleetatio. 

'  (3)  On  voil  perpendiculairemenl  fiches  dans  les  flots,  au-dessous  du  bras 
droit  de  cette  statue,  trois  objets  à  peu  près  cunéiformes  et  qui  pourraient 
bien  être  autant  de  poissons,  attinis  par  cette  Syrène  et  se  dressant  sur  les 
flols  pour  la  contempler.  Il  nous  a  été  impossible  de  nous  en  assurer  :  la  diffi- 
culté invincible  qui  provient  de  l'éloignement  et  celle  qu'y  ajoutent  les  ombres 
portées  ont  rendu  tous  nos  examens  nuls  en  résultat. 

(4)  V.  notre  artic'e  Poisson.  11'  partie  de  ce  Mémoire. 

(5)  Dans  notre  11'  partie,  à  l'article  de  la  Syrène. 

(6)  Nous  avons  déjà  eu  lieu  de  rappeler,  dans  le  |  concernant  la  statue 
n*  1,  que  le  Sud  était  symbolique  à  la  grâce,  et  le  Nord  à  toutes  les  inspira- 
tions de  l'esprit  du  mal. 


cette  leçon  un  souvenir  de  vigilance  et  de  fuite  des  séduc- 
tions non  moins  recommandé  aux  justes  et  aux  vétérans 
dans  l'arène  qu'aux  moins  affermis  dans  la  foi. 

Contournée  ainsi  qu'elle  l'est  comme  pour  chercher  un 
miroir  dont  il  ne  reste  aucun  indice,  la  tête  de  cette  Syrène, 
qu'on  n'aperçoit  que  par  derrière,  laisse  distinguer  un  ovale 
correct  et  entrevoir  les  traits  du  profil  (1).  On  suppose  un 
charmant  visage  à  cette  habitante  des  mers,  mais  il  faut  s'en 
teuir  à  la  conjecture;  dirigé  contre  la  mui  aille  et  un  peu 
toiirné  vers  le  nord,  ce  visage  est  là  invisible,  ainsi  l'a  voulu 
l'art  chrétien.  Ces  traits,  dérobés  à  la  vue,  rappelaient  expli- 
citement que  les  passions  insidieuses  qui  arrivent  aux  sens 
par  les  yeux  ne  doivent  point  être  affrontées.  C'est  cette  es- 
pèce de  danger  qu'indique  l'Ecclésiastique  par  ces  mots 
passés  en  proverbe  :  «  Quiconque  aime  le  péril  périra  (2).  » 

La  Syrène  de  Saint-Denys  traduit  et  rend  à  sa  manière 
ce  précepte  de  précaution  qui  prend  mille  formes  diverses 
dans  les  contes  et  les  fabliaux  du  xui'  siècle,  mais  qui  reste 
grave  et  sévère  sous  la  plume  des  moralistes,  dont  pas  un 
ne  l'a  oublié.  «  La  femme,  dit  le  Spéculum  (3),  doit  être  évi- 
tée comme  une  bête  formidable...  On  la  doit  fuir  en  toute 
hâte  comme  un  implacable  ennemi.  ..  Ceux  qui  surmontent 
ce  péril  sont  ceux  qui  l'évitent  en  lièvres,  et  non  pas  ceux 
qui  le  recherchent  et  qui  le  défient  en  lions  ;  »  et  ailleurs  : 
«Poursuis  le  lion,  poursuis  le  dragon  et  le  scorpion,  mais 
fuis  les  traces  de  la  femme  ('!).  »  Le  moyen  âge  tout  entier 
a  répété  le  même  thème  sur  cette  influence  terrible  et  fatale 
des  filles  d'Eve  et  sur  ses  déplorables  suites  ;  il  les  montre 
plus  effrayantes  que  les  monstres  les  plus  horribles  consa- 
crés dans  ses  traditions,  que  l'Ydrus,  que  la  Manicore,  que 
la  Wivre  qui  «  aime  char  d'home  »  et  que  la  féroce  Harpie, 
qu'il  investissait  d'un  si  grand  pouvoir  de  perversité.  Du 
xii"  au  xye  siècle  se  reproduit  le  même  avis,  se  redit  le  même 
anathème,  toujours  en  style  de  leçon,  s'adressant  tantôt  aux 
Syrènes,  tantôt  à  ceux  qu'elles  séduisent  et  qui  s'en  laissent 
capturer.  «  Ces  dames,  dit  Lapocalipse,  et  ces  damolseles 
parées  et  apareillées  qui  souvent  se  parent  et  sapareillent 
pluscointement  pour  faire  muser  les  musarz  a  clés...,,  ne 
cuident  pas  gravement  pechier  pour  ce  quels  nont  talent  de 
leuvre  faite  ;  mes  certes  els  i  pèchent  moût  grefvemeut  quar 
par  acheison  (occasions)  teles,  périssent  moût  dômes  et  sont 
moût  de  gent  mis  a  mort  et  a  pechie,  car  si  come  dit  le  pro- 
verbe, dame  debelatour  est  arbaleste  a  tour.  i> 


(1)  La  grande  nageoire  dorsale,  l'une  des  extrémités  de  la  fourche  formée 
par  le  bout  de  la  queue,  et  le  bas  du  visage  seulement  à  partir  d'au-dessous 
du  nez  appartiennent  à  une  restauration  exécutée  dans  le  cours  du  siècle 
actuel. 

(2)  EccU.  m,  27.  —  On  voit  les  livres  de  Clergie  enchérir  sur  cette  sentence 
par  une  foule  de  proverbes  encore  en  vogue  aujourd'hui  :  •  Tant  va  la  buie  a 
levé  qele  se  ront  le  col;  et  tant  vole  le  papeillon  en  viron  la  chandelle  que  il 
sart.  Aussi  peut  l'en  (on)  tant  querre  ces  achesons  (occasions)  de  pechie,  que 
len  chiet  (tombe).  •  (Msc.  de  la  Bibliothèque  royale:  ce  sont  les  dignetez  de 
larhre  de  cluistee.) 

(3)  Vinc.  bellov..  Spéculum,  mor.,  I.  111;  Dist.  V,  part.  9. 

(4)  Leonera  et  draconem  et  scorpionem  sequaris,  mulierem  non.  (Vinc. 
bellov.,  Spec.  mor.,  I.  III,  Dist.  111,  pars.   1.) 


281 


HEVUE  IJE  L'AHCIIITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


^ 


Le  même  adage  se  retrouve  jusque  dans  l'empire  des  bêtes 
sur  les  feuillets  des  Bestiaires,  parmi  l'iiistoire  variée  des 
pierres  et  des  animaux  ;  on  lit  dans  le  Bestiaires  de  la  Biblio- 
thèque royale,  que 

«  Cil  ki  a  Dieu  se  vocllent  rendre 
Et  ki  mainent  la  bonne  vie, 
Fuir  doivent  la  compagnie 
Des  lames  entent!  vement  ; 


Car  celle  flaine  et  celle  ardor 
Ri  vient  de  la  carnel  amor 
Ar  (1)  tous  les  boins  ki  en  aus  sont 
Ke  Diex  ki  est  sires  dou  mont 
A  en  aus  par  sa  grase  mis, 
Cur  en  poi  deure  sont  malmis 
Li  bien  u  celé  flame  court.  » 

Il  poursuit  par  ce  commentaire  : 

«  Por  vérilés  savoir  devons 

Que  tousjors  li  angle  félon 

Agaitent  por  faire  pechier 

Le  caste  home  et  le  droit  urier 

Et  la  caste  famé  ensement. 

Eve  des  le  coniencement 

Peça  par  inobedience  : 

De  cel  pechie  remest  (2)  semence 

Ki  tousjors  croist  et  molteplie, 

Diables  ue  souLlie  mie. 

Por  la  llame  de  cel  pechies 

Ont  maint  home  été  engignies. 

Joses  fut  temples  et  Sauison 

Lim  fu  veucus  et  l'autre  non...  etc.  » 

Les  abbés  savaient  cette  histoire  ;  avant  la  naissance  de  la 
syrène  de  Saint- Denys,  l'abbé  lUiaban  Maur  appréhendait 
pour  ses  disciples  cette  destinée  de  «  Samson;  »  non  content 
d'avoir  interdit  aux  femmes  l'approche  de  son  monastère 
pour  le  présent  et  pour  l'avenir,  il  leur  défendait  à  perpé- 
tuité la  porte  septentrionale  de  la  cité  même  de  Fulde  don- 
nant sur  la  route  du  cloître  (3),  et  jusqu'à  la  fin  de  sa  vie  il 
fit  respecter  cette  loi. 

N*  IS.  L'HIppocratsure. 

Transformation  partielle.  —  Caducité  lietntieiue. 

Tête  de  vieillard  à  barl>e  courte,  marquée  d'une  odieuse 
expression  (4)  et  enveloppée  du  capuce.  Au  côté  gauche  du 
poitrail,  une  seule  jamb»;  antérieure  de  solipède  portée  en 
avant  an  galop,  mais  terminée  par  un  sabot  infléchissant  et 

replié. 


(1)  Art,  (lu  lat.  ardel:  brûle,  consume. 

(3)  Lat.  manrt:  itul.  Hmane  :  demeure,  reste,  survit. 

(3)  Hrahnn  Maur.  Vita,  por  Joann.  Trilliemium  édita,  1.  Il,  in  fine. 

(4)  A  en  juger  par  une  suture  qui  a  été  examinée  avec  soin,  la  tAte  doit 
avoir  titc  dt'lacliée  et  celle  qu'on  voit,  aujourd'hui    wMnble  devoir  Ure  celte 


Deux  jambes  postérieures,  tenant  à  la  fois  de  l'homme  et 
du  singe  remarquablement  décharnées  et  plus  longues  qu'il 
n'est  de  droit,  rappelant  par  cette  longueur  et  par  leur  im- 
mondealtitude  les  pattes  de  la  sauterelle.  Podagre,  à  eojoger 
par  la  chaussure;  ce  sont  des  bottines  trop  larges,  prodi- 
gieusement ouvertes  au-des.<'i  4  du  coo-de-pied,  sans  appa- 
rence de  laçure  et  sans  présence  de  lacet  ;  leur  fente  longi- 
tudinale est  arrêtée  sur  le  c<  i-de-pied  par  une  lanière  de 
cuir  transversale  qu'on  voit  bouclée  sur  la  cheville.  Au- 
dessous  de  cette  lanière,  de:>cend  une  .sorte  de  bandage 
moelleux,  d'un  tissu  léger  quoique  ferme,  enveloppant  com- 
plétenient  la  partie  du  pied  antérieure  et  laissant  passer  le« 
cinq  doigts.  Ceux-ci,  complètement  à  nu  et  en  contact  avec 
le  sol  :  chaussure  semblant  indiquer,  otitre  le  plus  complet 
désordre,  un  état  infirme  des  pieds  {l). 

La  vieillesse  licencieuse  se  montre  dans  cette  statoo  sons 
l'aspect  le  plus  dégradé,  mais  aussi  le  plus  énergiqne.  On  y 
voit  que  l'arbre  caduc  cède  et  tombe,  avec  les  années,  du 
côté  où  il  a  penché  (2^. 

Cette  invitation  à  la  continence,  si  bnitalenient  expres- 
sive dans  ce  hideux  hippocentaure,  n'a  pa.<«  non  plus  été 
omise  dans  la  Règle  de  saint  Benoit  ;  mais  elle  y  e!'t  moins 
explicite,  et  elle  y  paraît  sous  d'autres  couleurs.  Le  but  de 
la  statue  hybride  semble  avoir  été  de  saisir  énergiquement 
par  son  cachet  d'ignominie  ceux  sur  qui  la  voix  de  la  règle  et 
les  attraits  de  la  vertu  n'auraient  point  eu  assez  d'empire  ; 
celui  du  glossateiir  célèbre  de  la  Règle  de  saint  Benoît  a  été 
de  gagner  le  cœur  pur  le  tableau  des  saintes  joies  attachées  i 
la  continence  ;  il  l'a  fait  en  de  pieuses  lignes  embaumées  de 
mansuétude  et  pleines  d'un  charme  attirant,  qui  H-.>mblent 
comme  un  noble  exorde  de  l'invitation  complétée  dans  un 
autre  style  par  l'auteur  de  cette  statue.  Celle-ci  ne  montre 
l'horreur  et  l'ignominie  du  désordre  qu'après  que  la  Glose 
bénigne  a  eu  exalté  ses  contraires,  et  montré  dans  la  chas^ 
teté,  en  commentant  ces  mots  du  texte  :  «  Insîrumentum 
bonornm  oiiernm...  non  mliillerari  (8),»  l'étal  le  plus  pur, 
le  plus  tligne,  la  vertu  la  plus  radieuse  et  la  plus  souhaitable 
pour  l'homme,  qu'elle  élève  et  qu'elle  eimoblit.  «  Le  moine, 
lit-on  dans  la  Glose,  appréciera  sur  tonte  chose  la  beauté  de 


môme  tiMe,  probalilement  n>mis«  en  place  par  \ei  soint  de  Tun  des  resUora- 
teurs  de  ce  monument.  C'est  do  moins  ce  qne  doone  i  craite  b  qaaiité  <ie  U 
pierre  qui  est  la  mi^nie  que  colle  de  la  sUtuc,  «t  c«  qui  mable  mwrtir  dn 
style  et  dn  travail  de  cette  t<^te,  l'un  )>t  l'autrr  trèa-rmurqaablc*  cl  parftilr- 
menten  rapport  avec  l'expressioa  du  saj«t.  Si  l'iM  prane  qa'ail*  fM  r<i«vr« 
d'une  restauration  moderne,  elle  devrait  fair«  fnai  boonear  aa  ciseaa  qai 
l'uurait  soulpt>-e.  Quoi  qu'il  en  soit,  nos  explicatinos  suoi  basé»  prioripalr- 
ment  snr  les  autres  di-tails  que  noua  avoM  développés.  La  cooconlaacc  d«  la 
tête  avec  ces  divers  cartrt^res  et  ce  qu'elle  y  peut  ajouter  n'en  est  qu'eue 
simple  confirmation  par  l'expri-ssion  physionomique. 

(I)  Voir,  pour  le  «mis  mystique  des  pieds  dénudr*  et  «a  eoMact  iaar4iu 
avec  le  sol.  l'article  relatif  .i  la  itaWe  de  Ittaatralasfv  (le  ■*  Ml. 

ti\  Errli.  XI,  ,t  —  Adolescens  jnxla  viam  suan:  etia«  eèai  soinet^  aea 
reretlel  ah  eA.  ll*r«reWi.  XXIi.  6i.  •  Si  œeiderit  liiroum  ad  anstniui.  aat  ad 
aquilonem,  (c'est-à-dire  s'il  finit  sa  viedaat  la  seosualité,  «m  dans  les  pcckés 
d'un  autre  onlre»,  in  qunrnmqne  loco  jecideril,  ibtrrtl.  •  EniL  XI.  3w 

(:l)  Hraban  .Maur,  CiMiiaeHtor.  in  Hff.  S.  BmHl.,  t.  iV.  |  JVea  atfaUerari 
—  Et  y.  Ihùl  ,  l»frà,  |  t^stUalrm  i 


m 


REVUE  DE  L'AHCIIITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


284 


^9,  chasteté  ;  c'est  elle  qui  est  représentée  par  la  ceinture  de 
jpur  or  (au  livre  de  l'Apocalypse),  et  sa  douceur  inexprimable 
l'emporte  sur  tous  les  plaisirs  :  c'est  un  fruit  de  suavité,  l'un 
des  ravissants  sacrifices  qee  les  saints  immolent  à  Dieu,  la 
sauvegarde  de  l'esprit,  et  même  la  santé  du  corps;  par  elle 
l'homme  atteint  au  ciel  et  vit  parmi  les  chœurs  des  anges.  » 

N»  14.  Le  Singe  du  Diable. 

Transformation  complète.  —  La  Dérision. 

Ce  Singe  à  figure  effrontée  a  laissé  tomber  en  arrière  le 
capuchon  qui  l'affublait;  il  a  relevé  aussi  l'autre  extrémité 
de  sa  coulle  avec  une  disinvolttire  qui  étonne  peu  dans  un 
magot,  et  s'en  est  fait  comme  un  collier  qui  laisse  et  montre 
à  nu  ses  jambes,  sa  croupe  et  son  corps  presque  entier.  C'est 
dans  ce  costume  léger  qu'il  est  affourché  sur  l'amorce  oîi  l'a 
consigné  son  facteur.  Incliné  sur  l'arête  aiguë  avec  un  air 
d'insouciance,  il  porte  en  avant  sa  main  gauche  pour  s'en 
faire  un  point  d'appui,  levant  l'autre  vers  son  museau,  mo- 
derne aussi  bien  que  la  pomme  logée  dans  son  hiatus.  L'an- 
tique main  de  l'animal  prend  bien  le  chemin  de  sa  gueule  : 
mais  était-ce  pour  cette  pomme  qui  aurait  existé  autrefois, 
ou  bien  seulement  pour  montrer  sa  bouche,  ses  incisives  et 
sa  langue,  ce  foyer  et  ces  instruments  du  vice  appelé  «  Dé- 
rision ?  1) 

Le  Singe,  qui  ressemble  à  l'homme  par  l'ensemble  de  sa 
structure,  mais  qui  en  diffère  tant  d'ailleurs,  et  de  plus  ma- 
licieux, fo\irbe,  odieusement  dépravé,  figure  avec  la  déri- 
sion l'hypocrisie  astucieuse,  la  licence  et  l'irritation.  Aussi 
a-t-il  dans  l'art  chrétien,  en  surplus  de  ces  caractères,  le  rôle 
de  l'ange  pervers,  auquel  l'assimilent  les  Bestiaires,  en  l'ap- 
pelant <(  makés  et  ort  (1).  »  On  prêterait  volontiers  à  celui- 
ci  toutes  ces  intentions  ensemble,  tant  son  allure  a  le  cy- 
nisme et  la  résolution  moqueuse  attitrés  à  l'esprit  du  mal. 
Néanmoins  le  soin  de  l'artiste  à  ramener  la  draperie  sur  le 
cou  et  sur  les  épaules  pour  dénuder  tout  l'animal  et  sa  croupe 
ignominieuse  où  ressort  l'absence  de  queue  (2)  nous  ramè- 
nent en  dernier  lieu  à  notre  présomption  première.  Selon 
toutes  les  apparences,  c'est  ici  le  Sincje  du  Diable  :  ce  repré- 
sentant de  l'Envie,  montré  par  Vincent  de  Beauvais,  escor- 
tant l'Esprit  de  ténèbres  pour  l'égayer  incessamment  par  sa 
causticité  maudite  :  ce  représentant  de  la  Dérision,  qui  trône 
aux  fenêtres  du  riche  ou  sur  l'étal  du  bateleur,  parodiant 
par  ses  grimaces  les  allures  de  tout  venant,  et  dont  la  croupe 
à  queue  absente  lui  attire  sans  qu'il  y  songe  un  bien  autre 
assaut  de  lazzis. 

C'est  de  cette  absence  de  queue,  figure   de  la  perdition 


(1  )  Ort  ou  ord  (de  ordure) ,  impur. 

(2)  L'absence  totale  de  queue,  caractère  très-important  dans  la  zoologie 
mystique,  distingue  le  singe  proprement  dit,  c'est-à-dire  le  Jocko,  le  Pithéque, 
le  Magot,  le  grand  et  le  petit  Gibbon.  C'est  dans  ces  espèces  surtout  que  sont 
choisis,  pour  la  plupart,  les  singes  figurant  le  démon  dans  les  bestiaires  et 
ceux  qui  jouent  le  même  rôle  dans  les  bas-reliefs  légendaires  et  les  représen- 
tations du  jugement  dernier  sur  les  portails  des  basiliques. 


résultant  du  mépris  de  Dieu  et  de  l'oubli  des  fins  suprême, 
que  les  docteurs  du  moyen  âge  menaçaient  les  licencieux, 
les  emportés,  les  hypocrites  et  le  lâche  essaim  des  envieux 
compris  sous  l'emblème  du  Singe  :  le  Biestiaire  manuscrit 
montre  le  démon  privé  de  sa  queue,  et  tombant  au  fond  de 
l'enfer  en  punition  de  son  envie,  de  sa  présomption  et  de  son 
orgueil  : 

Cies  a,  mes  keue  na  il  mie  ; 


Ot  clef,  car  au  comencement 
Fu  il  angles,  mes  par  envie 
Perdi  la  keue,  ce  est  voir 
Si  caï  en  infier  le  noir 
Dont  il  James  ne  resordra. 
Mes  sans  fin  en  doler  morra  (1). 


Ce  péché  de  Dérision  n'est  pas  traité  à  la  légère  dans  les 
pages  des  livres  saints  :  il  y  est  signalé  comme  l'un  des  vices 
les  plus  odieux,  menacé  de  la  damnation  (2),  flétri  de  cou- 
leurs énergiques.  C'est  plus  tard,  dans  le  moyen  âge,  le 
;i  quint  geton  de  lescot  nommé  Sorquidance  (présomption),  » 
troisième  branche  de  l'Orgueil,  et  qui  tient  aussi  de  l'Envie. 
«  Après,  dit  un  Traité  des  Vices,  en  parlant  de  la  Dérision, 
sont  les  bourdes  et  les  truifles  plaines  d'ordure  et  de  menc- 
zonges  que  ils  apelent  paroles  oiseuses.  Mes  certes  non  sont. 
Ains  sont  puans  et  envenimeuses.  Apres,  resont  les  gas  et 
les  escharnissemens  que  il  dient  sur  preudomes  et  sur  tous 
ceulx  qui  bien  veulent  faire.  Ten  set  Dieu  autant  de  gre 
come  feroit  li  rois  si  tu  li  avoies  son  filz  tue  ou  son  trésor 
emble  (3).  » 

N°  f  S.  Statue  en  partie  fantastique. 

Transformation  complète.  —  Hyène  exhumant  une  proie.  — 
Tierce  faille  de  detraccion. 

Cet  animal,  fantastique  en  grande  partie,  a  des  ailes  de 
Palmipède,  ailes  restaurées  et  modernes  par  l'extrémité  seu- 
lement. Son  ossature,  sa  mâchoire  et  plusieurs  caractères 
physionomiques  accusent  en  elle  «  la  très  plus  cruelle  beste 
que  len  apelle  Hyène,  qui  desterre  les  corps  des  gens  mors 
et  les  menjue.  »  On  ne  voit  point  entre  ses  pattes  la  moitié 
de  cadavre  humain  qu'elle  tient  dans  les  Bestiaires,  et  qu'on 
y  lit  qu'elle  préfère  aux  plus  exquises  venaisons;  en  place. 


(1)  des  ou  chief  (de  chef),  tète.  —  Ot,  il  eut.  —  Si  caï  (de  cadit,  par 
eadere),  il  tomba.  —  iVe  resordra  (de  resurgere,  resourdre),  ne  ressortira,  ne 
ressuscitera.  —  Morra,  demeurera. 

(2)  Qui  erudit  derisorem,  ipse  injuriam  sibi  facit;  et  qui  arguit  impium, 
sibi  maculam  générât.  Xoli  arguere  derisorem,  ne  oJiet  te  :  argue  sapientem, 
et  diliget  te...  —  Ejice  derisorem,  et  exibit  cum  eo  jurgium,  cessabuntque 
causa;  et  contumelia'...  —  Parata  sunt  derisoribus  judicia  :  et  mallei  percu- 
tientes  stultorum  corporibus.  {Prorerb.  IX,  5  et  8.  —  XXII,  10.  —  XIX,  29.) 
Et  si  reprobi  (ajoute  le  Commentaire),  jussionis  et  comminationis  dirin» 
judicium  dérident,  parata  tamen  cos  expeclant  Judicia  damnationis,  quse  ut 
mallei  ferrum  candens,  ita  eos  in  fornace  gehenna;  sine  fine  verberent. 
(Hraban  Maur.,  in  Proverb.  XIX,  29.) 

(3)  Msc.  de  la  Bibliothèque  royale,  xtii*  siècle. 


2»S 


REVUE  DE  LAKCmriîCTLHE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS, 


elle  presse  et  triture  un  ajn;i8  de  membres  informes  à  l'état 
de dislocationetrespectivement  disproportionnés,  ce  qui  peut 
vouloir  indiquer  la  décomposition  où  peuvent  être  divers 
membres,  les  autres  demeurant  intacts.  Cette  proie,  exhu- 
mée sans  doute  et  évidemment  inanimée,  a-t-elle  été  substi- 
tuée au  squelette  ou  au  corps  humain  pour  atténuer  l'ignoble 
effet  d'un  pareil  spectacle,  ou  est-elle  le  résultat  d'un  calcul 
de  l'artiste,  obligé  de  demeurer  dans  l'unité  dont  nous  avons 
eu  à  parler  dans  l'article  de  la  Syrène  ? 

Nous  avons  montré  la  llyhti-  violant  et  fouillant  k s  tom- 
beaux, se  repaissant  de  leurs  cadavres,  et  symbolisant  par 
cet  acte  le  vice  nommé  «  Délraclion.  »  Nous  croyons  pou- 
voir supposer  ce  rôle  à  cette  quinzième  statue  :  son  absence 
ferait  lacune  dans  cette  riche  collection.  Les  ailes  de  Palmi- 
pède, dressées  et  sans  facultés  pour  l'essor,  conviennent 
merveilleusement  à  ses  autres  détails  mystiques  :  l'hypo- 
crisie est  la  voisine,  l'accompagnement  de  la  détraction,  qui 
va  rarement  sans  ce  masque,  et  qui  parodie,  grâce  à  lui,  le 
zèie  loyal,  la  franchise,  le  culte  de  la  vérité,  quelquefois 
même  l'alTection  et  une  estime  spécieuse  pour  l'objet  que 
flétrit  sa  langue,  et  sur  qui  s'épand  sans  mesure  l'acre  venin 
de  ses  discours. 

Les  moralistes,  qui  se  fixent  toujours  des  bornes  quand 
ils  traitent  de  l'homicide,  du  vol,  même  du  sacrilège,  ne 
savent  jamais  s'en  prescrire  quand  il  s'agit  d'hypocrisie, 
d'envie  ou  de  ses  provenances,  la  dérision,  la  détraction. 
Cette  dernière  est  définie  :  «  Une  diminution  du  bien  qu'on 
devrait  louer  dans  les  autres,  ou  une  scélérate  adresse  à  con- 
vertir le  bien  en  mal  (1).  » 

Ce  lâche  péché  a  cinq  fuilles  (2)  : 

i(  La  primiere  est  quant  il  trove  la  menczonge  et  le  mal 
pour  autrui  alever  blasme. 

»  La  segonde  est  quant  le  mal  que  il  oit  dautrui  il  raconte 
avant  c  i  adjouste  du  sien. 

»  La  tierce  est  quant  il  estaint  et  met  à  néant  tous  les  biens 
que  li  ons  fait,  et  le  fait  tenir  pour  mauves.  Cil  menjue  lome 
tout  entier.  » 

(Nous  verrons,  aan°  27,  la  quarte  fuille  de  ce  vice). 

«  La  quinte  foille  est  quant  il  pervertist  et  tome  tout  en 
la  peour  (3)  partie  que  il  voit  et  oit.  » 

Ces  péchés  ne  sont  pas  omis  dans  la  Règle  de  saint  Benoît  : 
ils  ont  leur  place  dans  sa  Glose,  et  la  détraction  y  est  mise, 
du  moins  selon  l'ordre  moral,  plus  bas  encore  que  l'adul- 
tère (4).  » 


(1)  Dt'tr.iliere  <licitiir  (|iii  bonuiii  iiiuUil  in  malam...  (Hrab.  Maiir,  Coin- 
ment,  in  lirgul.  S.  Hfiiidid  .  cap.  IV.) 

(2)  Les  foiiilli-s  sont  appclivs  dans  ce  mx.,  Untât  fuille»,  tsintài  foitUt. 

(3)  Msc.  (le  la  llililiotlit^quo  royale. 

(i)  .Majiis  peccaluni  rat,  si  ficri  polest,  ddralierc  qtijim  fornir.iri.  Qui 
nam(|ui'  fornicalur,  se  tantùni  ocfidit.  Qui  vi-n'i  deiraliil,  et  so  et  consen- 
tientcm  sibi  in  niorlis  foveani  mergiL  {Commentai:  in  Hegul.  S.  Beneilitl., 
cap.  IV). 


n*  !•.  Aae  alMMta  *»»%  ■■  boarltler. 

TransforinalioD  complète.  —  Triomphe  de»  uni  $wr  Cetfrit. 

Ane  de  grandeur  naturelle  et  d'nn  emlwnpoint  respecta- 
ble, complet  dans  sa  conformation,  agenouillé  par  ses  deux 
jambes  antérieures  et  se  roidl-isant  par  les  autres.  Sur  le 
bloc  où  pose  cet  âne,  dés  (nidulations  sculptées  daiui  Is 
pierre,  et  atteignant' jusqu'à  lo  ventre,  accusent  un  amas 
de  fange  où  il  se  vautre  avec  dôlices. 

L'indocilité  obstinée,  la  stupidité  vaniteuse  eila  résistance 
invincible  ordinaire  aux  sots  orgueilleux,  sont  souvent  figo- 
rées  par  l'âne  dans  les  œuvres  d'art  «  de  Clergie  ;  «  mais  il  y 
a  ici  davantage  :  les  moralistes  et  les  pères  montrent,  et  non 
pas  sans  justesse,  les  sens  l'emportant  sur  l'esprit,  dans 
l'âne  rétif  et  rebelle,  gras,  rebondi,  boufli  de  ventre,  qui 
s'abat  par  choix  dans  la  fange  et  au  plus  bourbeux  du  che- 
min, y  précipitant,  avant  tout,  le  digne  et  débonnaire  maî- 
tre dont  il  est  l'ingrat  serviteur  (1).  Celui-ci  est  bien  dans  ce 
rùle  et  s'y  fait  voir  résolument  :  c'est  bien  celui  qui  se  rend 
maître  du  maître  qu'il  devrait  servir,  et  c'est  ce  que  mon- 
trent sa  chute,  son  embonpoint,  son  air  mutiu  et  la  force  de 
résistance  que  ses  deux  jambes  postérieures  puisent  dans 
son  mauvais  vouloir. 

TOURELLE  SUD-EST. 

M»  IV.  Chiea  allé  cacapuchoaac. 

Transformation  complète.  —  Ire  et  Alumauon  par  Emrie. 

Tète  de  Chien  coiffée  d'un  béguin  à  oreilles  rappelant  le 
capuchon  de  l'époque.  Hiatus  furieux, de  la  gueule  marquant 
tout  ce  que  la  colère  peut  avoir  de  plus  excessif.  Barbe  de 
bouc.  Pattes  postérieures  bisulques.  Pattes  antérieures  de 
quadrumane.  Ailes  fantastiques  dressées  (2),  tenant  de  la 
Chauve-Souris  (3)  et  des  élytres  impuissants  des  Coléo- 
ptères (4). 

Corps  et  pose  de  ruminant.  Kxpression  totale  du  pins 
grand  style  et  d'une  effroyable  beauté. 

Ce  Dogue  gronde,  hurle,  aboie  ;  roulant  au  fond  de  leur 
orbite,  ses  prunelles  lancent  l'éclair;  tout,  dans  sa  pose 
menaçante,  rend  la  plus  féroce  agression. 

La  tète  de  ce  chien  est  furieuse  :  les  pieds,  qui,  à  litre 
d'agents  de  locomotion,  figurent  le  principe  des  actes,  sont 
de  deux  animaux  hardis,  jaloux,  enclins  aux  passions  viles  ; 
leur  combinaison  collective  semble  dénoter  les  dépits,  les 
fureurs,  la  rage  effrénée  que  l'envie  fomente  et  produiL  Les 
ailes  de  coléoptère,  si  incapables  de  l'essor,  s'accordent 
aussi  à  ce  vice,  si  grave,  si  plein  de  malice,  et  accompagné 

(I)  Vini-ei\t  de  He.invahi,  d>tt«  son  Spreulnm.  rerient  ptasican  fob  Mf 
celte  fiptre. 

(i)  Ces  ailes,  lisse*  et  veini^>»,  sont  restaurée»  <ic«l«BW«il  i  le«r  boH  «I*- 
rieor  ;  le  corps  en  est  incontestablement  antique. 

(3)  V.  dans  notre  II*  partie  les  article*  Aile*  M  ilkamrt-Stturù. 

(i)  Hannetons,  scarabées,  escarbots.  qui  n'ont  qu'un  toI  lourd  «  pck 
fniqoent. 


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REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


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d'ordinaire  d'un  si  grand  endurcissement,  qu'il  est  rare  que 
l'envieux  revienne  à  résipiscence  et  puisse  obtenir  le  par- 
don (i). 

Le  dessèchement  de  ce  monstre,  effroyablement  décharné, 
est  l'effet  de  l'Alumeison,  la  première  branche  de  Vire  : 
c'est  elle  qui  a  semporte  lome...  et  le  fait  choirs  en  une 
fièvre,  en  tel  Iristece  que  il  en  prentlamort...  C'est  un  feus 
qui  gaste  tos  les  biens  de  la  meson  (2).  » 

Le  portrait  de  YAiumeison  porte  partout  ces  caractères  : 
«  Le  visage  des  envieux  est  épouvantable  et  féroce  ;  leur  front 
est  hideux  de  pâleur;  leurs  lèvres  sort  souvent  tremblantes, 
l'émotion  fait  grincer  leurs  dents,  leur  parole  est  pleine  de 
rage  et  d'injures;  leurs  mains  seraient  promptes  au  meurtre, 
et  si  elles  sont  désarmées,  la  violence  de  la  passion  leur 
prête  une  autre  sorte  d'armes.  Les  envieux  nourrissent  les 
uns  contre  les  anti-es  des  haines  cachées  et  profonde?  :  ils  sont 
rongés  à  l'inlériiuir  au  sujet  de  ceux  qui  les  entourent  (3); 
ils  voient  avec  désolation  l'augmentation  de  leurs  mérites  ; 
ils  favorisent  les  mauvais,  jouissent  des  traverses  des  bons, 
s'affligent  de  leurs  prospérités,  brûlent  de  haines  gratuite?, 
tremblent  surtout  qu'on  ne  pénètre  les  honteux  secrets  de 
leur  cœur  (i).  » 

(!n  lit  dans  l'expression  de  tête  et  dans  les  détails  de  ce 
monstre  ce  feu  caché,  ces  joies  sinistres,  ces  tortures  dissi- 
mulées, ces  fureurs  de  l'Alumemn  (5). 

N<*  18.  L'Onoccntnure. 

Transformation  partielle.  —  Dècliéance  par  les  passions. 

Jeune  homme  qui  a  toutes  les  allures  d'un  petit- maître  : 
barbe  courte  et  un  peu  frisée,  soignée  avec  affectation  ;  che- 
velure frisée  aussi,  finissant  im  peu  au-dessus  de  la  naissance 
des  épaules  ;  chapeau  rappelant  le  pétase  (6)  et  approchant 
de  la  casquette  appelée  plus  tard  à  la  Buridan  (7).  »  Mem- 


(i)  .  Cist  péchiez  est  si  perilleus  que  apaine  en  peut  len  venir  a  droite 
pcnitance  car  il  est  contraire  au  saint  Esperil.  •  Car  il  pèche  de  sa  propre 
rnalice.  Et  doit  len  ce  sainement  entendre.  Car  il  nest  nul  pechie  si  grant  que 
Dieu  ne  ))ardoint  en  cest  secle  sil  se  repent  de  bon  cuer.  Mes  apeine  avient 
que  len  se  repente  de  tel  pechie...  Cist  sont  contre  la  honte  du  saint  Esprit. 
Et  sont  si  grant  que  apaines  en  vient  len  a  droite  repentence.  Et  porce  sont 
apaines  pardonne,  (Msc.  de  la  Bibliothèque  royale). 

(2)  Msc.  de  la  Bibliothèque  royale. 

(ÎV)  Partout  nw'me  définition  :  «  Li  cuers  denvieus  est  si  envenimes  et  si 
bestornes  que  il  ne  peut  veoir  autrui  bien  que  il  ne  lui  en  poise  (pésel  de- 
dans le  cuer,  et  juge  niauvesement.  Et  ce  que  il  voit  et  ce  que  il  oit  prent 
losjors  en  mauves  sens...  Apres  quant  li  cnvious  voit  ou  oit  autrui  mal  quel 
quil  soit  ou  mal  de  corps...  ou  mal  de  fortune...  ou  mal  espirituel  corne  quant 
il  oit  que  aucuns  que  len  tenoit  a  prendome  est  blasmes  daucun  vice,  de  tex 
choses  se.sjoist  il  en  son  cuer.  Apres  quant  il  voit  ou  oit  le  bien  daulrui  soit 
biens  naturel  ou  biens  de  fortune  ou  biens  de  grâce...  lors  li  vient  une  doleur 
et  une  tristece  au  cuer  que  il  ne  peut  estre  ae.se  ne  fere  belle  chiere  ne  bel 
semblant.  {Msc.  de  la  Bibliothèque  royale.) 

(i)  Hraban  Maur,  De  Peccati  satisfactione. 

{a)  Le  rapprochement  de  la  colAre  à  un  feu  qui  s'allume  se  trouve  partout  : 
•  Sicut  carbones  ad  prunas  et  ligna  ad  ignem  ;  sic  homo  iracuudus  suscitât 
fixas.  {Proverb.,  XXVI,  21.)  Et  passim  dans  les  livres  saints. 

(6)  On  voit  plusieurs  fois  le  pètase  sur  les  fre^ques  des  catacombes.  (Bosio, 
Ronia  sotterranea,  p.  257.  —  Bottari,  Homa  sotterranea ,  t.  111,  p.  1,  HO 
et  218.) 

(T'i  Bibliothèque  royale:  Miniatures  d'un  msc.  de  Nicolas  Flamel,  intitulé: 


hres  postérieurs  du  genre  humain,  mais  avec  les  jambes  an- 
térieures de  l'âne;  les  autres,  grtMes, amaigries,  imitant  par 
leur  attitude  la  po.se  de  la  sauterelle  ;  ailes  naissantes  et  dres- 
sées d'oiseau  palmipède. 

Sans  expression,  la  tête  droite  et  les  yeux  fixés  sur  l'es- 
pace avec  un  air  d'indifférence,  il  paraît  tenir  peu  décompte 
du  babil  vif  et  animé  de  la  dame  qui  l'avoisine  ;  mais  l'on 
peut  prédire  à  coup  sûr,  d'après  le  livre  des  Prorrrhes,  que 
cette  froideur  apparente  aura  cédé  dans  peu  d'instants.  Le 
chapitre  Vil  de  ce  livre  donne  la  fin  de  l'épisode,  et  avertit 
bien  à  l'avance  (1),  mais  en  vain,  ce  jeune  insensé  des  maux 
où  il  se  précipite  ;  ils  ressortant,  dans  sa  statue,  des  deux 
jambes  de  solipède  qui  reposent  sous  son  poitrail,  et  de  l'at- 
titude de  sauterelle  affectée  par  les  postérieures  ;  les  sens 
l'emportant  sur  l'espiit  se  trahissent  dans  les  premières,  et 
la  fougue  des  passions  viles  est  sensible  dans  les  deux  autres. 
La  chaussure  des  pieds  humains,  montrés  sans  souliers  ni 
bottines,  est  analogue  à  cet  esprit,  et  dit  assez  au  specta- 
teur combien  le  texte  fut  prophète  (2)  :  a  Ne  vous  laissez  pas 
surprendre,  dit-il,  à  ses  regards  affectés  (ceux  de  la  femme 
sans  honneur). Lafemmecorrompuecaptivel'âmederhorame, 
ce  trésor  inappréciable...  Un  homme  peut-il...  marcher  sur 
des  charbons  (ardents)  sans  se  brûler  la  plante  des  pieds  ?  » 
En  effet,  dans  cette  statue,  la  plante  des  pieds  est  brûlée, 
ce  que  semble  indiquer  du  moins  l'état  où  est  montrée  la 
chaussure.  Ce  sont  des  chausses  à  mi-jambe  (3)  ou  plutôt  un 
reste  de  chausses,  débris  presque  nauséabond  de  cette  partie 
du  costume  qui  emboîtait  la  jambe  et  le  pied,  fragment, 
chacun  peut  s'en  convaincre,  veuf  de  son  antique  semelle  et 
réduit  à  l'état  de  guêtres  tout  effdées  et  sans  attaches.  La 
chausse  de  la  jambe  gauche,  ainsi  mutilée  laidement,  est  en 
surplus  interrompue  avant  Id  naissance  des  doigts,  et  la  peau 
du  pied  elle-même  remplace  la  semelle  absente.  La  chausse 
de  la  jambe  droite  bâille  par  un  Irou  identique  ouvert  sous 
la  j)lante  du  pied,  mais  traversé  par  un  lambeau  assez  sem- 
blable à  un  sous-pied,  attestaiiou  non  équivoque  de  la  nature 
prin'.itive  de  celte  chau.ssure  sans  nom;  le  talon  en  deçà  de 
lui,  le  reste  du  pied  t-n  delà,  sont  vus  à  l'état  de  nature, 
saut  l'orteil  et  le  doigt  voisin.  Ainsi,  non  loin  de  cette  tête 


les  Merveilles  du  monde.  —  Et  miniatures  d"un  autre  msc.  commence  en  1291 
et  termin(i  en  1294. 

(1)  Chapitre  VI. 

(2)  Non  concupiscat  pulchritudincm  ejus  (mulieris  malae),  nec  capiaris 
nutibus  illius...  Mulier  autem  viri  pretiosam  animam  capit.  Numquid  pôtesl 
homo  abscondere  ignem  in  .sinu  suo,  ut  vestimenta  illius  non  ardeant?  Aul 
anibulare  super  prunas,  ut  non  comburantur  pIant.T  ejus?  (Proverb.  VI, 
2o,  26,  27,  28.) 

(3)  La  jambe  droite  du  sujet,  la  seule  qui  soit  app.nrenle  sur  notre  gra- 
vure, est  fruste  à  re.\cés  :  il  n'y  reste  plus  de  vestige  du  point  de  séparation 
entre  la  tige  supérieure  de  la  ch.iusse  et  la  jambe,  entièrement  nue  Le  rebord 
en  .saillie  qui  a  dû  l'indiquer  autrefois  a  totalement  disparu,  mais  .subsiste 
encore  à  la  jambe  gauche;  c'est  un  bourrelel  bien  marqué,  indiquant  le  haut 
de  la  tige  d'une  espèce  de  demi-bas  commençant  à  se  rouler  quelque  peu  par 
le  sommet  de  sa  bordure.  On  le  voit  très-distinctement,  à  l'.iide  de  la  lunette 
d'approche,  du  préau  des  bàtimenis  claus;raux  (au  moment  où  nous  écri- 
vons, la  maison  royale  de  S.  Denys),  et  c'est  de  là  que  nous  l'avons  observé 
nous-mème. 


28» 


REVUE  DE  L'AKCHITECTl'HK  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


ioo 


frisée  avec  quelque  recherclie,  se  décèle  hideusement  la  mi- 
sère la  plus  abjecte  qui  suive  la  dégradation,  cachet  honteux 
et  explicite  dont  chacun  saisit  la  morale,  et  qui,  mystifjue- 
ment  traduit  d'après  le  texte  des  l'rorcrbes,  montrait  en 
surplus  aux  lettrés,  comme  source  de  ces  désordres,  l'aflec- 
tioa  coupable  et  brutale  h  tout  ce  qui  flatte  les  sens.  C'est  ce 
que  marquait  dans  cet  âge,  sur  les  statues  emblématiques, 
le  contact  immédiat  de  la  plante  des  pieds,  signe  des  affec- 
tions de  l'homme  (1),  avec  la  poussière  et  la  fange,  marque 
des  goûts  bas  et  abjects  et  des  habitudes  du  vice  (2)  Seule- 
ment, sur  notre  statue,  cette  nudité  est  montrée  à  deux  points 
de  vue  différents,  selon  le  degré  de  lumières  de  ceux  qu'elle 
avait  à  instruire  :  pour  les  clercn,  elle  aviVit  sa  cause  (selon 
le  livre  des«  Proverbes  »)  dans  cette  combustion  des  chausses, 
marquant  les  affections  du  cœur  égaré  hors  du  droit  che- 
min en  se  prostituant  au  vice,  et  se  dénaturant  ensuite  dans 


(1)  V.  dans  noire  II*  partie,  article  Piedt. 

(2)  La  semelle,  inlerpo*'(!  entre  le  S(il  fiijurant  les  soins  temporels,  et  les 
pieds,  emhlèiiie  des  affiliions  qui  inspirent  les  actes,  représentait  le  détaclie- 
mcnt  et  l'alini'gation.  Les  sandales,  indispensables  à  la  si'curité  des  pieds  dans 
les  voyages  de  long  cours,  rappelaient  la  promptitude  à  ulx'ir  à  la  voix  de 
Dieu  et  l'abnégalion  de  la  volonté  propre  selon  ce  précepte  :  •  Kstote  parati,  ■ 
et  l'autre  commaiidonicnt  du  Sauveur  ne  permettant  à  ses  apôtres  que  li's 
sandales  :  •  Et  pnecepit  cis  ne  quid  tollerent  in  via,  nisi  virgam  tantùni. 
non  peram,  non  panem,  neque  in  zund  »!s,  seU  calcealoi  landaliit  (Marc,  VI).  • 
De  plus,  <lesliluies  (ie  l'empeigne  formée  de  puau.\  d'animaux  morts  et  dea- 
tini'e  à  préserver  les  pieds  des  chocs,  des  intempéries  des  saisons,  etc.,  elles 
signiliaienl  le  renoncement  aux  œuvres  appelées  mûrie»  et  à  toute  vaine  re- 
clierclie  des  satiafaclions  temporelles.  Aussi,  la  chaussure  des  saints  dans  les 
œuvres  d'art  hii'ratiques,  quand  elle  n'est  pas  déterminée  par  le  caractère 
historique,  est-elle  les  .simples  sandales  empécliant  le  contact  avec  le  bourbier, 
mais  sans  empeigne,  c'est-à-dire  sans  amour  dos  choses  purement  terrestres. 
«  Non  peram,  non  calceamenta  ;  uirumque  de  corio  mortui  animalis  conli- 
citur.  Nihil  aulem  in  nobis  Dominus  Jésus  muriale  vult  esse.  >  S.  Ambros., 
in  cap.  X,  Luc,  lib.  Vll.j  S.  Augustin  dit  en  parlant  des  ■  souliers  couverts  ■  : 
«  Coria  mortuoruni  sunt,  nobis  tegmina  (courer/ure  et  non  pas  s?me(/e)  peduni. 
Por  hoc  jubemur  renuntiare  mortuis  operibus.  Hoc  in  ligurl  .Moyses  admonc- 
batur,  quundo  Dominus  loquens  ait  :  •  Suive  calceamenta  de  pedibus  tuis  ; 
locus  cnim  in  quu  stas  terra  cancta  est.  •  Quid  terra  suncta,  quam  Dei  Kccle- 
siaî  In  illà...  calceamenta  >olvamus,  id  est,  mortuis  operibus  renuntiemus. 
(S.  Augustin,  Serm.  XLll  de  Sauciu.,  il  de  Aposluln.)  Dans  ce  passage. 
Terra  tancta,  c'est-à-dire  un  sol  sans  bourbier  et  sans  poussière  des  vices; 
Dieu  ordonne  d'y  quitter  ou  d'y  découvrir  les  souliers  •  couverts  <  ;  et  dùl-un 
même  y  cheminer  sans  la  siunelle  symbolique,  on  n'y  serait  i)oint  en  cont;ict 
avec  le  bourbier  des  passion*.  Il  en  est  tout  contrairement  pour  la  représen- 
tation de  rOnocenlaure  :  placci  dans  la  région  du  mal,  il  a  le  cou-de  pied  cou- 
vert, ce  c(ui  est  la  mollesse  excessive  et  la  recherche  outre  mesure  des  dédom- 
magements sensuels;  et  la  plante  de  ses  pieds  est  nue,  en  signe  d'adhérence 
extrême  aux  habituilcs  du  pi'cln'. 

Ce  ()ue  nous  avons  cite  de  S.  Augustin  se  trouve  dans  nombre  de  Pères, 
ootaninient  dans  U<':de  et  dans  S.  An.selme.  •  Marcus  (lit-un  dans  le  premier) 
dicendo  calceari  Apostolos  sandaliis,  vel  soleis,  aliquid  hoc  calceamentum 
mysticeu^  signiiicationis  hak're  admonel;  ut  pes  neque  teclut  sit,  neque  nudiu 
adterrmn;  id  est,  ne  occulteturEvangelium  (les  pie<ls,  flgure  de  la  prédication 
évangéliijue,  objet  lies  actions  des  aptitres,  et  dans  les  laïques,  des  afTeclions 
déterminantes),  nec  terrenis  commodis  innitalur  (Bed.  io  Marc.  VI).  > 

Nous  devons  remarquer  pourtant  qu'il  y  a  dans  la  statuaire  monumentale 
une  nudité  absuluo  accordée  aux  pieds  des  apôtres  :  c'est  ainsi  que  nos  basili- 
ques nous  les  montrent  sur  leurs  |>ortails,  pieds  nus,  comme  indigents  et 
pauvres.  Ils  y  ont  d'autres  fois  des  sandales  en  signe  de  pureté  et  d'abnéga- 
tion, mais  bien  rarement  ou  même  jamais  des  ^uliers  tout  à  fait  couverts  : 
c'eût  été  leur  prêter  des  vices.  (Juant  k  l'Onocentature  de  Saint-Denys,  ce 
n'est  point,  tant  s'en  faut,  un  ap6tre.  Sa  chaussure  dessemeléo  et  couvrant 
la  partie  supérieure  des  pieds  est  suflisamment  expliquée  par  les  principes 
que  nous  veiiiins  d'exposer,  et  qu'on  a  dû  raodiOer  par  d'autres  allusions 
niysti(iues  quand  il  s'est  agi  dos  apdtres. 


ce  foyer  de  corruption  comme  un  membre  livré  aux  flammes  ; 
pour  ceux  moins  versés  dans  la  Bible,  la  déoudatioa  de  ces 
pieds  semblait  seulement  provenir  de  la  déchirure  hooteose 
et  humiliante  des  chausses  et  de  leur  décompositioo  par  U 
vétusté,  témoignage  assez  explicite  de  la  déchéance  en  toat 
genre  qu'entraîne  l'oubli  des  devoirs. 

On  voit  pour  dernier  attribut  à  ï'Onoceutaure  des  ailes 
d'oiseau  palmi]>ëde.  Ces  courtes  ailes  déployées,  caractère 
d'ostentation,  indiquent  que  ce  petit-maltre  sait  composer 
sa  vie  publique,  et  que,  s'il  manque  de  courage  pour  se 
prescrire  la  sagesse,  il  eo  sait  garder  les  dehors. 

La  suite  prorhainemeul. 
Madame  Fkucik  u'AYZAC, 

Oane  de  la  Maison  royale  de  la  Légion  d'IlooMur.  (Saint- Dea)ra.) 

Voy.  les  déuiU  des  sutiwt,  pi.  23,  M,  K,  M,  et  TemmmUe  de*  umnUm, 

pi.  «. 


1  OMK  Ml. 


SOLIDARITÉ   ENTRE   L'INDUSTRIE   ET   L'ART. 

9ISTB1BUTZOV  SSS  VmiX 

DE  L'ÉCOLE  ROYALE  SPÉCIALE  DE  DESSIN. 

Solidarité  !  Solidarité  I  c'est  le  prand  cri  de  ce  siècle.  Poar 
que  l'ordre  subsiste  il  faut  garantir  la  liberté  ;  solidarité  entre 
l'ordre  et  la  liberté. 

Pour  que  les  droits  de  la  propriété  soient  respecté»,  il  bat 
que  la  propriété  arcomplisse  ses  devoirs  ;  solidarité  entre  le 
droit  et  le  devoir. 

Pour  que  Vidée  soit  arcueillie  avec  empressement,  il  faut  la 
revêtir  des  charmes  de  la  forme:  solidarité  entre  la  t»cienee  et 
l'art. 

Pour  que  l'industrie  soit  couronnée,  il  lui  faut  rendre  hom- 
mage à  l'art  ;  solidarité  entre  l'indiiîMri^et  l'art. 

So/idari/*.' mot  merveilleux  quisignifle  pourl'esprit  principe 
universel,  pour  le  cœur  fralerniié,  pour  le»  sens  utililé,  pour 
l'homme  unité  el  harmonie. 

Il  y  a  deux  mille  ans  déjà  qu'un  guerrier  de  la  vieille  Rome 
païenne  racontait  à  des  soldats  révoltés  la  fable  du  \  entre  et 
des  Membres.  Rome  le  comprit,  et  sa  lourde epée  conquit  l'# 
nité  matérielle,  mais  compressive  de  l'ancien  monde. 

Le  Christ  proclama  la  fralerniié,  et  l'uuilé  spirituelle  et  iibtc 
du  monde  civilisé  s'est  constituée  ;  mais  l'uuité  matérielle  s't«l 

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REVUE  DE  L  ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


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dissoute  depuis  longtemps.  A  notre  siècle  de  la  reconstruire  dans 
des  conditions  de  liberté.  A  nous  de  donner  au  principe  de  la 
solidarité  humaine, au  principe  d'unité  matérielleet  spirituelle, 
une  large  et  noble  expansion.  A  nous  de  réaliser  ces  vœux  gé- 
néreux de  93,  la  liberté  dans  la  fraternité. 

Savants,  proclamez  la  loi  d'unité  scientifique.  Dites  que  la  loi 
d'ordre  qui  régit  le  ciel  gouverne  aussi  la  vie  dii  moindre  insecte. 

Artistes,  reconnaissez  dans  chaque  art  un  magnifique  langage 
propre  à  exprimer  les  sentiments  de  l'âme  humaine,  toutes  ses 
joies  et  toutes  ses  douleurs.  Ne  condamnez  aucun  style,  car 
chacun  d'eux  rappelle  un  cri  de  l'humanité  heureuse  ou  souf- 
frante; ce  sont  les  diverses  modulations  de  l'hymne  merveil- 
leux que  les  hommes  chantent  depuis  l'origine  du  monde. 
Artistes,  proclamez  la  loi  d'unité  et  de  variété  dans  l'art. 

Mais  sortons  de  ces  régions  métaphysiques,  cessons  un  mo- 
ment de  regarder  en  nous,  d'interroger  nos  esprits  et  nos 
cœurs,  et  entrons  dans  le  monde  des  faits,  car  nous  y  rencon- 
trerons la  question  vitale  des  intérêts  matériels.  Voici  un  gros 
vol.  in-folio  ;  il  s'intitule  :  Reports  from  the  sélect  committee  on 
arts  and  ther  connexion  with  manufactures. 

Ce  qui  peut  se  traduire  ainsi  : 

Rapport  de  la  commission  élue,  sur  les  arts  et  leur  connexité  avec 
l'industrie  manufacturière. 

Cette  Commission  fut  nommée  en  1  ?35  par  la  Chambre  des 
communes  d'Angleterre,  pour  étudier  l'état  des  arts  dans  la 
Grande-Bretagne  et  leur  influence  sur  l'industrie  manufactu- 
rière. Question  de  solidarité,  d'action  réciproque,  soulevée  par 
des  nécessités  commerciales  et  les  exigences  de  la  concun-ence 
industrielle.  La  Commission  fut  autorisée  à  acquérir  tous  les 
écrits,  tous  les  documents,  et  à  faire  comparaître  devant  elle 
toutes  les  personnes  qu'elle  jugerait  pouvoir  l'instruire. 

Ce  sont  les  minutes  des  séances  et  le  rapport  de  la  Commis- 
sion, qui  composent  le  volume  que  nous  avons  devant  nous. 
Le  rapport  commence  ainsi  : 

«  En  examinant  l'ensemble  de  la  question  qui  nous  est  sou- 
mise, la  Commission  se  voit  forcée  à  regret  de  reconnaître, 
d'après  les  documents  et  les  renseignements  qui  lui  ont  été 
communiqués,  que  les  arts  du  dessin,  dans  leurs  manifesta- 
lions  les  plus  poétiques,  comme  dans  leur  rapport  avec  l'indus- 
trie, n'ont  été  que  peu  encouragés  dans  ce  pays.  » 

Voilà  un  fait.  En  voici  la  conséquence  ;  nous  continuons  de 
citer  : 

«  Trop  souvent,  pour  ne  pas  dire  toujours,  les  personnes  in- 
terrogées par  la  Commission  se  sont  vues  forcées  d'établir  un 
parallèle  entre  nous  et  nos  rivaux  du  continent,  de  la  France 
particulièrement,  beaucoup  plus  favorable  pour  ceux-ci  que  ne 
l'auraient  souhaité  les  témoins  et  la  Commission...  » 

«  Pour  nous,  peuple  essentiellement  industriel  et  manufac- 
turier, la  connexité  qui  existe  entre  l'art  et  l'industrie  est  im- 
portante au  plus  haut  degré.  » 

L'influence  de  l'art  sur  l'industrie  et  le  commeice  ;  l'influence 
du  beau  sur  le  bien-èti'e  matériel  et  la  richesse  d'un  grand  pays 
est-elle  mise  assez  en  relief?  Voici  l'économie  politique  amenée 
à  déclarer  la  solidarité  du  beau  et  de  l'utile,  de  la  poésie  et  delà 
mécanique,  de  l'art,  de  la  science  et  de  l'industrie,  de  toutes  les 
facultés  humaines, de  l'homme  enfin.  Ils  reconnaissent  plus  en- 


core, ils  proclament  la  sohdarité  des  peuples,  car  ils  admettent 
notre  sentiment  supérieur  de  l'art,  comme  nous,  nous  recon- 
naissons leur  supériorité  industrielle.  La  conclusion  est  logi- 
que, mais  elle  sera  repoussée  par  tous  les  hommes  qui  s'appel- 
lent jj7-a/i(/wei,  par  ces  hommes  qui  sont  impuissants  à  recevoir 
et;i  conserverune  conception  théorique  quelconque,  incapables 
de  faire  sortir  une  conséquence  de  ses  prémisses,  devoir  au  delà 
du  fait  brutal  et  mort.  Nous  qui  n'avons  pas  l'ambition  de  nous 
faire  admettre  parmi  ces  hommes  pratiques,  nous  qui  sommes 
artiste  et  qui  avons  le  droit  de  ne  pas  nous  atrophier  l'imagina- 
tion, de  ne  pas  détester  l'harmonie  et  de  ne  pas  demander  à 
grands  cris  la  perpétuation  de  la  guerre  parmi  les  peupks,  nous 
voyons  dans  cette  reconnaissance  réciproque  des  deux  grandes 
facultés  qui  distinguent  l'Angleterre  et  la  France,  un  germe 
d'imion  future  qu'il  appartient  aux  siècles  de  faire  éclore.  Il 
faut,  dit-on,  l'union  de  l'art  et  de  l'industrie  pour  que  les  pro- 
duits manufacturiers  atteignent  leur  plus  grande  perfection  : 
la  France  est  artiste,  l'Angleterre  est  industrielle,  et  vous  ne 
concluez  pas  à  une  association  inévitable  de  ces  deux  forces 
sous  l'influence  des  progrès  et  du  temps? 

Mais  revenons  au  fait  pratique,  contingent  matérieL  N'est-il 
pas  vrai  que  voici  une  Commission  chargée  de  faii-e  gagner  de 
l'argent  à  l'Angleterre  et  qui  se  trouve  conduite  à  faire  un 
cours  de  philosophie  pratique,  à  proclamer  la  loi  de  solidarité 
comme  la  sauvegarde  de  l'industrie  et  du  bien-être  matériel  ? 

Encore  un  extrait  : 

a  En  Angleterre  Vai't  est  cher;  en  France,  il  est  à  bon  marché, 
parce  que  le  sentiment  et  l'habitude  des  arlsy  sont  généralement 
répandus.  En  Angleterre,  un  grand  fabricant  peut  se  procurer 
des  modèles  d'un  ordre  supérieur,  car  nos  riches  orfèvres  ont 
demandé  des  compositions  aux  génies  de  Flaxman  et  de  Sto- 
thai'd;  mais  celui  qui  fabrique  l'argenterie  ordmaire,  la  bijou- 
terie courante,  ne  peut  pas  se  procurer  des  modèles  compara- 
bles à  ceux  de  la  France,  sans  supporter  des  frais  hors  de 
toute  proportion  avec  le  prix  de  vente  de  ses  produits.  » 

Donc,  de  par  l'argent,  de  par  le  commerce,  l'industrie  et  la 
banque,  il  faut  dresser  des  autels  à  l'art  et  adorer  le  génie, du 
beau. Comment  se  fait-il  alors  que, récemment,  à  la  Chambre  des 
députés,  un  de  nos  élus  ait  pu  trouver  déshonorante  pour  l'é- 
paulette,  la  mission  donnée  à  une  frégate  de  guerre  de  trans- 
porter aumont  Athos  M.  Papety,  dont  la  brillante  palette  fait 
honneur  au  pays?  Comment  se  fait-il  qu'un  ministre  français 
n'ait  opposé  à  ce  ridicule  reproche  qu'une  dénégation  menson- 
gère? A  défaut  d'un  ministre  du  Commette,  comprenant  les 
intérêts  du  commerce  français,  à  défaut  d'un  ministre  des 
Beaux- Arts  ou  de  l'Industrie,  il  ne  s'est  donc  pas  trouvé  à  la 
Chambre  même  un  économiste  à  la  hauteur  de  la  Commission 
anglaise  !  Pas  un  seul  représentant  de  la  ville  de  Lyon,  de  Mul- 
house, de  Paris,  dont  les  produits  doivent  leoi"  supériorité  au 
goût  de  nos  artistes!  Il  n'y  a\ait  donc  là  personne  pour  dire 
qu'en  1843  nos  exportations  industrielles,  bronzes,  bijouteries, 
etc.,  dont  l'art  fait  le  principal  mérite,  sont  montées  au  chiffre 
de  60  millions,  et  que,  grâce  aux  efforts  de  nos  rivaux,  aux 
écoles  de  dessin  qu'ils  ont  établies  et  qu'ils  cultivent  soigneu- 
sement, la  somme  de  nos  exportations  s'est  amoindrie  les 
années  suivantes  ! 

L'industrie  a  besoin  de  l'art  pour  pi-endre  de  grandes  propor- 


mi 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PL'BLICS. 


lions  ;  c'est  !e  génie  inrtiiBiric!  de  l'Angleterre  qui  vous  le  dit, 
et  croyez-l(!  ;  c'est  »on  intérM  fjui  parle. 

L'artdestiné  à  commémorer  les  grandes  gloires  nationales  par 
la  peinture,  la  sculpture  et  l'architecture  ;  le  génie  qui  chante 
l'idéal  et  qui  nous  entraîne  à  sa  suite  dans  les  royaume»  infinis 
de  la  poésie,  ne  prête  que  rarement  un  concours  direct  à  l'in- 
dustrie manufacturière  ;  pour  rendre  de  grands  service»  au 
manufacturier,  il  est  bon  de  connallre  un  peu  le»  procédés  de 
la  fabrication  ;  il  faut  souvent  que  l'artiste  lui-même  soit  un 
peu  fabricant,  qu'il  consulte  le  goût  public  et  qu'il  »'y  prête 
avec  une  flexibilité  qu'ignore  l'artiste  franchement  poète. 

De  là  la  nécessité  d'écoles  spéciales  pour  l'étude  du  dessin 
industriel,  écoles  où  puissent  s'instruire  les  enfants  d'ouvriers 
dont  le  temps  est  compté,  qui  sont  destinés  A  auhte  la  carrière 
de  leurs  pères,  el  à  tirer  immédiatement  un  profit  pécuniaire 
de  leur  habileté.  C'est  un  rare  privilège  de  la  fortune  que  de 
pouvoir  consacrer  à  l'art  tout  le  temps  nécessaire  au  plein 
développement  de  sou  talent. 

.  La  France  compte  plusieurs  Ecoles  royales  de  dessin  et  de 
mathématiques  appliquées  aux  arts  industriels.  Il  y  en  a  une 
à  Lyon,  une  autre  à  Dijon  et  une  troisième  à  Toulouse  ;  mais 
l'Ecole  modèle,  c'est  l'École  de  Paris.  Non  pas  que  l 'édifice  soit 
considérable,  les  salles  vastes,  les  modèles  aussi  variés  qu'on 
pourrait  le  désirer;  au  contraire,  celte  École  qui  date  du  siècle 
dernier,  et  qui  a  fait  éclore  les  talents  de  MM.  Percier  et  Fon- 
taine, Samson  (général),  Ramey,  Baltard,Duperrey  (capitaine), 
Couture,  etc.,  etc.,  qui  compte  aujourd'hui  900  élèves  et  qui  en 
comptera  peut-être  plus  de  mille  l'année  prochaine,  est  établie 
dans  de  vieilles  constructions  faites  à  différentes  époques,  et  qui 
n'offrent  que  de  misérables  salles  dont  tout  le  talent  d'un  archi- 
tecte éminent,  M.  Constant^Dufeux,  n'a  pu  dissimuler  l'insuffi- 
sance et  la  pauvreté.  La  rémunération  des  professeurs  est 
digne  des  bâtiments  dans  lesquels  ils  enseignent,  mais  certai- 
nement au-dessous  de  leur  mérite  et  hors  de  toute  proportion 
avec  le  degré  d'encouragement  que  mérite  une  telle  École. 

n  ne  se  passe  guère  de  mois  sans  qu'un  étranger  visite  l'École 
de  Paris,  attiré  par  le  renom  de  ses  enseignements  et  l'habileté 
de  ses  élèves.  L'Angleterre,  surtout,  envoie  chaque  année  des  ar- 
tistes pour  s'instruire  des  méthodes  de  cet  établissement.Nous- 
niême,  nous  y  avons  conduit  il  y  a  peu  de  temps  M.  Barry, 
l'architecte  des  maisons  du  Parlement  (1),  et  M.  Poyn1er,un  ar- 
chitecte très-distingué  chargé  par  le  gouvernement  anglais  d'é- 
tudier cette  question  de  l'enseignement  du  dessin  industriel. 

Profondément  pénétré,  comme  nous  le  sommes,  de  la  haute 
importance  de  l'enseignement  général  de  l'art  en  France,  de 
son  heureuse  influence  sur  les  mœurs  aussi  bien  que  sur  notre 
industrie  et  notre  commerce,  on  conçoit  combien  nous  avons 
dû  mettre  d'empressement  à  nous  rendre  d  la  distribution  des 
prix  de  l'École  de  dessin  de  Paris. 

La  cérémonie,  présidée  par  .M.  le  préfet  de  la  Seine,  a  eu  lieu 
le  22  de  ce  mois,  dans  la  grande  salle  Saint-Jean,  à  l'Hùlel  de 
Ville.  M.  dellambuteau  adressa  d'abord  quelques  paroles  affec- 
tueuses et  paternelles  aux  élèves,  el  M.  Belloc,  l'actif  et  intelli- 
gent directeur  de  cet  établissement,  prit  la  parole  à  son  tour. 


(1)  Cette  construction,  en  style  gothique  anglais  du  xvi*  sitele,  est  le  monu- 
nent  le  plus  colossnl  fiu'on  ail  constniit  depuis  un  siècle.  Ou  y  compte  onze 
toun  dont  une  a  plus  de  3UU  pieds  anglais. 


Tout  en  rendant  un  juste  hommage  aux  professeun  Herr  et  Re- 
bout (géométrie),  J«y  (dessin  d'architecture),  Lecoq  de  Bol»- 
baudran  (dessin  des  animaux), et  Jacqnot  (sculpture),  M. BeHoe 
non»  a  initié  à  quelques  améliorations  introdniies  cette  année 
encore  dans  l'enseignement  de  l'École,  et  dont  nous  recnm- 
mandons  l'adoption  aux  professeurs  de  Lyon,  de  Dijon,  de  Too- 
louse,  etc.  Ainsi,  dans  le  cours  de  M.  Jay,  les  élères  se  sont  ap- 
pliqués à  mettre  au  net  les  figures  tracées  par  le  profcwoiir 
dans  les  cours  oraux.  Mais  rinnovation  la  phis  importante  eM 
celle  de  M.  de  Roisbaudran  :  elle  consiste  à  faire  reproduire 
exactement,  et  de  souvenir,  des  dessins  étudkHi  d'avance.  Cn 
dessin  est  confié  à  l'élève  ;  il  l'examine  à  ses  heures  de  loisir, 
il  l'étudio,  il  l'analyse  dans  toutes  ses  parties;  revenu  A  l'École, 
l'élève  rend  le  modèle  et  le  reproduit  de  souvenir.  Nous  avons 
examiné  une  série  de  dessins  faits  ainsi  de  mémoire  par  les 
jeunes  élèves  de  l'École,  et  nous  avons  élé  extrêmement  sur- 
pris de  la  fncilitë  avec  laquelle  ils  avaient  sa  retrouver  sous 
leur  crayon  les  formes  les  plus  compliquées.  Le  haut  du  corps 
d'im  écorcbë  avait  été  reproduit  ainsi  de  souvenir,  avec  nne 
fidélité  étonnante. 

Horace  Vemet,  dont  chacun  contait  la  grande  facilité  de 
dessin  et  l'étonnante  mémoire  des  formes,  s'adonna  de  bonne 
heure  à  cette  culture  de  la  mémoire  des  lignes.  <  Voua  vous 
rappelez  bien  votre  cambuse,  dit-il  un  jour  à  un  chirurgien  4e 
l'armée  d'Afrique,  eh  bien,  je  n'ai  fait  qu'y  passer,  et  cependant 
si  vous  le  voulez,  je  vais  vou»  en  faire  le  croquis,  et  cba  jue 
botte  d'oignons  aura  exactement  le  nombre  qui  lui  appartient.» 
Une  telle  mémoire  doit  être  d'un  puissant  secours  dans  la  com- 
position, surtout  si,  comme  le  dit  pitloresquement  Saint-I.,am- 
liert,  «  l'imagination  n'est  qu'une  mémoire  sensible.  » 

Un  passage  du  discours  de  M.  Belloc  a  excité  vivement  l'at- 
tention. Job  connut-il  la  locomotive?  Vous  riez.  Il  n'y  a  pas 
de  quoi.  Lisez  plutôt  : 

«  Le  programme  du  grand  bas-relief  offrait  beaucoup  de  dif- 
ficultés. Il  s'agissait  de  l'ornementation  d'une  locoiiwtue  :  deux 
systèmes  étaient  en  présence.  Peraonuifierait-on  cet  le  puiamnle 
machine  qui,  passant  des  manufactures  aux  navires, sillonnant 
l'Océan,  les  rivières,  dévorant  l'espace  sur  nos  grandes  routas, 
défrichant  des  provinces  (ou  l'a  récemment  attelée  à  la  cbtmie 
en  Angleterre),  étonne  le  présent  et  recule  dans  ravenir  les 
bornes  du  possible?  Devenue  aujourd'hui  familière  aux  plus 
ignorants,  elle  réclame  son  droit  de  cité  dans  le  domaine  des 
arts,  comme  le  gigantesque  véhicule,  non  plus  de  quelques 
privilégiés,  mais  de  nations  entières. 

»  S'iuspirant  des  caprices  de  l'imagination,  en  &:ra-t-oa  un 
dragon,  im  hippogriffe,  ou  mieux  encore  un  de  ces  monades, 
restes,  dit-on,  des  animaux  antédiluviens  que  décrit  Job,  loi«> 
qu'il  dit  :  *  Voilà  le  Béhèmoth,  sa  force  est  en  ses  ûanu',  ses  os 
»  sont  des  barres  d'airain  et  ses  muscles  des  banvaux  de  fer. 
»  Il  engloutirait  une  rivière  en  buvant,  une  fumée  sort  de  ses 
»  narines  comme  d'une  chaudière.  Son  souffle  embraserait  des 
»  cliuibuus,  et  uue  flamme  jaiUit  de  sa  gueule  ;  la  terreur 
»  marche  devant  lui...  » 

Ou 'en  dit  le  lecteur?  Un  tel  programme  était  certainement 
grandiose,  mais  il  était  difRcile  A  traiter.  M.  Belloc  est  de  ort 
avis.  Ce  n'est  pas  la  même  chose,  dit-il  avec  raaon,  d'arriver  à 
l'imagination  par  les  oreilles  ou  par  les  yeux. 


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UEVUE  DE   L'AIICIUTEGTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


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bien  à  ceux  qui  dirigent.  Ainsi,  sans  nous  en  excepter  nous- 
même,  c'est  à  notre  génération  tout  entière  que  nous  nous 
adressons,  voulant  exciter  chez  elle,  et  en  particulier  chez  les 
artistes,  cet  esprit  de  véritable  indépendance,  exempt  de  pré- 
jugés, qui  seul  peut  engendrer  une  architecture  nouvelle  qui 
serve  le  pays  dans  le  présent,  et  l'honore  dans  l'avenir. 

L'Académie  des  beaux-arts,  dans  sa  séance  du  11  septem- 
bre 1847,  a  décerné  le  premier  grand  prix  au  projet  de 
M.  André,  élève  de  MM.  Huyot  et  Lebas,  et  le  deuxième  grand 
prix  à  M.  Claudel,  élève  de  M.  Lebas. 

Nous  ne  laisserons  pas  partir  M.  André  sans  lui  souhaiter  un 
bon  voyage  et  un  utile  séjour  dans  les  contrées  qu'il  va  parcou- 
rir {!).  Il  verra  la  Grèce  et  l'Italie  ;  puisse-t-il,  après  avoir  terminé 
sa  pension,  et  avec  les  ressources  que  peuvent  lui  fournir  sa 
retenue  et  ses  économies, aller  aussi  au  Caire  et  à  Thèbes!  En 
étudiant  les  architectures  antiques  et  en  recherchant  leur  rai- 
son d'être,  il  découvrira  des  principes  qui  chez  elles  se  mon- 
trent souvent  à  nu  ;  alors  il  comprendra  mieux  les  beautés  qui 
se  trouvent  dans  l'architecture  du  moyen  âge,  et  qui  abondent 
aussi  dans  ces  contrées.  De  retour  en  France,  nos  beaux  monu- 
ments se  montreront  à  lui  sous  un  jour  tout  nouveau,  et  il  lesap- 
préciera  ce  qu'ils  valenl.ll  y  retrouvera  les  mêmes  grands  prin- 
cipes qui  leur  sont  communs  avec  ce  que  l'antiquité  païenne 
et  chrétienne  a  créé  de  plus  beau.  Ces  principes  gouvernent  le 
fond,  et  non  la  forme  qui  se  modifiera  sans  cesse  dans  l'avenir, 
comme  elle  s'est  modifiée  sans  cesse  dans  le  passé.  L'esprit  ou- 
vert par  les  sérieuses  études  qu'il  aura  faites,  il  sera  reconnais- 
sant envers  ces  hommes  de  lettres,  ces  savants  et  ces  artistes 
qui,  chez  nous,  par  leurs  utiles  et  persévérants  travaux,  ont  fait 
sortir  nos  monuments  nationaux  du  honteux  oubli  dans  lequel 
on  les  laissait  depuis  tant  d'années,  et  il  reconnaîtra  que  si 
l'archéologie  n'est  pas  le  seul  flambeau  de  l'architecture,  elle 
en  est  pourtant  la  sainte  et  respectable  bible. 

S.  C.  CONSTANT-DUFEUX. 


(1)  Nous  l'engaiieons  à  remarquer  que  dans  tons  les  édifices  qu'il  va  étu- 
dier, à  l'exceplion  seulement  des  monuments  de  l'Egypte  construits  sous  un 
climat  où  il  ne  pleut  pas,  on  reconnaît  partout  un  soin  attentif  apporté  dans 
l'établissement  des  couvertures  pour  faciliter  le  prompt  écoulement  des  eaux  , 
l'éclairage,  et  l'aérage  des  salles.  Il  verra  que  tous  ces  avantages  sont  obtenus 
par  les  dispositions  qui  permettent  l'emploi  des  combles  à  deux  égouts  simples 
ou  échelonnés  comme  dans  les  Basiliques  et  les  Thermes. 

Tous  les  temples  greis,  romains,  latins,  normands,  gothiques,  etc.,  sont 
à  deux,  égouts  simples  ou  échelonnés.  Les  Thermes  même,  qui  à  première 
vue  semblent  un  entassement  de  salles,  sont  étudiés  avec  un  soin  remar- 
quable sous  ce  rapport.  Les  salles  s'échelonnent  avec  art  les  unes  sur  les 
autres,  et  des  cours  de  toutes  formes  sont  ménagées  de  la  façon  la  plus  heu- 
reuse pour  faire  arriver  l'air  et  le  jour,  et  servir  en  môme  temps  à  l'écoule- 
ment des  eaux  pluviales. 

Là,  ce  n'est  pas  comme  dans  nos  compositions  académiques  où  l'on  groupe 
beaucoup  de  pièces  pour  obtenir  des  communications  faciles,  acceptables  et 
avantageuses  si  elles  n'étaient  pas  acquises  aux  dépens  des  conditions  vitales 
de  l'édifice,  les  boas  écoulements  des  eaux,  l'éclairage  naturel,  et  U  ven- 
tilation. 

Combien  de  fois  avons-nous  vu  ces  dispositions  vicieuses  figurer  dans  nos 
concours  1  Combien  de  salles  d'assemblées,  de  galeries  parallèles  accolées,  qui 
ne  s'éclairent  que  par  les  plafonds,  et  n'ont  aucune  aération  possible  !  Combien 
de  chéneaux  sur  toute  la  longeur  des  murs  de  refend  qui  les  séparent,  et 
dont  la  présence  se  révélerait  à  chaque  accident  par  de  très-notables  dégra- 
dations auxdits  mursl 

Pourquoi  voit-on  chaque  année  ces  conceptions  aux  grands  concours?  C'est 
que,  comme  disent  les  Italiens,  sopra  la  caria  lullo  regge..         S.-C.  C.-D. 


TOMBEAU   DE  NAPOLÉON. 

Les  travaux  du  tombeau  de  Napoléon  sont  poussés  avec  une 
grande  activité.  Déjà  les  fondations  sont  faites,  dans  le  dôme, 
et  on  a  atteint  le  sol  inférieur  qui  est  tout  ce  qu'on  pouvait 
espérer  de  meilleur,  c'est-à-dire  sec  et  solide.  Une  immense 
grue  mobile,  pivotant  au  centre  de  la  crypte,  permettra  de 
mettre  très-facilement  chaque  morceau  à  sa  place,  quels  que 
soient  d'ailleurs  son  poids  et  son  volume.  Déjà  les  colonnes 
de  l'autel  sont  taillées,  polies  et  mises  en  place.  Les  marches 
de  l'escalier  de  la  crypte  sont  aussi  posées.  On  emploie  un 
grand  nombre  d'ouvriers  à  la  confection  des  motifs  de  décora- 
tion des  pavements  qui  seront  en  mosaïques  et  incrustations. 
Les  marbres  les  [>lus  beaux,  et  des  plus  grandes  dimensions, 
se  débitent  et  se  façonnent  de  toutes  parts,  beaucoup  même 
sont  entièrement  terminés  et  prêts  à  poser. 

Les  douze  grandes  Victoires,  confiées  au  ciseau  de  M.  Pradier, 
sont  en  partie  ébauchées,  et  seront  bientôt  prêtes  à  recevoir  la 
dernière  main  du  maître.  On  assure  que  cet  habile  artiste  a  su 
se  conformer  ici  aux  règles  prescrites  par  l'art  monumental,  et 
que  nous  n'aurons  pas  ii  subir  l'aspect  désagréable  des  poses 
tourmentées,  dont  il  abuse  quelquefois. 

L'administration  a  enfin  pris  un  parti  relativement  au  dix 
bas-reliefs  qui  doivent  représenter  d'une  manière  symbolique 
la  vie  civile  du  grand  homme,  et  M.  Simart  est  définitivement 
chargé  de  l'exécution  de  cette  grande  tâche.  Nous  félicitons  de 
toute  notre  âme  tous  ceux  qui  ont  pris  part  à  cette  mesure,  et 
nous  sommes  vraiment  heureux  de  voir  qu'on  a  compris  qu'une 
pareille  œuvre  réclamait  une  grande  unité  de  pensée,  d'étude 
et  d'exécution.  Nous  disons  ceci  d'abord,  abstraction  faite  de  la 
personne;  mais  nous  nous  empressons  d'ajouter  que  nous,  qui 
avons  vu  les  ouvrages  de  M.  Simart,  et  en  dernier  lieu  les  dix 
compositions  qu'il  a  faites  des  sujets  dont  il  s'agit, nous  sommes 
entièrement  persuadé  qu'il  ne  faillira  pas  aux  légitimes  espé- 
rances qu'il  a  déjà  fait  concevoir. 

Beaucoup  de  combinaisons  avaient  été  cherchées  pour  salis- 
fah-e  à  la  fois  un  plus  grand  nombre  de  prétendants.  On  avait 
pensé,  tout  en  donnant  la  haute  main  à  M.  Simart,  auteur  des 
compositions,  lui  adjoindre  un  certain  nombre  d'artistes  qui 
auraient  été  chargés  d'exécuter  sous  sa  direction.  Mais  de  trop 
justes  susceptibilités  qu'il  fallait  ménager,  ont  dû  faire  renoncer 
à  ce  parti  mixte  qui  aurait,  d'ailleurs,  bien  certainement  nui  à 
l'unité  de  style  qu'on  doit  surtout  rechercher  dans  une  suite  de 
sujets  symboliques  qui  se  tiennent  tous,  puisqu'ils  sont  l'exprès- 


304 


REVUE  DE  L'AHCHITECTL'RE  ET  DES  TKAVAIX  PUBLICS. 


•MU. 


sion  (le  la  vie  d'un  seul  et  même  homme,  qui  doit  nécesHaire- 
ment  figurer  dans  chacun  d'eux. 

Quelques  personnes,  très-haut  placées,  ont  blâmé  le  parti 
pris  des  allégories,  et  pour  les  VicUjires  et  pour  les  bas-reliefo. 
Nous  sommesLicn  loin  de;  partager  k'ur  avis  à  ce  sujet  ;  et  nourf, 
qui  nous  sommes  exprimé  franchement  et  librement  lors  du 
quasi-concour8,sur  le projel0iis'exécule maintenant;  nous  ne 
pouvons  être  suspecté  de  partialité  en  soutenant  aujourd'hui  le 
sens  de  cette  partie  du  projet.  Non  I  nous  ne  comprenons  pas 
qu'on  raye  tout  d'un  coup  la  poésie  de  l'archileclure  ;  qu'on  lui 
interdise  les  expressions  générales  qu'elle  ne  peut  obtenir  que 
par  les  allé^iries  et  les  symboles.  Non  !  nous  ne  comprenons 
pas  qu'on  veuille  la  réduire  aux  expressions  matérielles  qu'elle 
serait  bien  souvent  impuissante  à  rendre.  Dans  les  longuts 
pages  d'une  histoire  on  jieut  tout  dire  et  tout  raconter.  Dans 
le  champ  restreint  d'un  point  d'appui,  d'un  mur,  il  faut  des 
expressions  concentrées  résumant  mille  faits  dans  un  seul 
signe.  Les  douze  Victoires  diront  tous  les  combats  aussi  bien 
que  toutes  les  grandes  batailles.  Les  dix  bas-ruliefs  diront,  par 
des  généralités,  tous  les  actes  du  souverain  législateur. 
•  Il  est  vrai  qu'en  raison  du  parti  pris  on  semble  pouvoir  être 
plus  précis  dans  les  bas-reliefs  que  dans  les  Victoires  qui  ont 
naturellement  dans  la  composition  un  caractère  plus  indéter- 
miné. Il  serait  possible,  ce  nous  semble,  de  les  préciser  davan- 
tage sans  cependant  entrer  dans  uae  expression  trop  matérielle 
et  trop  vulgaire.  11  serait  possible  d'en  faire  des  monuments  par 
lants  et  tout  napoléoniens;  des  monuments  qui,  réduits  dans 
les  temps  à  venirà  l'étal  de  fragments,  seraient  encore  expres- 
sifs. Il  suffirait  de  couvrir  les  draperies  de  légers  ornements  à 
travers  lesquels  seraient  écrits  tous  les  noms  des  batailles  et 
combats. 

Cette  ornementation,  exécutée  finement  sur  toutes  ks  drape- 
ries qui  pouriaienlélre  en  partie  doi'ées,  aurait  aussi  l'avantage 
de  présenter  à  l'œil  un  travail  doux,  qui,  différenciant  les  étof- 
fes, ferait  mieux  ressortir  les  nus. 

Nous  nous  bornerons  à  cet  e.xposé  de  l'état  d'avancement  des 
travaux,  et  à  l'avis  que  nous  avons  ouvert.  Nous  ne  voulons  pas 
être  de  ceux  qui,  passant  devant  une  Bibliothô(jue  ou  fout  autre 
monument  en  construction,  portent  étourdimenl  un  jugement 
prématuré,  et  le  qualifient  d'épitliètes  injurieuses,  qu'il  leur 
serait  bien  difficile  de  motiver  suffisamment  en  présence  d'une 
œuvre  à  l'état  d'ébauche.  Quel  est  l'écrivain,  le  i)eiutre,  le 
sculpteur  qui  voudraient  étx-e  jugés  avant  d'avoir  dit  leur  der- 
nier mol?  Par  quelle  raison  excepterait-on  l'architecte? 

Quanta  nous,  nous  ne  regretterons  jamais  de  nous  être  abs- 
tenu et  d'avoir  attendu  le  résultat  final  pour  nous  prononcer 
dans  ces  questions,  et  mms  faisons  des  vœux  pour  que  le  tom- 
beau de  Napoléon  soit  en  tout  digne  Si  sa  haute  destination. 

S.  C.  C-D. 


PONT   DE   LA  CONCORDE. 

On  refait  en  ce  moment  la  cliai.i  .lu  ^junt  de  la  Concorde,  et 
l'asphalte  trouve  là  une  nouvelle  application  (1). 
Nous  croyons  que  c'est  une  heureuse  idée  et  que  l'expérience 


(1)  Nous  applaudissons  d'autant  plus  volontiers  à  cette   mesure  que   la 
Kevue  en  a  oonseillo  l'emploi  à  plusieurs  reprises.  (Voy.  xiA.  2,  col.  96.) 


en  rendra  l'usage  plus  général,  car  c'est  peut-être  rurijeimeîl- 
leiirs empois qo'oa  puinefàirede cette  mstière,  rinconTéniaet 
de  l'aspbalte  étant  d'être  trfeg  ■emrible  aux  variations  d«  temp^ 
rature.  Appli^uèaur  une  eotu:b«  de  béton  bm  éUbU*  m  dwiM 
des  voiissoirs,  et  sous  une  épaisse  forme  de  sabte,  il  y  a  peu  4e 
chances  de  rupture  et  les  voûtes  aerootbien  ffatMiie*  de  l'in- 
filtration des  eaux  (1), 

Nous  craignons  qu'au  pont  de  la  Concorde  l'épaisseur  de  la 
forme  de  sable  ne  soit  trop  fa  l>le,  et  n'amortisse  pas  asset  les 
chocs  pro(^laits  par  le  passage  (fes  voitures  (2). 

On  ne  peut  parler  du  pont  de  la  Concorde  sans  former  des 
vœux  pour  l'achèvement  de  sa  décoration.  Le  projet  de  M.  ff. 
Lal>rouste,  qui  a  été  exécuté  en  plâtre  lors  de  la  cérémonie  des 
funérailles,  et  dont  chacnn  a  [«  recnniuilire  le  mérite,  nous 
faisait  espérer  voir  bientôt  sa  réalisati<  n.  Vjë  serait  un  aiCfeM 
d'iiideniuieer  les  artistes  sculpteurs  dont  lesesp-rancasontélé 
déçues  lors  de  la  question  des  dix  bai>-r«liels  du  teaibeMBde 
Napoléon  donnés  àM.  Simari. 

Le  projet  de  M.  H.  Labrouste  com[iorte  quatre  colonne* 
triomphales  placées  aux  deux  entrées  du  pont,  et  quatre  lions 
couchés,  puis,  huit  figures  sur  les  socles  intermédiaires  qui 
fourniraient  à  lastatuaire  monumentale  de  beaux  motifs  pour 
se  déployer.  S.  C..C-D. 


DES  PLACES  PUBLIQUES  A  PARIS. 

DU    CHOIX    DE    LEia   SITtATlO.N    ET    IX.   LKCH    KaMUTKM. 

Les  places  publiques  n'ont  point  chez  noua  la  même  inw 
portance  que  chez  les  anciens.  Athènes  s'y  réunissait  poor 
apprendre  les  nouvelles,  entendre  les  sophistes,  délibérer 
sur  les  afTaires;  Démostbënes  nous  l'apprend.  Chez  nous  le 
climat,  les  usages,  et  surtout  l'extension  donnée  à  la  mo- 
derne découverte  de  la  presse  périodique,  qui  va  dire  à  cha- 
ctm  à  son  chevet  tout  ce  qui  l'intéresse,  empé<:l)ent  les 
grandes  réunions  en  plein  air.  La  place  publique  a  changé 
de  rôle  ;  elle  a  seulement  pour  objet  de  faciliter  les  commu- 
nications au  croisement  de  plusieurs  rues,  de  rendre  leur 
voisinage  moins  hisaluhre.et  d'ajouter  aux  embellissements 
de  la  ville. 

Dans  toutes  les  cités  construites  d'après  un  plan  régulier 
on  trouve  des  places  publiques  dont  la  situation  et  les  décors 
répondent  aux  besoins  et  à  l'agrément  des  habitants;  n>yi8 
les  villes  de  vieille  date,  lentement  agrandies,  maison  i 
maison,  rue  à  rue,  par  la  force  des  événements  et  sans  prè- 


(I)  La  chape  se  réunit  sur  l«  rire*  à  on  r«T<leiB(«l  de  bril|M(l«i 
aspliatte  de  0«S5  cent,  de  loDg,  0*  IS  de  l«r|e  «I  (^00  d'^ 
detwut  contre  la  face  de  la  fondatioa  des  Intttoin.  Ce  mtMaMU 
avec  soin  se  raccorde  arec  la  chape  pjr  an  fort  solin  eo  aiyhailt. 

Les  eaux  pluviales  qui  auront  Xnrtné  le  fui  et  sa  fanne  iVmalruMii 
vers  chaque  culée  Ju  pont  en  suivant  le*  deux  pente*  oppoata  de  h  càaM, 

(3)  Cette  épaisseur  n'otaot  que  de  0>  SS  cent,  non*  mrion*  nmhi  ^'«s 
eût  protégé  l'enduit  en  asphalte  par  une  aire  en  mortàer  de  S  i  6  .«m.  d'4> 
paisseur.  Cette  aire  eût  emptVhé  le*  cailloux  de  perrer  la  coaehe  de  I 
par  l'action  incessante  du  mouvonent  de*  Toitnr«,  et  la  farantinil  de*  ( 
de  pioche  lors  du  remaniement  dn  pané  o«  de  la  pUplalion  d«k  poteau  paw 
les  feux  d'artifice.  {Jhlméi  M.  R.  J.) 


30» 


RliVUE  DE  LAUCIIITECTL'HE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


304 


vision  de  l'avenir,  sont  ordinairement  privées  du  même  avan- 
tage, parce  que  l'espace  nécessaire  et  convenable  pour  l'éta- 
blissement d'une  place  publique,  lorsqu'on  veut  en  crér  une 
nouvelle,  se  trouve  occupé  par  des  constructions  antérieures 
toujours  difficiles  à  acquérir. 

Paris  subit  encore  de  nos  jours  cette  conséquence  mau- 
vaise d'un  lent  accroissement.  Quoique  siège  du  gouverne- 
ment depuis  plusieurs  siècles,  cette  ville  n'a  pas  encore, 
malgré  la  munificence  d'une  longue  série  de  rois,  le  nombre 
suffisant  de  places  que  réclament  son  étendue  et  sa  popula- 
tion. On  pourrait  classer  dans  l'ordre  suivant  celles  qu'elle 
possède  : 

La  place  de  la  Concorde,  la  plus  belle  du  monde  en- 
tier (1); 

La  place  Vendôme,  l'une  des  plus  belles  de  l'Europe; 

Quatorze  autres  places  régulières,  mais  de  peu  d'étendue  ; 

Enfin,  quarante-trois  places  irrégulières  plus  ou  moins 
vastes. 

Parmi  les  places  régulières,  les  places  Royale  et  Dauphine 
ne  sont  guère  que  des  cours. 

Parmi  les  places  irrégulières,  il  y  en  a  qui  méritent  peu 
le  nom  de  place  à  cause  de  leur  étroitesse;  telles  sont  celles 
du  Chevalier-du-Giiet,  Cambrai,  de  l'Abbaye,  etc.,  qu'on 
devrait  agrandir  dans  l'intérêt  des  rues  voisines  :  presque 
toutes  celles  qui  ont  de  l'étendue  affectent  désagréablement 
la  vue  par  la  bizarrerie  de  leurs  formes  et  le  désaccord  des 
bâtisses  de  leur  pourtour;  les  places  du  Carrousel,  de  la 
Grève,  de  Saint-Sulpice,  etc.,  sont  dans  ce  cas,  et  mérile- 
raient  d"être  régularisées  et  embellies. 

Mais  cela  ne  suffirait  pas;  car,  nous  l'avons  dit,  Paris 
manque  encore  de  places  vastes  et  régulières  dans  plusieurs 
points  oii  elles  seraient  d'une  grande  utilité,  c'est-à-dire  à 
ses  principaux  carrefours,  presque  tous  étroits,  sales  et  dan- 
gereux. Cette  amélioration  pourrait  être  effectuée  : 

1°  Derrière  le  chevet  de  la  nouvelle  église  Notre-Dame- 
de-Loretle,  au  carrefour  des  Martyrs,  où  sept  rues  abou- 
tissent; 

2»  A  la  rencontre  des  ïdes  de  Cléry,  Poissonnière,  Bour- 
bon-Villeneuve ,  du  Petit-Carreau ,  et  Neuve-Saint-Eus- 
tache  ; 

3°  Devant  le  portail  Saint-Eustache ,  oîi  viennent  se 
joindre  cinq  rues  qui  causent  des  embarras  continuels  ; 

4"  Au  bas  de  la  Montagne  Sainte-Geneviève,  à  l'est  du 
marché  des  Carmes,  où  six  rues  se  rencontrent  ; 

5"  Au  carrefour  de  Bussy,  point  de  réunion  de  cinq  rues 
très-fréquentées,  où  les  voitures  menacent  souvent  la  vie  des 
piétons  ; 

(1)  Impossible  de  trouver  nulle  part  un  aspect  comparable  à  celui  dont  on 
jouit  du  milieu  de  cette  place  :  au  nord,  l'église  de  la  Madeleine,  la  rue 
Royale  et  les  deux  colonnades;  à  l'est,  le  palais  des  Tuileries  et  son  ma- 
gnifique jardin;  au  sud,  la  Chambre  des  députés  et  la  perspective  des 
monuments  qui  l'avoisinent;  à  l'ouest.  l'Arc  de  Triomphe,  l'avenue  des 
Champs-Elysées  et  ses  beaux  massifs  d'arbres.  Toutes  ces  magnificences 
réunies  forment  un  ensemble  merveilleux  :  aussi  rien  n'égale  la  surprLse  et 
l'admiration  des  étrangers  qui  arrivent  à  Paris  par  cette  place. 


G»  A  la  rencontre  des  rues  de  la  Har|)e,  des  Mathurins- 
Saint-Jacqucs.  Ra.iiie,  de  l'École -de-Médecine  et  l'ierre- 
Sarrasin,  m  ((ui  (ihgageraii  vtilcuient  le  palais  des  Thermes, 
où  l'on  a  placé  sijudicieusemi  nt  le  Musée  archéologique; 

7°  Au  carrefour  de  la  Croix-Rouge,  constamment  embar- 
rassé par  les  voitures  qui  y  arrivent  de  sept  rues. 

L'achat  de  la  surface  nécessîftre  à  la  création  de  ces  places 
coûterait  moins  qu'on  ne  pourrait  le  croire,  la  plupart  des 
maisons  à  démolir  étant  anciennes  et  d'une  mince  valeur  ma- 
térielle. La  construction  des  nouvelles  façades  serait  laissée 
à  la  spéculation  des  particuliers,  avec  l'obligatiog  de  suivre  le 
phm  prescrit  par  l'autorité  municipale. 

La  décoration  du  centre  de  ces  places  pourrait  également 
être  peu  dispendieuse;  ici  un  bouquet  d'arbres,  là  une  fon- 
taine à  vasque  et  à  jet  suffirait.  Cependant,  s'il  était  possible 
de  consacrer  quelques  fonds  à  l'enibellissement  des  plus  fré- 
(|uenlées,  nous  formerions  le  vœu  d'y  voir  ériger  des  statues 
à  ceux  des  princes  qui  ont  laissé  des  souvenirs  chers  à  la 
France,  ou  particulièrement  à  la  capitale  :  les  empereurs 
Julien  et  Charlemagne,  les  rois  Philippe-Auguste,  Louis  IX, 
Charles  V,  Louis  Xll,  et  François  l"'  compléteraient,  avec 
Henri  IV,  Louis  XIV  et  Napoléon,  la  série  des  souve- 
rains auxquels  le  pays  do^  en  partie  sa  splendeur.  Le  sou- 
bassement des  statues  pourrait,  tout  en  servant  de  fontaines, 
offrir  le  caractère  architectural  du  règne  de  cbacnn  de  ces 
rois,  et  en  rappeler  par  des  bas-reliefs  les  principaux  évé- 
nements. 

A  mesure  que  le  nombre  des  places  augmenterait,  on  y 
érigerait  les  statues  des  hommes  célèbres  que  Paris  a  vus 
naître  :  celles  de  Catinat,  de  Turgot,  de  Cassini,  de  Cochin, 
de  Voltaire,  de  Boileau,  de  Mansart,  de  Lebrun,  etc.,  ac- 
coQipagneraienl  convenablement  celle  que  l'on  vient  d'ériger 
à  Molière.  Toutefois,  il  serait  à  déi-irer  que  ces  statues  fus- 
sent toujours  décernées  par  la  représentation  nationale,  et 
non  par  des  sociétés  particulières,  comme  cela  se  fait  main- 
terant  très-abusivement. 

Le  dégagement  des  communications,  l'assainissement  de 
quartiers  jusqu'ici  privés  d'air,  l'embellissement  de  la  ville 
sur  plusieurs  points  importants,  enfin  un  hommage  public  et 
éclatant  rendu  aux  bienfaiteurs  du  pays  et  aux  citoyens  illus- 
tres qu'il  a  produits,  telles  seraient  les  conséquences  de 
l'accomplissement  de  nos  propositions. 

Bidault. 


PAVAGE  DE  LA  PLAGE  DU  CARROUSEL. 

Enfin  !  !....  on  pave  les  marais  du  Carrousel  !  enfin  !....  on 
va  exaucer  les  vœux  formés  depuis  vingt  ans  par  la  population 
parisienne.  Très  bien  !  mais  dût-on  nous  taxer  d'ingratitude,  ou 
seulement  d'exigence,  nous  dirons  que  ce  n'était  pas  ainsi  qu'on 
devait  dépenser  les  trois  cent  mille  francs  que  devra  coiUer  ce 
pavage.  Il  ne  suffisait  pas  de  faire  un  grand  relevé  à  bout,  et  de 
garantir  nos  voitures  des  terribles  chocs  auxquels  elles  étaient 
exposées  depuis  nombre  d'années  ;  il  fallait  songer  à  établir  le 


305 


HEVIE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


906 


meillour  et  lo  plus  pins  prompt  écoulement  des  eaux,  et  donner 
àlaplace  laforme  la  plus  convenable  pour  le  bonefl'etdes  grands 
édiflces  qui  l'entourent.  Nons  ne  pensons  pas  que  ce  double  but 
soit  atteint  par  le  dispendieux  travail  qui  s'exécute  maintenant, 
et  qui  aura  pour  résultat  final  de  remettre  à  neuf  tous  les  dé- 
fauts qui  existaient  précédemment;  c'est-à-dire  de  rétablir  une 
place  bombée  dans  le  milieu,  espèce  de  montagne  du  sommet  de 
laquelle  tous  les  édifices  environnants  paraissent  petits  et  mes- 
quins, une  place  n'ayant  pas  assez  d'issue  pour  les  eaux  plu- 
viales, puisque  les  bouclies  d'égouts  d'ailleurs  peu  nombreuses, 
(dix  seulement)  sont  actuellement  placées  vers  les  bâtiments, 
c'est-à-dire  à  plus  de  '  30  mètres  du  centre  de  la  place.  N'élait-il 
pas  facile  et  tout  naturel  d'abaisser  le  sol  en  continuant  la  pente 
de  la  cour  du  Carrousel  et  de  diriger  les  eaux  vers  dix  grilles  d'é- 
gouts établies  elliptiquement  autour  du  centre  et  dans  la  partie 
moyenne  de  la  place,  sans  toutefois  abandonner  celles  existantes 
àson  pourtour?  Par  cemoyen,  on  donnait  une  vingtaine  d'écbap- 
pées  aux  eaux,  et  on  asséchait  suOisamment  ce  vaste  espace.  On 
obéissait  d'ailleurs  à  ce  principe  élémentaire  de  salubrité  et  de 
conservation  des  bâtiments,  qui  prescrit  d'éloigner  les  eaux  le 
plus  promptement  possible  de  leur  pied  ;  et  de  plus,  on  rendait 
àceux-ci  la  noblesseetlegrandiose qu'ils  perdent  loujoui-s lors- 
qu'on les  place  à  l'extrémité  inférieure  d'une  pente.  Au  con- 
traire, par  le  moyen  que  nous  indiquons  ici ,  et  auquel  on  pourra 
revenir  un  jour,  du  milieu  de  la  place,  l'arc  de  triomphe,  les 
Tuileries  et  les  galeries  latérales  reprendraient  leur  grandeur 
effective,  et  on  aurait  fait  un  premier  pas  vers  cet  achève  ment 
du  Louvre  désiré  depuis  si  longtemps  par  tout  le  monde. 

Nous  avons  indiqué,  pi.  l'8,  flg.  .'J  et  4,  au  moyen  d'un  plan  et 
d'une  coupe,  l'ensemble  des  dispositions  que  nous  venons  de 
décrire,  et  pour  expliquer  leur  utilité  actuelle  et  future,  nous 
avons  du  indiquer  aussi  quelques  modifications  dans  les  entrées 
de  la  place.  Ainsi,  délimitant  la  place  par  une  ligne  partant, 
comme  dans  le  projet  de  M.  Fontaine,  du  pavillon  du  pont  des 
Saints-Pères  à  la  rue  de  Rohan  et  Richelieu,  nous  établissons 
les  entrées  ainsi  qu'il  suit  : 

l"  Entrée  sud-est,  en  face  le  pont  des  Saints-Pères.  Le  guichet 
actuel  serait  donné  aux  piétons,  et  deux  des  arcades  de  l'oran- 
gerie données  aux  voitures  pour  faire  un  va  et  vient. 

2°  Entrée  sud-ouest,  vers  le  pont  Royal.  Les  quatre  guichets 
actuels  conservés.  (On  pourrait  en  rendre  un  à  l'orangerie,  il 
resterait  un  va  et  vknt  pour  les  voitures  et  un  guichet  pour  les 
piétons). 

3o  Entrée  nord-ouest,  vers  la  rue  de  l'Échelle.  Les  deux 
guichets  actuels,  plus  un  à  ouvrir.  (On  pourrait  en  compen- 
sation rendre  à  l'habitation  celui  qui  est  presque  en  face  la 
rue  Saint-Nicaise.) 

4"  Entrée  nord-est,  à  la  rue  de  Rohan,  Elle  pourrait  rester 
telle  qu'elle  est  maintenant.  Néanmoins  nous  avons  indiqué 
les  deux  guichets  projetés  par  M.  Fontaine  pour  faire  le  va  et 
vient  des  voilures. 

Maintenant,  par  l'inspection  du  plan  on  verra  que  quatre 
bouches  d'égouts  sont  disposées  autour  d'une  espèce  de  plateau 
(lieu  de  refuge  pour  les  piétons)  établi  au  milieu  de  la  place.  Six 
autres  bouches  sont  ouvertes  vers  le  centre  de  chacun  des  six 
triangles  dont  les  côtés  parallèles  aux  bâtiments  sont  horizon- 
taux, et  les  autres  qui  tendent  au  centre  sont  légèrement  eu 
pente  de  manière  à  éloigner  les  eaux  du  pied  des  bâtiments. 
T.  VII. 


Douze  autres  bouches,  dont  six  existent  déjà,  sont  distriltiées 
au  pourtour  de  la  place.  En  toot  viogt^euz  ooTertures,  qui 
pourraient  être  réduites  à  vingt,  parce  qu'on  pourrait  autour 
du  plateau  n'en  faire  que  deux  au  lieu  de  quatre.   8.  C.  C.-D, 


BIBLIOTHÈOUR  ROYALE. 

Au  moment  où  les  ouvriers  sont  occupés  an  repavage  de  la 
place  du  Carniusel,  une  autre  question  s'agite,  celle  delà  reom- 
struction  de  la  Bibliothèque  royale.  Déjà  M.  Jayr,  ministre  des 
Travaux  publics,  s'est  rendu  sur  divers  emplacements,  eotm 
autres  sur  celui  du  quai  Malaquais,  entre  les  mes  des  Saint»* 
Pères  et  des  Petits-Augustins.  Certes,  un  grand  et  bel  édiâc« 
érigé  en  ce  lieu  contribueraità  l'embellissement  de  Paris.  Mais 
est-il  convenable  que  ce  soit  la  Bibliothèque  royale,  et  l'em- 
placement Bufflt-il  ?  Nous  ne  le  pensons  pas.  Le  projet  serait  de 
l'isoler  du  palais  des  Beaux-Arts,  en  pratiquant  une  lai^  rue 
latérale,  percée  en  prolongement  de  la  rue  de  Lille  jusqu'à  odle 
des  Petits-Augustins.  Cette  nouvelle  rue,  prenant  une  partie  des 
bâtimeats  essentiellement  utile  au  service  de  l'école,  nécessite- 
rait leur  reconstruction  dans  un  autre  emplacement;  on  pense- 
rait le  faire  dans  celui  du  Mont-dc-Piélé,  situé,  comme  oo  le 
sait,  à  côté  de  l'école.  Après  ce  grave  et  dispendieux  change- 
ment apporté  dans  le  palais  des  Beaux-Arts,  le  déplaconent  du 
Monl-de-Piélé,  et  rétablissement  d'une  rue  bordée  par  deux  pa- 
lais, et  pour  ainsi  dire  déserte  (1),  que  resterait-il  à  la  Bibliothè- 
que? un  emplacement  insufBsant,  puisqu'il  serait  approchant 
égal  à  celui  actuel  de  la  rue  Richelieu.  Nos  architectes  pense- 
raient-ils se  tirer  d'affaire  en  entassant.comme  ils  le  font,  hélas! 
trop  souvent,  étage  sur  étage,  et  en  accouplant  salle  contre 
salle,  tâtiment  contre  biiliment;  dispositions  toujours  vicieuses 
auxquelles  nos  lévea  avaient  la  sagesse  de  ne  pas  recourir,  afin 
de  laisser  à  l'air  et  à  la  lumière  de  larges  arrivages,  pour  l'assai- 
nissement et  l'éclairage  complets  de  leurs  ëdiflces. 

Poui-quoi  donc,  après  tant  de  tâtounenieuts  infructueux,  ne 
revient-on  pas  à  étudier  sérieusement  cette  question  sur  le 
teiTaiu  du  Louvre?  Partout  ailleur.<,  des  difficultés  réeUesel 
sans  nombre;  ici,  aucune  objection  sérieuse.  Étendue  plus  que 
suffisante;  lieu  convenable  en  raison  de  son  éloignement  des 
habitations  privées;  centre  des  collections  précieuses  d'art  et 
d'antiquités,  ayant  un  lien  tout  naturel  par  les  cabinets  des 
estampes  et  des  médailles;  enfin,  projet  tellement  populaire 
qu'il  est  dans  tous  les  esprits. 

Selon  nous,  si  jamais  on  peut  espérer  le  concours  des  Cham- 
bres pour  une  aussi  grande  construction,  c'est  en  réunissant 
l'iutérét  qui  se  rattache  à  l'idée  de  réédifier  la  Bibliothèque 
royale,  à  celui  non  moins  puissant  de  terminer  le  Louvre,  objet 
de  toutes  les  sollicitudes  nationales.  S.  C.  C.-D. 


NOUVELLE  PIUSON  MILITAIRE. 

Une  grande  construction  en  meulière  et  pierre  de  taille  s'é- 
lève eu  ce  moment  rue  du  Cherche-Midi,  sur  l'empUoemeol 
de  l'ancien  magasin  des  vivres,  en  face  la  rue  du  Regard.  Cet 


(t)  L'ttsratMiie  |ioteale  des  <>!eci«nn  da  X' 

,  •*«!  iraHSsé*  i  rananimilr  coam  e* 


m 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


308 


édifice  doit  servir  de  prison  militaire,  et  remplacera  l'Aljbaye 
dont  le  mauvais  état  nécessitait  de  très-grandes  réparations. 
La  nouvelle  prison,  beaucoup  plus  étendue  que  l'ancienne,  est 
établie  suivant  le  système  cellulaire. 

Ce  travail  est  dirigé  par  un  capitaine  du  génie  qui  a  adopté 
im  mode  de  bâtir  déjà  employé  dans  les  forts,  notamment  à 
celui  d'Aubervilliers,  c'est-à-dire  une  espèce  à'opus  incertum 
pour  les  trumeaux  exécutés  en  meulière.  Ce  mode  de  bâtir,  en 
usage  chez  les  anciens,  est  parfaitement  applicable  de  nos  jours 
surtout  avec  la  meulière  qui  se  grippe  parfaitement  avec  le 
mortier,  et  finit  par  faire  de  tout  le  mur  une  seule  masse.  Il  y  a 
solidité  et  de  plus  économie,  car  il  est  évident  que  les  déchets 
sont  moindres. 

Toutefois,  il  n'y  a  que  le  mur  de  face  du  bâtiment  donnant 
sur  la  rue  qui  soit  construit  ainsi,  tout  le  reste  est  en  pierre  et 
moellon. 

Nous  donnons,  pi.  28,  fig.  2,  une  partie  de  la  façade  du  bâ- 
timent d'administration  où  nous  avons  indiqué  cette  manière 
de  bâtir.  S.  C.  C.-D. 


NOUVEAU  MOYEN  D'ECLAIRER 

LES     PIÈCES    SUR    LES     COURCELLES. 

Les  exigences  de  la  distribution  dans  les  maisons  à  loyer 
de  Paris  et  des  autres  grandes  villes,  obligent  fréquemment 
les  constructeurs  à  ménager  dans  le  massif  du  bâtiment  une 
ou  plusieurs  petites  cours  par  lesquelles  on  éclaire  les  cui- 
sines ,  les  escaliers,  etc. 

Le  plus  souvent  ces  courcelles  fermées  de  tous  côtés  par 
des  murs  élevés  de  six  étages,  sont  des  sortes  de  puits  de 
deux  ou  trois  mètres  au  plus  d'ouverture  en  carré,  et  de  plus 
de  vingt  mètres  de  profondeur,  dans  lesquels  la  lumière  ne 
pénètre  que  verticalement  ;  les  rayons  du  soleil  ne  frappent 
jamais  que  les  bords  de  l'orifice  supérieur.  De  là  vient  que 
lespiècesdes  étages  inférieurs  ne  sont  éclairées  que  de  reflet, 
et  de  quel  reflet  !  puisque  la  lumière  ambiante  peut  seule  pé- 
nétrer dans  ces  Momies.  Aussi  les  pièces  qui  ont  leurs  fenê- 
tres sur  ces  courcellessoat-elles  ordinairement  fort  obscures  : 
on  est  obligé  d'y  avoir  un  éclairage  factice  en  plein  midi. 

M.  l'architecte  Saint-Père  vient  d'appliquer  à  une  maison 
qu'il  fait  construire  à  Paris,  rue  Neuve-des-Martyrs,  n°  3, 
un  assez  bon  moyen  de  remédier  aux  inconvénients  que 
nous  venons  de  signaler. 

Toutes  les  cuisines  de  cette  maison  à  six  étages  s'ouvrent 
sur  une  courcelle  de  2  mètres  carrés  fermée  de  toutes  parts. 
Chacune  de  ces  pièces  est  percée  d' une  fenêtre  aussi  large 
que  la  cour,  et  s' élevant  d'un  appui  de  0  m.  75  jusqu'au 
plafond.  Mais  ces  baies,  toutes  grandes  qu'elles  sont,  eussent 
été,  vu  leur  position,  insuffisantes  pour  éclairer  les  étages 
inférieurs.  Les  façades  des  1",  2«,  S*'  et  4°  étages,  au  lieu 
de  ne  faire  qu'un  seul  et  même  mur  à  plomb,  sont  établies 
en  retraites  de  0  m.  40  les  unes  sur  les  autres. 

Cette  disposition  réduit  la  cour  à  0  m.  80  de  largeur 
seulement  au  1'"' étage.  Mais  au  4",  après  plusieurs  retraites, 
la  cour  reprend  sa  largeur  de  2  mètres  et  le  mur  s'élève  ver- 


ticalement jusqu'au  faîte.  Chaque  retraite  longue  de  2  mè- 
tres, large  de  0  m.  40,  est  couverte  d'un  vitrage  en  pente 
pour  l'écoulement  des  eaux  pluviales.  Ainsi,  la  lumière  qui 
descend  au  fond  de  la  cour,  tombant  à  plomb  dans  l'inté- 
rieur des  cuisines,  y  répand  un  jour  tel,  que  bien  que  la 
surface  de  ce  châssis  ne  soit  qu'environ  la  sixième  partie  de 
la  croisée  verticale,  il  fournit  au  I'"'  étage  plus  de  jour  que 
la  croisée  elle-même  tout  entière. 

La  cour  ne  descendant  que  jusqu'au  premier  plancher, 
on  a  disposé  sur  celui-ci  un  châssis  vitré  pour  éclairer  une 
arrière-boutique. 

Nous  donnons,  pi.  28,  fig.  i,  les  plans,  coupe  et  éléva- 
tion de  celte  ingénieuse  disposition. 

N'ayant  pu  avoir  assez  tôt  les  plans  de  M.  Saint-Père,  le 
dessin  a  été  fait  d'après  la  description  ci-dessus. 

H.  J. 


CHEMIN  DE  FER  DE  ROUEN  AU  HAVRE. 

QUELQUES  MOTS  SUR  SA  NOUVELLE  GARE. 

Le  séjour  qu'on  est  obligé  de  faire  dans  la  salle  d'attente 
d'un  chemin  de  fer  est  en  général  peu  récréatif,  surtout  lors- 
que, comme  à-toutes  les  gares  de  Paris,  moins  celle  du  Nord, 
on  n'a  pour  perspective  que  les  quatre  murailles  et  le  plafond, 
plus  la  foule  hétérogène  qui  fourmille  entre  les  rares  ban- 
quettes dont  se  sont  emparés  les  premiers  venus. 

Pour  remédier  à  cet  inconvénient  des  gares  primitives,  on  a 
tâché  d'égayer  un  peu  les  salles  d'attente  en  les  éclairant  par 
de  larges  baies  ouvertes  sur  la  gare  elle-même,  afm  que  l'effet 
de  la  perspective,  le  mouvement  des  wagons,  des  machines  et 
des  ouvriers  pût  occuper  l'attention  des  voyageurs,  en  atten- 
dant le  bienheureux  coup  de  cloche  qui  fait  ouvrir  les  portes 
de  leur  prison. 

On  a  pris  des  dispositions  de  ce  genre  à  la  nouvelle  gare  du 
chemin  de  fer  de  Rouen.  Cette  gare  se  trouve  à  cheval  sur  la  voie 
de  fer  du  Havre,  dans  une  tranchée  entre  deux  tunnels  qu'«lle 
touche  par  ses  deux  extrémités.  Les  salles  destinées  aux  trois 
classes  de  voyageurs  sont  disposées  à  la  suite  l'une  de  l'autre  sur 
l'un  des  côtés  de  la  gare,  la  salle  des  premières  d'un  bout,  celle 
des  troisièmes  de  l'autre,  et  la  salle  des  secondes  au  milieu. 

Les  deux  premières  de  ces  salles  ont  accès  aux  portes  vitrées 
donnant  sur  la  gare,  et  chacun  peut  aller  voir  de  près  ce  qui  s'y 
passe;  mais  il  n'en  est  pas  de  même  de  la  salle  des  secondes. 
Comme  on  est  obligé  de  la  traverser  pour  aller  du  vestibule  à  la 
salle  des  premières,  et  comme  il  faut  éviter  le  mélange  des  deux 
classes  de  voyageurs,  on  a  établi  aux  dépens  de  la  salle  des  se- 
condes, et  sur  toute  sa  façade,  un  couloir  de  2  m.  de  large.  Une 
cloison  pleine  en  menuiserie  de  1  m.  40  de  haut,  équivalant  à 
un  mur  de  clôture,  la  sépare  de  ce  passage.  L'entrée  de  la  salle 
est  ouverte  dans  cette  cloison  qui  projette  une  ombre  large  et 
noire  sur  le  plancher  de  celte  pièce,  et  la  rend  d'une  tristesse 
extrême.  Aussi,  la  majeure  partie  des  voyageurs  de  seconde 
classe,  ennuyés  du  séjour  de  cette  espèce  de  prison,  se  tiennent- 
ils  dans  le  couloir  même,  dont  ils  obstruent  le  passage  malgré 
le  rappel  à  l'ordre  des  employés  de  service.  On  s'est  vu  obligé, 
afm  que  le  grand  couloir  restât  libre,  de  poser  au-devant  de  l'eu- 


309 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


JfO 


trée  de  la  salle  une  petite  barrière  à  claire-voie  se  prolongeant! 
jusqu'au  vestibule  et  partageant  en  deux  le  grand  couloir.  Par, 
suite  de  cet  arrangement,  le  grand  couloir  se  trouve  étranglé; 
les  voyageurs,  ne  pouvant  approcher  des  croisées,  et  voulant 
à  tout  prix  ne  pas  rester  â  l'ombre  de  la  malencontreuse 
cloison,  se  tiennent  dans  le  couloir  secondaire,  et  il  faut  l'in- 
tervention perpétuelle  des  hommes  de  selrvice  pour  faire  en- 
trer les  nouveaux  arrivants  dans  la  salle  à  travers  la  foule  qui 
en  obstrue  l'accès. 

Il  était  pourtant  bien  simple  de  ne  point  se  mettre  dans  ce 
mauvais  cas;  il  suffisait  d'établir  le  couloir  au  fond  de  la  salie 
des  secondes,  et  non  sur  le  devant.  La  communicatiofi  de  celle 
des  premières  au  vestibule  eût  été  tout  aussi  facile,  et  l'on  n'eût 
eu  qu'une  seule  porte  à  ouvrir  pour  la  sortie  des  voyageurs, 
au  lieu  de  deux,  celle  de  la  cloison  et  celle  de  la  gare. 

Puisque  nous  sommes  sous  la  porte  qui  donne  issue  dans  la 
gare,  et,  quoiqu'il  ne  soit  pas  sans  danger  d'y  faire  un  long 
séjour,  ainsi  qu'on  va  le  voir,  elle  nous  a  semblé  assez  curieuse 
pour  y  an-êter  un  instant  nos  lecteurs. 
•  Cotte  porte,  ou  plutftt  les  dix  ou  douze  portes  communiquant 
du  vestibule  et  des  salles  d'attente  à  la  gare,  au  lieu  de  tourner 
sur  des  penturcs  comme  toutes  les  portes  du  monde,  moins 
pourtant  celles  qui  glissent  dans  des  rainures  horizontales,  se 
meuvent  dans  des  coulisses  verticales;  en  un  mot,  c'est  ce 
qu'on  appelle  des  portes  à  guilloline,  mais  à  guillotine  perfec- 
tionnée, puisqu'elles  sont  munies  de  contre-poids  cachés  der- 
rière le  lambris,  et  suspendues  à  des  cordes  passant  sur  des 
poulies  qui  en  facilitent  la  manœuvre. 

Mais  les  cordes  qui  suspendent  sur  la  tête  des  voyageurs  ces 
formidables  épées  de  Damoclès  de  près  de  deux  mètres  de  large, 
ne  s'useront-elles  jamais,  ou  bien  aura-t-on  le  soin  de  les  re- 
nouveler à  temps?  admettons  que  cela  puisse  être;  mais  s'il 
plaisait  à  quelque  souiis,  domiciliée  derrière  le  lambris,  de  se 
nourrir  aux  dépens  de  l'administration  en  rongeant  la  corde, 
il  pourrait  bien  en  arriver  malheur. 

Lorsque  ces  portes  à  guillotine  sont  levées  par  des  hommes 
de  service  de  petite  taille,  il  s'ensuit  que  n'étant  pas  suffisam- 
ment haussées,' les  voyageurs  sont  obligés  de  se  baisser  pour 
passer  sous  ces  moàernes  fourches  caudines.  Nous  en  avons  Tait 
nous-même  l'expérience. 

Il  serait  donc  prudent  de  remplacer  les  cordes  des  contre- 
poids par  des  cliaines  à  la  Vaucansonqui  seraient  beaucoup  plus 
durables  et  braveraient  la  dent  des  rongeurs.  Il  faudrait  aussi 
que  la  manœuvre  des  portes  fût  faite  par  des  hommes  de  haute 
taille,  à  moins  d'y  adapter  un  mécanisme  qui  permit  à  un  Lilli- 
putien même  de  les  élever  assez  pour  que  les  voyageurs  petits 
et  grands  pussent  passer  sans  courber  leur  échine.       H.  J. 


DESCRIPTION  D'UNE  HABITATION  MOLDAVE. 

Les  ouvertiires  étroites  par  lesquelles  le  jour  pénètre  dans 
l'intérieur  sont  bouchées  par  des  cbilsBis  dont  les  carreaux 
sont  imbibés  d'huile.  Un  très-petit  nombre  ont  des  carreaux  do 
verre.  Des  chambres  irrégulières  n'ont  d'autre  pavé  que  le  sol, 
et  sont  ornées  d'une  multitude  d'images  de  saints.  Le  premier 
meuble  des  chambres  habitées  est  un  grand  poêle;  les  tables 
et  les  autres  meubles  dont  les  Européens  ont  coutume  de  se 


servir  manquent  entièrement.  Un  dirao,  composé  de  planches 
de  la  hauteur  de  nos  sofas,  règne  le  long  de  l'on  des  murs  de 
l'appartement.  Chez  les  pauvres,  il  est  couvert  d'une  couvertare 
de  laine  ;  chez  ceux  qui  sont  un  peu  plus  aisés,  d'un  matelas 
et  d'une  couverture  plus  riche.  Ce  divan  est  le  lit  de  la  famille, 
sur  lequel  les  Moldaves,  après  avoir  vaqué  â  leuts  affaires, 
passent  le  reste  de  leur  temps.  La  plus  grande  saleté  rtgne 
ordinairement  dans  ces  maisons.  Elle  est  portée  à  on  degré 
horrible  dans  les  rues  de  toutes  les  villes  et  villages,  sans  en 
excepter  même  Jassy.  Il  est  très-commun  d'y  rencontrer  d«s 
cadavres  d'animaux,  dont  une  quantité  innombrable  de  chiens 
déchirent  les  lambeaux  qu'ils  dispersent  çà  et  là.  Ils  répandent 
une  odeur  pestilentielle  qui,  jointe  à  celles  qui  s'exhalent  des 
autres  ordures  répandues  dans  les  rues,  doivent,  dans  les 
chaleurs  de  l'été,  exercer  la  plus  dangereuse  influence  sur  la 
santé  deshabitants.  (Extrait  d'unelettre  du  chevalier  P.  Moncke, 
sur  la  Moldavie,  insérée  dans  la  Revtu  du  Midi.) 


A  Monsieur  César  Daly,  ridacttur  de  la  Revue  dCArchUeclure. 

Mon  cher  oirectel-r. 

Vous  avez  bien  voulu  publier  daus  la  Revue  la  première  partie 
de  mon  étude  d'une  sMe  dC  Opéra  (i),  et  annoncera  vos  lecteurs 
la  suite  au  prochain  numéro.  Je  n'ose  compter  les  mois  qui  te 
sont  écoulés  depuis  cet  engagement,  que  je  vous  ai  mis  dans 
l'impossibilité  de  tenir.parceque  je  me  suis  trouvé,  moi-même, 
détourné  momentanément  de  ce  travail,  par  une  occupation 
que  je  n'ai  pu  refuser  et  que  je  croyais  devoir  être  moins 
longue  :  l'exécution  commencée  d'après  mes  plans  du  Jardin 
d'hiver  en  construction  aux  Champs-Elysées. 

Avant  que  je  vous  prie  de  publier  la  description  de  cet  édi- 
fice projet»',  tel  que  je  l'ai  conçu,  veuillez  réclamer  en  ma 
faveur  l'indulgence  de  vos  abonnés,  et  me  réserver  dans  vos 
publications  les  plus  rapprochées  la  place  nécessaire  à  mon 
travail  d'Opéra,  que  les  circonstances  ne  me  permettent  pas 
de  laisser  incomplet. 

Je  suis  positivement  en  mesure  de  vous  donner,  toujours 
en  temps  utile  pour  vos  livraisons,  les  différentes  parties  de 
mon  manuscrit. 

Recevez,  avec  mes  excuses,  l'expression  de  mon  bien  ainoèfe 
attachement. 

H.  MEYNADIER. 

Nos  lectejirs  verront  par  cette  lettre  que  si  le  travail  de 
M.  Mejmadier  est  resté  inachevé,  c'est  bien  malgré  nous.  Noos 
avons  prié  M.  Meynadier  d'envoyer  au  moins  la  légende  qui 
devait  servir  à  compléter  la  description  de  son  dessin,  mais 
jusqu'aujourd'hui  nous  n'avonspu  l'obtenir. Nous ai-fensespésé 
queM.Meynadiercomprendraitqu'ilyavaithlpourluiundevoir 
i\  accomplir,  qu'il  avait  contracté  une  obligation  morale  envers 
nos  lecteurs;  nous  le  lui  avons  dit,  mais  nous  n'avons  jHi  ob- 
tenir de  lui  que  d'aimables  paroles  et  des  promesses. 


ro(.  V,  mi.  454  H  »W. 


m 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


312 


NOTICE  NECKOLOGIQUE. 

Dans  notre  5«  numéro  nous  avons  annoncé  la  mort  préma- 
turée de  M.  Charles  Millardet,  architecte  et  professeur  de 
l'Académie  de  la  ville  de  Valenciennes.  Voici  quelques  notes 
sur  la  trop  courte  carrière  de  cet  architecte  dont  le  talent 
inventif  promettait  encore  de  remarquables  ouvrages. 

M.  Charles  Millardet,  enlevé  à  l'architecture  à  l'âge  de  47  ans, 
était  un  de  ces  hommes  qui,  nés  sans  fortune,  ont  eu  à  lutter 
contre  les  obstacles  sans  nombre  que  rencontre  toujours  celui 
qui  doit  faire  son  chemin  sans  autre  appui  qu'un  penchant 
naturel  très-prononcé,  et  une  force  de  volonté  inébranlable. 

Ce  fut  l'École  royale  gratuite  de  dessin  qui  mit  le  crayon  à  la 
main  de  Millardet.  Admis  ensuite  dans  l'atelier  de  M.  Debret,  il 
ne  tarda  pas  à  entrera  l'Ecole  royale  des  beaux-arts  qui  venait 
d'être  divisée  en  deux  classes.  Dès  ses  débuts,  i!  se  fit  remarquer 
par  la  hardiesse  et  l'originalité  de  ses  compositions,  et  particu- 
lièrement par  l'entente  desplansauxquelsil  savait  toujours  don- 
ner un  cachet  spécial  pour  caractériser  l'édifice  projeté.  Il  passa 
bientôt  en  première  classe,  et  fut  reçu  en  loge  en  1827  sur  une 
composition  très-remarquable  d'un  Muséum  d'histoire  naturelle. 
Seul,  parmi  les  concurrents,  il  avait  supposé  l'édifice  construit 
sur  le  penchant  d'un  coteau,  de  manière  à  accuser  en  façade  par 
des  constructions  qui  s'échelonnaient  les  trois  musées  destinés 
aux  collections  des  trois  règnes  de  la  nature. 

Les  salles  du  règne  animal  occupaient  le  premier  rang  dans 
la  partie  inférieure  du  coteau.  Celles  du  règne  minéral  étaient 
dans  la  partie  moyenne  de  manière  à  être  vues  au-dessus  des 
premières.  Enfin ,  les  galeries  du  règne  végétal  placées  au 
sommet  du  coteau  dominaient  le  tout.  Des  portiques  et  des 
escaliers  mettaient  en  communication  ces  trois  parties  princi- 
pales de  l'édifice,  et  les  rattachaient  aux  bibliothèques  et  aux 
bâtiments  d'administration.  Un  vaste  jardin  botanique,  dans 
lequel  se  trouvaient  toutes  les  mé;jageries,  enveloppait  sur 
trois  côtés  ces  constructions  monumentales. 

Rien  n'était  plus  judicieux  que  cette  disposition,  qui  donnait 
pour  les  jardins  des  sols  accidentés  de  toute  nature,  en  pente 
et  de  niveau,  humides  dans  les  parties  basses,  tempérés  dans 
les  parties  moyennes,  et  secs  sur  le  haut  plateau  de  la  colline. 
L'aspect  de  l'ensemble  des  bâtiments  s'échelonnant  les  uns 
sur  les  autres,  et  se  détachant  en  silhouette  sur  la  végétation 
et  sur  le  ciel,  était  des  plus  heureusement  pittoresques. 

Seule,  parmi  toutes  les  compositions,  elle  avait  le  mérite  de 
donner  aux  trois  musées  des  grandeurs  respectives  difiièrentes, 
et  appropriées  à  chacun  d'eux.  Ainsi,  le  musée  botanique,  placé 
dans  le  haut  et  ne  devant  contenir  que  des  herbiers,  était  le 
plus  petit;  celui  de  minéralogie,  qui  demande  plus  d'espace, 
était  situé  plus  bas,  et  de  grandeur  moyenne,  tandis  que  les 
galeries  du  règne  animal,  tout  à  fait  dans  la  partie  inférieure, 
avaient  de  très-grandes  dimensions.  En  effet,  les  collections 
renfermées  dans  des  herbiers,  et  les  minéraux  qu'on  place 
dans  des  montres  et  dans  des  tiroirs,  occupent  peu  d'espace 
relativement  au  règne  animal,  dont  les  sujets  doivent  être 
exposés  en  squelette,  et  avec  leurs  formes  extérieures. 

Avec  toutes  ces  qualités  du  premier  ordre,  Charles  Millardet 
n'eut  pas  le  prix,  et  à  Dieu  ne  plaise  que  nous  voulions  ici  ac- 
cuser l'Académie  qui  lui  préféra  le  travail  d'un  élève  qui  est 
maintenant  l'un  de  nos  architectes  les  plus  distingués,  et  qui 


alors  l'emportait  de  beaucoup  par  des  qualités  que  Charles  Mil- 
lardet n'avait  pas  au  même  degré.  Architecte  plein  d'invention 
et  de  ressources,  il  lui  manquait  l'habileté  de  la  main  qui  fa- 
cilite les  études  et  conduit  à  la  réalisation  du  beau.  Qualité 
bien  essentielle  dans  un  concours,  puisque  c'est  pai-  elle  qu'on 
peut  se  faire  comprendre  et  séduire. 

Obligé  de  travailler  pour  vivre  pendant  l'âge  des  études,  il 
se  trouva  entraîné  de  bonne  heure  dans  le  chemin  des  affaires, 
et  peu  de  temps  après  être  sorti  de  loge  il  dut  accepter  une  place 
avantageuse  dans  un  dépaçtement.  Il  quitta  l'école  ayant  encore 
plusieurs  années  à  concourir,  s'éloignant  à  regret  de  ses  amis, 
et  de  ce  champ  qui  lui  avait  fourni  les  moyens  de  donner  un 
hbre  cours  à  son  imagination. 

Nommé  architecte  de  la  ville  de  Rennes,  il  s'occupa  de  suite, 
de  concert  avec  M.  de  Lorgeril,  alors  maire,  des  embellisse- 
ments de  la  ville.  Un  théâtre  et  des  constructions  ornées  de  ga- 
leries ouvertes  comme  celles  de  la  rue  de  Rivoli,  firent  dune 
des  places  de  la  ville  un  ensemble  remarquable.  Une  chapelle 
funéraire  fut  élevée  par  lui  à  l'entrée  du  cimetière.  Il  planta  et 
décora  une  promenade  publique  dans  laquelle  il  sut  répandre 
l'agrément  sans  nuire  à  la  grandeur.  C'est  là  qu'il  éleva  un  mo- 
nument à  la  mémoire  de  l'étudiant  Vanneau,  enfant  de  Rennes, 
mort  à  Paris  victime  de  la  Révolution  de  Juillet.  Un  perron 
monumental  conduisant  à  une  place  élevée,  des  travaux  à  la 
salle  des  Étals,  à  la  mairie,  et  un  pont,  sont  les  ouvrages  qui 
recommandent  son  talent  à  la  mémoire  des  habitants  de 
Rennes. 

Tous  ces  tra^  aux  terminés,  voici  maintenant,  et  avec  eux,  les 
plus  belles  années  de  la  vie  de  l'artiste  écoulées.  Les  vues  de 
l'administration  n'étaient  plus  les  mêmes,  et  le  temps  des  éco- 
nomies était  venu  à  la  suite  de  longs  débats  relatifs  à  l'établis- 
sement des  facultés  universitaires  qu'on  voulut  construire  sur 
celte  même  place  de  la  Motte,  où  Charles  Millardet  avait,  dans 
des  prévisions  d'avenir,  établi  ces  grands  perrons  dont  nous 
a\ons  parlé.  Chaque  projet,  quelque  restreint  qu'il  fût,  était 
trouvé  trop  cher,  et  après  bien  des  ajournements  et  de  longues 
hésitations,  poussé  toujours  par  l'esprit  des  économies  exagé- 
rées, on  finit  par  mettre  en  question  la  position  même  de  l'.ar- 
chitecte.  On  trouvai  t  au  sein  du  Conseil  municipal  que  l'impor- 
tance des  travaux  n'étant  plus  la  même  qu'autrefois,  il  fallait 
modifier  la  position  de  l'architecte,  rétribué  6,000  fr.,et  la 
réduire  à  celle  d'agent--\oyer  au  traitement  de  1,500  francs. 
Cette  mesure  fut  adoptée. 

Dès  lors  Millardet  fut  mis  à  la  retraite  de  700  fr.,  et  ne  pou- 
vant, sans  fortune  et  avec  de  grandes  charges,  rester  à  Rennes, 
il  revint  à  Paris  ayant  dans  le  fond  du  cœur  un  chagrin  dévo- 
rant qui  a  certainement  avancé  sa  fin. 

Toujours  homme  énergique  et  amant  passionné  de  son  art, 
il  cherchait  à  se  consoler  en  pensant  que  cette  circonstance  lui 
fournirait  l'occasion  de  se  retremper  dans  les  nouvelles  doc- 
trines qu'il  avait  appelées  de  ses  efforts  et  de  ses  vœux,  et  qu'il 
embrassait  avec  encore  plus  d'ardeur  qu'autrefois. 

Enfin,  après  de  bien  cruelles  années  passées  à  Paris  sans  pou- 
voir se  caser  convenablement,  il  fut  nommé  architecte  et  pro- 
fesseur de  l'Académie  de  la  ville  de  Valenciennes.  Il  regardait 
son  entrée  en  fonctions,  le  1"  mai  18i7,  comme  l'inauguration 
d'une  nouvelle  vie  d'artiste,  loisque  le  25  du  même  mois  il  fut 
atteint  d'une  attaque  de  paralysie,  dont  les  suites  funestes  l'en- 


313 


REVUE  DE  L'AKCHITECTUUE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS, 


314 


Jevèreut  le  1 5  j uillet  suivant  à  sa  famille  dont  il  était  le  soutien, 
et  à  ses  amis  qui  le  regrettent  comme  un  homme  de  talent  et 
un  excellent  cœur. 

M.  P.  Féraud  vient  d'être  nommé  à  la  place  qu'occupait 
M.  0.  Millardet. 

Cette  nom  ination  donne  à  la  ville  de  Valenciennes  un  artiste, 
et  nous  avons  lieu  d'espérer  que  M.  P.  Féraud  trouvera  l'occasion 
de  se  distinguer  dans  les  travaux  qui  lui  sont  confiés,  et  de  réa- 
liser quelque  heureuse  conception,  comme  celles  que  nous 
avons  remarquées  lorsqu'il  était  élève  de  l'École  royale  des 
beaux-arts.  On  se  rappelle  encore  un  baptistère,  une  piscine  ou 
bain  public,  un  lombeau  de  famille  et  une  borne  initiale,  où 
les  meilleurs  combinaisons  de  constructions  s'alliaient  aux 
formes  les  plus  appropriées  au  sujet. 

La  Hevue  donnera  incessamment  un  fragment  de  la  piscine, 
qui  se  trouve  compris  dans  le  travail  des  voûtes  à  nervures,  et 
à  pénétrations  et  baies  elliptiques. 


VOYAGE  EN  GRÈCE  (1840  et  44). 

HOTES  ET  CR0Q0I3,  par  André  Cnucliaud,  architecte.  (Petit  in-fol.) 

Sous  ce  litre,  l'auteur  vient  de  publier  la  première  livraison 
d'un  ouvrage  qui  promet  d'offrir  un  grand  intérêt  à  tous  ceux 
qui  s'intéressent  n  l'histoire,  àl'archéologie,  ou  à  l'architecture. 
M.  Couchaud  annonce  que  son  ouvrage  formera  un  itinéraire 
complet  de  la  Grèce,  que  tous  les  principaux  monuments  des 
Hellènes,  ainsi  que  les  édilices  élevés  au  moyen  âge,  et  qui 
existent  encore  sur  le  sol  grec,  y  seront  reproduits.  Le  cahier  que 
nous  avons  sous  les  yeux,  écrit  avec  charme  et  facilité,  donne 
une  très-bonne  idée  de  l'objet  que  se  propose  l'auteur. 

Le  Pausanias  moderne  admire  le  beau  partout  où  il  le  trouve, 
et  sur  le  sol  privilégié  de  la  Grèce,  qui  vit  naître  et  fleurir  l'art 
antique  et  l'art  byzantin,  l'œuvre  païenne  et  l'œuvre  chré- 
tienne, à  chaque  pas,  l'œil  est  attiré  par  une  beauté,  l'esprit 
par  une  vérité  pratique,  le  cœur  par  un  souvenir. 

La  livraison  que  nous  avons  sous  les  yeux  est  d'un  luxe  typo- 
graphique qui  repose  la  vue;  les  dessins  sont  de  ceux  que  les 
hommes  positifs  aiment  à  rencontrer,  pleins  de  naïveté  et  de  vé- 
rité. Nous  souhaitons  bonne  chance  à  M.  Couchaud,  qui  a  bien 
mérité  de  l'art  et  des  artistes  par  ses  efforts  persévérants  et  sé- 
rieux, et  nous  ne  manquerons  pas  d'entretenir  nos  lecteurs  de 
la  marche  de  la  nouvelle  publication. 

I^a  description  du  mouastère  de  Saint-Luc,  en  Livadie,  sera 
faite  par  M.  Didron  alué. 

L'ensemble  de  l'ouvrage  comprendra  environ  30  hvraisons, 
qui  se  vendront  séparément  au  prix  de  4  fr.  50. 


NOUVELLES  ET  FAITS  DIVERS 

Pari».  —  Maison  rtnaistanee.  —  H.  Tourette  fait  bâlir  en  ce  mo- 
ment une  maison  de  plaisance  sur  le  Cour«-laReine  qui  rivalisera  avec 
sa  voisine,  la  maison  dite  de  Franfoih  l",  que  le  colonel  Brack  lit  venir 
de  Morel  pierre  par  pierre,  sous  la  restauration. 

Lu  colonnade,  les  perrons,  les  fenôlros,  les  enlablenieDls  et  les  quatre 
groupes  des  Saisons,  qu'un  de  nos  meilleurs  sculpteurs  termine  en  ce 
moment,  pourront  faire  un  tout  charmant  que  Paris  artistique  ira  voir. 


Embarcadère  de  chemin  de  fer.  —  Oo  a  commencé  les  premiirM 
constructions  de  l'embarcadère  du  chemin  de  fer  de  Strasbourg,  dao* 
le  faubourg  .Saint-Denit. 

Une  large  tranchée,  crruiU'e  poor  le  pansage  Ja  raflway  d'arrirée, 
intercepte  eo  ce  moment  la  circulation  dans  la  rae  Lalayetie. 

Un  peu  au-deatui  de  celte  ruu,  on  jette  sur  le  railway  un  aquodoc 
en  fonte,  pour  le  canal  de  ceinlar<:  qui  alimente  d'eau  l'ouett  de  Plri«. 

Hôpital  des  Cliniquei.  —  Le  mini  tre  de  llnaUiiction  publique  vient 
d'ordonner  racbèvement  de  rb6|  ii«l  de*  Cliniquea  de  la  Fa<:uit^  de 
médecine,  situé  sur  la  place  et  en  bce  l'Ecole  d«  médociiM. 

Travaux  ditem  à  Pari*.  —  \a  iMe  de  la  Cité  eal  m  es  MMOtM 
encombrée  d'ouvriers  qui  exécutent  des  travani. 

On  reconstruit  le  quai  de  Moniebello  avec  un  chemin  de  baliga  m 
bas. 

Le  Ponl-aux-Doubles  subit  une  trun^fomiation.  On  dragM  le  pttit 
bras  de  la  .Seine  pour  lui  donner  de  la  profondeur. 

Une  sacristie  s'élève  au  midi  de  la  cathédrale,  sur  l'emplacement  de 
l'ancien  ardievêclié. 

Enfin  des  centaines  d'ouvriers,  perchés  sur  des  écbaCiadagM  iiiii4a 
à  cent  ou  deux  cents  pieds  aa-dessai  du  niveau  du  sol,  «ont  occupés  I 
restaurer  l'église  Notre-Dame. 

Potoû  du  Timbre.  —  On  vient  de  reprendre  dernièrement  les  Ira- 
vaux  des  bâtiments  du  timbre  et  de  l'enregiitremeot,  interrompM 
momentanément  par  suite  d'erreurs  de  sondage  pour  les  foodatîow. 
Sulun  toute  apparence,  l'édiGce  pourra  être  livré  ver«  la  Go  de  1848  oa 
dans  le  premier  semestre  de  1849. 

Uôlel  du  prétident  de  la  Chambre  dei  député*.—  Tout  le  gros  oearra 
de  l'hôtel  du  président  de  la  Cha^ubre  des  députée  e*t  terminé.  Cet  I 
a  un  étage  avec  combles  couverts  en  zinc  au-dessus  du  ret-de  cli 
et  treize  croisées  de  face  du  c6lé  de  la  Seine. 

Une  belle  galerie,  servant  au  passage  du  président,  phinit  cet  bAtd 
à  la  Chambre  des  députés.  Aussitôt  que  les  menuisiers  auront  terminé 
leurs  travaux,  les  décurateurs  se  mettront  à  l'cuvre.  L'hôtel  sera  pro- 
bablement terminé  eu  1818. 

Quand  les  nouvelles  constructions  qu'on  élève  dânsIVuceiule  du  Palais- 
Bciurbun  seront  terminées,  ce  palais  et  ses  dépendances  auiont  coûté  i 
l'État,  depuis  près  d'un  demi-^iècle,  environs  45  uiilliotià  de  fiaocs. 

Bibliothèque  royale.  —  Pendant  les  vacances,  le  local  de  la  Uiblio- 
thè  ju(!  royale  .«ubit  quelques  modifications.  Ou  supprimerait  la  salle 
des  globe»  atin  d'affecter  ce  local  à  la  reliure.  De  plus,  ou  établirait  au 
rez-de-chaussée  de  la  galerie  Mazarine  le  dé(>ôl  des  estampes,  silné 
aujourd'hui  à  l'entresol,  dans  un  local  humitl»:,  sombre  et  beaucoap 
trop  étroit. 

Un  sommo  d'environ  60,000  francs  est  allouée  pour  ces  travaux. 

Tonr  Saint-Jaeque»-la- Boucherie.  —  La  restauration  de  la  loor  g^ 
thiqne  de  .'^aint-Jacqu>•s-la-lloocherie  vient  d'être  déridi^  sar  arrêté 
pris  en  conseil  de  M.  le  préfet  de  la  Seine.  Une  belle  foBiaiiM  iHii 
établie  à  la  base  de  cet  édifice  et  contribuera  i  assainir  ce  quartier 
populeux,  qui  a  dt'jà  tant  reçu  d'amtWiorations. 

Puis  c'est  un  grand  souvenir  bisiorique  t  conserver  que  la  tNr 
Saint-Jacqucs-la-Boucherie.  On  sait  qu'elle  sertit  de  deanu*  et  et 
lieu  de  travail  à  l'un  des  plus  célèbres  alchlaiilM  4u  mejuB  |§i. 
Nicolas  Flamel  y  passa  presque  toute  sa  vie  en  compa^mie  de  Jeaaue 
l>ernelle,  sa  femme.  Outre  ce*  souvenirs,  la  lour  Saint-Ja 
chérie  se  recommande  à  l'alteniion  des  antiquaires  par  i 
architecture  el  ses  sculpture*  symboliques  du  plus  grand  iolérM. 

La  Halle  aux  Drap*.  ~-  Le  grand  bUiment  si  négligé  et  de  si  Iririe 
apparence  qu'on  nomme  la  Halle  aux  Drap*,  situé  eulie  le*  hms  de  h 
Poterie  et  de  la  Friperie,  cousiruiteu  1786,  sur  les  dessins  de  Lcgraod 
et  Muliuos,  architectes,  est  devenu,  par  suite  de*  ciicoBiluces,  Téla- 
bli>s«menl  de  Paris  le  mieux  «t  le  plus  i 


315 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


316 


'il  loge  aujourd'hui  :  1°  L'Association  polyteclinique,  qui  répand  la 
science  applicable  parmi  12  à  l',500  ouvriers  tous  les  ans;  2o  la  Société 
des  Orphéonistes,  qui  y  tient  ses  cours;  3»  deux  écoles  primaires  pour 
400  garçons  et  pour  3S0  jeunes  filles;  4°  une  salle  d'asile  pour  l'enfance  ; 
50  les  fourneaux  de  la  Société  philanthropique;  6»  un  poste  de  sapeurs- 
pompiers  et  un  poste  de  municipaux;  7°  les  bureaux  des  inspecteurs 
des  halles.  C'est  encore  dans  les  salles  de  la  Halle  aux  Draps  que  se  font 
les  grandes  élections  du  IV»  arrondissement. 

Exposition  au  Panthéon.  —  On  achève,  dans  le  vaisseau  du  Pan- 
théon, les  travaux  préparatoires  pour  l'exposition  des  copies  magistrales 
des  Raphaël  du  Vatican  récemment  arrivées  de  Rome.  I 

Hôtel  de  Ville  de  Paris.  —  On  termine  enfin,  à  l'Hôtel  de  Ville,  l'aile 
qui  forme  la  séparation  de  la  cour  du  nord  ou  des  bureaux  de  celle 
dite  de  Louis  XIV.  Le  gros  œuvre  est  achevé,  et  les  sculpteurs  tra- 
vaillent aux  ornementations. 

Restauration  dw  Théâtres.  —Deux  théâtres  de  Paris,  les  Français  et 
l'Opéra  national,  sont  actuellement  en  voie  de  se  transformer  complè- 
tement. L'Opéra  national  doit  remplacer  le  Cirque  non  moins  national, 
et  le  changement  d'inscription  sera  probablement  la  seule  mutation 
que  supportera  sa  façade;  l'intérieur  seul  sera  corrigé,  revu,  voire 
même  considérablement  augmenté. 

MM.  Adam  et  Mirecourt  espèrent  une  telle  affluence  d'auditeurs  qu'ils 
ont  forcé  la  main  aux  architectes,  dit-on,  pour  leur  faire  trouver,  par 
une  disposition  nouvelle,  un  plus  grand  nombre  de  places. 

M.  Charpentier  est  chargé  de  ces  travaux  :  il  semble  avoir  conquis  le 
monopole  des  théâtres  depuis  ses  travaux  des  salles  Favart  et  Ventadour. 
11  en  sera  autrement  du  Théâtre-Français,  qui  n'a  plus  aujourd'hui 
que  les  quatre  murs;  on  va,  dit-on,  le  rétrécir.  Cette  mesure  architec- 
turale ne  plaide  pas  en  faveur  des  goûts  littéraires  de  Paris,  s'il  est 
vrai  qu'on  fasse  encore  de  la  littérature  au  Théâtre-Français.  Puisque 
nous  parlons  de  théâtres,  n'oublions  pas  l'Ambigu-Comique,  dont  nous 
pourrions  déjà  apprécier  les  merveilles  intérieures  tant  préconisées 
par  les  réclames.  Nous  verrons  et  nous  jugerons. 

Boulevards  de  Paris.  —Les  boulevards  du  centre  de  la  capitale,  de- 
puis la  rue  du  Temple  jusqu'à  la  Bastille,  subissent  en  ce  moment 
divers  cbangements;  dans  plusieurs  endroits  on  répare,  on  adoucit  la 
pente  trop  rapide  de  la  chaussée,  on  établit  des  trottoirs  sur  les  bas- 
côtés.  Plus  de  200  ouvriers  sont  occupés  à  ces  travaux. 

Projet  d'un  nouveau  pont  sur  la  Seine.  —  Notre  confrère,  M.  Horeau, 
dont  l'imagination  féconde  nous  donne  de  temps  en  temps  quelque  bon 
ou  brillant  projet  d'utilité  publique,  vient  de  proposer  à  l'édilité  pari- 
sienne une  nouvelle  conception  de  ce  genre. 

La  question  de  décadence  vraie  ou  supposée  du  Paris  de  la  rive  gauche, 
nous  hasardons  un  doute  parce  que  nous  ne  pouvons  concilier  le  mot  dé- 
cadence avec  la  cherté  des  loyers  dont  la  moyenne  est  plus  élevée,  ici  que 
dans  les  quartiers  secondaires  de  la  rive  droite  ;  celte  décadence,  disons- 
nous,  est  encore  cette  fois  le  sujet  de  la  sollicitude  de  M.  Horeau.  Il  vient 
de  réunir  ses  lumières  et  ses  effortsà  ceux  d'un  de  ses  confrères,  et  ils  ont 
dressé  un  projet  de  pont  qui,  par  sa  position,  doit  prévenir  la  paralysie 
dont  semble  menacée  la  rive  gauche  de  la  capitale.  Ils  viennent  de  pré- 
senter, à  M.  le  ministre  des  Travaux  publics,  une  pétition  à  ce  sujet. 

Le  pont  projeté  serait  élevé  en  face  de  la  rue  des  Petits-Augustins  et 
de  l'ancien  guichet  du  Louvre.  Il  serait  construit  en  pierre;  sa  largeur 
serait  de  20  mètres,  et  afin  de  gêner  moins  la  navigation,  le  nombre 
des  piles  en  rivière  ne  serait  pas  plus  considérable,  dLsent  les  auteurs, 
que  dans  les  ponts  légers.  On  peut  donc  porter  ces  piles  à  deux  au  plus. 
Les  avantages  de  ce  nouveau  moyen  de  trajet  entre  les  deux  rives  de 
laSeine,  seraient  de  mettre  en  communication  la  place  Saint-Sulpice  avec 
celle  du  Palais-Royal,  par  la  rue  des  Canettes  élargie  et  prolongée  jus- 
qu'à celle  Saint-Germain-des-Prés;  ensuite  par  la  rue  des  Petits-Au- 
gustins. Sur  l'autre  rive,  par  la  traversée  de  la  place  du  Carrousel  et  la 
rue  Froidmanteau,  dont  l'élargissement  est  arrêté.  Tous  ces  élargisse- 


ments et  percements  sont  arrêtés  par  la  Ville  ;  il  ne  reste  plus  à  adopter 
que  le  pont  qui  déchargerait  le  Pont-Neuf  d'une  grande  partie  des  nom- 
breuses voilures  qui  l'obstruent. 

Grande  voierie.  —  Le  marteau  est  actuellement  dans  les  deux  maisons 
qui  font  about  de  la  nouvelle  rue  projetée  en  prolongement  de  celle  du 
Pot  de-Fer.  depuis  la  rue  du  Vieux-Colombier  jusqu'à  la  rue  du  Four. 
C'est  le  premier  pas  fait  vers  la  grande  communication  qu'on  veut  éta- 
blir entre  les  places  Saint-Sulpice  et  de  l'Abbaye. 

La  rue  Montmartre  s'élargit  comme  par  enchantement  à  son  entrée 
vers  la  pointe  Saint-Eustache,  et  les  maisons  semblent  s'élever  par  la 
puissance  des  fées.  Quand  on  voit  ces  merveilles  on  ne  peut  qu'adresser 
des  félicitations  à  l'édilité  parisienne. 

Hôtel  de  Ville  des  Batignolles.  —  Le  19  de  ce  mois  a  eu  lieu,  par  les 
soins  de  M.  le  marquis  de  Lamorélie,  conseiller  de  préfecture  de  la  Seine, 
délégué  en  l'absence  de  M.  le  préfet,  la  pose  de  la  première  pierre  de 
l'Hôtel  de  Ville  des  Balignolles-Monceaux. 

Cette  cérémonie,  qui  réunissait  les  principales  autorités  de  l'arron- 
dissement, et  à  laquelle  a  participé  M.  le  curé  assisté  de  son  clergé, 
avait  attiré  sur  le  terrain  une  notable  partie  de  la  population  de  celte 
ville  naissante. 

Des  discours  ont  été  prononcés,  tant  par  M.  de  Lamorélie,  que  par 
M.  Balagny,  maire,  et  M.  Henquerville,  curé. 

Cette  importante  construction  est  confiée  à  notre  honorable  confrère 
M.  Lequeux,  architecte  de  l'arrondissement  de  Saint-Denis,  auquel  on 
doit  déjà  plusieurs  édifices,  entre  autres  l'église  de  la  Villelte,  publiée 
dans  cette  Revue,  l'église  des  Ternes,  l'Hôtel  de  Ville  delà  Chapelle,  etc. 
Ces  différents  travaux,  qu'on  est  à  même  d'apprécier,  sont  les  plus  sûrs 
garants  du  bon  résultat  qu'on  a  lieu  d'espérer  pour  la  nouvelle  construc- 
tion confiée  aux  soins  de  cet  habile  architecte. 

Coupole  de  l'Observatoire.  —  La  grande  coupole  sphérique  mobile  en 
fer  vient  d'être  terminée.  Elle  est  établie  sur  la  plate-forme  de  la  tour, 
à  l'est  de  l'édifice  principal.  On  la  destine  à  recevoir  la  lunette  paral- 
lactique .  Sa  construction  a  présenté  de  grandes  difficultés  et  a  nécessité 
des  études  pour  résoudre  le  problème  de  stabilité.  Le  système  de  con- 
struction de  cette  coupole  consiste  à  faire  mouvoir  simultanément  la 
coupole  et  un  plancher  autour  de  la  lunette,  et  à  surélever  cette  coupole 
au  moyen  d'un  soubassement  cylindrique  en  fer. 

Appareil  nouveau  pour  le  gaz.  —  Le  ministre  des  Travaux  publics  a 
chargé  une  commission  de  lui  faire  un  rapport  sur  le  mérite  d'un  bec  à 
gaz  de  l'invention  de  M.  Maccaud,  et  qui  produirait  les  effets  suivants  : 
1°  suppression  de  la  fumée;  2o  suppression  de  l'odeur;  3"  suppression  de 
la  vacillation  de  la  flamme;  40  lumière  plus  blanche  et  plus  abondante. 

Ces  résultats  sont  obtenus  par  apposition,  à  la  base  des  appareils  ordi- 
naires, d'un  petit  cône  en  toile  métallique  à  mailles  serrées.  L'air  agité 
est  tamisé  et  par  conséquent  calmé  en  passant  àtravers  les  mailles  du 
cône;  il  se  réunit  dans  l'intérieur  à  l'état  de  tranquillité  et  à  un  degré  de 
température  propre  à  favoriser  la  combustion  et  à  produire  tous  les  phé- 
nomènes qui  donnent  au  nouveau  procédé  la  supériorité  qu'on  lui  prêle . 

M.  Payen,  dans  un  rapport  à  la  Société  d'encouragement,  en  a  parlé 
avec  faveur.  L'appareil  de  M.  Maccaud  est  déjà  adopté  dans  plusieurs 
établissements  de  Paris,  et  c'est  au  théâtre  des  Variétés  que  la  com- 
mission nommée  par  le  ministre  des  Travaux  publics  a  procédé  à  son 
examen.  Elle  a  chargé  M.  Emile  Thomas,  ingénieur,  de  formuler  le 
rapport  officiel  qui  doit  être  mis  sous  les  yeux  du  ministre. 

Départements.  —  Encouragement  d'un  nouveau  genre  donné  aux 
architectes.  —  En  vérité  notre  siècle  est  étonnant,  on  n'y  fait  rien' 
comme  autrefois.  Aussi,  en  attendant  qu'on  ait  refondu  les  dictionnaires, 
engageons-nous  les  personnes  qui  se  servent  encore  de  ceux  que  nous 
avons,  à  prendre  le  contre-pied  de  la  lettre  pour  tous  les  mots  qui  tou- 
chent de  plus  ou  moins  près  aux  choses  morales. 

Si  Boileau  revenait  ici-bas,  il  aurait  la  liberté  d'appeler  un  chat  un 


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REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLWgi 


m 


chat,  comme  jadis;  mais  il  serait  de  rigueur  qu'il  appelât  Rollel  un 

honnête  homme.  —  Allnns  aux  faits  : 

La  municipalil)^  de  Toulouse  avait  pour  architecte  H.  Bonnal  dont 
toute  la  ville  eslirnait,  i  juste  titre,  le  talent  et  la  loyauté.  Il  fallait  autre 
chose  ei)core  à  messieurs  de  la  municipalité  toulousaine,  à  ce  qu'il  pa- 
rait, puisqu'ils  viennent  de  destituer  leur  architecte.  Voici  pourquoi  : 
La  ville  de  Toulouse  avait  accordé  au  directeur  de  se»  théâtres  une 
lubvention  de  4,00()  fr.  par  mois  pendant  le  cours  des  représentations. 
Cette  année,  les  représentations  théûtrales  n'ayant  commencé  qu'en  juin, 
ra4ministraiion  municipale  jugea  néanmoins  à  propos  do  payer  au  di- 
recteur une  Bubvention  pour  le  mois  de  mai,  en  alléguant. pour  motif 
que,  si  les  représentations  n'avaient  pas  eu  lieu  en  mai,  ce  n'était  pas  la 
faute  du  direcleurqui  s'était  mis  en  mesure  déjouer;  mais  qu'il  en  avait 
été  empêché  par  les  réparations  qu'on  faisait  k  la  salle  de  spectacle. 

Le  Conseil  municipal,  appelé,  à  scruter  l'allocalion  du  payement, déclara 
qu'il  ne  la  voterait  que  si  l'on  produisait  un  certifient  de  l'architecte  de 
la  Ville,  constatant  que  les  réparations  faites  ',i  la  salle  de  spectacle  pen- 
dant le  mois  de  mai,  étaient  de  nature  à  empêcher  le.H  représentations . 
Ce  certiQcal  fut  refu.ié  par  M.  Itonnal,  qui  ne  voulait  pas,  dit-il, 
affirmer  sur  l'honneur  un  fait  qu'il  savait  complètement  faux.  Les 
réparations,  ajoutait  U.  Bonnal,  étaient  si  minimes  qu'on  aurait  pu 
jouer  tous  les  soirs. 

Trois  jours  après  cette  loyale  déclaration,  M.  Bonnal  était  destitué. 
Il  vient  d'adresser  à  ses  concitoyens  une  lettre  dans  laquelle  il  déclare 
que  l'unique  cause  de  sa  destitution  est  le  refus  d'un  certificat  de 
complaisance.  Il  termine  ainsi  : 

(  Tels  sont,  messieurs,  les  faits  vrais  et  incontestables  relatifs  i  ma 
»  destitution.  Si  quelqu'un  osait  dire  le  contraire,  qu'il  ait  du  moins  le 
»  courage  de  le  faire  publiquement  et  ouvertement;  que  je  sache  à  qui 
»  et  à  quoi  je  dois  répondre.  Seuls,  ce»  faits  parlent  assez  haut,  c'est 
•  &  vous  maintenant  de  juger.  > 

Nous  laissons  nous-mftme  à  nos  lecteurs  le  soin  de  qualifier  ce  nou- 
veau syslôme  de  rémunération  des  actes  de  loyauté. 

Pont  de  SoÙMont.  —  On  démolit  en  ce  moment  les  parapets  du  pont 
de  Soissons,  non  pas  pour  le  reconstruire,  mais  pour  l'élargir  seulement. 
Biitics  dans  le  xiii"  siècle,  les  arches  de  ce  pont  ne  laissent  rien  à  désirer 
au  point  de  vue  de  la  .soiiilité.  La  grande  arche  abattue  en  I8IV,  lors  du 
siège  (le  Soissons,  et  reconstruite  quelque  temps  après  en  arc  sous-baissi', 
est  particulièrement  remarquable  par  se^  conditions  de  force  et  de  durée. 
Mais  ce  pont  pochait  par  son  peu  de  largeur.  Les  jours  de  marché,  il  s'y 
produisait  des  cngorgementsqui  rendaient  la  circulation  difficile,  souvent 
même  dangereuse.  En  substituant  des  balustrades  en  fer  aux  parapets  de 
pierre  qui  occupent  beaucoup  de  place,  on  gagnera  de  chaque  côté  un 
espace  de  2  mètres  qui  sera  converti  en  trottoir.  Les  piétons  n'auront 
plus  rien  k  craindre,  et  la  chaussée  sera  assez  large  pour  que  trois  voi- 
tures y  passent  de  front.  On  espère  aussi  adoucir  la  pente  du  pont  en 
enlevant  une  partie  des  terres  qui  recouvrent  les  arches. 

Exhumulion  des  vieUUê  iglite*.  —  La  plupart  des  édifices  religieux 
du  moyen  ftge  ont  vu  s'élever  successivement  autour  d'eyx  le  niveau 
du  terrain  sur  lequel  ils  étaient  bàlis.  par  les  travaux  de  pavage  accom- 
plis dans  la  série  des  siècles.  Ainsi  un  ne  voit  plus  trace  des  perrons 
qui  conduisaient  aux  portails  de  Notre-Dame  de  Paris,  deSaint- Maurice 
d'Angers,  de  Saint-Pierre  de  Nantes  et  de  vingt  autres  églises;  car  cet 
ornement  du  parvis  étai(  commun  à  presque  toutes  les  basiliques  ro- 
manes ou  ogivales.  Ce  serait  donc  une  véritable  bonne  œuvre  artistique 
de  déblayer  l'entourage  des  monuments  et  de  rétablir  le  niveau  primitif 
de  leur  voisinage.  Cette  opération  aurait  en  outre  pour  résultat  d'assai- 
nir l'édificp,  de  mettre  à  jour  les  bases  des  contreforts  et  des  profils 
perdus  sous  la  terre,  enfin  de  rendre  k  l'édiHce  toute  son  élévation  et 
son  intégrité.  VArgus  Soitsonnnis  nous  apprend  qu'un  travait  de  ce 
genre  vient  d'être  entrepris  à  la  curieuse  église  de  Courmelles,  grice 
i  rintçlligcnte  sollicitude  du  curé  de  cette  petite  ville,  homme  £lein 
de  xèle  pour  l'art  qu'il  sait  noblement  apprécier. 


Une  dieouvtrte  arclU(Àogi^ut  de*  plof  ioUnUÈÊtm  «  éH  UU  k 
Lyon  en  creusant  une  tranchée  pour  U  conduite  da  gn,  k  h  moiAé»  et 
r.ourguillon.  Les  oorriers  ont  oiit  k  Mcoanr ait  MM  mMiflM  4ali9M 
déjà  en  partie  muUMo  et  qu'eavaBêoMt  Mit  weww  «odcaaagi*.  Le 
travail  de  cette  rooseique  est  aieet  fini  :  les  cube*  eol  eaviroa  8  k  9 
millimètres  de  surface;  il  est  préaaaabU  ^'k  son  eeaUe  esistail  au 
sujet  hintorique  ou  mythologique  Cet  aatfqtM  tniçmnL  tétéU  l'exis- 
tence d'une  construction  importante  de  l'époque  rMuioe  sur  cet  «ib- 
placeroent.  On  a  déjà  extrait  de  U  rne  des  wese1«|Be*  q^  Igveat  duM 
la  grande  salle  du  musée  de  Lyon.  Instruite  de  cette  décemecte,  fs»- 
torité  civile  a  fait  prendre  les  mesures  nécessaires  pour  la  ceMer«aliaa 
de  ce  qui  reste  de  celle  mo*aique,  qoi  a  probaUeiMat  Hà  coaydc 
dans  ses  parties  sod  et  nord,  lors  des  con^tniclioos  dea  naieMM  qû 
bordent  la  montée  du  Goorguillon.  [Jourttal  Lyoaaais.) 

Télèijraphet  en  Algérie.  —  L'élablbtemeat  des  ligMa  téiégrapUqaaa 
est  complètement  achevé  d'Aller  àOrléanville.etdeMoatagaMakOlrM. 
De  nouvelles  stations,  placées  entre  Moatigaieaii  at  OrMaafBla,  ««•• 
pléterunt  ce  système  si  utile  de  commuoteali— .  Tfks  frnf haluaawl 
ou  déterminera  d'une  manière  définitive  remplacement  dea  diSémtaa 
stations  à  établir,  et  dans  un  temps  très-npprocbé  la  ligne  entiéfa  sera 
régulièrement  desservie  et  permettra  d'avoir  k  Alger,  dans  un  Irès^ref 
délai,  des  nouvelles  de  toutes  les  localités  que  nous  venons  d'indiquer. 

Il  faut  espérer  qu'après  l'acbèvement  des  travaux  uéceiiitda  fw  cette 
ligne,  on  s'occupera  de  la  ligne  d'Alger  k  ConstantiiM,  et  qM  l'on  trou- 
vera les  moyens  de  surmonter  les  obstacles  qu'apporte  la  aatnre  du  ter- 
rain pour  établirautsidans  cette  direction  unservice  d'une  si  hante  atilili. 

Médaille»  et  eoiutruetiont  romaines.  —  On  vient  de  (aire  dans  la 
ville  antique,  près  Sceaux  (Loiret),  une  découverte  assez  curieuae.  Oa 
a  trouvé  six  cents  médailles  romaines  contenues  dao*  un  vase  grUMiar 
construit  en  argile  très-commune.  Ce  vase  pirirormefen  forme  de  poire) 
a  une  hauteur  de  4()  centimètres;  son  diamètre,  dans  la  partie  reniée  du 
vase,  est  de  20  centimètres.  C'est  dans  cette  partie  que  se  trouve  feavcr- 
ture  du  vase  :  celle  ouverture  a  8  centimètres.  Ce  vase  a  été  ddcovvart 
dans  une  petite  chambre  de  3  mètres  carrés,  dont  les  parois  éiaient  en- 
duites d'un  ciment  fin  et  |H>li.  Il  était  encbA.isé  dans  une  espèce  de  niclie 
construite  de  manière  à  lai.s.ser  passer  la  main  qui  devait  introduire  les 
pièces  de  monnaies.  C'était  peut-être  le  trésor  de  quelque  vieux  Romain 
économe.  La  tire-lire,  il  parait,  n'est  pas  d'invention  moderne. 

Troucailles  à  Rennes.  —  On  trouve  ç.à  et  Ik,  dan.<  les  démolitions  da 
|a  rue  de  la  Parclieminerie,  i  Rennes,  enfouies  en  terre  et  dans  de* 
endroits  où  l'on  ignorait  leur  présence,  de  vieilles  c«* 
jadis  servaient  au  travail  du  parchemin,  et  qui  ont  dû  être  i 
quand  le  papier  a  remplacé  l'usage  du  vélin.  Cest  un  curieux  dcèriada 
l'ancienne  industrie  rennaise. 

Étranger.  —  béglemtM  d*  l'AeadimU  dts  scshmm  «  /ksstetrs,  et 
rifHne.  —  On  écrit  de  Vienne  (Autriche)  : 

Les  membres  de  la  nouvelle  Académie,  domiciliés  id,  ont  an  daoa 
ces  derniers  temps  plusieurs  conférences  pour  délibérer  sar  le  rkgle- 
ment  de  l'Académie.  U  a  été  rédigé  et  eovojé  le  il  juillet  k  l'afckiduc 
Jean,  qui  est  curateur  de  l'Académie,  r'riil  >  ilirn  ramMlssaii  ii  impetW. 
L'archiduc  l'a  renvoyé,  en  invitant  les  membres  k  la  hira  lilkagrapUar 
et  h  l'envoyer  aux  membres  étrangers,  avec  invilatiM  de  Mra  4aa 
observations  sur  les  changements  qu'ils  jugeraient  convenable  d'y 
apporter,  et  de  les  communiquer  k  l'Académie  jusqu'au  13  septemkre. 
L'Académie  ne  publiera  pas  de  journal,  mais  aanlaaaBt  daa  bnPatiaa; 
ses  séance*  seront  publiques. 

Tne  question  plus  importante  que  celle  du  rkglWMnt  a  eacera  été 
le  sqjet  des  conféreneea  iaa  ««■fcraa  >  c'aat  «cla  da  avair  ai  la 
censure  des  publications  de  l'Acadteie  appailiaadra  k  aMa-aatea  tm 
i  la  police.  A  nue  immense  mqoiité,  il  a  été  ddddé  qne  l*Acadd«a 
exercera  cllemènie  la  censure.  Il  s'agit  de  savoir  si  cette  décision 
recevra  la  sanction  du  ^ouventemenU 


315 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


sro 


Il  loge  aujourd'hui  :  1°  L'Association  polyteclinique,  qui  répand  la 
science  applicable  parmi  12  à  i',S0O  ouvriers  tous  les  ans;  2»  la  Société 
des  Orphéonistes,  qui  y  tient  ses  cours;  3"  deux  écoles  primaires  pour 
400garçonset  pour  3S0  jeunes  filles;  4»  une  salle  d'asile  pour  l'enfance; 
go  les  fourneaux  de  la  Société  philanthropique;  6"  un  poste  de  sapeurs- 
pompiers  et  un  poste  de  municipaux;  7°  les  bureaux  des  inspecteurs 
des  halles.  C'est  encore  dans  les  salles  de  la  Halle  aux  Draps  que  se  font 
les  grandes  élections  du  IV^  arrondissement. 

Exposition  au  Panthéon.  —  On  achève,  dans  le  vaisseau  du  Pan- 
théon, les  travaux  préparatoires  pour  l'exposition  des  copies  magistrales 
des  Raphaël  du  Vatican  récemment  arrivées  de  Rome. 

Hôtel  de  Ville  de  Paris.  —  On  termine  enfin,  à  l'Hôtel  de  Ville,  l'aile 
qui  forme  la  séparation  de  la  cour  du  nord  ou  des  bureaux  de  celle 
dite  de  Louis  XIV.  Le  gros  œuvre  est  achevé,  et  les  sculpteurs  tra- 
vaillent aux  ornementations. 

Restauration  des  Théâtres.  — Deux  théâtres  de  Paris,  les  Français  et 
l'Opéra  national,  sont  actuellement  en  voie  de  se  transformer  complè- 
tement. L'Opéra  national  doit  remplacer  le  Cirque  non  moins  national, 
et  le  changement  d'inscription  sera  probablement  la  seule  mutation 
que  supportera  sa  façade;  l'intérieur  seul  sera  corrigé,  revu,  voire 
même  considérablement  augmenté. 

MM.  Adam  etMirecourt  espèrent  une  telle  afftuence  d'auditeurs  qu'ils 
ont  forcé  la  main  aux  architectes,  dit-on,  pour  leur  faire  trouver,  par 
une  disposition  nouvelle,  un  plus  grand  nombre  de  places. 

M.  Charpentier  est  chargé  de  ces  travaux  :  il  semble  avoir  conquis  le 
monopole  des  théâtres  depuis  ses  travaux  des  salles  Favart  et  Ventadour. 

Il  en  sera  autrement  du  Théâtre-Français,  qui  n'a  plus  aujourd'hui 
que  les  quatre  murs;  on  va,  dit-on,  le  rétrécir.  Cette  mesure  architec- 
turale ne  plaide  pas  en  faveur  des  goûts  littéraires  de  Paris,  s'il  est 
vrai  qu'on  fasse  encore  de  la  littérature  au  Théâtre-Français.  Puisque 
nous  parlons  de  théâtres,  n'oublions  pas  l' Ambigu-Comique,  dont  nous 
pourrions  déjà  apprécier  les  merveilles  intérieures  tant  préconisées 
par  les  réclames.  Nous  verrons  et  nous  jugerons. 

Boulevards  de  Paris.  —  Les  boulevards  du  centre  de  la  capitale,  de- 
puis la  rue  du  Temple  jusqu'à  la  Bastille,  subissent  en  ce  moment 
divers  changements;  dans  plusieurs  endroits  on  répare,  on  adoucit  la 
pente  trop  rapide  de  la  chaussée,  on  établit  des  trottoirs  sur  les  bas- 
côtés.  Plus  de  200  ouvriers  sont  occupés  à  ces  travaux. 

Projet  d'un  nouveau  pont  sur  la  Seine.  —  Notre  confrère,  M.  Horeau, 
dont  l'imagination  féconde  nous  donne  de  temps  en  temps  quelque  bon 
ou  brillant  projet  d'utilité  publique,  vient  de  proposer  à  l'édilité  pari- 
sienne une  nouvelle  conception  de  ce  genre. 

La  question  de  décadence  vraie  ou  su  pposée  du  Paris  de  la  rive  gauche, 
nous  hasardons  un  doute  parce  que  nous  ne  pouvons  concilier  le  mot  dé- 
cadence avec  la  cherté  des  loyers  dont  la  moyenne  est  plus  élevée  ici  que 
dans  les  quartiers  secondaires  de  la  rive  droite  ;  cette  décadence,  disons- 
nous,  est  encore  cette  fois  le  sujet  de  la  sollicitude  de  M.  Horeau.  Il  vient 
de  réunir  ses  lumières  et  ses  efforts  à  ceux  d'un  de  ses  confrères,  et  ils  ont 
dressé  un  projet  de  pont  qui,  par  sa  position,  doit  prévenir  la  paralysie 
dont  semble  menacée  la  rive  gauche  de  la  capitale.  Ils  viennent  de  pré- 
senter, à  M.  le  ministre  des  Travaux  publics,  une  pétition  à  ce  sujet. 

Le  pont  projeté  serait  élevé  en  face  de  la  rue  des  Petlts-Augustins  et 
de  l'ancien  guichet  du  Louvre.  Il  serait  construit  en  pierre;  sa  largeur 
serait  de  20  mètres,  et  afin  de  gêner  moins  la  navigation,  le  nombre 
des  piles  en  rivière  ne  serait  pas  plus  considérable,  disent  les  auteurs, 
que  dans  les  ponts  légers.  On  peut  donc  porter  ces  piles  à  deux  au  plus. 

Les  avantages  de  ce  nouveau  moyen  de  trajet  entre  les  deux  rives  de 
laSeine,  seraient  de  mettre  en  communication  la  place  Saint-Suipice  avec 
celle  du  Palais-Royal,  par  la  rue  des  Canettes  élargie  et  prolongée  jus- 
qu'à celle  Saint-Germain-des-Prés;  ensuite  par  la  rue  des  Petits-Au- 
gustins.  Sur  l'autre  rive,  par  la  traversée  de  la  place  du  Carrousel  et  la 
rue  Froidmanteau,  dont  l'élargissement  est  arrêté.  Tous  ces  élargiss(!- 


ments  et  percements  sont  arrêtés  par  la  Ville  ;  il  ne  reste  plus  à  adopter 
quR  le  pont  qui  déciiargerait  le  Pont-Neuf  d'une  grande  partie  des  nom- 
breuses voitures  qui  l'obstruent. 

Grande  voierie.  —  Le  marteau  est  actuellement  dans  les  deux  maisons 
qui  font  about  de  la  nouvelle  rue  projetée  en  prolongement  de  celle  du 
Pot- de-Fer.  depuis  la  rue  du  Vieux-Colombier  jusqu'à  la  rue  du  Four. 
C'est  le  premier  pas  fait  vers  la  grande  communication  qu'on  veut  éta- 
blir entre  les  plates  .Saint-Sulpice  et  de  l'Abbaye. 

La  rue  Montmartre  s'élargit  comme  par  enchantement  à  son  entrée 
vers  la  pointe  Saint-Eustache,  et  les  maisons  semblent  s'élever  par  la 
puissance  des  fées.  Quand  on  voit  ces  merveilles  on  ne  peut  qu'adresser 
des  félicitations  à  l'édilité  parisienne. 

Hôtel  de  Ville  des  Batignolles.  —  Le  19  de  ce  mois  a  eu  lieu,  par  les 
soins  de  M.  le  marquis  de  Lamorélie,  conseiller  de  préfecture  de  la  Seine, 
délégué  en  l'absence  de  M.  le  préfet,  la  pose  de  la  première  pierre  de 
l'Hôtel  de  Ville  des  Balignolles-Monceaux. 

Cette  cérémonie,  qui  réunissait  les  principales  autorités  de  l'arron- 
dissement, et  à  laquelle  a  participé  M.  le  curé  assisté  de  son  clergé, 
avait  attiré  sur  le  terrain  une  notable  partie  de  la  population  de  celte 
ville  naissante. 

Des  discours  ont  été  prononcés,  tant  par  M.  de  Laniorélie,  que  par 
M.  Balagny,  maire,  et  M.  Henquerville,  curé. 

Cette  importante  construction  est  confiée  à  notre  honorable  confrère 
M.  Lequeux,  architecte  de  l'arrondissement  de  Saint-Denis,  auquel  on 
doit  déjà  plusieurs  édifices,  entre  autres  l'église  de  la  Villette,  publiée 
dans  cette  Revue,  l'église  des  Ternes,  l'Hôtel  de  Ville  de  la  Chapelle,  etc. 
Ces  différents  travaux,  qu'on  est  à  même  d'apprécier,  sont  les  plus  sûrs 
garants  du  bon  résultat  qu'on  a  lieu  d'espérer  pour  la  nouvelle  construc- 
tion confiée  aux  soins  de  cet  habile  architecte. 

Coupnle  de  l'Obsei-vatoire.  —  La  grande  coupole  sphérique  mobile  en 
fer  vient  d'être  terminée.  Elle  est  établie  sur  la  plate-forme  de  la  tour, 
à  l'est  de  l'édifice  principal.  Oii  la  destine  à  recevoir  la  lunette  paral- 
lactique .  Sa  construction  a  présenté  de  grandes  difficultés  et  a  nécessité 
des  études  pour  résoudre  le  problème  de  stabilité.  Le  système  de  con- 
struction de  cette  coupole  consiste  à  faire  mouvoir  simultanément  la 
coupole  et  un  plancher  autour  de  la  lunette,  et  à  surélever  cette  coupole 
au  moyen  d'un  soubassement  cylindrique  en  fer. 

Appareil  nouveau  pour  le  gaz.  —  Le  ministre  des  Travaux  publics  a 
chargé  une  commission  de  lui  faire  un  rapport  sur  le  mérite  d'un  bec  à 
gaz  de  l'invention  de  SI.  Maccaud,  et  qui  produirait  les  effets  suivante  : 
1°  suppression  de  la  fumée  ;  2»  suppression  de  l'odeur;  3°  suppi  essionde 
la  vacillation  de  la  flamme;  4o  lumière  plus  blanche  et  plus  abondante. 

Ces  résultats  sont  obtenus  par  apposition,  à  la  base  des  appareils  ordi- 
naires, d'un  petit  cône  en  toile  métallique  à  mailles  serrées.  L'air  agité 
est  tamisé  et  par  conséquent  calmé  en  passant  à  travers  les  mailles  du 
cône  ;  il  se  réunit  dans  l'intérieur  à  l'état  de  tranquillité  et  à  un  degré  de 
température  propre  à  favoriser  la  combustion  et  à  produire  tous  les  phé- 
nomènes qui  donnent  au  nouveau  procédé  la  supériorité  qu'on  lui  prête. 

M.  Payen,  dans  un  rapport  à  la  Société  d'encouragement,  en  a  parlé 
avec  faveur.  L'appareil  de  M.  Maccaud  est  déjà  adopté  dans  plusieurs 
établissements  de  Paris,  et  c'est  au  théâtre  des  Variétés  que  la  com- 
mission nommée  par  le  ministre  des  Travaux  publics  a  procédé  à  son 
examen.  Elle  a  chargé  M.  Emile  Thomas,  ingénieur,  de  formuler  le 
rapport  officiel  qui  doit  être  mis  sous  les  yeux  du  ministre. 

Départements.  —  Encouragement  d'un  nouveau  genre  donné  aux 
architectes.  —  En  vérité  notre  sièsie  est  étonnant,  on  n'y  fait  rien 
comme  autrefois.  Aussi,  en  attendant  qu'on  ait  refondu  les  dictionnaires, 
engageons-nous  les  personnes  qui  se  servent  encore  de  ceux  que  nous 
avons,  à  prendre  le  contre-pied  de  la  lettre  pour  tous  les  mots  qui  tou- 
chent de  plus  ou  moins  près  aux  choses  morales. 

Si  Boileau  revenait  ici-bas,  il  aurait  la  liberté  d'appeler  un  chat  un 


U7 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


•M 


chat,  comme  jadis;  mais  il  serait  de  rigueur  qu'il  appelât  Rollet  un 

koiinHe  homme.  —  Allons  aux  faits  : 

l.a  munidpalilë  de  Toulouse  avait  pour  architecte  H.  Bonnal  dont 
toute  la  ville  estimait,  i  juste  titre,  le  talent  et  la  loyauté.  Il  fallait  autre 
chose  encore;  à  messieurs  de  la  municipalité  toulousaine,  à  ce  qu'il  pa- 
rait, puisqu'ils  vienucnt  de  destituer  leur  arcliitecte.  Voici  pourquoi  ; 
La  ville  de  Toulouse  avait  accordé  au  directeur  de  ses  théâtres  une 
subvention  de  4,0tK)  fr.  par  mois  pendant  le  cours  des  représentations. 
Cette  année,  les  représentations  théâtrales  n'ayant  commencé  qu'en  juin, 
l'administration  municipale  jugea  néanmoins  à  propos  do  payer  au  di- 
recteur une  suhvention  pour  le  mois  de  mai,  en  alléguant  pour  motif 
que,  si  les  représentations  n'avaient  pas  eu  lieu  en  mai,  ce  n'était  pas  la 
faute  ilu  directeur  qui  s'était  mis  en  mesure  déjouer;  mais  qu'il  en  avait 
été  empêché  par  les  réparations  qu'on  faisait  h  la  salle  de  spectacle. 

Le  Conseil  municipal,  appelé,  ù  scruter  l'allocation  du  payement, déclara 
qu'il  ne  la  voterait  que  si  l'on  produisait  un  certilicnl  de  l'architecte  de 
la  Ville,  constatant  que  les  réparations  faites  à  la  salle  de  spectacle  pen- 
dant le  mois  de  mai,  étaient  de  nature  à  empêcher  le.H  représentations. 
Ce  certificat  fut  refusé  par  M.  Ronnal,  qui  ne  voulait  pas,  dit-il, 
affirmer  sur  l'honneur  un  fait  qu'il  savait  complètement  faux.  Les 
réparations,  ajoutait  M.  Bonnal,  étaient  si  minimes  qu'on  aurait  pu 
jouer  tous  les  soirs. 

Trois  jours  après  cette  loyale  déclaration,  M.  Bonnal  était  destitué. 
Il  Tient  d'adresser  à  ses  concitoyens  une  lettre  dans  laquelle  il  déclare 
que  l'unique  cau.se  de  sa  destitution  est  le  refus  d'un  certificat  de 
complaisance.  Il  termine  ainsi  : 

«  Tels  sont,  messieurs,  les  faits  vrais  et  incontestables  relatifs  à  ma 
»  destitution.  Si  quoiqu'un  osait  dire  le  contraire,  qu'il  ait  du  moins  le 
»  courage  de  le  faire  publiquement  et  ouvertement;  que  je  sache  h  qui 
»  et  à  quoi  je  dois  répondre.  Seuls,  ce»  faits  parlent  assez  haut,  c'est 
»  à  vous  maintenant  de  juger.  > 

Nous  laissons  nous-même  à  nos  lecteurs  le  soin  de  qualifier  ce  nou- 
veau système  de  rémunération  des  actes  de  loyauté. 

Pont  de  Soissons.  —  On  démolit  en  ce  moment  les  parapets  du  pont 
de  Soissons,  non  pas  pour  le  reconstruire,  mais  pour  l'élargir  seulement. 
Bâties  dans  le  xiii"  siècle,  les  arches  de  ce  pont  ne  laissent  rien  à  désirer 
au  point  de  vue  de  la  solidité.  La  grande  arche  abattue  en  1814,  lors  du 
siège  de  Soissons,  et  reconstruite  quelque  temps  après  en  arc  sons-baissé, 
est  particulièrement  remarquable  par  se?  conditions  de  force  et  de  durée. 
Mais  ce  pont  péchait  par  son  peu  de  largeur.  Les  jours  de  marché,  il  s'y 
produisait  des  engorgementsqui  rendaient  la  circulation  difficile,  souvent 
même  dangereuse.  En  substituant  des  balustrades  en  fer  aux  parapets  de 
pierre  qui  occupent  beaucoup  de  place,  on  gagnera  de  chaque  côté  un 
espace  de  2  mètres  qui  sera  converti  en  trottoir.  Les  piétons  n'auront 
plus  rien  h  craindre,  et  la  chaussée  sera  assez  large  pour  que  trois  voi- 
lures y  pa.ssent  de  front.  On  espère  aussi  adoucir  la  pente  du  pont  en 
enlevant  une  partie  des  terres  qui  recouvrent  les  arches. 

Exhumution  dfs  vieilles  iglites.  —  La  plupart  des  édifices  religieux 
du  moyen  Age  ont  vu  s'élever  successivement  autour  d'eux  le  niveau 
du  terrain  sur  lequel  ils  étaient  bûtis,  par  les  travaux  de  pavage  accom- 
plis dans  la  série  des  siècles.  Ainsi  on  ne  voit  plus  trace  des  perrons 
qui  conduisaient  aux  portails  de  Notre-Dame  de  Paris,  de  Saint-Maurice 
d'Angers,  de  Saint-Pierre  de  Nantes  et  de  vingt  autres  églises;  car  cet 
ornement  du  parvis  était  commun  à  presque  toutes  les  basiliques  ro- 
manes ou  ogivales.  Ce  serait  donc  une  véritable  bonne  œuvre  artistique 
de  déblayer  l'entourage  des  monuments  et  de  rétablir  le  niveau  primitif 
de  leur  voisinage.  Celte  opération  aurait  en  outre  pour  résultat  d'assai- 
nir l'édifice,  de  mettre  à  jour  les  bases  des  contreforts  et  des  profils 
perdus  soijs  la  terre,  enfin  de  rendre  à  l'édifice  toute  son  élévation  et 
son  intégrité.  L'Argus  Soissonnais  nous  apprend  qu'un  travail  de  ce 
genre  vient  d'être  entrepris  à  la  curieuse  église  de  Courmelles,  grâce 
à  l'intelligente  sollicitude  du  curé  de  cette  petite  ville,  homme  plein 
Je  zèle  pour  l'art  qu'il  sait  noblement  apprécier. 


Vtu  dètouterte  arcUdUtgùiut  des  ploi  intéyemrtft  ■  été  faite  à 
Lyon  en  creusant  une  tranchée  poar  U  conduite  d«  gn,  i  k  BODlée  in 
Gourguilion.  Les  ouTriers  ont  rois  k  décoofert  loe  moMiqM  «ntiqM 
déjà  en  partie  mutilée  et  qu'eas-mèmes  ont  encore  eodomoMgte.  Le 
travail  de  cette  moaïque  est  SMez  fini  :  les  cobet  ont  enviroo  8  à  9 
millimètres  de  surface;  il  est  présonuttle  qu'k  son  centre  existait  m 
sujet  historique  ou  mythologique  Cet  antique  fragment  révélo  foi*- 
lence  d'une  construction  impurlante  de  l'époque  romaÏDe  nir  c«t  •■■- 
placement.  On  a  déjà  extrait  de  là  une  dM  nwwiqna»  qui  Igoreot  dans 
la  grande  salle  du  musée  de  Lyon,  (nstniite  dn  cette  découverte,  l'au- 
torité civile  a  fait  prendre  les  mesures  nécessaire*  pour  la  coosenratioa 
de  ce  qui  reste  de  cette  mosaïque,  qui  a  probablemeut  été  coupée 
dans  ses  parties  sud  et  nord,  Ion  des  conittmclions  dea  maiiOMt  qui 
bordent  la  montée  du  Gourguillon.  {JourruU  Lfonnait.) 

Téligraphes  en  Algérie.  —  L'établissement  des  lignea  tétégrapbiqow 
est  complètement  achevé  d'Alger  àOrléan*ille,etdellosta|{ancaàQraa. 
De  nouvelles  stations,  placées  entre  Mottaganem  et  Orléanvilla,  coa- 
pléteruDt  ce  système  si  utile  de  communication.  Très-procbaineoMOt 
ou  déterminera  d'une  manière  définitive  l'emplacement  dea  diSérealM 
stations  à  établir,  et  dans  un  temps  très-rapprocbé  la  ligao  eotièra  son 
régulièrement  desservie  et  permettra  d'avoir  i  Alger,  dan«  an  trAs-liref 
délai,  des  nouvelles  de  toutes  les  localités  que  nous  venons  d'indiquer. 

Il  faut  espérer  qu'après  l'achèvement  des  travaux  nécessités  sur  cette 
ligne,  on  s'occupera  de  la  ligne  d'Alger  k  Couslantine,  et  qoe  l'on  trou- 
vera les  moyens  de  surmonter  les  obstacles  qu'apporte  la  nature  do  ter- 
rain pour  établir  aussi  dans  cette  direction  un  service  d'une  si  haute  utilité. 

Médaillée  et  eotutruetioHM  romaines.  —  On  vient  de  (lire  dans  la 
ville  antique,  près  Sceaux  (Loiret),  une  découverte  aasez  curieuse.  On 
a  trouvé  six  cents  médailles  romaines  contenues  dans  on  vaae  grairiar 
construit  en  argile  très-commune.  Ce  vase  piriforme(en  forme  de  poire) 
a  une  hauteur  de  40  centimètres  ;  son  diamètre,  dans  la  partie  renflée  du 
vase,  estde  SOcentimètres.  C'est  dans  celte  [>artie  que  se  trouve  l'ouver- 
ture du  vase  :  celte  ouverture  a  8  centimètres.  Ce  vase  a  été  découvert 
dans  une  petite  chambre  de  i  mètres  carrés,  dont  les  parois  étaient  en- 
duites d'un  ciment  fin  et  poli.  II  était  enrhà-sé  dans  une  espèce  de  niche 
construite  de  manière  i  laisser  passer  la  main  qui  devait  introduire  les 
pièces  de  monnaies.  C'était  peut-être  le  trésor  de  quelque  vieux  Romain 
économe.  La  tire-lire,  il  parait,  n'est  pas  d'invention  moderne. 

Trouvailles  à  Rennes.  —  On  trouve  çik  et  li,  dans  les  démolitions  de 
|a  rue  de  la  Parclieminerie,  à  Rennes,  enfouies  en  terre  et  dan*  de* 
endroits  où  l'on  ignorait  leur  présence,  de  vieilles  caves  en  bois  qui 
jadis  servaient  au  travail  du  parchemin,  et  qui  ont  dû  être  abandonnéea 
quand  le  papier  a  remplacé  l'usage  du  vélin.  Cest  un  curieux  débris  de 
l'ancienne  industrie  rennaise. 

Étranger.  —  iiè|//«m«nt  de  l'Académie  des  seieneet  et  d'kistoirt,  é* 
Vienne.  —  On  écrit  de  Vienne  (Antriche)  : 

Les  membres  de  la  nouvelle  Académie,  domiciliés  ici,  ont  eu  dans 
ces  derniers  temps  plusieurs  conférences  pour  délibérer  sur  le  règle- 
ment de  l'Académie.  Il  a  été  rédigé  et  envoyé  le  Si  juillet  k  l'arcbiduc 
Jean,  qui  est  curateur  de  l'Académie,  c'esl-k-dire  commissaire  impérial. 
L'archiduc  l'a  renvoyé,  en  invitant  les  membres  k  le  faire  liibcgraphier 
et  à  l'envoyer  aux  membres  étrangers,  avec  invitation  de  faire  de* 
observations  sur  les  changements  qu'ils  jugeraient  conv<tnable  d'y 
apporter,  et  de  les  communiquer  à  l'Académie  jusqu'au  15  septembre. 
L'Académie  ne  publiera  pas  de  journal,  mais  seulement  des  bulletin; 
ses  séances  seront  pub'.iquei. 

Une  question  plus  importante  que  celle  do  règlement  a  encore  été 
le  sujet  des  conférances  des  membres  :  c'est  celle  de  savoir  si  la 
censure  des  publications  de  l'Académie  appartiendra  k  elle-même  ou 
à  la  police.  A  une  immense  majoiité,  il  a  été  décidé  que  l'Académie 
exercera  elle-même  la  censure.  Il  s'agit  de  savoir  si  cette  déciiùon 
recevra  ta  s&qciion  du  ^^ouvernemepL 


319 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


320 


Exposition  industrielle  nationale  à  Bruxelles.  —  Depuis  trois  ans, 
Paris,  Berlin,  Vienne  et  Bruxelles,  ces  quatre  grandes  capitules  de 
l'industrie,  si  nous  laissons  de  côté  l'Angleterre,  le  pays  industriel  par 
excellence,  ont  vu  successivement  dans  leurs  murs  s'ouvrir  ces  brillants 
concours  consacrés  ît  honorer  le  travail  et  à  constater  ses  progrès. 

Les  expositions  des  trois  premières  villes  sont  déjà  loin  de  nous;  celle 
de  Bruxelles  reçoit  encore  de  nombreux  visiteurs. 

LaBelgique  occupe  un  rang  important  parmi  les  nations  industrielles; 
le  chiffre  élevé  de  son  commerce,  eu  égard  à  sa  population,  indique  le 
développement  qu'elle  a  donné  à  ses  fabriques,  dont  malheureusement 
l'activité  ne  suffit  pas  à  employer  tous  les  bras  oisifs. 

Est-ce  une  conséquence  de  sa  situation  géographique  et  politique, 
est-ce  une  nécessité  de  ses  relations  au  dehors,  ou  une  disposition  de 
ce  pays  à  l'imitation?  toujours  est-il  qu'en  parcourant  les  salles  d'expo- 
sition, on  ne  remarque  pas  dans  l'ensemble  cette  originalité,  ce  cachet 
particulier  qui  distinguent  les  produits  des  divers  pays;  l'Allemagne, 
la  France  et  l'Angleterre  semblent  avoir  apporté  leur  tribut  dans  ce 
vaste  bazar.  Cependant  le  producteur  belge  n'atteint  pas  souvent  ce 
bon  goût  qui  dislingue  la  f.ibrication  française,  ot  celte  régularité,  ce 
fini,  cet  apprêt  séduisant  de  la  production  anglaise. 

La  Belgique  n'est  pas  novice  dans  la  carrière  de  l'industrie.  Sans  re- 
monter jusqu'au  moyen  âge,  oij  Bruges,  Gand,  etc.,  ont  eu  leur  temps 
de  prospérité,  nous  rappellerons  l'époque  où  la  Belgique  faisait  partie 
de  la  France  :  les  produits  belgps  figurèrent  avec  distinction  aux  expo- 
sitions de  1801  et  1806  à  Paris.  Plus  tard,  pendant  sa  réunion  au 
royaume  des  Pays-Bas,  il  y  eut  en  1820  une  exposition  à  Gand,  où  520 
exposants  seulement  se  présentèrent;  en  1823,  une  seconde  exposition 
à  Harlem  réunit  9oO  exposanis;  enfin,  la  dernière  exposition,  sous  le 
règne  hollandais,  eut  lieu  en  1830,  à  Bruxelles;  ce  fut  la  plus  brillante  : 
on  y  comptait  1,020  exposants  dont  813  Belges, 

Depuis  la  séparation  de  la  Belgique  de  la  Hollande,  il  y  a  eu  à  Bruxelles 
trois  expositions  :  la  première  en  183S,  on  y  remarquait  seulement  631 
exposants;  la  seconde  en  1841,  elle  réunit  975  exposants;  enfin  celle 
de  1847,  qui  nous  occupe  aujourd'hui,  et  où  figurent  les  produits  de 
1,059  industriels. 

Dans  ce  nombre,  la  province  de  Brahant  compte  463  exposants;  la 
Flandre  orientale,  139;  la  Flandre  occidentale,  129;  le  Hainaut,  87; 
la  province  de  Liège,  97;  la  province  d'Anvers,  72;  celle  de  Namur, 
46,  le  Luxembourg,  14;  et  le  Limbourg,  12.  Bruxelles,  qui  fait  partie 
de  la  province  de  Brabanl,  a  fourni  321  exposants  pour  ces  petites 
industries  de  luxe  qui  s'établissent  naturellement  dans  les  capitales. 


BIBIiIOGRAPHIi:    SE    1846. 

(Suite.  Voy.  col.  176  et  222.) 
Architecture,  ConHtraction,  Vérification. 

Premières  révélations  o  l'occasion  des  abus  et  des  fraudes  que  commettent  les 
tntrepreneurs  de  bâtiments;  par  Lereidore,  ouvrier  couvreur.  In-8»  de  2 
feuilles.  Impr.  de  Marc-Aurel,  à  Paris. 

Projet  d'organisation  pour  l'industrie  du  bâtiment;  par  E.  Douchin,  entre- 
preneur. 10-8°  de  2  feuilles.  Impr.  de  Malteste,  à  Paris.  —  A  Paris,  chez 
Adde,  boulevard  Foisonnière,  17.  Prix 1      • 

Traité  complet  de  l'évaluation  de  la  menuiserie.  Méthode  générale  pour  me- 
.surer,  di'taillcr  et  mettre  à  prix  les  ouvrages  de  menuiserie  en  bâtiment  et 
ceux  de  menuiserie  d'art;  par  I..-A.  Boileau  et  F.  Bellot.  Première  partie. 
In.S''  de  6  feuilles.  Impr.  de  Cosse,  à  Paris.  —  A  Paris,  chez  CariUan  jeune, 
quai  des  Augustins,    25.  Prix  de  chaque  partie 3      • 

MÉMOIRE  sur  l'appréciation  des  travaux  de  maçonnerie.  In-4''  de  49  feuilles. 
Impr.  Util,  de  Wittersheim,  à  Paris. 

L'Architecte  régulateur,  ou  Tableaux  alphabétiques  des  prix  réglés  de  tous 
les  ouvrages  en  bâtiment,  etc.;  par  Lebossu,  3*  l'dition.  In-12  de  13  feuilles 
1/2.  Impr.  de  Guiraudet,  à  Paris.  —  A  Paris,  chez  l'auteur,  rue  Constan- 
tine,  6;  chez  L.  Mathias  (Augustin).  Prix.    ......     i    .     .      4      > 


Chambre  syndicale  des  entrepreneurs  de  peinture  et  de  vitrerie  de  la  ville  de 
Paris  et  du  département  de  la  Seine.  Prix  de  règlement  établis  sur  des  bases 
certaines  d'après  des  expertises  et  des  commissions  désignées  par  la  cham- 
bre. In-i»  de  8  feuilles.  Impr.  de  Gros,  à  Paris.  —  A  Paris,  rue  Grenier-St- 
Lazare,  16;  chez  Caritian-Goeury.  Prix 5      . 

Cours  de  construction  des  ouvrages  hydrauliques  des  ports  de  mer,  professé  à 
l'École  des   Ponts  et  Ctiaussées  par  M.   Minard.  In-4»  de  34  feuilles,  plus 

un  atlas  in-i"  d'un  quart   de  feuille  et  25  pi.  Impr.  de  Fain,  à  Paris. A 

Paris,  chez  Caritian-Gœury  et  Victor  Dalmont,  quai  des  Augustins,  39-M. 

Prix 25      . 

Précis.ou  Cours  de  constructionsforestièresàl'Ecole  royale  forestière  de  Nancy. 
2"  année.  Transport  des  bois;  par  M.  Paul  Laurent,  1845-1846.  In-8°de  30 
feuilles.  Impr.  de  Raybois,  à  Nancy.  —  A  Nancy,  chez  Itayhois. 

Application  des  propriétés  des  vitesses  virtuelles  aux  différentes  conditions  de 
stabilité  îles  voiitet  et  des  revHissements.  Seconde  édition,  revue,  corrigée  et 
augmentée,  par  le  général,  comte  de  L"",  ancien  directeur  des  fortifications. 
In-4»  de  6  feuilles,  plus  une  pi.  Impr.  de  F.  Didot,  à  Paris. 

Athénée  des  arts.  Médaille  d'argent.  Rapport  sur  un  appareil  dit  :  machine 
Frédéric,  pour  vider  les  fosses  des  privés.  In-4»  d'une  feuille.  Impr.  de 
Mal  teste,  à  Paris. 

Traité  de  la  salubrité  dans  Us  grandes  villes,  jiitrt  de  Phygiène  de  Lyon;  par 
les  docteurs  J.-B.  Montfalcon  et  A.-P.-J.  de  Polinière.  In-8«  de  34  feuilles 
1/2.  Impr.  de  Nigon,  à  Lyon.  —  A  Paris,  chez  Baillière,  rue  de  l'École-de- 
Médecine.  Prix 7     50 

Théorie  de  la  poussée  des  terres  contre  les  murs  de  revêtement,  suivie  d'applir 
cations  numériques  des  principales  formules  au  calcul  des  dimensions  de  ces 
murs,  par  J.-G.  Delpat,  major  dans  le  corps  du  génie  hollandais.  In-8»  de 
3  feuilles,  plus  une  pi,  Impr.  de  Vrayet  de  Surcy,  à  Paris.  —  A  Parw, 
chez  Corréard,  rue  de  l'Est,  9.  Traduit  du  hollandais. 

Revue  des  produits  des  beaux-arts  et  de  l'industrie,  exposés  au  Capitale  en  1845, 
ou  journal  de  l'exposition  publique  de  cette  année;  par  les  rédacteurs  de 
l'Impartial  du  Midi.  In-8«  de  13  feuilles.  Impr.  de  Montaubin,  à  Tou- 
louse. 

Archéologie. 

L'ÉGLISE  COLLÉGIALE  du  Saint-Scpulcre  de  Rouen:  par  P.  B.  In-8»  d'une 
feuille  1/4,  plus  une  pi.  Impr.de  Lecointe,  à  Rouen, 

Histoire  de  l'église  et  de  la  paroisse  de  Saint-lHaclou  de  Rouen;  parCh.  Onin 
Lacroix.  I11-8»  de  18  feuilles  1/4,  plus  4  lith.  Impr.  de  Migard,  à  Rouen.  — 
A  Rouen,  chez  Migard,  chez  Fleury  aine,  chez  Lebremont. 

Essai  sur  les  girouettes,  épis,  crêtes  et  autres  décorations  des  aticiens  combles 
et  pignons;  pour  faire  suite  à  l'Histoire  des  habitations  au  moyen  âge:  par 
F.,  de  La  Quérière.  In-8»  de  7  feuilles  plus  8  pi.  Impr.  de  Lefèvre,  à  Rouen. 
—  A  Paris,  chez  Desache,  rue  du  Uouloi,  7  ;  chez  Dumoulin.    Prix.    5      . 

L'Ornementation  du  moyen  âge  ;  Collection  d'ornements  et  de  profils  remar- 
quables, tirés  de  l'architecture  byzantine  et  du  style  germanique,  par 
Charles  Heideloff.  A  Paris,  chez  Degeteau  et  compagnie,  12,  place  de  la 
Bourse. 

Description  d'une  précieuse  réunion  de  sculptures  en  bois,  représentant  une 
grande  partie  de  l'histoire  de  l' Europe .  composant  le  magnifique  monument 
BoHzanigo.  Iii-S»  de  trois  quarts  de  feuille.  Impr.  de  Maulde,  à  Paris. 

Bourg  d'AiNAY.  In-S"  d'une  feuille.  Bourg  de  Livarot  (pages  49-56).  In-S» 
d'une  demi-feuille.  Ville-le-Vire.  ln-8»  de  3  feuilles.  Impr.de  Berdalle  de 
Lapommeraye,  à  Rouen. 

Questions  de  l'histoire  de  l'art,  discutées  à  l'occasion  d'une  inscription  grecque 
gravée  sur  une  lame  de  plomb,  et  trouvée  dans  l'intérieur  d'une  statue  an- 
tique de  bronze;  par  M.  Raoul  Pochette.  In-8»  de  13  feuilles  1/2,  plus  une 
planche.  Impr.  de  Crapelet,  à  Paris. 


M.  Vitet  a  prononcé,  en  sa  qualité  de  directeur  de  la  Société  des 
Aniiquaires  de  Normandie,  un  discours  extrêmement  intéressant  qui 
sera  l'objet  d'un  compte-rendu  que  publiera  la  Revue. 


CÉSAR  DALY, 
Directeur  et  rédacteur  en  chef, 
Uiembre  de  rAcademie  royale  des  B'  aux-Arls  de  Stociktiolm,  de  l'institat 
royal  >'<'*  Arctiitecle»  lirilanniqiie»,  etc.,  etc. 


Iiii|>.  de  t..  TUINON  et  (>,  k  Stinl-GemiiiB. 


32^ 


REVLK  DE  L'AHCHITECTl'RE  ET  DES  TRAVAUX   PUBLICS. 


3tt 


MEMOIRE 

SUR    TBENTE-DErX    STATUES    SYMBOMOliRS,    OnSF.nVKKS    DANS    LA 
PARTIE    HAUTE    «ES    TOUllEULES    DE    SAINT-DE.NV8. 

(Sixième  article.  V.  cul.  49,  63,  07, 1Î9  et  J77.) 

K"  lO.  La  coqnrlte  A  la  cnrapa«r,  frmnir-Jiiincnl, 
chèvre   et  aangnaie. 

Transformation  partielle.  —  Scène  du  livre  des  Prottrbet. 

C'est  la  tentatrice  sans  cœur,  l'éternelle  ennemie  de 
l'homme,  l'écueil  ince.ssant  de  sa  voie  où  vient  se  heurter  sa 
sagesse,  où  vient  s'endorinir  sa  prudence  et  s'évanouir  sa 
raison  ;  c'est  cette  assaillante  invincible  qui  surpasse  en  féro- 
cité l'instinct  cruel  des  hôtes  fauves,  cette  accorte  et  rusée 
jouteuse  qui  a  brisé  môme  les  plus  forts,  et  qui  méritait  bien 
sa  place  dans  cette  riche  galerie  des  représentantes  du  mal. 
Accroupie  comme  ses  voisines  et  le  dos  opposé  au  ciel,  celle- 
ci  ne  s'inquiète  guère  de  ce  qui  vole  dans  l'espace  ni  du 
monstre  qui  est  à  sa  gauche  ;  mais  elle  contoure  son  corps 
laborieusement  sans  doute,  du  moins  avec  beaucoup  de 
grâce,  vers  l'hypocrite  Onocentaure,et  de  ce  rire  étudié,  en- 
traînant, communicatif,  qui  est  si  familier  aux  coquettes, 
elle  découvre  deux  rangées  de  dents  d'une  admirable  symé- 
trie. 

C'est  la  séduction  sous  les  armes,  à  en  juger  moins  sur  ses 
traits,  car  cette  tète  est  liès-noircie,  moussue  etextrêmeinenl 
fruste,  que  sur  ce  visage,  plus  animé,  plus  expressif  qu'il 
n'est  dans  l'ordre,  et  sur  le  patient  artifice  qui  a  roulé  autour 
de  la  tête  et  ramené  sons  le  menton  cette  moelleuse  draperie 
rattachée  tout  près  de  l'oreille  par  un  nœud  ample  et  bien 
fourni.  11  y  a  beaucoup  d'art  dans  ce  nsBud  formé  par  le 
voile  lui-même,  et  dans  le  pan  qu'on  en  voit  pendre  le  long 
de  la  joue  et  du  cou  (1).  Ou  trouve  pour  bras  et  pour  jambes 


(I)  On  voit  (les  coifTurps  analogues  à  colle-ci  sur  un  vitrail  de  l'aliliaye  do 
Notre-Dame-du-1'ort  (Nurmandio),  allnbuo  au  xiv«  siècle  :  sur  une  ligure  do 
femme  ornant  un  b&ton  de  cuivre  doré  avec  incrustations  en  email,  apparte- 
nant au  XIII'  siècle  :  sur  une  miniature  d'un  msc.  de  Téreoce  appartenant  à 

T.  VII. 


à  ce  buste  si  bien  paré,  à  droite  ane  patte  de  Chèrre,  et  à 
gauche  une  de  Jument,  qui  font  peu  honneur  à  la  dame  (1). 
Knfin,  Sun  dos,  tourné  à  l'est,  porte  un  étui  ou  capanee 
denté  à  non  extrémité  (2). 

Notre  gravure  a  reproduit  autant  qu'il  a  été  possible  l'ani- 
mation vraiment  frappante  du  visage  de  ce  sujet,  incroyable- 
ment conservé,  exposé  qu'il  est  à  l'air  libre  depais  nn  laps 
d'au  moins  cinq  siècles  et  décomposé  par  le  temps  ;  elle  rend 
avec  expression,  et  une  expression  remarquable,  le  tableao 
plein  de  poésie  et  riche  de  coloration  du  livre  sacré  des  Pro- 
verbes, œuvre  qui  a  inspiré  l'artiste  et  qui  lui  a  fourni  encore 
des  attributs  et  des  détails.  C'est  bien  la  femme  dangereuse 
et  versée  dans  l'art  de  séduire  qui  entre  en  scène  au  cha- 
pitre VII,  ornée  avec  aiïélerie,  habile  à  enlacer  les  âmes  et  à 
leur  dresser  des  embûches  ;  la  courtisane  consommé  doot 
la  physionomie  caresse  et  dont  l'cITronlerie  saisit,  dont  les 
pieds  voltigent  toujours,  dont  la  langue  se  meut  sans  trêve  ; 
qui  épie,  attend ,  saisit  sa  proie  au  passage,  à  la  course,  au  vol, 
et  qui  l'entortille  et  l'enchaîne,  moins  peut-êtreencoreparses 
grâces  que  par  l'abondance,  l'adresse,  renlralnemeot  de  ses 
discours  (3).  Il  faut,  pour  saisir  cet  ensemble,  lire  on  par- 
courir jusqu'au  bout  la  parabole  textuelle,  dotée  de  toute  la 
richesse  du  style  orné  de  l'Orient  ;  on  la  retrouve  tout  entière 
dans  la  pose,  le  port  de  tête,  l'agaçante  et  vive  expression  du 
visage  de  cette  femme,  quoique  tsans  pieds,  presque  sans 
corps,  et  dans  sa  carapace  même,  qui,  toute  épaisse  et  toute 
unie,  simule,  en  dessinant  sa  forme,  un  manteau  riche  et 
élégant.  Cette  femme,  ainsi  euiboltée,  rappelle  que  les  ani- 
maux à  coquille  et  à  carapace  désignaient  l'âme  appesantie 
et  plongée  dans  la  nuit  des  sens,  l'aveuglement  spirituel,  la 
vie  ouvertement  impie.  Le  génie  même  des  anciens  envisa- 
geait dans  la  tortue  cachée  au  fond  de  son  écaille  et  ne  pou- 
vant vivre  sans  elle,  le  devoir  de  stabilité  et  la  séquestration 
profonde  commandés  alors  à  la  femme.  \ji  tortue  sortant  de 
son  enveloppe  ou  laissant  ses  pieds  ou  satèle  s'étendre  hors 
de  cette  prison,  marquait  la  clôture  violée,  le  seuil  du  gynécée 
fianchi,  l'honneur  en  danger  de  se  perdre  s'il  n'était  pas 
déjà  perdu.  Cette  allégorie,  continuée  parles  docteurs  chré- 
tiens du  moyen-âge,  subsistait  encore  dans  les  premières 
années  du  xvi*  siècle  :  *  Quelques  uns  aussy  (dit  De  Vulsoa 


la  même  époque  :  sur  une  autre  miniature  d'oa  immi 
par  (jaston  Pliobus,  etc. 

(t)  Allusion  aux  passions  les  plus  défndaale*.  V..  àia*  aom  <•  paitia  ka 
articles  •  Ckeml  •  et  C*«vr«.  • 

(i)  Cette  écaille,  vraie  carapace  f  twitent  preuve  MM  le  i 
faitement  visible  des  fenêtres  d'oa  corpa  4a  lofb  des 
aligne  au  câté  de  l'est,  fendues  rrfardaal  van  l'oaasL  Mo«  l'a*aM  i 
souvent  à  Taide  d'une  lunette  d'approche.  CaM  daaa  caua  umiappa 
qu'est  implantée  l'aile  gauche.  De  ce  cAté  aani  oa  ToH  pliiiwalt  le  enve- 
loppement du  ncrud,  riche  ei  moelleua  draperie  laaipUe  Sa  plia  aalliplUi  «I 
fouillt-e  avec  beaucoup  d'art. 

(3)  Mulier...  ornatu  meretricio,  prarparata  ad  eapàeadas  aaùaas.  farrala  M 
vaga,  quietis  impatiens,  nec  TalaM  w  daaa  eaMàMate  pedikaa  «■%  BaMC  Imm, 
nuiic  in  platris.  nunc  jnsu  aa|«loa  toridim,  kffiNkmmmfm  àtmoÊÊÊÊm 
juvonom.  et  piocaci  Tolta  blaadilar,  die  Ml,  al*,  (ftaml.  c.  TII.  »  10  ei 
ttqutnl.) 


323 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


■Mï 


de  la  Colombière  en  parlant  de  la  tortue)  liiy  ont  fait  re- 
présenter la  garde  de  virginité,  parce  qu'étant  tardive  et 
n'abandonnant  jamais  sa  maison,  cela  signifie  que  celle  qui 
est  curieuse  de  la  conserver  doit  peu  sonvent  paroîlre  en 
public  ;  »  d'où  est  venu  ce  beau  mot  de  Boëce  :  «  Casta  pu- 
dicitaservat  domum  (1).  » 

A  l'extrémité  de  la  carapace  qui  enveloppe  cette  coquette, 
se  dérobe  à  sa  compression  une  courte  queue  de  sangsue,  se 
contractant  sous  elle-même  comme  pour  échapper  aux  yeux. 
La  présence  de  la  sangsue  est  un  caractère  très-prononcé 
expriman  I  les  passions  ardentes  et  les  luibitudes  rui  lieuses  des 

femmes  dépourvues  d'honneur.  C'est  encore  au  livre  des 
«  Proverbes  »  qu'est  empruntée  cette  allusion  ;  on  y  voit  la 
gourmandise  et  la  luxure  nommées  filles  de  la  sangsue  qui 
est  la  convoitise  des  sens,  et  répétant  :  «  Encore  !  encore  !  » 
sans  jamais  se  rassasier.  Tous  les  commentateurs  bibliques 
confirment  cette  application,  et  le  texte  sacré  lui-même  y 
revient  et  la  développe  tout  au  moins  quant  à  la  luxure,  per- 
sonnifiée dans  la  femme  sortie  des  sentiers  du  devoir  :  «Trois 
choses,  dit-il,  lui  ressemblent  par  Tinsaiiabilité  :  la  terre 
qui  boit  toujours  l'eau,  le  feu  qui  se  nourrit  de  tout,  et  l'en- 
fer qui  a  soif  de  victimes.  « 

Deux  ailes  impuissantes  de  palmipède  complètent  les  attri- 
buts de  cette  statue,  l'une  des  plus  caractérisées  de  cette  riche 
réunion.  L'une  de  ces  ailes,  la  gauclie,  se  déploie,  mais 
comme  blessée,  disloquée  ou  même  cassée,  et  traîne  et  balaie 
l'arête  qui  est  le  support  de  la  statue  -,  l'autre  se  dresse 
pour  l'essor.  Dans  la  dernière,  hypocrisie,  dehors  gardés, 
ostentation  ;  dans  l'autre,  impuissance  totale  d  étaler  cette 
vaine  montre  ;  c'est  l'honneur  perdu,  diffamé,  c'est,  sur  la 
pente  du  scandale,  le  point  où  il  n'est  plus  possible  de  pallier 
la  déchéance,  de  cacher  la  dégradation. 

Nous  ne  nous  arrêterons  point  à  signaler  les  différences 
existantes  entre  le  danger  signalé  ici  et  celui  que  personnifie 
la  Syrène  ;  elles  sont  très-accentuées,  il  est  aisé  de  les  saisir. 

N»  SO.  IMonstre  bybrtde. 

Transformation  complète.  —  Eslrif.  (Querelles  et  rivalités.) 

Animal  hybride,  bipède. 

Corps  et  tête  de  Chien  barbet,  avec  quelques  caractères 
de  Hyène. 

Gueule,  pattes,  et  attitude  agressive  de  Chien  en  fureur. 

Cornes  en  volute  du  Bélier. 

Dos  enrichi  de  soies  de'  Bouc,  séparées  sur  les  articula- 
tions épinières  par  une  raie  longitudinale,  et  très-bien  fouil- 
lées quoique  frustes. 

Queue  traînante  et  légèrement  ondée  caractérisant  la 
sangsue. 

Expression  de  l'irritation  à  son  paroxysme. 


(1)  De  Vulson  de  La  Colombière,  La  science  héroique,  cb. 
Pier.  hiéroglyph.,  lib,  28. 


,  —  V.  aussi 


Les  animosités  quelconques  résumées  sous  le  nom  d'£«- 
^/•//' dominent  dans  cette  statue  :  rivalités  nées  de  l'orgueil, 
et  nommées  Estrifet  Contais  :  litiges  nés  de  l'avarice,  dits 
Malignetez  et  Chalonges  :  jalousies  nées  de  la  luxure,  appe- 
lées Noiczes  ou  Tenczons,  toutes  rentrant  dans  les  discordes, 
filles  des  trois  concupiscences  dont  le  rôle  est  au  moyen  âge 
si  commun  et  si  important  (I).  Cet  Estrif,  monstrueux  péché 
comprenant  toutes  ces  discordes  de  quelque  genre  qu'elles 
soient,  ressort  de  la  physionomie  et  des  caractères  les  plus 
saillants  de  ce  monstre  ;  de  la  fureur  qui  ouvre  sa  gueule, 
dilate  sa  prunelle  ardente  et  respire  dans  l'attitude  de  tout 
son  ensemble  antérieur  ;  du  caractère  du  Barbet  prompt  et 
ardent  à  la  querelle,  et  de  ses  cornes  de  Bélier  indice  expres- 
sif du  combat.  A  ces  indications  sensibles  se  joignent  d'autres 
relations  marquant  les  trois  concupiscences,  origine  de  cet 
Estrif. 

l"  L'orgueil,  figuré  par  le  Bouc,  superbe,  rétif,  indocile, 
insociable  avec  ses  pareils,  doué  d'instincts  ascensionnels, 
et  auquel  l'âge  hiérarchique,  l'investissant  du  triste  rôle  de 
symboliser  le  péché,  appliquait  ce  mot  de  la  Bible  :  «  Super- 
bia  eorum...  ascendit  semper  (2).  » 

2"  L'avarice,  montrée  dans  la  Hyène,  qui  ne  fouille  point 
ici  les  tombeaux,  mais  dont  la  gueule  insatiable,  ouverte  et 
aspirant  la  proie,  quête  quelque  immonde  pâture. 

3"  Les  passions  basses  représentées  par  la  Sangsue,  qui 
semble,  dans  cette  statue,  pétrir  et  balayer  la  fange  dans 
laquelle  elle  se  complaît;  association  odieuse  et  dignement 
représentée  par  l'ensemble  de  ce  sujet,  l'une,  entre  toutes. 
ces  statues,  des  plus  saillantes  pour  la  vie,  la  violence  et 
l'emportement. 

Point  d'ailes  ;  point  de  charité  ;  aucune  prière  ;  aucunes 
vertus. 

m°  XI.  Monstre  hybride. 

Transformation  complète.  —  Truie  allaitant  cinq  poreelett.  Fécondité 
des  passions  viles. 

Cet  animal  d'allure  immonde  a  par  son  corps  et  par  sa  têt€! 
des  caractères  de  la  Truie,  et  quelques  affmités  avec  le  Loup. 


(i)  Estrif.  Quant  li  deables  voit  concorde  entre  giens  moût  li  desplais.  Et 
por  eus  faire  deseorder  il  fait  volentiers  son  poaîr  a  eus  faire  estriver.  Et  quant 
il  comencent  a  estriver  et  li  dcable  comcnce  le  feu  d'ire  et  de  mautaJent. 
embraser... 

CoHtenz.  La  opiarte  branche  d'ourgneil est  folebaerie  que  len  apele  en  clergie 
ambicion...  De  ce  sordent  les  pecliies  a  senestre  corne  mesdire...  désirer  la. 
mort...  traison...  conspirations,  contenz...  Contenz,  est  quant  len  desmentenl 
lun  lautre  ou  dient  grosses  paroles... 

Malignetez,  quant  li  bons  est  si  malingeus  et  si  deables  que  il  ne  redoute 
pas  ung  grant  pechie  a  faire  mortel  ou  orrible  ou  grant  domage  a  autrui  por 
un  petit  de  conquest  ou  de  profit  a  sey... 

Chalonges.  C'est  courre  surs  autrui  a  tort.  A  ceslui  pechie  apartienent  tnit 
li  barat,  toutes  les  trecheries  et  les  faussetez  qui  avienent  en  plait. 

Apres  lestrif  et  le  barat  vient  la  noicze  et  le  tenczon  Saint  Augustin  dit  que 
rien  ne  semble  tant  aus  faiz  au  deable  come  tencier  Ceste  branche  se  devise 
en  sept  rainselcz...  ledengier,  maudire,  reprover...  menacier,  discorde  susci- 
ter, etc.  {Msc.  de  la  Bibliothèque  royale.) 

2)  Psalm.,  LXXIII,  23 . 


REVUE  DE  L'ARCIIITKCTl'RE  ET  DES  THAVAUX  PUBLICS. 


La  Truie,  comme  nous  l'avons  dit,  répond  au  dernier  des 
«  sept  vices.  »  L'hiatus  tout  particulier,  qui  donne  ici  à  son 
groin  la  capacité  d'un  abîme,  et  les  caractères  de  loup  ré- 
pandus dans  celte  statue,  semblent  appeler  l'attention  sur 
la  voracité  brutale  qui  est  si  propre  à  ces  animaux.  Otte 
truie  doit  représenter  ce  que,  selon  les  moralistes  (1),  la 
luxure  a  d'insatiable,  d'impétueux  et  d'effréné. 

A  son  allusion  bien  connue  aux  passions  les  plus  réprou- 
vées, la  truie  joignait  au  moyen  âge  celle  de  la  fécondité  : 
mais  quelle  fécondité  peut  appartenir  au  désordre,  si  ce  n'est 
une  longue  suite  d'actes  flétrissants  et  pervers  ?  C'est  aussi 
i' allusion  honteuse  prêtée  constamment  à  la  truie,  figurant 
dans  les  œuvres  d'art  parmi  les  légions  des  péchés.  L'acces- 
soire des  cinq  petits  (2),  dont  elle  est  ici  escortée,  semble 
n'avoir  eu  d'autre  but  que  de  rappeler  ce  cumul  de  deux 
acceptions  dégradantes.  Mais  pourquoi  ce  nombre  de  rinif 
pour  rappeler  à  la  pensée  l'idée  de  la  fécondité,  puisque  les 
portées  de  la  truie  sont  communément  plus  nombreuses,  et 
que  la  truie,  dont  les  portées  se  borneraient  à  cinq  petits,  se- 
rait condamnée  au  sivloir  pour  le  fait  d'infécondité  ?  C'est  que 
la  truie  figurant  sonle  et  par  elle-même  la  fécondité  abso- 
lue, il  suffisait  de  le  rappeler  ici  par  une  simple  indication 
de  progéniture,  sans  y  montrer  son  personnage  magnd  ro- 
mitante  catervd  ;  et  il  y  a  dans  ce  nombre  cinq  une  inten- 
tion des  plus  mystiques.  Le  nombre  c/wr/,  au  moyen  î*igi>, 
rappelait  toujours,  soit  exclusivement,  soit  au  moins  im- 
plicitement, les  cinq  sem  (3).  Ce  sont  donc  ici  les  cinq  senu, 
pervertis  dans  l'homme  sans  mœurs  par  les  passions  libi- 
dineuses issues  de  cette  louve-truie,  et  devenus  brutaux 
comme  elle  par  l'avidité,  l'impétuosité,  la  perversité,  la  bas- 
sesse des  habitudes. 

Point  d'ailes,  point  d'aspirotions  au  ciel  ou  aux  choses 
célestes  ;  rien  de  pur,  de  grand,  d'élevé,  là  oîi  fermentent 
de  tels  vices. 

N*  tt.  MoiiNtrp  hybride. 
Transformation  complète.  —  Jfurmurc. 

Tête  de  Chien  ou  de  certains  Singes.  Pattes,  griffes,  corps 
et  pose  de  quadrumane.  Ailes  dressées  de  palmipède. 

Les  deux  vices  par  lesquels  le  chien  se  trouve  en  rapport 
avec  le  singe  sont  la  licence  et  la  colère  :  le  premier  est 


(1)  Vincent,  bcllov.  Spec.  mornl.  Dt  luxurià  rt  /Hiahun  ejut.  —  Atbin. 
Flace.i  Alcuini,  liber.  X.  De  divinii  ofUeù.  —  Hanon.  ji  S.  Victor.  In  Spee.  he 
myst.  Ecclet. 

(î)  Notre  (fravure  en  montre  quatre.  \je  HnqoiAme,  plact!  comme  les  autres, 
mais  .sous  lo  (lanc  droit  de  la  truie,  ne  peut  Hn  tu  que  do  sud  de  la  basili- 
que (cours  et  bAliments  claustraux),  cOd'  opposi'  à  celai  d'où  aiHi'  pris  le  profll 
de  cette  statue. 

(3)  S.  Clément.  Alexandrin,  m  Slrnmnl.  —  S.  (ïrefor.  .Magn.  —  Hesyoliius 
Hiersoloymit.  —  S.  Ambros.  —  S.  Brunon  Astcns.  .Sup.  Exod.  cap.  XXVI.  — 
Ibid.  <ii  Earoil.  cap.  XXV.  —  Iliid.  Serm.  De  Confruorihut,  VI.  —  S.  An- 
selm.  Cantuar.  —  llrahan.  Maur  in  Hiesethiel,  proph.  I.  XV,  in  tnpilr.  — 
Durand.  ttnlUmal  Aimnor.  ofjk.  I.  7.  N,  M.  —  Ibid.  IV,  t.  N.  I.  —  l'bilip. 
do  Thaun,  The  Bestiary.  —  Li  Aieiliotret  (Msc.  de  la  Biblioih^M  royale). 


comme  épuisé  ici  par  les  statues  envirooDantes;  le  second  y 
est  moins  fréquent,  quoique  montré  sur  quelqoet-aoes  ;  mais 
une  de  ses  provenances,  un  très-grand  pécbé,  le  SHinmiiv, 
devait  y  être  signalé.  Il  est  dans  les  traités  de  vices,  Ûoâ 
que  siircette  tourelle,  mis  à  lasuitedo  tauitr  que  nous  avons 
vu  tout  à  riieure  (1).  C'était  la  •  patenôire  aa  singe  (2),  • 
et  il  comptait  également  parmi  les  allunions  dn  cbien.  Si 
celui-ci  ouvre  la  gueule  avec  un  si  large  hiatus  au  lieu  d'ac- 
complir son  office  en  murmurant  ou  «  grondillaot,  »  c'est 
comme  statue  doctrinale,  et  peut-être  aussi  parce  que  !'<•• 
prit  pervers,  dont  tout  mai  est  l'inspiralico,  cherche  4  dé- 
vorer ou  à  perdre  l'homme,  «  qmireiu  Uo  quem  dec»rrt{3\.  • 
Saint  Benoît  montre  le  ■  murmure,  »  même  caché  an  fond 
du  cœur,  comme  l'un  des  plus  grands  péchés  que  poisse 
commettre  le  moine  ;  sa  règle  s'étend  sur  ce  point  et  menace 
ceux  qui  murmurent  descliitimenU  dej  réprouvés,  s'ils n'ei- 
pient  promptement  leur  faute  (4).  Le  murmure  est  traité  de 
même  dans  les  écrits  des  moralistes  (5). 

N«  SS.  U*a. 

TnntfcnnatiM  eonpMe.  —  Owfwii  H  In. 

Cette  statue  est  l'une  de  celles  dont  la  tête  a  le  moius  de 
vie,  et  le  camcière  physique  le  moins  d'etpression.  C'est 
qu'il  suffisait  de  la  montrer  (le  lion)  pour  être  compris. 
Dans  une  galerie  de  vices  son  rôle  ne  peut  être  équivoque. 
.\djoint  par  quelqu'un  de  ses  membres  aux  antres  emblèmes 
du  mal,  c'est  l'emportement  des  passions  :  seul,  c'est  la 


(I)  statue  n'ÏO. 

(S  V.  ci-aprè.<i,  in  nota. 

(3)  Rhaban  Maur,  dan.i  son  Commentaire,  menan*  le  raamaf«l<«r  ftuu 
di'vori'  par  ce  vice  ou  décbirt'  par  les  iitocM.  <  Ant  mumarat  (mnearInN) 
centra  Domini  flagella,  aut  contra  (ibi  i  fenioribin  impoNUa  ^Mciyiiata. 
aut  contra  sibi  injunctam  à  majoribas  obedienliam  aot 
ventris  ingluvic.  Qui  si  audilor  oblivio<iu>  non  essri.  de  bi«  oai 
tionero  Scripturarum  audi.viet,  et  non  muraiuranel.  Diril  nam^a 
•  Flagellât  Dominus  omnem  filium  qnen  rtcipil...  >  llioe  M»  CMB  ■•§>• 
terrore  Aposlolus  prohibel  murmurare,  diceas  :  •  Xrqae  iBDnwuaTcriliariaal 
quidam  murmuravemnl,  et  1  lerpentflMM  perieninl.  •  Ac  <i  dIemL..  Ili  M 
V05  à  morsibns  dilacerati  drmoaiomm  perihitis.  abi  «m  k  araïaMraliaaia 
malo  rustodieritis.  (Hrahan   Maur.  ia  Rrful.  S.  BimtémU,  C  iV.) 

(IJ  Irisirumenlum  bonorum  openim....  non  (eae)  ■■raafonai.  Xaa  etm 
malo  animo  si  obediat  (monachu.i),  discipliaaci  aoa  MlMa  Oft,  aal  MiaM  ia 
corde  si  murmuraverit.  etiam  si  impleat  jtiiriaaeak  laaMM  jaa  accqMaM  aaa 
erit  Dco  qui  cor  ejus  rcspicit  murmurantis,  et  pro  tali  (acto  aaUaai  «MM- 
quilur  graliam,  imo  ptcnam  murrouraliooam  incnrrit,  si  aoa  eau  wlhfa» 
tione  emondaTeriL  (Arfni.  S.  Benedicl.) 

(B)  •  Souvent  veions  avenir  qoe  cil  qai  b'om  reapoadre  a*  tcacier  qat  il 
commence  a  mnr-iiif-r  rntrr  iiîi  lirni  m  innilillrr  pnrrr  ipr^i  In  Irarirr  ■tliM 
nous  le  pecbie  de  murmaiv...  C«l  pacUaaia  dcat  biaackea  car  H  aaa  aar- 
nmre  contre  Diea,  le  autres  ooaira  boaw.  ConUa  bnae  lefaa  ccst  pertùn  ta 
moul  de  menieres  rome  de  serf»*  eoalrn  laar  Sei|aear...  «a  Tibias  e««tKi 
les  clievaliers.  en  lais  contre  elen  et  prsiai,  a  awiaei  doairien  «oMn  Im 
abbes  et  les  prevous  et  lea  oflkiaaa... 

•  Murmure  contre  Diea  a  aast»  d'acbamai  (fcasioBs)  carboaM^  apoda 
Itrace  et  pacience  il  veal  astre  mtMn  sas  Diea.. .  el  chante  la  palsaaitu  aa 
.-iinfte,  certes  mes  la  chancioa  an  deable...  Certes  mont  est  liex  hoas  fcab  •( 
forsenes  qui  Veut  qne  Dieu  U  raada  raiaoa  de  qaaaqae  il  fait....  taaloM  mar- 
mure  contre  li  et  le  nM«|T«e...  Qaei  aMrrctlb,  si  Kmt  »  Tea|e  da  tin  («s. 
qui  li  Teviaat  laUr  (<M«r)  sa  sefaorie  «  sa  sipieaeat  •  (Mac  da  nir  siMe 
tfiMiotUfM  rayai*,) 


327 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


328 


folie  de  l'orgueil  et  les  transports  de  la  colère,  présentés 
comme  inséparables  par  les  textes  de  l'Écriture  (1) .  Dans  les 
écrits  du  moyen  âge,  dont  le  style  est  si  coloré,  il  est  rare 
que  le  lion  n'en  soit  pas  montré  comme  exemple.  «  Ourguei! 
guerroie  Dieu  de  ses  biens.  Oargueil  est  li  rois  des  vices, 
cest  li  lions  qui  tout  dévore  (2).  »  Nous  avons  dit  qu'on  ne 
trouve  dans  ces  statues  rien  au  delà  des  caractères  propres 
à  en  déterminer  le  sens.  Celle-ci  n'est  que  dégrossie;  c'est 
un  lion  tout  idéal,  par  la  masse,  par  l'encolure,  par  l'épaisse 
et  longue  crinière,  caractères  tous  bien  connus.  C'était  assez 
pour  entendre  et  interpréter  la  leçon.  Cette  leçon  est  éner- 
gique dans  les  auteurs  contemporains  ;  le  signalement  de 
Yourgueil,  adressé  qu'il  est  à  des  moines,  peut  s'appliquer  à 
tous  les  hommes  affectés  de  ce  mal  odieux. 

«  Je  passe  sous  silence,  dit  le  Commentaire  de  la  règle 
bénédictine,  ceux  dont  leur  extérieur  et  leur  port  procla- 
ment eux-mêmes  l'orgueil;  ceux  que  leur  tête  très-haut 
levée,  leur  visage  plein  d'arrogance,  leur  regard  farouche 
et  allier,  et  leur  parole  impérieuse  (3)  montrent  ouverte- 
ment superbes  :  je  les  indique  seulement  avec  une  grande 
tristesse,  et  je  ne  cite  leur  exemple  que  pour  inviter  à  le 
fuir  (et  à  n'imiter  point  ces  hommes),  qui  (pourtant)  déjà 
convertis  et  un  peu  avancés  dans  la  voie,  se  laissent  dominer 
par  (un  fol)  orgueil  et  entraîner  à  leur  insu  dans  des  maux 
irrémédiables...  Ils  disputent  les  préséances  (4),  affectent 
avec  impudence  de  laisser  bien  au-dessous  d'eux  les  plus 
distingués  entre  tous,  imposent  avec  promptitude  leur  avis 
et  leur  sentiment,  ne  gardent  nulle  modestie  dans  leurs 
discours  ni  dans  leurs  mœurs  :  ils  ont  l'obstination  dans 
l'acte,  la  dureté  au  fond  du  cœur,  la  jactance  dans  la  pa- 
role; fourbes  dans  leur  humilité,  inexorables  dans  leurs 
haines,  incapables  de  soumission,  haïssables  à  tous  les 
justes...  Prompts  à  parler  avec  audace  de  ce  qu'ils  ignorent 
(le  plus),  effrontés  à  prêter  l'oreille  (à  ce  qui  s'adresse  à 
autrui),  parlant  d'une  voix  éclatante  et  riant  d'un  rire 
effréné  (5)-..  » 


(1)  Superbus  et  arrogans  vocatur  indoctas,  qai  in  ira  operatur  snperbiam. 
(Prorerb., XXI,  24.) 

esse  siciu   Ifto  in   domo  tuà,  evertens  domesticos  tuos,  et  opprimens 
objectos  iihi.  (»'rfli;«rft.,  IV,  35.) 

(2)  Ourgucil  (continue  ce  Traité)  destruc  (sic)  tos  les  biens  et  toutes  les  grâces 
et  toutes  les  bonnes  euvres  qui  sont  en  home.  Car  orgueil  fait  d'aumône 
pechié,  et  de  vertu  vice,  et  des  biens  dont  leur  devret  aquerre  le  ciel  fait  enfer 
gaigner.  •  C'est  sous  des  couleurs  approchantes  que  le  même  Traité  des  vices 
fait  le  portrait  de  la  colère  :  -  Ire  est  vices  moût  grant.  C'est  félonie  de  cuer, 
dont  issent  moût  de  branches...  et  principaument  quatre,  segont  quatre  guerres 
que  li  félon  fait.  La  primierc  est  alumeisons...  La  segondc  guerre...  il  est  à 
Dieu...  La  tierce  ..  que  li  ireus  a,  c'est...  a  famé  et  a  sa  mesnie  (ses  entants, 
sa  suite,  sa  maison),  car  li  bons  est  aucune  foys  si  forsenez  que  li  bat  et  fiert 
famé  et  enfans  et  mesnie,  et  brise  poz,  hanas  (ou  hanaps,  coupes)  aussi  comme 
il  fust  hors  du  sens  et  si  est-il.  La  quarte  est...  à  ses  voisins  et  àses  presmes... 
et  de  cette  branche  nessent  sept  rainselez...  (Msc.  du  xiii"  siècle,  Bibliothèque 
royale.) 

(3)  Le  texte  -^st  pins  expressif  encore  :  •  Sermo  terribilis»,  dit-il. 

(4)  Contrairement  au  précepte  des  livres  saints  :  «  Noli  quacrere  à  Domino 
ducatum,  ncque  à  roge  calhcdram  honoris.  »  [Proverb.,  Vil,  4.) 

(5)  Habran.  Maur,  Comment,  in  Regul.  S.  Bened.,  c.  IV. 


Que  de  verve  et  de  vérité  dans  ces  portraits  du  moyen 


âge! 


Passons,  dans  ce  même  traité,  au  chapitre  de  la  colère. 

«  Il  faut,  dit  la  Règle  elle-même,  réprimer  eu  soi  la  co- 
lère, vaincre  l'irascibilité  (1)...  O  bienheureux  enfants  du 
cloître  !  reprend  le  Commentaire  écrit,  considère  que  celui 
que  le  ressentiment  pousse  à  se  venger,  bâtit  dans  son  cœur 
une  retraite  au  démon,  et  prédispose  Jésus-Christ,  qui  est 
le  véritable  soleil,  à  se  retirer  de  son  âme.  Fuis  la  colère, 
Dieu  t'aidant,  et  ne  suis  jamais  ton  irritation  envers  aucun 
d'entre  tes  frères...  Si  les  bouillonnements  de  cette  passion 
ont  surexcité  ton  esprit,  que  l'amour  fraternel  les  calme. 
Qu'une  fraternelle  douceur  apaise  l'exaspération,  que  la 
charité  fraternelle  dissipe  l'animosité,  que  la  tendresse  fra- 
ternelle éteigne  le  ressentiment.  C'est  un  grand  mal  que  la 
colère;  par  elle  on  oublie  la  sagesse,  par  elle  on  quitte  la 
justice,  par  elle  l'union  se  détruit,  par  elle  est  rompue  la 
concorde,  par  elle  est  violée  la  loi  de  la  vérité.  Par  les  ai- 
guillons de  ce  vice  le  corps  est  agité  et  tremble,  la  langue 
bégaye,  le  visage  devient  de  ffu,  le  cœur  palpite,  la  vue 
se  trouble  et  se  confond.  De  peur  que  ces  maux  ne  t'arrivent, 
réprime  ta  colère,  ô  moine  !  fais  tout  avec  tranquillité,  mo- 
dération et  patience  (2).  » 

N»  C4.  Lièvre  avec  ailes  fantastiques. 

Transformation  complète.  —  PusUanimite  (3). 

Détails  et  ensemble  du  lièvre  :  oreilles  dressées,  aux 
écoutes;  tête  dressée,  épouvantée;  pattes  antérieures  au 
repos,  les  autres  légèrement  soulevées  et  toutes  prêtes  à 
l'élan.  Ailes  tout  à  fait  fantastiques  (4),  n'ayant  d'autre  si- 
militude qu'un  rapprochement  de  leur  forme  avec  celles  des 
palmipèdes. 

Représentation  très-probable  de  la  pimllanimité,  "d'où 
naît  la  tristesse  du  siècle  qui  conduit  à  la  mort  de  l'âme.  Son 
contraire  est  la  fermeté  (la  »  constance  »  des  moralistes), 
dont  les  armes  sont  la  patience  parmi  les  luttes  incessantes 
et  le  saint  mépris  des  douleurs  (5).  Ces  épreuves,  pour  le 
chrétien  revêtu  des  armes  célestes,  sont,  dit  le  manuscrit 
des  Vices,  le  u  limaz  qui  monstre  ses  cornes,  les  oies  qui 
suflent  sur  la  voie,  et  les  vains  songes  des  songeus  (6).  » 


(1)  Itegul.  S.  Benedict. 

(2)  Hraban.  Maur,  in  Itegul.  S.  Bcned.,c.  IV. 

(2)  Orthographe  du  xiii»  siècle  .'toujours  sans  accentuation). 

(4)  Les  ailes,  dégradées  et  brisées,  ont  été  complétées  dans  le  cours  du  siècle 
actuel,  d'après  les  indices,  très-bien  conservés,  de  la  moitié  attenante  au  corps 
du  sujet,  moitié  évidemment  antique. 

(o)  Per  illam,  tristilia  sa'culi,  quœ  mortem  operatur,  nascitur.  At  contra^ 
constantes  aninio  fortiter  per  paticntiam  sufferunt  laborcm,  quia  omnem  prae- 
sentisvilie  contemnunt  dolorcni.  (Hraban.  Maur,  in  Eccli.,U,  6.)  —  V.  aussi 
Vincent.  Bellov.  Spec.  mor.  rt  VApocalypsc:  •  Timidis  aulem...  pars  illorum 
eritin  stagno  ardcnli  igné  et  sulfure...  •  (XXI,  8.) 

(6)  Ce  lièvre  qui  prend  l'épouvante  est  taillé,  sur  cette  tourelle,  juste  côté  de 
son  contraire,  le   lion  à  attitude  pacifique  que   nous  venons  d'interpréter. 


329 


REVUE  F)E  L'AUCIIITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


330 


TOLHELLE  SUD-ÛUE8T. 

N«  ta.  Monstre  hybride,  —  l/oap  e(  <'hat> 

Transformation  complète.  —  Rapine.  —  Péché  d'Exaeeion  (I).  —  Avarice. 

Tête  et  corps  rappelant  le  loup.  Pattes,  pose  et  train  de 
derrière  du  chat.  Queue  empruntée  aussi  au  chat,  cherchant 
à  se  dissimuler.  Ailes  dressées  de  palmipède. 

Nons  n'avons  vu  sur  ces  tourelles  qu'une  figure  propre- 
ment dite  de  l'Avarice,  qui  occupe  pourtant  tant  de  place 
parmi  les  «  sept  péchés  mortels,  »  et  qui  est  o  la  mestresse 
qui  a  si  grant  escole  que  tuit  i  vont  pour  estudier...  Car  toute 
manière  de  gent  estudient  en  avarice,  et  granz  et  petiz, 
princes,  prelaz,  clercs,  et  lays  et  religieux...  »  :  mais  on  y 
rencontre  à  sa  place  quelques-unes  d'entre  .ses  filles,  encore 
plus  odieuses  qu'elle. 

Quoique  évidemment  fantastique,  ce  monstre  réunit  deux 
types  très-sensiblement  exprimés,  la  rapine  et  l'hypocrisie, 
évidentes  dans  cet  ensemble,  analogue  à  la  renommée  que 
le  proverbe  a  faite  au  loup.  Cette  réunion  est  logique  et  rap- 
pelle au  moins  pour  l'esprit  cette  expression  de  l'Evangile  : 
a  Ils  viennent  à  vous  revêtus  de  peaux  de  brebis,  mais  ce  ne 
sont  en  réalité  que  des  loups  rapaces.  »  Ici  la  brebis,  la  dou- 
ceur, est  remplacée  parla  finesse,  la  maraude  et  la  pillerie, 
qui  sont  le  traître  et  malin  chat. 

Personnification  marquée  du  n  qninz  mimelez  de  ra- 
pine (2)  :  «  Li  qninz  est  en  ces  grans  prelaz  qui  accrochent  et 
raunbenl  leur  sogiez  par  trop  grans  procuracions  ou  par  au- 
tres exaccions  que  il  font  en  trop  de  menières.  Ce  sont  li  lou 
quimenjuent  les  berbis  (3).  »  En  effet,  dans  cet  animal, 
toute  la  partie  antérieure  appartient  au  loup;  car  il  fallait 
ici  sa  gueule  :  mais  on  aperçoit  par  derrière  les  pattes  fur- 
tives  du  chat,  et  l'on  voit  sa  queue  hypocrite  contournée  avec 
précaution  et  se  serrant  contre  le  flanc  pour  se  dérober  à 
la  vue. 

Pourquoi  ces  ailes  si  petites,  ridiculement  déployées,  quoi- 
que si  impropres  au  vol  ?  C'est  pour  trahir  cette  impuissance 


aux  regard»  de  robser\  ateur,  et  lui  dire  que  la  prière  et  ks 
vertus  qu'elle  procure  sont  alMentea  ou  illusoirea  là  où  de- 
meure le  péché;  et  aussi,  c'est  que  Tliypocrite  étend  et 
élève  ses  ailes,  quand  il  simule  des  vertus  doiit  il  o'a  que  les 
vains  dehors. 

th  ta.  Cbica  rmiaet  («aille  r«l»»»«lr). 


Tran'>forniiiii< 


|,i.M.  —  Kor(aaleri«  «I  UdmUi  (lap«iMM.) 


Ce  rapprochement,  motivé  sans  doute,  (ait  souvenir  qu'au  moyen  âge 
les  ba.s-reliefs  hiératiques  avaient  souvent  deux  allusions  sans  nulle  relation 
entre  elles  :  l'une  res.sorlanl  du  sujet  lui-mi^me  :  c'est,  dans  ce  lièvre  et  ce 
lion  placi's  ici  parmi  les  vices,  les  péchés  dont  ils  sont  les  représentants,  et 
que  nous  venons  de  nommer;  l'.iutre  moins  directe  et  moins  explicite  quoi- 
que tout  aussi  consacrée  :  ce  serait  pour  ces  deux  sta'ucs  un  mot  du  livre  des 
Proverbes,  rappelé  par  leur  voisinajfc  coœbin»'  sans  doute  par  l'artiste  afin 
d'en  tirer  ce  parti.  •  Fugil  impiut  (dit  ce  texte),  tieniiiie  persequenle  :  jmlus 
auletn,  quasi  leo  ciiiifulens,  sine  limore  eril.  •  •  L'impie  fuit  dans  son  épou- 
vante, même  sans  être  poursuivi;  mais  le  juste,  comme  un  lion  plein  d'as- 
surance, sera  exempt  de  ces  terreurs.  •  Le  lion,  qui  avec  des  vices  marque  en 
même  temps  le  courage,  la  gém'rosité,  la  force,  la  victoire,  la  fermeU-,  ne 
peut-il  pas,  en  même  temps  qu'il  ligure  ici  la  colère,  avoir,  à  raison  de  ces 
rflles,  reprt'senté  aussi  le  jusli',  dans  un  autre  ordre  d'allusions  ?  Cela  expli- 
querait d'autant  mieux  pourquoi  ce  lion  e«t  si  calme,  et  pourquoi  ce  lièvre 
(l'impie)  a  l'oreille  si  aux  écoutes,  le  regard  si  plein  d'épouvante,  l'ensemble 
si  terrifié. 

(1)  Orthographe  du  moyen  âge. 

(i)  Cinquième  jet  de  la  rapine,  qui  e.st  on  ramean  de  l'avarico. 

(3)  Msr.  de  la  Bibliothèque  royale. 


Nous  avons  montré  dans  le  chien,  coitudéré  aa  point  de 
vue  de  ses  rapports  avecle  mal,  des  allusions  à  tous  les  vices; 
par  ses  aboiements  forcenés  marquant  une  humeur  intrai- 
table, celui-ci,  effronté  roquet,  rend  au  naturel  l'impiideoee 
et  l'aveugle  témérité.  Le  terme  «  impaviditas  •  signifie  dans 
les  moralistes  chrétiens,  où  il  s'in.scrit  parmi  les  vice^,  non 
pas  l'intrépidité  du  courage,  mais  la  témérité  coupable  par 
laquelle  on  affronte  Dim,  et  la  détestable  hardiesse  de  cenx 
qui  ne  craignent  ni  de  l'irriter,  ni  de  lui  déplaire  (I)  :  sorte 
d'apathie  insensée,  pur  effet  de  la  lâcheté;  car  c'est  le  défaut 
de  courage  qui  fait  refuser  les  combats  commandés  par  la  loi 
divine. Cette  sécurité  stupide  porte  jusqu'à  nier  Dieu  même, 
comme  pour  se  donner  le  droit  de  compter  pour  rien  ses 
défense»  et  d'enfreindre  ses  injonctions  :  étal  figuré  par  ce 
chien  d'espèce  faible  et  délicate,  mais  fanfaron  par  caractère 
et  aboyeur  de  profession  ;  aussi,  malgré  cet  air  mutin  et  ces 
jappements  forcenés,  voit-on  son  corps  tout  contracté  et  la 
queue  de  ce  rodomont  rampante  et  serrée  sons  son  ventre. 
Telle  est  cette  audace  factice  qui  n'affronte  le  Tout-Puissant 
que  parce  qu'il  est  invisible,  patient  et  tardif  à  punir,  mais 
qui  décline  le  courage  et  les  efforts  de  la  vertu,  et  qui  a  pour 
fin  et  pour  principe  la  faiblesse  et  la  lâcheté. 

K*  ST.  ■•••«re  hybride. 

Transformation  complète.  —  QwrU  (oiUe  iê  Detractiom. 

Têle,  corps  et  pattes  de  dogue  île  forte  race.  Qiieoe  fàù- 
tastique,  se  rapprochant  de  celle  de  la  sangsue  et  rappelant 
les  poissons  mous  dits  mtreun.  Ailes  dreiwées  de  palmipède. 

Ce  monstre,  d'expression  féroce,  pourrait  bien  être  un  de 
ces  dogues  habitués  des  bouchtries,  vivant  de  sang  et  de 
chair  crue,  i)ersunnifiant  le  Klclie  péché  de  délractioa  (2). 
Nous  avons  vu  la  ■  tierce  foilie  ■  de  ce  vice  dans  la  statue 
n°  15,  péché  qui  e  eâttiint  et  met  à  néant  tous  les  biens  que 
lions  fait  et  le  fait  tenir  pour  mauves  :  cil  menjue  lonie  tout 
entier .  »  Le  dogue  qui  est  iiiùnlré  ici  semble  en  être  la  •  quarte 
foilie,  »  crime  plus  réprouvé  encore,  pai  ce  qu'il  est  mieux  co- 
loré. «  La  quarte  ne  le  menjue  pas  tout,  mes  il  le  mort  el  en 
prent  une  pièce,  et  c'e,<it  la  quarte  foilie  de  ceste  branche  qui 
est  proprement  appelée  détraccioo.  Or  il  detrait  et  découpe 
tousiors  aucune  pièce  des  biens  que  il  oi  dan»  autrui.  Car  qiian- 
que  lei)  dit  bien  dautrui  devant  lui,  tousiors  i  trove  et  met 


(I)  VincenU  Bellovac.  Specul.  uwnl.  |  A>  /«luNtJaMt. 
(i)  Y.  dans  ootrc  â*  parUr.  art.  Ckitu. 


331 


REVUE  DE  L'ARGHITECTIJRE  ET  DES  TRAVAUX  PURLIOS. 


:m 


un  mes.  Certes  fait  il  cest  voir  (vrai)  :  il  est  moût  preudome 
et  je  laime  moût  :  mes  il  a  tel  défaut  en  luj,  ce  poise  moi 
(ce  me  semble)  (1).  » 

A  quel  autre  parmi  les  vices  siéraient  mieux  les  ailes  dres- 
sées et  débiles  des  palmipèdes,  qu'à  cet  hypocrite  péché  qui 
a  tant  de  détours  et  de  ruses,  et  qui  affecte  les  vertus  hum- 
bles, les  plus  généreuses  vertus,  la  loyauté,  l'amour  du 
vrai,  et  l'extrême  délicatesse  dans  ses  jugements  sur  le  bien  ? 
Mais  auquel  aussi  convient  mieux  la  honteuse  queue  de  lam- 
proie, de  sangsue  ou  de  poisson  mou  donnée  à  ce  vil  per- 
sonnage, le  plus  ignoble,  le  plus  lâche,  le  plus  méprisé  des 
envieux? 

No  ss.  Monstre  fantaslhiuc  et  hybride 

Transformation  complète.  —  Haine,  ressentiments,  vengeance 
et  complications. 

La  tête,  les  pattes  bisulques,  quelques  caractères  de  l'os- 
sature du  corps,  rappellent  le  type  chameau.  La  queue 
très-longue,  grêle  et  lisse,  terminée  par  une  touffe  soyeuse 
et  bien  fournie  d'assez  longs  poils,  se  tient  serrée  contre  le 
flanc  et  vient  ombrager  de  sa  houppe  le  milieu  supérieur  du 
cou,  mouvement  caractéristique  dont  nous  avons  donné  le 
sens  dans  notre  article  sur  les  queues. 

Les  caractères  du  chameau,  dominants  dans  cette  statue, 
paraissent  dénoter  ici  les  irritations  implacables,  les  senti- 
ments vindicatifs,  les  haines  concentrées  et  sourdes  qui  n'as- 
pirent qu'à  éclater,  seconde  espèce  de  colère  plus  cou[)able 
et  plus  réprouvée  que  celle  qui  se  manifeste  par  des  transports 
bruyants  mais  courts.  Elle  aussi  est  l'une  des  filles  de  cette 
passion  de  superbe,  accusée  surtout  par  ce  monstre,  dont 
le  profil  vu  du  midi  (2),  esi  effroyable  de  colère,  de  férocité 
et  de  laideur.  Placé  l'un  des  derniers  dans  l'ordre,  sur  cette 
dernière  tourelle  et  dans  la  série  des  péchés,  cet  animal 
probablement  s'y  montrait  avec  le  cortège  de  ses  nombreuses 
allusions  :  c'étaient,  comme  on  l'a  vu  plus  haut  (3),  avec 
l'orgueil  et  la  vindicte,  l'hypocrisie,  le  sacrilège,  la  tor- 
tuosité  des  voies  et  tout  ce  qu'enfantent  ces  vices;  c'est  dans 
ces  derniers  rangs  d'entre  eux  que  devaient  être  rassemblées 
leurs  plus  odieuses  espèces. 

N»  S9.  Monstre  hybride. 

Religieuse-chatte.  —  Transformation  partielle.  —  Réunion  du  poché 
d'Accide,  de  la  Lécherie.  de  ïOitrgueil. 

Monstre  accroupi  comme  les  autres,  tête  voilée  de  reli- 
gieuse. Guimpe  montante  à  plis  serrés;  draperie  enveloppant 
la  poitrine,  le  cou  et  la  naissance  des  épaules.  Corps  fantas- 
tique de  bipède,  rappelant  la  bête  féroce  par  la  vigueur  de 
la  membrure,  et  la  chatte  par  les  détails  ,  toute  l'encolure  et 

(1)  Msc.  de  la  Bibliothèque  royale. 

(2)  Des  cours  placées  au  midi  de  la  basilique  et  'du  préau  de  l'édifice  nommé, 
au  moment  où  nous  écrivons.  Maison  royale  de  Sainl-Denys. 

(3)  Dans  notre  2°  partie,  au  paragraphe  du  Chameau. 


la  pose.  Griffes  pressées  contre  le  corps  et  s'efforçant  de  se 
cacher.  Ailes  dressées  de  palmipède. 

Une  mollesse  raffinée  (1),  la  timidité  paresseuse  née  de 
l'extrême  amour  de  soi,  un  fond  opiniâtre  et  rétif  qui  ne  cède 
qu'à  la  contrainte  et  qui  n'est  jamais  tout  à  fait  réduit,  la 
passion  de  l'indépendance,  la  fausseté,  la  fourberie,  l'excès 
des  goûts  libidineux  et  l'adulation  hypocrite,  tels  sont  les 
attributs  pervers  prêtés  au  chat  dans  tous  les  siècles. 

La  mollesse,  l'oisiveté  et  les  passions  libidineuses,  l'or- 
gueilleuse opiniâtreté,  la  ruse,  arme  lâche  des  faibles,  la 
force  que  la  queue  de  lion  spécifie  dans  tous  ces  penchants, 
semblent  être  entre  ces  péchés  ceux  que  marque  cette  sta- 
tue. On  se  souvient,  à  son  aspect,  qu'en  l'an  H29,  c'est-à- 
dire  plus  d'un  siècle  avant  l'érection  de  ces  tourelles,  Suger, 
abbé  de  Saint-Denys,  réclamait  au  concile  de  Paris  (2)  la 
dispersion  et  la  réforme  des  religieuses  d'Argenteuil,  accu- 
sées d'énormes  scandales.  On  sait  quelle  fut  la  décision  du 
concile,  et  l'expulsion  des  religieuses  divisées  en  deux  colo- 
nies, l'une  guidée  par  Héloïse  et  destinée  au  Paraclet,  l'au- 
tre recueillie  dans  l'abbaye  de  Malnoue.  L'accomplissement 
de  cette  mesure  rendait  au  monastère  de  Saint-Denys  le 
beau  prieuré  d'Argenteuil  qu'on  y  regrettait  depuis  long- 
temps (3).  La  réclamation  de  l'abbé  Suger  et  la  bulle  ponti- 


(1)  Mollesse  appelée  tendretez,  le  second  gelon  de  l'Accide.  •  C'est  molece 
decucr,  qui  est  la  coite  au  deable  ovi  il  se  repose,  cl  dit  a  lome  ou  a  la  famé  : 
tu  as  este  trop  souef  norris,  tu  es  de  trop  feblc  complession.  Tu  ne  posroies 
faire  ces  grans  penitances,  tu  es  trop  tendre,  tantost  seroies  mors.  Et  jjor  ce, 
le  cheilif  se  lesse  coler  a  faire  les  delis  de  .son  cors.  [Msc.  de  la  Bibliothèque 
royale.) 

(2)  Fleury,  Hist.  ecdes.,  I.LXVIII,  62. —  Suger,  De  Adminisiratione. 

(3)  Le  monastère  d'Argenteuil  était  situé  sur  la  Seine,  à  deux  petites  lienes 
de  Paris;  son  église,  dédiée  sous  l'invocation  de  la  sainte  Vierge,  est  un  but 
de  pèlerinage.  Une  charte  des  empereurs  Ludnigh  le  Débonnaire  cl  Lother  soo 
fils,  donnée  vers  828,  raj)porle  l'origine  de  sa  fondation  au  règne  de  Chlo- 
ter  III,  c'est-à-dire  entre  les  années  656  et  670.  Un  nommé  Hermenric  et  sa 
femme  Mumane  le  bâtirent  sur  leur  propre  fonds  et  l'unirent  à  Pabbayede 
Saint-Denys.  Cette  union  subsista  jusqu  à  ce  que  Théodrade,  fille  de  Karl  le 
Magne,  reçut  de  son  père  en  bénéfice  le  monastère  d'Argenteuil  où  clin 
réunit  quelques  religieuses,  et  qui  devait  après  sa  mort  retourner  aux  moines 
de  Saint-Denys.  Mais  celte  opulente  abbaye,  qui  sur  tous  les  points  de  TEa- 
rope  possédait  d'immenses  domaines,  des  cités,  des  bourgs,  des  villages,  des 
bois,  des  vallées,  des  églises,  des  prieures  (V.  Inventaire  des  chartes,  msc. 
relatifs  à  l'Abbaye  de  Saint-Denys,  aux  Archives  du  royaume),  se  montra  gij- 
néreuse  envers  la  retraite  de  la  fille  de  Karl  le  .Magne,  et  après  la  mort  de 
cette  princesse,  les  religieuses  ses  compagnes  furent  lai>sées  à  Argenleuil  : 
seulement,  les  abbés  de  Saint-Denys  eurent  soin  de  les  maintenir  .sous  leor 
dépendance. 

Détruit  dans  une  incursion  des  Normands,  le  monastère  d'Argenteuil  fut 
rebâti  en  997  par  la  reine  Adélaïde  de  Guienne,  veuve  de  Hugues  Capet  ;  la 
règle  de  saint  Benoît  y  fut  établie,  et  le  nombre  des  religieuses  devint  alors 
considérable. 

En  l'an  1129,  l'abbé  Suger  entreprit  de  ressaisir  le  monastère  d'Argen- 
teuil. Favorisé  dans  celte  vue  par  le  relâchement  notable  introduit  dans  cette 
maison,  il  en  écrivit  au  pape  Honoré  II  II  renouvela  sa  réclamation  dans  le 
concile  de  Paris  tenu  à  Saint-Gcrmain-des-Prés  en  présence  de  Mathieu, 
évoque  d'Albano  et  légat  du  pape.  La  lettre  adressée  par  ce  prélat  au  saint 
Père  pour  l'informer  de  la  décision  du  concile,  est  insérée  dans  le  Hecueil  det 
Conciles,  tom.  X,  436,  et  reproduite  dans  Doublet  (Antiquités  de  Saint- 
Denys  i  ainsi  que  la  Bulle  du  pape.  On  y  lit  que  ces  religieuses  déshonoraient 
leur  profession  et  donnaient  de  très-grands  scandales.  Elles  furent  donc  dis- 
persées :  les  unes  trouvèrent  un  asile  dans  l'abbaye  de  Fôtel  ou  .Malniiue,  les 
autres  s'établirent  au  Paraclet  sous  la  conduite  d'Héloise.  (V.  D.  Doublet, 


saa 


REVUK  DE  LAUCIII TECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


ficale  durent  donc  être  à  double  titre  applaudies  par  les  re- 
ligieux; aussi  dom  Doublet,  dom  Félibicn,  bistoriens  de 
l'abbaye,  imbus  de  l'esprit  de  leurs  frères  sur  ce  fait  qu'ils 
n'ont  point  omis,  ne  disent  sur  ces  religieuses  rien  qui  ré- 
veille en  leur  faveur  l'intérêt  ni  la  sympathie. 

En  voyant  sur  cette  tourelle  cette  statue,  seule  entre 
toutes  sous  ce  costume  exceptionnel,  et  si  près  de  celle  du 
moine  (I)  montré  domptant  l'Esprit  du  mal,  on  peutse  poser 
la  question  de  savoir  si  cette  figure  aux  formes  unes  et  cor- 
rectes, aux  dehors  de  femme  et  de  chat,  et  pouvant  expri- 
mer par  là  les  déportemenls  les  plus  graves,  ne  fut  pas 
inspirée  encore,  outre  son  intrntiou  ex|)res8e,  par  le  sou- 
venir trop  cf'ilèbre  des  religieuses  d'Argenleuil.  Il  serait 
cnrieux  qu'Héloïso  eût  été  aux  yeux  de  ces  moines,  et  en 
quelque  sorte  à  huis  clos,  stigmatisée  par  cette  image. 
Saint-Denys,  dans  cette  hypothèse,  aurait  été  également 
hostile  aux  deux  époux  (2)  :  ou  sait  qu'Abailard  ne  trouva 
point  le  repos  dans  cette  abbaye,  qu'il  s'échappa  de  ses 
prisons,  et  que  les  torts  qui  l'y  jetèrent  n'étaient  pas  des 
erreurs  de  dogme,  mais  son  opinion  dissidente  de  celle  des 
autres  moines,  sur  une  question  historique  qui  intéressait 
leur  vanité  (3). 

N*  SO.  nionktre  hybride. 

Transformaliou  partielle.  —  L'Iiomme-Barliol.  —  Oubli  prof ond  det  fitu 
dernière». 

C'est  un  vieillard  à  barbe  épaisse,  voilé  et  drapé  avec  goût 
jusqu'à  la  chute  des  épaules  :  la  brute  a  envahi  le  reste,  en- 
foncé dans  un  corps  de  chien  à  queue  soyeuse  et  écourtée. 
La  pose  accroupie  paresseusement,  et  pleine  de  sournoiserie, 
de  mignardise  et  de  mollesse,  rappelle  l'allure  du  chat 

Le  barbet  a  plus  de  qualités  que  de  vices  :  il  n'est  ni  har- 
gneux, ni  farouche,  ni  colère,  ni  tapageur;  il  mangue  petit, 


p.  481.  4H3.  —  D.  Félibicn,  Histoire  de  l'abbaye  de  Saint-UeDys,  I.  II,  1 10.— 
Uv.lV,  5K,  an  IIS».) 

H)  Statue  pl.'io'it  sur  cette  mAmc  tourelle,  au  midi,  à  l'opposite  de  celle-ri. 
C'est  le  n°  IM  ci- après. 

(3)  Lu  statue  n°  i  (sur  la  tourelle  nord-ouest)  dont  le.s  caraclt^rcs  convien- 
nent :\  rixTisif,  auruit-i-lle  (u  aussi  quelque  allusion  indirecte  à  la  mémoire 
d'Abailaril,  oondaMino  au  concile  île  Soissons,  à  l'époque  mt^me  où  il  était 
moine  de  Saint-Denys,  (wur  les  pr»|iosiiiiins  errom^s  de  son  trailë  !>e  Trini- 
UUef  Du  reste,  la  possibilili'  de  cette  allusion  prise  dans  l'Iiisloire  du  mo- 
nastère, et  indiquée  peut-iHre  aux  novices  pour  leur  rappeler  de  (|uel  point 
'orgue.l  peut  faire  déchoir,  n'etl  d«  notre  put  qu'une  présomption  à  laquelle 
nous  n'auacbons  aucune  importance,  et  qne  nous  ne  donnons  que  pour  ce 
qu'elle  est. 

(3)  Les  religieux  du  monastère  soutenaient  qne  leur  patron  saint  Denys, 
premier  évé(iMe  de  Paris  et  selon  eux  le  même  que  saint  Denys  l'Aréopagile, 
avait  éti  aussi  le  premier  (  véquecr.4lA<iM*.  Abailard,  ayant  lu  dans  le  Om- 
montaire  de  IWde  que  saint  Denys  l'AliionillB  l'Uit  évoque  de  CoriiilAe. 
et  n'ignorant  pas  que  dans  ces  temps  reoaMf  Im  ArtqMS  n«  changeaient  point 
de  di.icùse,  rt'pandit  aussilAt  inconsidén^aMMt  celle  opinion  dans  le  couvent. 
O  langage  y  excita  de  grandes  rumeur»  :  .Ahailanl  fut  aMnaeri  de  la  colère 
du  roi,  emprisonné  par  l'ordre  d'Adam  .son  alib.',  el  gardii  eoune  an  criminel 
d'Etat.  On  sait  qu'il  trouva  moyen  de  s'échapper  nuitamment  do  sa  prison,  et 
qu  il  se  relira  prés  de  Thibaut,  comte  de  Champagne,  ensuite  au  prieuré  de 
Saint-Aigulfe  de  Provins  (Saint-Ayoul),  puis  dan»  un  désert  prt>s  de  Trojc», 
oa  il  fonda  le  Paracleu 


dit  le  Bestiaire,  et  n'est  nullement  exigeant  à  f  endroit  de  m 
nourriture,  enfin  il  est  humble,  docile  et  patient  entre  ses 
pareils.  .Mais  comme  chien  courant  les  roes,  soaveot  sans 
maître  et  sans  aveu,  il  est  sujet  à  la  famine  et  coutumier 
d'immondes  choses  par  l' effet  de  sa  gueuserie  et  par  défaut 
d'éducation  :  la  gloutonnerie,  l'impudence,  la  rage,  le  to- 
miflsemeatet  l'abus  qu'on  lai  en  voit  faire  s<mt  des  sccideals 
communs  dans  sa  vie,  et  sa  queue,  k  peine  apparente,  JoioC 
à  ces  emblèmes  de  vices  celui  de  l'oubli  des  dernières  fins. 

Le  mouvement  de  la  tète ,  qui  se  retourne  en  arrière  el  yen 
le  côté,  peut-être  vers  la  statue  voisine  (I),  comme  pour  re- 
gretter la  vie  et  chercher  encore  do  regard  ce  qo'it  j  peut 
rester  d'aimable  ;  ce  mouvement  prononcé  là  est  un  caractère 
stigmatisé  dans  les  Écritures  :  S.  Paul  s'y  représente  lui- 
niême  regardant  toujours  en  avant  et  *^éiendatU  avec 
elTort  (2)  pour  marquer  de  l'œil  par  avance  et  saisir  pin* 
lard  les  biens  à  venir;  et  l'Évangile  dit  ces  mou  :  •  Celui 
qui...  regarde  en  arrière  n'est  point  propre  au  royaume  de 
Dieu  (3).  » 

La  pose  accroupie,  la  mollesse,  l'attitude  nuée  du  cbat 
rappellent  les  goûts  pervertis,  les  instincts  ignobles  et  bas, 
et  la  malice  satanique  trop  ordinaire  à  la  vieillesse  qoand 
elle  a  perdn  let»  mérites  qui  font  sa  haute  dignité. 

Tel  est  raaseaibbee  de  vkes  i|«s  fHHam  i  cette 
le  chien  à  qtiene  courte  et  le  dut.  Le  vielUanltyo»  &( 
livrée  (car  ce  front  est  Oétri  par  Fige,  et  eeM  vieillesse  a 
son  sens)  figure  la  torpeur  de  Time  et  nabilads  du  déssr- 
dre  poussant  au  matérialisme,  quand  vîeot  le  déclin  de  la 
vie,  l'hofnme  qui  a  vécu  dans  l'otibfi  de  Oieu.  A  la  suite  de 
tant  de  crimes  exposés  sur  ce  momunentsaosni  sf  gmd 
nombre  de  types,  devait  se  montrer  leur  effet,  la  mise  en 
action  de  ce  texte  :  «  Iinpins,  cnm  in  profundum  venerit  pec- 
catorum,  contemnit  (i).  n 


st. 


Transformation  complète.  —  EmmmbU  dm  Mf(  i 
i  H  impéKUÊitm  fhmk. 


Corps  de  singe.  Fortes  pattes  de  quadrumane.  Qneoe 
grêle  et  lisse  du  lion,  longue,  terminée  par  une  touOe  de 
poils  passant  entre  les  pattes  postérieures  et  s'appii^saot 
sur  lo  flanc  gauche  (5).  Ailes  de  palmipède  modenes  :  tèle 
moderne  de  macaque,  dont  nous  n'avons  point  à  parier. 

Les  instincts  pervers  en  grand  nombre  sont  le  caractère 
du  singe  :  celui-ci,  de  re.«pècela  plus  odieuse  par  aoo odeur, 
par  ses  grimaces,  même  par  sa  malpropreté,  et  formant  le 


(1)  La  reiigirase<haue,  statue  n<  SB. 
(t>  Qnii* ..    relr6  aut  oblÏTiacaM,  a4  «a...  v«rà  qwriaal 
meipsum.  ad  dettiaanua  pentqMr...  (Hiiiiff  .111, 13.  Il») 

(3)  Nemo  mittens  mannm  ad  aratmin,  et  reapIcieM 
Dei.  (t-Nf,  IX,6S.) 

(4)  Lyrique  Timpie  est  venu  an  plos  protod  (aUae) 
tout.  (Pnnrh..  XVIII, S.) 

(5)  Cette  qneaw  n'cM  pat  ladiqaA  mt  mMn  pmrmre,  q«i  ae 
mal  que  du  cAté  droit. 


335 


lŒVUE   DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


336 


dernier  anneau  de  cette  chaîne  de  désordres,  semble  avoir 
dû  symboliser  l'un  des  plus  extrêmes  degrés  de  la  perver- 
sité humaine  (I);  cette  complication  de  vices  qui  lui  sont  spé- 
ciaux et  propres,  les  transports  furieux,  la  licence  et  leurs 
tristes  générations,  et  probablement,  d'après  le  rang  qu'il 
occupe  ici,  la  dérision  née  de  l'orgueil,  cette  dérision  si 
flétrie,  si  réprouvée  par  tous  les  Pères  et  qui  s'attaque  à 
Dieu  lui-même  en  se  jouant  de  ses  menaces,  de  sa  loi,  de 
ses  jugements  (2).  C'est  le  nec  plus  ultra  du  vice  montré 
sur  la  même  tourelle  par  le  monstre  vieillard-barbet  :  l'un 
et  l'autre  sont  un  côté  de  l'impénitence  finale. 

La  queue  est  celle  du  lion,  marque  de  l'extrême  violence 
qu'a  acquis  à  ce  période  l'ascendaut  funeste  du  mal. 

Suite  et  fin  au  prochain  numéro. 

Madame  Fkucie  d'AYZAG. 

Dame  de  la  Maison  royale  de  la  Légion  d'FIonneur  (Saint-Denys). 


(1)  Voy.  Hrab.  Maur.,  Uc  uuivcrso  :  •  Simiie  peccatls  liomines  fuetidos  signi- 
fîcant  •  Et  V.  dans  notre  II«  partie,  l'article  Singe. 

(2)  ...  Reprobi...   jussionis  et   coinniinalioni.s  divina^   judicium  dérident. 
(Hraban.  Maur.,  in  Proverb.  Il,  19.) 


DES  TUYAUX  DE  CONDUITE 

ET    NOTAMMENT    DE    CEliX    EN    TERRE    CUITE. 

Les  matières  employées  à  la  confection  des  tuyaux  de 
conduite  sont  principalement  le  plomb,  le  bois,  la  fonte  de 
er  et  la  poterie. 

Les  tuyaux  en  plomb,  dont  l'emploi  remonte  fort  avant 
dans  l'antiquité,  sont  insalubres  et  coûtent  fort  cher. 

Les  conduits  eu  bois,  quoique  cloués  de  grandes  qualités, 
sont  aujourd'hui  à  i)eu  près  compléleinent  abandonnés.  Nous 
ignorons  pourquoi.  La  plus  solide  raison  peut-être  qu'on  en 
pourrait  donner  est  qu'ils  sont  passés  de  mode  depuis  l'adop- 
tion de  la  fonte  qui  ne  coûte  pas  plus  cher  à  diamètre  inté- 
rieur égal. 

Les  meilleurs  bois  indigènes  pour  la  confection  des  tuyaux 
sont  le  cliêne.  l'orme  et  l'aune,  il  faut  les  employer  pendant 
qu'ils  sont  encore  verts. 


La  durée  des  tuyaux  en  bois  peut  être  extrêmement  lon- 
gue. Nous  avons  vu,  il  y  a  dix  ou  douze  ans,  un  tuyau  de 
ce  genre  découvert  dans  la  fouille  d'un  égout,  rue  de  Clichy. 
Quoiqu'il  ne  contînt  plus  d'eau,  il  était  d'une  conserva- 
tion parfaite.  Nous  ne  doutons  pas  qu'il  ne  fût  là  depuis  des 
siècles,  car  ni  Girard  dans  son  mémoire  sur  les  Eaux  de 
Paris,  ni  Dulaure  dans  son  histoire  de  la  capitale,  ne  font 
mention  de  conduits  d'eau  dans  ces  parages.  Ils  devaient 
amener  les  eaux  de  quelque  source  de  Montmartre  aujour- 
d'hui perdue. 

Les  Chinois  n'emploient  guère  d'autres  tuyaux  de  conduite 
que  ceux  que  leur  fournit  la  tige  creuse  des  bambous. 

La  fonte  fut  employée  ponr  la  première  fois  à  la  confec- 
tion des  tuyaux  en  1G72,  par  Francini.  Depuis  ce  temps,  son 
usage  apris  une  extension  considérable,  surtoutde  nos  jours, 
où  elle  est  employée  presque  exclusivement. 

Les  tuyaux  en  fonte  ont  l'avantage  d'être  faciles  à  poser, 
de  résister  assez  bien  aux  chocs  et  aux  pressions,  et  d'être 
d'un  prix  modéré.  Mais  ces  avantages  sont  compensés  par 
plus  d'un  inconvénient  :  ils  donnent  un  mauvais  goût  à  l'eau 
qui  y  séjourne;  ils  s'oxydent  avec  une  extrême  facilité,  sur- 
tout lorsqu'ils  conduisent  des  eaux  de  certaine  qualité  dont 
les  principes,  se  combinant  avec  ceux  de  la  fonte,  produisent 
des  tubercules  qui  obstruent  en  peu  d'années  les  tuyaux. 
C'est  ce  qui  est  arrivé  aux  conduits  des  eaux  publiques  de  la 
ville  de  Grenoble,  qui,  en  quatre  années,  furent  presque 
totalement  bouchés. 

On  a  cherché  à  obvier  à  cet  inconvénient  par  des  enduits 

intérieurs,  tels  que  le  ciment  romain,  par  exemple  ;  mais  cet 

I  enduit  a  l'inconvénient  de  diminuer  la  capacité  des  tuyaux, 

inconvénient  très-grave  pour  les  tuyaux  d'un  petit  diamètre; 

puis  il  donne  prise  aux  incrustations. 

Ou  a  aussi  employé  le  zincage  et  le  plombage  par  les  pro- 
cédés galvaniques;  mais  ces  moyens,  fort  coûteux,  ne  re- 
médient que  momentanément  à  l'oxydation  ;  car,  une  fois 
qu'un  point  de  la  surface  se  trouve  à  découvert  par  une  cause 
quelconque,  l'oxydation  marche  avec  une  extrême  rapidité 
en  s'étendant  autour  du  point  attaqué. 

Si,  de  nos  jours,  l'emploi  des  tuyaux  en  poterie  a  été  fort 
restreint,  en  le  doit  certainement  à  la  grossièreté  de  leur 
fabrication  et  à  leur  peu  de  solidité.  Us  n'ont  guère  été  em- 
ployés, jusqu'à  ces  dernières  années,  que  par  les  maraîchers, 
pour  la  distribution  des  eaux  d'arrosage  dans  leurs  potagers; 
ou  bien  quelquefois  encore  pour  des  conduits  d'eaux  vives  de 
peu  d'importance. 

Depuis  quelques  années,  les  tuyaux  en  argile  ont  repris 
faveur,  par  suite  des  grands  perfectionnements  apportés  à 
leur  confection.  Des  fabriques  se  sont  établies  d'après  de 
nouveaux  systèmes,  et  tout  fait  espérer  que,  mieux  appré- 
ciés, et  surtout  employés  avec  plus  de  discernement  et  de 
soins,  leur  usage  prendra  une  très  grande  extension  et  qu'ils 
remplaceront  les  tuyaux  en  fonte  et  en  plomb  pour  la  con- 
duite des  eaux  et  même  des  gaz. 

Les  tuyaux  en  terre  cuite  de  bonne  qualité  ont  sur  ceux 


337 


HEVUE  DE  L'AIU:ilirK<;TLRE  ET  DES  TKAVALX  PLBLICg* 


338 


en  métal  l'avantage  inappréciable  de  conserver  aux  eaux 
toute  leur  pureté,  d'être  inaltérables  et  de  coûter  beaucoup 
moins  que  tout  autre  genre  de  conduits.  Ils  sont  surtout 
inappréciables  pour  la  conduite  des  eaux  minérales  qui  ron- 
gent les  métaux  ;  telles  sont  principalement  les  eaux  sulfu- 
reuses. Vitruve,  liv.  VIII,  cliap.  vu,  vante  la  salubrité  des 
tuyaux  en  poterie  et  conseille  de  les  employer  de  préférence 
à  ceux  de  plomb,  qu'il  regarde  comme  très-nuisibles  à  la 
santé.  Il  prétend  môme  que  l'eau  se  bonifie  dans  les  tuyaux 
en  terre  cuite,  et  il  ajoute  qu'ils  sont  fort  aisés  .\  raccom- 
moder lorsqu'ils  ont  quelques  défauts.  11  veut  que  leur  épais- 
seur soit  portée  à  deux  doigts.  Il  conseille  en  outre,  lors- 
qu'on est  obligé  de  donner  à  ces  tuyaux  une  forme  syphoïde, 
comme  par  exemple  à  la  descente  et  à  la  remonte  de  la  coupe 
d'un  vallon,  de  former  les  coudes  de  ces  conduits  en  terre 
cuite  avec  une  pierre  percée  capable  de  résister  au  choc  du 
courant  d'eau  descendant,  choc  auquel  un  simple  coude  en 
poterie  ne  pourrait  pas  résister.  L'emploi  de  ces  tnyaux  dans 
des  conduits  syphoïdes  devait  les  exposer  parfois  à  de  très- 
grandes  pressions. 

Les  inconvénients  qu'on  leur  reproche  sont  leur  fragilité, 
la  difficulté  de  luter  solidement  leur  joints,  et  la  facilité  avec 
laquelle  les  racines  des  arbres  peuvent  s'y  introduire.  Mais 
en  leur  donnant  une  épaisseur  convenable,  on  rend  très-rares 
les  chances  de  rupture  par  le  tassement;  et  si  l'on  enveloppe 
ces  tuyaux  d'une  chemise  en  béton  ou  en  mortier  hy- 
draulique, on  augmente  considérablement  leur  résistance  à 
la  pression  intérieure,  et  on  empêche  complètement  l'intro- 
duction des  racines  des  arbres  qui  finissent  par  obstruer  le 
passage. 

Pour  faire  un  bon  travail,  l'épaisseur  du  béton  doit  être 
au  moins  égale  au  diamètre  extérieur  du  tuyau  ;  mais  nous 
devons  dire  que  ce  bétonnage  triple  au  moins  la  dépense,  si 
l'on  emploie  les  tuyaux  communs  des  environs  de  Paris.  Le 
prix  du  mètre  linéaire  (en  tuyaux  de  10  cent.)  revient  alors 
à  5  fr.  77  c.  ;  le  tuyau  nu  ne  revient  qu'à  1  fr.  50  c.  Si  l'on 
veut  observer  la  plus  stricte  économie  lorsqu'on  n'a  pas  une 
très-grande  pression  à  supporter,  et  tout  en  conservant  une 
résistance  convenable  pour  répondre  aux  tassements,  on  po- 
sera les  loyaux  sur  une  couche  de  mortier  de  chaux  hydrau- 
lique et  de  sable,  d'une  largeur  au  moins  double  du  diamètre 
extérieur  du  tuyau,  et  de  six  ou  huit  centimètres  d'épaisseur. 
On  garnira  ensuite  les  flancs  du  tuyau  de  ce  même  mortier, 
qu'on  lissera  avec  la  truelle  en  forme  de  solin  de  chaque  côté 
(voy.  fig.  là,  pi.  29).  L'ensemble  du  tuyau  et  du  lit  de  mor- 
tier formera  ainsi  un  prisme  trapézoïde  arrondie  au  sommet, 
et  reposant  sur  le  sol  par  une  large  base  plane.  Le  mortier, 
durcissant  en  quelques  jours,  consolide  les  tuyaux  d'une 
manière  assez  satisfaisante. 

Si,  au  contraire,  voulant  faire  les  choses  solidement,  on 
se  décide  à  bloquer  le  tuyau  tout  entier  dans  un  prisme  de 
béton,  on  dressera  d'abonl  le  fond  de  la  tranchée  avec  assez 
de  soin  pour  n'être  pas  obligé  de  rapporter  des  terres  dans 
des  places  où  l'on  en  aurait  ôté  trop  ;  on  posera  sur  le  sol 
TOMF.  VIT. 


une  couche  de  béton  d'une  épaisseur  conrenable,  on  éteo* 
dra  sur  le  milieu  un  lit  de  mortier  sur  lequel  oa  couchera  les 
tuyaux,  on  garnira  le  tuyau  lui-même  d'noe  chemise  eo  mor- 
tier pour  former  liaison  parfaite  entre  le  tube  et  le  béton,  en 
évitant  surtout  de  laisser  le  moindre  vide,  et  on  remplira  en- 
suite avec  du  béton  la  tranchée  ju-sqa'à  une  liauteur  conve- 
nable en  le  pressant  avec  les  pieds  cbauMés  de  sabots. 

On  pourrait  aussi  économiser  le  béton  en  arrondissant  ]a 
partie  supérieure  de  l'enveloppe,  comme  on  l'a  fait  à  Vaque- 
duc  antique  du  Prd-SaiulGerrais  (voy.  fig.  9,  pi.  29). 
Cette  forme  a  encore  l'avantage  de  préserver  le  tujao  de 
l'effet  du  tassement  eo  reportant  sur  les  berges  de  la  tran- 
chée le  poids  des  terres  supérieures  (pii  forment  alors  ooe 
espèce  de  voûte  au-dessus  du  prisme  en  béton. 

Il  importe  que  la  tranchée  soit  assez  profonde  pour  que  les 
plus  fortes  gelées  ne  puissent  atteindre  les  tuyaux  (environ 
0  m.  GO  c.  en  France),  autrement  ils  pourraient  être  brisés 
par  la  congélation,  à  moins,  toutefois,  que  la  températore 
de  l'eau  ne  s'y  oppose. 

Les  joints  des  tuyaux  sont  lûtes  avec  des  mastics  de  plu- 
sieurs espèces.  Le  choix  de  ce  lut  est  assez  important.  Vt- 
truve  dit  que  de  son  temps  on  employait  la  chaux  délayée 
dans  l'huile;  c'est  un  moyen  qu'on  peut  encore  reconunao- 
der. 

On  emploie  vulgairement  à  cet  usage  le  mastic  dit  ia 
fontainiers,  mélange  de  résine  et  de  cendre,  de  brique  piléc 
ou  de  sable  fin,  qui,  se  décomposant  en  peu  d'années,  occa- 
sionne des  fuites  ou  permit  l'introduction  du  cbevela  des 
racines  des  arbres.  Il  doit  donc  être  rejeté.  L'asphalte  na- 
turel ou  même  celui  qui  su  fait  avec  le  goudron  du  gaz  %'a- 
lent  infiniment  mieux.  On  les  applique  à  chaud  comme  le 
précédent.  Ils  sont  incorruptibles,  et  impénétrables  aux  ra^ 
cines. 

Nous  considérons  l'asphalte  de  Scyssel  comme  un  des  meil- 
leurs luts  connus  pour  les  joints  des  tuyaux  de  conduite 
d'eaux  froides.  On  l'introduit  d'abord  dans  l'embolture,  eo 
évitant  avec  soin  les  bavures  intérieures  qui  forment  des 
étranglements  (i)  ;  puis  on  fait  un  nœud  bombé  autour  da 
joint  avec  un  fer  à  plombier. 

Ces  nœuds  étant  assez  difficiles  à  faire  sur  place,  on  ajuste 
d'avance  trois  ou  quatre  bouts  ensemble,  et  il  ne  reste  plus 
qu'  un  nœud  sur  quatre  ou  cinq  à  faire  dans  la  tranchée.  Après 
avoir  mis  du  bitume  chaud  dans  l'cmbotture,  et  posé  la  suite 
de  tuyaux  eu  place,  on  moule  le  nœud  dans  un  creux  ménagé 
dans  le  lit  de  mortier.  Si  l'on  eu  avait  une  grande  quantité 
à  faire,  nous  conseillerions  de  les  couler  dans  un  moule  eo 
tôle  ouvrant  à  charnière  en  deux  partit^. 

.Mais  si  les  eaux  à  conduire  sont  chaudes,  il  faut  employer 
des  mastics  non  susceptibles  de  se  ramollir  à  la  cbalenr.  Les 
ciments  romains  sont  bons  pour  cet  usage  ;  mais  ai  les  eaux 
sont  thermales  et  sulfureuses,  il  faut  renoncer  à  ce  dernier 


(l)  On  d(<tniit  cet  barxire*  en  passant  an 
bitume  Ml  rtffruiJi. 


b  HTM 


339 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


340 


moyen,  à  moins  d'empêcher  tout  contact  entre  les  gaz  sulfu- 
reux et  le  ciment;  ce  qui  nous  semble  impossible  (1). 

On  emploie  aussi  avec  succès  un  mastic  d'ocre  jaune  dé- 
layé dans  l'huile.  Mais  ce  lut  convient  surtout  pour  garnir 
l'emboîlure.  11  faut  ensuite  former  sur  le  joint  un  nœud  en 
ciment  romain . 

Les  tuyaux  en  poterie  se  posent  souvent  dans  des  lieux 
plantés  d'arbres,  et  il  arrive  parfois  que  les  racines  s'y  in- 
troduisent soit  par  des  fêlures  produites  parle  tassement,  soit 
^  dans  quelques  défauts  de  la  terre  cuite  ou  du  nœud  en  mastic, 
ou  bien  encore  lorsque  cette  matière  est  entrée  en  décompo- 
sition. Il  suffi  qu'un  chevelu  filiforme  trouve  quelque  im- 
perceptible passage  pour  s'introduire  dans  le  tube.  L'accrois- 
sement de  la  racine  agrandit  l'ouverture  ;  et  si  le  tuyau  est 
rempli  d'eau,  la  végétation  est  si  rapide  qu'en  quelques  mois, 
en  quelques  semaines  souvent,  le  tube  est  oblitéré  par  une 
masse  de  chevelu  que  les  fontainiers  appellent  queue  de  re- 
nard. 

Les  lois  romaines  défendaient  de  planter  des  arbres  trop 
près  des  aqueducs,  parce  que  les  racines  de  ces  végétaux, 
s'introduisant  dans  les  joints  de  la  maçonnerie,  finissaient 
par  dégrader  et  compromettre  la  durée  des  aqueducs. 

On  se  fait  difficilement  une  idée  de  l'avidité  avec  laquelle 
les  racines  des  arbres  viennent  sucer  l'eau  qui  transsude  à 
travers  les  pores  des  conduits.  Aussitôt  qu'un  chevelu  se 
trouve  en  contact  avec  les  flancs  d'un  tuyau,  il  s'y  ramifie, 
il  l'étreint,  il  y  attache  ses  suçoirs  comme  pour  ne  perdre 
aucune  des  molécules  de  l'eau  qui  filtre  à  travers.  Il  tâte, 
pour  ainsi  dire  toutes  les  issues  par  lesquelles  il  pourrait 
s'introduire  dans  la  place,  afin  de  mieux  s'abreuver  encore 
du  bienfaisant  liquide.  S'il  rencontre  le  moindre  trou,  la 
moindre  fissure,  il  y  pénètre  de  vive  force,  il  agrandit  l'ou- 
verture en  grossissant,  il  se  ramifie  mille  fois  à  l'intérieur,  et 
bientôt  la  capacité  du  tuyau  se  trouve  obstruée  herméti- 
quement. On  est  alors  obligé  de  faire  une  fouille  pour  re- 
chercher l'endroit  par  où  la  racine  s'est  introduite.  On  re- 
trouve approximativement  le  point  obstrué  au  moyen  d'une 
sonde. 

Nous  avons  vu  un  puits  peu  profond  et  fermé  depuis  quel- 
ques années,  dont  les  murs  avaient  été  traversés  par  quel- 
ques racines  d'arbres.  Celles-ci  étaient  descendues  le  long 
des  parois,  et,  arrivées  à  la  surface  de  l'eau,  elles  s'y  étaient 
étalées  et  ramifiées  à  l'infini.  Le  chevelu  avait  formé  une 
espèce  de  feutre  compacte,  un  véritable  matelas  tellement 
solide,  qu'il  porta,  sans  se  crever,  le  pied  d'une  échelle  de  4 
à  5  mètres  de  long  et  un  homme  monté  dessus. 

On  a  trouvé  dans  une  fouille  au  ministère  de  la  guerre,  à 
Paris,  un  tuyau  en  grès  abandonné  depuis  fort  longtemps  et 
entièrement  vide.  Une  racine  de  vernis  du  Japon  s'y  était 


(1)  Nous  avons  eu  occasion  d'employer  bien  des  fois,  à  rétablissement 
thermal  dEnghien,  des  chaux  hydrauliques  et  des  ciments  romains  de  tonte 
espèce;  aucun  n'a  pu  résister  à  l'action  délétère  des  gaz  sulfureux. 


introduite.'au  travers  du  mastic  de  fontainier  décomposé  qui 
garnissait  les  joints. 

Le  diamètre  de  cette  racine,  parfaitement  ronde,  était 
d'environ  1 2  millimètres  ;  elle  s'était  aplatie  et  étranglée 
en  traversant  le  joint,  et  sa  section  à  ce  point  était  réduite 
au  cinquième.  Mais  à  son  entrée  dans  le  vide  du  tuyau,  elle 
avait  repris  son  diamètre  normal  et  sa  forme  cylindrique 
parfaite.  Cette  racine,  ne  rencontrant  aucun  obstacle,  s'é- 
tait étendue  à  plus  de  20  mètres.  Aucun  chevelu  n'existait 
sur  sa  longueur;  il  s'était  desséché  faute  d'aliment. 

DES  DIVERSES  ESPÈCES  DE  TUVACX  EN  POTERIE. 

On  emploie  communément  à  Paris  et  dans  les  départe- 
ments voisins  des  tuyaux  dits  en  grès,  quoiqu'ils  soient  en 
argile  ordinaire  et  très-grossièrement  fabriqués.  Les  maraî- 
chers en  font  un  grand  usage  pour  la  distribution  des  eaux 
d'arrosage  dans  les  jardins  potagers.  On  les  emploie  quel- 
quefois aussi  à  la  conduite  des  eaux  vives  et  aux  descentes 
d'eaux  ménagères  et  de  fosses  d'aisances  à  la  campagne.  Leur 
fabrication  est  trop  imparfaite  pour  que  nous  nous  étendions 
davantage  sur  leur  compte. 

Parmi  les  principales  variétés  de  tuyaux  en  poterie  que 
nous  connaissons,  nous  citerons  ceux  de  la  fabrique  de 
M.  Reichenecker,  à  Ollwiller  (Haut-Rhin). 

Ces  tuyaux  sont  parfaitement  cylindriques,  lisses  et  sans 
emboîture.  On  les  réunit  entre  eux,  bout  à  bout,  dans  des 
manchons  de  même  matière,  de  0  m.  15  c.  à  0  m.  20  c.  de 
long,  qu'on  scelle  avec  du  ciment  romain.  La  longueur  des 
manchons  est  proportionnée  à  la  pression  intérieure  que  doi- 
vent subir  les  tuyaux.  Le  diamètre  de  ceux-ci  varie  de  3  à 
25  centimètres,  et  leur  épaisseur,  proportionnée  au  diamètre, 
est  de  15  à  26  millimètres.  Leur  poids  moyen,  par  mètre  de 
longueur,  est  de  5  à  42  kilog.  suivant  les  grosseurs.  Ils  sont 
d'une  parfaite  régularité  de  forme,  et  l'assemblage,  par  le 
moyen  des  manchons,  rend  très-facile  le  changement  partiel 
des  tuyaux  en  cas  d'accident. 

Nous  voudrions  que  l'intérieur  des  manchons  fût  légère- 
ment évasé,  afin  de  faciliter  l'introduction  du  mastic  dans 
l'emboîture. 

La  pâte  de  ces  tuyaux  est  fine  et  compacte,  et  comme  ils 
sont  émaillés  à  l'intérieur,  les  incrustations  s'y  attachent 
difficilement,  et  ils  sont  inaltérables. 

La  fabrication  toute  spéciale  de  ces  tuyaux  qu'on  pour- 
rait appeler  sans  fin  est  fort  ingénieuse,  et  nous  allons  en 
donner  une  description  succinte.  Ce  sont  peut-être  les  seuls 
qui  se  fassent  à  la  mécanique.  Tous  les  autres  sont  l'œuvre 
des  plus  modestes  potiers,  dont  chacun  connaît  la  manière 
de  procéder. 

L'appareil  fabricateur  se  compose  :  1"  d'une  presse  hy- 
draulique marchant  de  haut  en  bas  ;  2°  de  deux  cylindres 
creux  en  fonte  de  0  m.  50  c.  de  diamètre,  fixés  verticale- 
ment l'un  à  côté  de  l'autre  sur  un  châssis  mobile  ou  chariot 
posé  sur  un  très-fort  tréteau  en  charpente.  La  mobilité  rec 


341 


HEVUE  DE  L'AHOHITECTLHE  ET  DES  TRAVAUX  PUttMK 


tiligne  du  chariot  lui  permet  d'aller  et  de  venir  pour  con- 
duire alternativement  chaque  cylindre  sous  le  piston  de  la 
presse  agissant  de  haut  en  bas. 

Les  deux  cylindres  jumeaux  sont  ouverts  des  deux  bouts, 
alésés  avec  soin  et  munis  par  le  bas  d'un  rebord  ou  dia- 
phragme intérienr  servant  à  retenir  lesmoulesqu'onyadapte. 
Ces  moules,  qu'on  change  à  volonté,  sont  en  cône  ren- 
versé, creux  et  tronqué.  Le  diamètre  de  la  grande  base  du 
cône,  devant  s'adapter  dans  le  rebord  intérieur  du  cylindre, 
est  invariable  ;  mais  celui  de  la  petite  base  est  proportionné 
à  la  grosseur  du  tuyau  qu'on  veut  obtenir. 

Un  mandrin  conique  plein,  en  fonte,  est  suspendu  au 
centre  du  moule,  en  sens  inverse  de  celui-ci,  et  maintenu 
par  une  tige  rigide  passant  dans  une  traverse  fixée  à  l'inté- 
rieur du  moule.  Le  vide  annulaire  compris  entre  les  parois 
de  la  petite  base  du  moule  conique  et  la  grande  base  du 
mandrin  détermine  la  section  du  tuyau  qu'on  veut  fabriquer. 
.  La  tête  renversée  du  piiton-hélier  de  la  presse  est  armée 
d'un  plateau  circulaire  remplissant  l'intérieur  du  cylindre  ; 
on  y  ajoute  un  rond  de  cuir  pour  fermer  hermétiquement 
le  joint. 

Lorsqu'un  des  cylindres  est  rempli  d'argile  bien  tassée 
pour  éviter  les  bulles  d'air,  on  l'amène  sous  le  plateau  du 
piston.  On  met  en  mouvement  la  pompe,  et  la  pression  for- 
çant l'argile  à  sortir  par  l'orifice  annulaire  du  moule,  elle 
s'allonge  en  forme  de  tuyau  qu'on  coupe  par  bouts  avec  un 
fil  de  fer  :  on  régularise  ensuite  cette  coupe  sur  le  tour. 

Pendant  que  l'un  des  cylindres  est  sous  la  presse,  on 
charge  l'autre  d'argile  pour  le  faire  passer  à  son  tour  sous 
le  piston  lorsque  le  premier  sera  vide. 

On  pourrait  par  ce  procédé  obtenir  des  tuyaux  d'une  lon- 
gueur indéterminée  ;  mais  on  les  coupe  par  bouts  d'un 
mètre  h  mesure  qu'ils  sortent  du  moule.  On  fabrique  ces 
tuyaux  de  toutdiamètre  depuis  32millim.jusqu'à250miirun.: 
avantage  immense,  surtout  pour  les  petits  diamètres  que  la 
fabrication  ordinaire  ne  peut  fournir  ou  fait  très-mal.  Leur 
épaisseur  varie  de  15  à  26  millimètres,  et  leur  diamètre  est 
invariable  dans  chaque  numéro.  On  en  fait  aussi  de  cintrés, 
de  fourchus. 

On  concevra  facilement  qu'avec  ce  mode  de  fabrication 
l'on  pourrait  obtenir  des  tuyaux  de  toute  forme,  carrés,  rec- 
tangulaires, elliptiques,  polygonaux,  à  plusieurs  lobes,  etc. 
On  pourrait  même  fabriquer  des  moulures.  Nous  pensons 
que  le  fabricant  pourrait  exécuter  tous  ces  objets  sur  profil 
donné  par  les  personnes  qui  lui  en  feraient  la  demande. 

Ces  tuyaux  supportent  une  très-grande  pression  inté- 
rieure. D'après  de  nombreuses  expériences,  la  résistance  de 
ceux  de  0  m.  07  cent,  de  diamètre  est  de  2.'>  atmosphères  ; 
on  peut,  assure  le  fabricant,  les  employer  hardiment  à  8 
ou  10.  L'égalité  de  leur  épaisseur,  leur  cylindricité  parfaite, 
la  compacité  de  la  pâte  par  l'effet  de  la  compression, 
doivent  donner  toute  sécurité  sur  leur  compte. 

Dans  les  applications  ordinaires  on  n'a  jamais  besoin  d'une 
si  grande  résistance.  11  est  très-rare  que  la  pression  normale 


de  l'eau  dans  une  conduite  libre  Relève  à  plu  de  § 
sphères  ;  mais  dans  les  écoulements  iotermittetitB  4fle  peat 
devenir  considérable.  Quand,  par  exemple,  la  conduite  est 
close  par  un  robinet,  si  l'on  ferme  subitement  celoi-ci,  la  vi- 
tesse acquise  par  la  colonn  ed'eau  en  mouvemeot  w  Iroofe 
arrêtée  trop  brusquement  ;  elle  produit  une  aecoo— e  i(*A- 
quefois  énorme.  Ce  choc,  appelé  coup  dt  bélier  par  les  ingé- 
nieurs, fait  souvent  crever  les  tuyaux,  même  ceux  eu  métal. 
I.es  tuyaux  en  plomb  ne  cèdent  pas  toujours  sur-kscfaamp, 
à  cause  de  la  souplesse  du  métal  ;  mais  il  s'y  forme  des  mt- 
vrismes  qui  se  déchirent  après  un  temps  plus  on  moins  court. 
On  prévient  les  accidents  au  moyen  d'un  engrenage  n- 
lentisseur  qui  ne  permet  pas  de  fermer  brusquement  le  ro- 
binet. 

Plusieurs  villes,  et  notamment  celle  de  Potssy,  ont  adopté 
lestuyaux  Reichenecker  pourla  conduite  des  eaux  publiques. 
On  s'en  sert  aussi  avantageusement  pour  la  conduite  dogat. 
L'auteur  a  remporté  le  prix  proposé  par  la  Société  d'ea- 
couragemcnt  pour  la  fabrication  des  tuyaux  en  poterie  poor 
la  conduite  des  eaux,  en  1840. 

Les  autres  principales  fabriques  de  tuyaux  en  poterie  sont 
celles  de  Millac,  près  Nontron  (Dordogne),  d'Obertxtaeh- 
dorf,  près  Vissembourg  (Haut-Khin),  et  de  la  Tronche 
(Isère). 

M.  Seguin,  ingénieur  civil,  a  fait  poser  à  Enghiea  des 
tuyaux  de  conduite  de  gaz  en  grès  brun  et  irès^ur.  Ils  por- 
tent uneembotture  conique  (voy.  p(j.  ib,pl.  29)  très-érasée 
d'un  bout,  et  se  terminent  de  l'autre  par  un  léger  bourrelet 
extérieur.  Quelques-uns  ont  leur  embolture  striée  en  hélice. 
Une  partie  de  ces  tuyaux  viennent  des  fabriques  de  Bau- 
dour,  près  Saint-Ghislain  (Belgique) .  Ils  sont  en  grès  dur, 
d'un  travail  médiocre,  et  en  deux  morceaux  soudés  sur  le 
tour.  Chaque  bout  a  75  centimètres  de  long  et  10  centi- 
mètresdediamètre.  Le  mètre  linéaire,  emboltures comprises, 
coûte,  posé,  1  fr.  2'>  c.  pour  tuyaux  seulement.  L'autre  par- 
tie vient  de  la  fabrique  de  Ferriëre-laPetite,  près  Maubeuge. 
La  pâte  et  la  forme  de  ces  tuyaux  sont  les  mêmes  que  celles 
de  Baudour;  la  couleur  en  est  moins  foncée.  Le  mètre  pos6 
ne  revient  qu'à  90  c.  pour  tuyaux  seulement. 

Les  parties  emboîtées,  mâles  et  femelles,  ont  été,  sur  la 
prescription  de  M.  Seguin,  recouvertes  de  sable  infnsible 
soudé  par  un  émail.  Ce  procédé  rend  les  surfaces  raboteuses, 
condition  qui  favorise  leur  adhésion  avec  le  mastic  des  joints. 
Ce  mastic  se  compose  de  craie  dite  blanc  de  Meudtm  et 
de  minium  délayés  dans  du  goudron  de  résidu  de  gaz.  On 
en  remplit  l'emboiture,  et  chaque  joint  est  ensuite  recou- 
vert d'un  fort  nœud  en  ciment  romain.  Afin  que  le  mastic 
s'attache  mieux  aux  surfaces  de  l'emboiture,  celles-ci  sont 
préalablement  enduites  de  céruse  à  l'huile. 

TVTAUX  E.'^  VEHRE  ET  EN  PORCELADiE. 

On  fait  aussi  des  tuyaux  de  conduite  en  porcelaine.  M.  l'in- 
génieur François  en  a  employé  dans  son  nouvel  aménage- 


% 


343 


REVUE  UE  L'ARGHITECTUKE  ET  DES  TRAVAUX  PURLICS. 


au 


ment  des  eaux  minérales  de  Bagnères-de-Luchan.  Nous  n'a- 
vons pu  nous  procurer  ni  la  description  ni  le  prix  de  ces 
tuyaux,  quoiqu'on  nous  ait  promis  l'un  et  l'autre. 

On  fabrique  à  Rive-de-Gier  des  tuyaux  en  verre.  Nous 
en  donnons  la  forme  dans  la  fig.  il,  pi.  29.  Ces  tuyaux  sont 
minces  et  complètement  cylindriques.  On  les  ajuste  ensemble 
au  moyen  de  manchons  en  alliage  de  plomb  et  d'étain. 

Ces  appareils  d'assemblage  sont  à  bague  filetée  pour  les 
petits  diamètres  comme  dans  la  fig.  17,  et  à  brides  et  bou- 
lons dans  les  gros  calibres  comme  aux  fig.  18  et  19. 

Ces  tuyaux  si  fragiles  sont  protégés  contre  les  chocs  ex- 
térieurs par  une  enveloppe  en  asphalte  de  10  à  15  millim. 
d'épaisseur,  appliquée  après  l'ajustement  des  raccords  en 
métal. 

Il  est  à  regretter  qu'une  matière  durable  comme  le  verre 
soit  assemblée  par  des  raccords  que  l'oxydation  peut  détruire 
en  fort  peu  de  [temps.  Du  moins  devrait-on,  après  l'ajuste- 
ment du  raccord,  recouvrir  celui-ci  d'une  couche  d'asphalte 
qui  le  dérobât  au  contact  de  l'air  et  de  terres  environnantes. 
Ces  tuyaux  n'offriront  toutes  les  qualitésdont  ils  sont  suscep- 
tibles que  lorsqu'on  aura  remplacé  les  raccords  métalliques 
par  des  manchons  en  verre,  en  ayant  soin  que  l'intérieur  de 
ceux-ci,  ainsi  que  l'intérieur  de  l'about  des  tuyaux,  soit 
strié  circulairement  ou  muni  d'aspérités  pour  donner  prise 
au  lut  du  joint,  qui  n'adhérerait  que  faiblement  à  la  surface 
polie  du  verre.  On  pourrait  faire  les  manchons  en  grès. 

Nous  donnons  ci-après  un  tableau  comparatif  des  prix 
des  diverses  espèces  de  tuyaux  mentionnés  dans  cette  notice. 
Nous  l'avons  extrait  en  partie  d'un  mémoire  de  M.  Bergeron 
sur  les  conduites  en  verre  de  Rive-de-Gier.  Il  les  avait  em- 
pruntés lui-même  an  remarquable  ouvrage  de  M.  Genieys, 
intitulé  :  Essai  sur  les  moyens  de  conduire,  d'élever  et  de 
distribuer  les  eaux.  Nous  y  avons  fait  quelques  additions  et 
modifications. 

PRIX   DE   DIVEBS  ESPÈCES   DE   TUYAUX. 
Fonte. 

Détail  du  prix  pour  100  mètres  de  longueur  de  conduite 
en  fonte  ayant  108  millimètres  de  diamètre  intérieur. 

1°  Main-d'œuvre. 

Terrassements ,  94  fr.  43  c. 

Essai  des  tuyaux  à  fr.  3  50  les  1 000  kil .  12  19 
Transport,  charge,  décharge  et  calage 

à  fr.  4  les  1000  kil 13  94 

Bardage  et  mise  en  place  à  fr.  7  les 

1000  kil 24  39 

Façon  des  joints,  épreuve  et  garantie.  12  19 


2°  Fournitures. 

3484  kil.  de  fonte  à  fr.  40  les  100  kil.  1394 
153  kil.  de  plomb  pour  les  joints  à  fr. 

1  le  kil 153 

15  kil.  de  corde  goudronnée  à  fr.  1 

le  kil -  16 


Total  pour  100  mètres. 
Et  pour  1  mètre.     . 


1719  fr.  14  c. 
17  fr.  19  c. 


Plomb. 


Détail  du  prix  pour  100  mètres  de  longueur  de  conduite 
en  plomb  ayant  108  millimètres  de  diamètre  intérieur. 


1°  Main-d'œuvre. 

Terrassements 

Essai  des  tuyaux  àfr.  3  50  les  100  kil. 
Transport,  charge  et  décharge  à  fr.  4 

les  1000  kil 

Bardage  et  mise  en  place  à  fr.  7  les 

1000  kil.     .  • 

Façon  des  joints,  épreuve  et  garantie. 

2°  Fournitures. 


4279  kil.  de  plomb  à  fr.  0  80  le  kil. 

150  kil.  de  soudure  à  fr.  2  50  le  kil. 

Total  pour  100  mètres. 

Et  pour  1  mètre.  .     .     . 


94 
14 

17 

29 
12 


3423 
375 


43 
98 

12 

95 
19 


29 


3966  fr.  87  c. 


39  fr.  67  c. 


Poterie. 


Détail  du  prix  pour  100  mètres  de  longueur  de  conduite 
en  poterie  ordinaire  ayant  108  millimètres  de  diamètre  in- 
térieur. 

1»  Main-d^ œuvre. 

Terrassements 94  fr.  43  c. 

Bardage  et  mise  en  place 29         95 

Façon  des  100  joints  au  ciment  romain 

à  0  fr.  20  c 20  » 

2°  Fournitures. 


100  tuyaux  de  poterie  à  0  fr.  70.     . 
Maçonnerie   hydraulique  formant  au- 
tour du  tuyaux  un  blocage  de  0  m. 
40  c.  de  côté,    16  m.  00  c.  cubes 
de  béton  et  mortier,  à  fr.  22  70  le 

le  mètre 

Total  pour  100  mètres.     . 
Et  pour  1  mètre.     .     .     . 


70 


363 


20 


577  fr.  58  c 
5  fr.  77  c! 


34S 


REVUE  DE  LAHCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


aM 


La  valeur  des  tuyaux  Reichnecker  de  108  millimètres  de 
diamètre  intérieur,  de  première  force,  vernissés  à  l'inté- 
rieur, étant  de  fr.  3  58  par  mètre,  compris  pose,  et  quel- 
ques autres  détails  semblables  à  ceux-ci,  le  mètre  linéaire 
revient  à  fr.  8.  16. 

Verre. 

Détail  du  prix  pour  100  mètres  de  longueur  de  conduite 
en  verre  ayant  108  millimètres  de  diamètre  intérieur. 

1°  Main-d'œuvre. 

Terrassements 94  fr.  43  c. 

Essai  des  tuyaux 12  19 

Transport,  charge  et  décharge.     .     .  18  94 

Bardage  et  mise  en  place 24  39 

Façon  des  joints,  épreuve  et  garantie.  12  19 

Pose  du  bitume  et  du  manchon.     .     .  n  « 

6  journées  d'ouvrier  à  fr.  4  l'un.  24  » 

2"  Fournitures. 

100  tuyaux  de  verre  à  fr.  2  50  l'un.        250  » 

Frais  de  combustible  pour  fondre  le 

bitume 20  » 

100  joints  métalliques  à  fr.  3  l'un.     .        300  » 

Chances  de  casse  pendant  la  pose  du 

bitume,  1  [10 "des  tuyaux.     ...  25  s 

1000  kil.  de  bitume  à  fr.  16  les  100 

kil 150  » 

Total  pour  100  mètres.      .       926  fr.  14  c. 
E%  pour  1  mètre.     .     .     .  9  fr.  26  c. 

Tableau  comparatif  dca  prix  par  mëtre  linéaire. 

Plomb 39  fr.  67  c. 

Fonte 17         19 

Verre  de  [Rive-de-Gier 9         26 

Poterie  Reichenecker 8         15 

Poterie  ordinaire 5         77 

Quelques-uns  de  nos  lecteurs  seraient  sans  doute  curieux 
de  savoir  jusqu'à  quel  point  on  fit  usage  de  tuyaux  en  terre 
cuite  dans  l'antiquité,  et  si  l'expérience  des  anciens  peut 
servir  à  l'instruction  des  modernes.  Dans  le  prochain  nu- 
méro de  la  Revue,  nous  communiquerons  le  résultat  de  quel- 
ques recherches  que  nous  avons  faites  à  ce  sujet. 

H.  JANNIARD, 

ARhiieete  dn  gooTemement. 


OBSERVATIONS 

raitsirrÉn 
PAR  LA  SOCIÉTÉ  CENTRALE  DES  ARCHITECTES 

NÉCESSITÉ  DINSTITUER  UN  DIPtOME  D'ARCHITECTE 


PROCRAIUIB  DES  COIOIAISSAIICBS  BXIOBUS   FOC»  L-OtTOnrHMI 
01  Ut 


La  Société  centrale  des  architectes  s'est  |MtqNMé  pour  bot 
(article  1  •'  de  ses  statuts)  ■  de  s'ocniper  des  questions  relativrs 
»  à  l'architecture  »  et  particulièrement  •  des  questions  de  |a*- 
»  tique,  envisagées  principalement  sous  le  rapportées  intérêlB 
»  publics  et  privés  qui  s'y  rattachent.  » 

De  ces  questions,  la  plus  importante  sans  douie  est  celle  qui 
était  signalée  dès  les  premiers  mots  du  rapport  (I)  de  la  Com- 
mission préparatoire  instituée  pour  la  formation  de  la  SociMé, 
rapport  dans  lequel  la  Commission  avait  au  moins  la  triste  coo- 
sol  ation  déconsigner  les  vues  aussi  sages  qu'élevées  de  ton  pt«- 
sident,  l'illustre  et  regrettable  M.  Huyot,  mort  avant  l'acbère- 
mentdes  travaux  de  la  (Commission,  c  L'architecture  (disuMlle 
»  eu  commencement)estdepuislongtempsenbutteAdesiiicoii- 
B  vénients  graves,  non  moins  funestes  aux  intérêts  publics  et 
I  particuliers  qu'à  l'art  même, ainsi  qu'aux  artistes  ;  et,  pumi 

>  ces  inconvénients,  il  faut  citer  en  première  ligne  :  l'I'alMaee 
I  de  toute  mesure  propre  à  di.stioguer  les  architectes  qui  léa- 

>  nissent  les  conditions  et  les  garanties  nécessaires  ;2*Ubdlilé 
»  avec  laquelle  le  premier  venu  peut,  tout  au  plus  en  payant 

•  patente,  faire  encourir  à  ceux  auxquels  il  s'impose  comme 

•  collègue,  non-seulement  une  concurrence  nuisible  aous  le 
«  rapport  matériel,  mais  aussi  (ce  qui  peut  être  plus  nmdllle 

>  encore)  la  moralité  même  de  ses  actes.  » 

La  commission  exposait  ensuite  :  «  I*  quelles  étaient tactai» 

>  nementuu  France  les  institutions  relatives  i  l'arcfailaelnrs  (M 
»  quels  avantages  ou  quels  inconvénients  elles  présentaient, 
»  surtout  quant  aux  garanties  désirables  dans  l'intérêt  des  ar- 
»  tistes  eux-mêmes,  ainsi  que  des  administrations  et  des  parti- 

•  culiers  ;  2*  quelles  sont  sous  les  mêmes  rapports  les  inslitn- 
t  tions  existantes,  et  quelles  améliorations  ellea  peuvent  laisser 


(I)  Eo  date  du  13  DOTcmbrc  ISWl 


347 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


348 


»  à  désirer.  »  Et  après  avoir  indiqué  quelques  vues  à  cet  égard, 
elle  s'empressait  d'ajouter  : 

«Des  mesures  si  graves,  si  importantes,  demanderaient  à  être 
»  méditées  avec  soin,  étudiées  sous  tous  les  rapports  qu'elles 
.»  peuvent  embrasser  ;  et  (bien  qu'on  ne  puisse  douter  de  la  bien- 
»  veillance  avec  laquelle  elles  seraient  envisagées  par  le  gouver- 
»  nement)  elles  auraient  besoin,  pour  être  accueillies,  d'être 
»  sollicitées  non  par  quelques  individus  isolés  ou  réunis  inopi- 
»  nément,  mais  par  une  réunion  régulière  et  nombreuse.  » 

Cette  réunion  a  été  formée,  grâce  à  l'approbation  des  statuts 
de  la  Société  par  M.  le  ministre  de  l'Intérieur,  et  à  l'assenti- 
ment presque  unanime  des  architectes  de  Paris  et  des  départe- 
ments ;  et  la  Société  n'a  pas  tardé  à  recueillir  les  premiers  fruits 
de  son  existence  et  de  ses  travaux.  Ses  Observations  sui  le  projet 
de  loi  des  patentes  ont  été  admises  par  les  Chambres  ainsi  que 
par  l'opinion  publique  ;  et  en  définitive,  cette  loi  elle-même  a 
exempté  de  la  patente  les  architectes  considérés  comme  artistes  et 
ne  se  livrant  pas,  même  accidentellement,  à  des  entreprises  de  con- 
struction. Cette  exemption  a  été  reçue  avec  reconnaissance  par 
la  Société,  non  comme  exonération  d'une  charge  publique, 
mais  comme  établissant  enfin  dans  nos  lois  une  distinction 
positive  entre  les  architectes  qui,  se  renfermant  dans  l'exercice 
de  leur  art,  conservent  la  position  supérieure  qu'il  leur  assure, 
et  ceux  qui  croient  pouvoir  y  joindre  des  opérations,  licites 
sans  doute,  mais  qui  les  placent  accidentellement  dans  la  posi- 
tion moins  élevée  des  entrepreneurs  et  les  rangent  au  nombre 
des  commerçants. 

Toutefois,  cette  mesure,  déjà  si  importante  en  elle-même,  a 
fait  reconnaître  d'autant  plus  la  convenance,  la  nécessité  de 
donner  à  tout  artiste  pourvu  des  connaissances  et  de  l'expé- 
rience requises  le  moyen  de  les  faire  constater  authentique- 
ment  et  d'établir  ainsi  d'une  manière  légale  ses  droits  à  la  con- 
fiance de  ses  concitoyens  et  des  administrations  publiques. 
Suffit-il,  en  effet,  d'avoir  posé  en  principe  qu'un  architecte  qui 
se  renferme  dans  l'exercice  de  son  art  n'est  pas  patentable  ?  et 
n'importe-t-il  pas  encore  de  déterminer  comment  on  devient 
légalement  architecte  ;  de  faire  cesser  enfin  ce  vague,  cette 
indéflnitiou  (si  l'on  peut  s'exprimer  ainsi)  qui  règne  à  ce  sujet 
dans  nos  lois,  et  par  suite  dans  l'esprit  de  tant  de  personnes?  En 
un  mot,  l'exemption  de  la  patente  ne  doit-elle  pas  avoir  pour 
corollaire,  pour  complément  obligé  :  Vinstitution  d'un  diplôme 
d'architecte  ou  certificat  de  capacité  ?  ' 

Ces  questions  ont  attiré  toute  l'attention  de  la  Société.  Trois 
commissions  différentes,  le  Conseil  et  la  Société  même,  y  ont 
consacré  successivement  de  longues  études,  de  nombreuses 
discussions  aux  résultats  desquelles  sont  venues  encore  se  join- 
dre les  observations  de  plusieurs  architectes  des  départements, 
qui,  plus  isolés  que  dans  la  capitale,  souffrent  davantage  des 
inconvénients  de  l'ordre  de  choses  actuel.  Ce  sont  ces  résultats 
que  la  Société  vient  exposer  aujourd'hui,  persuadée  que  l'auto- 
rité supérieure,  dans  sa  bienveillance  éclairée  pour  l'art,  pour 
les  artistes  et  pour  les  intérêts  publics  et  particuliers  si  nom- 
breux et  si  importants  qui  se  rattachent  à  ces  questions,  recon- 
naîtra qu'il  s'agit  ici,  non  de  créer  des  privilèges  pour  qui  que 
ce  soit,  mais  de  prendre  des  mesures  d'ordre  réclamées  parle 
bien  public  et  qu'elle  s'empressera  dès  lors  d'accueillir  et  de 
sanctionner. 
Pour  être  exacts  et  en  même  temps  pour  prévenir  toute  ob- 


jection, il  faut  dire  d'abord  que,  mus  d'ailleurs  par  les  senti- 
ments les  plus  généreux,  plusieurs  membres  ont  émis  la 
crainte  que  toute  institution  d'un  diplôme  d'architecte  n'eût 
quelque  chose  de  contraire  aux  principes  de  liberté  qui  doivent 
régir  les  arts.  Quelques-uns  auraient  pensé  que  la  formation 
de  la  Société  suffisait  comme  influence  morale,  et  comme  pou- 
vant donner  à  tout  architecte  digne  de  ce  nom  le  moyen  de 
faire  reconnaître,  ses  titres  par  ses  pairs.  Mais  il  a  été  objecté 
que,  dans  les  arts  non  plus  qu'en  politique,  la  liberté  ne  doit 
pas  aller  jusqu'à  la  licence  ;  qu'elle  n'exclut  pas  toute  mesure 
d'ordre  et  de  bonne  administration  ;  enfin,  que  la  Société, 
quelle  que  pût  et  dût  être  son  influence  sur  l'opinion  publique, 
ne  saurait  aspirer  à  remplir  une  mission  qui  appartient  néces- 
sairement à  l'autorité  supérieure. 

Par  suite  des  mêmes  sentiments  en  même  temps  que  par  une 
trop  forte  appréhension  des  difTicultés  que  pourrait  rencontrer 
l'application  générale  d'une  pareille  mesure,  d'autres  membres 
avaient  pensé  qu'il  suffirait  de  l'institution  d'un  diplôme  acces- 
siblepour  tout  architecte  qui  ferait  pmive  des  connaissances  néces- 
saires; mais  obligatoire  seulement  pour  tout  emploi,  powr  toute 
fonction  publique,  et  facultatif  dans  tous  les  autres  cas. 

Mais  la  Société  a  pensé,  à  la  presque  unanimité,  qu'on  ne  re- 
médierait ainsi  qu'à  une  faible  partie  des  inconvénients  aux- 
quels il  s'agit  de  pourvoir  ;  qu'on  en  créerait  même  de  nou- 
veaux, en  établissant,  en  reconnaissant  en  quelque  sorte  deux 
classes  d'architectes,  avec  ou  sans  diplôme  ;  qu'on  irait  par  là 
contre  le  but  que  s'était  proposé  la  Société  (p.  15  du  rapport 
précité)  de  &  chercher  à  réunir  en  un  seul  corps,  de  rattacher 
»  àj  un  centre  commun  tous  les  architectes  présentant  les  con- 
I)  ditions  nécessaires  d'instruction,  d'expérience,  de  capacité 
»  et  de  moralité.  » 

D'ailleurs,  les  architectesn'ont  pasmoins  besoind'unemesure 
générale  de  ce  genre,  et  n'ont  pas  moins  droit,  dans  leur  intérêt 
et  dans  l'intérêt  pubhc,  que  les  médecins,  les  chirurgiens,  les 
notaires,  les  avocats,  les  avoués  et  autres  ;  enfin,  comme  on  l'a 
déjà  indiqué,  il  ne  s'agit  pas  de  faire  de  l'architecture  une  pro- 
fession privilégiée,  limitée,  dans  laquelle  on  ne  puisse  être  admis 
au  delà  d'un  certain  nombre,  mais  seulement  de  déterminer  des 
conditionsd'admissionaccessiblesàtous  ceux  qui  seserontpréa- 
lablement  livrés  aux  études  théoriques  et  pratiques  nécessaires 
pour  une  profession  qui  embrasse  tant  d'intérêts  de  toute  sorte. 
La  Société  a  donc  jugé  indispensable  que  l'autorité  supérieure 
iùlinstammenl  priée  d' instituer  le  plus  prochainement  possibleun 
diplôme  ou  certificat  de  capacité,  qui  seul,  à  l'avenir,  donnât  le 
droit  lérjal  de  prendre  le  titre  et  d'exercer  aucunes  fonctions  d'ar- 
chitecte, tant  pour  les  particuliers  que  pour  les  administratiotis  pu- 
bliques ;  et,  s'il  pouvait  être  nécessaire  d'ajouter  encore  aux 
motifs  si  puissants  qui  viennent  d'être  énoncés,  on  ferait  obser- 
ver qu'une  semblable  mesure  a  été  instituée  en  Espagne  dès  le 
siècle  dernier,  sur  la  proposition  d'un  Français  nommé  Hérard, 
membre  de  l'Académie  royale  de  San-Fernando,  et  qu'elle  a 
depuis  été  renouvelée  et  confirmée  par  la  même  Académie. 

Ce  point  une  fois  posé,  la  Société  a  dû  rechercher  avec  la  plus 
grande  attention  quelles  devaient  être  les  conditions  à  instituer 
jiour  Vobtention  de  ce  diplôme  ;  et,  à  cet  égard,  elle  s'est  empres- 
sée d'établir  une  distinction  importante. 

Évidemment,  une  pareille  institution  ne  doit  préjudicier  en 
rien  aux  positions  existantes,  aux  droits  acquis  ;  par  plus  qu'au- 


340 


REVUE  DE  L* ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


cune  loi,  aucun  règlement,  elle  ne  peut  avoir  un  effet  rétro- 
actif; le  diplôme  doit  donc  être  délivré  de  droit  à  tout  archi- 
tecte actuellement  en  fonction»  et  exerçant  honorablement  ; 
et  c'est  à  l'administration  supérieure,  gardienne  des  intérêts 
de  tous,  qu'il  appartiendra  de  déterminer  dans  sa  sagesse  les 
mesures  à  prendre  à  cet  effet. 

Mais  à  l'avenir  et  quant  à  tous  ceux  qui  ne  sont  point  encore 
entrés  dans  l'exercice  de  la  profession,  qui  ne  sont  encore  qu'é- 
lèves ou  étudiants,  le  diplôme  ne  devra  être  délivré  que  sur  la 
preuve  positive  de  toutes  les  connaissances  théoriques  et  pra- 
tiques qu'un  architecte  doit  posséder  pour  offrir  toutes  les 
garanties  nécessaires  de  talent,  d'instruction  et  de  capacité. 

La  Société,  après  de  mûres  réflexions,  propose  à  cet  effet  le 
programme  ci-joint. 

Elle  a  cherché  à  rendre  ce  programme  en  même  temps  com- 
plet et  sans  excès  ;  à  le  rédiger  d'une  manière  large  en  môme 
temps  que  précise  qui,  en  indiquant  dès  à  présent  pour  chaque 
sorte  de  connaissances  un  degré  d'étendue  suffisant,  permit  par 
la  suite  de  l'élever  autant  qu'il  pourrait  être  nécessaire. 

Ce  programme  comprend  d'abord  toutes  les  connaissances 
préparatoires  ou  accessoires,  et  ensuite  celles  qui  constituent 
l'art  lui-même  ;  c'est-à-dire  :  la  kimjue  françauie;  le  dessin;  la 
partie  indispensable  desmalhémalique-s,  de  la  physigue  et  de  la 
chimie,  quant  à  leurs  applications  à  l'art  de  bâtir  ;  la  construction  ; 
la  complabiUlé  et  la  jurisprudence  des  travaux  ;  enfin  l'histoire 
et  la  théorie  de  l'architecture  ;  la  composition,  et  la  pratique  ou 
Pexpérience  des  travaux. 

Cet  énoncé  n'embrasse  évidemment  que  des  connaissances 
analogues  à  celles  recommandées  par  Vitruve  et  par  tous  les 
maîtres  qui  ont  écrit  depuis  lui  ;  et  de  nos  jours,  on  ne  pourrait 
sans  inconvénient  rester  en  deçà,  lorsque  tant  d'améliorations 
ont  déjà  eu  lieu  ou  se  préparent  encore  dans  tous  les  degrés  de 
l'enseignement  et  même  dans  celui  que  le  gouvernement  met, 
avec  tant  de  raison,  à  la  portée  des  classes  laborieuses. 

QueUjues  développements  achèveront  de  faire  connaître 
toute  la  pensée  de  la  Société. 

1»  Langue  française. 

11  avait  été  proposé  d'exiger  la  connaissance  des  langues 
anciennes,  même  le  grade  de  bachelier.  En  appréciant  toute 
Futilité,  toute  la  onvenance  pour  un  architecte,  d'une  instruc- 
tion littéraire  d'un  certain  ordre,  la  Société  a  pensé  qu'on  ne 
pouvait  ni  ne  devait  en  faire  une  obligation  ;  mais  la  connais- 
sance et  l'usage  de  notre  langue  font  dès  à  présent  partie  de 
toute  éducation  même  secondaire,  et  tout  architecte  doit  en 
conséquence  les  posséder. 

2"  Dessin  de  la  figure  et  de  l'ornement. 

L'architecture  est  et  doit  être  avant  tout  un  art,  le  premier 
et  le  plus  important  sans  aucun  doute  des  arts  du  dessin.  Le 
dessin  au  trait,  le  dessin  linéaire,  indispen.sable  pour  la  cons- 
truction, est  loin  de  suffire  à  l'exercice  de  l'art  considéré  dans 
son  ensemble.  Pour  l'admission  à  l'École  polytechnique  et  dans 
d'autres  cas  analogues,  on  exige  le  dessin  d'une  figure,  d'une 
académie.  Il  faut  de  plus  que  l'architecte  dessine  librement, 
largement  la  figure  et  l'ornement  ;  et  nos  musées,  nos  collec- 
tions offrent  à  ce  sujet  des  ressources  fécondes  qu'il  importe 
de  mettre  à  profit. 


3"  Les  MATHéVATIQL'ES  coMPMariiCT  : 

L'arithsiétiocb  ; 

Les  éléments  D'AU>feBRE; 

La  géométrie  ; 

La  trigo.hométrie  iectiuonk; 

Et  les  éléments  db  stati 70e  et  de  mécaxique  APruQnbB, 
4»  La  géométrie  descriptive  rr  ses  ippucations  a  la  »rt- 

RÉOTOMIE  et  a  la   PERSI-KCnVE. 

Il  est  inutile  d'entrer  dans  aucuns  développemenls  an  s^iei 
de  ces  diverses  branches  de  connaissances,  qui,  presque  toulM, 
font  déjà  généralement  partie  de  l'enseignemeot  de  l'architec» 
ture. 

5»  Éléments  de  piiysiql-e  et  de  chimie  appuqdés  a  l'art  de 

BATIR. 

Il  serait  également  superflu  d'insister  sur  la  oèoeMilé  de  ce» 
connaissances  élémentaires,  dont  des  notions  au  moins  entrent 
dès  à  présent  dans  toute  instruction  d'un  certain  ordre,  et 
qui  peuvent  seules  conduire  à  la  connaissance  des  matëriami, 
et  à  la  théorie  des  mortiers  ainsi  qne  dn  ^-^an^iicf  et  de  Ift 
ventilation  des  édifices. 

11  avait  été  proposé  d'y  joindre  des  ilimenu  de  miniralogieet 
des  autres  sciences  naturelles  ;  mais  la  Société,  eu  appréciant 
toute  l'utilité  de  ces  sciences,  a  pensé  qu'il  suffisait  d'insister 
pour  les  connaissances  réclamées  dans  le  paragraphe  suivant. 

6» La  construction  comprenant: 
La  connaissance  des  sols  et  des  MATÉaucx  ; 
Et  les  différentes  branches  de  l'art  de  batib. 

Ici  devront  prendre  place  les  diverses  notions  théoriques  et 
pratiques  relatives  à  la  connaissance  des  terres,  des  pierres, 
des  bois  et  des  différents  métaux  ;  à  leurs  extractions,  prépa- 
rations et  fabrications  diverses;  enfin,  à  tous  les  genres  de 
constructions,  en  pierre,  en  bois,  en  fer,  etc. 

70  La  comptabilité  des  constructions,  comprenant  le  mé- 
trage et  l'évaluation  des  diverses  natures  d'ouvbagcb. 

La  nécessité  de  cette  branche  de  connaissances  n'a  pas  besdn 
d'être  démontrée  ;  et  si  elle  ne  fait  pas  actuellement  partie  de 
l'enseignement  public,  il  importe  de  remarquer  que  cette  omis- 
sion regrettable  n'existait  pas  dans  l'ancienne  école  royale,  où 
dès  longtemps,  les  architectes  du  roi,  Blondel,  Desgodets,  etc., 
donnaient  des  leçons  sur  ce  sujet. 

Du  reste,  la  Société  n'entend  pas  qu'il  s'agisse  d'astrùndte  les 
jeunes  architectes  à  une  étude  longtemps  continuée  des  détails 
minutieux  dont  on  complique  trop  souvent  la  comptabilité  des 
travaux.  Poser  des  bases  simples  et  claires  de  métrage  et  (Tettim»- 
tion,  en  exiger  l'étude  de  tous  les  architectes,  telles  sont  les 
conditions  nécessaires,  pour  qu'ils  puissent  donner  à  cette  par- 
tie si  importante  de  leurs  opérations  toute  l'attention,  tout  l'in- 
térêt qu'elle  exige,  en  diriger  en  parfaite  connaissance  de  cause 
tous  les  détails,  et  éviter  ainsi  des  déceptions  aussi  fâcheuses 
pour  eux  que  pour  les  administrations  ou  les  particuliers. 

8°  Les  lois  et  règlements  en  tout  ce  qui  intéresse  la  pro-- 
priété  et  les  co.nstrl  ctions. 

Dans  l'ancienne  école  d'architecture,  des  leçons  de  cette  na- 
ture étaient  données  par  des  architectes  d'une  haute  réputation, 


351 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


352 


et  Desgodets  nous  a  laissé,  en  même  temps  que  la  description 
des  édifices  de  Rome,  ses  Lois  des  bâtiments  qui  font  encore  auto- 
rité en  beaucoup  de  points. 

Il  importe  qu'un  enseignement  si  utile  ne  soit  pas  plus  long- 
temps négligé  ;  que  les  jeunes  architectes  y  soient  préparés  à 
l'avance  et  qu'ils  n'aient  plus  à  en  faire  l'étude  dans  la  prati- 
que même,  souvent  aux  dépens  de  leurs  clients  et  quelquefois 
à  leurs  propres  dépens.  La  responsabilité  pèse  sur  tous  ceux 
qui  ont  à  diriger  des  opérations  importantes,  à  surveiller  des 
agents,  des  ouvriers  ;  et  ce  n'est  que  par  une  instruction  forte 
et  complète  qu'on  peut  ne  pas  avoir  à  encourir  les  prescriptions 
quelquefois  sévères  de  la  loi. 

9"  Histoire  de  l'architecture. 

Tout  ce  qui  précède  se  rapporte  principalement  aux  connais- 
sances préparatoires.  —  Nous  entrons  maintenant  dans  le  do- 
maine même  de  l'art,  dont  le  jeune  architecte  devra  connaître 
convenablement  l'histoire,  afin  d'apprécier  sa  marche  et  ses  va- 
riations diverses,  et  de  comprendre  l'influence  des  lois,  des 
mœurs,  de  la  religion,  du  chmat  et  des  matériaux  disponibles, 
sur  les  divers  styles  d'architecture  qui  se  sont  succédé. 

10"  Théorie  de  l'architecture. 

Les  résultats  mêmes  des  diverses  connaissances  qui  précèdent 
forment  les  bases  naturelles  de  la  théorie  de  l'art,  dont  les  prin- 
cipes devront  être  possédés  à  fond  par  le  candidat,  afin  de  le 
diriger  sûrement  dans  l'application  et  dans  la  pratique. 

11"  Composition  en  architecture. 

Après  avoir  prouvé  son  instruction,  l'architecte  devra  prou- 
ver son  talent  par  la  composition  et  le  rendu,  sans  aucun 
secours  étranger,  des  trois  projets  ci-après  : 

l"  Un  monument  honorifique  ou  d'utilité  publique  en  esquisse 
seulement,  mais  à  une  échelle  suffisante  pour  que  les  divers 
détails  puissent  en  être  exprimés  convenablement. 

2»  Un  édifice  public  entièrement  étudié  et  accompagné  d'un 
mémoire  explicatif  du  système  de  composition,  de  construction 
et  de  décoration. 

3"  Eniin,  une  habitation  ou  construction  particulière  entière- 
ment étudiée  et  détaillée,  aux  échelles  en  usage  dans  les  tra- 
vaux des  bâtiments  civils,  et  accompagnée  de  toutes  les  pièces 
exigées  pour  que  ces  travaux  puissent  être  mis  en  adjudication. 

Ces  diverses  compositions  et  les  différents  développements 
dans  lesquels  elles  sont  demandées  ont  paru  en  même  temps 
indispensables  et  suffisants  pour  donner  du  candidat,  sans  lui 
imposer  un  travail  trop  considérable,  les  moyens  de  présenter 
des  applications  convenables  de  toutes  les  connaissances  qu'il 
a  dû  acquérir. 

12"  Expérience  pratique. 

La  Société  a  pensé  unanimement  qu'aucune  condition  d'âge  ne 
devait  être  prescrite.  Un  esprit  privilégié  peut,  dès  de  jeunes  an- 
nées, parvenir  à  la  somme  de  connaissances  et  de  talents  exigés  ; 
des  facultés  moins  éminentes  ou  des  conditions  moins  favoi'ables 
peuvent  au  contraire  ne  faire  parvenir  que  plus  lard  à  ces  résul- 
tats. Il  ne  s'agit  donc  aucunement  d'une  question  d'âge,  mais 
d'une  question  de  capacité  ;  ce  qui  importe,  c'est  qu'en  tous  cas, 
outre  les  connaissances  théoriques,  on  possède  l'expérience  pra- 
tique des  constructions  ;  et  il  a  été  jugé  indispensable  qu'à  cet 


effet,  on  ait  suivi  assidûment  des  travaux  pendant  deux  années 
au  moins  ;  ce  qui  devra  être  prouvé  de  la  manière  la  plus  au- 
thentique par  des  certificats  positifs  ou  de  toute  autre  manière. 

La  suite  au  prochain  numéro. 


NÉCROLOGIE. 

(M.  Hachette.  —  La  peinture  sur  lare). 
Mon  cher  Monsieur, 

Vous  vous  êtes  vivement  intéressé  à  une  découverte  précieuse 
pour  les  arts,  et  principalement  applicable  à  la  décoration  des 
monuments;  vousn'apprendrezdoncpas  sans  regretslamort  de 
M.  Hachette ,  qui  a  si  dignement  rempli  la  mission  que  lui  avait 
donnée  son  beau-père,  feu  Mortelèque,  de  rendre  la  peinture 
sur  lave  praticable  pour  l'exécution  des  peintures  historiques. 

L'invention  de  la  peinture  sur  lave,  dont  s'honoreront  un  jour 
notre  siècle  et  notre  pays,  a  subi  toutes  les  épreuves  auxquelles 
semblent  fatalement  destinées  les  choses  les  plus  utiles,  et  les 
deux  hommes  modestes  qui  l'ont  créée  se  sont  éteints  avantd'a- 
voir  pu  profiter  du  fruit  de  leurs  travaux.  Née  vers  1827,  dans 
l'obscurité,  elle  a  grandi  dans  le  silence,  et  ce  n'est  qu'aujour- 
d'hui en  quelque  sorte  qu'elle  a  pris  une  place  importante  dans 
les  arts.  Pendant  cette  période  de  près  de  vingt  années,  quel- 
ques artistes  pourtant  avaient  prêté  l'appui  de  leur  talent  à 
MM.  Mortelèque  et  Hachette  ;  c'étaient,  le  premier,  M.  Abel  de 
Pujol,  ensuite  MM.  Perrin-Orsel,  Clément-Boulanger,  Etex  et 
Perlet.  M.  le  comte  de  Chabrol,  alors  préfet  de  la  Seine,  avaiten- 
couragé  le  premier  essai  ;  M.  Hittorff,  qui  avait  fondé  sur  cette 
découverte  l'espoir  de  réaliser  son  projet  de  décoration  pour 
l'église  de  Saint-Vincent-de-Paul,  vint  au  secours  de  l'inventeur 
en  s'associant  pendant  longtemps  à  ses  efforts.  Malgré  le  con- 
cours de  ces  sympathies  généreuses,  la  peinture  sur  lave  restait 
inconnue  du  public  et  de  la  plupart  des  artistes,  aux  travaux  des- 
quelselle  devaitassurer  une  durée  éternelle.  En  ell'et,  le  procédé 
de  la  peinture  sur  lave  consiste  à  revêtir  les  laves  de  Volvic  d'un 
émail  propre  à  recevoir  des  couleurs  analogues  à  celles  que  l'on 
emploie  dans  les  émaux  et  la  porcelaine.  Ces  couleurs,  soumises 
au  feu ,  se  vi  triûent  et  acquièrent  ainsi  une  inaltérabilité  absolue. 
Les  œuvres  exécutées  par  ce  procédé  sont  à  l'abri  des  injures  du 
temps,  de  l'humidité  et  de  la  sécheresse.  Cette  précieuse  qualité, 
autrefois  réservée  exclusivement  aux  émaux  et  à  la  porcelaine, 
est  aujourd'hui  acquise  à  la  peinture  historique.  Avant  cette  dé- 
couverte, l'on  regrettait  que  les  chefs-d'œuvre  des  maîtres  et  les 
décoration  de  nos  monuments  lussent  condamnés  à  une  durée 
quelquefois  très-limitée;  toute  coloration  extérieureétait  impra- 
ticable.  La  mosaïque  seule  aurait  pu  être  employée,  mais  son 
prix  exorbitant  ne  le  permettait  pas. 

M.  Mortelèque  voulut  y  suppléer,  et  ce  fut  le  but  de  ses  re- 
cherches :  il  fit  d'abord,  aidé  de  son  élève  M.  Hachette,  de  nom- 
breux ess  ais  sur  des  carreaux  de  différentes  terres,  et,  guidé  par 
les  travaux  de  Bernard  de  Palissy,  dont  il  sut  retrouver  les  se- 
crets, il  arriva  rapidement  au  point  où  s'était  arrêté  son  illustre 
prédécesseur  ;  mais,  ainsi  que  lui,  il  rencontra  l'obstacle  insur- 
montable du  retrait  et  du  gauchissement  des  terres  ;  les  sui-faces 
à  peu  près  planes  qu'il  parvenait  à  obtenir  étaient  fort  limitées, 


353 


REVUE  DE  L'AUCHITECTUFIE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


354 


etlesondulationsdel'émail.en  reflétant  diversement  la  lumièrp 
offensaieni  le  rcgaid  et  détmisfiient  toute  illusion.  L'emploi d«R 
couleurs  était  long  et  pf'miblo,  on  ne  pouvait  exécuter  un  tableau 
de  moyenne  dimension  qu'en  réunissant  do  petites  port'ons  de 
terrecuitedécoupées  comme  on  le faitpourlesvilraux.  Il  n'avait 
donc  pas  résolu  le  problème  qu'il  s'était  proposé.  Ce  fut  à  cetl»- 
époque  que  l'on  employa  des  dalles  de  lave  pour  en  recouvrir 
les  irotloirs  desrues,  M.  Mortclèque  reconnut  dans  celte  matière 
toutes  lesqualilésqii'il  avait  vainemeiilchercliées  dans  les  terres 
cuites.  Il  la  fitdéliileren  tables  et  obtint  ainsi  des  surfaces  par- 
faitement planes.  11  trouva  ensuite  un  émail  propre  â  s'incorpo- 
rer à  la  lave,  et  à  permettre  le  développement  simultané  des 
couleurs  dont  il  rendit  l'emploi  plus  facile.  Ce  fui  alore  que 
M.  Machette  fut  chargé  du  soin  d'achever  son  œuvre.  Ijes  Ira- 
vaux  exécutés  par  le  procédé  de  M.  Morlelèque  laissaient  encore 
beaucoup  A  désirer.  Les  plus  grandes  dimensions  des  tables  de 
lave  n'atteignaient  pas  un  mètre  de  superficie,  et  la  peinture, 
trop  transparente,  manquait  de  corps  et  d'opaiité. 

M.  IlMclielie  apporta  d'abord  une  modification  importante 
dans  la  composition  de  l'émail  et  du  bl.inc  que  l'on  mêlait  aux 
couleurs  ;  il  réussit  à  donner  A  la  peinture  sur  lave  l'aspect  solide 
de  la  peinture  à  l'iiuile.  Le  second  progrès  qu'il  réalisa  fut 
d'étendre  indéfiniment  les  surfaces.  M.  Hachette  offrit  aux 
artistes  des  tables  de  lave  de  V  m.  40  de  hauteur  sur  1  m.  30  de 
largeur,  et  la  qualité  précieuse  de  la  lave,  de  ne  subir  au  feu 
aucun  retrait,  aucune  déff)rm;ition,  permit  d'obtenir,  pa"  la 
juxtaposition  de  plusieurs  plaques,  une  étendue  illimitée. 

Pour  appiécier  ce  second  résultat  des  recherches  de  M.  Ha- 
chette, il  faut  se  représenter  les  difficultés  de  faire  agir  le  feu 
avec  une  intensité  parfaitement  égale  sur  un  surface  de  plus  de 
3  mètres,  et  de  parfondre  au  même  point  l'émail  et  les  couleurs. 
Il  faut  aussi  considérer  que  la  moindre  diflereuce  dans  le  degré 
de  cuisson  (insensible  quand  il  s'agit  de  poterie)  dénature  les 
couleurs  et  en  détruit  l'harmonie  II  était  donc  indispensable 
de  trouver  une  combinaison  nouvelle  dans  la  construction  de 
fours  d'une  dimension  jusqu'alors  inconnue,  et  ce  ne  fut 
qu'après  de  nonibieux  essais  et  de  coûteuses  tentatives  qu'il 
parvint  à  son  but.  Il  est  inutile  de  vous  faire  connalre  les  Irîi- 
vaux  qui  ont  précédé  celui  qu'il  a  exécuté  dans  les  derniers 
instants  de  sa  vie,  puisqu'il  est  le  plus  important  et  qu'il  est  le 
résumé  le  plus  complet  de  ses  laborieuses  recherches. 

En  1844,  M.  le  préfet  de  la  S.  ine  ordonna,  qu'à  titred'essai, 
l'exécution  de  l'une  des  peintures  sur  lave  projetées  pour  la  dé- 
coration de  l'église  de  Sainl-Vinceutde  I'.iul  me  serait  confiéi , 
et  ce  fut  à  cette  occasion  que  M.  Hachette  construisit  ses  grands 
foiirnt'aux.  Il  mil  à  ma  disposition  quatre  gi-andesplaquesdela\e 
émaillée  formant  ensemble  une  superficie  do  |4  mètres  :  ces 
différentes  plaques,  cuites  sépai-ément,  subirent  si  uniformé- 
ment l'action  du  feu,  que,  lorsqu'elles  furent  réunies,  les  cou- 
leurs et  la  valeur  des  terres  conservèrent  leur  harmonie.  Le 
glacé  fut  le  même  sur  toute  son  étendue,  et  aucun  desaccidenis 
si  fréquents  dans  la  peinture  en  émail  ne  se  manifesta.  Soumis 
quatre  fois  au  feu.  le  résultat  fui  toujours  le  même,  et  l'on  put 
être  ainsi  assuré  d'un  succès  constant  et  de  l'excellence  de  la 
combinaison  des  fours.  L'aspect  de  celle  peinture  esllellemenl 
ideuti  jueacelui  de  la  peinture  à  l'huile,  que  peu  de  i)er8onnes 
ont  pu  s'apercevoir  que  la  peinture  de  Saint-Viuceul-de-I'auI 
esl  eu  émail.  Je  dois  vous  dire  ici  que  l'emploi  de  ce  procédé 

T.  VII. 


ne  m'a  pas  coûté  plus  de  temps,  et  oe  m'a  pat  oppoié  des  dif- 
culiés  plus  S' rieuses  que  oe  m'en  eût  offert  tout  autre  procédé. 
1 1  m'a  fourni,  en  outre,  toutes  les  ressources  que  je  pouvais  dé- 
sirer. Le  procédé  de  la  peinture  sur  lave  esl  aujourd'hui  cnm- 
plei.etla  tâche  que  s'était  imposa  M.  Hachette  était  accomplie 
lorsqu'une  maladie  longue  et  douloureuse  l'aenlevéà  sa  fsmiUe. 

Outre  le  service  important  qu'il  a  rendu  aux  arts,  et  que  sans 
doute  on  ne  tardera  [las  à  reconnaître,  il  a  créé  une  industrie 
nouvelle  dont  les  applications  sont  aonibreuses.  Eu  Toici  quel- 
ques exemples.  La  lave  émaillée  a  été  employée  avec  suçote 
|)0ur  la  fabrication  des  cadrans  d'borlog  s  publiques  de  toutes 
din.'ensions,  des  écriteaux  des  rues,  au  numérul^ige  des  mai- 
sons, d'iuscriplions  extérieure»,  etc.  Elle  a  servi  à  retétir  tes 
soubassements  buniides,  les  angles  de  monuments  et  habita- 
tions qui,  conservant  obstinément  tes  traces  des  immondices 
déposées  par  les  passants,  oOensaient  la  vue  et  l'odorat.  Au- 
jourd'hui, protégée  par  des  plaques  émaillées,  la  pierre  n'est 
plus  détruite  par  l'action  corrosi\e  des  sels  qui  «'y  accumu- 
laient, et  un  simple  lavage  à  l'eau  sufSt  pour  enireicoir  une 
propreié  constante  et  faire  disparaître  une  cause  d'insalubrité. 
M.  Hachette  a  foumides  pienes  tuniulaires  dont  les  inscriptions 
sont  ineUarables,  des  bancs,  des  tables  de  jardins  qui  [leuvent 
rester  impunément  en  toutes  sat.<>on8  exposés  à  la  pluie  et  au 
soleil.  Il  en  a  décoré  l'intérieur  et  le  foyer  des  cheminées, 
l'enveloppe  des  poêles,  les  bâches  et  le  sol  des  serres,  les  par- 
vis des  vestibules,  des  péristyles,  des  salles  de  bains,  etc.  Ces 
divers  exemples  sufQsonl  pour  éclairer  sur  les  nombreuses 
applications  d'une  industrie  d'utilité  et  de  luxe,  i  bquelle  il 
n'u  manqué  jusqu'à  ce  jour  que  la  publiciié. 

Dans  les  derniers  instants  de  sa  \ie.  M.  Hachette  s'occtipait 
des  procédés  propres  à  émailler  les  terres  cuites.  Depuis  long- 
temps je  l'avais  engagé  à  faire  des  recherches  à  ce  sujet,  et  ses 
[iremiers  essais  promettaient  une  heureuse  réussite.  Ces  Ira- 
vaux  pourront  être  continués,  et  avant  peu  le  succès  en  sera 
sans  doute  assuré. 

M.  Hachette  est  mort  à  peine  âgé  de  cinquante  ans,  en  lais- 
saut  pour  tout  héritage  à  sa  veuve  et  à  ses  eufants  le  secnrt  de 
ses  découvertes  achettes  au  prix  de  sa  fortime et  peut^lxe  de 
sa  Nie.  Ses  amis,  témoins  de  ses  luttes  et  des  déboires  qu'il  a 
supportés  pendant  sa  vie,  ont  admiré  sa  peisisiauce  coura- 
geuse, sa  Uiodestie  exagérée  et  sa  probité  eztjéme,  et  déplo- 
rent une  un  prématurée  qui  l'a  privé  de  la  récompense  que 
u.érilaienl  ses  travaux. 

Mais  pour  lui  la  postérité  commence,  et  un  jour  son  pays,  as 
rappelant  sou  antique  suprématie  dans  l'art  des  émaux,  ioscrin 
Ils  noms  inséparables  de  MorIelëc]ue  et  de  Hachette  à  oôlé  de 
ceux  de  Pierre  lk>urtoys  de  Limoges,  et  de  fieroani  de  Paliasj. 

J'aurais  voulu  abréger  cette  lettre,  et  surtout  tous  présenter 
les  faits  qu'elle  renferme  sous  une  forme  plus  digne  du  sujet, 
mais  j'ai  compté  sur  voire  indulgence  et  sur  l'intérêt  que  vous 
prenez  à  une  découverte  précieuse  et  feconJe.  J'accomplis 
d'ailleurs  un  de\oir,  et  je  m'estimerais  asses  heureux  si  ja 
pouvais  contribuer  à  tirer  de  l'oubli  dans  lequel  il  a  vécu,  un 
iionime  qui  s'est  imposé  tant  de  veilles  et  de  sacrifices,  dans 
le  but  honorable  d'être  utile  à  ces  concitoyens. 

Veuilles  agréer,  etc. 

J.  JOUJVKT. 


n 


355 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


356 


DES  HONORAIRES  DE  L'ARCHITECTE. 

En  affranchissant  les  architectes  de  la  patente,  le  pouvoir  a 
certainement  rendu  un  service  signalé  à  ceux  qui  exercent  cette 
profession  libérale,  confondue  depuissi  longtemps  avec  celle  des 
entrepreneurs  ou  commei'çants  ;  mais  là,  nous  l'espérons  du 
moins,  ne  s'arrêtera  pas  le  bon  vouloir  du  gouvei'nement,  et 
après  avoir  rendu  aux  architectes  la  place  qui  leur  appartenait 
dans  l'ordre  social  par  leurs  études  et  la  nature  de  leurs  tra- 
vaux, il  voudra  sans  doute  que  ceux-ci  soient  convenablement 
rémunérés,  et  que  le  pretium  de  leurs  travaux  ne  soit  plus 
laissé  à  l'arbitraire,  comme  il  l'est  encore  aujourd'hui. 

Ceci  impoite  plus  qu'on  ne  croit  à  la  considération  de  l'archi- 
tecte. En  effet,  si  aucune  base  ne  vient  appuyer  une  demande 
d'honoraires,  si  les  architectes  ne  sont  soumis  à  aucune  règle  à 
ce  sujet,  il  n'y  a  pas  de  contrôle  possible,  et  les  demandes  les 
plus  exagérées  se  produiront,  comme  aussi  les  offres  les  plus 
déraisonnables,  et  on  arrivera  à  estimer  à  l'heure  les  produc- 
tions d'un  artiste,  comme  si  le  temps  matériellement  employé 
à  une  œuvre  d'art  était  la  seule  base  de  sa  rénuméralion. 

C'est  ce  qui  a  lieu  aujourd'hui  dans  toutes  les  contestations 
d'architecte  à  client;  c'est  ainsi  quejugelajustice,  s  ins  vouloir 
déférer  à  leurs  pairs  les  architectes  qu'elle  croit  coupables  d'exa- 
gération dans  les  demandes  qui  lui  sont  soumises  ;  et  voyez  l'a- 
nomalie :  qu'il  surgisse  une  difficulté  entre  un  propriétaire  et  un 
entrepreneur,  pour  une  vétille,  un  expert,  souventiroisexperts 
sont  nommés  pour  examiner  le  litige  et  donner  leurs  avis  ;  le  ma- 
gistrat décline  sa  compétence,  ou  du  moins  veut  être  éclairé  ;  et, 
dans  une  question  d'honoraiies,  il  trancherait  la  difTicullé  seul, 
sans  avispréalable  des  personnes  compétentes  !  C'est  contre  celte 
façon  trop  gordienne  de  dénouer  nos  différends  que  je  m'élève, 
ou  plutôt  c'est  l'absence  de  toute  base  légale  que  je  regrette,  et 
je  ne  pense  pas  qu'on  puisse  refuser  à  une  corporation  qui  le 
demande  celle  légalité  qui  sauvegarderait  tous  les  intérêts. 

Je  n'ai  pas  recherché  ce  qui  se  passait  chez  les  Grecs  et  les 
Romains,  touchant  les  honoraires  des  architectes,  je  sais  seule- 
ment que  ceux-ci  étaient  très-considérés  ;  ils  étaient  traités  de 
spectabiles,  peuples  et  souverains  en  faisaient  le  plus  grand  cas. 
J'en  pourrais  bien  induire  que  le  prix  de  leurs  œuvres  était 
proportionné  àla  considération  dont  ils  jouissaient  chez  ces  peu- 
ples éclairés,  et  que  probablement  ils  n'étaient  pas  forcés  d'avoir 
recours  à  Vedictum  repentinum  du  préteur,  ni  au  judex  peda- 
neumpour  obtenir  de  leurs  clients  des  honoraires  convenables. 
En  France,  j'ai  trouvé  l'opinion  d'un  lieutenant  civil  au  Chà- 
teletdeParis,  qui  constate  quel'usage, en  1778,  était  d'accorder 
aux  architectes  le  sol  pour  livre  du  montant  des  travaux  qu'ils 
avaient  dirigés.  Serait-ce  trop  demander  que  de  vouloir  aujour- 
d'hui pourles  architectes  une  rémunération  semblable  ;  aujour- 
d'hui que  les  travaux  sont  bien  moins  importants,  et  qu'on  con- 
struit à  bien  meilleur  marché  ;  aujourd'hui  que  l'argent  n'a  plus 
la  même  valeur  qu'il  y  a  70  ans?  Je  pense  donc  que  l'exigence 
n'est  pas  énorme,  et  je  ne  verrais  pas  la  cause  du  refus  de  cette 
base  qui  a  servi,  du  reste,  pour  motiver,  dans  une  contestation 
célèbre,  un  arrêté  du  Conseil  des  bâtiments  civils  du  mois  de 
pluviôse  an  viii,  que  les  architectes  ne  cessent  d'invoquer,  sans 
réussir  à  le  faire  admettre  comme  précédent  obligatoire  pour  les 
décisions  à  intervenir  dans  les  différends  entre  eux  et  leurs 
clients. 


Mais  ni  l'usage  dont  parlait  le  lieutenant  civil  au  Châtelet, 
ni  l'arrêté  du  Conseil  des  bâtiments  civils,  ne  peuvent  avoir 
force  de  loi,  et,  dans  une  contestation,  la  justice  libre  dans  se» 
allures,  en  l'absence  d'un  texte  de  loi  impératif  qui  la  lie  dans 
ses  sentences,  juge  avec  une  omnipotence  dont  souvent  les 
architectes  ont  pu  se  plaindre. 

Encore,  loi'sque  celui-ci  a  rempli  tout  son  mandat,  c'est-à- 
dire  lorsqu'il  a  créé  les  plans,  dirigé  l'édificalion,  et  réglé  la  dé- 
pense, les  difRcullés  sont  moins  fréquentes,  et,  si  elles  existent, 
l'usage  invoqué  à  défaut  de  la  loi  absente  lui  fait  quelquefois 
accorder  le  sol  pour  livre  du  mon  tant  de  la  dépense  ;  mais  qu'il 
y  ait  déplacement  de  la  résidence  ordinaire  de  l'architecte, 
emploi  de  vieux  matériaux,  etc.,  etc.,  l'arbitraire  reprend  son 
empire,  et  l'architecte  est  contraint  de  subir  toutes  les  réduc- 
tions qui  lui  sont  imposées. 

Le  mal  devient  plus  giave  encore  lorsque  l'architecte,  par  une 
cause  qui  lui  est  étrangère,  n'a  pu  compléter  son  travail.  Ainsi, 
par  exemple,  n'a-t-il  faitque  les  plansel  devis,  s'est-il  borné  à  la 
surveillance,  à  la  direction  des  travaux  d'après  des  plans  qui  ne 
sont  pas  son  ouvrage,  a-t-il  seulement  vérifié  et  réglé  les  mé- 
moires de  la  dépense  ?  dans  toutes  ces  positions  différentes,  il 
reste  sous  le  coup  d'une  actualité  désas:reuse,  soumis  à  des  ap- 
préciations arbitraires,  et  jamais  il  n'obtient  que  sa  demande 
soit  examinée  par  ses  pairs.  Ce  que  la  juridiction  consulaire  ac- 
corde, si  même  elle  ne  le  prescrit  pas  dans  tous  les  litiges  L,ui 
ressortenl  de  son  tribunal,  l'architecte  ne  peut  l'obtenir,  et  ce- 
pendant, dans  toutes  les  contestations  d'architecte  à  client,  il  y 
a  toujours  quelque  chose  de  spécial  qu'en  labsence  de  la  loi  le 
juge  ne  peut  guère  décider  que  par  induction,  par  apprécia- 
lion  ;  ce  serait  donc  bien  le  cas  de  recourir  à  des  personnes 
compétentes  dont  l'avis  pourrait  éclairer  le  tribunal  devant 
lequel  se  produit  l'instance. 

Mais  puisqu'il  en  est  autrement,  puisque  la  loi  est  muette  à 
l'endroit  de  nos  honoraires,  puisque,  suivant  l'axiome  du  Palais, 
les  arrêts  ne  profitent  qu'à  ceux  qui  les  obtiennent;  puisque  la 
jurisprudence  n'est  pas  fixée,  que  les  précédents  n'ont  pas  une 
autorité  suffisante  el  qu'on  puisse  invoquer  pour  tn  obtenirl'ap- 
plicalion,  il  faut  bien  demander  au  pouvoir  compétent  de  fixer 
les  bases  sur  lesquelles  devra  s'appuyer  toute  demande  d'ho- 
noraires dans  les  différents  cas  dont  je  viens  de  parler. 

Celte  nécessité  est,  je  crois,  dans  l'intérêt  de  tous,  dans  celui 
des  architectes  comme  dans  celui  des  clients  qui  recourent  à 
leurs  lumières,  el  celle  légalité  que  j'appelle  doitproliler  à  tout 
le  monde,  fermer  la  porte  à  des  abus  et  tarir  la  source  de  diffi- 
cultés qui  se  renouvellent  sans  cesse.  Qne  le  droit  de  chacun 
soit  limité,  contenu  dans  de  justes  bornes,  el  l'archiiecle,  dans 
le  doute  d'un  jugement  dont  l'issue  tourne  le  plus  souvent 
contre  lui,  ne  souscrii-a  plus  à  des  transactions  compromet- 
tantes, non-seulement  pour  lui,  mais  pour  ses  conirères;  car, 
dans  les  mains  du  mauvais  vouloir  ou  de  la  mauvaise  foi,  elles 
peuvent  devenir  des  armes  blessantes  pour  toute  la  corpo- 
ration, et  établir  des  précédents  fâcheux. 

Sans  cette  légalité,  sans  celle  base,  nous  restons  exposés  à  de 
cruels  mécomptes;  il  ne  viendra  en  effet  à  l'tsprit  d'aucun  de 
nous  de  faire  stipuler  à  l'avance  et  par  écrit  le  taux  de  nos  ho- 
noraires. De  pareilles  précautions,  outre  qu'elles  pourraient 
paraître  blessantes  aux  clients  desquels  on  réclamerait  un  en- 
gagement de  cette  nature,  répugneraient  aussi  à  beaucoup  de 


357 


KEVUE  DE  LARCniTECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


358 


nos  confrèreRpliissoucieux  de  leurdignilé  que  de  Jeurs  intérêfB, 
Et  cependant  nous  ne  devons  pas  nou»  dissimuler  que,  dans 
l'étal  actuel  des  choses,  nous  n'avons,  en  cas  de  conteslalion, 
que  deux  partis  à  prendre  pour  obtenir  la  rémunération  de 
nos  travaux  :  plaider  si  on  attaque  le  cliilfre  de  notre  demande, 
et  j'ai  montié,  je  crois,  qu'iibandonnés  à  l'arbitraire  du  juge 
les  chances  étaient  contre  noua  ;  ou,  si  nous  ne  plaidons  pas, 
acce[)ter  des  transactions  insuffisantes  et  dont  lé  chifl're  tourne 
à  notre  détriment,  car  on  peut  nous  l'opposer  dans  d'autres 
circonstances. 

I^  conclusion  de  tout  ceci,  c'est  que  la  Société  centrale  des 
architectes,  saisie  par  moi  à  sa  naissance  de  cette  importiinto 
question,  maintenant  qu'elle  a  mis  au  jour,  après  un  laboiieux 
enfantement,  le  projet  du  diplôme,  pourrait  compléter  son 
œuvie  de  régénération  en  étudiant  les  moyens  de  donner  sa- 
tisfaction aux  intérêts  de  la  corporation,  qui  sout  entièrement 
sacrifiés  dans  l'étal  actuel  et  insuffisant  de  notre  législation. 

BRUiNET  DE  DAINES, 

Architecte. 


Résultat  des  fouilles  pratiquées  sous  le  parvis  Notre-Oame  de  Paris. 

Les  ingénieurs  du  pavé  de  Paris,  en  baissant  le  sol  du  parvis 
Notre-D.ime  et  des  rues  adjacentes,  dans  lebutde  faciliter  l'exé- 
cution d'un  perron  de  plusieurs  marches  devant  la  cathédrale, 
ont  mis  A  découvert  de  nombreuses  constructions  de  jdusieurs 
époques  qui  n'avaient  été  dôrasées  qu'à  très- peu  de  distance  du 
sol  actuel  et  qui  viennent  détruire  complètement  la  préleudue 
tradition  transmise  par  Sauvai,  Jaillot  et  DnlaUre,  d'un  perron 
de  treize  marches  devant  l'église.  Le  conseil  municipal,  sur  la 
réclamation  faite  par  un  de  sus  membres,  dont  on  ne  saurait 
trop  louer  le  zèle  éclairé,  a  voté  une  somme  sullisante  pour  faire 
des  fouilles  en  règle.  Cette  opération,  dirigée  avec  intelligence, 
va  éclairer  plusieurs  points  intéressants  de  l'histoire  de  Paris. 

Les  plus  anciennes  murailles  mises  à  découvert  sont  de  l'é- 
poque gallo-romaine  ;  leur  construction  ne  laisse  aucun  douteà 
cet  égaid.  lu  grand  hypocauste,  une  cour  pavée  en  opus  in- 
eerlum,  un  ingilariitm  ou  puisard  dans  lequel  ont  été  trouvées 
des  médailles  du  Bas-Empire,  des  fragmentsde  mosaïque,  telles 
sont  les  preuves  irrécusables  de  l'ùge  de  ces  constructions.  D'au- 
tres ruines  peuvent  ètreallrihuérsau.x  premiers  siècleschré  liens, 
puis  on  eu  voit  dont  les  nioellous  placés  en  opus  spicatum  in- 
diqueraient le  onzième  ou  le  douzième  siècle.  LessuLsIructions 
de  l'église  Saint-Christophe,  détruite  il  yaun siècle, donll'ori- 
gine  remonte  aux  premiers  tempsde  la  monarchie  et  qui  fut  re- 
construite au  quatorzième  siècle,  on  tété  m  ises  eulièiemeut  à  dé- 
couvert. Enflu  on  a  retrouvé  les  fundalions,  les  caniveaux  et  le 
puisard  de  la  fontaine  construite  sous  Louis  XIII,  à  peu  de  dis- 
tance de  la  façade  de  la  cathédrale,  vers  la  porte  de  la  Vierge. 

Le  niveau  du  dérasemenl  des  éJillces  qu'on  vient  de  décou- 
vrir et  dont  les  moins  anciens  dateut  du  xii"  siècle,  n'est  qu'à 
environ  Om  C5  cent  au-des>ousdu  niveau  du  Parvis.  Les  nom- 
breux tronçons  de  colonnes  antiques  proviennent,  avec  assez 
de  vraisemlilànce,  de  l'ancienne  basilique  de  Notre-Dame  ou  de 
tome  autn!  église  du  voisinage  dans  l.upielleon  aurait  utiliséces 
dépouilles  gallo-romaines.  Ces  débris,  qui  semblent  avoir  subi 
l'action  du  feu,  ont  été  probablement  Jetés  là  lors  du  déblaye- 


ment  da  sol  de  l'église  primitive,  minée  et  reconstruite  aa 
XII*  siècle.  Tous  ces  faits  semblent  contredire  tu  peu  l'aaNr- 
tion  de  quelques  bistoneos,  confirmée  cependant  par  le  np- 
port  de  M.Vf.  les  architectes  de  Notre-Dame,  sur  les  prétendues 
treize  marches  du  portail  de  cette  église.  A  moins  de  supputer 
qu'on  ait  creusé  autour  de  la  métropole  un  fossé  pnfond,  on  00 
peut  guère  ajouter  foi  à  l'histoire  des  treize  marches,  non  plus 
qu'à  l'exhaussement  du  pavé  de  l'église  elle-même. 


Conduits  en  taira  caHa. 

Les  conduits  en  terre  euUe  sont,  dans  le  présent  nnmfroAe  la 
Revue,  l'objet  d'un  article  dé\eloppé  de  M.  H.  Jannianl.  Nous 
trouvons  dans  le  Courrier  de  Lyon  un  faitqui  vient  a  l'appui  des 
observations  présentées  par  notre  collaborateur:  «LacommoM 
de  Vcrjon,  dit  ce  journal,  vient  d'établir  une  fontaine  dans  la 
partie  supérieure  du  village,  en  élevant  l'eau  au  moyen  d'un 
bélier  hydraulique.  Les  tuyaux  de  conduite,  fcibriqiiésà  la  tour 
de  Salvagny  (Rhône),  sont  en  terre  cuite.  L'emploi  de  ces 
tuyaux,  parfaitement  vemisàrintérieur,d'une  solidité  à  UMile 
épreuve,  présente  sur  ceux  en  fonte  une  économie  de  plus  de 
GO  pour  cent.  »  La  fontaine  de  Verjon  coule  sans  interruption 
depuis  deux  mois,  et  cette  expérience  prouve  surabondamment 
l'excellence  des  procédés  employés  à  sa  construction. 


Congrès  sciaatiflqaa  da  Fraaes. 

Ce  congrès  a  tenu  cette  année  sa  quinzième  session  à  Tours. 
Nous  en  reparlerons.  Avant  de  fe  séi>arer,  il  a  sanctionné,  en  le 
complétant,  un  arrêté  pris  l'an  dernier,  à  Marseille,  d'après  le- 
quel la  seizième  session  du  congrès  aura  lieu  à  Nancy  au  mois 
de  septembre  18i8,  et  durera  au  moins  dix  jours.  Le  congrès 
sera  divisé  en  six  sections  qui  porteront  les  mêmes  dénomina- 
tioDsque  par  le  passé,  Siivoir:  1"  Sciences  nalurrlle» ;  i*  Agri- 
culture, Industrie  et  Commerce;  3» Sciences  médicales;  4»  Ar- 
chéologie et  Histoire;  5»  Littérature  et  Beaux-Arts;  6* enfin. 
Sciences  physiques  et  mathématiques. 

Le  soin  de  préparer  chaque  congrès  scientifique  est  confié  i 
plusieurs  secrétaires  généraux  qui  s'adjoigneut  un  certain 
nombre  de  secrétaires  particuliers  pour  chacune  des  sections. 
Le  congrès  de  Tours  a  nommé  pour  secrétaires  généraux  de 
celui  de  Nancy  M.  de  llaldat,  membre  correspondant  de  l'Io»- 
titut,  M.  Soyer-Willemet,  secrétaire  de  la  Société  centrale 
d'agriculture,  M.  Blondlol,  professeur  à  l'École  prè[iaralotre 
de  médecine  et  de  pharmacie,  et  M.  Auguste  Digot,  memlve 
de  la  Société  royale  des  sciences,  lettres  et  arts. 


lias  monnaiants  historiques  dn  Bas-Rltia. 

Ces  monuments  ont  préoccupé  le  Conseil  général  de  ce  dé- 
partement dans  sa  dernière  session.  M.  le  préfet  a  préseaMi 
ce  sujet  le  rapport  suivant  : 

«  Messieurs,  les  travaux  de  restauration  des  monuments  histo- 
riques se  poursuivent  avec  constance.  Des  travaux  deréconfor- 
Uiion  ont  été  exécutés  récemment  à  l'église  de  Newilier  et  A  la 
chapelle  Sainl-Sébastien  y  attenant.  J'ai  demandé  de  nouvelles 


359 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


360 


subventions  pour  les  compléler.  Les  travaux  à  l'abbaye  de  Nic- 
dermûnster  ont  du  commencer  le  25  de  ce  mois,  sous  la  direc- 
tion immc  diate  de  M.  Bœswil  wald ,  archilecle  désigné  à  cet  effet 
par  le  ministre.  L'église  Saint-Pierre  et  Saint-Paul  à  Wissem- 
bourg,  le  cloître  de  Sainte-Odile,  les  ruines  du  Hohenkœnigs- 
bourgn'onl  point  été  compris  parmi  leë  monumenis  susceptibles 
d'oblenir  des  secours  sur  le  budget  de  l'État,  quoique  le  départe- 
ment en  ait  fait  la  demande  à  plusieurs  reprises.  Pour  l'église  de 
Marmoutier,  il  ne  m'es'  parvenu  de  pièces  régulières  que  le 
3  août  courant  :  encore  leur  objet  est-il  tel  qu'un  prochain  ré- 
sultat n'est  point  probable.  On  demande  qu'il  soit  établi  autour 
du  monument  un  cbemin  de  ronde,  en  achetant  les  propriétés 
particulières  qui  l'entourent ,  don  t  deux  sont  des  maisons  immé- 
diatement adossées  à  l'église.  Les  propriétaires  ne  veulent  poin  t 
les  céder  au  prix  d'estimation  ;  il  faudrait  donc,  si  des  conven- 
tions à  l'amiable  demeuraient  impossibles,  recourir  à  l'expio 
priation.  Mais,  indépendamment  de  la  longueur  des  formalités 
à  remplir,  il  est  douteux  que  le  ministre  de  l'Intérieur  consente 
à  un  semblable  emploi  des  fonds,  sans  le  concours  de  la  com- 
mune. Les  églises  de  Rosheim,  d'Andlau  et  de  Niederhaslajl,, 
qui  ont  reçu  des  subventions  pendant  les  dernières  années, 
n'ont  point  de  besoins  pressants.  Des  travaux  importants  sont 
projetés  à  l'église  Saint-Geoi-ges  de  Sélestat,  proposée  p^ur  h 
classement.  Ils  seront  payés  par  la  ville.  Le  projet  a  été  admis 
en  principe,  mais  l'exécution  a  été  subordonnée  àdts  mesures 
de  précautions  indispensables  en  pareil  cas  et  auxquelles  la 
ville  cherche  en  ce  moment  à  satisfaire.  » 

A  la  suite  de  ce  rapport,  le  Conseil  général  recommande  à 
l'intérêt  du  gouvernement  les  églises  de  Newiller,  Rosheim, 
Andlau  et  Niederhaslacli,  en  le  priant  d'accorder  de  nouvelles 
allocations  nécessaires  à  leur  conservation.  Ce  Conseil  soUicileen 
outre  le  classement  parmi  les  monuments  historiques,  des 
églises  de  Saint-Pierre  et  de  Saint-Paul  à  Wissenibourg,  du 
cloître  de  Sainte-Odile  et  des  ruines  deHohenkœnigsbouig.  Au 
double  point  de  vue  de  l'art  et  des  souvenirs  historiques,  ces 
monuments  ont  droit  à  la  protection  du  gouvernement. 


Un  mot  sur  quelques  théâtres  de  Paris. 
(L'Opéra.  —  Le  Tliéâtre-Francais.  —  L'Ambigu-Comique). 

Un  théâtre  ne  doit  pas  être  seulement  un  monument  qui  flatte 
le  bon  goût  par  d'heureusescombinaisons  de  ligues  pittoresques, 
il  faut  encore  qu'il  soit  construit,  distribué  et  décoré  en  vue  de 
la  commodité  et  du  bien-être  du  public.  Fût-il  d'un  aitiait  su- 
prême pour  l'œil,  un  théâtre  où  les  spectateurs  seraient  mal, 
manquerait  totalement  son  but.  Un  lieu  de  plaisir  ne  doit  rien 
laisser  à  désirer  sous  le  rapport  du  confort  ;  on  ne  peut  jouir  que 
très-médiocrement  des  beautés  d'une  pièce  lorsqu'on  est  mal 
assis  pour  l'entendre,  ou  qu'on  voit  imparfaitement  lemou\e- 
menl  dramatique  de  la  scène  et  le  jeu  des  acteurs. 

Le  coloris  de  la  décoration  demande  un  grand  discernement 
pour  que  le  choix  des  nuances  produise  un  effet  agréable  sans 
nuire  à  la  toilette  et  à  la  beauté  des  femmes.  La  plupart  d'entre 
elles  vont  au  théâtre  autant  par  coquetterie  que  par  curiosité  ; 
ces  deux  passions  sont  presque  toujours  le  mobile  de  leurs  ac- 
tions, et  si  on  devait  juger  laquelle  des  deux  prime  sur  l'autre, 
on  pourrait  dire,  selon  nous,  sans  faire  un  paradoxe  trop  in- 
croyable, que  le  péché  mignon  de  coquetterie  supplante  fré- 


quemment son  gracieux  frère,  le  péché  de  curiosité.  Que  voulez- 
vous?  les  femmes  sont  jolies,  elles  le  savent,  et  sont  fort  ai.sesde 
prendre  à  témoin  un  public  dont  les  regards  leur  répètent  celte 
vérité  charman  te  qu'elles  se  disent  ailleurs  inpeito  ;  elles  on  l  de 
chatoyantes  parures,  de  lumineux  bijoux,  bracelets,  colliers, 
bagues  et  pendants  d'oreilles,  et  leur  vanité  se  fait  un  doux 
plaisir  d'étaler  toutes  ces  merveilles  au  balcon  d'un  ihéâlre. 
Voir  un  peu,  êire  beaucoup  vues,  V(  ilà  ce  qu't  lies  demandent. 
L'artiste  les  désobligerait  infiniment  si,  par  négligence  ou  par 
maladresse,  il  ne  disposait  pas  les  tons  de  roriiemenlation  de 
manière  à  mettre  en  plein  relief  toilettes  et  visages. 

Les  peintres-décorateurs  non  architectes,  auxquels  la  direcion 
nouvelle  de  l'Académie  royale  de  musique  avait  confié  la  restau- 
ration de  la  salle,  ont  commis  celte  faute  de  lèse-coquetterie. 
Leur  palette,  ttop  chargée  d'or,  a  couvert  de  ce  précieux  métal 
toutes  les  parties  de  la  salle:  balcon,  gnleries,  amphithéâtre, 
avant-scènes,  baignoires,  loges, rideau,  plafond,  tout  luit,  tout 
resplendit,  tout  sein  tille  de  moulures,  des  reliefs,  de  méplats  en 
or.  C'est  le  cas  de  dire  ou  jamais  avec  le  poète,  moyennant  un 
petii  changement  de  mots  : 

Aimez-Tons,  l'or,  monsieur?  on  en  a  mis  partout, 

oui,  partout ,  excepté  aux  banquettes  du  parterre  auxquelles  l'ap- 
plication en  aurait  sans  doute  paru  difficilesinon  superflue.  Citte 
|)rodigalité  n'aquequelqueslégères  varia' ions.  Les  décorateurs 
ont  enrichi  ràet  là,  de  loin  en  loin,  l'or  avec  de  l'argent  ou  même 
de  l'ocre,  de  sorte  que  la  matière  la  plus  précieuse  est  celle  qu'on 
a  jetée  à  flots  tandis  qu'on  aménagé  la  matière  commune  avec 
une  parcimonie at)aric(cu5e,  comme  dit  Molière.  Celle  libéralité 
dorée  de  l'Opéra  est  non-seulement  inuiile,  mais  nuisible.  Les 
reflets  delasoieet  desjoyaux  disparaissent  dans  cet  encadrement 
métallique.  Les  plus  jolis  traits,  les  tailles  les  mieux  cambrées 
ne  ressorlent  point  sur  l'uniformité  d'un  fond  trop  brillant. 

Nous  aimons  beaucoup  mieux  la  leinie  rouge  un  peu  foncé 
adoptée  parle  Théâtre-Français.  D'ailleurs,  M.  l'arcliiiecte  Fon- 
taine, qui  a  dirigé  les  travaux,  n'en  a  pas  abusé  autan!  que  mes- 
sieurs les  décorateurs  de  l'Opéra  ont  abusé  du  métal.  Les  bal- 
cons et  les  galeries  sont  peintes  en  or,  sur  fond  blanc  ;  nous 
leur  reprochons  une  trop  grande  similitude  qui  lesfnil  paraî- 
tre uniformes.  Les  avant-scènes  méritent  d'être  citées  avec 
éloge  ;  la  tenture,  les  couleurs  et  les  reliefs  y  sont  heureusement 
disposés  et  s'harmonisent  bien. 

M.  Fontaine  a  été  très-franc  dans  le  parti  pris  de  cette  déco- 
ration.Ilafaitdispaïaîlre  les  épaisses  colonnes  qui  supportaient 
les  galeries  élagées,  pour  leur  substituer  de  minces  colonnettes 
en  fer,  recouvertes  de  velours  rouge,  qui  alliignenl  le  même 
but  de  solidité  sans  obstruer  la  vue  du  public.  Nous  regrettons 
toutefois  de  ne  pas  voir  jaillir  du  haut  de  ces  colonnettes  quel- 
ques rameaux  et  enroulements  artistemeut  combinés,  pour 
mieux  caractériser  leur  office  de  supports  :  ces  enroulements 
ne  gêneraient  en  aucune  façon  les  spectateurs,  puisqu'ils 
seraient  au-dessus  de  leur  tête,  et  ils  ôteraienl  aux  colonnettes 
l'allure  de  pieux  qui  percent  les  galeries  placées  au-dessus 
d'elles,  au  lieu  de  les  soutenir. 

Le  plafond  de  M.  Gosse  nous  offre,  comme  celui  de  rA'?adé- 
mie  royale  de  musique,  un  sujet  emprunté  à  la  mythologie. 
Quelle  triste  ressource  pour  l'art  moderne  que  ces  dieux  dont 
ont  rit  depuis  deux  mille  ans  I 


361 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


La  littérature  les  a  reniés,  repris  et  reniés  encore.  Ne  pouvait- 
on  trouver  quelque  chose  de  plus  imprévu  que  Miner\e  et  fou 
égide,  Apollon  et  sa  lyre,  Vénus  et  sa  ceinture,  Vulcain  etfon 
marteau,  Cupidon  et  ses  flèches,  Junon  et  son  paon,  Jupiter  et 
ses  foudres, avecl'accompagnementobligé  des  muses,  des  nym- 
phes, des  héros  et  des  demi-dieux  ? 

L'Ambifju-Comique  i\uraitàù  penser  ainsi  pour  son  plafoul, 
au  lieu  d'y  semer  parmi  des  oiseaux  et  des  papillons  un  las  de 
petits  amours  joufllusel  rougeauds  sousdes  arceaux  en  espaliers 
qui  rayonnent  aulourdu  lustre  avec  leurs  treillages  vert-pomme 
entrelacés  de  feuilles  de  vigne.  Le  reste  de  la  décoraiion  de 
Y  Ambigu  a  été  plus  habilement  compris  :  les  places,  mieux  dis- 
poséesque  parle  passé,  ont  été  élargies  ;  les  stalles  trop  dures  et 
trop  étroites  de  l'orchestre  ont  fuit  place  à  de  Ixins  fiiuleuils 
élastiques  couverts  de  velours  grenat.  Un  amphitliédtre  occupé 
par  des  sièges  semblables  a  été  établi  au-dessus  de  lamo'tiédu 
parterre,  et  des  colonilles  ont  remplacé,  comme  au  tin  âtre  de  la 
rue  Richelieu,  les  piliers  massifsquisjrvaient  d'appui  aux  divers 
étages.  Le  séjour  du  mélodrame  a  quitté  sa  physionomie  un  peu 
trop  fumeuse  et  revéche  :  l'Ambigu-Comique  a  voulu  être  le 
Théâtre-Français  du  boulevard  en  attendant  que  l'ex-Cirque- 
Nationalen  devienne  l'Opéra.  Nous  parlerons  dans  un  prochain 
numéro  de  ce  nouveau  théâtre  qui  va  ouvrir  dans  quelijues 
jours.  La  démolition  intérieure  a  été  complète  ;  ce  sera  donc 
une  salle  nouvelle  à  apprécier. 

Georges  OLIVIER. 


NOUVELLES  ET  FAITS  DIVERS 

France.  —  Une  horloge  très-comjiUquée,  iinaf:inée  par  M.  Pelvarl, 
curé  de  Zouafqiies  (Pas-dr-Calais).  tout  m  fer  et  en  cuivr»",  ayant  environ 
€  80  centiiiièlres  de  furfaee  et  quinze  de  profondeur,  »  excite  à  un  li^s- 
haut  degré  le  naïl'  enllionsi;isme  des  jonrnanx  des  villes  cnvironnanle^. 
Selon  enx,  c'est  une  œuvre  Irès-imporlante  et  lrè>-iiigénieiise.  ils  n'ont 
pas  assez  do  superUlifs  pour  traduire  leur  adminition  pour  les  deux  cents 
roues  d'ensrenaj'e  et  les  calculs  inouïs  qu'il  a  fallu  entrppri>ndre  pour 
coordonner  le  niouvenienl  de  dix-neuf  cudrans,  marquant  :  le  premier, 
les  secondes;  le  deuxième,  les  heures  et  les  minutes;  le  troi>ièiiie,  le 
tempsvrniaii  soleil;  lequ;ilrième,les  j(Uirsdeta  s<>maine;  le  cinquième, 
la  date  du  mois;  le  sixi^me,  les  jours  et  mois  de  l'aimée  ;  le  septième, 
l'iiidictiou  romaine;  le  huitième,  les  cycles  solaire  et  lunaire;  le  neu- 
vième, les  épactes;  le  dixième,  le  nombre  d'or;  le  onzième,  les  jours 
lunaires  cl  phases  de  ta  lune;  le  douzième,  le  inillésinie  ne  cliaque 
année;  le  treizième,  les  tètes  mobiles, années  conununes  et  bissextiles; 
le  quatorzième,  lesécli|isesde  soleil  et  de  lune,  et  les  années  séculaire-; 
le  quinzième,  un  système  planéiaire  complet;  le  seizième,  le  lever  du 
soleil  à  l'aris;  le  dix-septième,  le  coucher  du  soleil  à  Paris;  le  dix- 
huitième,  les  degrés  de  déclinaison  du  soleil,  éqiiinoxes  et  solstices; 
le  dix- neuvième,  l'heure  au  soleil  des  grandes  villes  de  l'Europe. 

«  Cette  horloge  est  du  poids  de  SKK)  kilogrammes,  elle  s»!  remonte 
toutes  les  vingt  quatre  heures;  elle  est  cuinpi>sée  de  deux  cents  roues 
et  est  mise  en  mouvement  par  un  poids  de  10  kilo^ruinines.  Le  duu- 
zième  cailran,  qui  a  quatre  aiguilles,  est  remaïqnutile;  son  mouvement 
est  si  insensible  que  sa  première  aiguille  ne  fuit  sa  révotuiiun  autour 
du  cadran  i|ue  tous  les  deux  ans;  la  deuxième  que  tous  les  cent  ans, 
et  la  troisième  que  tous  les  mille  ans.  » 

Cette  dernière  accoinplira-t-elle  jamais  sa  tlclie?  II  semblerait  vrai- 
ment que  c'est  la  grande  complication  du  mécanisme  qui  ixciie  la  verve 
de  nos  confrères  de  province,  et  probablement,  lorsqu'on  viendra  il 

ablir  une  communication  électrique  entre  toutes  les  horloge»  de  la 


capitale,  de  façon  à  pouToir  lec  réduire  li  de  liroplet  cadran*,  eo  ne 
connervant  qu'un  mouvetnent  unique  poar  toutei,  on  aura  moins 
d'admiration  pour  ces  ilrux  centi  limiogr*  marcbaut  d'un  mouvcinent 
c»mmun  que  pour  l'horluge  de  M.  le  curé  Deltart,  arec  aes  deux  cents 
roues  d'engienage. 

Le  forage  det  mine»  vient  d'élre  facilité  par  ane  invenlioa  de 
M.  l'ingénieur  CouibebaiiM,  invention  d'une  grande  iimplidlé.  dési- 
gnée sous  le  nom  de  minet  aciditi.  Nno*  ItMiit  dam  l'Echo  dCOra* 
une  curieuse  dttsciipliun  de  l'expérience  de  ce  procédé,  qui  a  eu  plein 
succès  eu  Algérie,  de  in^me  que  dans  une  carrière  de  Grenoble  : 

c  Six  minet)  de  différenies  profondeur!  ont  été  préparée*  contre  on 
esc;irpement  il  pic  de  3S  mètres  de  hauteur,  pour  contenir  entemUe 
une  charge  de  poudre  d'environ  1.59  kilog.  L'une  de  ce*  minet  avait 
été  encombrée  par  accident  pendant  m  conalni-  tion,  et  on  s'atiendait 
à  peu  d'effet  de  sa  part.  Le  feu  a  élé  mi»  i  quatre  de  ce*  mines,  de 
manière  à  les  fiire  partir  le*  une*  aprè^  le*  auire«,  à  inlenaliet  4e 
quelques  minutes.  L'exphtAion  a  eu  heu  «ans  qu'on  ait  vu  le  Un,  tant 
qu'on  ait  entendu  le  bruit  de  la  poudre,  et  uiu  trop  de  projection 
d'éclats;  on  a  seulementeniendu  le  bruit  sourd  provenintdu  rrsquement 
du  rocher  et  de  la  chute  des  inas^e»  détachée»;  le  ■  ube  tulal  s'e>télevéà 
plusde2.0<iO mètres,  iv>-suré»au  proni,le>2/3environcon*iUanlenblocs 
très-gros,  qui  n'exigeront  que  pende  iravail  pour  èlredlvix^eniiiorc' aux 
maniables.  Quant  aux 'lépenses  de  toiile  nature  faites  pour  arriver  à  ce 
beau  résultat, elles  ont  élé  bien  inférieures  à  celles  qu'il  aurait  filtu  taire 
pour  exploiter  la  même  quantité  île  pierre»  par  1rs  moyens  ordinaires.  > 
Un  pareil  résultat,  iibt>-iiu  en  qumie  jour*  de  travail  et  avec  des 
ouvriers  non  habitués  aux  tours  de  ro.iin  du  ce  nouveau  prooéd4 
d'extraction  de  rocher,  déinontre  d'une  manière  évid>-nle  que  le  pr»- 
cédé  de  M.  l'ingénieur  ('ouibeltaiNse  est  destiné  «  devenir  d'nne  appli- 
catiiin  générale,  soit  pour  les  travaux  des  carrières,  suit  pour  les  tra- 
vaux de  routes  ou  <le  chemins  de  fer. 
Voici  mniiilenaiit  la  description  succincte  de  ce  procédé  : 
Le  principe  fundamenlal  de  l'iuvi'ntion  i'on»iste  ft  créer,  au  fond  d'un 
trou  de  mine  cyli.idrique  d  un  petit  diamètre  el  d'une  prufitiideur  plus 
ou  moins  grande,  au  moyeu  d'un  réactf  chimique  rongeaut  le  rocher, 
une  cavité  d'une  capacité  vaiiable  {^  la  volouté  de  l'opéialeur),  |ionr  j 
loger  de  la  poudre.  L'agent  employé  pour  les  roches  calcaires  est  l'acide 
hydrochlnrlque,  vulgairement  ap|>elé  aci  le  inurtaliqoe. 

Le  forage  s'opère  simplement  par  la  percussion  de  barres  à  mines 
ordinaires  d'une  lon.;ueur  suftisante. 

Lorsque  le  forage  est  opéré,  on  place  dan*  le  trou  un  tube  de  cuivre 
qui  pénètre  jusqu  ik  une  certaine  distance  du  f-nii,  et  qui  est  hité  en 
point  par  un  bourrelet  d  étoupes.  Le  haut  du  tube  |>orte  un  enlonnoT 
dont  il  traverse  le  fond  pour  remonter  jusqu'au  niveau  du  bord;  la 
portion  du  tube  contenue  dans  l'entonnoir  est  |i«n  ée  de  Irons  latéraux. 
Dans  ce  premier  tube,  on  en  place  un  second  qui  descend  i  la  nCoe 
profondi-ur  et  qui  s'élève  au-<lessus  de  l'entonnoir,  pour  se  leraiaar 
par  un  chapeau  à  deux  branches  rrcnuihées. 

L'acide  ninrialique  est  placé  dans  l'entonnoir,  descend  entre  les  deux 
tubes  jii-que  dans  le  fond  itu  trou  de  mine,  attaque  la  roche  en  formant 
du  inurialedecliaux;racidecarbonii|ue  dégagé  fait  boiiillunner  le  liquide 
qui  remonta  en  écume  par  le  tutn;  inb-rieui  et  se  verse  de  nouveau  dan* 
l'entonnoir;  la  circulation  cuntiiineaiu-ijusqu't  ia  saturation  de  l'acide. 
Lorsqu'on  a  einplnyé  une  quùu  ilé  d'acide  sudisant  pour  former  one 
cavité  de  la  grandeur  voulue,  on  retire  les  tubes,  ou  «xtrail  le  liquide 
au  moyen  d  un  seau  à  soupape,  on  <èche  avec  de  !'■  toupe  atlKliée  au 
bout  d'une  conle.  el  ou  place  la  charge  d«  poudri-  en  se  itervani  poor 
porte-feu  de  fusëes  de  sûreté  (hickfitri)  qui  dispen-ient  d'employer 
l'épingleite  et  n'offrent  par  conséquent  aucun  danger. 

La  bourre  se  cmnpose  de  sable  lin  el  sec,  versé  siiiip'enent  dao*  la 
trou  et  tassé  par  son  seul  poids. 

Le  candaiismt  monutntnUU  du  ministère  de  |j  Guerre  cooiiooe  à 
poursuivre  le  ma^nilique  biiiineul  des  iacobias  de  TaakNiM)  cea- 


363 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


mi 


struction  en  briques  excessivement  curieuse,  et  dont  les  voûtes  sur- 
passent en  portée  celles  de  bon  nombre  de  nos  grandes  calhédr.iles. 
Le  marteau  du  pénie  mililaire,  que  nous  voiidrinns  pouvoir  nommer 
aussi  le  gém>i  des  lioaiix-arts  et  de  la  science  an  héologiqne,  s'acharne 
à  détr  uire  chaque  jour  quelque  nouvelle  partie  de  cet  intéressant  mo- 
nument, et  la  pii  sse  toidousaine  élève  en  vain  sa  voix  pour  protester 
contre  ces  démolitions  barbares. 

Les  fouilles  faites  à  Saintes,  dans  le  faubourg  Saint-Vivien,  pour  des 
constructions  nouvelles,  ont  amené  la  découverte  de  plu.-ieurs  objets 
antiques,  tels  que  tombeaux,  tronçons  de  colonnes,  une  fort  belle  fiise, 
un  chapiteau  d'ordre  corinthien  admirablement  travaillé,  etc.  Les  tom- 
beaux consistent  en  des  anges  de  pierre  de  toute  dimension  ayant  un 
couvercle  :  les  plu-:  grandes  ont  jusqu'à  deux  mètres  soixante  cenlimètres 
de  longueur  sur  un  mètre  trente  centimètres  de  largeur  et  autant  de 
hauteur,  mesure  prise  extérieurement.  L'une  d'elles  a  deux  rebords 
inférieurs  dans  le  sens  de  sa  longueur,  destinés,  sans  doute,  à  servir  de 
point  d'appui  à  l'enveloppe  qui  renfermait  le  corps,  et  à  l'Isoler  davan- 
tage de  la  terre.  Dans  quatre  de  ces  auges  se  trouvaient  des  capses 
en  plomb,  dont  la  plus  grande  a  deux  mètres  de  longueur  et  quarante - 
trois  centimètres  de  largeur.  Sur  la  partie  supérieure  se  trouvent  di's 
dessins  représentant  des  ronds,  taniôiseids,  tau'ôtau  milieu  d'un  carré. 
On  3'  voit  aussi  la  façade  d'un  temple,  des  barres  perpendiculairi  s  éla- 
gi^es  d'une  manière  inégale,  etc.,  le  tout  en  relief  sur  le  plomb.  En 
ouvrant,  ou  plutôt  en  brisant  cette  capse  à  coup:-  de  pioche,  on  a  vu  des 
ossements  de  squelette,  des  semelles  en  cuir  de  sandales  de  diverses 
grandeurs,  des  lioles  vides,  et  enfin  une  niasse  brune  de  la  grosseur  du 
poing  qui  n'était  antre  chose  que  de  la  .soie  entremêlée  de  fils  d'or,  reste 
informe  de  ce  qui  fut  autrefois  peut-être  un  liche  vêtement.  I  a  seconde 
capse  a  un  mèlre  soixante  dix  centimètres  de  longueur  sur  cinquante 
centimètres  de  largeur;  la  tn.isième  et  la  quatrième  sont  de  moindre 
dimension  encore,  elles  ne  renfermaient  toutes  les  trois  que  des  osse- 
ments. Il  est  fi  déplorer  qu'aucune  direction  initiligente  n'ait  préMdé 
à  ces  feuilles,  et  que  les  ouvriers,  dans  1  espérance  sans  doute  Je  trouver 
de  riches  monnaies  d'or  ou  d'argent,  aient  biisé  à  la  hâte  toutes  ces 
ca|ises,  dont  la  plus  grande  surtout  eût  fait  l'ornement  d'un  musée.  Dans 
tontes  les  antres  anges,  dont  plusieurs  ont  la  forme  de  nos  cercueils  de 
bois,  il  n'y  a  que  des  ossements,  sans  capse  en  plomb.  On  en  découvre 
à  chaque  instant  de  toutes  les  formes  et  de  toutes  les  dimensions.  Il  y 
en  a  de  fort  petites  pdur  les  enfants  à  peine  entrés  dans  la  vie.  Les  co- 
lonnes, les  cl.apiteaiix,  les  frises  sont  probablement  les  restes  de  la  jiri- 
mitive  églisi;  de  Saint- Vivien,  autour  de  laquelle  étail  un  cimetière,  dont 
les  tombeaux,  par  leur  forme  et  leur  genre,  révèlent  l'époque  de  l'oc- 
cupation ang'aise  de  1132  à  1451.  Dans  celte  hypothèse,  il  y  auraiten- 
viron  cinq  à  six  cents  ans  que  ces  si'pultnres  auraient  été  déposées  dans 
la  terre.  Mais  déjà  le  sol  portait  l'empreinte  d'une  domination  plus  an- 
cienne, celle  du  peuple  romain,  dont  ou  retrouve  encore  les  fortes  con- 
structions avec  leurs  briques  et  leur  ciment  indestructible.  On  adécouvert 
en  effet,  parmi  les  tombeaux,  une  muraille  romaine,  une  place  ballrre  eu 
brique  pilée  que  le  temps  et  l'hurnidité  oirt  laissée  irrtacte,et  l'on  sait  que 
tout  auprès  il  existait  des  bains  romains  dont  la  trace  est  encore  visible. 

Les  fouilles  archéologiques  de  Londinières,  près  de  Nenfciràtel,  faites 
par  onlre  de  M.  le  préfet  de  la  Suine-Irrférieure,  ont  eu  de  curieux  ré- 
sultats. Voici  ce  que  nous  lisons  à  ce  propos  dans  la  Vigie  de  Dieppe  : 
«  M.  l'abbé  Cochet,  qui  a  dirigé  les  fouilles  de  Londinières,  a  trouvé 
un  ancien  cimetière  au  pied  d'une  des  collirres  arrosées  par  la  rivière 
d'iiaulne.  Ce  champ  de  sépulture,  situé  à  l'angle  des  routes  départe- 
mentales de  Neufcliâtel  à  Eu  et  de  Dieppe  à  Neiifcliàtel,  paraît  remonter 
à  rétablissement  des  Francs  dans  les  Gaules.  Il  a  trouvé  environ  soixante 
squelettes  apparlerrant  à  des  personnes  de  tout  âge  et  de  toute  condi- 
tion. Il  y  avait  des  hommes  et  des  femmes,  des  enfants  et  vieillards. 
Les  hortîmes  d'armes  étaient  en  majorité;  presque  tous  avaient  à  la 
ceinture  un  couteau  de  guerre  lié  avec  une  boucle  de  fer  ou  en  bronze, 


et  qu'ils  semblaient  tenir  encore  entre  leurs  mains.  A  côté  de  leur  tête 
était  un  fer  de  lance,  dont  le  manche  eu  bois  avait  été  rongé  par  le 
temps.  Quelques-uns  avaient  des  haches  de  fer  semblables  à  la  francisque 
trouvée  dans  le  tombeau  de  Childéric. 

»  Presque  tous  les  corps  étaient  déposés  dans  des  fosses  profondes 
d'un  mètre,  et  taillées  avec  soin  dans  la  craie.  Les  pieds  étaient  con- 
stamment tournés  vers  l'est  et  la  tête  vers  l'ouest.  C'e-t  la  seirle  trace  de 
christianisme  que  présentent  ces  sépiiltrrres.  M.  l'ahbé  Cochet  pense  que 
les  morts  qu'elles  renferment  ont  été  inhumés  assis.  Les  pieds  et  les 
j.imbis  étaient  toujours  placés  horizontalement;  mais  il  n'en  était  pas 
de  même  de  la  tête  et  du  corps.  Fort  soirvent  le  crâne  se  trouvait  au 
milieu  des  côtes  et  des  vertèbres,  comme  si  cette  partie  dn  corps  avaitété 
inhumée  verticalement.  Parfois  la  tète  se  rencontrait  à  drniteorr  à  gauche, 
eonrrne  si  elle  eût  cédé  à  la  (iressiun  des  terres  errtas'-ées  sur  elle. 

»  Des  vases  se  Irouvaieirt  fr  équeiirmenl  aux  pieds  ou  errtre  les  jambes. 
Quelques-uns  paraissaient  avoir  coutenu  dns  matières  noires,  d'autres 
étaient  entièrement  vides.  Des  charbons  de  bois  avaient  été  .semé.-»  dans 
la  terre  avec  les  corps  ;  parfois  on  aurait  dit  que  les  déluuts  avaient  été 
déposés  sur  des  brandons.  On  n'a  trouvé  que  deux  objets  en  verre,  une 
ampoule  et  un  gobelet  revêlu  de  Irlets  en  relief. 

«  M.  Serres,  professeur  d'anthropologie  et  médecin  en  chef  de 
riiospice  la  Pitié,  qui  a  visité  les  fouilles  de  Londinières,  a  cru  re- 
connaître darrs  les  têtes  le  type  celtique  et  le  type  Scandinave. 

•  L'épisode  le  plus  curieux  de  cei  le  forrille  est  la  découverte  du  squelette 
d'une  femme  jeune  encore  (de  vingt-cinq  à  trente  ans,  selon  M.  Serres). 
Couchée  dans  une  fosse  d'un  urètre  de  profonderrr,  elle  avait  à  ses  pieds 
urr  vase  en  terre  rouge;  elle  portait  à  la  ceinture  un  petit  couteau  de  fer 
avec  une  boucle  en  cuivre  et  rm  ornement  garni  de  dons  de  brotrze  à  tête 
pentagone.  Sur  la  poitrine  étaient  des  agrafes  et  des  fibules  qni  avaient 
étéémaillées;on£Ûtdit  les  boutons  de  sa  robe.  A  son  cou  était  un  collier 
en  ()erles  de  verre  on  de  pâle  rorrge  ornée  de  couleur  jaunes  et  b'ai.ches, 
conrme  une  mosaïque.  De  chaque  coté  de  sa  tête  étaient  des  boucles 
d'oieilles.  Sur  son  sein  reposait  un  enfant  de  quatre  à  ci-iq  i  ns. 

t  Fouillant  à  côté  de  cette  fosse,  M.  Cochet  a  trouvé,  à  la  distance 
de  vingt  centimètres,  un  squelette  d'homme  armé  de  toutes  pièces; 
chacun  de  >es  pieds  reiiosait  sur  un  vase  en  terre  noire.  Une  hache  en 
fer,  véritable  francisque,  était  placée  dans  les  jambes;  nu  couteau  de 
fer,  lié  par  une  boucle  en  bronze,  se  trouvait  à  la  ceinture  et  senrhiait 
avoir  été  tenu  par  la  main  à  chacun  de  ses  bouts.  Un  sabre  en  fer  était 
placé  à  ses  côtés.  Ce  sabre,  qui  se  terminait  d'une  façon  arrondie 
comme  celui  de  Childéric,  avait  été  mis  dans  un  fourreau  de  bois 
couvert  de  cuir,  avec  garniture  de  bronze. 

»  Cette  fouille  ordorrnée  par  M.  le  préfet  de  la  Seine-Irrférieure,  outre 
son  conlingenl  d'observations  historiques,  aura  rapporté  pour  le  musée 
départemental  deux  sabres  et  trois  haches  en  fer,  des  agrafes  et  des 
fibules  de  bronze,  des  colliers,  des  anneaux  et  des  boucles  d'oreilles, 
douze  boucles  de  ceinture  en  bronze  ou  en  fer,  treize  corrteaux,  douze 
fers  de  lance,  trente  ou  quarante  vases  en  terre  rouge,  blanche,  grise 
ou  noire.  Deux  de  ces  vases  ont  des  anses;  quelqrres-uus  ont  été  exposés 
au  feu.  Il  y  en  a  en  terre  fine,  d'autres  en  terre  grossière.  Plu.sieurs 
ont  des  formes  romaines,  quelques-uns  affectent  des  types  plus  récents. 
Tout  anironce  un  cimetière  mérovingien  drr  temps  de  Clovis.  » 

Les  antiquités  algériennes  devraient  être  l'objet  d'une  certaine  préoc- 
cupation de  la  part  du  gouverneurent.  Ainsi,  urre  administration  qui 
serait  chargée  de  recueillir  et  de  faire  transporter  dans  un  musée  na- 
tional toutes  les  antiquités  mobiles  qui  chaque  jour  se  trouvent  en 
Algérie,  pourrait  rendre  d'incontestables  services  Nous  avons  déjà 
entendu  parler  d'une  mosaïqrre  très-belle  et  d'un  bras  gigantesque  en 
bronze,  dont  la  découverte  n'a  pas  été  utilisée  pour  nos  collections 
d  art  monumental.  De  pareilles  rrégligences  ne  se  renouvelleraient  plus 
avec  l'institution  que  nous  indiquons. 

Étranger.  —  Des  journaux  belges  annoncent  du  ton  le  plus  sérieux 
du  monde,  que  M.  Mathieu,  directeur  de  l'Académie  des  beaux  arts  de 


365 


REVUE  DE  LARCHITECTUIŒ  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


90S 


Loiivain,  vient  dtj  découvrir  dans  l'église  de  Corbcck-Dyle  (Belgique), 
un  nioniirrienl  iniportiiiit  pour  l'histoire  de  l'art.  Or,  quelle  est  cette 
découverte?  «  Ui)  retable  composé  de  six  panneaux  qui,  en  se  fennanl, 
couvrent  dilïérenles  niches  (.'onlenant  des  sculptures  en  bois  dorc^.  L<'S 
sujets  des  douze  tableaux  (car  les  panneaux  sont  peints  des  deux  c6tés), 
ainsi  que  ceux  des  sculptures,  représentent  la  légende  de  saint  Ëlienne. 
Ces  dilTéiuiiteg  peintures  datent  de  la  lin  du   xiv»  siècle.  Elle*  sont 
peintes  en  détrempe,  et  le  dessin  en  est  d'une  merveilleuse  beauté.  » 
Nous  ne  contestutis  pas  la  perreclion  du  ritiible;  nous  sommes  même 
heureux  de  l'entendre  proclamer;  mais  est-il  bdmissible  d'appeler  dé- 
couverte la  des>';ription  lue  à  son  sujet  dans  l'.^cadéinie  de  Louvain. 
Un  tel  niotiumenl  placé  dans  une  église  ouverte  à  tout  le  monde, 
était-il,  en  vérité,  diflicile  à  découvrir?  Reste  ù  M.  Mathieu  le  mérite 
de  l'avoir  signalé  :  il  est  as^ez  grand  pour  qu'il  puisse  se  passer  d'un 
brevet  d'inventeur,  difficile  à  Justifier,  surtout  depuis  que  les  uns  s'a- 
'visent  de  découvrir  la  Méditerranée,  d'uutres  le  Mout-Blanc,  voire 
mfime  Notre-Dame  de  Paris. 

L'église  de  Saint-Jarques  de  Cnudenberg,  à  Bruxelles,  va  être  res- 
taurée, grâce  h  nn  subside  de  20,000  francs  voté  par  le  Conseil  municipal 
de  la  ville,  poiirla  reconstruction  du  clocher  et  ilu  péristyle.  M.  l'archilecle 
Suys  est  chargé  de  la  ilirecliiin  des  tnvaux.  Si  nous  en  croyons  l'/ni/épen- 
dance  belge,  le  devis  inifioscruit  le  renniivellemenl  de  la  couche  de  pein 
ture  dont  le  portique  est  enduit.  I  e  brossage,  St  notre  avis,  devrait  être 
préféré  fi  la  cnloralion.à  moins  qu'on  applique  au  monument  un  système 
de  polychromie  générale  bien  entendue.  Le  liadigeon  est  de  tous  les  sys- 
tèmes (je  peinture  extérieure  le  plus  malpropre.  La  pluie  le  zèhre  de 
taches  repoussantes.  Quant  ù  la  peinture  à  l'huile,  on  doit  prendre  de 
grandes  précautions  pour  rempK'yer;  l'humidité  la  fait  écailler  très-faci- 
lement »!  l'on  n'a  pas  soin  d'attendre  que  le  mur,  qui  doit  la  recevoir,  soit 
parfaitement  sec.  La  peinture  à  l'huile  à  l'extérieur  des  édifices  est 
d'ailleurs  un  moyen  de  rejeter  à  l'intérieur  toute  riuimiditc  des  murs. 

—  Ou  lit  dans  un  journal  :  «  L'Académie  des  arts  et  des  sciences  de 
Venise  a  déciilé,  en  comuiémorHtion  du  congiè»  scientifique  qui  a  été 
tenu  celle  année  dans  ses  murs,  de  faire  élever  un  panthéon  où  seront 
placés  les  bustes  do  tous  les  lioiiiines  distingués  des  provinces  véni- 
tiennes, depuis  les  temps  les  plus  anciens  jusqu'au  xviiie  siècle.  Cette 
résolution  a  été  approuvée  par  l'arclilduc  vice-roi,  et  l'on  a  choisi  à 
cet  elTet  le  palais  ducal.  » 

Nous  voudrions  savoir  :  l»  on  quoi  celte  décision  honore  le  congrès 
qui  n'était  pas  exclusivement  vénitien,  et  2»  quel  honneur  il  en  re- 
viendra aux  savants  étrangers  qui  ont  illustré  le  congrès. 

—  En  creusant  un  puits  à  Millingen,  près  de  Nimègue,  on  a  trouvé 
les  antii|uilés  suivantes  :  une  lampe,  deux  iissiettes,  deux  jattes,  un  pot, 
un  vase,  sept  cruches,  ei  d'autres  morceaux  en  argile;  quelques  objets 
en  terre;  ta  pointe  en  fer  d'une  flèche  et  deux  clous;  »ur  une  des 
assiettes  il  y  avait  quelques  petits  osselets;  il  y  avait  également  un  vase 
carré  en  verre  vert  avec  une  anse  plate,  et  sur  chacun  des  angles  du 
fond  une  des  quatre  lettres  C.  G.  C.  P.  On  a  également  trouvé  quel- 
ques pièces  d'or,  probalilemenl  du  temps  de  Jusiinieii  (oi7-366),  sur  le 
cordon  desquelles  on  lit  (M)  GLOKIA  AVGVSTORVM. 

La  restauration  de  Sainte-Sof^ie  a  été  décidée  il  y  a  plusieurs  mois 
par  le  gouvernement  de  la  Porte,  et  le  Journal  dé  Constantinople 
publie  à  ce  propos  un  article  dont  voici  les  principaux  passages  :  c  En 
consiilérant  les  immenses  proportions  de  la  voûte  et  de  ses  galeries, 
on  est  frappé  d'étunnement.  C'est  un  modèle  de  haniie.>se,  et  le  chef- 
d'œuvre  de  l'art  byzantin.  A  ce  double  ture,  Sainte-Sophie,  qui  fut 
COii> truite  sous  le  règne  de  l'empereur  Justiiiien,  en  333,  méritait  de 
lixer  l'aitention  du  ministère  actuel  qui  met  tous  ses  soins  à  mener  de 
front  les  idées  qui  tiennent  k  l'ordre  intellectuel  et  celles  qtii  coitcernent 
l'ordri!  matériel.  Les  travaux  de  restauration  de  ce  nionnment  sont 
commencés  depuis  un  mois.  Ils  sont  confiés  à  MM.  Fossati  frères,  qui 


sont  également  chargés  des  bâtimenti  de  l'Univ*r»ilé  et  des  Archivet . 
Sous  leur  direction,  on  eupèie  que  celle  magnifique  mo«<|uée  reprendra,' 
dans  tous  ses  détails,  les  traiu  disttnctifs  de  nm  caractère  primitif.        ' 
»  Les  travaux  or.l  naturellement  une  duuble  divtMon,  ceux  de  fexté^ 
rieur  et  ceux  de  l'intérieur. 

>  Les  premiers  sont  relatifs  aux  d6me<,  aire  toiU,  ttn  plotnbt,  ai 
ciment  en  stuc,  à  la  couleur,  et  t-n  général  »nx  dégradalioM  anMfléct 
par  le  temps  ou  causées  par  la  main  de»  hommef. 

»  Le  travail  intérieur  consiste  en  déblais  des  vienx  décombres,  répa- 
ration générale  des  escaliers  devenus  presque  impraticablef  ;  redreaa» 
ment  et  alignement  de  plusieurs  colonnes  de*  galeries,  inclinées  par 
suite  lie  divers  tremblements  de  terre;  relèvemi-nt  el  nivellement  de 
plusieurs  parapets  et  entahlemeni;  reilauration  des  marbres  incni>léa 
sur  les  murs;  et  dans  les  parties  enlevées  el  perdaes,  plicemenl  -te  faax 
mai  bres  imitant  l'albâtre  oriental,  le  vert  antique,  la  serpentine,  le 
granit  étoile,  les  carrières  île  ces  pierres  étant  perdues  depuis  long- 
temps; enlèvement  du  hadigeonnage  ei  de  la  créfis^ure  des  voûte*  et 
arcs,  de  façon  à  mettre  à  nu  les  anciennes  mosaïques  qui  sont  en 
veires  dorés  et  de  plusieurs  couleurs;  enOn  nelliiyai;e  des  marbres, 
incrustations,  colonnes,  ornements  en  relief,  elc,  etc. 

>  On  peut  voir,  par  cet  aperçu  des  travaux,  que  la  restauration  de 
Sainte-Sophie  est  une  œuvre  gr)>nde  el  précieuse,  qui  demandera  du 
temps,  de  l'argent  et  de  l'Imbilelé.  E'P'''ri'ns  qu'elle  s'accomplira  sans 
entraves  aux  applaudissements  des  savants  et  des  artistes.  • 

Nous  ajouterons  à  ces  rédexions  que  l'Iiisioire  monumentale  étant 
universelle,  l'é^ilise  de  Sainte-Sophie,  qui  est  un  des  monuments  les 
plus  précieux  du  inonde,  doit  être  intégralen:eiit  conservée.  On  ne 
[leiil  en  aucune  façon  porter  alieinle  à  cette  œuvre  étonnante  du  passé. 
L'»dministration  ottomane  et  les  architectes  doivent  avoir  en  «ue  de  la 
préserver  de  la  ruine,  des  rava;;es  du  temps,  et  de  remettre  en  lumière 
les  mosaïques  et  les  peintures  dissimulées  par  la  susceptibilité  religieuse 
de»  anciens  Turcs:  mais  il  ne  faut  rien  retrancher  ib-olumeni  rien, 
de  l'œuvre  de  Jusiinien.  Les  travaux  de  S.iiMte-Sopliie  doivent  être 
entrepris,  poursuivis  el  aihevés  avec  un  religieux  respect.  Conçus 
autrement,  ils  deviendraienl  un  sacrilège. 

Antiquités  canadiennes.  Le  journal  américain  ■  U  Canadien,  •  an- 
nonce qu'on  a  découvert  près  de  Pénélangiii^ihiMe  un  charnier  on  grande 
fosse  contenant  un  amas  de  squelettes  humains  rang>>s  ré^ulièi  ement 
sur  un  lit  de  peaux  de  castor.  On  a  recueilli  .V)  cHInes  On  trouve  dans 
la  conformation  de  tous  ces  crânes  une  re^semblailce  frappante  avec 
ceux  des  anciennes  momies  égyptiennes,  caractère  qu'ils  partagnida 
reste,  si  l'on  en  croit  les  études  de  Catlin,  avec  la  pla|iart  d«  rMH 
indiennes  que  l'Européen  a  trouvées  sur  le  continent  américain  lors 
de  sa  découverte.  Avec  ces  ossements,  on  a  intuvé  36  ou  27  chaadiêreB 
de  cuivre  de  la  contenance  d'environ  20  gallons,  ponant  i  leur  ouwr- 
lure  une  bande  de  fer  grossièrement  travaillée.  Ces  chuudières  sont  de 
l'épaisseur  d'une  ligne  et  demie.  On  a  trouvé  au.-iii  une  baclie  de  fer 
dont  la  forme  est  presque  déiniiic  par  la  rouille,  et  un  in»trumeat 
d'agriculture  en  cuivre,  avec  les  restes  d'un  manche  de  bois.  Les  peaux 
de  castor  sur  lesquelles  reposaient  ces  squelettes  étaient  ass«z  bien 
conservées  et  reconnaissables,  le  poil  seulement  en  étant  détruit. 

<je  qui  semble  jeter  quelque  doute  sur  la  date  probable  où  ces  cadirres 
ont  été  déposésdansleurdernièredemeure,  c'est  que,  sur  le  terrain  même 
qui  recouvrait  la  fosse,  et  depuis  qu'ils  j  avaient  été  enterrés,  il  a  poMsi 
au  centre  un  très-grosaibre  que  l'on  ju()s  avoir  plus  de  deux  cents  a«s, 
et  qui  n'appartient  à  aucunedes  es  pècesqu'enreiicnniredinslesenviroDs. 
Les  personnes  qui  ont  vu  les  chaudières  assurrni  qu'elles  m  soat  pméê 
manufacture  europt'enne;  ce  qui  prêterait  i  mille  conjectures,  parmi 
lesquelles  nous  laisserons  les  an  béologues  rechercher  la  véritable. 

Depuis  la  publication  de  c»-lte  découverte,  un  ancien  employé  des 
compagnies  qui  ont  tour  è  tour  exploité  les  immen^s  forêts  qui  bordent 
les  Canadas  au  nord  et  i  l'ouest,  déclare  avoir  trouvé,  dans  on  autre 
endroit  qu'il  indique  d'uue  manière  asseï  précise,  une  fosse  i  peu  prés 


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REVUE  DE  L'ARCHITECTUKE  ET  DES  TRAVAUX   PUBLICS. 


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semblable  à  celle  de  Pénétangiiisbine,  avec  un  arbre  au  centre,  des 
squelettes,  des  chaudières  de  cuivre,  etc.  Il  dit  que  ces  vases  sont  évi- 
demment de  maniil'.ictnre  française,  et  que  les  c;idavresdont  on  retrouve 
ainsi  les  restes  n'  ni  été  enterrés  qu'à  une  époque  comparativement  ré- 
cente et  bien  longtemps  après  l'occupatior.  du  (lays  par  In  France.  Celte 
dernière  liypollièse  nous  paraît  infiniinenlplns  plausible  que  la  première, 
qui  reculerait  tellemcnl  renseveli>sement  de  ces  squelettes,  qn'on  ne 
saurait  quelleépoqne  lui  assigner,  el  supposerai!  une  succession  de  siècle.- 
durant  lesquels  des  peaux  de  castor,  des  sqnelelies  même  ne  se  conser- 
veraienl  poitil  dans  le  climat  liumiileilu  Ciin^da,  à  la  surface  du  sol  el 
pre^q^edéconverts,  comme  létaienlles  restes  dont  nous  venons  de  parler. 
L'art  en  Amérique.  La  vanité  américaine  applique  volontiers  un  sin- 
gulier principe  :  c'est  que  tout  ce  qui  est  produit  ilans  le  nouveau  monde 
dépusse  de  cinquantecoudées  les  chefs-d'œuvre  mêmesder'ancien. Vierge 
et  pure,  disent-ils,  lu  jiune  Amérique  a  plu^  de  vitalité,  d'énergie  et  de 
géniequcla  vieille  Europe  cornimpue.  Ils  inépriseni  donc  non-SLiilemenl 
toutes  nos  institutions,  mais  bien  encore  notre  politesse  et  nos  arts;  en 
revanche,  ils  exaltent  leurs  œuvres  nationales  un  peu  plus  que  de  raison. 
Ainsi,  dernièrement,  ils  ont  comparé,  préférée  aux  merveilles  de  l'anti 
quité,  aux  créations  de  Piaxilèle,  une  statue  d'escl.ive  grecque  scidptée 
par  un  M  Powers.  Seulement  la  pruderie  de  quelques  critiques  journa- 
listes s'est  effarouchée  de  la  nudité  du  corps.  Singulière  façon  de  com- 
prendre l'art!  Un  détail  de  notre  connnerce  feia  comprendre  ois  en  est 
le  goût  pub  ic  en  Amérique.  Us  raffolent  de  liihograpliies  coloriées;  mais 
ils  jugent  de  l'œuvre  plus  encore  par  lasymétiiedesonencadren.entqne 
par  sa  valeur  aitistique.  Il  leur  faut,  avant  tout,  des  sujets  de  même 
grandeur.  Pour  satisfaire  à  ce  goût  bizarre  du  pays  vierge  el  pur,  le» 
éditeurs  français  ont  pris  le  parti  de  faire  de.i  séries  do  lithogiapliies 
semblables  de  dimensions  en  coupant  les  plus  grandes  pour  les  réduire 
à  la  mesure  des  plus  petites,  qui  servent  oïd.naiiement  de  modèles,  sans 
s'inquiéter  des  bras,  des  jambes,  dis  draperies  nu  des  arbres  ou  des 
montagnes  qui  tombent  sous  leurs  ciseaux.  Celle  mutilation  estcouronnée 
d'un  grand  succès  cuunnercial,  el  montre  bien  (|ue  ridé.il  de  l'art  se 
résume  pour  les  Américains  dans  une  question  de  pieds  et  de  pouces. 
Il  faut  convenir  que  cet  idéal  rappelle  trop  les  habitudes  de  comptoir. 


BIBX.IOGRAFHIE    D£    1846. 

.   (Suite  et  fin.  Voy.  col.  176,  222  et  319.) 
Archéologie. 

îiociCE  SUT  une  pierre  tumulaire  de  l'église  de  Bailleulsur-Eaule(arrondis- 
temenl  de  Neu(châtel),  designée  par  une  tradition  locale  comme  recouiroîW 
les  cendres  de  Jean  de  Bailleul  {John  Baliol)  et  la  reine  son  épouse;  par 
M.  Léon  Duranville.  In-8°  de  trois  quarts  de  feuille.  Impr.  de  Lecointe,  à 
Rouen. 

Notice  sur  l'abbaye  rojale  de  Notre-Dame  de  Bonport  (Eure);  par  M.  Léon 
Duranville.  In-b»  d'une  feuille.  Impr.  de  Rivoire,  à  Pans. 

Essai  historiqie  sur  la  châtellenie  de  Saint-Georges  d'Aunay;  par  Jacques- 
François  Faucon.  Iii-S»  de  2  feuilles  1/4.  Impr.  d'Hardel,  à  Caen. 

Nouveau  traité  historique  et  archéologique  de  la  vraie  et  parfaite  science  des 
armoiries;  par  M.  le  marquis  de  JMagny.  Premier  vol i  me  In-4''  de 
65  feuilles  1/4.  plus  85  pi.  et  un  frontispice.  Impr.  de  Schneider,  à  Paris.  — 
A  Paris,  rue  des  Moulins,  10.  Prix  du  volume  pour  les  souscripteurs  :  95  fr. 
Pour  les  non-souscripteurs  : 120  fr. 

Monuments  arabes  d'Egypte,  de  Syrie  et  d'Asie-Mineure,  dessinés  et  mesurés 
de  1842  à  1843,  par  Girault  de  Prangey.  Ouvrage  faisant  suite  aux  Monu- 
metits  arabes  de  Curdoue.Séiille et  Grenade,  publiés  de  1836  à  1839.  —  Pre- 
mière livraison.  In-folio  d'une  feuille.  Impr.  de  F.  Didot,  à  Paris. 
Il  y  aura  20  à  30  livraisons. 

ALBua  hittorique,  archéologique  et  nobiliaire  du  Dauphini,  publié  sous  la  di- 
rection de  MM.  Champollion-Figeac;  par  M.  A.  Borel  d'Hauterive.  Première 


livraison.  In-4»  d'une  fenille  1/2,  plus  une  pi.  Impr.  de  Gratiot,  à  Paris.  — 
A  Paris,  rue  Vivienne,  S6. 

Paraîtra  une  fois  par  mois,  par  livraisons  de  2  ou  3  feuilles  avec  une  pi.  et 
un  fac-similé.      Prix  annuel 16  • 

Choix  des  types  les  plus  remarquables  de  l'architecture  au  moyen  âge  dans  le 
département  de  la  Gironde,  dessinés  à  l' homograph'ie  et  gravées  à  l'eau-forle. 
Deuxième  série,  consacrée  principalement  aux  monuments  militaires.  Pre- 
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deaux. —  A  Bordeaux,  chez  l'auteur,  rue  de  Gasc,  14.  Prix  de  la  liv.    5  • 

Les  pbixcipaux  édifices  de  la  rVle  en  1S25,  dessinés  à  cette  époque  sur  les 
plans  d'un  livre  manuscrit  consacré  aux  archives  de  la  ville,  appelé  le  livre 
des  Fontaines;  reproduits  en  fac-similé  et  publiés  avec  des  notices  histori- 
ques, par  M.  F.  de  Jolimont.  (Livraisons  1  et  2.)  In  4»  de  14  feuilles.  Impr. 
de  Peron,  à  Rouen. 

L'ouvrage  aura  4  livraisons,  et  contiendra  18  feuilles. 

Résdmé  de  l'histoire  des  arts  depuis  leur  origine' jusqu'à  l'époque  actuelle.  Nou- 
velle édition,  augmentée  de  la  troisième  partie  ;  par  P.-A.  Poitevin,  ancien 
architecte  du  département  de  la  Gironde,  in-S»  de  3  feuilles  et  1/2.  Impr. 
de  Faye,  à  Bordeaux.  —  A  Bordeaux,  chez  Faye. 

Les  arts  ed  Portugal.  Lettres  adressées  à  la  Société  artistique  el  sc'ientifique 
de  Berlin,  et  ace  'mpag nées  de  documents;  par  le  comte  A.  Raczynski,  in-8»  de 
34  feuilles  et  1/2,  impr.  de  Renouard,  à  Paris.  —  A  Paris,  chez  J.Renouard, 
rue  de  Tournon,  6.  Prix 9      • 

Les  arts  ac  moyen  âge,  en  ce  qui  concerne  principalement  le  palais  romain  de 
Paris,  l'hôtel  de  Cluny,  issu  de  ses  ruines,  el  les  objet)  d'arts  de  la  collection 
classée  dans  cet  hôtel,  par  Ad.  DuSommerard.  Tome  5',  par  F.  Du  Somme- 
rard,  conservateur  du  musée  des  Thermes  et  de  l'hôtel  de  Cluny.  ln-8»  de 
27  feuilles  3/4.  Impr.  de  Vinchon,  à  Paris.  —  A  Paris,  chez  les  principaux 
libraires  et  marchands  d'estampes,  chez  Techeoer. 

Livres   divers. 

Notice  sur  la  peinture  encaustique  appliquée  aux  monuments  publics,  par  Au- 
guste Dussance.  In-8»  d'une  feuille.  Impr.  de  Ducessois,  à  Paris. 

Perspective  des  objets  éloignés. pourservir de  complément  à  la  première  éditum 
du  traité  de  perspective;  par  J.  Adhtmar.  In-8»  de  4  feuilles  1,4,  plus  un 
atlas  in-folio,  de  11  planches.  Impr.  de  Fain,  à  Paris.  —  A  Paris,  chez 
Mathias,  quai  Malaquais,  15;  chez  Carilian-Gœury,  chez  bachelier. 

Peintcre  sur  verre,  au  dix-neuvième  siècle.  Les  secrets  de  cet  art  sont-ils  re- 
trouvés? Quelques  réflexions  sur  ce  sujet  adressées  aux  savants  el  aux  artistes  ; 
par  G.  Bontemps,  In-S"  de  3  feuilles  Impr.  de  Ducessois,  à  Paris. 

Traité  de  photographie.  Cinquième  édition,  contenant  tous  les  perfection- 
nements trouvés  jusqu'à  ce  jour,  appareil  panoramique,  différence  des  foyers, 
faux,  etc.,  etc.  ;  par  Lerehours  et  Sécrétan.  Octobre  1816.  In-8°  de 
18  feuilles  3/4,  plus  une  pi.  Impr.  de  Pion,  à  Paris.  —  A  Paris,  chez  Le- 
rebours  et  Sécrétan,  place  du  Pont-Neuf;  chez  Victor  Masson,  chez  Hector 
Bossange.    Prix ^    " 


Une  place  a  donner.  —  Un  arcliilecte-voyer  d'une  ville  à  moins 
de  40  lieues  de  Paris,  voudrait  s'entendre  avec  une  personne  apte  à  le 
remplacer.  Traitement  fixe  de  800  fr.  dont  on  obtiendra  facilement 
l'iiugmentation.  Cinq  pour  cent  sur  les  travaux  par  adjudication; 
beaucoup  d'affaires  de  communes,  d'affaires  parlicul.ères  et  d'exper- 
tises. Il  s'agit  principalement  d'aider  l'amateur  à  obtenir  la  place. 

S'adresser  au  bureau  de  la  Revue  d'Architecture. 


CÉSAR  DM.Y, 
Directeur  et  rédacteur  en  chef, 
luembrc  de  l'Académie  royale  des  R. aux  Ails  de  >l(i<kliolm,  de  l'insliliit 
royat  des  Atcliilecles  briiaiiiiiqufs,  etc.,  etc. 

Iiiip.  de  L.  TUINON  el  C,  »  Sinii-lieiuimu. 


369 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


ro 


MÉMOIRE 

SUR    TRENTE-DEUX     STATUES    SYMBOLIQUES,     OBSERVÉES     DANS     I.V 
PARTIE    HAUTE   DES   TOURELLES   DE    SAINT-DENYS. 

(Septième  et  dernier  arliclo.  V.  col.  49,  OS,  97,  129,  177  et  321.) 
K»  SX.  Statue  hnmnlne. 

Le  Moine.  —  Réruwation  spirituelle. 

Dans  toute  la  force  de  l'âge,  et  non  plus  frêle  adolescent 
comme  on  l'a  vu  au  nord-ouest,  le  moine  clôt  cette  série 
de  transformations  mis(^rables  que  l'homme  subit  dans  son 
âme  quand  il  foule  aux  pieds  les  vertus.  Les  cheveux  courts 
et  en  couronne,  ce  moine,  aperçu  par  le  dos  est  nu  jusqu'au 
bas  des  reins  où  se  noue  gracieusement  une  moelleuse 
draperie;  -de  face,  il  paraît  au  contraire  vêtu  d'une  robe 
ample  et  souple;  robe  ou  plutôt  devant  de  robe  a  plis  riches 
et  bien  fouillés,  appliquée,  sans  aucune  attache,  sur  tout  le 
côté  du  sujet  qu'on  peut  appeler  antérieur ,  c'est-à-dire 
aperçu  de  face,  mais  qui  s'arrête  sur  les  épaules  et  le  long 
des  bras  en  laissant  brusquement  à  nu  la  statue  en  totalité 
en  tant  qu'aperçue  par  derrière.  Ain.si  la  nuque,  les  épaules, 
le  dos,  les  reins  sont  dépouillés  (I).  De  ce  côté,  et  un  peu 
plus  haut  que  la  ceinture  (2)  sort  d'au-dessous  de  la  statue 
une  queue  énorme  et  massive,  queue  idéale  et  sans  modèle 
dans  la  zoologie  réelle,  i  appelant  simultanément  la  salaman- 
dre, la  sangsue,  les  poissons  mous  des  eaux  bourbeuses,  la 
puissante  queue  de  dragon. 

Tel  est  ce  sujet  par  derrière  :  de  face  (nous  l'avons  mar- 
qué), il  est  drapé  avec  richesse,  et  ce  côté  de  sa  personne  est 


(1)  On  dirait  qae  la  draperie  a  été  coupi^  brusquement  tout  le  long  des 
bras,  à  coups  de  ciseaux;  là  elle  so  colle  et  s'arrête,  semblable  à  i-es  pièces 
d'étolTe  dont  les  peintres  drapent  leurs  mannequins  d'un  seul  ciMé  :  simulant 
de  face  une  toge,  une  clilaniyde,  une  tunique  sur  toute  la  partie  ilu  modèle 
que  le  pinceau  a  i  Unir,  et  lais.sant  à  nu  reu\  des  membre:;  du  mannequin 
qui  n'ont  point  à  occuper  pour  le  moment  l'attention  du  peintre. 

(3)  P(iw  bas,  d';.près  la  pose  renvcrsi'e  de  la  statue. 

T.  VII. 


aussi  noble  et  aussi  digne  que  l'autre  est  pauvre  et  dénudé. 
Tourné  au  midi  par  sa  masse,  mais  se  retournant  vers  l'ooMt* 
il  fait  un  geste  remarquable  :  l'index  tendu  de  sa  main  gau> 
montre  ce  qu'a  saisi  sa  droite,  et  celle-ci  tient  par  une 
aile,  ain.si  qu'on  tient  un  papillon,  une  capture  emblématique, 
monstre  idéal  et  composi-,  que  la  terreur  sennble  aplatir  et 
clouer  tremblant  à  la  pierre.  Il  y  a  de  rhorame,  du  vieillard. 
surtout  de  la  tête  de  mort  dans  l'expression  morne  et  lugu- 
bre, le  crâne,  le  front  de  cet  animal  et  son  regard  oblique 
et  louche;  son  museau  accuse  le  chien,  ses  pattes  de  digi- 
tigrade rappellent  le  chat  par  leur  forme  et  le  lion  par  leur 
vigueur;  la  queue,  notablement  sinueuse(i),  d'une  remar- 
quable vigueur  et  visiblement  fantastique,  est  celle  qu'oa 
prête  au  dragon. 

L'allégorie  de  ce  sujet  est  très-bien  caractérisée.  U  fallait 
après  la  série  de  tous  les  désordres  humains,  montrer  le 
chrétien  et  le  moine  secouant  leur  honteux  empire  et  les 
reniant  pour  toujours.  C'est  ce  que  fait  cette  statue,  figure 
à  deux  attributions,  è  sens  partagé  et  complexe,  montrant 
en  elle  les  deux  hommes  :  l'un,  soumis  aux  sens  et  pécheur; 
l'autre,  vainqueur  des  sens  et  juste  :  celui-là,  qui  est  le  vieil 
Adam,  l'homme  des  sens  ou  le  vieil  homme,  dé*savoué  par 
celui-ci,  le  nouvel  Adam,  l'homme  de  l'esprit,  l'homme 
nouveau.  Uhomtne  des  sens  ou  le  ri>i7  homme  est  la  statue 
vue  par  derrière  :  l'homme  juste  ou  l'homme  noureau.  c'est 
la  statue  vue  par  devant.  Celui-ci,  rerêtu  de  grâce,  d'inno- 
cence et  de  sainteté,  rejette  et  répudie  l'autre.  le  rélégnant 
comme  en  arrière  dans  le  néant  et  dans  l'oubli,  et  se  trans- 
formant, par  la  grâce,  en  un  être  régénéré. 

Comme  on  le  comprend  à  merveille,  la  transformation 
du  vieil  homme  s'opère  par  la  draperie,  représentation  des 
vertus.  Aussi  voit-on  déjà  paraître  quelque  chose  de  celle-ci 
sur  la  statue  vue  par  le  dos;  c'est  une  ample  et  riche  cein- 
ture formée  par  la  draperie  elle-même  et  arrêtée  au  bas  des 
reins  |»ar  un  nœud  souple  et  gracieux,  signe  de  la  chasteté, 
dont  la  ceinture  cléricale  a  été  en  tout  temps  l'emblème,  et 
dont  la  pratique  doit  l'être  l'un  des  premiers  actes  du  divorce 
avec  les  péchés  (2). 


(1)  Voy.  ci-après  notre  note  dans  U  partie  explicative  de  ce  sujet. 

(i)  La  ceinture,  pour  des  raisons  dont  le  détail  nous  mteerail  trop  Iota  de 
notre  sujet,  signifie  dans  les  saintes  Lettres  ri<tat  de  justice,  U  forée  chrf- 
tienne,  la  disposition  intérieure  à  tnai  entreprendre  pour  le  service  d«  Dieu. 
(Innocent.  111.  De  tacro.  —  Hrab.  Maur.  —  S.  Hilar.  —  Et  ftmm  im*  kt 
Pères.  —  Valerian.  Hieroi;lyphir.,  I.  XL,  etc.).  Mais  deux  alluàou  priad- 
pales  prtMiominent  sur  toutes  les  autres;  la  ceinture  cléricale  n|wlc  :  pw 
son  application  tur  la  poitrine,  c'est-à-dire  voe  par  derant,  l'auMNir  divia, 
la  charité  ;  par  son  application  tur  Ut  rn'iu,  e'est-i-dire  vue  par  derrière,  le 
frein  imposé  aux  sons  par  la  mortification  de  la  chasteté.  Dans  la  stal«e  qui 
nous  occupe,  plac<4'  et  noui'e  ainsi  qu'elle  l'est  sur  le  bas  des  reins,  c'eM  i 
celte  dernière  vertu  qu'elle  semble  faire  allusion. 

•  Zona  sr.cerdotis  illud  siiçnilicat,  quod  Joannes  apostoins  ait  :  •  Couimwi, 
viJi  Filium  liominis  pr»>rinctum  ad  mamillas  loni  aurei  ^Apoc.,  I).  •  Per 
zoiiam  auream,  perft-cl.i  Christi  charilas  desi^alur..'.  •  Innocent.  III,  D* 
sncro,  I.  I,  c.  xxxrii.  De  riH^nlo  et  tuttintlorio.) 

•  Zona  est  vinculum  chariutis  :  ut  in  Apocalypsi  :  •  El  praetactun  ad 
mamillas  tonA  anrel,  >  id  est.  ornalur  in  actibus  suis  charitale  spoutaaeA.  • 
(llriban.  Maur.,  AlUgor.) 

Il 


371 


REVUE  UE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


S72 


Sur  le  flanc  nu  de  la  statue,  ce  flanc  de  l'homme  encore 
charnel,  s'allonge  un  emblème  explicite,  cette  énorme 
queue  fantastique  de  salamandre,  de  sangsue,  de  poisson 
mou  ou  de  dragon  que  nous  avons  déjà  maniuée  ;  queue  qui 
résume  à  elle  seule  tout  ce  que  le  mal  a  d'empire,  d'entraî- 
nement et  de  puissance  dans  l'homme  assujetti  aux  sens,  et 
qui  rappelle  en  même  temps  quelles  sont  les  fins  de  l'impie. 
Cette  queue  fortifie  sans  doute  et  devait  rendre  plus  formelle 
l'expression  de  la  nudité  :  l'une  est  l'absence  des  vertus, 
l'autre  est  la  présence  des  vices  :  rapprochés  ainsi  l'un  de 
l'autre,  ces  deux  caractères  mystiques  ne  laissent  aucune  indé- 
cision sur  leur  intention  respective. 

Ici,  nous  sommes  accablés  par  la  multitude  de  preuves 
que  fournissent  les  premiers  âges  et  les  autorités  chrétiennes 
sur  la  longue  vulgarité  de  celte  noble  allégorie  du  vêtement 
des  œuvres  samtes  et  de  la  nudité  honteuse  qui  en  figure  le 
dénùment.  On  la  trouve  dans  l'Évangile  sur  les  lèvres  de 
Jésus-Christ  (1);  elle  figure  à   tout  instant  dans  les  oeuvres 


■  Débet...  albà  circa  lumbos  zonù  pra-cingi,  ut  castitat  sacerdolis  nuUis  in- 
centivorum  stimulis  dissolvatur.  UnJè  :  Sint  lumbi  vestri  praîcincti  et  lucer- 
nœ  vestrte  ardentes  in  manibus  vestris  {Luc.  XII),  Et  :  Virtus  ejus  in  lumbis 
ejus...  Job.  XL.)  Debent  ergo  lumbi  pru;cingi  per  conliiientiain.  Deljent  et 
subcingi  per  abstinentinm  :  quoniam  hoc  genus  diemonii  non  ejicilur  nisi  in 
oralione  et  jejunio.  (Matth.  XVII.)  Hinc  etiam  Apostolus  ait  :  State  .suc- 
cinct! lumbos  in  veritate.  {Epites.  V'I.)  •  (Innocent.  III,  De  sacro,  I.  I,  c.  Li.) 

Rhaban  Maur  entend  aussi  par  la  ceinture,  la  mortification  et  le  frein  im- 
posés aux  sens  par  la  chasteté,  que  re|irésenlaient  l'aube  cléricale  et  son  écla- 
tante blancheur.  «...  Ergo...  sacerdotes...  aceinguntur  balteis,  ne  ipsa  cas- 
titas  sit  remissa  et  negligens,  ne  vento  elationis  animum  perflandi  aditum 
impendat,  ne  crescente  iniquitate  refrigescere  faciat  cliaritalcm  ipsorum,  ne 
bonorum  gressusoperumjactantia  suœpra'sumptionis  impediat,  ne  pra^peditu 
virtutum  cursu  ip.sa  etiam  terrestris  concupiscentiie  sordihus  polluta  vilescat, 
et  ad  ultimun  auctorem  suum  ad  ruinam  superbiendo  impellat.  »  (Rhab. 
Maur.,  De  institutione  clericoram,  lib.  I,  c.  xvii.  De  ciugulo.) 

«  Zona,  mortilicatio  carnis...  (significal).  •  (Rhaban.  .Maur.,  Allegoriar.) 
—  Mêmes  explications  dans  les  docteurs  du  moyen  âge,  r.'unis  dans  le  volume 
in-folio.  De  divinis  offkiis  de  Trilhème,  Bibliothèque  royale.  Voy.  aussi  Du- 
randi,  lialion.  divinor.  officior  ,  I.  III.  —  Le  Ceremoniale  parisietise,  1662,  etc. 

Aujourd'hui,  comme  au  moyen  âge  tous  les  cérémoniaux  consacrent  ces 
allusions  de  la  ceinture  pour  les  clercs,  et  la  couleur  même  de  cette  ceinture 
détermine  parfois  l'opinion  entre  celui  de  ces  deux  sens  qui  doit  prédominer 
sur  l'autre.  L'ÉgUse  admet  ces  allusions  dans  ses  prières  quotidiennes;  elle  les 
place  sur  les  lèvres  de  tons  ceux  qui  sont  engagés  dans  les  ordres  sacrés,  à  partir 
de  l'humble  sous-diacre  jusqu'au  souverain  Pontife  inclusivement  :  tous,  en 
prenant  cette  ceinture,  doivent  solliciter  de  Dieu  la  chasteté  recommandée  : 
«  Quilibet  ad  altaria  ministrans  à  Subdiacono,  Diacono,  Pre.sbytero,  ..  ad 
Papam,  cingulo  se  cingens,  dicit  :  •  Praîcinge  me.  Domine,  cingulo  puritatis 
et  extingue  in  lumbis  raeis  huniorem  libidinis,  ut  maneat  virtus  continentise 
et  castitatis.  • 

L'allusion  de  la  ceinture  à  la  chasteté  a  eu  cours  dans  l'antiquité  païenne 
elle-même.  Les  témoignagnes  des  auteurs  classiques  à  cet  égard,  divers  usages 
consacrés  et  plusieurs  formes  de  langage  qui  rappelaient  cette  figure,  sont 
sulDsamment  connus.  —  Voy.  au  surplus  Pier.,  Ilierogtyphk.,  lib.  XL.  De 
zona. 

{D  Dans  la  parabole  de  l'Enfant  prodigue,  figure  du  pécheur  rentrant  en 
grâce  avec  Dieu,  et  recouvrant  par  ce  pardon  le  vêtement  de  l'innocence  et  la 
parure  des  vertus  :  «  Dixit  pater  ad  servos  suos  ;  Cito  proferte  stolam  primam, 
et  induite  illum...  •  Litc.  XV,  22.  —  Et  dans  celle  du  festin  des  noces,  où 
l'homme  destitué  de  la  robe  nuptiale  (c  est-i-dire  de  la  parure  des  vertus)  est 
jeté  par  l'ordre  du  Roi  dans  les  ténèbres  extérieures  :  •  Introivit  Rex  ut  vide- 
ret  discumbentes,  et  vidit  ibi  hominem  non  vestitum  veste  nuptiali.  Et  ait 
illi  :  Amice,  quomodo  hue  intràsti  non  Italiens  vestem  nuptialem?  At  ille 
obmutuit.  Tune  dixit  Rex  ministris  :  Ligatis  manibus  et  pedibus  ejus,  mittite 
eum  in  tenebras  exteriores;  ibi  erit  fletus.  etstridor  dentium.  [Matth.  XXII, 
H,  12,  13.) 


du  grand  Apôtre  (1);  elle  abonde  dans  les  docteurs  et  jus- 
que dans  les  bestiaires;  on  la  voit  dans  le  Physiologue  : 
»  Alors,  dit-il,  que  le  serpent  rencontre  l'homme  irtu,  il 
1)  est  épouvanté  et  fuit,  mais  s'il  le  rencontre  nu,  il  l'atta- 
»  que.  Et  toi  (homme  spirituel),  considère  au  fond  de  ton 
»  cœur  que  tant  que  notre  père  Adam  conserva  dans  le  pa- 
»  radis  le  vêtement  de  l'innocence  dont  Dieu  même  l'avait 
»  vêtu,  le  démon  ne  put  prévaloir  et  fut  obligé  de  le  fuir; 
»  mais  lorsque ,  ayant  désobéi,  Adam  eut  perdu  ce  saint 
»  voile,  alors  le  diable  le  vainquit  (2).  » 

Le  docteur  du  xiii^  siècle,  l'auteur  du  Spéculum  morale 
montre  à  son  tour  l'homme  chrétien  tombé  dans  l'assoupis- 
sement, surpris  par  l'essaim  de  sept  vices  (3)  qui  lui  enlevèrent 
pièce  à  pièce  ses  armes  et  ses  vêtements  :  l'Orgueil  lui  prend 
ses  éperons,  qui  sont  la  crainte  salutaire  excitant  à  toute 
vertu  :  V Envie  prend  sa  cotte  de  mailles,  c'est  la  divine 
charité,  réunissant  tous  les  mérites  qui  vont  s'enchaînant  l'un 
à  l'autre  comme  les  mailles  d'un  réseau:...  on  voit  ensuite 
la  Licence  qui  dérobe  sou  vêlement;  la  Gloutonerie  son  cein- 
ron,  modérateur  de  l'appétit  et  emblème  de  l'abstinence, 
et  son  casque,  qui  est  le  salut  ;  geleam  saliitis  (4). 

«  Gomme  est  la  nudité  du  corps,  dit  un  docteur  du  moyeu 
Il  âge,  telle  est  la  nudité  de  l'âme:  celle  là  est  l'absence 
»  des  vêtements,  celle-ci  celle  des  vertus  :  donc  si  nous  re- 


•  Vos  autem,  sedete  in  civitate,  quoadusque  induamini  vinule  ex  alto.  • 
(Luc.  XXIV,  49),  etc. 

(1)  Deponere  vos  secundiim  pristinam  conversationem  veterem  hominem, 
renovamini  et  induite  novum  hominem  ..  déponentes  mendacium,  etc.  (Ephet. 
il,  22,  et  sequent.) 

Expoliantes  vos  veterem  hominem  eum  actibus  suis,  et  induentes  iwvum,  etc. 
(Coloss..  III,  9,  10.) 

Mortificate  uiembra  vesira...  concupiscentiam  malam,  expoliantes  vos  ve- 
terem hominem  eum  actibus  suis...  et  induentes  novum...  (Hebr.,  XII,  1.) 

Ingemiscimus,  liabitationem  noslram,  quœ  de  cœlo  est,  superindui  cupien- 
tes,  si  tamen  non  nudi,  sed  vestili  inveniamur.  (Il  Cor.,  V,  2  et  3.) 

(2)  Ciim  serpens  vestitum  hominem  conspicit,  pavet,  ipsumque  fugit  :  quod 
si  nudum  videt,  illum  petit. 

Interpretatio.  (Ermêneïa.)  Et  tu,  spirilualiter  considéra,  quod  eum  noster 
parensAdamus  veste  à  Deo  contexlâ  in  paradiso  indutus  fuit,  illum  adoriri 
diabolus  non  potuit,  sed  procul  ab  eo  fugit  :  cùm  vero  prscepta  Dei  tran- 
gressus  nudus  mansit,  tune  vicit  eum  diabolus.  (S.  Epiphan.,  Physiolog.,  IV.) 

(3)  Similis  est  peccator  militi,  qui,  cùm  alii  pugnarent  in  tyrocinio,  exivit 
ut  dormiret  sub  umbrà  arboris  :  quod  videntes  septem  Ilerandi,  condixerunt 
sibi  ut  arma  sua  et  vestes  furarentur  ;  unus  furatur  ei  calcaria  et  ensem;  alias 
loricam  ;  tertius  scutum...  aUus  braccas,  cingulum  et  caniisiam... 

Septem  latrones  sunt  septem  capitalia  vitia  : 

Superbia  calcaria  timoris  mortis  temporalis  et  aeterncB,  et  ensem  timor 
divinœ  justitiœ...  furatur... 

Invidia...  spoliât  eum  loricâ  charitatis ,  quœ  omnia  pr;ecepta,  virtntes, 
opéra  connectit,  quasi  diversos  annulos,  et  totum  corpus  munit,  hoc  est  lorica 
juslitia;. 

Ira  furatur  ei  scutum  triangulare,  quod  débet  esse  in  sinistrâ  adversitatis, 
cujus  très  anguli  sunt  patientia  in  contumeliis  verborum,  in  ablatione  rerum, 
in  laïsione  corporum... 

Pigritia  furatur  equum  corporis,  dùm  totum  corpus  occupât  :  pedes  vul- 
nera,  ne  de  lacu  miseriae,  aut  de  luto  peccati  exeat. 

Avaritia  furatur  homini  lanceam,  quœ  à  longé  ferit  hostem,  scilicet  elee- 
mosyns...  :  haec  furatur  ei  lanceam  misericordiae... 

Luxuria  furatur  ei  braccas  continentia;... 

Gula  spoliât  eum  ciugulo  abstineutiœ ,  per  quod  ventrem  constringat,  et 
galeà  salutis,  per  quara  sensus  suos  ab  illicitis  comprimât,  et  caput  ratiouis 
custodiat.  (Vinc.  Bellovac,  Spee.  mor.  Depeecatit  in  generali.) 

(4)  Isa.  LIX,  17.  —  Ephes.  VI,  17. 


373 


REVUE  DE  L'AIICIIITECTUHE  ET  DES  TIIAVAIX  PUBLICS. 


374 


>  vêtons  le  corps,  nousdevons  aussi  v(Hir  l'âme,  t  Je  suis  vêtu 
»  de  la  justice,  lit-un  dans  le  livre  de  Job,  et  elle  enveloppe 
»  mes  membres  comme  le  lait  un  vêtement.  »  Et  le  Propbftte 
»  dit  de  même  :  »  Il  (Dieu)  m'a  couvert  du  vêtement  du 
»  salut,  d'un  liahit  de  jouissance  CEsa.  i.xi).  »  C'est  de  ce 
»  vêtement  (mystique)  et  d'autres  semblables  à  lui.  que  le 
»  moine  doit  se  vêtir,  et  c'est  lui  qu'il  doit  dispenser  aux  au- 
»  très.  Lorsque  Adam  pécha  dans  le  paradis,  le  vêtement 
»  qu'il  perdit  ne  fut  point  celui  de  son  corps,  mais  bien  celui 
»  qui  ornait  son  ûme,  l'innocence,  l'immortalité  et  la  gloire. 
D  Et  c'est  aussi  l'habit  «  de  l'âme  •  que  perdit  le  voyageur 

>  qui  allait  de  Jérusalem  à  Jéricho  et  qui  fut  dépouillé  en 
»  route  (I)...  Revêtons-nous  donc  intérieurement  des  saintes 
»  vertus,  car  il  ne  servira  de  rien  d'avoir  vêtu  les  indif^ents, 
»  si  l'on  est  dépouillé  soi-même  par  le  dénûment  de  mé- 
»  rites  (2).  » 

Aussi  ce  vêtement  splendide  des  vertus  et  des  œuvres 
saintes  était-il,  comme  il  l'est  encore,  souhaité  dans  les  orai- 
sons de  l'Église,  et  figuré  à  l'extérieur  par  un  ornement 
spécial  (.'{) ,  au  jour  où  l'un  de  ses  enfants  passait  pour  la 
première  fois  de  la  condition  des  b'iques  dans  la  milice  du 
clergé  :  «  Induat  te,  disait  au  clerc  le  pontife  consécrateur, 
en  l'en  revêlant,  Dominus  novem  homiiiem,  etc.  Que  le 
Seigneur  te  revête  du  nouvel  homme...  Seiffneitr,  ajou- 
tait-il ensuite  en  s'adressant  à  Dieu  lui-même,  faites  <(ue 
tandis  que  vos  serviteurs  df'posent  l'ignominie  de  leur  vHe- 
tement  séculier ,  ils  jouissent  éternellement  de  vos  grâ- 
ces (k),  »  Or,  qu'était  cette  ignominie,  si  ce  n'est  celle 
du  péché  représenté  par  ce  vieil  homme,  qu'on  quittait 
comme  un  vêtement?  Aussi  jamais  ces  derniers  mots,  l'allu- 
sion aux  livrées  du  siècle,  n'étaient  plus  répétés  au  clerc 
quand  il  abordait,  par  la  suite,  les  degrés  des  ditférents 
ordres.  L'Église  se  bornait  alors  à  lui  souhaiter  de  revêtir  le 
nouvel  homme,  c'est-à-dire  un  degré  de  grâce  plus  marqué 
et  plus  abondant .  et  demandait  à  Dieu  pour  lui  cette 
augmentation  de  richesses. 

On  n'avait  garde,  dans  les  cloîtres,  de  laisser  tomber  en 


(1)  Luc.  X,  30,  (•(  «'(/Moil. 

(2)  •  iVuJmn  rettive  •  (Recul.  S.  Renedict.)  —  Sicut  est  nuditas  corporis, 
est  et  nuditas  anima'.  NuUilas  curporis  est  carere  vestibus,  nuditas  vero 
anima;,  carere  virtutibus.  Ergo  sicul  corpus  vestibus,  ita  et  animan  debemus 
vestire  virtutibus.  •  Jmliliâ  indulut  «uni,  ait  Job,  et  vtilivit  nu,  tkul  resti- 
menltim.  «  Et  l'roplieta  dicit  :  •  Itiduil  me  ve$timenlit  salulis  et  indununio 
jucunililatii  ciicumdedit  me.  <  Ilis  aulem  et  similibus  vestibus  et  s.',  et  alios 
débet  vestire  munachus.  Adam  vero  cùm  peccasset  in  paradiso,  anima-,  non 
corporis  perdidit  ve.stinientum.  Penlidil  eniro  innocentiam,  immortalitaleni 
et  ifloriam.  Nam  «t  illu,  qui  de  Jeru.salem  desceadebat  in  Jeric'io,  anima< 
vestibuà  spoliatus  est  à  latronil)US.  Vestianius  ergo...  nosmetipsos  virtutibus 
sanctis  iuteriùs,  quia  uiliil  prodost  vestibus  vestire  alium,  et  semelipsum 
virtutibus  ruiinquere  nudum.  (Hraban.  .Maur.,  Commtnlar.  in  Regul.  S.  Be- 
nedict.) 

(3)  L.0  Superpellieeum. 

(4)  ()mni|x>lens  sompilerne  Deus,...  ab  omni  servitute  sxcularis  babilu, 
hos  fainulos  luus  eiHuiiil<i  ^non  pas  libéra)  :  ut,  dùm  i^'nominiam  sa>cularis 
haiulùs  deponuni,  tuà  ."oniper  in  levum  grali:l  pcrfruantur,  etc.  (Punlificate 
Romanum  Clem.  VllI  ac  Vrlnxiii  VUI  auctorilate  recoijnituin.  Veuel  1740, 
p.  13.  Oeclerico  faeienito.) 


oubli  d'aussi  nobles  enseignements;  peu  de  conseils,  peu 
de  paroles  étaient  redits  aussi  souvent  à  l'oreille  du  cé- 
nobite. On  ne  souhaitait  pas  le  dépouillement  k  celui  qui,  de 
sa  cellule  où  le  vieil  homme  n'était  pas  entré,  passait  auK 
supériorités  et  aux  dignités  lee  plus  hautes  d);  mais  la  voix 
de  la  religion  parlait  de  ce  dépouillement  et  du  revêtement 
contraire  à  i'élu  encore  laï'iue,  à  qui  le  choix  d'un  monas- 
tère ou  la  volonté  d'un  pontife  im[)usait  la  crosse  d'abbé. 
Le  jour  de  son  investiture  il  endossait  pour  un  instant  le 
costume  mondain  du  siècle:  le  pontife,  l'eu  dépouillant,  lui 
adressait  cette  parole  :  t  Exuat  te  Dominus  veterem  bomi- 
nem ,  cum  actibus  suis,  i  «  Que  (ainsi)  le  Seigneur  te  dé- 
pouille du  vieil  homme  et  de  tous  ses  actes?  t  Et  lui  don- 
nant le  saint  habit,  il  ajoutait  :  Induat  te  Dominus  novum 
hominem,  qui  sccundùm  Deum  creatus  est,  in  justitiâ,  et 
sanctitate  veritatis  (2).  »  »  Que  (ainsi)  le  Seigneur  te  revête 
de  l'homme  nouveau,  qui  a  été  créé  selon  Dieu  dans  la  justice 
et  dans  la  sainteté  de  la  vérité  (3).  > 


(1)  Celui-li  se  présentait  à  la  tv'ntWliction  du  pontiri>  dans  loo 
religieux  :  in  habitu  mo  quolidinno:  il  o'aTait  pas  à  dépodiller  lerMI  I 
il  l'avait  laissé  dans  le  siècle  :  aussi,  rien,  dans  la  cérémonie  de  sa  profa 
ne  faisait  directement  allosion  à  ce  souvenir. 

(t)  L'oraison  prononcée  sur  le  nonvri  abb'.  la  bénédiction  de  rhabil  aM>- 
nasUque  dont  le  prélat  le  révélait,  éuient  toales  dans  eet  «prit  : 

«  Deus...  su|>er  hune  famnium  tunm  abrenontialiooem  acculi  profitedlem 
clemcnter  respicere  digneris;  per  quam  in  spiritu  mentis  su»  renoratm, 
veterem  hominem  rum  actibus  suis  exuat  ;  et  novum  qui  secnndàm  Deam 
creatus  est,  induere  mereatur.  • 

•  Domine  Jesu-Christe,  qui  tegiimen  nostrx  mortalitatis  induere  difDatns 
es,  obse^ramus  immensam  toae  largitalis  abondantiam,  ol  lioe  genos  vesti- 
menti,  quod  sancti  Patres  innocentia>,  vel  humililalis  indicinm  abreaon- 
liantes  sii-culo  ferre  sanxerunt,  tu  ila  brnedicere  digneris.  ut  hic  famnlns 
tuus ,  qui  hor  indutus  fuerit  vestimenio,  te  quoque  induere  mereator.  • 
{Ponlifirnlf  Romnnum  Clementù  Vlll  ae  Urbani  Vlll (nutoritatt  retcgnihnn. 
Veiwl,  17iO.  De  bnieilirlinne  nbbalit.) 

(3)  Ponlilitnle  Rnmnnum  r.lemenlii  Vlll  et  Crboni  Yllt  amtioritate  < 
jrnitum,  1740.  Ue  benedietione  abbatit,  p.  80. 

Un  retrouve  les  mêmes  images  dans  les  formate*  de  rÉ(<iie  poar  b  1 
diction  des  habits  sacn's  dont  elle  revêt  ses  ministre*  :  partout  eea  i 
sont  la  figure  des  vertos. 

Dans  l'ordination  du  sons-diacre  :  •  Tnitiei  joeondilui*,  M 
la-titix'  induat  te  Dominus...  > 

Dans  celle  du  diacre  :  •  Aecipe  stolam  candidam  de  maoa  Dei...  PoMMeM 
autem  Dtnis  ut  augeat  tibi  gratiam  snam...  Induat  te  Dominas  induBMIA 
salutis,  et  vestimenio  lietitiv,  et  dalmatid  justilia;  cireundel  le  semper...  • 

Dans  celh;  du  prêtre,  en  croisant  l'étole  sur  sa  poitrine  :  •  Aecipe  jngtui 
Domini...  jugum  enim  ejus  suave  est,  et  onns  ejus  levé  •  En  le  rerélaat  de  la 
chasuble  :  •  Aecipe  vestem  sacerdotalem,  per  quam  ebari'as  inteUi(itar.  > 
(Pontificale  Homnnum  Clemrniit  Vlll.  etc.) 

Il  faut  obvrvrr  néanmoins  que,  dans  le  linglft  aydiqw,  k*  vMiMMIi 
sont  pris  quelquefois  en  manvaise  part,  eoniiM  le*  fardeaux,  renboapaial d 
en  gi'néral'  tout  ce  qui  retarde  la  course  en  appecantissani  le  corpa,  M  ea  ^ 
en  dtynise  le;!  formes  d'une  manière  ignominieuse.  Ainsi  il  y  a  aa  vdiMMM  •( 
un  embonpoint  qui  Tigurent  le  péclH',  et  aussi  une  aodité  chrétiMMa  tfA 
marque  le  détachement  et  celte  pauvreté  d'esprit  comptée  parmi  Im  lepl  béati- 
tudes. Telle  est  dans  la  parabole  du  maurais  riche  le  coatuae  wmptaevx  ^A 
l'enveloppait;  tels  sont  les  Tilaments  da  liécle  dont  on  aa  dépo«ille  dans  lea 
ordinations  et  dans  les  professions  relifieases  ;  telle*  sont,  i 
mystiques ,  les  noirt>s  plumes  du  corbeau .  la  peaa 
mous,  etc.,  figurant  les  iniquités  dont  les  p«"cheurs  sont  rerftw.  TA  aMl'cB- 
Ixinpoinl  de  l'hydropisie  marquant  premièremenl  l'orgaeil,  pois  daas  ■■  ordiv 
secondaire  la  réunion  des  six  autres  péché*  capitaux  ;  tel  est  le  t»lémm  4a 
chameau  qui  représente  quelquefois  lUM  awaaa  énorme  de  cftMaa,  Ma. 

Par  contre,  la  nndité,  sans  en  excepter  ttUi  4*$  pieds  doM  le  **■*  aat  |<a^ 


375 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


376 


Revenons  à  notre  statue.  Ce  sujet,  penché  sur  l'espace 
comme  tous  ceux  qui  l'environnent,  ne  tient  au  mur  de  la 
tourelle  que  par  sa  partie  inférieure,  et  son  corps,  à  partir 
des  hanches,  est  engagé  dans  le  massif  et  reste  invisible  au 
regard.  Cette  attitude  est  analogue  à  celle  des  douze  tau- 
reaux en  fonte  (image  prophétique  du  sacerdoce  chrétien  et 
des  douze  apôtres)  qui  supportaient  dans  l'ancien  temple, 
le  réservoir  dit  Mer  d'airain,  et  qui  ne  sortaient  de  sa  masse 
que  par  leur  partie  antérieure  (1).  C'est  que,  remarque  saint 
Grégoire,  les  seules  actions  des  pasteurs  sont  exposées  à  notre 
vue  à  l'exclusion  de  leurs  motifs,  et  nous  devons,  ajoute-t-il, 
n'en  jamais  scruter  les  principes  ni  rechercher  les  inten- 
tions (i)  ;  réservés  aux  yeux  de  Dieu  seul,  ces  secrets  de 
leur  conscience  sont  cette  moitié  postérieure  qu'on  ne  pou- 
vait apercevoir. 

Sur  cette  tourelle,  sans  doute,  l'inclinaison  du  corps  du 
moine  n'a  pas  pour  lui  le  même  sens  que  pour  les  monstres 
qui  l'entourent  :  il  devait  offrir,  par  sa  masse  un  ensemble 
analogue  aux  autres  ;  mais,  penché  par  son  attitude,  il  relève 
du  moins  la  tête  avec  une  liberté  digne  et  regarde  vers  l'oc- 
cident, en  souvenir  des  fins  de  l'homme  et  de  la  pensée  de  la 
mort,  de  la  crainte  du  jugement,  et  du  grand  avènement 
du  souverain  Juge  (3).  La  maturité  des  années  qu'on  lit  sur 
son  front  expressif  dit-elle  que  la  vie  chrétienne  est  un  com- 
bat continuel  (4),  et  que  le  dépouillement  du  vieil  homme 
ne  se  borne  point  aux  promesses  et  à  la  ferveur  du  début, 
mais  qu'il  dure  toute  la  vie?  Faut  il  y  entrevoir  encore  que 
l'âme  acquiert  en  énergie,  en  force  et  en  virilité  dans  la 
chaleur  de  cette  lutte,  et  qu'il  lui  faut  pour  triompher  qu'elle 
se  soit  longtemps  trempée  dans  l'épreuve  purifiante  de  ce  la- 
borieux combat  ?  Quoi  qu'd  en  soit,  le  port  de  tête,  les  na- 


ralement  mauvais,  figure  pourtant  quelquefois  un  généreux  détachement  de 
toutes  les  affections  terrestres  Ainsi,  dans  les  catacombes  romaines,  plusieiTS 
vierges  ou  femmes  crantes  ont  les  pieds  absolument  nus  :  et  ce  qui  est  bien 
plus  rare  encore,  et  on  peut  dire  exceptionnel,  la  Vierge  Marie  elle-même  s'y 
montre  nu-pieds  une  fois.  (Bosio,  Homa  soitermnea,  p.  367,  369,  381,  387, 
389,  393,  393  et  alias.  —  P.  S49  pour  une  figure  dans  laquelle  on  a  cru 
reconnaître  la  Sainte  Vierge,  et  qui  du  moins  a  les  attributs  mystiques  des 
vierges  chrétiennes.  Enfin,  pour  la'  représentation  de  la  Sainte  Vierge  nu- 
pieds,  voyez  p.  253.) 

Du  reste,  il  est  bon  de  le  dire,  les  cas  où  le  vêtement  symbolique  fait  allu- 
sion à  l'injustice  et  ceux  où  la  nudité  figure  un  état  de  vertu  sont  bien  moins 
communs  que  les  autres,  et  il  est  aisé  de  les  discerner. 

(1)  Ces  douze  taureaux,  rangés  en  cercle,  la  tête  tournée  vers  l'extérieur, 
supportaient  sur  leurs  croupes  cette  urne  immense,  prophétiquement  sym- 
bolique à  la  piscisne  baptismale  :  l'extrême  partie  de  leur  croupe  étant  engagée 
dans  le  massif  placé  sous  le  centre  de  l'urne,  on  ne  voyait  de  ces  animaux 
que  la  partie  antérieure  de  leur  corps.  On  voit  une  gravure  de  la  Mer  d'airain 
selon  Villalpand,  conforme  à  l'explication  de  S.  Grégoire,  dans  le  tome  IV, 
planche  XI,  p.  190  de  la  Bible  in  4»  de  D.  Calmet. 

(2)  C'est  pourquoi  ces  pieds  sont  cachés  dans  la  statue  du  moine.  Les  pieds, 
nous  l'avons  dit  ailleurs,  représentent  communément  dans  les  œuvres  d'art 
symboliques,  comme  dans  les  commentaires  sacrés,  les  intentions,  les  motifs 
qui  font  agir  l'homme  et  qui  déterminent  ses  œuvres,  de  même  que  les  pieds 
déterminent  ses  mouvements  et  le  portent  là  où  sa  volonté  l'achemine.  (S. 
Augustin,  Conba  Faust.  VI,  7.  —  S   Brunon.  Astens.,  in  Levitic.  XI.) 

(3)  Voy.  les  notes  de  la  statue  n°  1, 

(4)  Job,  VII,  1.  —  S.  Brunon.  Astens.,  in  Job,  VII.  —  Ecdi.  I,  1.  — 
Regul  S.  Benedict.,  c.  1.  —  Commenlar.  Hrab.  Maur,  in  ibid,  c.  1.  —  Ibid. 
De  Agone  chrUliani,  etc.  Et  voyez  nos  notes  sur  le  texte  de  la  statue  n»  1. 


rines  un  peu  gonflées,  quelque  chose  de  sardonique  et  de 
légèrement  contracté  dans  la  découpure  des  lèvres,  rendent 
une  idée  de  triomphe,  de  joie  et  de  dédain  profond  exprimés 
avec  énergie. 

Il  nous  reste  à  analyser  les  accessoires  et  le  geste.  On  a  vu 
que  cette  statue  fait  de  l'index  de  sa  main  gauche  un  mouve- 
ment démonstrateur.  Ce  doigt  indique  moins  le  monstre  tenu 
captif  par  la  main  gauche,  que  l'acte  qui  retient  son  aile  et 
l'empêche  de  s'envoler  (l).  C'est  cette  espèce  de  triomphe, 
effet  de  la  régénération  spirituelle  de  l'âme,  qu'indique  évi- 
demment ce  doigt,  triomphe  qui  est  le  dénouement  du  drame 
total  des  tourelles. 

Disons  un  seul  mot  sur  le  monstre.  Cet  animal,  à  peu 
près  de  la  grosseur  d'un  chat  ordinaire,  paraît  être  tout  à  la 
fois,  par  l'ossature  de  sa  tête,  le  chien  mentionné  dans  la 
Bible  (2)  comme  l'emblème  du  démon,  et  la  manicore  du 
moyen  âge,  monstre  aux  traits  humains  et  au  corps  hybride 
doté  du  même  symbolisme.  Les  autres  parties  de  l'animal 
offrent  plusieurs  des  caractères  assignés  à  la  manicore  :  mu- 
seau de  chien,  griffes  de  chat  et  de  lion,  fortes  ailes  de  pal- 
mipède, oreilles  pendantes  de  porc,  queue  qui  a  dû  être  de 
scorpion,  mais  visiblement  retouchée  ou  même  entièrement 
refaite  ;  actuellement  c'est  une  queue  de  dragon  remarquable 
par  sa  vigueur  et  par  sa  tortuosité.  La  traduction  de  ces  dé- 
tails donne  pour  solution  exacte  autant  d'attributs  du  démon. 
Ou  y  reconnaît  aisément,  dans  le  crâne  et  le  front  humain, 
la  pensée  intelligente  et  raisonnée  dont  ils  passent  pour  le 
foyer,  et  dans  les  yeux  humains  aussi,  et  le  regard  oblique 
et  Jouche,  une  expression  de  la  malice  et  des  ruses  du  ten- 
tateur. La  face,  décharnée,  lugubre,  rappelant  les  têtes  de 
mort,  marque  les  horribles  tortures  et  le  désespoir  de  cet 
être  qui  a  légué  la  mort  à  la  terre  et  le  péché  au  genre  hu- 
main ;  l'immonde  et  vorace  museau  de  chien,  associé  à  cet 
ensemble,  adjoint  à  ces  attributions  tout  ce  qu'il  y  a  d'igno- 
minie, de  réprobation,  d'impiété  dans  cet  Esprit  lâche  et  su- 
perbe, comparé  dans  les  Ecritures  aux  plus  vils,  aux  plus 
misérables  et  aux  plus  impudents  des  chiens.  On  voit  dans 
le  corps  de  ce  monstre,  dans  ses  griffes  tenant  du  chat,  et  dans 
la  vigueur  de  ses  pattes  rappelant  un  peu  le  lion,  la  fourberie 
de  ses  attaques  et  leur  déplorable  violence  ;  dans  ses  oreilles 
de  pourceau,  l'affection  dirigée  au  choses  abjectes,  le  mépris 
de  la  loi  de  Dieu  et  l'ingratitude  obstinée  ;  dans  l'envergure 
de  ses  ailes  rappelant  les  oiseaux  de  proie,  l'orgueil  fatal  qui 
l'a  perdu  et  sa  promptitude  à  l'assaut;  dans  leur  structure 


(I)  C'est  l'aile  droite  qui  est  .lin.si  retenue  captive  ;  l'aile  gauche  est  abat- 
tue et  traînante,  quoique  déployée  :  l'autre  semble  marquer  l'orgueil  par  son 
érection  ;  celle-ci  figure  l'impuissance  par  l'élan  ;  elle  est  cachée,  sur  la  gra- 
vure, par  le  corps,  vu  en  raccourci. 

(2j  Si  on  déroulait  cette  queue,  elle  excéderait  en  longueur  celle  du  monstre 
tout  entier;  on  n'en  voit  que  l'extrémité  sur  notre  gravure,  prise  d'un  point 
où  le  corps  de  l'animal,  vu  en  raccourci,  la  cache  presque  entièrement.  Les 
sinuosités  de  cette  queue  s'aperçoivent  très-nettement,  avec  la  lunette  d'ap- 
proche, de  l'une  des  fenêtres  du  corps  de  logis  des  bâtiments  claustraux 
(.Maison  royale  de  la  Légion-d'Honneur),  placé  à  l'ouest,  fenêtre  s'ouvrant 
dans  le  préau  des  cloîtres. 


377 


REVUE  DE  LAKCHITECTLUE  ET  DES  TlUVAUX  PUBLICS. 


fantastique,  mais  rappelant  les  palmii)èdes  et  dénotant  la  pe- 
santeur, sa  lourde  chute  dans  l'enfer  où  il  entraîne  ses  vic- 
times. La  queue  de  scorpion,  prêtt-e  peut-être  antérieurement 
à  cette  figure  (l),'eût  marqué  dans  cette  hyjKithèse  le  dard 
acéré  du  remords  et  les  tortures  infernales  ;  celle  de  dragon 
qu'on  voit  aujourd'hui  ne  disconvient  pas  à  ce  monstre,  puis- 
qu'elle marque  d'ordinaire  les  fins  détournées  et  perfides  de 
l'instigateur  de  tous  maux  et  son  pouvoir  d'entraînement  si 
redoutable  au  juste  même  (2)  :  elle  figure  en  même  temps 
les  sei>t  chevetains  péchiez  représentés  par  le  dragon  ,  qui 
d'abord  dans  le  texte  apocalyptique,  puis  dans  les  manuscrits 
enluminés  et  sur  les  monuments  du  moyen  âge,  balance 
sept  têtes  hideuses  ceintes  de  couronnes  royales  et  vibrant 
un  dard  venimeux  (3). 

Nous  n'avons  pu  nous  assurer  des  détails  de  cette  figure 
qu'après  des  explorations  innombrables  pour  trouver  un 
lieu  accessible  favorable  à  leur  perception.  Placé  sur  la 
saillie  extérieure  de  la  tourelle,  et  presque  toujours  voilé 
par  l'ombre  que  projette  habituellement  sur  lui  la  statue  du 
moine ,  ce  petit  monstre  additionnel  ne  peut  être  étudié 
que  d'une  fenêtre  des  bâtiments  claustraux,  et  d'une  lu- 
carne plus  proche  percée  dans  les  combles  du  même  édifice, 
longeant  le  côté  méridional  de  la  basilique.  On  ne  le  voit 
exactement  et  en  face  que  de  cette  lucarne,  et  c'est  encore 
malaisé.  Nous  en  sommes  venus  à  bout  à  l'aide  d'une  lu- 
nette d'approche  disposée  verticalement  ;  et  nous  avons  dû 
choisir  l'heure  où  le  soleil,  frappant  d'a[)lomb  sur  le  sujet, 
efface  toute  ombre  portée  et  fait  ressortir  les  détails,  qui 
d'ailleurs  varient  sans  cesse  pour  peu  que  l'on  change  de 
poste  d'observation. 

Commç  la  statue  du  novice  est  tournée  du  côté  du  nord, 
celui  des  esprits  de  ténèbres  et  des  assauts  les  plus  ouverts, 
ainsi  la  statue  du  profès,  vainqueur  de  l'ennemi  des  hommes, 
est  sur  la  paroi  du  midi,  côté  symbolique  à  la  grâce  et  aux 
souffles  de  l'Esprit  saint  dont  il  reçoit  les  influences  :  ou, 
d'après  une  autre  interprétation  du  sens  attaché  au  midi, 
cette  statue  montre  le  moine  ou  le  chrétien  persévérant, 
opposé  aux  tentations  les  plus  subtiles  (4),  comme  le  plus 


(1)  Les  autres  caractères  do  ce  monstre  s'acconlant  avec  ceux  de  la  Mani- 
core,  nous  pensons  que  sa  queue,  si  elle  a  iHo  différente  antérieurement,  a 
pu  ilre  celle  du  scorpion,  prtHéc  quelquefois  à  la  manicore.  Ou  reste,  cette 
manicore,  Wlo  absolument  fantastique  et  très  en  vogue  au  moyen  âge,  n'est 
pas  toujours  représentt'e,  comme  J.ins  Vincent  de  Beauvais,  avec  une  queue 
de  scorpion. 
y  (î)  Voy.  S.   Brunon  d'Asti,  in  Apocnlyptin,  Ml,  au  sujet  do  la  queue  de 

drafton. 

(3>  S.  Brunon  Astcns.,  in  Àfoc.  XII,  et  pauim  dans  les  docteur)  de 
l'Kglise. 

Les  sept  létes  de  ce  dragon  ont  fourni  l'un  des  manuscrits  les  plus  curieux 
que  nous  ayons  du  moyen  Age.  Nous  y  revenons  ci-aprés. 

(4)  Le  nord  signifie  d'ordinaire  la  région  de  l'esprit  du  mal,  les  ti'nèbres 
spirituelles,  les  soudles  glaci's  de  l'erreur  qui  paralysent  les  ànies  :  alors,  et 
par  opposition,  le  miiii  figure  les  souffles  vivifiants  de  l'Esprit  de  grâce,  ré- 
cliaulTant  les  ilmes  engourdies  et  fondant  la  glace  du  péclié. 

D'autres  fois,  le  nord  et  le  midi  signifient  resp«'ctivement  les  deux  genres 
différents  de  tentations  qui  viennent  du  monde;  et  c'est  dans  ce  sens  que 
Durand,  évi^que  de  Mende,  dit  en  parlant  du  plan  de  l'église  matérielle. 


vaillant  «Jldal  est  consigné,  dans  la  batàiUle,  au  poste  le  plus 
périlleux  ;  tout  d'ailleurs  dit  a-ssez  en  elle  que  l'adversaire 
est  terrassé.  Ce  religieux,  ainsi  vainqueur,  clôt  par  une  image 
morale  cette  longue  série  des  vice»  ;  c'est  «  le  triomphe  de  la 
l/rdce  opérant  dans  l'élu  df  Dieu  le  d^'fiouiUement  du  rieil 
homme  et  la  destruction  du  péché.  » 

De  l'ensemble  de  ce  mémoire  ressortent  naturellement 
deux  questions;  les  voici  telles  qu'elles  nous  ont  été  posées  ; 
I"  La  statuaire  des  églises  du  moyen  dge  offre-t-elle  d'autres 
ereinples  de  statues  hybrides  comme  celle  de  Saint- Denys  :  et 
l'ensemble  des  péché»  capitaux,  tel  qu'on  le  roit  sur  ces  der- 
nières, se  rencontre  l-il  autre  pirt  avec  des  détails  analogues  et 
des  caractères  pareils  ? 

A  cela  nous  pouvons  répondre  que  la  plupart  des  cathé- 
drales du  xiii"  au  XIV"  siècle  offrent,  dans  les  tympans  de 
leurs  portails,  les  chapiteaux  de  leurs  colonnes,  les  vitragat 
de  leurs  verrières,  et  souvent,  comme  à  SaintDenys,  daoi 
leurs  parties  aériennnes,  beaucoup  de  figures  hybrides  re- 
présentant aussi  des  vices.  Nous  ne  voulons  rien  hasarder 
sur  les  statues  des  frises  de  la  cathédrale  de  Strasbourg  (I), 
ni  sur  les  statues  d'animaux  sculptées  dans  les  fenêtres  hautes 
des  tours  de  la  cathédale  de  Laon,  ne  connaissant  ces  édi- 
fices que  par  des  gravures  sur  lesquelles  les  détails  de  la 
statuaire  ne  peuvent  être  appréciés  :  nous  nous  conten- 
tons de  les  signaler  à  l'attention  des  archéologues.  Noos 
pouvons  avancer  du  moins  que  les  voussures  d'archivolte 
(le  la  baie  centrale  du  portail  ouest  de  Notre  Dame  de 
Paris,  et  l'ornementation  d'un  nombre  considérable  d'égh- 
ses,  conservent  des  statues  hybrides  de  démons,  qui  ne  sont 
autre  chose  que  des  personnifications  et  des  réunions  de 
difTérenls  vices  groupés  dans  la  même  figure.  De  plus,  nous 
tenons  pour  certain  qu'il  existe  en  France  et  ailleurs  des 


qu'il  doit  s'aligni>r  sans  inflexion  entre  l'un  et  rantra  tàu  i  diMaaea  éfst»  de 
tous  les  deux.  Le  nord  signifie  dans  ce  cas  les  eoatradietiaat,  lei  frntrwltimi. 
les  épreuves  qui  viennent  du  monde,  et  le  midi  ses  aédoctioas  et  let  delieae, 
dangers  plus  pernicieux  pour  les  Imes  Nous  pourrioM  niToqaer  id  Mm  le* 
docteurs  du  moyen  Âge  et  de  l'antiquiu-  cbrotienne  ;  nous  imnu  Bnnwnlo—  «le 
citer  textuellement  Rbaban  Maur,  et  d'indiquer  quelques  utres  mmm  : 
•  Meridiana  autem  pl.iga  mundiqne  et  australis  ad  anslro  t«iu>  roeatar, 
calore  suo  frigus  dissipai  et  glacicm  soItiI  :  significans  gratiam  Spinlâs  «iMti, 
qui  carilatis  ardore  frigus  inISdelilatis  «xpellil,  et  peccalorum  duritiam  dù- 
solvit...  item  in  aqailone  adversa  mnndi.  in  anstni  hlandimnila  dnigoantM', 
qui  geminà  expugnatione  probatur  Ecoleaia.  •  (Hraban.  Maw..  Dt  imwwae, 
IX,  1.  —  Amalar.  Fortunal.,  De  «pcJeriasIic.  oft.  III,  S.  —  Brfmilio 
mistar  transeripl.  rx  rtner.  CoHie.  tom.  De  diriiùs  «gk.  m  mimitl...  lAri. 
Bom.  1591.  (Bibliolbéque  royale).  —  Gemma  oaim*.  X\l.  —  Hog.  à  S. 
Victor,  Erudition,  théologie,  in  SpectU.  Eecltùee,  VII.  —  Albin.  Fbcc  Akuia.. 
De  divin,  olfc.  XXXtX,  etc.  —  Voy.  aosn  s«r  ce  s^jel  U  no«e  de  la  steiae 
n«  1).  , 

(1)  •  Les  frises  ao-dessoas  des  ares  qui  lermiDent  let  nmieMl  des  i 
fenêtres  nord  ei  midi  sont  remplies  de  slatoettei  siag«iiAi«t>  Oa  appelle  i 
réunion  la  danse  des  sorci<ires  :  des  femmes  lérmnim  tm  aeiMlrM  j  jowM  é» 
divers  instruments;  d'autres  sigels  faiilasliques %'j  belMkt  <m  «';  caraeiMt  : 
de»  moHSIm  kitieux  derhirtnl  In  homme*.  Les  fl^dies  de*  taielle»  pl>e<e«  de- 
vant les  contreforts  sont  surmont<«s  de  petits  diables  eoaipléttat  cette  aetM 
infernale.  .  •  (.MM.  Cliapuys  et  de  Joliuiont,  Calhnlrmlm  dt  Ftmmu  )  u*  «te* 
ouvrage  mentionne  des  repr\-senution$  de  p<tht*  écrasés  tum  h  paids  des 
quatre  vertus  rardioales,  un  sous  ceux  des  Tierges  «culptéai  mt 
droits  du  portail. 


379 


Rr:VLE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


880 


compositions  analogues  à  celle  qui  sert  d'ornement  aux  tou- 
relles de  Saint-Denys,  sauf  les  variations  légères  qu'ont  dû 
apporter  dans  li'ur  style  l'esprit  différent  des  auteurs,  les 
besoins  divers  des  provinces,  les  genres  d'ordres  monastiques 
ordonnateurs  de  ces  églises,  et  la  date  des  monuments.  Les 
études  d'exploration  dirigées  partout  aujourd'hui  sur  les 
anciennes  basiliques  démontreront  d'ailleurs  ces  faits ,  et 
nous  en  citerons  un  tout  à  l'heure  observé  dans  une  verrière. 

2°  Existe-til,  dans  les  monuments  écrits  appartenant  aux 
époques  contemporaines  de  l'érection  des  tourelles  de  Saint- 
Denys,  quelque  exemple  de  même  genre  ? 

A  cette  seconde  question  nous  répondons  également  d'une 
manière  affirmative  ;  en  fait  de  vertus  et  de  vices  les  docu- 
ments ne  manquent  point,  et  les  manuscrits  de  clergie  qui 
ont  survécu  au  moyen  âge  sont  pleins  de  traités  et  d'enlu- 
minures analogues  à  la  décoration  des  tourelles  de  Saint- 
Denys  (1).  II  y  a  à  la  Bibliothèque  royale  un  manuscrit  à 
miniatures  intitulé  Lapocalipse,  qui  n'est  pas,  comme  on  le 
pourrait  croire ,  la  traduction  ni  le  récit  intégral  de  la 
vision  apocalyptique.  Cette  oeuvre  qui  a  cinquante  pages 
du  plus  grand  format  in-4'',  est  tout  bonnement  l'interpré- 
tation, selon  la  science  de  clergie ,  de  la  «  beste  que  vit 
S.  Johan  »  et  que  décrit  l'Apocalipse,  et  cette  bête  est  un 
animal  hybride  expliqué  comme  nos  statues,  conformément 
aux  commentaires,  et  montré  comme  l'emblème  du  démon 
et  des. sept  péchés  capitaux,  tous  accompagnés  de  leurs 
branches,  de  leurs  jetons ,  de  leur  rainseles  (2),  de  leurs 
fueilles;  on  y  voit  au  moins  dans  le  texte  le  signalement 
détaillé  et  les  raisons  toutes  mystiques  de  la  composition 
hybride  de  cet  animal  d'invention  :  c  Beste  qui  issoit  de  la  mer 
»  merveilleusement  desguisée  et  trop  espouvantable.  Car 
»  (ajoute  le  manuscrit),  le  corps  de  la  beste  estoit  de  lieu- 

•  part,  les  piez  estoient  dours,  la  goule  de  lion.  Et  si  avoit 
»  sept  chies  (chiefs,  têtes)  et  dix  cornes,  et  pardesurs  les 
»  dix  cornes  dix  corones...  Beste  qui  senefie  li  deables...  Car 

•  ausi  comme  le  lieupart  a  divers  coleurs  ausi  li  deables  a  di- 
»  verses  manières  d'eni^ins  et  de  baraz  (3)  a  décevoir  et  a 
»  tempter  les  gens.  Et  les  piez  estoient  dours.  Quar  (sic) 
»  ausi  come  li  ours  qui  a  la  force  es  piez  et  es  braz  tient 
»  forment  lie  celi  que  il  a  soubz  ses  piez  et  ce  que  il  em- 
»  brace,  ausi  fait  li  deables  celi  que  il  embrace  est  abatu  par 
»  pechie.  Et  la  goule  estoit  de  lion  pour  sa  grant  cruauté  que 
»  tout  voulsit  devourer.  Les  sept  chies  de  la  beste  sont  les 
»  sept  chevetains  {i:)  péchiez...  Les  dix  cornes...  senefient  les 


(1)  Nous  passons  sous  silence  les  hôtes  hybrides  et  allégoriques  dont  les 
prophéties  de  Daniel,  d'Ézéchiel  et  d'autres  visions  marquées  dans  la  Bible 
offrent  les  premières  images,  et  qui  ont  évidemment  fourni  au  moyen  âge 
l'idée  de  ces  monstres  complexes  dont  sa  symbolique  est  remplie.  Nous  nous 
renfermons  strictement  dans  les  preuves  empruntées  aux  monuments  des  xii', 
xiii»,  XIV»  et  même  xv«  siècles. 

(2)  Gelons,  pour  rejetons;  rainseles  (prononcez  rainselets)  pour  rinceaux, 
petits  rinceaux,  minces  rejetons,  pousses  souples  et  délicates  formant  les 
plus  flexibles  ramifications  d'un  végétal. 

(3)  Engins  (ital.  inganno),  pièges.  Baraz,  artifices,  déceptions. 

(4)  Chevetains  ou  chieflains,  capitaux  ;  de  chief,  tête  :  chies,  têtes. 


»  dix  trepassements  des  dix  commandements  nostre  Seigneur 
»  que  le  deables  pourchace  a  trépasser  tant  come  il  peut  par 
»  les  sept  péchiez...  Et  les  dix  corones  senefient  les  victoires 
»  que  il  a  sur  tos  les  pechours  por  ce  que  il  leur  fait  tre- 
»  passer  les  dix  commandemens...  Le  primier  chief  de  la  beste 
»  est  ourgueil.  ^.e  segont  enrie.  Et  le  tiers  ire.  Et  le  quart 
»  parece  que  l'on  appelle  en  clergie  acide  (acedia).  Et  le 
»  quint  avarice.  Et  le  sisime  glotonie.  Et  le  septiesme  luxure. 
»  Et  en  ces  sept  chiefs  descendent  toutes  menieres  de  pe- 
»  chiez...  »  Suit  le  détail  de  ces  «  péchiez  »  qui  occupent  le 
reste  du  livre,  et  dont  les  noms  servent  de  titre  au  sept  cha- 
pitres principaux  avec  le  numéro  du  «  chief  »  qui  repré- 
sente chacun  d'eux.  Ainsi  le  chapitre  premier  a  pour  titre  : 
«  Le  premier  chief  de  la  beste  est  ourgueil  »  ;  le  second  : 
«  Le  segont  chief  de  la  beste  est  envie  »,  etc.  Voilà  donc 
une  bêle  hybride,  dans  le  même  style  et  les  mêmes  condi- 
tions que  celles  des  tourelles  de  Saint-Denys  ;  mais  cette 
bête  emblématique  ne  se  trouve  pas  seulement  dans  le  ma- 
nuscrit, on  la  peut  voir  en  vraie  peinture,  en  peinture  mo- 
numentale et  plus  hybride  en  quelque  sorte  qu'elle  ne  l'est 
sur  le  vélin,  dans  les  verrières  de  l'église  de  Saint-Nizier, 
à  Troyes  (Aube)  (I).  Là  ,  sept  chiefs ,  tous  décorés  du 
nimbe  uni  pour  représenter  ces  corones  marquant  le  triom- 
phe du  mal,  sont  encore  différents  entre  eux  et  tous  em- 
pruntés à  sept  des  animaux  montrés  dans  notre  U"  partie 
comme  figurant  les  sept  vices.  L'orgueil  est  une  tète  hu- 
niaine  au  port  arrogant  et  altier;  l'envie  est  celle  du  ser- 
pent ;  la  colère  est  la  tête  du  chameau  (le  gamal  hébreu)  ; 
la  paresse  (ou  acide)  est  la  tête  informe  et  les  cornes  du 
limaçon  ;  l'avarice ,  la  tête  de  cette  hyène  à  poil  hérissé 
que  le  moyen  âge  se  représentait  constamment  fouillant  l'in- 
térieur des  tombeaux;  la  luxure  est  une  tête  féminine  en- 
veloppée à  peu  près  comme  notre  n"  19,  moins  les  riches 
plis  et  le  nœud;  enfin,  la  tête  de  l'autruche  symbolise  la 
gourmandise  et  tous  les  péchés  de  la  boiche.  Ces  allusions 
et  leurs  principes  sont  suffisamment  expliqués  dans  notre 
aperçu  précédent  sur  la  zoologie  mystique. 

Nous  ne  citerons  plus  ici  que  les  miniatures  de  diables 
de  la  poétique  légende  intitulée  :  la  Passion  nostre  Seigneur 
Jh.  ncrist  (2),  curieuses  figures  hybrides,  réunissant  dans  un 
seul  monstre  la  hure  du  sanglier,  l'oreille  de  l'âne  inclinée  et 
la  crinière  du  cheval,  les  cornes  da  taureau  ou  du  bélier,  la 
queue  et  le  torse  du  singe,  un  bec  et  des  serres  d'oiseau  de 
proie  avec  les  pattes  de  la  poule  ou  le  pied  bisulque  du  bouc  ; 
tous  caractères  symboliques  précisant  les  péchés  chieflains  : 
chacun  pourra  voir  ces  figures  sur  les  vélins  originaux, 
et  trouvera,  pour  peu  qu'il  cherche,  quantités  d'animaux 
hybrides  dans  les  manuscrits  enluminés  de  nos  riches  biblio- 
thèques. 


(1)  Ce  vitrail  est  gravé  dans  les  Annales  archéologiques  de  M.  Didron, 
t.  I",  p.  77.  CEuvre  du  xiv  siècle,  mais  composée  probablement  par  des 
moines  ou  des  prélats,  il  conserve  intacts  dans  tous  ses  détails  l'esprit  et  les 
traditions  liiératiques. 

(2)  Maiiuscrit  de  la  Bibliothèque  royale. 


381 


REVUE  DE  L'ARCIIITECTLKE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


392 


Résumons  nos  démonstrations  dans  cette  conclusion  der- 
nière. Les  statues  des  tourelles  de  Saint-Denys  sont,  si  l'on 
peut  ainsi  parler,  le  champ  clos  de  la  vie  chrétienne  :  puis, 
après  cette  grande  image,  un  examen  de  conscience  propre 
aux  laïques  et  aux  moines,  et  oliert  à  ceux  de  cette  abbaye 
entre  deux  ères  de  réforme  (1),  à  une  époque  où  l'opulence 
avait  nécessairemi!nt  relâché  leurs  nueurs.  Se  garder  pur  de 
tout  désordre ,  juger  l'ignominie  du  vice,  l'extirper  d'au- 
dedans  de  soi  si  on  lui  a  ouvert  la  place,  et  détruire  cet 
ennemi,  telle  est  toute  la  vie  du  moine,  et  les  tourelles  sont 
le  livre  qui  le  lui  devait  ra[)peler  ;    chaque  statue  est  une 
page  qui,  méditée  et  commentée,  devait  apprendre  au  reli- 
gieux quels  (jetom  et  quels  rainceléx  naissent  sur  les  bran- 
ches maîtresses  et  les  rameaux  de  chaque  vice  ;  la  dernière 
est  le  saint  exemple  que  doit  oiïnr  sa  vie  entière,  péroraison 
toute  clirétieiine,  arrêtant  l'esprit  du  lecteur  sur  une  pen- 
sée de  victoire,  de  rénovation  et  de  paix.  Telle  est  aussi  la 
conclusion  du  manuscrit  de  Lapocalipse,  traité  plus  étendu, 
plus  vaste,  plus  explicite  et  plus  complet  que  les  statues  de 
Saint-Denys,  mais  tout  pareil  à  cet  ensemble  par  l'esprit,  le 
choix  des  sujets,  les  détails  qui  les  développent,  ayant  les 
mômes  points  saillants  et  offrant  les  mêmes  redites  que  cette 
allégorie  sculptée.  Cet  épilogue,  très-naïf,  pourrait  par  sa 
naïveté  même  servir  d'inscription,  non-seulement  à  la  déco- 
ration des  tourelles  de  Saint-Denys,  mais  à  toutes  les  réu- 
nions des  chieflains  péchiez  sculptées  sur  les  cathédrales  du 
moyen  âge.  Le  secret  de  la  grande  popularité  de  ce  thème 
n'a  pas  dû  avoir  d'autre  clef  que  cette  conclusion  naïve  et  si 
pleine  de  bonhomie,  que  nous  transcrivons  mot  pour  mot  : 
*  Il  neçt  nul  si  preudome  se  il  voit  bien  ses  déffauz  qui  ne 
trovast  assez  a  dire  tos  les  jors  de  sa  confession  mes  négli- 
gence et  oblichce  aveuglent  si  les  pécheurs  que  il  ne  voient 
goutc  ou  (au)  livre  de  leur  conscience.  »  El  plus  bas  :  «  Ci 
tiuissent  (dit  le  vélin)  péchiez  morties  et  toutes  les  branches. 
Qui  bien  estudieret  en  cest  livre  il  porroit  moult  profiter  et 
apprendre  et  connoistre  toutes  menieres  de  péchiez  et  a  soi 
bien  confessier.  Car  nul  ne  se  peut  bien  confesser  ne   de 
pechie  sei  garder  se  il  ne  le  cognoist.  Or  doit  donc  cil  qui  en 
cest  livre  list  regarder  diligentement  si  il  est  coupables  daucun 
si  sen  doit  repentir  et  diligentement  confessier  et  se  garder  a 
son  pooir  des  autres  dont  il  nest  coupables  et  doit  Dieu  louer 
et  mercier  humblement  qui  len  a  garde  (2).  » 

Ici  s'arrête  notre  tâche.  Nous  quittons,  pour  d'autres  re- 
cherches, les  tourelles  de  Saint-Denys.  En  finissant  cette  ana 
lyse,  nous  consignons  ici  un  souhait  :  c'est  de  voir  ce  point 
de  l'abbatiale,  oublié  depuis  tant  de  siècles,  visité  de  ceux 
que  leur  science  a  faits,  en  archéologie  et  en  symbolique 


(1)  C'oat-i\-<liro  entre  la  troisii^me  n'forme  do  cotte  abbaye,  aoromplic  par 
l'abbé  Suger,  en  l'an  1IS7,  sous  le  règne  de  Lonis  VI,  et  la  qaatrii^nie  et 
dernière  (la  reforme  de  la  congrOgalion  de  S.  Maur  établie  dans  ce  monastère 
en  16;t.'),  pendant  l'exercice  de  l'abbé  Henri  III  de  Lorraine,  sous  le  règne  de 
Lonis  XV!.  Cette  n'forme  s'accomplit  par  les  soins  du  cardinal  de  la  Roclie- 
foucault. 

(«)  Fol»  59. 


chétieiine,  juges  com|)ëU;nts  et  experts.  Les  tourelles  de  Saint- 
Denyï)  valent  bien  ce  pèlerinage. 

Si  l'on  %eut,  des  galeries  hautes  disposées  sur  la  basilique, 
étudier  dans  son  détail  ce  cathéchisme  des  «  péchés  •,  il  faut 
choisir  l'heure  du  jour  où  l'atmosphère  est  plu.^  limpide,  où 
les  vapeurs  sont  dis.«i()ées  et  où  il  reste  moins  de  prise  aux 
illusions  de  toute  espjîce  qui  peuvent  tromper  le  regard.  Mais 
si  l'on  tient  à  recueillir  tout  ce  qu'il  y  a  de  poésie  dans  ce 
mystérieux  ensemble,  il  faut  monter  aux  galeries  par  une 
brillante  soirée  d'été.  Alors,  frappant  sur  les  tourelles,  le 
soleil,  prêt  à  disparaître,  les  inonde  de  ses  flots  d'or  ;  on 
croit,  à  ce  moment  du  jour,  voir  s'ouvrir  leurs  inflorescences 
et  leui-s  animaux  s'agiter.  Un  fi éinis-sement  progressif  h»>- 
ris.se  et  semble  enfler  leurs  ailes,  leurs  prunelles  lancent 
l'éclair,  tout  leur  corps  parait  nuancé  des  couleurs  les  plus 
chatoyantes.  Les  vitraux  de  la  basilique  étincellent  en  ce 
moment  entre  les  meneaux  des  ogives  :  le  front  des  pignons 
et  des  tours  est  noyé  de  teintes  rosées,  un  vaste  océan  de 
lumière  enveloppe  le  monument.  Alors ,  comme  dans  un 
doux  rêve,  on  croit  voir  le  temple  osciller  sur  ses  assises 
vénérables  et  prendre  un  fantastique  essor,  comme  cette  cité 
de  Dieu  qui  vient  du  ciel  toute  parée  et  qu'on  voit  flotter 
dans  l'éther  au  chapitre  21  de  l'Apocalypse  (1);  mais  tandis 
({ue  la  cité  sainte  ne  va  balançant  dans  l'espace  que  des  êtres 
purs ,  impassibles ,  et  Valleluia  glorieux ,  sa  représentante 
terrestre,  portant  les  péchés  sur  son  faite,  déploie  aux  re- 
gards contristés  tous  les  maux,  toutes  les  menaces,  toutes 
les  terreurs  de-  la  vie.  C'est  que  la  mystique  enseignante  est 
un  inextinguible  phare  qui  doit  signaler  aux  pilotes  et  aux 
passagers  indolents  les  écueils  où  les  nefs  se  brisent.  Dans 
cette  légion  de  fantômes,  enchaînée  h  ce  mur  sacré,  on  voit, 
traduit  en  parabole,  le  mal,  ce  fléau  d'ici-bas,  dompté  par 
le  iK)Uvoir  céleste  ;  rimagination  fascinée  leur  prête  la  vie 
et  la  voix,  et  leur  fait  jeter  dans  l'espace  ce  cri  célèbre  et  mo- 
niteur :  <  Discite  justitiam...  et  non  temnere  divos  (2).  * 

Nous  avons  quelquefois  nous-même,  passé  sur  les  galeries 
hautes,  de  ces  radieuses  soirées.  Le  fond  qui  encadre  les 
tourelles  n'est,  à  ces  heures  ravissantes,  qu'azur,  lumière 
et  doux  rayons.  Arrêtons  longtemps  nos  r^ards  sur  ces 


(1)  Et  vidi  ctrluni  novum,  et  tcrram  novam...  Sanclam  ciritalcm  ierwalMB 
novam,  descendentera  de  ccplo  à  Dec,  pamum  sicat  sponmn  onutua  Tira 
suo.  Et  audivi  vocem  magnam  de  throno  dicenlem  :  Eccr  lahemacolum  Dei 
cum  bominibus,  et  babilabit  cum  eis...  et  abstergei  Dca»  omoera  lacryaao 
ab  oculis  eorum  ;  et  mors  ultra  non  erit,  neque  luctus,  neque  daaor.  mt^^mt 
dolor  erit  ultra...  Jérusalem  liabrniem  claritatrm  Dei,  et  lamea  qos  naîile 
lapidi  pretioso,  tanquàm  lapidi  jaspidis...  et  erat  strartora  ejns  lapide  jaspiiie. 
ipsa  vero  civilas  aiirum  mundum  simile  vitro  mundo...  Kl  hmUiiMau  MUi 
civitatis  omni  lapide  pretioso  omata....  Et  duodecim  porta,  dnodccùa  mw- 
garils  sunt.  (Apoe.,  XXI.) 

(3)  Avertissement  trop  Urdif  dont  Virgile  fait  retentir  le  Tartai*  :  •  L^ 
dit-il,  les  uns  roulent  d'énormes  rochers,  les  autres  pendent  liés  aai  rayow 
d'une  roue;  le  malheureux  Thcsee  est  as6is,  et  le  sera  éleniellement;  Phlé- 
gias,  le  plus  malheureux,  les  exhorte  tous,  et  d«  «a  forte  *oà  s'rcrie  ém» 
la  foule  des  ombres  :  •  Avertis  par  notre  exemple,  fnaniinw  lajutice,  «I  me 
•  méprisez  point  les  dieux.  •  (De  Pongerville,  Etuid.,  VI  ,  ttt.)  L»  rriti  i» 
Pblègias  était  d  avoir  mis  le  fea  au  temple  de  Delpkes. 


383 


REVUE  DE  L'AKCHITEGTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


384 


pompes  resplendissantes.  0  Dieu  !  qui  pourrait  rester  froid 
devant  cette  page  chrétienne ,  riche  de  si  hautes  leçons  ? 
Qu'on  ne  cherclie  plus  maintenant  comme  une  découverte  à 
faire,  quels  principes  d'un  nouvel  ordre  ont  enfanté  ces  har- 
monies et  inspiré  ce  style  à  part  ;  qu'on  ne  demande  plus  la 
source  de  la  sévère  poésie  de  nos  églises  d'autrefois.,  qu'on 
ne  s'étonne  plus  du  charme  qui  s'attache  à  leurs  pierres 
frustes  :  la  foi,  ce  regard  de  notre  âme,  dont  le  rayon  vivifie 
tout,  leur  donne  ce  divin  prestige  ;  c'est  elle  qui  apprit  au 
ciseau  à  traduire  ainsi  noblement  nos  Ecritures  inspirées  et 
à  formuler  son  grand  œuvre  en  pompeux  monuments  de 
pierre  ou  en  admirables  statues  ;  qui  dota  cette  architecture 
de  ces  fleurs,  de  ces  découpures,  de  cette  riche  statuaire, 
pleines  des  secrets  admirables  qu'y  retrouve  l'âge  actuel  ; 
c'est  elle  qui,  à  Saint-Denys,  donna  le  grand  drame  des 
vices  avec  leurs  saints  enseignements  pour  diadème  à  ses 
tourelles,  elle  encore  qui,  depuis  cinq  siècles,  conduit  là  ce 
chœur  incessant  ;  elle  enfin  (et  c'est  un  triomphe  que  lui 
réserve  l'avenir)  qui,  scrutant  par  toute  l'Europe  les  con- 
ceptions de  l'art  chrétien,  ouvrira  la  route  à  la  science  et 
donnera  la  solution  de  leur  structure,  de  leurs  plans,  de  leur 
décoration  brillante,  graves  et  saints  hiéroglyphes  dont  elle 
seule  a  le  secret. 

Madame  Fklicie  d'AYZAC, 
Dame  de  la  maison  royale  de  la  Légion-d'Honneur  (Saint-Denys). 


DES  AQUEDUCS 

ET  DES    TIIYACX    DE  CONDUITE    DANS  l'aNTIQUITÉ. 
(Voy.  eol.  335.) 

Les  premiers  aqueducs  furent  probablement  des  troncs 
d'arbres  creusés  en  forme  de  gouttière ,  tantôt  élevés  au- 
dessus  du  soisur  des  supports,  et  tantôt  enfouis  dans  la  tern; 
selon  les  ondulations  de  la  surface  du  terrain.  Dans  ce  der- 
nier cas,  on  dut  recouvrir  le  conduit  d'une  autre  pièce  de  bois 
taillée  comme  une  planche. 

En  1841,  en  creusant  un  canal  près  du  lac  d'Enghien. 
on  rencontra,  tout  à  côté  de  la  voie  romaine  qui  conduisait 


de  Paris  à  Pontoise,  et  au-dessous  de  son  niveau,  un  conduit 
de  ce  genre ,  d'origine  gallo-romaine ,  et  par  conséquent 
d'une  époque  bien  moins  ancienne  que  celle  où  nous  repor- 
tons l'invention  des  conduits  en  bois.  (Voy.  fig.  10  et  11, 
pi.  29.) 

Ce  caniveau  était  formé  d'une  pièce  de  chêne  a  de  0  m. 
16  c.  d'équarrissage,  dans  laquelle  était  creusé  un  canal 
de  0  m.  08  c.  de  large  et  aussi  de  0  m.  08  c.  de  profondeur, 
arrondi  vers  le  fond  et  fermé  par  un  talon  à  son  sxtrémité. 
On  en  exhuma  un  bout  de  1  m.  30  c.  de  long;  le  surplus 
reste  encore  engagé  sous  la  berge.  Le  recouvrement  était  en- 
tièrement détruit,  quoique  le  canal  fiit  bien  conservé. 

Sous  la  tête  du  caniveau  était  entaillée,  en  forme  de  T, 
une  traverse  b  de  même  force  que  le  conduit  et  de  1  m.  50  c. 
de  long,  portant  sur  chaque  bout  une  mortaise  inclinée  dont 
la  convergence  annonçait  que  les  deux  montants  qui  de- 
vaient s'y  assembler  formaient  avec  la  traverse  un  triangle 
équilatéral.  On  peut  supposer  que  ces  montants  s'ajustaient 
par  le  haut  dans  une  espèce  de  chapeau  percé  d'un  trou  ser- 
vant de  conducteur  à  la  tige  d'une  bonde  qui  fermait  sans 
doute  l'entrée  du  conduit. 

Sous  la  traverse  se  trouvait  une  inscription  malheureuse- 
ment détruite  en  grande  partie  par  l'action  des  insectes  aqua- 
tiques ,  qui  avaient  rongé  la  surface  du  bois.  Il  n'en  reste 
plus  que  cinq  lettres  ainsi  disposées  :  L-  R-  DVX.  La 
lettre  L  fut  détruite  par  les  ouvriers  qui  firent  la  découverte. 
Les  caractères  ont  27  millimètres  de  hauteur,  et  sont  assez 
négligemment  gravés  au  ciseau.  La  première  découverte 
de  ce  caniveau  remonte  à  une  vingtaine  d'années.  Il  fut 
trouvé  à  1  m.  40  c.  de  profondeur,  en  creusant  un  canal  sur 
l'emplacement  même  de  la  voie  antique.  Les  ouvriers  le 
laissèrent  en  place  après  l'avoir  inutilement  ébranlé  avec 
leurs  pioches.  Nous  sommes  convaincu  que,  si  on  l'eût  en- 
levé à  cette  époque,  on  eût  trouvé  l'inscription  intacte.  C'est 
l'ébranlement  même  qui  a  permis  aux  insectes  de  s'intro- 
duire sous  la  traverse  et  de  la  ronger  ;  s'il  reste  encore  quel- 
ques lettres,  c'est  que  les  animacules  n'ont  pu  parvenir  jus- 
qu'à elles. 

Cette  inscription  indiquait  probablement  le  nom  du  fon- 
dateur et  à  quelle  occasion  ce  travail  fut  entrepris.  Si  le 
mot  DVX  ne  fait  pas  partie  d'un  mot  plus  long,  il  indique- 
rait un  chef  quelconque  dont  il  eût  été  fort  curieux  de  savoir 
le  nom.  Ce  fragment  est  en  la  possession  de  M.  Desnoyers, 
du  Jardin  des  Plantes. 

Mais  ces  procédés  primitifs  durent  s'améliorer  avec  les 
progrès  de  la  civilisation,  et  les  aqueducs  devinrent  en  effet 
des  monuments  plus  solides  et  plus  puissants. 

Nous  sortirions  du  but  que  nous  nous  sommes  proposé  si 
nous  entrions  dans  de  grands  détails  sur  la  construction  des 
nombreux  et  magnifiques  aqueducs  érigés  par  les  anciens. 
Nous  rappellerons  seulement  que  les  Grecs,  et  après  eux  les 
Romains,  n'épargnèrent  aucune  dépense  pour  la  construction 
des  aqueducs  en  maçonnerie. 

A  l'arrivée  de  l'aqueduc  aux  murs  de  la  ville,  les  eaux 


385 


UEVUE  DE  LARCniTECTL'RE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


étaient  rerues  dans  un  réservoir  principal  (castellum).  réelles 
étaient  divisées  en  trois  parties  se  rendant  chacune  dans  un 
réservoir  Fecondaire  et  spécial.  Ceux-ci  étaient  placés  de  front. 
L'un  des  bassins  latéraux  envoyait  ses  eaux  dans  les  établis- 
sements de  bains  ;  l'autre  bassin  latéral  était  consacré  aux 
concessions  particulières,  et  le  bassin  du  milieu  devait  ali- 
menter les  fontaines  et  les  lavoirs  publics. 

Par  cette  sage  disposition,  il  était  impossible  que  les  éta- 
blissements de  bains  et  les  concessionnaires  particuliers  pri- 
vassent les  fontaines  publiques  de  la  part  qui  leur  était 
destinée.  Bien  mieux  :  chaque  réservoir  latéral  portait  un  tro(i- 
plein  tombant  dans  le  réservoir  central,  de  telle  sorte  que 
si  l'eau  des  deux  premières  n'était  pas  entièrement  con- 
sommée,  le  surplus  se  déversait  dans  le  réservoir  alimentant 
les  fontaines  publiques.  Mais  la  fraude  venait  parfois  déran- 
ger cette  heureuse  combinaison  ;  les  eaux  étaient  gaspillées 
au  passage  et  surtout  dans  les  campagnes,  et  elles  arrivaient 
à  la  piscine  après  de  grandes  perles. 

Il  y  a  avait  en  outre,  dans  l'intérieur  de  la  ville,  des  réser- 
voirs tertiaires  recevant  les  principales  conduites,  et  dans 
lesquels  les  eaux  étaient  subdivisées  en  ramifications  plus 
petites.  Ainsi  les  aqueducs,  semblables  à  d'immenses  artères, 
avaient  aussi  leurs  vaisseaux  capillaires  comme  dans  l'éco- 
nomie animale.  Une  foule  de  tuyaux  de  tout  calibre,  quel- 
quefois en  plomb,  mais  principalement  en  terre  cuite,  étaient 
chargés  de  distribuer  en  détail  le  tribut  apporté  par  le  colosse 
de  pierre. 

Il  existait  aussi,  sur  le  parcours  des  aqueducs,  des  piscines 
épuratoires  à  un  ou  plusieurs  compartiments,  placés  de  front 
ou  étages.  La  section  de  ces  piscines  étant  beaucoup  [Jus 
grande  que  celle  du  chenal,  la  vitesse  de  l'eau  était  ralentie 
considérablement,  ce  qui  permettait  à  la  vase  ou  au  sable 
qu'elle  tenait  en  suspensiou  de  se  déposer. 

EMPLOI    DES   TUYALX   EN   TERRE  CUITE  PAR    LES  ANCIENS. 

M.  C.  Texier,  dans  son  magnifique  ouvrage  sur  l'Asie- 
Mineùre,  donue  la  description  d'un  aqueduc  sipholde  situé 
près  de  Patara  en  Lycie,  près  de  la  baie  de  Kalamaki.  (Voy. 
/îff.  1,/)/.  29.) 

Les  aqueducs  siphoïdes  doivent  être  considérés  comme 
un  perfectionnement,  en  ce  sens  que  leur  construction  exige 
une  bien  moindre  dépense  que  celle  des  aqueducs  dont  le 
chenal,  porté  sur  une  longue  et  haute  suite  d'arcades,  tra- 
verse presque  de  niveau  les  vallons  au  deld  de.<«quels  ils  con- 
duisent les  eaux.  La  hauteur  totale  de  quelques-uns  de  ceux- 
ci  dépasse  parfois  100  mètres,  et  ils  ont  jusqu'à  trois  étages 
d'arcades. 

Les  aqueducs  siphoïdes,  au  contraire,  composés  de  tuyaux 
posés  sur  une  substruction  en  maçonnerie,  descendaient  la 
pente  de  l'un  des  versants,  traversiienl  horizontalement  la 
partie  inférieure  du  vallon,  et  remontaient  par  une  contre- 
pente  le  versant  opposé.  (Voy.  fig.  1  ei  2,  pi.  29.) 

Vitruve  en  donne  la  description  dans  son  liv.  viii,  chap.  7, 
T.  VIL 


et  comme  il  ne  dit  presr]ue  rien  des  aqueducs  ordinaires,  nous 
pensons  qu'il  pi-éférait  les  aqueducs  sipboldes.  Cependant  le 
peu  d'exemples  qui  nous  en  reste  fait  supposer  que  ceux-ci 
étaient  peu  nombreux. 

Quand  on  sait  qu'aux  portes  de  la  seconde  ville  de  France, 
existent  de  vastes  débris  des  aqueducs  sipboldes  de  Beaunan 
et  de  Chapooost,  et  quand  on  pense  qu'au  temps  où  Per- 
rault traduisait  et  commentait  Vitruve,  Louis  XIV  faisait 
élever  A  grands  frais  le  motuirueux  (dans  toute  autre  cir- 
constance nous  eussions  dit  admirable)  aqueduc  de  Main- 
tenon,  dont  l'élévation  devait  égaler  celle  des  tours  de 
Notre-dame,  on  se  demande  à  quoi  sert  l'enseignement  do 
passé. 

Au  XVII*  siècle,  on  avait  pourtant  sur  les  Romains  ravan- 
tage  d'avoir  des  tuyaux  en  plomb  soudé  et  en  plomb  fonda  ; 
on  avait  en  outre  des  tuyaux  en  fonte,  tous  beaucoup  plus 
capables  de  résister  à  la  pression  que  les  tuyaux  sans  soudure 
des  Romains. 

Les  fig.  2  et  3  donnent  le  profil  et  le  plan  d'un  des  deux 
siphons  qui  se  trouvent  sur  le  parcours  de  l'aqueduc  antique 
portant  les  eaux  du  MontPUa  à  Lyon.  Ce  siphon,  situé  près 
(le  Chaponosi,  a  économisé  une  hauteur  de  maronnerie  de 
.^0  mètres  sur  le  système  ordinaire. 

Plus  près  de  Lyon,  à  Baunant,  on  trouve  les  restes  d'un 
siphon  encore  plus  colossal.  Le  Talion  qu'il  Iraversail  n'a 
pas  moins  de  100  mètres  de  profondeiu*,  et  sa  largeur  est 
très-grande.  La  substruction  qui  i)ortait  le  siphon  était 
percée  de  90  arcades,  et  ce  système  a  dû  économiser  plus  de 
80  mètres  de  hauteur  de  maçonnerie.  La  pression  de  l'eau 
dans  la  partie  inférieure  des  tuyaux  était  donc  déplus  de  huit 
atmosphères. 

Le  premier  siphon  se  composait  de  9  tuyaux  posés  de 
front  ;  celui-ci  en  avait  12  d'un  moindre  diamètre.  Cette 
différence  dans  le  nombre  et  le  calibre  des  tuyaux  s'explique 
par  la  différence  de  hauteur,  et  par  conséquent  de  pres- 
sion. 

On  pense,  non  sans  raison,  que  l'élargissement  de  l'aqueduc 
entre  A  6  et  c  d,  fig.  3,  c'est-à-dire  au  milieu  de  la  hauteur 
de  chaque  pente  du  siphon,  avait  été  occasionné  parl'aa^ 
mentation  du  nombre  des  tuyaux.  On  suppose  qu'A  ce 
point  chacun  des  neuf  conduits  de  plomb  se  subdivisait  an 
deux  tuyaux  d'uue  section  proportionnelle,  afin  de  laisser  on 
passage  égal  à  Teau,  tout  en  offrant  une  plus  grande  résis- 
tance à  la  pression  intérieure. 

Cette  supposition  nous  semble  d'autant  plus  admissible 
qu'elle  motive  ce  second  èlargisssement,  qu'on  ne  peut  gutra 
expliquer  sans  cela,  et  ensuite  parce  que  la  conformation  des 
tuyaux  de  plomb  des  Romains  était  peu  propre  à  rteislerA 
la  pression.  Leur  section  était  pirifurme,  et  ils  n'était  pas 
soudés.  Les  deux  rives  juxtaposées  de  la  feuille  de  plomb  qui 
les  formait,  étaient  coudées  et  contre-coudées  en  broie  d* 
feuillure  en  regard  l'une  de  l'autre,  et  l'intervalle  était  rem- 
pli de  mastic.  A  moins  de  supposer  que  cette  double  fcoillure 
remplie  de  mastic  ne  filt  pincée  extérieurement  par  dM  agrafas 


3m 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


388 


en  métal  rigide,  nous  ne  comprenons  pas  qu'elles  aient  pu 
résister  à  une  pression  un  peu  forte. 

Nous  présumons  que  la  rareté  des  aqueducs  siphoïdes 
chez  les  anciens  venait  peut-être  de  ce  que  la  partie  hori- 
zontale appelée  ventre  était  sujette  aux  engorgements,  soil 
par  le  dépôt  des  sables  ou  vases  entraînés  par  les  eaux,  soit 
encore  par  l'accumulation  de  l'air  dans  quelques  parties  des 
tuyaux.  Cependant,  si  l'on  examine,  pi.  29,  la  fig.  5,  qui 
donne  la  coupe  transversale  de  la  cuvette  de  départ  des  neuf 
tuyaux  de  l'aqueduc  de  Chaponost,  on  verra  que  ces  tuyaux 
sont  placés  au-dessus  du  fond  de  la  cuvette,  et  que,  par  consé- 
quent, les  corps  graves  se  précipitent  avant  d'entrer  dans  les 
tuyaux,  surtout  par  suite  du  ralentissement  de  la  vitesse  de 
l'eau  arrêtée  dans  une  capacité  d'une  section  beaucoup  plus 
girande  que  celle  du  chenal  lui-même. 

L'épuration  de  l'eau  serait  plus  parfaite  eocore  si  la  cu- 
vette de  départ  des  tuyaux  était  plus  longue  dans  le  sens  du 
courant  et  plus  profonde  de  1  mètre  au  moins  que  le  radier 
de  l'aqueduc. 

Il  ne  resterait  donc  plus  guère,  comme  cause  d'engorge- 
roent  du  ventre,  que  l'air,  entraîné  pap  les  eaux  et  accumulé 
dans  quelques  courbes  concaves  de  la  voûte  des  tuyaux. 

Afin  de  donner  à  cet  air  un  écoulement  naturel,  il  fau- 
drait que  le  ventre,  au  lieu  d'être  horizontal,  fût  divisé  en 
deux  pentes  opposées  convergentes,  comme  b  c  d,  fig.  6. 
Les  bulles  d'air  pourraient  alors  remonter  à  droite  et  à 
gauche  vers  b  et  vers  d.  Au  point  milieu  c,  le  tuyau  aurait 
par  dessous  im  renflement  formant  godet,  pour  recevoir  la 
vase  qui  aurait  pu  échapper  à  la  cuvette  d'épuration.  Ce 
godet  porterait  une  tubulure  formée  d'un  robinet  ou  d'un 
obturateur  qu'on  ouvrirait  de  temps  en  temps  pour  nettoyer 
le  godet  par  l'action  du  courant  rapide  de  l'eau  s'échappant 
des  conduites. 

■  Les  effets  de  l'accumulation  de  l'air  dans  les  ventres  des 
conduits  siphoïdes  ont  sans  doute  donné  naissance  aux  souté- 
razi  des  Orientaux.  Dans  ceux-ci  le  ventre  est  très-court,  et  le 
stationnement  de  l'air  ne  peut  y  avoir  lieu.  (Voy.  fig.  20) 

Les  conduits  de  l'aqueduc  siphoïde  de  Patara  sont  en  terre 
cuite,  de  0  m.  28  c.  à  0  m.  30  c.  de  diamètre  intérieur,  et 
de  0  m.  04  c.  à  0  m.  05  c.  d'épaisseur.  Ils  sont  posés  sur  une 
substruction  en  maçonnerie  péksgique  traversant  un  vallon. 
Ces  tuyaux  sont  protégés  par  un  rang  de  pierres  posées  de 
champ  sur  l'arrasement  de  l'Opus  incertum. 

Au  travers  du  massif  inférieur  sont  pratiquées  des  ouver- 
tures trapézoïdes  couronnées  d'une  plate-bande  monolithe. 
Cette  espèce  de  pont  laisse  un  libre  passage  aux  hommes  et 
aux  eaux  pluviales  de  la  vallée. 

M.  Gillet,  ancien  consul  de  France  à  Salonique,  au  zèle  et 
à.  la  munificence  duquel  nous  devons  le  beau  sarcophage 
grec  nouvellement  déposé  au  Musée  des  antiques  du  Louvre, 
nous  a  dit  avoir  reconnu  des  tuyaux  de  conduite  en  poterie 
de  construction  grecque,  à  Thessalonigue,  en  Macédoine  ;  à 
Larissa  et  à  Volo  (l'ancienne  Déinélriade),  en  Thessalie,  et 
à  Anazerla.  Ces  tuyaux  étaient  enveloppés  de  mortier. 


Les  Romains  firent  un  grand  usage  de  tuyaux  eu  terre 
cuite  pour  la  conduite  des  eaux  vives.  Vitruve  les  recom- 
mande, et  Frontin,  directeur  des  eaux  publiques  de  Rome 
sous  l'empereur  Nerva,  dit,  dans  ses  Commentaires,  qui  ont 
été  traduits  par  Rondelet,  que  la  plupart  des  prises  d'eau 
faites  sur  les  aqueducs  de  Rome,  dans  les  campagnes,  étaient 
conduites  dans  des  tuyaux  en  poterie. 

Il  en  était  de  même  des  aqueducs  que  les  Romains  con- 
struisirent dans  les  Gaules.  A  Lyon,  par  exemple,  on  a 
découvert  une  grande  quantité  de  tuyaux  en  terre  cuite  dis- 
tribuant dans  Fouruières  les  eaux  de  l'aqueduc  antique  du 
Mo7il  Pila. 

L'aqueduc  romain  qui  amenait  à  Paris  les  eaux  minérales 
de  Ghaillot,  était  un  remarquable  spécimen  des  conduites  en 
poterie,  dont  nous  recommandons  fort  l'imitation  (Voy.  fig.  7 
et  8,  pi.  29).  Nous  en  avons  déjà  pai-lé  dans  cette  Revus 
col.  150,  vol.  IV. 

M.  Girard,  dans  son  Traité  des  eaux  de  Paris,  p.  271,  parle 
de  tuyaux  de  conduite  du  même  genre,  bloqués  dans  un 
coffre  de  béton,  dont  la  section  transversale  était  cari-ée  par 
la  base  et  cintrée  à  la  partie  supérieure  (Voy.  /tg.  9,  pi.  29). 
Ces  tuyaux  furent  découverts  dans  le  voisinage  de  l'aqueduc 
moderne  du  Pré-Saint-Gervais  ;  cet  aqueduc,  construit  au 
moyen  âge,  se  trouve  donc,  comme  celui  d'Arcueil,  établi  sur 
les  traces  d'un  conduit  d'eau  antique. 

Caylus  et  l'abbé  Lebeuf  ont  vu  des  tuyaux  antiques  en  terre 
cuite  dans  les  ruines  du  monument  romain  du  nord  de 
Montmartre,  qu'on  suppose  avoir  renfermé  un  bain.  La 
somptuosité  de  cet  édifice,  dans  lequel  nous  avons  trouvé 
nous-même  des  fragments  de  placages  de  marbre  blanc  cou- 
verts d'incrustations  indiquant  qu'ils  avaient  servi  de  revê- 
tement aux  parois  d'une  piscine  ou  d'un  réservoir,  fait  sup- 
poser que  ces  tuyaux  en  terre  cuite  n'avaient  pas  été  employés 
par  économie,  mais  à  cause  de  leur  salubrité. 

Il  existe  dans  la  grande  salle  du  Palais  des  Thermes,  à 
Paris,  des  tuyaux  en  terre  cuite,  de  forme  rectangulaire,  qui, 
parleur  position,  semblent  avoir  servi  à  la  conduite  des  eaux. 
11  y  en  a  quatre,  trois  d'entre  eux  s'ouvrent  horizontalement 
dans  les  trois  grandes  niches  qui  sont  en  face  de  la  piscim 
{natalio)  et  qui  contenaient  probablement  des  baignoires  ; 
l'autre  traverse  verticalement  le  sol  près  du  bord  de  la  pis- 
cine, et  communique  avec  l'aqueduc  situé  sous  la  salle.  Sa 
section  est  de  0  m.  15  c.  sur  0  m.  1 1  c. 

Par  l'emplacement  qu'ils  occupent,  ces  tuyaux  semblent, 
avec  quelque  raison,  avoir  servi  de  conduits  d'eau  ;  nous  ne 
le  pensons  pas,  cependant  ;  car,  outre  leur  forme  insolite  et 
désavantageuse  sous  le  rapport  de  la  résistance,  ils  sont  trop 
mal  faits  pour  avoir  servi  à  conduire  des  eaux.  En  passant 
le  bras  dans  celui  qui  est  au  bord  de  la  piscine,  nous  avons 
reconnu  qu'il  était  percé,  sur  le  côté  tourné  vers  le  bassin., 
d'un  trou  qui  prouve  que  c'est  tout  simplement  un  de  ces 
tuyaux  dont' on  revêtait  verticalement  les  murs  des  étuves 
pour  y  faire  circuler  l'air  chaud  de  ïhypocauste.  On  sait  que 
I  les  flancs  de  ces  tuyaux  sont  ordinairement  percés  de  trous. 


389 


HEVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


390 


Cen  tuyaux  ont  été  scellés  dans  la  maçonnerie  de  blocage 
qui  constitue  les  murs  et  l'aire  do  cette  salle,  afin  de  ména- 
ger le  passage  des  tuyaux  en  métal  qui  amenaient  les  eaux 
dans  les  bains.  Une  telle  manière  d'établir  un  passage  dans 
l'épaisseur  d'une  construction  en  Irès-pelils  matériaux  était 
plus  commode  et  plus  expédilive  que  de  le»  maçonner  en  bri- 
ques ou  de  les  mouler  avec  un  mandrin  en  bois  qu'on  aurait 
retiré  après  la  prise  du  mortier. 

Nous  n'avons  pu  savoir  si  les  tuyaux  en  terre  cuite  avaient 
été  employés  au  moyen  âge. 

En  1832,  on  a  découvert  dans  une  fouille,  à  l'ancien  évô- 
ché  du  Mans,  une  conduite  en  poterie  vernissée  en  dedans. 
Son  diamètre  intérieur  est  de  0  m.  094  mil.,  et  son  épai- 
seur  de  0  m.  020  mil.  ;  il  est  logé  dans  une  enveloppe  de 
béton  qui  conserve  encore  une  épaisseur  de  14  centimètres 
tout  autour  ;  mais  celle  épaisseur  a  dû  être  plus  considé- 
rable. 

La  Commission  des  antiquités  do  la  Côte-d'Or  possède  dans 
sa  collection  des  tuyaux  antiques  en  terre  cuite,  trouvés  à 
Mirebeau,  village  situé  entre  Dijon  et  Gray. 

Au  Musée  céramique  de  la  manufacture  de  porcelaines  de 
Sèvres,  on  peut  voir  un  tuyau  de  conduite  antique  en  grès  ; 
il  fut  trouvé  à  Mouirouil-sur-Mer.  Ce  tuyau,  d'une  excel- 
lente pâte,  est  d'un  travail  médiocre.  Il  est  strié  en  spirale 
extérieurement,  par  l'action  du  tour,  et  l'embolture  maie 
porte  un  étranglement  désagréable  à  l'œil  et  désavantageux 
pour  la  circulation  de  l'eau. 

On  a  découvert  aussi  des  tuyaux  antiques  en  poterie  à  Cluny 
(Saône-et-Loire),  à  Garhaix  (Finistère). 

On  a  sans  doute  fait  de  semblables  découvertes  en  beau- 
coup d'autres  endroits,  notamment  dans  le  midi  de  la  France  ; 
et  nous  pensons  qu'il  n'est  peut-être  pas  un  de  nos  dépar- 
tements qui  ne  puisse  fournil-  son  contingent  en  ce  genre  ; 
on  doit  immanquablement  trouver  de  ces  tuyaux  daus  le 
voisinage  des  aqueducs  antiques  de  Nîmes,  Vienne,  Metz, 
Montpellier,  Autuu,  etc.  ;  mais  les  exemples  que  nous  venons 
de  signaler  sur  des  points  très-éloignés  les  uns  des  autres 
sufiiront  pour  démontrer  que  l'usage  des  tuyaux  en  terre 
cuite  était  fort  répandu  dans  l'antiquité  :  si  l'on  a  si  peu  de 
documents  sur  la  découverte  de  ces  objets,  cela  tient  sans 
doute  au  peu  d'intérêt  que  les  tuyaux  en  poterie  moderne  ont 
inspiré  jusqu'à  ces  derniers  temps.  Celle  sorte  de  mépris  ne 
permettait  pas  d'attribuer  h  la  magniQcence  romaine  l'usage 
de  ces  modestes  condniles. 

D'autres  nations  de  l'antiquité  ont  sans  doute  fait  usage  de 
tuyaux  en  poterie,  mate  nous  manquons  de  documents  à  ce 
sujet. 

Si  nous  avons  fait  intervenir  les  noms  des  Grecs  et  des 
Romains  dans  cette  notice,  c'est  moins  pour  faire  de  l'ar- 
chéologie que  pour  démontrer,  par  l'expérience  imposante 
de  ces  peuples  fameux,  que  les  tuyaux  en  terre  cuite  em- 
ployés iivec  intelligence  sont  loin  de  méritir  l'espèce  d'a- 
bandon où  les  ont  laissés  les  modernes.  Si  ceux-ci  eussent 
mieux  étudié  ces  modestes  conduits  daus  les  œuvres  des  peu- 


ples de  l'antiquité,  ils  eussent  pu  en  tirer  d'utiks  ( 
ments  pour  leur  propre  compte. 

Les  Turcs  emploient  aussi  des  tuyaux  en  poterie  dam  leun 
aqueducs  àila  totUéfaxi. 

Les  soutérati  sont  des  conduits  sipholdes  naiené»,  i  l'iattar 
des  aqueducs  antiques  (Voy.  fig.  20.  pi.  29)  :  auiia  tu  liea  de 
traverser  un  vallon  d'un  seul  Jet,  en  dasceodant  faae  ém 
pentes  pour  remonter  l'autre,  ils  forment  une  suite  de  sipbods 
alimentés  les  uns  par  les  autres. 

La  première  branche  du  premier  siphon  dwcaori  le  premier 
versant  du  vallon,  et,  après  une  faible  eourae  horizonlale, 
la  seconde  s'élève  dans  une  construction  pyramidale  0« 
conique  en  maçonnerie.  Au  sommet  tronqué  de  cette  pyra- 
mide est  placée  une  cuvette  dans  laquelle  la  deuxiëma  bcanebe 
du  siphon,  un  peu  moins  longue  que  l'autre,  déverse  l'eao  qui 
passe  ensuite  dans  la  branche  descendante  d'un  deuxième 
siphon  incrusté  dans  la  lace  opposée  de  la  pyramide,  et  ainsi 
de  suite,  de  cuvette  en  cuvette,  jusqu'à  ce  qu'on  soit  arrivé  au 
versant  opposé  du  vallon. 

Cette  disposition  échelonnée,  faite  dans  le  but  d'ériter  lea 
amas  d'air  dans  la  partie  horizontale,  complique  le  travail  et 
augmente  la  dépense. 

Chacun  des  deux  coudes  inférieurs  des  siphons  est  formé 
par  une  pierre  évidée  dans  laquelle  s'emboîtent  les  tuyaux. 
Vitruve,  dans  son  livre  vm,  ehap.  7,  conseille  l'usage  des 
coudes  de  ce  genre,  qu'il  recommande  de  faire  en  une  certaine 
pierre  rouge  très-dure,  afin,  dit-il,  d'éviter  la  rupture  des 
tuyaux  par  le  choc  de  l'eau  dans  les  angles. 

I,es  Romains  employèrent  parfois  des  tuyaux  en  pierre  pour 
la  conduite  des  eaux.  On  en  voit  à  l'amphithéâtre  de  Nîmes 
pour  l'écoulement  des  eaux  pluviaees. 

On  a  aussi  fait  usage  des  tuyaux  en  pierre  au  moyen  âge 
pour  la  conduite  des  eaux.  Nous  en  avons  va  dans  une  Cerme 
monacale  près  de  Châtillon  (Côte-d'Or)  ;  chaque  boni  avait 
environ  2  mètres  de  long.  On  les  avait  percés  au  miliea  de 
leur  longueur  dans  le  but  probablement  de  les  dégorger  an 
besoin.  A  Arles,  près  la  tour  Rolland,  on  a  traoré  dea 
tuyaux  en  pierre  servant  de  descente  de  lieux  d'aisaoee.  Dn 
grand  nombre  d'édiflces  gothiques  ont  des  tuyaux  de  deaoanle 
en  pierre. 

On  pourrait  aussi,  par  économie,  mouler  les  tuyaux  con- 
tinus dans  la  tranchée  même  qni  servirait  de  moule  ezté> 
rieur.  L'intérieur  serait  modelé  par  un  mandrin  eo  tôle  amo- 
vible et  contractile  analogue  à  ceux  dont  en  se  sert  pour 
former  des  tuyaux  de  cheminées  cylindriques.  Ce»  tuyaux 
seraient  faits  au  béton  de  ciment  romain  et  sable,  afin  d'ob- 
tenir une  grande  vitesse  de  prise. 

M.  Fleuret,  ancien  professeur  d'architecture  à  l'Ecole  mi- 
litaire, publia  en  1807  un  ouvrage  in-4*  intitulé  :  De  ran  4e 
composer  les  pitrres  factices.  Il  donne  de  longs  et  ingénieux 
détails,  accompagnés  de  20  planches  in-folio,  sur  la  fabrica- 
tion des  tupux  factices  en  mortier. 

Nous  ignorons  pourquoi  son  système  n'a  pas  pnepéré. 
Peut-être  le  doit-on  à  la  dilBculié  qu'on  avait  alors  de  se  pio- 


391 


KLVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


392 


curer  des  chaux  hydrauliques.  Aujourd'hui  que  nous  sommes 
parfaitement  pourvus  en  ce  genre,  nous  pensons  que  si  son 
système  était  repris,  il  aurait  des  chances  de  réussite. 

Nous  pensons  qu'on  pourrait  établir  ainsi  la  filiation  des 
tuyaux  de  conduite. 

Dans  l'antiquité,  ils  furent  en  plomb  et  en  terre  cuite  ;  au 
moyen  âge,  on  les  fit  en  pierre  et  en  bois.  Tous  les  conduits 
des  anciens  châteaux  de  Liancourt,  Dampierre,  Coulances, 
Chantilly,  étaient  en  bois,  etc. 

Dans  les  temps  modernes,  le  xyii»  siècle  donna  naissance 
aux  tuyaux  en  fonte,  et  le  xix«,  dans  son  éclectisme  universel, 
s'appropria,  modifia,  perfectionna  ou  détériora  parfois  les 
systèmes  des  temps  aniérieurs,  et  y  ajouta  pour  sa  part  les 
tuyaux  eu  terre  factice,  les  tuyaux  en  zinc  bitumés,  aban- 
donnés aujourd'hui  non  sans  raison  ;  ceux  en  fer  étiré  qui 
auraient  de  l'avenir  s'ils  étaient  moins  chers  ;  les  tuyaux  en 
tôle  galvanisée  et  bitumée  à  l'extérieur,  auxquels  l'expé- 
rience seule  pourra  nous  donner  confiance  ;  les  tuyaux  en 
lave  volcanique  d'Auvergne,  forés  à  la  mécanique  et  émaillés 
à  l'intérieur:  leur  plus  grand  défaut  est  d'être  trop  chers  ; 
puis  sont  venus  les  tuyaux  en  verre  et  en  porcelaine,  ma- 
tières susceptibles  d'une  durée  sans  bornes. 

Nous  pensons  toutefois  qu'à  l'avenir  toutes  les  variétés  de 
tuyaux  connus  ou  à  naître  se  résumeront,  pour  la  conduite 
des  eaux  potables,  aux  seules  matières  minérales  non  métal- 
liques, telles  que  les  terres  cuites  non  vernissées,  les  laves 
émaillées,  les  marbres  ou  autres  pierres  dures,  les  pierres 
factices,  les  porcelaines  et  les  produits  de  la  vitrification. 

EXPLICATION   DES   FIGURES   DE   LA   PLANCHE   29. 

Fig.  1 .  Élévation  de  l'aqueduc  siphoïde  de  construction 
pélasgique  à  Patara.  Les  tuyaux  en  terre  cuite  étaient  ren- 
fermés dans  l'assise  de  pierres  posées  de  champ  sur  l'arête 
des  murs. 

Les  fig.  1  6w  et  1  ter  représentent  les  coupes  longitudinale 
et  transversale  du  tuyau  siphoïde  de  cet  aqueduc. 

Fig.  2  et  3.  Élévation  et  plan  de  la  partie  siphoïde  de 
l'aqueduc  gallo-romain  du  Mont  Pila,  entre  Soucieu  et  Chapo- 
nost,  près  Lyon.  A,  cuvette  de  départ  des  siphons  ;  b,  c,  ventre  ; 
d,  cuvette  d'arrivée  des  siphons. 

Fit).  4,  5  et  5  bis.  Plan  et  coupes  de  la  cuvette  de  dépari 
des  neuf  tuyaux  siphoides  en  plomb  (Voy.  .4 ,  plan  général); 
a,  chenal  de  l'aqueduc  ;  b,  bassin  de  la  cuvette  ;  c,  c,  orifices 
des  neuf  siphons. 

Fig.  6.  Profil  d'une  modification  proposée  pour  les  aque- 
ducs siphoides  ;  a,  b,  c,  d,  e,  profil  des  pentes  et  contre- 
pentes  ;  b,  c,  d,  ventre  à  double  pente  ;  c,  point  où  les  siphons 
seraient  munis'd'un  renflement  inférieur  ou  d'un  godet  muni 
d'une  ouverture  d'évacuation. 

Fig.  7.  Coupe  longitudinale  des  tuyaux  en  terre  cuite  de 
l'aqueduc  gallo-romain  de  Chaillot.  —  Fig.  8.  Coupe  trans- 
versale de  ce  conduit  avec  son  revêtement  en  béton. 


Fig.  9.  Coupe  transversale  de  l'aqueduc  gallo  romain  du 
P ré-Saint- Ger vais,  à  Paris. 

Fig.  iO  et  11.  Élévation  restaurée  et  plan  de  l'aqueduc  en 
bois  gallo-romain  à'Enghien-les-Bains.  La  traverse  b,  c,  et  le 
caniveau  a  sont  les  seules  parties  retrouvées.  Le  surplus  de 
lu  fig.  10  est  restitué. 

Fig.  12.  Coupe  longitudinale  d'une  jonction  des  tuyaux 
Reichenecker  indiquant  le  manchon  et  le  joint  lutè. 

Fig.\3  Plan  d'une  de  ces  jonctions  avec  indication  d'un 
branchement  a,  et  d'un  coude  cintré  c. 

Fig.  14.  Coupe  transversale  d'un  de  ces  conduits  posé  sur 
un  prisme  triangulaire  de  mortier  de  chaux  hydraulique 
couché  sur  le  fond  de  la  tranchée. 

Fig.  15.  Coupe  d'une  emboîture  des  tuyaux  en  grès  de 
Baudour  et  Haine-Saint-Pierre,  employés  par  M.  Seguin 
pour  la  conduite  du  gaz.  Ceux  qui  sont  destinés  à  recevoir 
des  branchements  de  distribution  sont  percés  d'un  orifice 
de  0  m.  03  c.  de  diamètre.  Le  tuyau  de  branchement,  généra- 
lement en  plomb,  se  fixe  au  tuyau  en  grès  par  un  collier  à 
vis,  en  fer.  —  Fig.  IG.  Coupe  transversale. 

Fig.  17.  Coupe  longitudinale  d'une  jonction  de  tuyaux  en 
verre  de  Rive-de-Gier,  assemblés  avec  anneau  en  métal  à 
vis. 

Fig.  18  et  19.  Coupe  longitudinale  et  transversale  d'un  tuyau 
de  grand  diamètre  assemblé  à  bride. 

Fig.  20.  Représente  un  système  de  soutérazi. 

a,  b,  départ  et  arriv.  e  du  premier  siphon  ; 

c,  d,  départ  et  arrivé  du  dernier  siphon. 

Les  flèches  indiquent  la  marche  de  l'eau  dans  les  siphons. 

H.  JANNIARD, 
ArcliUecte  du  gouvernement. 


DE   LA   LIBERTÉ   DANS   L'ART 
A  Monsieur  L.nflovlc  VITET. 

Au  lieu  de  se  passionner  pour  telle  ou  telle  forme,  au  lieu  de  nous  donner 
servilement  des  copies,  des  contrefaçons,  que  nos  jeunes  artistes  s'élèvent  à 
un  point  de  vue  plus  large,  plus  intelligent,  et  qu'ils  ne  dérobent  au  passé  que 
ce  qui  peut,  avec  bonheur,  s'approprier  à  notre  époque. 

(L.  nut.) 

Soyons  de  notre  temps. 

(le  Bon  sens,  auteur  trop  peu  consulté.) 


393 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


304 


Le  sens  comman  eut  le  gt'nio  do  l'iinnianiié. 

(Anonyme.) 

L'art  n'a  que  faire  deo  lisières,  dea  Rienollet,  des  bâillons;  il  vods  dit  :  Val 
et  TOUS  lâctiH  dans  ce  grand  jardin  de  poésie  oà  il  n'y  a  pas  de  fruit  défendu. 

{Victor  Hugo.) 

Liberté,  c'est  liberté. 

(MUheUl.) 

Il  y  a  dans  les  arts  une  étemelle  vérité  et  des  formel  pattagére*. 

[Yillemain.) 

Il  peut  être  très-utile  de  s'appuyer  de  l'autorité  de  choses  A*)h  faites,  mais 
les  sots  seuls  demandent  toujours  et  partout  une  semblable  autorité. 

{(icethe.) 

Il  est  absurde  de  supposer  qu'il  exi^e  pour  l'art  une  limite  dernière.  Pour 
que  l'art  avance  il  faut  qu'il  sorte  de  la  voie  déjà  parcourue. 

{Lamennaii.) 

Comme  le  cours  des  choses  de  oo  monde,  la  civilisation  européenne  n'est  ni 
étroite,  ni  exclusive,  ni  stat'Onnaire. 

[Guizot.) 

C'est  de  l'état  intérieur  de  l'homme  que  dépend  l'état  visible  de  la  société. 

{Guizol.) 

L'art  est  un  miroir  qui  reflète  les  hommes  et  l.i  société  co''temporaine. 

{César  Daly,  et  beaucoup  d'autres) 

Monsieur, 

Dans  mon  enfance,  j'avais  un  vieux  professeur  qui  aimait 
heaucoup  à  raconter  de  petites  anecdotes  historiques;  et  comme 
son  érudition  s'épuisait  plus  vite  que  ma  curiosité,  force  lui 
était  de  recommencer  souvent  la  série  de  ses  contes. 

Cette  circonstance  m'a  donné  l'avantage  d'entendre  réciter 
plusieurs  fois  l'histoire  d'un  fameux  roi  saxon,  qui,  se  prome- 
nant sur  les  bords  de  la  mer,  eut  l'ennui  de  reconnaître  que  la 
marée  montante  allait  bientôt  mettre  fin  à  son  excursion. 
«  Votre  puissance  est  sans  bornes,  dit  un  courtisan  au  roi  ; 
commandez  à  la  mer  :  tracez-lui  des  limites,  et  elle  vous 
obéira.  »  Le  roi  commanda.  Mais  la  mer  s'approcha  en  gron- 
dant ;  et  bientôt,  courtisans  et  majesté,  furent  obligés  de  fuir 
devant  l'indocile  océan.  La  morale  de  cette  histoire,  ajoutait 
mon  digne  mentor,  est  facile  à  déduire  :  c'est  qu'il  y  a  des 
mouvements  entièrement  en  dehors  de  notre  contrôle,  des 
forces  dont  nous  ne  saurions  limiter  l'action. 

Quel  dommage,  n'esl-il  pas  vrai,  monsieur"?  que  ce  vieux 
professeur  n'ait  pas  fait  partie  de  la  section  d'architecture 
de  l'Institut,  qui  s'est  efforcée,  pendant  si  longtemps,  de  re- 
tenir l'art,  cet  autre  océan  qui  déferle  toujours,  surime  rive 
lontaine  de  l'histoire  I  Avec  plus  de  sagesse,  l'Institut  aurait 
échappé  au  89  qui  le  menace. 

L'oppression  appelle  la  révolte,  et  la  réaction  est  toujours 
égale  à  l'action  :  l'Institut  ofRciel  avait  décrété  que  chacun 
s'éprendrait  d'une  vive  passion  pour  l'antique,  et  pour  l'an- 
tique seulement  ;  il  est  né  un  Institut  officieux,  qui  veut 
imposer  le  culte  exclusif  du  gothique.  L'idéal  du  premier 
est  dans  les  lignes  horizontales,  le  second  n'admire  que  les 
lignes  verticales  ;  mais  pour  tous  deux,  faire  de  l'art  et  adorer 
des  reliques,  donner  la  vie  ou  galvaniser  des  momies,  c'est 
tout  un.  Pour  le  premier,  comme  pour  le  second,  l'art  n'est 
qu'un  fétichisme. 

Et  le  public  ?  Et  les  artistes  ? 


Los  artistes  sont  lyraoniaé*  par  ces  parti*  extrêmes,  qui 
ont  même  tendresse  pour  l'art  caduc,  même  désir  d'opprimer 
leur  siècle,  et  qui  ne  diffèrent  que  par  l'âge,  l'un  étant  vieux  et 
l'autre  plus  vieux. 

Le  public,  y  compris  les  artistes,  est  traité  en  malade,  eo 
idiot  même  ;  de  par  l'autorité  des  morts  on  ne  lai  laisse  de 
lil>erté  ni  dans  son  goût,  ni  dans  son  sentiment,  ni  dans  sa 
raison. 

<  Tu  ne  boiras  plus  que  chaud,  très-chaud,  même  pendant 
la  canicule,  >  lui  dit-on  à  gauche. 

«  C'est  un  régime  à  la  glace  que  tu  suivras,  même  pendant 
les  froids  les  plus  rigoureux,  •  lui  crie-t-on  à  droite. 

Ici  c'est  Armagnac,  là  Bourgogne  ;  mais  la  France,  mon- 
sieur, la  liberté  de  l'artiste,  la  vérité  et  la  dignité  de  l'art,  qui 
s'en  occupe  ? 

Au  milieu  de  ce  conflit,  quelle  est  la  situation  de  l'artiste 
qui  cherche  consciencieusement  la  vérité  ? 

Deux  prétendus  chœurs,  où  éclatent  des  cris  discordants, 
assaillent  incessamment  ses  oreilles.  Courageux  et  cherchant 
résolilment  le  bien  partout,  espérant  saisir  quelque  son  mélo- 
dieux à  travers  les  notes  stridentes  ou  chevrotantes  que  jettent 
des  voix  trop  émues  de  colère  pour  être  toujours  justes,  il 
écoute,  et  voici  les  hymnes  étranges  qu'il  entend. 

LES   ARTISTES   d'OLTRE-TOMBE. 

Bymne  des  vleam.  Tu   mépriseras  le  Parthénon,  tu 

haïras  le  Panthéon,  et  tu  jetteras  et  Rome  et  Athènes  aux  pieds 
de  Reims  et  de  Chartres.  Phidias  et  Ictinus  seront  pour  toi 
des  impies  à  qui  Dieu  refusa  le  sentiment  du  beau.  Tu 
proclameras  tralti«s  à  l'art  et  contempteurs  du  goût  et 
Rruneleschi  et  Bramante,  et  Léonard  de  Vinci  et  Raphaël,  et 
Michel-Ange  et  Cellini.  Tu  te  feras  plus  liturgique  que  l'Église, 
plus  catholique  que  le  pape.  Tu  annonceras  que  les  succes- 
seurs de  saint  PieiTe  furent  trop  païens  pour  comprendre 
l'art  chrétien,  et  que  le  christianisme  lui-même,  depuis  troi* 
cents  ans,  est  à  ce  point  impotent  et  glacé,  qu'il  n'a  pa 
inspirer  aux  artistes  une  forme  d'art  digne  de  sa  splendeur 
décroissante. 

Hymne  des  plus  vieux.  Tu  n'aimeras  que  l'antique,  tu 
adoreras  la  plate-ljande,  tu  rendras  hommage  au  plein-cintre, 
mais  lu  maudiras  l'ogive.  Tu  étudieras  les  mœurs  et  les  be- 
!:oins  des  vieux  Romains,  et  tu  auras  le  droit  d'ignorer  ceux 
de  ton  pays.  Tu  apprendras  comment  les  anciens  honoraient 
Mercure  le  voleur,  et  Vénus  l'impudique,  et  alors  tu  sauras 
plus  qu'il  n'en  faudra  pour  glorifier  le  Christ,  qui  chassa  les 
voleurs  du  temple,  et  la  Vierge  immaculée,  type  de  pudeur 
et  de  maternité.  Tu  anathématiseras  les  Montereau  et  les 
Luzarche,  qui  ne  connurent  jamais  l'art  grec,  et  lu  chanteras 
les  mérites  de  Vitruve,  qui  ne  le  connut  pas  davantage.  Tu 
dessineras  le  Panthéon  et  le  théâtre  de  Marcellus,  le  théâtre 
de  Marcellus  et  le  Panthéon,  et  encore  le  Panthéon  et  l« 
théâtre  de  Marcellus  ;  car  là  sont  la  loi  et  les  prophètes.  Mais 


)0fi 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


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avant  tout  et  surtout,  tu  maudiras  le  moyen  âge,  ses  pompes 
«t  ses  œuvres,  et  tu  nieras  ses  cathédrales,  en  te  gardant  bien 
de  les  étudier,  dans  la  crainte  de  les  connaître. 

morceau  :rcnsenible.  —  Dfy  inne  des  vieux  réunis. 

Dans  tes  paroles,  rends  hommage  à  la  liberté  de  l'art  ;  mais 
dans  ta  pratique,  que  l'art  soit  l'esclave  de  l'histoire,  un  écho 
de  l'archéologie,  le  serf  de  ses  œuvres  passées. 

Tu  loueras  le  génie  qui  crée,  mais  tu  ne  créeras  que  des 
copies,  tu  ne  composeras  que  d'après  une  recette,  que  suivant 
une  formule  empruntée  à  tes  défunts  prédécesseurs. 

Tu  vanteras  la  loi  du  progrès,  mais  tu  ne  progresseras  qu'à 
reculons.  Au  lieu  de  faire  de  l'art  national  pour  les  vivants, 
tu  imposeras  aux  vivants  l'art  national  des  morts  ;  tu  exhu- 
meras des  ossements,  lu  déterreras  des  cadavres. 

Tu  insulteras  l'avenir,  tu  tyranniseras  le  présent,  tu  ado- 
reras le  passé.  Et  si  tes  contemporains  te  confient  la  noble 
mission  d'élever  un  monument  qui  rappelle  la  grandeur  de 
Dieu,  son  amour  pour  nous,  et  notre  gratitude  envers  lui, 
tu  lui  feras  sa  part,  à  Dieu.  Tu  railleras  les  âmes  religieuses 
qui  voudraient  lui  offrir  la  dime  des  richesses  intellectuelles, 
morales  et  matérielles  accumulées  pendant  les  derniers  siè- 
cles. Tu  ne  lui  donneras  que  ce  qu'on  lui  donnait  jadis,  avant 
les  conquêtes  de  la  grande  industrie,  avant  les  découvertes  de 
la  science  moderne. 

Offrir  à  Dieu  l'hommage  des  trésors  d'intelligence  et  de 
vérité  amassés,  dans  les  derniers  temps,  par  la  contemplation 
de  ses  œuvres,  par  l'étude  de  la  nature  ?  Stupidité  ! 

Traduire  par  la  douceur  et  la  flexibilité  des  formes,  par 
l'harmonie  nuancée  des  couleurs,  les  raffinements  de  senti- 
ments éclos  sous  la  tiède  chaleur  de  la  loi  d'amour  et  de  fra- 
ternité ?  Sensiblerie  I 

Faire  concourir  à  l'édification  et  à  la  décoration  dU  mo- 
nument divin  tous  les  plus  précieux  produits  de  l'industrie 
du  xix»  siècle,  sous  le  prétexte  ridicule  de  témoigner  par  là 
que  toute  richesse  naît  de  l'observance  des  lois  de  Dieu,  toute 
misère  de  nos  révoltes  contre  elles  ?  Prodigalité  absurde  ! 
Gaspillage  inintelligent  ! 

De  toutes  ces  conquêtes  modernes  il  n'est  rien  dû  à  Dieu  ; 
rien,  absolument  rien  ! 


Ainsi  vous  le  voyez,  monsieur,  le  passé,  toujours  le  passé, 
rien  que  le  passé  I  Ces  hommes  ne  s'aperçoivent  pas  que  tout 
marche,  et  que  l'humanité  grandit.  Plus  orgueilleux  que  le 
roi  saxon,  ils  ne  voient  pas  que  la  marée  monte  et  que  déjà 
ses  flots  puissants  les  font  osciller  sur  leurs  pieds.  Us  se  sont 
plongés  si  avant  dans  le  passé  que  la  voix  de  leur  siècle  ne 
parvient  plus  à  leurs  oreilles.  L'archéologie  n'est  plus  pour 
eux  un  instrument  à  l'usage  de  l'art  vivant,  mais  un  but  au- 
quel l'art  vivant  doit  être  sacrifié.  Ce  n'est  plus  d'une  simple 
transmutation  de  métaux  que  s'occupent  ces  alchimistes 
de  nouvelle  espèce,  mais  d'une  transmutation  des  àmea. 
C'est  le  sentiment  et  la  vie  des  temps  écoulés  qu'ils  veulent 


nous  inoculer,  en  nous  soutirant  le  sentiment  et  la  vie  de 
notre  époque.  C'est  le  rajeunissement,  sans  fontaine  de  Jou- 
vence; un  rajeunissement  destiné  à  nous  faire  retomber  de 
l'âge  viril,  où  nous  entrons,  dans  les  premières  années  de 
notre  enfance. 

Il  prit  fantaisie,  un  jour,  à  l'ancien  Parlement  de  Paris,  de 
défendre,  «  à  peine  de  vie,  de  tenir  ni  enseigner  aucune 
maxime  contre  les  auteurs  anciens  et  approuvés.  »  L'ancien 
Parlement,  il  paraît,  était  du  sentiment  des  juges  de  Galilée  ; 
il  ne  voulait  pas  que  la  terre  se  mût,  ni  que  l'influence  des 
années  se  fît  sentir  dans  les  travaux  de  l'esprit.  11  lui  était 
bien  impossible  d'empêcher  les  petits  enfants  de  grandir  jus- 
qu'à taille  d'homme,  à  moins  de  les  emprisonner  dans  des 
étuis  de  métal,  comme  les  Chinoises  font  de  leurs  pieds, 
mais  il  lui  paraissait  très-possible  de  maintenir  le  statu  quo 
intellectuel.  La  France  devait  rester,  comme  l'âne  de  Buridan, 
entre  deux  bottes  de  foin,  symboles  de  l'avenir  et  du  passé, 
sans  mordre  à  l'une  ou  à  l'autre. 

Le  Parlement  de  Paris  croyait  annuler  l'action  du  temps, 
c'était  beaucoup  ;  les  archéologues  artistes  veulent  que  le 
temps  nous  rajeunisse,  c'est  plus  encore.  Le  progrès  artis- 
tique, disent-ils,  consiste  aujourd'hui  à  revenir  sur  ses  pas, 
et  ils  afiirment,  de  manière  à  ne  laisser  aucun  doute  de  leur 
conviction,  qu'il  ne  faut  plus  que  quelques  années  pour  que 
l'art  européen  ait  plusieurs  siècles  de  moins. 

La  raison  finit  toujours  par  avoir  raison.  L'erreur  ne  peut 
que  traverser  l'atmosphère  de  la  pensée  ;  la  vérité  seule  est 
assurée  de  s'y  fixer  à  jamais.  Qu'est-il  advenu  delà  défense 
du  Parlement  ?  Quel  a  été  le  sort  de  toutts  les  tyrannies? 
La  vérité  seule  est  forte.  «  La  sagesse  ne  se  trouve  que  dans 
la  véiiié,  »  dit  Gœthe,  elle  seule  est  certaine  de  surmonter 
tous  les  obstacles.  Or,  que  voulons-nous,  monsieur,  nous  qui 
parlons  ?  Liberté  pour  tous,  afin  que  l'art  soit  vrai. 

Jusqu'aujourd'hui  l'artiste  n'a  connu  qu'une  seule  loi,  la 
loi  de  son  sentiment.  Il  n'a  obéi  qu'à  une  seule  influence, 
l'influence  de  son  temps.  Il  en  fut  ainsi  dans  l'antiquité,  et 
l'antiquité  nous  a  laissé  des  merveilles.  Il  en  fut  ainsi  au 
moyen  âge,  et  le  moyen  âge  nous  a  légué  des  chefs-d'œuvre. 
Les  uns  et  les  autres  sont  des  protestations  contre  la  préten- 
tion de  substituer  l'érudition  au  sentiment,  la  recette  à  l'in- 
spiration, la  tête  seule  à  la  tête  inspirée  par  le  cœur. 

Est-ce  donc  respecter  la  vérité  et  la  justice  que  d'offrir  de 
pâles  copies  d'antiques  et  des  pastiches  gothiques  à  ces  mil- 
lions d'hommes,  nos  concitoyens,  créateurs  des  richesses 
mises  au  service  des  beaux-arts,  et  dont  chaque  parcelle  a 
demandé  pour  naître  une  goutte  de  sueur,  une  larme  d'an- 
goisse ou  un  gémissement  ?  Est-ce  satisfaire  à  leurs  légitimes 
exigences  que  d'offrir  des  imitations  des  vieux  âges  à  ces 
milUons  d'hommes  qui  n'attendent  de  secours  pour  penser, 
aimer  et  travailler,  ni  de  la  cervelle  d'un  sophiste  grec,  ni 
du  cœur  d'un  gladiateur  romain,  ni  des  mains  violentes  d'un 
guerrier  féodal  ?  Les  populations  qui  nous  entourent,  ne 
sont-elles  pas  des  populations  du  xix»  siècle  ?  Attendent-elles, 
pour  aimer  et  pour  haïr,  qu'on  leur  ait  enseigné  comment 


397 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


99^7 


on  aimait  et  on  haïssait  il  y  a  quelques  centaines  ou  quelques 
milliers  d'années?  Ne  sont-ellos  pas  composées  d'hotnmes 
qui  applaudi.ssent  ou  qui  sifQenI  dans  la  liberté  de  leurs  im- 
pressions, et  sans  attendre  qu'un  érudit  leur  vienne  appren- 
dre si  dans  l'antiquité  ou  au  moyen  âge  on  aurait  sifQé  ou 
applaudi  ?  Ces  hommes  n'ont-ils  pas  leurs  idées  à  enx,  lenrs 
besoins,  leurs  habitudes  ?  Ne  sont-ils  pas  de  leur  temps,  àme 
et  corps  ?  Ne  soiit-iis  pas  vos  juges  ? 

Ce  sont  leurs  idées  qu'il  faut  exprimer,  leur  senthnent 
qu'il  faut  émouvoir,  et  non  les  idées  do  Thémistocle  ou  les 
sentiments  des  troubadours.  Vraiment,  à  entendre  cette  pré- 
tention, aussi  immense  que  folle,  d'imposer  à  ce  siècle  vivant 
et  debout  les  goûts  de  siècles  depuis  longtemps  couchés  dans 
la  tombe,  on  prendrait  tous  ces  vieillards  rétrogrades  pour  des 
Titans  ressuscites  1 

Mais  la  France,  monsieur,  est-elle  à  ce  point  dénuée  d'in- 
telligence, de  cœur  et  de  force  ?  son  âme  est-elle  à  ce  poinU 
anéantie,  qu'on  ait  le  droit  de  lui  jeter  sur  le  corps  le  linceul 
des  morts? Car  tous  ces  monuments  archéologiques,  toutes 
ces  réminiscences  d'outte- tombe  qu'on  lui  veut  imposer, 
ce  sont  des  vêtements  qui  ont  été  fabriqués  pour  des  sociétés 
trépassées,  vêlements  qui  furent  faits  pour  se  prêter  à  leurs 
mouvements,  pour  satisfaire  à  leurs  besoins,  et  non  pas  aux 
nôtres. 

Le  -MX»  siècle  a  une  individualité  trop  marquée  pour  la 
cacher  sous  les  formes  d'un  autre  temps. 

Il  croit  au  progrès,  il  respecte  le  passé,  il  veut  la  liberté. 

Il  se  recueille  pour  calculer  ses  ressources  et  combiner 
ses  mouvements.  Calme  comme  la  force,  et  libéral  comme 
l'aflection,  il  ne  rejette  aucun  des  enseignements  de  l'expé- 
rience ;  il  interroge,  au  contraire,  toutes  les  époques  ;  il  ac- 
cueille tous  les  efforts  qui  ont  le  progrès  pour  objet,  et  la 
cohorte  archéologique  a  sa  tâclie  marquée  dans  le  travail 
collectif.  Elle  est  chargée  de  rechercher  et  d'enregistrer  les 
richesses  créées  par  les  sociétés  qui  nous  ont  précédés,  afin 
que  les  artistes  et  les  savants  puissent  en  retirer  tout  ce  qui 
perut  encore  nous  servir  :  le  reste  sera  abandonné. 

Cette  recherclie  ne  devra  pas  se  borner  au  moyen  âge, 
comme  le  veulent  quelques-uns,  ou  se  limiter  à  la  civilisation 
gréco-romaine,  comme  le  déairesaient  quelques  antres  ;  mais 
elle  doit  s'étendre,  comme  nous  l'écrivions  il  y  a  onze  années, 
à  tous  les  temps  et  à  tous  les  pays. 

Comment  donc,  monsieur,  renfermer  dans  un  des  casiers 
du  passé  ce  xix°  siècle  qui  s'assioùie  la  substance  utile  de 
tous  les  siècles  qui  l'ont  précédé  ?  Gomment  former  la  langue 
artistique  de  notre  temps  avec  qwelqota  waoo  des  lettres  seule- 
ment qui  doivent  composer  son  alphabet  ? 

L'art  du  xix«  siècle  sera  formé  à  l'image  des  grandes  ca~ 
thédrales  du  moyen  âge,  auxquelles  contribuaient  tous  les 
peuples  chrétiens.  Chaque  époque  apportera  sa  pierre  à 
l'œuvre  nouvelle  ;  mais  de  l'arrangement  harmonieux  des 
matériaux  sortira  cne  puissance  inconnue  qui  n'était  dans 
aucun  des  éléments  isolés.  Chaque  génération  fournit  ses 
enseignements  :  recueillons-les,  mais  que  ce  soit  pour  en 


profiter,  en  essayant  de  mieax  Caire  qoe  nos  4le«aaciera.  CMt 
seulement  de  cette  manière  que  nooi  pravons  témoigiwf  i 
nos  prédéeemeurK  le  prix  qne  nous  «ItMbon  i  lear  9Kfé 
rience.  Refaire  volontairement  ce  qu'ils  ont  fitit,  et  rien  ^oe 
cela,  fortifiés  que  nous  sommes  de  rexpérience  qu'ils  n'a- 
vaient pas,  serait  une  lâcheté  indigne  ;  ce  serait  établir  oo 
priticipe  qne  tous  les  hommes  religietn  repousseront,  â 
l'exemple  du  Clirist,  qui  condamna  sévèrement  le  mainrai» 
serviteur,  coupable  d'avoir  enterré  l'argent  de  son  nuMre, 
au  lieu  de  le  faire  fructifier  par  le  travail  ;  un  principe  que 
répudiera  tout  homme  de  raison,  tout  esprit  pliilosophiqne, 
comme  une  protestation  contre  le  progrès  et  contre  la  nécM* 
site  qui  incomlje  A  l'homme  de  se  perfectiomier  ;  un  principe, 
enfin,  qui  révoltera  tout  artiste  parce  qu'il  lue  l'art.  L'art  est 
créateur  de  son  essence  ;  la  reproduction  constante  des  mêmes 
types  est  du  domaine  de  l'industrie. 

[m  liberté  dans  le  présent,  la  foi  dans  Favenir,  le  respect 
pour  le  passé,  tels  sont,  monsieur,  les  [principes  qne  nous 
avons  toujours  propagés  dans  cette  Kevue,  principes  d'ex- 
pansion et  de  progrès,  de  xérilé  et  de  justice.  Tels  étaient 
ceux  que  nous  exposions  dans  la  presse  quotidienne  avant 
de  fonder  le  recueil  que  nous  dirigeons  aujourd'hui  ;  et 
maintenant  nous  les  opposons  aux  théories  des  hommes  qui 
veulent  nous  imposer  des  formes  d'art  arrachées  à  latonab» 
et  qu'enveloppe  le  linceul  des  siècles. 

Sommes-nous  seul  à  réclamer  la  liberté  pour  tout  le  monde  T 
Sommes-nous  seul  â  demander  qu'aucnn  sentiment  légitime 
ne  soit  opprimé,  que  tout  artiste  soit  libre  d'écouler  les  inspi- 
rations de  son  génie  et  la  voix  de  son  époque? 

Non,  Dieu  merci,  monsieur,  nous  ne  sommes  pas  seul  ;  car, 
tandis  que  les  architectes,  réservés  par  amour  du  repos  oo 
par  une  indifTérence  coupable,  muets  par  crainte  de  la  lutte, 
i;t,  il  Tant  le  dire,  silencieux  souvent  par  ignorance  des 
théories  philosophiques  de  l'art,  se  montraient  timides  et 
hésitaient  à  se  prononcer  franchement  dans  une  question  wk 
grave,  qui  pourtant  les  intéressait  à  un  si  haut  degré,  une 
voix  amie  et  puissante  s'est  fait  entendre  ;  le  cri  de  c  senti- 
nelle, veillez  !  »  parti  des  cdtes  de  la  Normandie,  a  édalé  av 
milieu  de  ce  profond  silence. 

Oui,  artistes,  veillez  à  conserver  la  liberté  de  me  esa- 
sciences  ;  veillez  à  la  dignité  de  l'art  et  à  la  défense  de  aos 
droits. 

On  a  conquis  dans  ce  pays,  la  reconnaissance  en  principe 
de  la  liberté  politique,  de  la  liberté  sociale,  de  la  liberté  reli- 
gieuse, et  on  perdrait  la  liberté  de  l'art  qui  a  pour  misaioo  d» 
refléter  ces  autres  libertés  ! 

On  proclame  la  liberté  de  la  presse,  c'est-â-dire  de  la  pt^- 
rôle  écrite,  et  on  nierait  celle  de  l'arf,  c'est-à-dire  de  !■ 
parole  chantée,  sculptée,  peinte  ou  bâtie  !  On  n'aurait  phis 
le  droit  d'obéir  aux  inspirations  qui  sollidteni  l'âme  de  Vm^ 
tiste,  qui  l'emportent  dans  les  hauteurs  o*  flotleat  les  idées 
et  les  types  que  le  génie  incame,  â  la  gloire  de  Dieu,  et  peor 
le  bonheur  de  tous  ! 

Onels  sont  les  hommes  qui  se  posmt  ainsi  eit  Dieux,  àtm 


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RP:VUE  de  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


4(:0 


nant  leurs  infimes  impressions  comme  la  règle,  le  canon,  la 
norme  de  ce  qui  est  permis  ou  défendu  à  leurs  semblables  ? 

Quels  sont  les  insensés  qui  ont  à.  ce  point  bu  à  la  coupe  de 
l'orgueil,  que  dans  leur  folle  ivresse  ils  se  posent  comme 
résumant  tonti's  les  facultés  répandues  par  Dieu  dans  ce 
xix«  siècle?  Car  pour  interdire  à  tous  de  consulter  leurs 
sympathies  instinctives,  pour  donner  son  sentiment  à  soi 
comme  seul  légitime,  il  faut  avoir  reçu  du  ciel  une  part  plus 
large  à  soi  seul  que  tous  les  autres  réunis. 

Les  temps  sont  passés  où  l'art  se  débattait  entre  l'anti- 
quité primitive  des  Étrusques  ou  des  Grecs  et  l'antiquité 
plus  avancée  des  Romains  de  l'empire  ;  il  ne  s'agit  plus  d'un 
combat  singulier  entre  la  basilique  de  Pœstum  et  le  Pan- 
théon, entre  les  portes  de  Perugia  et  le  temple  d'Anlonln  et 
Faustine.  Depuis  lors  le  champ  de  la  lutte  s'est  agrandi,  le 
moyen  âge  tout  entier  s'est  jeté  dans  la  bataille,  les  partis 
se  sont  mêlés,  de  nouvelles  prétentions  ont  surgi,  de  nou- 
veaux et  de  plus  ardents  jouteurs  se  sont  avancés,  les  an- 
ciennes alliances  comme  les  anciennes  inimitiés  se  sont 
rompues,  des  faits  on  est  arrivé  aux  principes,  et  aujour- 
d'hui c'est  entre  la  liberté  et  la  servitude  de  l'art,  entre  le 
génie  qui  cherche,  qui  crée,  et  le  talent  qui  reproduit,  qui 
copie,  entre  une  naissance  et  une  résurrection  qu'il  faut 
prononcer. 

Au  moment  d'aborder  de  si  graves  questions,  on  regarde 
involontairement  autour  de  soi  pour  compter  ses  alliés  et  ses 
adversaires,  et  c'est  avec  un  profond  bonheur  que  les  amis 
de  la  liberté  de  l'art  voient  dans  leurs  rangs  des  illustrations 
qui  s'appellent  Yictor  Hugo,  Michelet,  Villemain,  de  Lamen- 
nais, Guizot,  etc.,  etc.,  et  dont  les  pages  éloquentes  portent 
de  si  nombreuses  protestations  en  faveur  de  notre  cause. 
Ils  sont  pleinement  rassurés  lorsque  des  artistes  tels  que 
MM.  Duban,  Labrouste ,  Constant-Dufeux,  Moreau,  Rey- 
naud,  etc.,  etc.,  propagent  dans  leurs  enseignements  et  dans 
leurs  œuvres  les  principes  de  liberté  et  de  progrès.  Ils  sont 
heureux,  enfin,  lorsqu'un  homme  comme  vous,  monsieur,  dont 
la  vie  a  été  presque  entièrement  dévouée  à  l'art,  malgré  les 
sollicitations  de  la  politique,  consacre  sa  plume,  sa  parole  et 
sa  légitime  influence  à  faire  prévaloir  le  principe  de  la  liberté 
dans  l'art  et  de  la  foi  dans  l'avenir. 

Écoutons  toutes  ces  bouches  éloquentes  qui  résument  le 
savoir  et  qui  révèlent  le  sentiment  de  leur  siècle. 

—  Yictor  Hugo,  a  L'art  n'a  que  faire  des  lisières,  des  me- 
nottes, des  bâillons  :  il  vous  dit  :  Va  !  et  vous  lâche  dans  ce 
grand  jardin  de  poésie,  où  il  n'y  a  pas  de  fruit  défendu.  »  Le 
grand  p(  ëte  «  insiste,  dit-il,  sur  ces  idées,  si  évidentes  qu'elles 
paraissent,  parce  qu'un  certain  nombre  d'aristarques  n'en  est 
pas  encore  à  les  admettre  pour  telles,  » 

—Michelet.  Liberté  c'est  liberté  »  s'écrie  le  chaleureux 
professeur  du  collège  de  France,  qui  ne  veut  pas  plus  que 
M.  Victor  Hugo  qu'on  bâillonne  la  science  ou  qu'on  empri- 
sonne l'art. 

Yillemain.  «  Il  y  a  dans  les  arts  une  éternelle  vérité  et 

des  formes  passagères.  La  vérité,  c'est  ce  qui  touche  au  fond 


du  cœur  de  l'homme  ;  le  reste  n'est  qu'un  vêtement  qui  change 
avec  la  saison.  » 

Et  encore  :  «  Nous  sommes  éclectiques  en  ce  sens  que  nous 
aimons  tout  ce  qui  est  beau,  ingénieux,  nouveau,  n'importe 
quelle  soit  l'école.  » 

Et  encore  :  «  Les  langues  (lisez  :  les  arts  en  général)  ne 
remontent  pas  :  quand  elles  ont  commencé  à  s'altérer,  elles 
continuent.  » 

—  Lamennais.  «  11  est  absurde  de  supposer  qu'il  existe 
pour  l'art  une  limite  dernière  éternellement  infranchissable. 
Ce  qui  trompe  à  cet  égard,  c'est  qu'au  lieu  de  considérer 
l'Art  dans  ses  relations  générales  avec  le  Vrai,  d'où  émane 
le  Beau,  on  le  considère  dans  ses  relations  avec  une  con- 
ception particulière  du  Vrai.  Or,  cette  conception  une  fois 
reproduite,  aussi  parfaitement  qu'elle  peut  l'être,  sous  la 
forme  qui  est  celle  'de  l'Art,  il  est  certain  que  l'Art,  ayant 
épuisé  le  type  fini  du  Beau  correspondant  à  cette  conception 
finie  du  Vrai,  et  ne  pouvant  aller  au  delà,  ne  saurait  désor- 
mais, ou  que  tourner  dans  le  même  cercle,  ou  que  décliner 
et  se  corrompre.  Il  faut  pour  avancer  qu'il  sorle  de  la  voie 
déjà  parcourue,  que  par  une  conception  plus  parfaite  du  Vrai 
et  du  Bien,  il  découvre  un  type  plus  parfait  du  Beau  ;  et  comme 
la  conception  croît  toujours,  se  développe  toujours,  l'Art 
pareillement  croît  et  se  développe,  sans  qu'il  soit  possible  d'as- 
signer à  son  progrès  aucunes  bornes. 

»  L'art  n'est  que  la  forme  extérieure  des  idées,  l'expres- 
sion du  dogme  religieux  et  du  principe  social  dominant  à 
certaines  époques.  Imiter  l'art  ancien,  le  reproduire  est  donc 
un  précepte  absurbe  et  faux  ;  parce  qu'il  exigerait  que  l'ar- 
tiste filt  pénétré  de  la  conception  antique,  qu'il  y  crût  ;  parce 
que  cette  conception  ne  représenterait  point  l'état  actuel  de 
l'intelligence  et  de  la  société...  Maintenant  l'art  tend  à  sortir 
de  son  abaissement,  exprime  à  sa  manière  l'inquiète  recherche 
d'un  type  du  beau  correspondant  à  l'idée  inconnue,  au  dogme 
pressenti,  mais  obscur  et  confus  encore,  que  l'humanité  en 
souffrance  appelle  ardemment. 

(1  Pendant  que  s'opère  l'enfantement  de  la  société  nouvelle 
encore  inconnue,  pendant  que  s'élabore  au  fond  de  l'intelli- 
gence générale  la  conception  correspondante  au  type  futur 
du  Beau,  l'Art  sommeille,  ou  ne  présente  que  des  reproduc- 
tions altérées  de  l'ancien  type,  de  froides  imitations  que 
n'anime  point  le  souffle  de  vie,  et  des  efforts  en  partie  aveu- 
gles, d'imparfaites  ébauches  où  se  révèle  seulement  une  sorte 
de  vue  lointaine  et  confuse  du  modèle  que  peu  à  peu  le  temps 
dévoilera.  » 

—  Guizot.  «  La  civiUsation  est  très-jeune,  il  s'en  faut  bien 
que  le  monde  en  ait  mesuré  la  carrière.  »  Donc  l'art,  cette 
forme  extérieure  de  la  société,  est  aussi  très-jeune,  et  il  s'en 
faut  bien  que  le  monde  en  ait  encore  mesuré  la  car- 
rière. 

Lisez  encore  :  «  La  civilisation  européenne  est  la  fidèle 
image  du  monde  :  comme  le  cours  des  choses  de  ce  monde 
elle  n'est  ni  étroite,  ni  exclusive,  ni  stationnaire.  » 

Et  encore  :  «■  Je  suis  convaincu  qu'il  y  a  une  destinée  gé- 


401 


REVUE  DE  L'AKCHITECTUKE  ET  DES  TUA  VAUX  l'LBLICS. 


403 


nérale  de  l'humanité t  >  Et,  par  conséquent,  une  destinée 
générale  de  l'art  qui  est  la  parole  de  l'humanité. 

—  L.  Vitet.  Ce  ne  sont  pas  quelques  extraits  que  nous  vou- 
drions mettre  à  crtté  de  votre  nom,  monsieur,  mais  des  mé- 
moires entiers,  car  peu  de  personnes  dans  la  presse  française 
ont  rendu  autant  de  services  (jue  vous  à  la  cause  générale 
de  l'art.  Il  n'y  a  pas  une  branche  spériale  des  beaux-arts 
qui  ne  vous  doive  des  éclaircissements,  pas  une  classe  d'artistes 
à  laquelle  vous  n'ayez  fourni  des  enseignements  précieux  ou 
d'heureuses  inspirations.  La  musique  ,  la  peinture  ,  la  sculp 
ture,  l'architecture,  la  littérature,  ont  absorbé  tour  à  tour 
vos  heures  d'études  et  vos  minutes  de  loisir.  Vous  êtes,  sans 
contredit,  monsieur,  un  de  ceux  qui  ont  le  plus  contribué 
au  développement  des  études  d'archéologie  nationale  en 
France,  et  cependant  votre  respect  pour  le  passé  ne  vous 
a  pas  fait  oublier  votre  devoir  envers  le  présent  et  envers 
l'avenir,  et  en  cela  vous  avez  fait  preuve  d'un  jugement  sûr 
et  d'un  tact  rare. 

Rien  n'était  plus  facile,  en  effet,  dans  votre  position 
exceptionnelle  de  vice-président  de  la  Commission  des  mo- 
numents historiques,  de  membre  du  Comité  historique  des 
arts  et  monuments,  d'auteur  et  de  promoteur  de  nombreux 
travaux  archéologiques,  que  de  vous  exagérer  l'importance 
de  l'archéologie  nationale  et  de  laisser  pencher  en  sa  faveur 
la  balance  de  la  justice,  sans  cesser  un  moment  de  vous 
croire  fort  impartial  et  très-dévoué  à  l'art.  U  n'en  a  pas  été 
ainsi.  Vous  venez ,  monsieur ,  de  couronner  vos  travaux 
passés  par  un  acte  de  justice  envers  l'art  contemporain  et 
de  probité  intellectuelle  qui  honore  également  votre  esprit  et 
votre  caractère. 

A  la  dernière  séance  générale  de  la  Société'  des  antiquaires 
de  Normandie,  en  votre  qualité  de  président  de  la  Société, 
vous  avez  prononcé  un  discours  que  nous  regrettons  de 
n'avoir  pu  donner  dans  un  précédent  numéro.  On  y  trouve 
des  pensées  dignes  du  savant  et  élégant  rédacteur  de  l'ancien 
Globe,  digne  d'un  futur  ministre  des  beaux-arts,  si  jamais 
on  dote  le  pays  d'un  si  précieux  ministère,  t  Jamais,  dites- 
vous,  dans  ce  monde  l'art  ne  s'est  produit  deux  fois  sous 
la  même  forme,  ou  bien  la  seconde  fois  ce  n'était  que  du 
métier. 

M  Honneur  à  ceux  qui,  même  aujourd'hui,  ne  désespéreront 
pas  d'inventer  une  architecture  nouvelle,  c'est-à-dire  une 
combinaison  de  lignes  et  tm  système  d'ornementation  qui 
n'appartiennent  qu'à  notre  époque  et  qui  en  perpétuent  le 
souvenir!  » 

«  Une  nrrhifecture  qui  sait  s'arrommoder  au  besoin  de 
son  temps  n'est  jamais  ni  banale,  ni  insignifiante.  Elle 
exprime  quelque  chose,  elle  a  une  physionomie,  ce  qui  est  déjà 
un  certain  genre  de  beauté.  • 

L'archéologie    du  moyen  âge  (et   toutes    les  autres)  sera 
d'autant  plus  prospère,  elle  obtiendra  d'autant  plus  de  resptct 
T.  vit. 


et  de  crédit,  quelle  ne  se  mêlera  que  de  ce  qui  la  regarde.  » 
Certes,  monsieur,  si  nous  étions  professeur  d'architecUire, 
nous  ferions  graver  ces  quatre  9phorisine<  sur  les  quatre 
murs  de  l'atelier  de  nos  élèves;  ne  l'étant  pas,  nous  les  con- 
signons ici  en  les  recommandant  &  la  méditation  de  tous  i« 
homme»  qui  aiment  sincèrement  l'art  et  son  histoire. 

Du  reste,  ce  ne  sont  pas  quelques  passages  isolés  de  ee 
remarquable  discours  que  nous  voudrions  communiquer  & 
ceux  qui  aiment  les  arts  et  se  préoccupent  de  leur  destinée, 
c'est  le  texte  complet  que  nous  vous  demandons  la  permis- 
sion de  rappeler  ici,  car  il  comptera  désormais  parmi  les 
documents  importants  de  l'histoire  de  l'art  contemporain. 

DIWCOUBW    DK   M.    Ludovic     VITRT. 

Si  nos  monuments  historiques  commencent  à  être  entourés  de 
quelque  vénération,  s'ils  sont  dotés  avec  moins  de  parcimonie, 
si  nous  pouvons  sans  témérité  concevoir  l'espéranctf  de  irao»» 
mettre  à  nos  neveux  ces  nobles  créations  du  génie  de  nos  pères, 
c'est  à  vous,  Messieurs,  je  n'hésite  pas  à  le  dire,  que  le  promicr 
honneur  en  appartient.  Lorsqu'il  y  a  vingKinq  ans  vous  jeties 
les  b^ses  de  votre  société  nais.«ante,  qui  songeait  à  arrêter  le 
marteau  des  démolisseurs  ?  Quelques  plaintes  éloquentes,  quel- 
ques poétiques  imprécations  avaient  bien  eaaajé  de  se  (aire  en- 
tendre, mais  ces  voix  isolées  s'étaient  évanouies  sans  rencontrer 
d'échos.  L'œuvre  de  destruction  se  contiuuait  avec  peraévénoce; 
le  public  assistait  sans  émotion,  sans  regret,  quelqu-fois méflM 
avec  un  secret  plaisir,  à  la  chute  de  ces  vieux  édiOccs  qu'on  lui 
avait  appris  à  dédaigner  au  nom  des  règles  de  l'art  et  à  railler  au 
nom  de  la  philosophie.  Rien  ne  semblait  pouvoir  mettre  un 
terme  à  celte  barbare  indiiïérence.  Cependant  lorsqu'on  apprit 
que  dans  une  de  nos  provinces,  dans  ce  pays  justement  nommé 
la  terre  classique  du  bon  sens  et  de  la  raison,  quelques  hommee 
sérieux  et  cultivés  s'étaient  associés  pour  proléger,  pour  nom- 
tenir  debout  ce  que  partout  on  renversait;  lorsqu'on  sut  qu'ils 
ne  se  bornaient  pas  à  signaler  dans  ces  monuments  des  beautés 
jusque  là  méconues,  mais  qu'ils  leur  demandaient  comme  à  des 
témoins  sûrs  et  fidèles  de  nouveaux  renseignements  sur  notre 
histoire,  qu'ils  découvraient  dans  les  difTéreots  nxtdes  de  leur 
construction  le  secret  de  leurs  origines  et  préparaient  ainsi  ka 
éléments  d'une  science  nouvelle,  ce  fut  un  trait  de  lumière  qui 
aussitôt  frappa  les  esprits  attentifs,  et  de  ce  jour,  dans  le  pabKc 
Itii-méme,  commença  sourdement  un  mouvement  de  résdkxi. 
L'eiïel  ne  s'en  fil  pas  immédiatement  sentir  :  les  idées  neuves  el 
fécondes  ont-elles  jamais  triomphé  sans  combat  ?  Vous  eûtes  à 
soutenir  des  luttes  laborieuses,  et  pendant  loaglemps  il  tous 
fallut  souffrir  que  votre  zèle  conservateur  passât  aux  yeux  da 
plus  grand  nombre  pour  une  sorte  de  mooomanie  ;  mais  le  germé 
que  vous  aviez  déposé  allait  se  développant  ;  les  esprits  les  pks 
rebelles  s'ouvraient  h  la  lumière.  Bientôt,  dans  la  plupart  de  nos 
provinces,  des  sociétés  semblables  à  to  vAlre  se  fumièrent  spoo- 
tanémeut  et  vinrent  en  aide  aux  efforts  de  vos  adeptes  isolés. 
Enfin,  le  gouvernement,  auxiliaire  plus  puissant  encore,  sa 
épousant  votre  cause,  acheva  de  décider  la  victoire.  Ai^ourd'hui 
cette  vctoire  est  complète  :  à  quelques  exceptions  près,  de  jour 
en  jour  plus  rares,  personne,  à  l'heure  qu'il  est,  ne  se  fait  gloire 
d'élre  vandale,  ni  même  indifTérent.  et  tout  semblerait 
inviter  à  jouir  en  paisibles  spcctsieurs  d'un  succès  si  I 


403 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRWAUX  PUBLICS. 


404 


Mais  vous  ne  l'ignorez  pas,  Messieurs,  rien  de  si  périlleux  que 
le  succès.  Ce  n'est  pas  le  moment,  croyez-moi,  d'abandonner 
votre  œuvre  et  de  rentrer  dans  le  repos.  Une  tâche  nouvelle  et 
non  moins  difficile  vous  est  encore  réservée.  Après  avoir  si  puis- 
samment coutribué  à  réhabiliter  les  chefs-d'œuvre  du  moyen 
âge,  vous  n'avez  pas  tout  fait  pour  eux:  il  vous  reste  à  les  dé- 
fendre contre  l'enthousiasme  exclusif  de  quelques-uns  de  leurs 
admirateurs.  Apès  avoir  planté  les  premiers  jalons  d'une  nou- 
velle archéologie,  il  vous  faut  prendre  soin  qu'elle  ne  s'égare  pas 
hors  de  ses  vraies  limites,  et  surtout  ne  pas  permettre  que,  par 
une  usurpation  profane,  elle  envahisse  un  domaine  qui  n'est  pas 
le  sien,  le  domaine  de  l'art.  Personne  avec  autant  d'autorité  que 
vous  ne  saurait  faire  entendre  certaines  vérités,  certains  avertis- 
sements. Vous  avez  un  droit  incontestable  à  ne  pas  laissr  altérer 
les  idées  que  vous  avez  mises  au  jour  et  à  séparer  ce  que  vous 
croyez  essentiellement  vrai  de  ce  qui  n'est  que  mode,  caprice  ou 
rêverie.  Donnez-vous  donc  cette  mission  nouvelle  ;  soyez  les  mo- 
dérateurs d'un  mouvement  que  vous  avez  si  heureusement  pro- 
voqué. C'est  par  là  que  vous  affermirez  votre  ouvrage,  et  que  vous 
ajouterez  de  nouveaux  services  à  tous  ceux  que  vous  nous  avez 
rendus. 

Jusqu'à  présent,  je  dois  me  hâter  de  le  dire,  le  danger  que  je 
vous  signale  n'est  pas  encore  bien  grand  ;  mais,  vous  le  savez, 
tout  parti  qui  triomphe  a  dans  ses  rangs  certains  esprits  pour  qui 
c'est  un  résultat  misérable  et  vulgaire  d'avoir  atteint  le  but:  ils 
ne  sont  vraiment  contents  que  lorsqu'ils  le  dépassent.  Tâchez 
que  leur  exemple  ne  soit  pas  contagieux.  Les  meilleures  causes 
sont  si  vite  perdues  par  ceux  qui  les  servent  sans  mesure  et  sans 
discernement  ! 

Voulous-nous  affermir  dans  l'estime  et  dans  l'admiration  de 
tous  celte  architecture  du  moyeu  âge  que  nous  aimons,  et  dont 
les  sublimes  beauLés  nous  ont  si  souvent  causé  de  si  vives  et  si 
sincères  jouissances  :  gardons-nous  de  pousser  jusqu'à  l'hyper- 
bole les  sentiments  qu'elle  nous  inspire.  Si  nous  allions  tout 
exalter  en  elle,  tout  jusqu'à  d'incontestables  imperfections,  si 
nous  voulions  attacher  un  bens  précis  à  tout  ce  qu'elle  a  pu  faire, 
trouver  une  intention,  un  mystérieux  langage  dans  chaque 
pierre,  dans  la  moindre  moulure,  dans  chaque  coup  de  ciseau, 
nous  ne  tarderions  pas,  croyez-moi,  à  perdre  la  meilleure  partie  du 
terrain  que  nous  avons  conquis;  et  si,  comme  souvent  il  arrive, 
notre  enthousiasme  tournait  à  l'intolérance;  si,  par  prédilection 
pour  l'ogive,  nous  allions  déclarer  la  guerre  à  l'architrave,  user 
de  représailles,  et,  en  souvenir  d'une  longue  proscription,  essayer 
de  proscrire  à  notre  tour  tous  les  styles  hors  notre  style  favori, 
soyez  certains  que  nous  aurions  bientôt  provoqué  une  de  ces 
justes  et  redoutables  réactions  auxquelles  on  ne  résiste  pas.  Nous 
ne  sommes  pas  encore,  Dieu  merci,  témoins  de  pareilles  impru- 
dences; mais  il  faut  tout  prévoir,  et  les  sages  conseils  que  nous 
vous  prions  de  donner  ne  seront  certainement  pas  superflus. 

Ce  que  nous  disons  des  monuments  du  moyen  âge  et  de  l'ar- 
chitecture qui  les  a  produits,  il  faut  le  dire  également  de  cette 
science  qui  les  décrit  et  les  commente,  de  cette  science  à  peine 
adulte,  mais  pleine  d'avenir,  dont,  les  premiers  parmi  nous, 
vous  avez  constaté  l'existence  et  à  laquelle  vous  nous  avez  ini- 
tiés. Permettez  que  pour  elle  aussi  nous  réclamions  votre  sollici- 
tude; elle  a  grand  besoin,  poir  se  maintenir  dans  la  bonne  voie, 
de  rester  quelque  temps  encore  soumise  à  vos  paternelles  leçons. 
Deux  sortes  d'adversaires  bien  différents  peuvent  la  mettre  en 


péril  :  ceux  q'ii  ne  croient  pas  à  elle  et  ceux  qui  y  croient  trop. 
Jusqu'ici  vous  n'avez  eu  à  la  défendre  que  contre  le  scepticisme, 
et  vous  l'avez  défendue  avec  de  bonnes  armes,  c'est  à-dire  avec 
vos  exemples,  avec  vo.'-  solides  travaux,  avec  vos  excellents 
essais  de  classification  ;  vous  avez,  en  lui  mot,  prouvé  le  mou- 
vement en  marchant.  Aussi  les  sceptiques  ne  font-ils  plus  qu'une 
ombre  de  résistance;  peut-être  ne  reconnaissent-ils  pas  encore  à 
l'archéologie  du  moyen  âge  la  môme  importance,  les  mêmes 
droits  qu'à  ces  archéologies  romaine,  grecque,  égyptienne  et 
asiatique  dont  la  légitimité  est  depuis  si  longtemps  étaîjlie  ;  ils  la 
croient  de  moins  noble  maison  et  ne  lui  pardonnent  pas  complè- 
tement son  origine,  mais  ils  n'osent  plus  lui  contester  son  carac- 
tère scientifique;  ils  avouent  que  les  observations  qu'elle  recueille 
reposent  sur  une  base  expérimentale  et  qu'il  peut  en  résulter 
d'utiles  et  sérieuses  conclusions.  Nous  aurions  donc  cause  gagnée 
si  nous  n'avions  à  faire  qu'aux  incrédules  ;  mais  les  croyants  sont 
là  qui,  par  excès  de  zèle  et  avec  les  meilleures  intentions,  me- 
nacent de  tout  compromettre.  A  les  entendre,  c'est  un  déni  de 
justice  envers  l'archéologie  du  moyen  âge  que  de  la  confondre 
sur  le  pied  d'égalité  avec  les  autres  archéologies.  Il  faudrait  lui 
rendre  hommage  comme  à  l'archéologie  par  excellence,  comme 
à  une  science  supérieure  et  pour  ainsi  dire  révélée,  qui  n'a  be- 
soin ni  de  justifier  ce  qu'elle  explique,  ni  de  prouver  ce  qu'elle 
affirme. 

Avec  de  telles  prétentions  on  ne  tarderait  guère  à  révolter 
contre  l'archéologie  du  moyen  âge  tous  les  gens  de  bon  sens  et 
ceux-là  mêmes  qui  sont  le  mieux  disposés  à  reconnaître  son  auto- 
rité. Vous  voyez  donc  combien  il  importe  que  vous  ne  gardiez 
pas  le  silence  et  que  vous  fassiez  justice  de  ces  chimères  en  éta- 
blissant clairement  (|ucl  est  le  rôle  à  la  fois  modeste  et  sérieux  de 
la  science  que  vous  avez  voulu  fonder. 

Son  but  est  tout  simplement  l'étude  des  monuments  du  moyen 
âge.  A  la  vérité,  c'est  chose  entièrement  neuve  et  originale  que 
de  décrire,  d'expliquer,  de  classer  par  ordre  chronologique, 
non-seulement  ceux  de  ces  monuments  qui  tiennent  au  sol  et  les 
sculptures  qui  les  décorent,  mais  toutes  les  créations,  même  les 
plus  légères  et  les  plus  fragiles,  de  l'art  et  de  l'industrie  de  nos 
pères.  Jamais,  jusqu'à  nos  jours,  semblable  travail  n'avait  été 
tenté.  Ce  qui  ne  veut  pas  dire  pourtant  que  ce  soit  de  nos  jours, 
que  ce  soit  depuis  quinze  ou  vingt  ans  que  le  moyen  âge  ait  été 
découvert.  Les  générations  qui  nous  ont  précédés  nous  avaient 
épargné  ce  soin.  Non-seulement  elles  avaient  aperçu  cette  grande 
époque,  mais  elles  l'avaient  étudiée  siècle  par  siècle,  province 
par  province,  avec  cette  infatigable  patience  et  ce  labeur  persé- 
vérant dont  le  secret  est  presque  perdu  pour  nous.  Sans  les 
admirables  érudits  de  l'ordre  de  saint  Benoît,  peut-être  aurions- 
nous  grand'peine  à  pénétrer  aujourd'hui  dans  les  profondeurs 
de  ces  temps  obsurs;  leurs  travaux  sont  nos  meilleurs  guides; 
nous  ne  voyons  pour  ainsi  dire  que  par  leurs  yeux  ;  mais,  il  faut 
le  reconnaître,  sur  un  point  ils  étaient  en  défliut.  Ils  avaient 
fouillé  dans  les  entrailles  du  moyen  âge,  ils  avaient  déchiffré  ses 
chartes,  expliqué  ses  usages,  interprété  ses  lois;  ils  n'avaient 
pas  regardé  ses  monuments. 

Comment  l'étude  de  la  paléographie,  du  blason,  des  mon- 
naies, ne  les  avait-elle  pas  conduits  à  l'étude  des  monuments? 
Comment  ne  s'élaientils  p^s  aperçus  que  les  monuments  sont 
aux  siècles  passés  ce  que  récriture  est  aux  idées?  qu'eux  seuls 
nous  en  trunsmeltenl  unti  viva.j  te  «mage?  C'est  chose  étrange  en 


40.') 


REVUE  DE  L'AHCHITECTUHE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


ii)G 


vérité.  N'oublions  pas  cependant  que  ces  hommes  de  savoir 
vivaient  presque  tous  cloîtrés  ;  eussent-ils  été  libres,  les  voyages 
étaient  h  celle  époque  d'une  difllcullé  extrême.  Or,  sans  voyages, 
il  n'y  a  ni  comparaison,  ni  critique,  et  par  conséquent  point 
d'archéologie  monumentale.  La  gravure,  seul  moyen  de  suppléer 
quelque  peu  aux  voyages,  n'était  alors  qu'un  interprète  infidèle 
et  grossier.  L'exactitude  dans  les  copies  des  (cuvres  d'art  e.sl, 
comme  vous  le  savez,  quelque  chose  d'aussi  neuf  en  son  genre 
que  l'emploi  de  la  vapeur  et  que  les  autres  merveilles  de  notre 
temps.  Il  ne  faut  donc  pas  s'étonner  si,  dans  les  deux  derniers 
siècles,  les  monuments  du  moyen  âge  ne  furent  pour  persoime 
un  sérieux  sujet  d'étude.  Malgré  quelques  observations  ingénieuses 
et  clairvoyantes  de  l'abbé  Lebœuf,  j'oserais  môme  dire,  malgré 
les  savants  travaux  de  Montfaucon,  la  lacune  fut  complète, 
lacune  à  jamais  regrettable,  car  il  est  bien  lard  pour  la  combler 
aujourd'hui. 

Nous  la  comblerons  pourtant  si  nous  suivons  sans  nous  détour- 
ner la  voie  prudente  et  sûre  que  vous  nous  avez  ouverte.  Conti- 
nuons à  observer  patiemment  les  faits,  sans  esprit  de  système, 
avec  celte  bonne  foi  qui  dislingue  franchement  ce  qui  est  certi- 
tude de  ce  qui  n'est  que  conjecture  :  gardons-nous  de  substituer 
l'hypothèse  à  l'observation,  et  les  formes  vagues  et  mystérieuses 
du  sentiment  aux  lois  sévères  de  l'analyse.  Sans  doute,  en  parlant 
des  choses  chrétiennes,  on  s'élève  involontairement  h  un  autre 
langage  que  s'il  était  question  du  monde  païen  et  de  son  étroit 
horizon  ;  mais  il  ne  faut  pas  que  la  poésie  des  mots  masque  le 
vide  des  idées.  C'est  une  science  que  nous  voulons  fonder  ;  quel 
que  soit  son  objet,  il  faut,  pour  qu'elle  acquière  confiance 'et 
crédit,  qu'elle  repose  sur  la  même  base  que  toutes  les  sciences, 
c'est-à-dire  sur  la  méthode  scientifique. 

Quand  nous  aurons  ainsi  accompli  notre  tache,  ne  croyez  pis 
que  nous  n'ayons  obtenu  qu'une  vaine  satisfaction  d'esprit  ;  il  en 
résultera,  j'en  ai  la  conviction,  de  notables  profits  pour  nos 
études  historiques.  Il  est  telle  page  de  nos  annales,  aujourd'hui 
presque  entièrement  effacée,  que  nous  vemms  revivre  et  que 
nous  lirons  couramment  lorsque  notre  archéologie  aura  scienti- 
fiquement établi  certains  faits  et  les  aura  rendus  incontestables. 
Connaissons-nous  bien,  par  exemple,  quels  furent,  depuis  le 
VI*  siècle  jusqu'aux  croisades,  les  rapports  de  l'Occident  avec 
l'Orient  ?  A  ne  consulter  que  les  documents  écrits,  qui  s'aviserait 
de  supposer  qu'entre  les  bazars  de  Byzance  et  les  comptoirs  de 
Cologne,  entre  les  couvents  de  la  Thessalie  et  les  cloîtres  de 
l'Auvergne  ou  du  Poitou,  il  existât  des  relations,  sinon  toujours 
fréquentes,  du  moins  jamais  complètement  interrompues?  Les 
érudits  n'en  veulent  rien  croire,  mais  les  monuments  l'allîrment, 
et  ce  sont  eux  qui  auront  raison.  Il  est  bien  d'autres  problèmes 
historiques  qui  s'éclairciront  h  cette  lumière  nouvelle  ;  mais,  j'en 
conviens,  ce  ne  sera  pas  l'œuvre  d'un  jour,  et  le  but  sera  d'au- 
tant mieux  atteint  qu'on  aura  mis  plus  de  temps  et  de  patience 
à  le  poursuivre. 

Kn  attendant,  nous  sommes  dès  aujourd'hui  en  possession  d'un 
autre  résultat  qui  a  bien  aussi  son  importance,  quoiqu'il  soit  pure- 
ment pratique  :  je  veux  parler  des  enseignements  et  des  secours 
que  notre  archéologie  nous  procure  pour  la  restauration  des  mo- 
numents du  moyen  ftge.  Il  ne  sudil  pas,  en  effet,  d'avoir  de 
l'argent  et  de  la  bonne  volonté  pour  prévenir  la  ruine  de  certains 
édifices,  il  faut  encore  savoir  comment  s'y  prendre.  Si  l'artiste 
ne  connaît  ni  la  règle  ni  l'esprit  qui  ont  présidé  à  leur  con- 


struction, il  risque,  eo  les  restaurant,  de  les  déabooorer,  trop 
souvent  même  de  les  détruire.  Grâce  à  vos  leçons,  grftce  à  ces 
premiers  éléments  de  la  science  archéologiqae  que  vous  avex 
rendus  populaires,  nous  n'aurons  plus  de  telles  chances  h  courir. 
Un  certain  nombre  de  jeunes  artistes  se  sool  approprié,  sous 
vos  auspices,  les  secrets  du  passé  ;  ils  ont  exercé  non-seuleoeot 
leurs  yeux  à  bien  copier  ce  qui  sul»tste,  mais  leur  iolell^eoce 
à  deviner  ce  qui  est  détruit,  et  désormais  nous  pouvfjos  leur 
confier  sans  crainte,  ils  peuvent  entreprendre  sans  téffiérilé  une 
tâche  naguère  impossible. 

A  côté  de  cet  avantage,  laissez-moi  vous  signaler  un  danger. 
L'étude  approfondie  de  notre  architecture  du  moyen  ige,  U  con- 
naissance de  plus  en  plus  intime  de  ses  beautés,  semblent  oooi 
exposer  à  une  triste  tentation.  Ne  nous  parle-t-on  pas  de  resn»- 
ciler  cette  architecture,  c'est-à-dire  de  la  prendre  itervilemeat 
pour  modèle,  non-seulement  quand  il  s'agit  d'eflacer  les  ravages 
du  temps  dans  les  œuvres  qu'elle  a  criées,  mais  quand  il  faut 
construire  à  neuf  pour  nos  propres  besoins,  pour  nos  propres 
usages?  Je  sais  que  de  brillants  esprits,  loin  de  s'abrmer  à  cette 
idée,  l'encouragent  et  la  favorisent.  Ils  font,  selon  moi,  bien 
l)on  marché  du  temps  où  nous  vivons,  et  lui  refusent  bien  dure- 
ment celte  faculté  d'invention,  cet  esprit  créateur  dont  aucun ^ 
siècle  ne  fut  complètement  déshérité.  Sans  doute,  i  l'âge  où 
sont  parvenues  nos  sociétés  mo<leme.<,  avec  nos  habitudes  d'ana- 
lyse et  de  réflexion,  au  milieu  de  cette  atmosphère  de  doute  et 
d'égoïsme  qui  nous  enveloppe,  nous  pourrions  diffidiement  pré- 
tendre à  créer  un  de  ces  types  entièrement  nouveaux  qui  n'appa* 
raissent  qu'aux  époques  où  la  foi  est  vive, ardente,  généreuse; 
mais  faut-il  pour  cela  nous  résigner  dès  l'abord  à  copier  plate- 
ment ce  que  d'autres  ont  inventé  7  L'imiUtion  dans  les  œuvres 
de  l'art  sera  toujours,  quelque  intelligente  qu'on  la  suppose,  un 
des  plus  pauvres  emplois  de  la  pensée  humaine.  Jamais,  dans  ce 
monde,  l'art  ne  s'est  produit  deux  fois  sous  la  même  forme,  oo 
bien  la  seconde  fois  ce  n'était  que  du  métier.  Pourquoi,  je  vous  le 
demande,  cette  architecture  qui  régnait  encore  il  y  a  vingt  ans, 
et  qui  nous  fatiguait  de  ses  banales  colonnes,  de  ses  frontons 
inanimés,  de  ses  monotones  rosaces  ;  pourquoi  nous  inspirait-elle 
un  si  grand  éloignement?  Était-ce  parce  qu'elle  avait  mal  choisi 
ses  modèles?  Mais  les  monuments  qu'elle  s'imaginait  repro- 
duire sont  la  gloire  de  l'esprit  humain  ;  ce  sont  des  types  d'éter- 
nelle Iwauté  ;  on  se  prosterne  à  leur  aspect.  Qu'est-ce  donc  qui 
nous  révoltait  ?  c'était  Pimitation.  11  en  sera  de  même  quel  que 
soit  l'objet  imité.  Copiez  le  Parthénon,  copiez  la  cathédrale  de 
Reims,  vous  subirez  la  même  influence  :  les  modèles  resteront 
sublimes,  les  contrefaçons  feront  pitié. 

Honneur  donc  à  ceux  qui,  même  aujourd'hui  ne  désespére- 
ront pas  d'inventer  une  architecture  nouvelle,  c'est-à-dire  une 
combinaison  de  lignes  et  un  sj'stè  ne  d'ornementation  qui  n'ap- 
partiennent qu'à  notre  époque  et  qui  en  perpétuent  le  souvenir  t 
Qu'ils  ne  s'inspirent  ni  des  formes  antiques,  ni  des  formes  du 
moyen  âge  ;  qu'ils  se  pénètrent  seulement  de  la  pensée-mèr«  qui 
les  engendra,  pensée  d'artiste  et  non  d'archéologue.  Surtout 
qu'ils  se  préparent  à  tenir  grand  compte  de  toutes  k>s  exigences 
de  notre  civilisation,  de  nos  idées,  de  nos  habitudes.  Cest  m 
leur  obéissant,  c'est  en  cherchant  à  les  comprendre  et  à  les 
satisfaire,  qu'ils  auront  chance  de  découvrir  quelque  chose  d'ori- 
ginal, ('ne  architecture  qui  sait  s'accommoder  aux  besoins  de  son 
temps  n'est  jamais  ni  banale  ni  insignifiante.  Elle  eiprime   uel  ■ 


407 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  .PUBLICS. 


408 


que  chose,  elle  a  une  physionnomie,  ce  qui  est  déjà  un  certain 
genre  de  beauté. 

Si  nous  plaidons  ainsi  la  cause  de  l'art,  si  nous  voulons  qu'il 
n'obéisse  qu'à  ses  inspirations,  qu'il  jouisse  de  la  plus  entière 
liberté,  ne  croyez  pas  que  ce  soit  au  détriment  de  noire  science 
favorite.  Non,  Messieurs,  l'archéologie  du  moyen  âge  sera  d'au- 
tant plus  prospère,  elle  obtiendra  d'autant  plus  de  respect  et  de 
crédit,  qu'elle  ne  se  mêlera  que  de  ce  qui  la  regarde.  Le  plus 
sage  conseil  que  vous  puissiez  lui  donner,  c'est  de  se  renfermer 
dans  son  domaine,  c'est-à-dire  dans  le  champ  du  passé.  Aulo- 
risez-la  tout  au  plus  à  nous  prêter  son  assistance  pour  la  restau- 
ration des  anciens  monuments,  et  ne  la  laissez  jamais  en  con- 
struire de  nouveaux.  Que,  par  exception,  dans  de  rares  circon- 
stances, elle  se  fasse  comme  un  jeu  d'esprit  de  présitler  à  la 
construction  de  quelque  oratoire,  de  quelque  chapelle,  et  par 
exemple,  qu'elle  exhume  de  la  poudre  du  xni"  siècle  un  plan 
pour  celte  église  de  pèlerinage,  celte  Notre- Dame-de-Bon- 
Secours,  dont  le  curé,  quêteur  intrépide,  s'acquitte  de  son  apos- 
tolat comme  s'il  était  lui-même  du  siècle  de  saint  Louis,  c'est 
là  une  sorte  de  miracle  qui  ne  saurait  tirer  à  conséquence.  Mais 
que  ces  exceptions  ne  fassent  pas  coutume  :  qu'elle  reste  archéo- 
■logie,  c'est-à-dire  étrangère  au  monde  d'aujourd'hui.  Et  si  dans 
quelques-unes  de  nos  villes  nous  devons  voir  s'édifier  à  grands 
frais  de  soi  disant  copies  de  chefs- d'oeuvres  inimitables,  qu'il  soit 
bien  constaté  que  l'archéologie  du  moyen  âge,  telle  que  vous 
l'avez  conçue,  telle  que  vous  la  maintenez,  n'a  pris  aucune  part 
à  cette  profanation,  et  qu'elle  n'en  est  pas  plus  responsable  que 
des  vieux  meubles  de  moderne  fabrique  et  des  armures  de  carton 
qu'on  passe  au  compte  du  moyen  âge  dans  les  boutiques  de  nos 
brocanteurs. 

Je  m'arrête.  Messieurs  ;  si  je  me  laissais  aller  à  ces  idées  et  à 
tous  les  développements  qu'idles  comportent,  j'abuserais  trop 
longtemps  de  votre  indulgente  attention.  Laissez -moi  seulement 
vous  remercier  encore,  non  plus  au  nom  de  nos  confrères  en 
archéologie  pour  les  services  que  nous  avons  reçus  de  vous, 
mais  en  mon  propre  nom  pour  l'insigne  honneur  que  vous 
m'avez  fait.  En  m'appelant  celte  année  à  diriger  vos  travaux,  vous 
m'avez  accordé  un  droit  dont  je  viens  d'user  avec  toute  franchise. 
J'ai  cru  ne  pouvoir  mieux  vous  exprimer  ma  reconnaissance 
qu'en  pensant  tout  haut  avec  vous.  Puissent  les  idées  que  je  vous 
ai  soumises  avoir  obtenu  votre  sympathie  !  Puissent-elles  éveiller 
votre  sollicitude  ! 

Je  n'aurai  pleine  confiance  au  succès  de  notre  cause  que  lors- 
qu'il me  sera  garanti  par  la  sanction  de  votre  exemple  et  par 
l'autorité  de  vos  paroles. 

L.  VITET. 

Comme  on  le  voit,  monsieur,  dans  cet  exposé  de  principes, 
si  lucide  et  si  élevé,  vous  vous  êtes  donné  une  mission  spé- 
ciale, celle  de  distinguer  l'archéologie  de  l'art,  le  moyen 
âge  des  temps  modernes,  l'histoire  de  ce  qui  fut,  du  pro- 
gramme de  ce  qui  doit  être.  La  distinction  était  nécessaire 
dans  le  double  intérêt  de  l'archéologie  et  de  l'art  moderne. 

Vous  parliez  à  des  archéologues  ;  vous  vouliez  les  engager 
à  demeurer  dans  le  domaine  de  l'archéologie  et  à  ne  pas 
envahir  le  terrain  de  l'ait  dans  le  but  foi t  monotone  de  semer 
le  pays  d'un  grand  nombre  de  défectueux  exemplaires  de  nos 


intéressants  monuments  historiques.  Vous  leur  annonciez 
qu'une  réaction  contre  l'archéologie  elle  même  serait  l'inévi- 
table conséquence  d'une  pareille  tentative. 

Mais  la  Revue,  dans  laquelle  je  vous  écris,  s'adresse  aussi 
bien  et  même  plus  encore  aux  artistes  qu'aux  archéologues; 
nous  avons,  par  conséquent,  non-seulement  à  défendre  la 
liberté  de  l'art  avec  vous,  monsieur,  mais  à  développer  un 
point  de  la  question  générale  que  votre  but  spécial  vous 
commandait  de  sacrifier;  nous  parlons  de  l'influence  légitime 
que  doivent  exercer  les  études  archéologiques  sur  l'art  mo- 
derne, en  raison  de  sa  mission  actuelle  et  prochaine.  Pour 
déterminer  nettement  cette  mission,  nous  aurons  quelques 
considérations  préliminaires  à  vous  soumettre;  nous  vous 
demanderons  la  permission  de  les  renvoyer  à  notre  prochain 
numéro,  car  les  proportions  de  celte  lettre  sont  déjà  très-éten- 
dues. Alors  nous  montrerons  que  l'absence  d'unité  générale 
qu'on  reproche  à  l'art  de  notre  temps  est  une  circonstance 
providentielle,  et  que,  sans  ce  prétendu  défaut,  l'influence 
utile  de  l'archéologie  sur  l'art  serait  impossible. 

Nous  serions  heureux,  monsieur,  si  des  idées  qui  nous 
sont  chères,  parce  que  pour  nous  elles  sont  vraies,  obtenaient 
l'honneur  de  votre  approbation.  C'est  dans  cette  pensée  et 
cette  espérance  que  nous  vous  quittons  aujourd'hui  pour 
prochainement  vous  retrouver. 

Veuillez  agréer,  etc. 

César  DALY. 


ÉCOLE  DES  BEAUX- ARTS  (Paris). 

L'art,  cette  magnifique  parole  du  sentiment  humain,  ce  beau 
miroir  dans  lequel  se  révèle  le  monde  invisible  des  épiolions 
et  de  la  pensée,  est  traité  d'ordinaire  à  VÉcole  des  Beaux-Arts 
avec  des  formes  didactiques  et  prudentes  qui  semblent  calculées 
pour  rassurer  les  natures  placides  contre  les  dangers  des  émotions 
imprévues.  On  a  bien  pu  parler  quelquefois  d'un  certain  feu  sacré 
qu'on  dit  nécessaire  pour  l'éclosion  des  grandes  conceptions  de 
l'art  ;  mais  les  professeurs  de  l'école  le  voilent  si  parlai lement,  le 
dérobent  si  habilement  à  tous  les  regards,  que  nous  en  étions  venus 
à  classer  ce  feu  dans  la  catégorie  des  chimères,  avec  les  araignées 
marines,  les  vaisseaux  fantômes,  et  autres  choses  merveilleuses 
que  chacun  connaît,  mais  que  personne  n'a  vues.  Aujourd  hui 
cependant,  il  nous  faut  bien  convenir  de  l'existence  du  feu  sacré 
à  l'école  des  Beaux- Arts  ;  nos  lecteurs  y  croiront  aussi,  a  quoique 
le  fait  soit  rapporté  par  un  témoin  oculaire.  » 

Le  ciel  gris  et  le  froid  brouillard,  qui  enveloppent  l'enseigne- 
ment officiel  de  l'école  depuis  si  longtemps,  ont  laissé  passer  enfln 
un  rayon  de  chaleur  et  de  lumière.  Chacun  s'est  épanoui  sous  l'in- 
fluence de  ce  bienfaisant  phénomène,  sauf  peut-être  quelques 
natures  sibériennes,  qui  ont  si  bien  contracté  l'habitude  du  froid 
et  des  ténèbres  que  le  soleil  lui-même  y  perdrait  son  latin. 

M.  Conslant-Dufeux  a  ouvert  son  cours  annuel  de  perspective. 
Comme  l'an  dernier,  diiis  >a  première  séance,  il  a  voulu  établir 
un  trait  d'union  entre  tous  les  artistes  de  sou  auditoire,  archi- 
tectes, peintres  et  sculpteurs.  Il  a  failéclore  sous  les  regards  des 


109 


REVUi:  DI-:  LAHCIIITKCTL'HE  ET  DES  THAVAUX  PUBLICS. 


410 


spectateurs  le  niagniQque  arbre  de  l'art  avec  ses  diverses  branches, 
puis  il  a  montré  la  perspective  comme  une  sève  naissante,  pas- 
sant de  rameau  en  rameau  pour  redoubler  leur  puissance  et  leur 
fécondité. 

C'était  donner  à  la  perspective  un  aspect  nouveau  et  attrayant, 
c'était  faire  désirer  vivement  un  enseignement  qui,  d'ordinaire, 
n'offre  que  de  l'ennui  aux  jeunes  gens. 

Nous  ne  résumerons  par  le  discours  de  M.  Constant-Dufeux,  car 
les  collaborateurs  de  cette  Revue  ont  exprimé  le  désir  de  le  voir 
publier  en  entier  dans  nos  colonnes,  et  l'honorable  professeur 
s'est  engagé  à  satisfaire  à  cette  demande.  Nos  lecteurs  jugeront 
donc  prochainement  de  la  profonde  satisfaction  que  nous  avons 
dû  éprouver  d'entendre  annoncer,  dans  des  circonstances  aussi 
ofiBcielles,  l'adhésion  franche  et  entière  de  M.  Constant-Dufeux  aux 
doctrines  de  la  liberté  de  l'art,  doctrines  dont  il  a  présenté  les 
principes  généraux  avec  verve  et  avec  raison. 

Mais,  si  nous  attendons  pour  communiquer  à  nos  lecteurs 
l'ensemble  du  discours  de  M.  ConsUnnl-Dufeux,  nous  voulons  le 
féliciter,  dès  à  présent,  de  la  justice  rendue  par  lui  au  discours 
prononcé  récemment  par  M.  Vitet.  (Voy,  col.  402.)  Nous  lui 
devons  aussi  l'expression  de  toute  notre  gratitude  pour  sa  men- 
tion si  l^ilteuse  des  travaux  d'esthétique  et  de  philosophie  de  l'art 
que.  depuis  huit  années,  nous  publions  dans  cette  Revue,  ainsi 
que  pour  les  paroles  du  sympathie  qu'il  a  trouvées,  en  parlant 
des  discours  en  faveur  de  la  liberté  de  l'art,  prononcés  par  nous 
au  récent  congrès  de  Tours. 

M.  Blouet  a  ouvert  également  son  cours  annuel  de  théorie  d'ar- 
chitecture. Nous  avions  l'intention  d'y  assister  ;  une  circonstance 
imprévue  nous  en  a  empêché,  à  notre  très-grand  regret. 

Ou  nous  assure  que  le  discours  d'ouverture  de  cette  année  offrait 
un  progrès  sensible  sur  celui  de  l'année  passée. 

Ce  jugement  nous  semble  devoir  être  juste,  car  nous  entendons 
dire  que  M.  Blouet  est  homme  de  conscience,  et  qu'il  est  animé 
d'un  désir  actif  de  se  rendre  digne  de  ses  hautes  fonctions.  Aussi 
lui  soumettrons-nous  sans  réserve  une  impression  que  nous  ont 
produite  les  séances  de  son  dernier  cours,  auxquelles  nous  assis- 
tâmes. Nous  avons  reconnu  une  probité  dintention  très-mani- 
feste, le  désirévident  d'apprécier  toutes  choses  avec  impartialité  ; 
mais  une  telle  indécision  dans  les  jugements  délinilifs,  que  nous 
nous  demandons  si  c'est  la  timidité  qui  nuit  à  la  franche  expres- 
sion de  la  pensée  du  pii)fesseur,  ou  bien  si  c'est  à  une  absence 
de  principes  arrêtés  qu'il  faut  l'attribuer.  Cette  impression  ne 
nous  est  pas  exclusivement  personnelle  ;  elle  est  partagée  par  un 
grand  nombre  d'hommes  distingués  qui  rendent  d'ailleurs  toute 
justice  au  caractère  et  aux  efforts  de  M.  Blouet. 

Nous  sommes  dans  un  moment  ou  l'hésitation  est  moins  que 
jamais  admissible  dans  l'enseignement.  Si  l'on  ne  reconnaît  dans 
l'accent  et  dans  les  paroles  du  seul  professeur  officiel  de  théorie 
d'art  qu'il  y  ait  h  Paris,  le  caractère  d'un  enseignement  fondé  sur 
des  principes  bien  arrêtés,  franchement  exposés  et  vigoureuse- 
ment soutenus,  où  l'élève  se  réfugiera-t-il  pour  échapper  au  doute, 
pour  éviter  le  despotisme  du  caprice  et  de  la  fantaisie,  qui  rî^gne 
partout  où  les  principes  font  défaut  ? 

M.  ConsLint-Dufeux  avait  bien  raison  de  dire  que  la  création 
d'une  chaire  de  philosophie  de  l'art  était  devenue  indispensable. 
11  faut  en  effet  que  la  linnière  se  fasse  dans  le  dédale  des  ensei- 
gnemenLs  fragmentaires  qui  ne  sauraient  être  trop  tôt  et  trop  bien 
rattachés  les  uns  aux  autres. 


Il  est  indispensable  au.ssi  de  créer  à  l'école  des  Beaux-Arts  uoe 
seconde  chaire  d'histoire.  La  première  se  borne  déjk  à  l'hiatoife 
des  monuments  de  l'antiquité,  la  seconde  exposerait  l'histoire 
monumentale  depuis  la  décadenctt  romaine  jusqu'à  nos  jours. 

On  n'échappera  à  la  tyrannie  d<>s  sectes  et  des  partis  qu'en  w^s»- 
nisant  l'enseignement  de  l'art  sur  une  échelle  asaicz  grande  pour 
({ue,  d'un  côté,  toutes  1rs  opinions  et  toutes  les  sympathies  ae 
manifestent  librement  et  s'équilibrent  par  leur  expansion  simul- 
tanée, et  que,  de  l'autre,  tous  les  styles  d'art  soient  historiquement 
expliqués,  philosophiquement  justiliés  et  ramenés  à  l'uuité  par  h 
notion  du  progrès  s'accomplissant  sous  des  formes  variées. 

CtSAR  OALY. 


JARDINS  D'HIVER  DE  PARIS  ET  DE  LYON. 

A  la  bonne  heure  I  voici  un  programme  notiveau,  un  pro- 
gramme du  XIX'  siècle  :  un  jardin  sous  verre  !  les  jardins  de  Sémi- 
ramis  et  d'Armide  sont  vaincus  ;  les  poètes,  les  utopistes,  les 
rêveurs  des  siècles  écoulés  sont  dépassés  par  les  réalités  de  cette 
année  1847.  Aussi  les  moyens  employés  sont-iLs  e»«ntiellen)eot 
les  moyens  de  notre  temps  ;  c'est  l'industrie  moderne  qui  les  a 
fournis  ;  c'est  le  fer,  la  fonte  et  le  verre. 

Eh  !  il  y  a  bien  longtemps  qu'on  emploie  le  fer,  la  fonte  et  le 
verre  ;  que  trouvez-vous  là  de  nouveau  ?  Peu  de  chose  dans  les 
matières  elles-mêmes,  mais  beaucoup  dans  le  procédé  de  kar 
fabrication,  beaucoup  dans  le  système  industriel  qui  les  produit 
aujourd'hui  et  qui  les  met  à  la  portée  de  la  bourse  commune.  C'est 
en  plaçant  ces  choses  importantes  dans  la  circulation  générale  par 
la  diminution  de  leurs  prix,  qu'on  fournil  à  l'architecture  les  in»- 
tnnnents  qui  doivent  faciUter  sa  transformation. 

Au  moyen  âge  les  fenêtres  de  la  plupart  des  maùsons  de  nos 
cultivateui-s  étaient  sans  vitres;  auj<Mird'hui  Paris  et  Lyon  ont 
leurs  palais  en  verre,  leurs  jardins  d'hiver,  [jn  jour  peut-être  les 
populations  étiolées  de  nos  ateliers  et  de  nos  fabriques  auront 
aussi  leur  jardin  d'hiver.  A  coup  sur  c'est  beaucoup  demander. 
mais  ne  désespérons  de  rien.  Sous  l'empereur  Justinien.  la  soie 
s'échangeait  à  Conslantinople  contre  de  l'or,  poids  pour  poids  ; 
ailleurs  la  soie  v.dait  plus  que  l'or,  et  récemment,  sous  l'empire, 
les  indiennes  imprfinées  cot'ilaient  plits  que  la  soie.  Espérons  donc. 
Depuis  que  les  campagnes  versent  leurs  populations  an  sein  des 
villes,  celles-ci  s'étendent  et  grandissent  indéfiniment.  Les  jardins 
disparaissent,  le  moellon  envahit  le  sol,  l'air,  la  lumière,  et  sur- 
tout la  verdure.  En  compensation  de  la  verdure  d'été,  qui  nous  bit 
défaut,  nous  aurons  la  verdure  d'hiver. 

Un  Jardin  d'hiver  est  émiuemmentcaractéristique  de  notre  épo- 
que -,  c'est  à  la  fois  une  ceuvrc  d'industrie  manufacturière,  une 
œuvre  d'art  et  une  œuvre  de  culture. 

Un  jardin  d'hiver  est  un  rendez-vous  naturel  de  plaisir  et  de 
science. 

Le  Jardin  d'hiver  de  Lyon  a  été  exécuté  par  M.  H.  Horeau, 
l'auteur  du  Chdteau-des-Flrurs,  de  Paris,  dont  nous  avons  parié 
dans  un  de  nos  numéros.  On  nous  a  dit  beaucoup  do  bien  de 
cette  composition  et  on  suppose  que  l'établissement  exercera, 
pir  sa  nature  même,  une  heureuse  influence  sur  les  habitudes  trop 
fxclusivement  commerciales  de  la  seconde  ville  du  royaume. 
M.  Horeau  est  bien  homme  à  mériter  mieux  encore  que  ce  qu'on 
nous  a  rapporté  de  lui,  et  nous  féliciterions  lj  vilio  de  Paris,  ai, 
comme  le  bruit  en  court,  une  nouvelle  compagnie  se  décidait  à 


4H 


HEVUE   DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


m 


exécuter  un  second  jardin  d'hiver,  qu'on  placerait  au  centre  de  la 
capitale,  et  dont  M.  Horeau  serait  l'architecte. 

A  propos,  qui  donc  est  l'auteur  du  Jardin  d'hiver  qu'on  vier.l 
d'achever  aux  Champs-Elysées  ?  M.  Charpentier,  disent  les  uns. 
Du  moins  est-ce  à  lui  que  l'adininistralion  de  rétablissement 
accorde  ce  titre  ?  et  c'est  bien  à  lui  que  MM.  le  préfet  du  départe- 
ment de  la  Seine,  le  préfet  de  la  police  du  royaume,  le  ministre 
de  l'Intérieur,  voire  même  la  famille  royale  et  peut-être  Sa  Majesté, 
ont  adressé  leurs  félicitations. 

On  prétend  que  M.  Charpentier  doit  être  décoré  pour  cette 
grande  et  nouvelle  composition. 

Mais  voici  que  surgit  un  autre  prétendant.  M.  Meynadier,  l'au- 
teur d'un  travail  important  sur  un  projet  d'Opéra  publié  dans 
cette  Revue,  mais  dont  il  nous  a  été  impossible  de  donner  la  fin. 
parce  que,  malgré  tous  nos  efforts,  nous  n'avons  jamais  pu  l'ob- 
tenir de  notre  collaborateur  ;  M.  Meynadier  réclame  pour  lui 
l'honneur  de  la  pensée  du  Jardin  d'hiver  des  Champs-Elysées, 
l'honneur  de  son  plan  général,  l'honneur  d'en  avoir  commencé 
l'exécution.  M.  Meynadier  n'accorde  à  M.  Charpentier  que  d'avoir 
obéi  aux  inspirations  venues  du  ciel  à  travers  son  esprit  à  lui, 
M.  Meynadier.  Tout  au  plus  accorde-t-il  que  M.  Charpentier  ait 
modifié  quelques  menus  détails,  qu'il  aurait  mieux  fait,  prétend- 
il,  de  respecter. 

Qu'en  est-il  ? 

M.  Meynadier  annonce  un  livre  plein  de  révélations  instruc- 
tives ;  un  scandale  à  grossir  le  volume  de  tous  les  autres  scan- 
dales. M.  Charpentier  sans  doute  défendra  ce  qu'on  attaque, 
c'est-à-dire,  sa  dignité,  et  plus  que  sa  dignité,  son  honneur 
et  la  bonne  renommée  du  corps  des  architectes,  toujours 
grandie  ou  diminuée  par  les  succès  ou  les  échecs  de  chacun  de  ses 
membres. 

En  attendant,  M.  Meynadier  trouve  des  alliés.  M.  Ciceri,  fils  du 
célèbre  décorateur,  et  dont  le  mérite  personnel  ajoute  au  relief 
que  lui  donne  son  nom,  vient  d'adresser  à  M.  Meynadier  la  lettre 
que  voici  : 

Lettre  de  M.  E.  Ciceri  à  M.  H.  Meynadier,  de  Flamalem,  auteur 
de  Plans  et  Projets  du  Jardin  d'hiver. 

«  J'ai  été  ces  jours-ci  au  Jardin  d'hiver,  où  l'Administration 
»  m'a  fait  appeler,  pour  aviser  à  l'exécution  d'un  des  grands 
I)  rideaux  dont  vous  m'aviez  parlé  au  mois  de  février  dernier, 
»  lorsque  je  fis  le  lavis  de  la  vue  générale  de  cet  édifice  dont  vous 
»  aviez  composé  tous  les  plans. 

»  C'est  avec  franchise  que  je  vous  avoue  qu'en  entrant  dans 
B  ce  grand  vaisseau  j'ai  été  saisi  en  raconnaissant  toutes  les  dispo- 
»  sitions  générales  du  projet  dont  vous  aviez  commencé  la  mi.se 
»  en  œuvre,  après  les  études  si  consciencieuses  auxquelles  je  vous 
»  ai  vu  livré. 

»  C'est  votre  œuvre  réalisée,  à  part  quelques  détails  qui  ne  chan- 
»  gent  rien  au  principe  de  votre  grande  et  belle  conception,  dont 
»  l'aspect  m'a  péniblement  ému,  en  pensant  qu'on  veut  vous  priver 
»  de  l'honneur  qui  vous  est  si  justement  acquis. 

a  Mes  regrets  et  l'assurance  de  mon  bien  sincère  attache- 
»  ment. 

B  Ernest  CICERI.  » 

En  outre  de  cette  lettre,  M.  Meynadier  nous  a  envoyé  une 
immense  lithographie  représentant  le  Jardin  d'hiver  projeté  par 
lui,  et  dont  l'exécution  fut  commencée  sous  sa  direction. 


Nous  devons  convenir  qu'entre  cette  lithographie  et  le  Jardin 
d'hiver  de  M.  Charpentier,  la  ressemblance  est  assez  grande  pour 
laisser  supposer,  au  premier  regard,  que  l'une  est  le  portrait  de 
l'autre. 

Mais  nous  ne  jugeons  rien,  nous  ne  préjugeons  rien  ;  disons 
plus,  nous  désirons  vivement  que  notre  confrère  M.  Charpentier 
fasse  luire  un  jour  assez  éclatant  pour  dissiper  tous  les  mauvais 
soupçons,  et  pour  prouver  qu'en  le  comptant  parmi  les  che- 
valiers de  la  Légion-d'Honneur,  on  ne  lui  rendra  qu'un  juste 
hommage. 


MÉDAILLE  ROYALE  DE  L'INSTITUT  DES  ARCHITECTES 
BRITANNIQL-ES. 

(Un  bel  exemple  de  libéralité.) 

Le  génie  n'a  pas  de  nationalité.  Les  découvertes  des  Colomb, 
des  Vasco  de  Gama  et  des  Cook  ;  les  travaux  des  Platon,  des 
Copernic  et  des  Newton;  les  inventions  des  Papin,  des  Watt  et 
des  Fulton  ;  les  poëmes  d'Homère  et  de  Virgile,  du  Dante  et  de 
Milton  ;  les  chefs-d'œuvre  de  Phidias,  de  Libergier  et  de  Raphaël 
n'appartiennent  en  propre  ni  à  la  Grèce,  ni  à  l'Italie,  ni  à  la 
France,  ni  à  aucun  autre  pays. 

Le  génie  engendre  les  grandes  choses,  et  c'est  le  monde  qui  en 
hérite,  l'humanité  entière  qui  en  profite. 

Tous  les  pays,  toutes  les  générations  sont  redevables  aux  grands 
hommes,  qui  prouvent  la  solidarité  des  peuples  et  des  siècles  en 
répandant  leurs  bienfaits  sur  tous. 

L'Institut  des  architectes  britanniques  vient  de  se  montrer 
pénétré  de  cette  grande  notion  de  la  solidarité,  et  il  a  voulu  y 
rendre  un  hommage  solennel  en  décernant  chaque  année  sa  . 
médaille  royale,  non  pas  à  l'artiste  ou  au  savant  anglais,  mais 
à  Vartiste  ou  au  savant  de  n'importe  quels  pays  qui  aura  le  plus 
contribué  à  faire  progresser  l'architecture  et  les  sciences  qui 
en  dépendent,  soit  par  des  œuvres  bâties,  soit  par  des  écrits 
importants. 

Cette  initiative  était  digne  d'un  grand  peuple,  digne  d'une 
réunion  d'artistes  éminents,  digne  d'un  corps  aussi  distingué  que 
['Institut  des  architectes  britanniques. 

Une  si  belle  pensée  eût  honoré  la  France,  le  pays  sociable 
par  excellence,  le  pays  que  tout  étranger  classe  comme  le  second 
du  monde,  le  sien,  comme  de  juste,  passant  toujours  pour  le 
premier. 

Rendre  un  juste  hommage  au  génie  et  au  talent  éminent,  n'im- 
porte son  origine,  est  si  bien  d'accord  avec  l'instinct  généreux  de 
la  France,  que  nous  ne  doutons  pas  que  l'exemple  de  Vlnstitut 
britannique  ne  soit  imité  chez  nous  (1). 

Voici  une  lettre  olïïcielle  que  nous  adresse  l'honorable  M.  T.  L. 


(1)  On  nous  annonce  à  l'instant  que  la  Société  centrale  des  arehitectet 
français  veut  rivaliser  avec  nos  voisins  d'outre-Manche  en  justice  et  en  li- 
béralité. La  Société  veut  décerner  aussi  une  médaille  d'honneur  à  ceux  qui 
auront  contribué  au  développement  de  l'architecture,  et  pas  plus  que  Flnstitut 
brita)inique  la  Société  des  architecles  français  ne  veut  laisser  aveugler  sa 
justice  par  des  préjugés  de  pays  ou  d'origine.  A  la  bonne  heure!  voilà  di^ 
luUes  dignes  d'un  siècle  éclairé  et  qui  honorent  tous  ceux  qui  y  prennent 
part. 


413 


REVUE  DE  LAH(:iim:(>TLIlE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


4U 


DonaldsoD,  secrétaire  de  la  correspondance  étrangère  de  l'Institut 
britannique. 

MONSIF.DR, 

J'ai  l'honneur  de  vous  envoyer  par  l'ordre  du  conseil  une  réso- 
lution inscrite  ici  bas. 

Ce  sera  avec  plaisir  que  le  Conseil  recevra,  le  plus  tôt  qu'il  vous 
sera  possible,  les  communications  qui  pourront,  à  votre  avis, 
tendre  à  effectuer  les  nobles  intentions  de  leur  Souveraine. 

Croyez-moi,  monsieur  et  confrère,  avec  estime  et  considération, 
votre  très-dévoué  serviteur  et  ami. 

T.  L.  DONALDSON. 

Secrétaire  de  I»  correupuiidance  (étrangère. 
Correspondant  de  l'In^ititut  royal  de  France. 

Extrait  des  délibératiom  de  la  séance  ordinaire  de  l'Imtilut 
des  archilectei  britanniques,  tenue  lundi,  26  avril  1847. 

<  La  résolution  suivante  fut  prise  à  l'égard  de  la  médaille 
royale. 

»  Sa  Majesté  ayant  bien  voulu  accorder  à  l'Institut  la  permission 
de  décerner  à  tout  architecte  ou  à  tout  homme  de  science,  de  quel- 
que piiys  ((u'il  soit,  qui  aura  exécuté  ou  dessiné  un  édifice  de  grand 
mérite,  ou  qui  aura  produit  un  ouvrage  tendant  à  avancer  ou  à 
fariliter  la  connaissance  de  l'arciiiteclure  ou  des  sciences  qui  en 
font  partie,  le  conseil  commencera  au  mois  de  janvier  18'»8  à 
prendre  en  considération  l'adjudication  de  la  médaille  royale.  » 


ENCORE  LES  PIÉDESTAUX-BARRAQUES  DU  PONT 
DU  CARROUSEL. 

Monsieur, 

La  Revue  de  l'architecture  a  déjà  quelque  peu  critiqué  les  pié- 
destaux-barraqucs  dont  on  a  si  malencontreusement  llanqué  les 
abords  du  pont  du  Carrousel,  et  uo^is  nous  en  serions  tenu  à  ses 
observations  si  l'on  n'eût  tout  récemment  mis  le  comble  au  ridi- 
cule en  affublant  l'entrée  de  ces  bureaux  d'un  auvent  sphéroïde 
eo  toile  sur  carcasse  en  fer,  qui  leur  donne  la  mine  d'échoppes 
de  ravaudeuses. 

Examinons  d'abord  l'affaire  ab  ovo  et  recherchons  Vidée-mère 
de  celle  œuvre  d'art. 

Il  fallait  des  bureaux  pour  la  recette  du  péage,  et  l'on  érige  des 
piédestaux.  S'il  eût  fallu  des  piédestaux,  on  eût  donc  construit  des 
bureaux.  L'amour  des  pièces  de  cinq  centimes  exigeait  l'un  ;  la 
manie  du  monumentalisme  réclamait  l'autre.  Dans  l'embarras  du 
choix,  la  compagnie  a  trouvé  une  fusion  miriUque  en  coulant  en 
métal  les  bureaux. 

Fort  bien,  mais  il  fallait  les  coiffer  d'énormes  statues  en  pierre. 

La  ville  de  Paris,  trop  heureuse  d'hériter  de  si  belles  choses, 
au  bout  d'un  siècle  et  sans  bourse  délier,  a  laissé  faire  ;  peut-être 
même  a-t-elle  donné  le  programme.  Or,  examinons.  Il  est  de 
principe,  en  fait  d'art,  que  la  forme  d'un  édifice  accuse  sa  desti- 
nation ;  il  est  môme  bon  que  la  couleur  indique  la  matière  em- 
ployée. Les  pUdestuHX-cabanes  du  pont  du  Carrousel  ne  sont 
donc  pas  ti-ès-orthodoxes,  comme  on  voit.  Vus  extérieurement, 
ils  ont  bien  l'air  de  piédestaux,  mais  ce  sont  des  bureaux.  Les 
côtés  regardant  le  pout  ont  des  airs  de  bureau,  mais  les  faces 


appartiennent  à  des  piédestaux.  La  couleur  et  la  forme  aunoucent 
de  la  pierre,  c'est  du  fer. 

Si  du  moins  on  eût  coulé  en  foote  les  statues,  oo  n'eût  pas  été 
obligé  de  peindre  en  couleur  de  pierre  les  boreaui-supports  qui 
sont  en  fer,  sauf  à  changer  la  nua'ice  de  la  couleur  à  mesure  que 
le  temps  aura  modifié  le  ton  de  la  pierre  des  statues. 

En  vérité,  déguiser  pour  déguiser,  il  eût  mieux  valu  peiadfe 
les  statues  en  fer  ainsi  que  le  piédestal  ;  le  mensonge  n'eût  pas 
été  plus  grand  et  l'harmonie  y  eût  gagné. 

En  faisant  le  tout  en  foute,  le  tout  eût  été  peifil  d'une  couleur 
analogue  à  la  balustrade  et  aux  arcs  du  pont  avec  lesquels  oo  se 
fût  parfailement  accordé.  —  Nous  dira-t-on  qu'on  a  voulu  se 
I  accorder  avec  le  parapet  du  quai  qui  est  en  pinre  ?  Mais  les 
lignes  de  celui-ci  ne  se  raccurdeol  avec  aucune  des  ligues  des 
piédestaux. 

Voyez  où  mène  une  première  faute  1  On  a  eu  la  malbeurense 
idée  de  faire  passer  de  la  fonte  pour  de  la  pierre.  Il  ne  (allait  pour 
cela  qu'un  peu  de  peinture.  Ce  procédé  est  si  simple  ;  pourquoi 
ne  pas  en  user  toutes  les  fois  que  des  matières  liétérogèoes  vieo» 
nent  troubler  la  majestueuse  monotonie  d'uie  compositioo  !  Le 
bureau-piédestal  avait  besoin  d'un  auvent,  on  le  fera  eo  toile 
avec  des  appendices,  des  rideaux,  des  cordes,  des  glands  ;  puis, 
moyennant  une  bonne  couche  de  peinture,  on  en  fera  de  la  pierre, 
pierre  de  roche,  de  liais,  de  ianlabie,  ce  qu'on  voudra  eniiu. 
L'industrie  semble  s'être  enrichie  d'un  nouveau  produit,  de  la 
toile  et  de  la  passementerie  eu  pierre  presque  aussi  flexible  qu'un 
tissu  végétal.  Les  anciens  avaient  bien  de  la  toile  damianthe, 
notre  siècle  a  bien  créé  des  étoffes  de  verre  ;  pourquoi  n'aurions- 
nous  pas  de  la  toile  de  pierre  7 

Que  dirons-nous  aussi  des  tuyaux  de  poêle  qui  sortent  du  socle 
des  piéde-sUux  de  fonte  pétrifiée,  et  qui  s'élancent  vers  le  ciel  apris 
avoir  décrit  plusieurs  coudes  ?  C'est  encore  là  une  des  cuo^ 
quences  de  la  forme  de  piédestal  adoptée  pour  des  bureaui.  Eo 
allant  droit  au  but,  c'est-à-dire  en  donnant  à  ces  constructions 
la  forme  d'un  habitacle  et  non  celle  d'un  support,  le  tuyau  du 
poêle,  partant  du  milieu  du  comble,  eût  pu  devenir  un  motif 
(le  décoration.  Mais,  d'après  le  parti  pris,  on  n'a  guère  d'autre 
ressource,  pour  dissimuler  le  tuyau,  que  de  faire  sortir  la  bmiée 
par  la  bouche  des  statues  qu'on  lu'merait  d'un  tube  de  bronze  en 
forme  de  cigare.  Cet  ajustement  pittoresque  symboliserait  i  mer- 
veille le  goût  ullra-tabachique  de  notre  époque. 
Veuillez  agréer,  etc. 


ÉCOLE  .MARITIME  DU  CO.MMERCE  A  PARIS. 

Nous  venons  de  voir  une  gravure  dont  le  dessin  doit  exciter  le 
plus  vif  intérêt  :  c'est  une  frégate,  placée  sur  la  Seine,  ns-à-rà 
le  Champ-de-Mars.  D'après  les  explications  qu'on  a  bien  voulu 
nous  donner^  cette  gravure  représente  le  bâtiment  à  bord  duquel 
un  capitaine  du  Havre,  M.  Lallier,  veut  établir  une  école  des- 
tinée à  former  des  oQiciers  pour  la  marine  marchande.  Ce  sen 
un  spéciale  curieux  et  nouveau  que  la  silhouette  lointaine  de 
celte  frégate  élancée,  avec  ses  sabords,  ses  canons,  ses  batteries, 
et  surtout  avec  sa  mâture  élevée,  armée  de  cordages,  de  vergues 
et  de  voiles  déployées.  Nous  avons  déjà  sur  notre  tkuve  des  ponts 
historiques  et  suspehdui,  des  baius  renommés,  des  écoles  es 
uatatiou  plemes  de  couforl  et  d'élégance,  des  hiHtun  k  vapeur,  et 
des  myriades  de  canots  ou  de  yoles  légères  ;  mais  un  navire  de 


415 


HKVLE  DE  LAUCllITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


4HÎ 


guerre  ayant  reçu  le  baptême  de  l'eau  salée,  mouillé  et  embossé 
avec  ses  chaînes  et  sur  ses  ancres  le  long  de  nos  quais  pacifiques, 
c'est  une  véritable  conquête  dont  Paris  doit  être  d'autant  plus 
lier  que  le  champ  de  son  écu  porte  un  vaisseau  avec  celle  magni- 
fique devise  :  Dieu  le  conduira. 

A  bord  de  la  frégate-école,  vaste,  bien  aérée,  réunissant  toutes 
les  conditions  d'hygiène  el  de  salubrité  nécessaire  à  la  santé  des 
élèves,  seront  enseignées  pur  des  professeurs  choisis  toutes  les 
sciences  utiles  et  spéciales  à  la  navigation  :  mathématiques,  hydro- 
graphie, dessin,  histoire  naturelle,  langues  étrangères,  etc.  :  voilîi 
pour  la  théorie. 

Quant  à  la  pratique  et  à  l'exercice  gymnastique  des  manœuvres, 
la  scène  change,  et  c'est  dans  un  port  de  mer,  au  Havre,  qu'il  faut 
suivre  les  élèves  de  M.  Lallier.  Sur  un  brick  armé  tt  spalmé 
pour  la  haute  mer  et  le  sillage  de  l'Atlantique,  les  théoriciens 
seront  rompus  aux  évolutions  navales  et  à  tous  les  secrets  du 
métier. 

Afin  de  rendre  son  système  complet,  et  d'être  à  la  hauteur  des 
idées  progressives  de  l'époque,  M.  Lallier  a  eu  l'heureuse  concep- 
tion d'annexer  aux  deux  navires  à  voiles  un  bateau  à  vapeur.  Ce 
bateau  à  vapeur  sera  l'objet  d'une  étude  pleine  d'intérêt  pour  les 
apprentis  marins  qui  apprendront  à  devenir  mécaniciens  el  ingé- 
nieurs, aptes  à  conduire  et  à  diriger  cette  force  merveilleuse  qui 
transforme  aujourd'hui  nos  voies  de  communication. 

Par  ce  rapide  aperçu,  nos  lecteurs  apprécieront  les  bienfaits 
et  les  conséquences  du  plan  conçu  par  M.  Lallier,  relativement 
à  notre  puissance  navale  el  à  l'avenir  de  notre  commerce.  Aussi 
les  plus  hautes  notabilités  de  notre  France  ont  placé  l'école  nou- 
velle sous  leur  patronage.  M.  le  ministre  de  la  Marine,  avec  ce 
noble  empressement  qui  l'entraîne  vers  .toutes  les  améliorations 
utiles  à  son  déparlement,  la  couvre  de  sa  protection  bienveil- 
lante ;  et,  nouveau  Colbert,  cet  administrateur  infatigable  atta- 
chera le  nom  illustre  de  Montebello  à  l'une  de  nos  belles  institu- 
tions maritimes. 

DÉGOUWRTES  ARCHÉOLOGIQUES  DANS  PARIS. 

En  examinant  de  vieux  parchemins  du  moyen  âge,  on  a  plus 
d'une  fois  découvert,  sous  l'écriture  de  quelque  moine,  les  traces 
presque  effacées  d'un  fragment  littéraire  de  l'antiquité.  Ces  pa- 
limpsestes ont  toujours  eu  le  don  d'exciter  à  un  haut  degré  l'intérêt 
et  la  curiosité  des  savants. 

Mais  que  sont  toutes  nos  anciennes  villes,  sinon  de  gigantes- 
ques palimpsestes  où  l'art  a  écrit  l'histoire  contemporaine  avec  la 
pierre,  le  marbre  et  le  métal  ?  Et  lorsque,  sous  prétexte  d'aligne- 
ment ou  de  percement  de  rues,  nos  vieilles  cités  viennent  à  effacer 
une  page  de  l'écriture  moderne  qui  les  recouvre,  ne  voit-on  pas 
surgir  aussitôt  l'écriture  féodale,  elle-même  transpercée  par  les 
caractères  romains  qu'elle  surchargeait  ? 

Celle  idée  nous  vient  à  l'occasion  d'une  lettre  que  nous  recevons 
de  notre  ancien  collaborateur,  M.  Albert  Lenoir,  qui  poursuit  ses 
recherches  archéologiques  dans  Paris  avec  un  succès  toujours 
croissant. 

Mon  cker  Daly, 

Les  découvertes  d'antiquités  romaines  et  du  moyen  âge  se 
multiplient  rapidement  à  Paris  depuis  quelques  semaines.  Après 
les  fouilles  intéressantes  et  si  riches  en  documents  précieux  pour 
riiistoire  de  la  cité,  qui,  pendant  plus  d'un  mois,  ont  attiré  la 


foule  au  Parois-Notre-Dame,  celles  que  nécessite  le  projet  d'iso- 
lement et  d'agrandissement  du  Palais  de  justice  viennent  aujour- 
d'hui fournir  leur  contingent  de  renseignements  archéologi- 
ques :  on  y  rencontre  murailles,  médailles  et  poteries  romaines, 
puis  la  couche  du  moyen  âge,  présentant  les  mêmes  éléments 
d'étude,  se  trouve  étendue  sur  celle  de  l'antiquité  païenne.  Le 
percement  de  la  r;ie  Soufilot,  après  avoir  fait  connaître  de 
curieux  détails  du  couvent  des  Jacobins,  qu'elle  traverse  entière- 
ment, vient  de  donner  lieu  à  la  découverte  d'une  construction 
romaine  qui  paraît  avoir  été  fort  étendue  el  dont  on  ignorait  entiè- 
rement l'existence.  Au  pied  de  ces  murs  on  a  trouvé  de  nombreux 
fragments  de  marbre,  des  antefixes,  et  plus  d'une  médaille  du 
haut  empire. 

Tout  à  vous. 

Albert  LENOIR. 


LE  CONGRÈS  DE  TOURS. 

M.  l'abbé  Bourassé,  qui  s'occupe  d'archéologie  à  Tours,  vient 
d'adresser  une  lettre  à  monsieur  le  directeur  des  Annales  archéo- 
logiques. M.  l'abbé  Bourassé  voudrait  faire  considérer  sa  lettre 
comme  offrant  sinon  un  compte  rendu  détaillé,  du  moins  un  fidèle 
reflet  des  séances  du  Congrès  de  Tours.  Nous  n'avons  ni  l'espace, 
ni  le  loisir  de  montrer  dans  ce  numéro  que  M.  l'abbé  a  fort  mal 
réfléchi  avant  d'écrire,  el  tout  aussi  mal  pendant  qu'il  écrivait  ; 
mais  ce  n'est  que  partie  remise. 


NECROLOGIE. 

Nous  avons  encore  la  douleur  d'enregistrer  le  décès  d'un  jeune 
architecte. 

Tout  dernièrement,  c'était  M.  Frissard  qu'une  locomotive  frap- 
pait à  mort.  M.  Frissard,  fils  d'un  ingénieur  auquel  le  Havre  doit 
une  grande  reconnaissance,  n'avait  guère  plus  de  vingt-cinq  ans, 
el  il  était  attaché,  depuis  quelque  temps,  aux  travaux  du  chemin 
de  fer  d'Amiens  à  Boulogne,  exécuté  par  les  soins  de  l'éminent 
ingénieur  M.  Bazaine. 

Aujourd'hui,  c'est  M.  Edmond  Preslat  qui  nous  est  enlevé. 
M.  Preslat,  ancien  élève  de  M.  Duban,  était  employé  au  chemin  de 
fer  d'Avignon  à  Marseille;  il  pouvait  avoir  de  3,'i  à  M  ans.  L'avenir 
lui  souriait  ;  tout  semblait  lui  promettre  une  belle  carrière,  quand 
la  mort  l'a  atteint.  C'est  une  maladie  de  poitrine  qui  nous  a  enlevé 
noire  jeune  confrère,  que  Nîmes  a  vu  mourir. 


Petite  Correspondance. 

—  M.  B.,  à  Aux.  Votre  lettre  est  très-intéressante.  Il  serait  boa 
de  la  publier  avec  ou  sans  nom  d'auteur.  Dites  quelle  est  votre 
décision  sur  ce  point.  Les  chenaux  des  deux  maisons  désignées 
seront  visités,  et  votre  dessin  sera  publié  prochainement.  Quant 
au  n"  de  janvier  (l'"'  n°  du  7«  volume),  il  fut  remis  le  29  mars 
dernier  chez  le  correspondant  désigné  par  vous  (M.  B.,  rue  du 
Petit  Carreau,  n"  10).  Nous  avons  pris  note  de  votre  demande 
pour  notre  8«  volume. 

—  M,  D.  UE  B.,  à  Chartres.  Vous  paraîtrez  dans  le  prochain 
numéro.  Amitiés. 

—  M.  P.  R.,  à  Athènes.  Les  instructions  pour  les  artistes  qui 
veulent  visiter  la  Grèce,  et  le  travail  sur  l'Erecthe'ion  paraîtront 
très-prochainement.  Merci  de  votre  communication,  et  encore 
merci  de  votre  aimable  exactitude. 

—  A  Plusieurs.  Patience,  les  communications  paraîtront  en  leur 
temps.  Les  livres  seront  examinés. 


César  DALY, 

Directeur  et  rédacteur  ct>  cluf, 
uiemLre  de  rAcadémie  royale  des  Beaux-Arts  de  Stucktioliu,  de  i'iusutut 
royal  des  Arebilecles  brllanniques,  tic,  etc. 

iiui*.  de  L.  TOtNO.N  el  (>.  »  Sjiu(-ûeiiii.jui. 


/ii: 


IIKVIJB  DE  l/AHCHmCCriiUK  KT  DKS  TKAVAUX  PUBLICS. 


&18 


PANORAMA  DKGYPTK  ET  DE  NUBIE. 

SOMMAIBE.  —  I/Ëgyptc  vue  pur  les  yeux  d'un  Franfait  il  ;  a  moins  de  cent 
ans.  —  Ce  que  rappelle  l'Égyplc.  —  De»  auteurs  qui  «ni  dtcrii  l'Éftypte.  — 
Un  original.  —  Punoraina  d'I^gyple  l^ée  Nul>ie.  —  En  ahardaat  en  Égrplc 
on  trouve  de  loul,  excepté  de  l'IiRyplien. —  Ce  que  nous  verrons  en  Tisllant 
l'Egypte.  —  Alexandrie  autrefois  et  Alexandrie  aujourd'hui.  —  Une  me  du 
Caire.  —  La  vie  sur  la  rive  droite  du  Nil,  la  mort  sur  la  rive  gauche.  — 
Lorsqu'on  parlo  de  l'Egypte,  on  en  voit  les  pyramides.  —  Qu'est-ce  que  les 
pyramides?  —  Ce  que  l'hnc  ignorait  et  ce  que  nous  savons.  —  I,a  plus  vieille 
iVriliire  ™nnuo.  —  Dimensions  de  la  grande  pyramide.  —  Ce  qu'on  voit  de  son 
soiiiinet  dans  son  intérieur.  —  l'réeaulions  d'un  voyageur  qui  veut  remonter 
le  Nil.  —  La  dernière  pyramide.  —  Le  l'ayoum.  -  Le  lac  Mœris.  —  Le  temple 
de  Oenderah. 

Il  y  n  moins  d'un  siècle  que,  pour  la  plupart  des  Européens. 
l'Egypte  était  encore  le  pays  de  l'inconnu  et  du  terrible,  le  pays 
des  tombeaux,  des  monuments  souterrains  et  des  pyramides; 
(^'était  une  contrée  peuplée  de  sphinx  gigantesques,  sombres  el 
muets,  et  d«  momies  qui  avaient  vu  s'évaporer  les  dernières 
eaux  du  déluge.  C'était  enfin  le  pays  du  mystère. 

C'est  que  l'i-'gyplc  était  plus  connue  par  les  traditions  que 
par  l'observation  directe.  .Uors  les  excursions  lointaines  présen- 
taient de  grandes  difticultés,  nécessitaient  devises  dépenses, 
et  le  plus  souvent  ex|)osaient  à  de  sérieux  dangers.  Ix-s  esprits 
curieux  ne  trouvaient  pas,  comme  aujourd'hui,  au  port  du 
départ,  des  bateaux  à  vapeur  toujours  prêts  ti  franchir  la  Médi- 
terranée, bon  gré,  mal  gré  les  vente,  et,  à  l'arrivée,  des  consuls 
toujours  disposés  à  protéger  leurs  nationaux.  C'est  aOssi  qu'alors, 
<!omme  à  présent,  le  nom  do  l'Egypte  se  mêlait  à  tous  les  grands 
souvenirs  de  l'histoire  de  la  terre,  à  toutes  les  traditions  loin- 
laines.  C'était  là  qu'on  cherchait  la  source  du  fleuve  civilisateur 
(jui  avait  versé  ses  eaux  fécondantes  sur  l'Europe;  c'était  lit  que 
le  peuple  d'Israël  avait  grandi  dans  lu  souffrance,  là  que  pour 
la  iircmière  fois  les  hommes  entendirent  proclamer  le  nom  de 
.léhovah,  du  Dieu  unique.  C'était  encore  là  que  douze  sit^cles 
plus  tard,  Joseph  et  .Marie  s'étaient  réfugiés  avec  l'enfant  qu'a- 
doi*o  aujourd'hui  le  monde  civilisé  ;  là  encore  que  les  succes- 
.seurs  immédiats  de  Mahomet  s'étaient  concentrés  un  moment 
avant  de  s'élancer  avec  une  énergie  sauvage  sur  l'Europe  el  sur 
t'.\sie.  Les  échos  de  l'Egypte  avaient  été  réveillés  par  les  cris 
de  guerre  de  saint  Louis,  comme  depuis  ils  ont  répondu  au 
grondement  du  canon  de  Bonaparte. 

\  toutes  les  grandes  épo(|ues  de  l'histoire,  l'Egypte  se  dresse 
sous  les  regards  :  tout  au  fond  des  siècles,  avec  $<.-s  Pharaons. 


ses  castes,  .ses  richeues,  ta  trislene  et  ton  immobilité  ;  à  l'au- 
rore du  christianisme,  avec  Mkoioines  fasatiques  et  ses  philo- 
sophes célèbres,  et  au  moyen  ifje  avec  les  croisades.  Aujourd'hui 
encore  nous  voyons  ses  énergiques  efforts  pour  s'apitroprier  le» 
modernes  découvertes  de  la  science  el  de  l'industrie. 

L'Egypte  II  toujours  attiré  les  regards  des  grand;  homroea,  et 
depuis  les  temps  les  plus  reculés,  les  conquérants  chargés  par 
la  Providence  de  concourir  à  la  r/)nstitutioo  de  l'unité  maté- 
rielle du  monde  ont  tous  foub';  cette  terre  consacrée. 

Située  entre  l'Occident  et  l'Orient,  dont  elle  forme  le  lien 
commun,  l'I-^gypte  est  l'intermétliaire  naturel  de  l'Europe  et 
de  l'Inde,  et,  à  ce  titre,  elle  se  rattache  aux  plus  important* 
intérêts  politiques  actuels. 

Pour  l'artiste  et  l'historien,  comme  pour  le  philoso|riie  et 
l'homme  politique,  l'I-^pte  est  donc  une  source  intarissable 
d'études  el  de  réflexions.  .Vussi  tout  ouvrage  consciencieux  sur 
Cette  contrée  est-il  assuré  de  rencontrer  des  lecteurs  emprettés. 

Les  premiers  écrits  publiés  à  la  suite  de  l'expédition  fran<iiae 
en  Egypte  furent  accueillis  avec  une  vive  curiosité  et  un  iniéfM 
extrême.  Jusqu'alors  on  avait  dii  se  contenter  des  incroyables 
histoires  du  voyageur  Lucas,  digne<-muledu  luiron  Munrhhausen, 
des  écrits  de  Kircher,  de  Niebuhr.  de  Ker  Porter,  etc.,  que 
nous  ne  devrions  peut-être  pas  abaisser  aa  point  de  lesiffer  à 
cùté  de  Luca.s.  Aussi  l'ouvrage  de  Denon  fut-il  revu  avee  ooe 
espèce  de  transport  et  rapidement  traduit  en  plusieurs  langues, 
cat  le  plus  grand  ouvrage  otticiel  sur  l'Egypte  ne  se  publiait 
qu'avec  la  lenteur  inhérente  aux  mouvements  d'un  tel  oolotse. 

Depuis  lors,  bon  nombre  de  savants  ont  visité  l'Egypte  et 
contribué  à  nous  la  rendre  plus  familière,  sans  que  cette  plus 
intime  connaissance  l'ail  dépouillée  cependant  ni  de  sa  grandeur, 
ni  même  entièrement  de  son  canictèrc  mystérieux.  Nous  ne 
citerons  pas  les  travaux  des  Champollion,  des  Young,  desLenor- 
mand,  des  Letronne,  des  lielzoni,  des  Rosellini,  des  Wilkinson, 
des  Wyse,  etc.,  etc.;  mais  nous  arriverons  immédiatement  à 
l'ouvrage  d'un  architecte  distingué,  M.  H.  Horeau,  qui  sera 
l'objet  spécial  de  cet  écrit. 

Grâce  à  l'influence  de  la  mode,  du  Ion  et  de  certaines  con- 
ventions sociales,  la  plupart  des  hommes  se  ressemblent;  on 
dirait  des  épreuves  sorties  d'un  même  moule.  Tous  ceux  qui  se 
permettent  de  s'individualiser  quelque  peu  sont  qualifiés  d'ort- 
ginaux.  Voriginalilé  n'est  pas  précisément  un  titre  d'exclusion, 
puisque  la  plupart  du  temps  ce  sont  les  origintÊt»  qui  jettent 
dans  les  relations  et  les  causeries  l'inattendu  qui  chasse  l'ennui, 
l'imprévu  qui  fait  réfléchir  ou  rire;  nais  pour  le  gros  du  trou- 
peau, l'homme  doué  iïorigiiujité  est  class»-  parmi  les  suspects, 
comme  ami  du  droit  de  libre  examen  et  de  beaucoup  d'autres 
libertés,  toutes  choses  qui  frisent  l'indiscipline  et  le  mépris  4e 
la  routine. 

Mw  Horeau  in>us  \uïM  quelque  j>eu  «nLu  ■!<-  <• ...  •^fimatiff,  car, 
de»  son  jeune  Age,  sa  gourmande  intelligence  allait  marautler  et 
butiner  en  dehors  des  limites  tracées  par  ses  classiqap  maîtres 
de  rinslilut;  jeune  énoorc,  il  a>-ait  parcouru  quelques-ooes 
des  principales  contn^s  de  l'Europe,  interrogeant  et  cherrinat 
aliment  pour  son  esprit  et  s««s  crayons.  Mais  enfin  de  t^ye  part 
enlacé  jwr  les  mille  liem  qui  ixent  dans  un  lieu  l'arrhilerle 
livré  à  la  pnilifue  de  son  art,  il  semblait  que  nom  confrèfe 
.tvait  délinttivement  renoncé  aux  pérégrinations  lointaines,  i 
celles  du  moins  qui  pou^-aient  le  retenir  longtemps  absent  de 
T.  ïil.  27 


il9 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


Zi20 


Paris.  Non  point  qu'il  acceptât  les  plaines  de  Saint-Denis  et  de 
Vaugirard  pour  les  bornes  de  son  horizon,  car  les  pays  qu'il 
avait  visités  il  les  avait  adoptés,  et,  dans  les  projets  qu'il  amon- 
celait avec  cette  activité  presque  fébrile  qui  le  caractérise,  il  y 
en  avait  pour  l'Angleterre  et  pour  la  Belgique  aussi  bien  que 
pour  la  France.  A  côté  d'un  marché  pour  Versailles,  vous  verrez 
chez  lui  un  pont  pour  Constantinople,  une  place  publique  pour 
Bruxelles,  un  jardin  des  fleurs  pour  Lyon.  M.  Horeau  travaillait, 
comme  on  voit,  pour  l'Europe. 

Un  jour  cependant,  le  brouillard  qui  avait  limité  cet  immense 
champ  de  manœuvres  artistiques  se  déchira  et  laissa  entrevoir 
la  terre  d'Egypte  au  delà  de  la  Méditei'ranée.  Mchemet-Ali  lui 
apparut  en  vision,  et  il  entendit  parler  des  efforts  de  ce  grand 
homme  pour  doter  l'Egypte  des  conquêtes  de  la  civilisation 
européenne.  Pharaon  et  Mehemet-Ali,  les  pyramides  et  les  mos- 
quées ;  du  très  vieux,  du  moyen  âge  et  du  nouveau,  tout  cela 
était  bon  à  voir,  à  connaître.  M.  Horeau  se  mit  en  route. 

Il  visita  la  basse  et  la  haute  Egypte;  il  pénétra  en  Nubie;  il 
observa,  il  écrivit,  il  crayonna.  De  retour  à  Paris,  il  organisa  un 
atelier  de  gravure  sur  bois  et  sur  métal  ;  il  fit  de  son  apparte- 
ment un  chantier  de  travail,  et  voici  qu'il  nous  vient  livrer  un 
volume  de  près  d'un  mètre  de  superficie,  dans  lequel  il  décrit 
ses  impressions  de  voyage,  nous  initie  à  ses  études  égyptiennes 
et  nous  communique  son  portefeuille. 

Le  «  Panorama  de  l'Egypte  et  de  la  Nubie  »  nous  donne  des 
dessins  de  constructions  arabes  et  de  monuments  antiques, 
de  ruines  telles  qu'on  les  voit  et  de  restaurations  telles  que 
M.  Horeau  les  a  rêvées  en  se  faisant  le  plus  vieux  et  le  plus 
Égyptien  possible.  En  tête  du  volume  figure  le  portrait  de 
Mehemet-Ali.  C'est  un  hommage  rendu  à  l'actualité,  mais  ce 
n'est  que  l'introduction  au  Panorama,  qui  commence  par  une 
vue  à  vol  d'oiseau  de  toute  TÉgypte  et  du  nord  de  la  Nubie, 
depuis  Alexandrie  jusqu'à  la  deuxième  cataracte.  C'est  une  carte 
pittoresque  de  l'ensemble  de  la  contrée  visitée  par  M.  Horeau. 
On  y  distingue  Alexandrie,  le  Caire,  les  grandes  pyramides,  les 
ruines  de  la  Thébaïde,  les  temples  d'ibsamboul,  etc.  M.  Horeau 
conduit  son  lecteur  devant  tous  les  monuments  célèbres  de  la 
célèbre  vallée  du  Nil,  et  clôt  son  œuvre  par  un  second  pano- 
rama ou  carte  pittoresque  donnant  une  revue  rétrospective  de 
tous  les  lieux  décrits  par  lui. 

En  abordant  l'Egypte  par  le  nord,  du  côté  de  la  Méditerranée, 
on  rencontre  plus  de  constructions  arabes  et  de  vestiges  grecs 
et  romains  que  de  souvenirs  égyptiens,  car  c'est  par  le  nord 
que  tous  les  grands  conquérants  ont  successivement  pénétr  en 
Egypte;  c'est  par  le  nord  du  pays  qu'ils  se  rattachaient  le  plus 
directement  à  leur  point  de  départ;  c'est  donc  sur  ces  rives 
qu'ils  se  sont  établis  le  plus  volontiers,  et  les  Perses,  les  Grecs, 
les  Romains,  les  Arabes,  les  Turcs  et  les  Français  ont  formé 
comme  une  couche  épaisse  d'alluvion  sur  le  sol  primitif  du 
Delta.  Tour  à  tour  chacun  a  marqué  de  son  empreinte  cette 
terre  historique  en  effaçant  plus  ou  moins  les  traces  laissées  par 
ses  devanciers.  Actuellement  les  souvenirs  les  plus  nombreux, 
semés  par  ces  caravanes,  sont  ceux  des  Arabes. 

Ce  q^lange  de  monuments  arabes  et  égyptiens  n'est  pas  sans 
charmes.  Après  avoir  visité  et  admiré  la  grâce  et  la  légèreté  de 
certains  édifices  du  Caire  (voy.  la  vue  de  la  grande  rue  du  Caire, 
pi.  30,  la  cour  de  la  mosquée  El  Moyed,  pi.  31,  et  ia  fontaine, 
pi.  sa),  on  n'est  que  plus  vivement  impressionné  à  l'aspect  des 


grandes  pyramides  de  Gyseli.  Au  sortir  des  vastes  catacombes 
de  la  chaîne  libyque,  les  arabesques  et  les  entrelacs  des  monu- 
ments de  Montfallout  (voy.  pt.  3i)  et  de  Syout  n'en  sont  que 
plus  légers  cl  plus  souples.  On  arrive  ainsi  bien  préparé  de^'ant 
les  murailles  de  Karnac,  bien  disposé  pour  apprécier  les  majes- 
tueuses proportions  de  la  salle  hypostyle  {pi.  32),  et  les  belles 
et  simples  lignes  du  temple  de  Khons  [pi.  33]. 

Nous  ne  suivrons  point  M.  Horeau  pas  à  pas  dans  son  artis- 
tiqme  pèlerimage,  mais  nous  regarderons  en  passant  quelques- 
unes  de  «es  constructions  arabes  si  merveilleuses  de  grâce  et 
de  légieceifé.  Nous  nous  aiTêterons  aussi  devant  les  imposantes 
ruines  'ée  '.girès  et  de  granit,  qui  ont  le  plu«  impressionné  notre 
voya'goui  :  ;i  Dendcrah,  que  nous  avons  dépouillé  de  son  zodia- 
que; à  Karnac  (voy.  pi.  32,  33,  36  et  37),  dont  le  nom  rappelle 
un  des  plus  curieux  monuments  de  nos  ancêtres  gaulois;  à 
Luxor,  que  nous  avons  privé,  à  grands  frais,  d'un  de  ses  obélis- 
ques, après  avoir  honni  lord  Elgin  de  son  enlèvement  des  bas- 
reliefs  du  Parthénon;  à  Philœ  [pi.  35,  38  et  hZ],  l'île  sacrée  où 
les  prêtres  seuls  avaient  accès;  à  Ibsaraboul  [pi.  39  et  40), 
dont  les  temples  taillés  dans  le  roc  sont  heureusement  assurés 
contre  les  entreprises  des  collecteurs  d'antiquités. 

Alexandrie  garde  encore  sa  fameuse  colonne.  La  conservera- 
t-elle  longtemps  ?  On  prétend  que  le  pacha  actuel  en  a  fait  don 
à  l'Angleterre.  En  6/iO,  lors  de  la  prise  d'.\lexandrie  par  le  chef 
arabe  Omar,  cette  ville  comptait  quatre  mille  palais,  quatre 
mille  bains,  quatre  cents  édifices  publics,  douze  mille  magasins, 
une  bibliothèque  sans  pareille,  etc.,  etc.  Mais  de  tout  cela  que 
restc-t-il  aujourd'hui?  Un  souvenir  et  un  regret. 

Mais  passons  au  Caire,  la  ville  arabe,  la  ville  des  Mille  et  une 
nuits. 

M.  Horeau  a  dessiné  une  vue  d'une  des  deux  principales  rues 
du  Caire,  la  grande  rue  du  Moristan  [pi.  30).  Des  mosquées, 
des  fontaines,  des  okels,  des  bazars  et  des  boutiques  de  toute 
nature  ornent,  dit-il,  cette  rue  où  s'agite  une  population  de 
Turcs,  d'Arabes,  de  Cophtes  et  de  Juifs. 

«  Le  bariolage  des  différents  costumes;  ces  seigneurs  sur  des 
chevaux  richdShent  caparaçonnés,  précédés  de  coureurs  qui 
leur  ouvrent  un  passage  au  milieu  de  la  foule;  ces  femmes  à 
âne,  il  califourchon  sur  de  hautes  selles,  pour  éviter  le  contact 
des  passants;  ces  distributeurs  d'eau,  ces  divers  marchands,  ces 
crieurs  qui  vendent  à  l'encan  en  courant  les  rues  ;  ces  musiciens, 
ces  narrateurs  d'histoires  dans  les  cafés;  ces  caravanes  qui  par- 
tent et  qui  arrivent  des  divers  points  de  l'Afrique  ;  ces  riches 
mosquées  à  coupoles  hardies;  ces  minarets  si  gracieux,  si  élé- 
gants :  tout  cela  donne  au  Caire  un  aspect  extraordinaire. 

»  La  vue  de  la  rwe  du  Moristan  représente,  à  gauche,  une 
partie  de  la  magnifique  mosquée  Kaloum  ou  grand  Moristan 
(hôpital),  construit  en  1319  par  Kaloum,  qui,  ayant  recouvré 
la  santé  au  Moristan  de  Damas,  en  Syrie,  fit  vœu  de  construire 
un  semblable  Moristan  au  Caire. 

»  Ce  superbe  monument  contient  à  la  fois  un  hôpital  pour 
les  deux  sexes,  une  mosquée  et  le  tombeau  de  Kaloum,  qui 
est  sous  le  dôme,  près  le  minaret,  qu'on  aperçoit  dans  le  fond 
du  dessin.  » 

Dans  notre  vol.  5'',  col.  hQ,  nous  avons  donné  une  vue  inté- 
rieure de  cette  mosquée. 

La  pi.  31  représente  la  cour  de  la  mosquée  El  Moyed,  monu- 
ment de  l'architecture  ogivale  des  Arabes.  La  cour  est  entourée 


421 


HEVUE  I)K  L'AUCHITEi 


TRAVAUX  PUBLICS. 


422 


d'un  (luubitt  portique.  /ÊtrtÊlÉtÊt,  on  voit  la  fontaine  aux  at)lu- 
tions.  Dans  notre  premier  volume  {pi.  6),  nous  avons  montré 

la  font*iin<!  aux  abhitjoiis  de  la  mo<É|ué«  «le  Sainte-Sophie,  à 
Constantitiople.  Elle  diffère  notjiblement  de  celle-ci,  qui  est 
abritée  par  un  petit  paviUon  et  ombragée  d'un  sycomore. 

I>es  Arabes  passons  aux  Égyptiens. 

Le  Caire  s'afjite  sur  la  rive  droite  du  Nil,  les  fjrandes  pyra- 
mides dorment  sur  la  rive  yauehe.  Ici  tout  est  bruyant,  animé, 
festonné,  âéeovpé,  colorié;  là  tout  est  silencieux,  morne,  rigide, 
grand  et  sévère.  Au  flaire,  c'est  la  vie  rfvec  ses  mou\'ement9 
et  ses  transiormations;  aux  pyramides,  c'fcst  la  mort,  avec  son 
repfts  et  son  immobilité.  * 

Lorsqu'on  parle  de  pyramides,  on  pense  à  l'Égyfjte.  Il  y  a  des 
pyramides  cependant  dans  presque  toutes  les  parties  du  monde. 

La  pyramide  est  la  forme  architectoni(iue  la  plus  ancienne; 
on  la  rencontre  chez  tous  les  peuples  primitifs  et  puissants.  Lji 
pyramide  est  le  tombeau,  l'autel  et  le  monument  commémo- 
ratif  des  plus  anciens  peuples. 

Qu'est-ce  que  les  grandes  pyramides  de  l'Egypte? 

A  quelle  époque  et  par  qui  furent-elles  bâties? 

On  a  publié  des  volumes  j)our  résoudre  ces  questions,  des 
volumes  de  science  et  de  folie.  Suivant  certains,  c'étaient  les 
greniers  de  .loseph  ;  suivant  d'autres,  c'étaient  des  instruments 
astronomiques.  In  troisième  y  voit  de»  barrières  destinées  à 
abriter  la  vallée  plantureuse  du  Nil  contre  les  envahissements 
des  sables  du  désert;  ui* quatrième  a  prétendu  que  les  pyra- 
mides étaient  simplement  des  symboles  du  principe  femelle, 
des  monuments  religieux  appartenant  au  culte  des  énergies  de 
la  nature,  culte  dont  les  travaux  se  retrouvent  aujourd'hui  dans 
rin<lc,  chez  les  adorateurs  du  lingam  ou  du  principe  mâle. 

IJien  que  plus  vieux  de  1800  années  que  Pline,  et  beaucoup 
moins  riches  que  lui  en  documents  historiques;  bien  que  de  son 
temps  l'intelligence  des  hiéroglyphes  ne  fût  pas  encore  perdue, 
et  que  la  ni'ci'ssiti'  di-  I.i  ri'innv  l'cr  ait  jeté  siiv  la  route  des  his- 
toriens modi'iiH's  un  iilisi;i('.'  i{iii  parut  liiiiu:i(!ii]is  insurmon- 
table,.cependant,  il  relie  lu  M  ire.  iiiiu-^  >oii]iiie  ,  plu^  ivaiicés  que 
ne  le  fut  Pline,  qui  dit  que  c'est  justice  «jue  les  noms  de  ceux 
qui  firent  exécuter  ces  monuments  de  vanité  (les  pyramides) 
soient  effacé»  dte  ku  mémoire  des  hommes. 

Pline  ne  connaii»ait  pas  les  auteurs  des  pyramides  de  (iyseh  : 
nous,  nous  les  connaissons  ;  nous  les  connaissons  à  n'en  plus 
douter. 

Ces  pyramides  étamit  des  tomôeàux,  et  les  noms  de  leurs 
auteurs  sont  échapp/  l'oubli  on  ils  étaient  demeurés 

ensevelis  depui^pn;        u lie  ans. 

Hérodote  {liv.  il,  ch.  f 26)  les  avait  rapportés,  Diodore  de  Si- 
cile [tic.  I,  ch.  63)  les  avait  enregistrés,  mais  le  doute  planait  sur 
les  récits  d'Hérodote  et  de  Diodore.  U  faiblit  d'autres  preuves,  des 
preuves  matérielles,  irrécusables.  On  les  possède  actuellement. 

Daiis  son  h^gypte  pittorAïque ,  publiée  en  1838,  M.  Cham- 
pollion  aîné  d\l(p.  224)  qu'on  ne  trouve  aucune-trace  d'écriture 
hiéroglyphique  sur  les  pyramides  royales  de  Memphis.  On  en  a 
trouvé  depuis  ce  temps. 

Le  plafond  de  la  salle  dite  du  roi,  dans  '  '    pyramide, 

est  déchargé  par  des  vides  parfaitement  ..,,,,  ,;  ,■■■■  ■•  ■  .-nt 
destinés  Ji  demeurer  fermés  {pi.  M).  C'est  dans  un  di  s, 

récemment  découvert.s,  qu'on  a  trouvé  des  hiéroglyphe--  |.eiuts 
en  rouge,  retraçant  le  nom  de  Chéops. 


HértHUMMtÊêioK  lui  attribuaient,  en  Hbt,  ce  nionoinent. 

Is  MnwI  Wyte  m  décoavert  quatre  4è  cm  Tidec .  On  n'en 
connaissait  qu'un  seul  du  temps  de  RbaA»let,  qoi  avait  preas«ati 
la  forme  que  devait  avoir  \«  dernier.  '-*  *    •' 

Dans  lu  pyriimide  dite  de  MyeéiHHM,  on  a  Masi  fait  une 
déeouverte  prérieuse  :  celle  d'an  morceau  de  sascophi^  en 
bois,  [Kirtant  le  nom  ée  Myeérinas,  auquel  on  rapportait,  en 
effet,  la  construction  du  OMMianent. 

La  gninde  pyramide,  qui  est  émoasaée  à  ton  «mméM^  n» 
compte  pins  l^itftn  assises  La  hauteur  de*  assiaea  varie  ;  rflas 
sont  enehvéas  les  mniida&B  les  anti«8  et  jupinpoaéaj  en  sHnitak 
Cette  masse,  qui  a  encore  1&6  mèlws  de  hanteor  et  enviswi 
230  mètresde^aifeuràsi  base,  se  vnilkdHi  ienes  de  datante. 
rjriginairement  la  graitde  pyramide  était  uni  i Vie  d'an  i 
ment  eu  pierre  compacte,  ()ue  quelques  archéologues  sup 
avoir  été  décote  dibiéroglyplies.  Un  troave,  en  efliet,  dans  nos 
musées,  de  nonrinena  exeniplH4lapslilcapfraBidnain«afnées. 
Li  ligne  de  ce  revêtement  est  indi^n^  dans  la  eonpe,  pt.  M. 

«  Apiès  aae  noi*  pasaie  dans  air  tomlieau  voisin  des  pyra- 
miéea,  dit  M.  Horeaa,  dans^  lequel  on  ne  peat  entrer  qu'en 
rampant,  tant  le  sable  en  a  encombré  l'entrée,  je  montai  avee 
le  jour,  assisté  di  deux  .\rabes,  parTaréte  N.  E.,  sur  le  plateau 
qui  couronne  la  grande  pyramide  :  là  nn  spectacle  admirable 
et  extraordinaire  se  déroula  «ous  nos  yeux. 

»  Le  soleil  commençait  à  éclairer  le  sommet  de  la  pyramide; 
d'épaisses  vapeurs  flottaient  encore  à  sa  base,  et  jtfketfai  frappé 
d'étonncment  en  apercevant  ii  nws  pieda  UMn  oakie  §éante 
projetée  sur  les  nuages.  Ce  phénomène,  si  simple  et  poartaat  si 
saisissant,  produisit  sur  moi  des  amsattans  diffietie*  k  déerim. 

Quelques  minutes  après,  la  terre  secouait:>son  nocturne 

linceul.  La  scène  avait  changé. 

a  Au  nord-est,  je  voyais  le  Nil  qui  descendait  majeataauaement 
à  la  mer;  plus  loin,  le  Caire  et  ses  nombreux  minarets.  A  l'est, 
le  soleil  levant  se  reflétait  si  vivement  daas  le  Nil,  qu'on  ne 
pouvait  regarder  de  ce  ciMé  ;  au  sud,  j'apereevaii  les  pyramidea 
de  Zaqquarah,  les  bases  des  plas  grandes  restaient  encore 
perdues  dans  les  nuages  sur  lesquels  elles  sembiaiAit  i 
Plus  près,  je  voyais  les  restes  des  deux  jetées,  le  pont 
lithe,  la  partie  postérieure  du  Sphinx,  le  tombeau  enlené  i 
le  roc  auqud  il  adhère,  et  les  petiti^s  pyramides  au  pied  de  la 
grande.  Au  sud-ouest,  je  voyais  le  désert,  sur  leqnel  se  détachait 
la  seconde  pyramide,  qui  cenaerve  encore  à  son 
partie  du  revêtement  dont  eUe  était  recouverte,  et  h 
qui  était  recouverte  jusqu'à  moitié  en  grasiit  raae.  (Hémdole, 
/(('.  II,  e/tap.  au.)  Toutes  deux  étaient  enean  taacleppéas  de 
nuages.  Ainsi  isolées  du  sol,  l'imagination  pouvait  les  re^uier 
et  leur  donnait  des  dimensioaa  bntasli^nes.  A  l'ouest  et  an 
nord-ouest ,  je  voyais  de  nombreon  tambeaax  nmgéa  en  avenues. 
Tous  ont  été  violés,  fouillés  par  ifavideaipéaalBlenrs.  Au  nord, 
s'étendait  une  campagne  fertile,  iitoaia  decanam;  eii6n,  plan 
loin,  mon  renard  déi  ouvrait  cette  pia^  hialonqm!  où  Bona- 
parte, romnianil.mt  1  expédition  d'Egypte,  ant  si  bien  ckYtriaer 
son  armée  en  s'écriant  :  Solttal»!  rf*  Aairf  rfe  ce»  ^yramtA»,  fna- 
nntfc  »ièr  p/entff! 

u  .le  re.i .  .vu'ret  du  point  extraordinaire  anqnel  je 

venais  dv  m  .•le\<-r.  pour  aller  visiter  rintéticur  de  In pjfianûdey 
dans  laquelle  on  entre  par  une  porte  rrpcesentée  |i<.  *i  «t  i 
quéc  A  sur  la  coupe. 


/i23 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


It-lh 


»  Cette  porte  conduit,  par  d'étroits  couloirs,  ii  la  salle  G, 
taillée  dans  l£  roc,  et  se  reliant,  par  un  puits  étroit  et  tortueux, 
à  la  grande  galerie  B.  On  va  de  cette  galerie  à  la  chambre  dite 
de  la  reine  C,  et  à  la  chambre  dite  du  roi  D.  Cette  salle  contient 
un  sapcophage  sans  hiéroglypes  ni  couvercle.  Elle  est  aérée 
par  des  courants  d'air  se  dirigeant  sur  les  faces  extérieures  sud 
et  nord ,  en  E  et  F.  Son  plafond  est  déchargé  par  des  vides 
qui  étaient  clos  et  dans  lesquels  on  ne  devait  jamais  parvenir. 
C'est  dans  ces  vides  qu'on  a  récemment  trouvé  des  hiéroglyphes 
tracés  en  rouge  par  les  ouvriers  de  la  pyramide;  ils  retracent 
le  nom  de  Chéops  (sous  la  forme  de  Sclmuft-,  qui  revient  à 
Soup/lis,  nom  que  lui  donne  Manéthon).  » 

Voici  donc,  si  la  chronologie  égyptienne  est  une  vérité,  des 
constructions  qui  comptent  à  peu  près  cinq  mille  ans  d'exis- 
tence ! 

Ces  montagnes  architectoniques  sont  les  plus  vieilles  con- 
structions connues  de  la  terre,  comme  la  grande  pyramide  en 
est  la  plus  élevée. 

Mais  il  faut  quitter  les  pyramides  et  retourner  au  Caire  pour 
se  procurer  une  embarcation;  car  en  Egypte  la  grande  route, 
c'est  la  rivière;  la  diligence,  c'est  un  bateau  à  voile,  et  pour 
visit«r  le  pays,  il  faut  remonter  le  Nil.  On  s'arrête  quand  on  le 
veut,  où  l'on  veut,  et  laissant  le  bateau  amarré  le  long  des  rives, 
on  fait  une  pointe  dans  les  terres,  à  droite  ou  à  gauche,  jus- 
qu'aux ruines  qu'on  veut  étudier. 

Une  note  de  M.  Horeau  mérite  d'être  citée. 

«  Mon  départ  du  Caire  eut  lieu  le  1"  avril  1837,  sur  une  cange 
à  voile  de  moyenne  grandeur;  elle  me  coûtait  150  francs  en- 
viron par  mois,  avec  son  capitaine  et  six  hommes  d'équipage 
qui  devaient  se  nourrir  à  leurs  frais.  J'avais  prudemment  fait 
plonger  la  barque  sous  l'eau  pendant  vingt-quatre  heures,  pour 
détruire  la  vermine  dont  les  barques  du  Nil  sont  ordinairement 
infestées.  Mes  provisions  se  composaient  de  biscuit,  de  riz, 
de  fruits  secs,  de  fromage,  de  sucre,  de  spiritueux  et  d'une 
petite  pharmacie.  J'avais,  en  outre,  pour  pouvoir  acheter  sans 
payer  trop  cher  dans  les  marchés  que  je  devais  rencontrer, 
beaucoup  de  paras,  petite  monnaie  de  moins  d'un  centime, 
trop  rare  en  Egypte,  puis  un  firman,  délivré  par  le  chancelier 
de  France;  entin  j'étais  habillé  en  Turc  pour  être  plus  à  l'aise  et 
commander  le  respect.  Je  partis  ainsi  seul,  sans  compagnon, 
suivi  seulement  d'un  petit  domestique,  plus  maître  dans  ma 
barque  qu'aucun  roi  dans  ses  États.  » 

En  remontant  le  Nil,  le  voyageur  passe  successivement  de- 
vant les  immenses  pyramides  de  Gyseh  et  les  pyramides  de 
Zaqquarah,  au-dessus  desquelles  se  voit  l'emplacement  de  l'an- 
cienne Memphis;  puis,  toujours  sur  la  rive  gauche,  à  droite  du 
voyageur,  viennent  les  pyramides  en  brique  crue  de  Dachour, 
que  plusieurs  personnes  considèrent  comme  plus  anciennes 
encore  que  les  pyramides  de  Gyseh.  Et  celles-ci  sont  déjà 
chargées  du  poids  de  5000  ans  ! 

Puis  viennent  d'autres  tombeaux,  des  excavations  creusées 
dans  le  roc,  car  la  rive  gauche  du  Nil  regarde  l'ouest,  le  côté  où, 
chaque  soir,  s'abaisse  et  s'évanouit  le  soleil,  symbole  de  la  vie. 

Après  ces  tombeaux  en  creux  viennent  encore  des  tombeaux, 
mais  en  relief;  de  nouvelles  pyramides,  les  pyramides d'Abousir, 
qui  précèdent  la  pyramide  de  Meydoun  ou  de  Meymoun,  la 
dernière  au  sud,  et  qui  marque  à  la  fois  le  terme  d'une  exis- 
tence humaine  et  la  limite  de  la  basse  Egypte. 


C'est  à  l'ouest  de  cette  dernière  pyramide  que  s'étend  la  pro- 
vince du  Fayoum,  oasis  entièrement  séparée  de  la  vallée  du  Nil, 
et  où  se  trouve  un  lac  que  beaucoup  de  personnes,  et  M.  Horeau 
lui-même,  considèrent  comme  le  lac  Mœris,  creusé  par  les 
anciens  Égyptiens.  Ce  lac  comptait  quarante  lieues  de  circuit. 

Nous  ne  croyons  pas  à  ce  travail  fabuleux.  Nous  sommes  de 
l'opinion  de  M.  Wilkinson  [Manners  umt  Custvius  of  tlie  nncient 
Egi/jjtians),  qui  considère  ce  lac  comme  une  œuvre  de  la  nature, 
et  qui  attribue  aux  Égyptiens  la  construction  d'un  canal  et  fl'un 
immense  bassin  qui  mettaient  le  lac  en  communication  avec  le 
Nil,  de  manière  à  faire  monter  ses  eaux  au  niveau  de  celles  de 
la  rivière  au  moment  de  l'inondation,  et  à  les  retenir  à  cette 
hauteur  par  un  barrage  mobile,  lorsque  le  niveau  du  fleuve 
venait  à  baisser.  Grâce  k  cette  retenue  d'eau,  le  lac  pouvait 
servir  à  l'irrigation  du  pays  pendant  les  époques  de  sécheresse. 

C'est  dans  le  Fayoum  que  fut  construit  le  fameux  labyrinthe 
aux  quinze  cents  chambres  souterraines,  surmontées  de  quinze 
cents  autres  salles  au-dessus  de  terre.  Mais  aujourd'hui  ftn  en 
cherche  vainement  les  traces.  On  n'est  même  pas  bien  d'accord 
sur  son  emplacement  exact. 

Nous  revenons  au  Nil.  Nous  ne  décrirons  pas  toutes  les 
choses  historiques  que  baignent  ses  eaux,  toutes  les  ruines  de 
date  récente  et  de  date  ancienne  que  regardent  les  vagues  du 
grand  fleuve  en  se  roulfint  vers  la  Méditerranée. 

Nous  signalerons  seulement  en  passant  à  Montfallout,  aussi 
sur  la  rive  ouest,  un  heureux  détail  du  palais  (du  gouverneur, 
reproduit  dans  notre  pi.  3U,  et  nous  nous  arrêterons  un  instant 
devant  le  temple  de  Denderah,  encore  à  l'ouest  du  fleuve,  à 
une  demi-heure  dans  les  terres. 

CÉSAU  DALY. 
{La  suite  au  prochain  numéro.) 


DES   ENTARLEMENTS   EN   ROIS 


ET   DES    CHENEAIX   EJi   FOKTE. 


Dunkerque. 


MONSIELR  LE   DIRECTEUR, 


J'ai  lu  avec  intérêt  la  description  d'un  chéneau  en  fonte  {col. 
234  de  la  Revue),  intérêt  d'autant  plus  grand  que,  dans  ce  pays, 
où  la  pierre  est  fort  chère,  les  corniches  de  couronnement  des 
habitations  se  font  en  bois,  mode  de  construction  vicieux  s'il  en 
fut,  mais  qui  permet  une  grande  richesse  d'ornementation.  La 


A26 


HKVUE  Dl'   LAUCIIITKCTI  ni:  KT  DKS  THAVAUX  PUBLICS. 


cornichi;,  craUBt'i;  pour  élahlir  le  coflir»  du  rliéneou,  e«t  revêtue 
soit  en  ploinl),  soit  en  zinc.  Mais  nu  bout  de  peu  d'aiiniics,  l« 
bois,  mi^é  le  soin  qu'on  a  de  reatreleiiir  de  peinture,  se 
détériore,  pourrit,  et  peut  occasionner  la  chute  des  ouvriers 
appelés  à  réparer  la  toiture  ou  le  chéneau.  lin  cas  d'incendie, 
la  corniclie  est  un  aliment  et  un  moyen  de  propagation  du  fléau. 
Sur  les  édifices  publics  couronnés  d'une  corniche  en  pierre, 
ou  bien  encore  lorsqu'on  veut  économiser,  on  place  sini|)lenient 
un  coH're  en  bois  à  l'aplomb  extérieur  du  mur,  et  on  le  revôl 
d»  métal,  tant  à  l'intérieur  qu'à  la  face  verticale  extérieure.  Je 
le  lépète,  cfr  système  est  vicieux  et  pourrait  être  remplacé 
avantageusement  par  les  chéneaux  en  fonte,  si  l'on  panenait  ii 
les  rendre  parfaitement  étanches  et  à  remédier  aux  effets  de  la 
dilatation  :  celle-ci  peut  ne  pas  présenter  benucoup  d'incon- 
vénient lorsque  le  chéneau  notlVe  qu'une  ligne  droite,  mais 
quand  il  doit  retourner  d'équerre,  il  me  semble  impossible, 
ainsi  que  l'expérience  me  l'a  démontré,  qu'il  n'y  ait  pas  rupture 
des  collets  des  joints,  et  cons«';quemment  ouverture  du  joint, 
fuite  de  l'eau  pluviale,  et  invasion  de  celle-ci  dans  les  murs  et 
à  l'intérieur  des  habitations. 

DEVELLE, 
Arrhiicctc  <le  la  ville  de  Dunkerque. 


A  Afônsietir  César  Daly,  rédacteur  de  la  lievue  d'Architecture. 

Mon  cheu  ami, 

Vous  m'avez  communiqué  la  lettre  de  notre  confrère 
M.  De  velle  (de  Dunkerque),  en  me  priant  de  répondre  à  quel- 
ques-unes des  difTicultés  qui  y  sont  présentées. 

Je  (lirai  d'abord,  à  propos  des  entablements  en  bois,  qui 
pourrissent  malgré  la  peinture  dont  on  les  couvre,  que  c'est 
précisément  cette  peinture  qui  accélère  la  décomposition 
du  bois  des  chéneaux;  car,  dans  les  abaissements  subits  de 
tem[)éiature,  l'iiumidité  de  l'air,  lenfermée  entre  le  bois  et 
le  revêtement  métallique  du  chéneau,  se  condense  parfois 
sous  le  métal  et  retombe  en  gouttes  sur  le  bois  qui  forme 
l'encaissement.  Parfois  aussi  les  eaux  pluviales  s'y  intro- 
duisent. L'eau  pénètre  le  bois,  et  la  peinture  extérieure 
s' opposant  à  l'évaporation  de  l'iuimidilé  par  la  seule  partie 
exposée  à  l'action  de  l'air  ambiant  (les  surfaces  apparentes), 
le  bois  se  pourrit  par  suite  de  la  concentration  et  du  renou- 
vellement de  l'hnmidité  dans  son  intérieur. 

Je  suis  convaincu,  par  expérience,  que,  ai  l'on  ne  peignait 
pas  du  tout  l'extérieur  des  corniches  en  bois  qui  reçoivent  un 
chéneau,  ces  corniches  dureraient  beaucoup  plus  longtemps. 

Mieux  vaudrait  les  peindre  à  l'intérieur  et  laisser  l'exté- 
rieur nu.  En  ce  cas,  la  très  minime  quantité  d'eau  qui 
pourrait  s'infiltrer  dans  le  bois  par  les  surfaces  peintes  en 
contact  avec  le  métal,  serait  bientôt  évaporée  à  travers  les 
surfaces  visibles,  ([uine  seraient  plus  alors  recouvertes  d'une 
pellicule  imperméable.  Mais,  comme  on  croit  ne  pouvoir  se 
dispenser,  pour  l'elTet,  de  couvrir  d'une  peinture  quelconque 
la  corniche  en  bois,  il  faudrait  immédiatement,  avant  la  pose 
du  revêtement  en  métal,  peindre  à  l'huile  ou  goudronner 


fortement  les  surfaces  qui  doivent  se  tnniTer  en  contact 
avec  lui.  Celle  opération  présenerait  le  bois  de  rinfiltraiion 
de  l'eau  condopsée  et  de  celle  que  les  plaies  auraient  pu  y 
introduire. 

De  peur  qu'il  ne  reste  qae^ne  humidité  dans  le  bfis  de  la 
corniche,  on  léra  très  bien,  si  l'on  n'est  pas  trop  pressé,  de 
le  laisser  se  ressuyer  à  l'air  pendant  un  été  on  deui,  et  d'y 
appliquer  la  peinture  par  un  l)eaa  temps,  aprëe  quelfMes 
jours  de  chaleur  soutenue. 

Dans  un  |)rochain  numéro,  nous  traiterons  spécialement 
la  question  des  chéneaux  en  fonte,  qui  semble  préoccuper 
M.  Develle. 

H.  JANNIARD. 

Arr|iiLrt«  ém  \ 


ETUDE  DUNB  SALLE  D'OPÉRA. 

Dans  notre  cinquième  volume,  planche  1h,  nous  avons 
donné  un  plan  d'Opéra  de  M.  le  baron  Meynadier  de  Fla- 
malens.  Ce  projet  devait  servir  de  base  à  une  dissertation 
complète  sur  les  salles  de  théâtre,  sur  leurs  arrangeuients 
intérieurs,  leur  distribution,  leur  éclairage,  leurs  propriétés 
acoustiques,  etc.,  etc. 

M.  Meynadier,  dans  deux  articles  fort  développés,  a  com- 
muniqué à  nos  lecteurs  une  partie  de  ce  travail  (voir  col. 
hhh,  495,  5'  vol.),  et  une  lettre  publiée  dans  notre  7*  vol., 
col.  310,  explique  par  quelles  circonstances  cette  élude  fut 
interrompue.  M.  Meynadier  a  toujours  le  désir  de  la  reprendre 
et  de  l'achever.  Craignant  cependant  que  sa  bonne  volonté 
ne  rencontre  encore  quelque  nouvel  obstacle,  et  désirant  que 
le  plan  publié  dans  notre/)/.  9.h,  vol.  5',  soit  parfaitement 
intelligible,  nous  en  avons  obtenu,  de  M.  Meynadier,  la 
légende  explicative.  Cette  légende  rend  son  travail  complu 
dès  à  présent. 

Les  considérations  qu'il  voudra  ajouter  ultérieurement  sur 
l'éclairage,  le  chauflage  et  la  distribution  des  dépeDdances 
formeront  un  travail  complémentaire,  sans  doute  très-utile, 
mais  la  publication  de  la  légende  nous  permet  de  clore  régu- 
lièrement la  partie  déjà  publiée. 

Le  plan  de  théâtre  donné  pi.  24,  vol.  5'  de  celte  Revue, 
représente,  à  gauche,  la  moitié  du  plan  du  rez-denrhaussée, 
et  à  droite,  la  moitié  du  plan  du  premier  étage. 

Les  plans  étant  symétriques,  la  description  de  la  moitié 
de  chacun  d'eux  fait  connaître  le  tout. 

1 .  Porche  antérieur,  sous  lequel  entrent  les  voitures. 

1.  .\u- dessus  du  porche,  au  premier  étage,  loge  ou  ter- 
rasse couverte. 

3.  Galerie  de  pourtour  de  l'édifice,  permettant  la  circa- 
lation  du  public,  à  couvert. 

h.  Vestibule  extérieur. 

b.  Vestibule  intérieur  ou  grande  salle  des  Pas-Pefdns. 
C'est  dans  celte  salle  que  stationnent  les  domestiques  qui 
1  attendent  leurs  maîtres. 


bT7 


REVUE  DE  L'ARCHITECTUBE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


i-28 


6.  Gv  Cloîti-e  de  la  cour  de  l'adrainistration.  i, 

7.  Porche  postérieur,  accessible  aux  voitures,  et  servant 
au  personnel  du  théâtre. 

8.  Couloir  ménagé  dans  la  galerie  du  pourtour,  et  devant 
lequel  se  forme  la  queue  des  spectateurs  avant  la  prise  des 
billets.  ,v        r 

9.  Bureau  de  distribution  des  billets. 

10.  Corps  de  garde.  La  pièce  correspondante  dans  la 
partie  droite  du  rez-de-chaussée  serait  occupée  par  un  conr- 
cierge. 

H .  Deuxième  vestibule  intérieur.  On  y  échange  les  billets. 

12.  Passage  ouvert  sous  l'escalier  (18  et  19)  conduisant 
au  parterre. 

13.  Palier  et  entrée  du  parterre. 

14.  Issue  du  parterre  pour  aller  au  foyer  par  l'escalier  15. 

15.  Deuxième  grand  escalier  montant  du  rez-de-chaussée 
jusqu'au  dernier  étage  du  théâtre. 

16.  Palier  précédant  le  grand  escalier  17,  18  et  19. 

17.  18  et  19.  Grand  escalier. 

18.  Palier  communiquant  avec  l'escalief  15. 

20.  Palier  au  premier  étage  du  premier  grand  escalier 
(17,  18  et  19).  Ce  palier  sépare  le  foyer  du  corridor  des 
premières  loges. 

21.  Grand  foyer.  11  ouvre  sur  la  terrasse  couverte. 

22.  Salons  aux  extrémités  du  grand  foyer. 

2».  Salon  dit  «  des  hommes  de  lettres  et  des  compo- 
siteurs » . 

11\.  Balcon  donnant  sur  le  grand  escalier.  De  là  on  voit 
tout  le  jeu  de  la  circulation. 

25.  Grand  corridor. 

26.  Salles  de  secours.  D'un  côté  du  théâtre  est  celle  des 
femmes,  de  l'aiitre  côté  celle  des  hommes. 

27.  Couloir  derrière  le  rideau  du  théâtre. 

'  28.  Réduit  pour  recevoir  les  décors  qui  serviront  dans  la 

soirée. 

29.  Couloir  communiquant  de  la  scène  au  corridor  des 
foyers  des  acteurs. 

30.  Galerie  de  26  mètres  sur  10,  en  communication 
directe  avec  la  scène,  pour  le  dépôt  des  décorations. 

31.  (Côté  gauche.)  Espace  destiné  à  être  divisé  en  com- 
partiments consacrés  à  une  série  de  services  accessoires. 

32.  Couloir  desservant  les  foyers  des  acteurs,  les  maga- 
sins de  meubles  et  de  costumes,  etc.  Ce  couloir  isole  entière- 
ment la  scène  de  toutes  les  dépendances  qui  l'entourent. 

33.  (Côté  droit.)  Grand  foyer  pour  les  exercices  de  danse. 
La  salle  correspondante,  au  côté  gauche,  serait  consacrée 
aux  exercices  de  chant. 

3ù.  Petite  terrasse  couverte. 

35.  Pièce  précédant  le  foyer  de  la  danse  (33),  et  dans 
laquelle  se  tient  un  surveillant.  Une  pièce  semblable  précède 
le  foyer  du  chant. 

36.  Cour  de  l'administration. 

37.  Cabinet  du  maître  de  ballet.  Le  maître  de  chant 
occupe  un  pareil  cabinet,  situé  à  gauche  de  la  cour. 


38.  C^iJjinet  du  machiniste  en  ch^..  Le  cabinet  pareil,  à 
gauche,  est  consacré  an  médecin  du  théâtre. 

39.  Petit  foyer  pour  Ites  principaux  acteurs.  Un  foyer  pareil 
existe  de  l'autre  côté  du  théâtre. 

40.  Foyer  des  choristes  et  des  figurants.  Foyer  semblable 
à  gauche. 

h\,  il.  Dépôt  des  armures  et  autres  accessoires  du  ma- 
tériel de  la  scène.  De  même  à  gauche. 

42.  Espace  en  communication  directe  par  le  couloir  de 
ronde  (32)  avec  le  magasin  des  décorations.  Il  y  a  là  une 
baie  très  élevée,  par  laquelle  on  peut  introduire  les  décora- 
tions apportées  du  dehors. 

43.  Onze  cellules  ou  loges,  de  plain-pied  avec  le  théâtre, 
pour  les  principaux  acteurs. 

44.  (A  droite).  Cabinets  d'aisances.  Il  y  en  a  autant  à 
gauche. 

44.  (Derrière  la  scène.)  Corridor,  au  rez-de-chaussée, 
mettant  en  communication  les  divers  escaliers  de  service  de 
la  scène. 

45.  (A  gauche  de  la  scène.)  Au  rez-de-chaussée,  sert  de 
dépôt  pour  le  matériel  de  l'orchestre  ;  à  l'entresol,  de  salle 
pour  les  comparses. 

46.  Au  rez-de-chaussée,  à  gauche,  magasin  de  gros  ma- 
tériel; cordages,  ferrure,  etc.;  à  flroite,  salle  d'attente  des 
comparses.  A  l'entresol,  à  droite  et  à  gauche,  ateliers  de 
costumiers. 

47.  A  droite,  caisse  et  bureau  de  location;  à  gauche, 
bureau  de  l'administration. 

ISota.  N'ont  pas  été  numérotés,  la  salle,  la  scène,  quel- 
ques escaliers  de  service,  etc.,  que  l'inspection  du  plan  suffit 
pour  faire  comprendre. 

Baron  H.  MEYNADIER. 


A  M.  Didron,  directeur  des  Annales  archéoloffiques. 

LA  VÉRITÉ  OU  LA  GUERRE,  CHOISISSEZ. 

M.  Didron  a  publié  dans  son  numéro  de  décembre  dernier 
une  lettre  signée  de  M.  l'abbé  Bourassé.  Il  l'a  donnée  à  titre  de 
compte  rendu  du  Congrès  scientifique  de  Tours. 

Dans  cette  lettre,  son  complaisant  correspondant  ne  dit  pas 
un  seul  mot  des  divers  discours  prononcés  par  M.  César  Daly 


429 


REVUE  DR  LARCHITlXïlUi;  i:T  lifS   IHAVAUX  PUBLICS. 


ito 


contre  les  tbéories  de  M.  Didron.  Il  ne  parle  pas  non  plus  de 
lu  confesKJon  fuite  par  M.  Didron  de  sa  foi  dans  ruvtMJiiiicut 
d'un  art  nouveau;  mais  en  revanclic,  il  U-  félicite  de  l'érudition 
toujours  grave  et  calme  (qui  reconnaîtrait  k  ces  signes  l'éru- 
dition de  M.  Didron)  dont  celui-ci  auruit  fuit  preuve  en  com- 
battant les  erreurs  de  M.  Daly  sur  le  symbolisme. 

Or,  M.  Didron  ne  s'avisa  pas  de  contredire  une  seule  des 
propositions  de  M.  Daly  sur  le  symbolisme. 

Et  cependant  M.  Didron  a  publié  [cette'lettre  de  M.  l'abbé 
Hourassé...,  que  nous  ne  qualifions  pas,  sans  y  ajouter  une  seule 
note  rectificative. 

Dans  la  n  Iteime  du  monde  catholique  »  M.  Daly  répondit  aus- 
sitôt par  un  démenti  formel  adressé  à  M.  l'abbé,  et  par  une  som- 
mation d'Jiomieur  et  un  défi  conditionnel  adressés  à  M.  Didron. 

M.  Didron  a  publié  depuis  lors  un  nouveau  numéro  de  ses 
a  Annales».  11  n'a  rien  rectifié.  Il  e'est  contente,  dans  un 
compte  rendu  de  livre,  de  ténïoigner  fort  peu  de  considération 
pour  les  connaissances  de  M.  l'abbé  Dourassé  sur  le  symbo- 
lisme (la  reconnaissance  du  maitre  s'est  proportionnée  aux 
mérites  du  serviteur);  mu^  quant  au  défi  de  M.  Daly,  il  n'en 
dit  mot  à  ses  lecteurs. 

M.  Didron  aurait-il  compté  sur  l'effet  ordinaire  du  temps? 
Nous  le  croyons  sans  l'affirmer;  mais  en  ce  cas  il  aurait  gran- 
dement tort.  Le  temps  ne  peut  faire  d'un  mensonge  une  vérité; 
il  ne  blancbit  pas  une  malbonnéte  action. 

M.  Daly  vient  d'adresseC  la  lettre  suivante  à  M.  Didron  : 

Monsieur, 

Dans  toute  discussion  il  y  a  une  question  de  raison  et  une 
question  de  conscience. 

Au  Congrès  scientifique  de  Tours,  je  crois  avoir  démontré 
que  vos  théories  d'art  n'étaient  pas  toujours  fondées  en 
raison  ;  je  regretterais  de  vous  voir  démontrer,  par  votre 
conduite,  que  vous  ne  comprenez  pas  davantage  les  impé- 
rieuses exigences  de  la  conscience. 

Je  serais  rigoureusement  en  droit  de  vous  juger  dès  à 
présent,  j'aime  mieu.\  vous  olTrii'  une  nouvelle  occasion  de 
prouver  que  vous  êtes  en  effet  l'homme  loyal  que  j'ai  long- 
temps pensé,  un  homme  convaincu  de  la  vérité  de  .ses  théo- 
ries, et  qui,  en  les  défendant  avec  emportement,  n'obéit  pas 
uniquement  à  un  intérêt  de  position,  aïKiuel  il  sacrifie  aveu- 
glément la  vérité  dans  l'art  et  la  probité  dans  la  discussion. 

Vous  avez  donné,  monsieur,  à  la  place  d'homieur  de  votre 
numéro  de  décembre  dernier,  et  en  qualité  de  compte  rendu 
du  Congrès  scientifique  de  Tours,  une  lettre  de  M.  l'abbé 
Bourassé.  Cette  lettre  contient  sur  vous  et  sur  liioi  des 
assertions  matériellement  inexactes,  mais  toutes  flatteuses 
pour  vous.  Vous  avez  publié  cette  lettre  sans  y  ajouter  une' 
seule  note  rectificative  ! 

Dans  ce  prétendu  compte  rendu,  M.  Bouinssé  non-seule- 
ment n'a  pas  rendu  compte  d'un  seul  des  discours  dans  les- 
quels j'attaquais  vos  théories  d'art,  silence  qui  s'expHquerait 
à  la  rigueur  chez  un  homme  plus  désireux  de  conquérir  vos 
bonnes  grâces  que  de  se  montrer  impartial,  mais  il  vous 
félicite  de  victoires  remportées  sur  moi  dans  des  combats 


qui  n'ont  jamais  été  livrés,  qui  n'ont  ea  d'aatre  cbaaip<io8 
que  l'imaginatimi  de  M.  Bourassé. 

À  la  lecture  de  cette  lettre,  ramMÎear,  la  pitié  fat  pré- 
cédée chez  moi  par  un  mouvement  d'indignation,  et  daas 
une  réplique  insérée  dans  la  u  Hrviie  du  monde  ratholique» . 
j'ai  donné  à  M.  Bonrassé,  qui  l'a  reçu  sans  y  répondre,  on 
démenti  formel  et  mérité  ;  et  à  vous,  monienr,  j^ai  adressé 
un  défi  que  vous  paraissez  peu  emprené  de  relever. 

Je  le  reproduis  ici  textuellement  : 

(I  Si  le  directeur  des  Annales  n'a  ajouté  aucune  rediica- 
tion  à  l'article  de  M.  Bourassé,  c'est,  je«appMB,CB  rnaoo 
du  peu  d'imi)ortance  qu'il  y  attache.  lEaftimt  dans  oh 
superbe  indifférence,  il  n'a  daigné  ni  remenàar  M.  J'aUé  4e 
ses  hommages,  ni  prêter  des  béquilles  à  nfaMBMe. 

»  Mais  si  par  un  mauvais  hasard  qui  m'affligerait,  l'of- 
frande de  M.  Bourassé  avait  en  effet  porté  le  trouble  dans 
l'esprit  de  iM.  Didron,  j'inviterais  l'honorable  journaliste  à. 
préciser  formellement  sur  quels  points  de  symbolisme  il  se 
sépare  de  moi  et  à  ouvrir  nettement  la  controverse.  Je  pro- 
poserai même  de  publier  intégralement  dans  les  Annales  et 
dans  la  Itevue  de  f  Architecture,  les  arguments  des  deux 
parties,  afin  de  mettre  les  lecteurs  de  l'un  et  de  l'autr 
journal  en  mesure  déjuger  ])ar  eux-mêmes  des  mérites  de  la 
discussion. 

n  Ce  n'est  pas  tout.  A  la  discussion  écrite,  nous  pourrions 
joindre  encore  la  lutte  orale.  U  serait  très  facile  de  trouver 
dans  Paris  une  salle  convenable  à  une  telle  joute,  et  un  public 
intéressé  à  y  assister,  a 

Vous  le  voyez,  monsieur,  je  désirais  jwuvoir  attribuer  à 
une  espèce  d'étourderie  la  pubhcité  donnée  par  vous  aiu... 
inexactitudes  de  il.  Bourassé;  j'hésitais  à  vous  eu  rendre 
solidaire.  Comment  avez-vous  répondu  à  cette  bienveillaoce? 

Vous  n'avez  pas  répondu  du  tout. 

Je  viens  donc  encore  une  fois  vous  dire  :  Rétablissez  la 
vérité  comme  un  honnête  homme,  ou  bien,  répondez  alors 
à  mon  défi  comme  un  homme  fort  de  sa  science. 

Je  vous  offre,  conditionnellemeut',  la  nouvelle  assurance 
de  toute  ma  considération. 

César  DALY. 

P.  S.  Je  compte  que  vous  voudrez  bien  insérer  cette  mtre 
dans  votre  prochain  numéro.  Dans  le  cas  contraire,  veuilles 
m'en  informer,  afin  que  j'y  avise ,  car  c'est  par  raison  de 
courtoisie  que  j'évite  une  voie  officielle. 


LA  LIBERTE  DANS  L  ART. 

* 
Depuis  la  publication  de  notre  écrit  sur  la  Liberté  dti 
l'art,  adressé  à  M.  L.  Vitet,  et  qui  a  été  reproduit  dans  plu- 
sieurs journaux,  nous  avons  reçu  un  nombre  cooàdérable 
de  lettres,  tant  de  Paris  que  des  départements,  toutes  pleines 
de  sympathies  pour  nos  idées,  pleines  de  confiance  dans 
l'avenir. 


asi 


REVUE  DE  L'ARCHlTECTUflE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


àZl 


Les  savants  archéologues,  MM.  Arthur  Martin  et  Gh.  Cahier, 
rejettent  le  principe  du  servilisuie  dans  l'art. 

Deux  professeurs  de  l'École  des  beaux-arts,  MM.  Constant- 
Dufeux  et  Jay,  ont  annoncé  leur  adhésion  au  principe  de  la 
Liberté  dans  l'art.  Nous  attendons  que  Al.  Blouet,  le  profes- 
seur de  théorie,  se  prononce  plus  formellement. 

M.  Lebas  a  proclamé  de  nouveau  la  doctrine  de  l'iniolé- 
rance  et  de  la  superstition  dans  l'art.  Nous  sommes  heureux 
de  voir  ce  représentant  de  l'Institut  se  rallier  aux  Annales. 
«  Les  oiseaux  du  même  plumage  volent  ensemble.  » 

Nous  nous  attendions  à  trouver  une  réponse  à  notre  article 
dans  le  numéro  des  Annales  qui  vient  de  paraître.  Point. 
A  quoi  donc  pensent  MM.  Didron,  Lassus  et  C'7 

Nous  aurait-on  dit  vrai  en  prétendant  que  la  discorde 
germe  et  pousse  dans  le  camp  d'Agramant?  que  tous  les 
rédacteurs  des  Annales  ne  sont  pas  si  gothiques  qu'on  le 
jiense? 


ENSEIGNEMENT  DE  LA  THÉORIE  DE  L'ARCHITECTURE 

A  l'École  des  beaux-arts  de  paris. 

(Cours  de  M.  Blouet.) 

SOMMAIRE.  —  Des  professeurs  qui  parlent  et  des  professeurs  qui  enseignent. 
Qu'enseigne  M.  Blouet?— La  politesse  est-elle  Penncmi  naturel  de  l'en- 
seignement? —  Un  artiste  peut  avoir  une  opinion,  un  professeur  doit  avoir  une 
conviction.  —  Questions  théoriques  dont  la  solution  est  demandée  au  profes- 
seur de  théorie.  —  Questions  ii  propos  des  ordres  d'architecture  auxquelles  les 
élèves  seraient  embarrassés  de  répondre.  —  Entente  cordiale  entre  M.  Lehas 
et  les  Annules  archéologiques.  —  Le  professeur  de  théorie  ariniet-il  les  théories 
de  M.  Lebas?  —  Que  dit-il  des  théories  des  Annules? —  Le  pavillon  doit-il 
toujours  couvrir  la  marchandise?  —  C'est  au  professeur  de  théorie  à  fournir  aux 
élèves  de  l'école  des  principes  qui  puissent  les  guider  si"iremcnt  an  travers  des 
doctrines  qui  se  heurtent  aujourd'hui  sur  le  terrain  de  l'art. 

Il  y  a  des  officiers  de  salon  et  des  officiers  de  campagne  ; 
les  uns  brillent  à  la  parade,  les  autres  au  combat. 

Mais  cette  distinction  n'appartient  pas  exclusivement  à 
ceux  qui  marchent  aux  sons  éclatants  de  la  trompette  et  au 
roulement  du  tambour.  Le  professeur,  comme  l'officier,  a 
son  régiment  à  discipliner  :  les  intelligences  diverses  de  son 
auditoire;  —  son  ennemi  à  combattre  :  l'erreur. 

lifis  professeurs  aussi  se  divisent  en  deux  classes  :  ceux 
qui  parlent,  et  ceux  qui  enseignent.  Aux  premiers  appartient 
quelquefois  le  savoir-faire,  aux  seconds  appartient  toujours 
le  savoir. 

Nous  ne  dirons  rien,  aujourd'hui,  d'une  troisième  classe 
de  professeurs  qui  figurent  plus  régulièrement  au  budget 
que  dans  leurs  chaires. 

On  peut  savoir,  et  ne  pas  savoir  dire;  c'est  un  cas  mal- 
heureux. On  peut  mal  dire,  parce  qu'on  ne  sait  gas;  ce  cas 
est  mauvais. 

M.  Blouet,  professeur  de  théorie  à  l'École  royale  des 
Beaux-Arts,  de  Paris,  doit  savoir,  et  fort  bien  même  ;  tout 
le  fait  supposer,  tout  nous  le  persuade  :  ses  voyages,  ses 
importantes  études  et  les  magnifiques  publications  entre- 
prises par  lui,  sous  le  patronage  du  gouvernement. 


Chacun  se  demande  cependant  quelles  sont  les  théories  du 
professeur  de  théorie  à  l'École  des  Beaux-Arts?  M.  Blouet 
les  a  donc  mal  exposées. 

Poiu-rait-il  les  exposer  mieux?  Nous  en  sommes  persuadé. 
En  effet,  quel  est  le  défaut  radical  de  l'enseignement  de 
M.  Blouet?  L'indécision. 

Et  d'où  vient  cette  indécision?  Probablement  du  désir  de 
ne  blesser  personne.  M.  Blouet  est  d'une  grande  politesse, 
d'une  convenance  de  forme  irréprochable. 

Mais  la  politesse  dans  l'enseignement  ne  commande-t-elle 
pas  avant  tout  de  révéler  les  grandes  vérités  de  la  science 
et  de  démasquer  l'erreur  aux  regards  de  l'auditoire? 

Le  respect  humain  exige-t-il  qu'on  respecte  aussi  le  faux? 
qu'on  ménage  les  théories  vicieuses,  dangereuses  même? 

Non,  à  coup  stîr.  On  ne  saurait  à  la  fois  honorer  le  vrai 
et  respecter  le  faux.  La  dévote  qui  vient  rendre  hommage  à 
saint  Michel,  ne  place  pas  au  même  instant  un  cierge  aux 
pieds  du  dragon,  son  ennemi. 

A  l'artiste  qui  se  borne  à  praduire  des  œuvres  que  le 
public  est  ensuite  libre  d'accepter  ou  de  rejeter,  à  l'artiste 
qui  n'a  de  comptes  à  rendre  qu'à  sa  propre  conscience,  de 
simples  opinions  sur  les  questions  de  théorie  d'art  peuvent 
suffire.  Il  n'en  est  plus  ainsi  de  l'artiste  qui  accepte  l'honneur 
et  la  responsabilité  du  professorat  officiel;  il  n'en  saurait 
être  de  même  de  celui  qui  s'est  engagé  à  produire  un  ensei- 
gnement reconnu  nécessaire.  A  celui-là  les  opinions  ne  suf- 
fisent plus  :  il  professe,  donc  il  doit  savoir,  il  sait.  Chez  lui, 
l'opinion  s'est  transformée  en  conviction;  et  cette  convic- 
tion, il  l'implantera  dans  l'esprit  de  ceux  qui  l' écoutent,  en 
l'appuyant  de  preuves  tirées  de  l'observation  des  faits,  et  en 
démontrant  sa  parfaite  concordance  avec  les  vérités  univer- 
sellement acceptées. 

iVI.  Blouet  pense  probablement,  comme  nous,  du  devoir 
d'un  professeur,  et  sans  doute  il  croit  avoir  rempli  le  sien. 
Nous  remplirons  le  nôtre  en  lui  montrant  quelle  est  son 
erreur.  Nous  le  ferons  de  la  manière  la  moins  blessante  pour 
lui,  car  nous  voulons  avoir  deux  fois  raison  :  raison  dans  le 
fond  et  encore  raison  dans  la  forme. 

Nous  avons  demandé  quelles  étaient  les  doctrines  théori- 
ques de  M.  Blouet.  Cette  question  paraît-elle  trop  vaste? 
trop  étendue?  Nous  allons  la  décomposer. 

Qu'est-ce  que  Xart?  un  art  national?  un  art  chrétien?  un 
art  catholique? 

A  quel  titre  r«/"c/uVec<!<re  prend-elle  rang  parmi  les  beaux- 
arts,  et  quelle  est  sa  place  dans  la  hiérarchie  des  arts  ? 

Dans  une  œuvre  d'art,  quelle  est  la  part  légitime  du  sen- 
timent et  du  caprice  de  l'Artiste,  c'est-à-dire  de  la  liberté,  et 
quelle  est  la  légitime  influence  4e  la  Société,  c'est-à-dire  de 
V ordre  ? 

Quelles  sont  les  conditions  à' accord  dans  les  œuvres  d'art, 
de  \' artiste  et  de  la  société,  c'est-à-dire  de  la  liberté  et  de 
\' ordre? 

Tous  les  styles  d'art  ont-ils  été  légitimes  au  moment  de 
leur  création  ? 


4aa 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


41* 


Oiil-ils  été  tous  légilirues  au  mt>me  degré  ?  Le  style  cliinois 
comme  le  style  grec,  le  style  indien  comme  le  gothique,  le 
roman  comme  le  romain  ? 

Qu'est-ce  qui  constitue  la  légitimité  d'un  style  d'art? 
Quels  sont  les  événements  constitutifs  d'un  style  d'art? 
A   quelles  influences  sont  dues  les  tranuformations  des 
ntyles  ? 

A  quelles  lois  l'art  obéit-il  durant  la  période  de  sa  trans- 
formation, c'est-ù-dire  pendant  son  passage  d'un  style  à  un 
autre  ? 

A  quelles  loisobéitil  pendant  la  période  de  son  évolution 
complète,  c'est-à-dire  pendant  son  dàeloitpemeut,  son  apo- 
gée et  son  déclin  ? 

Tous  les  styles  sont-ils  simultanément  admissibles  aujour- 
d'hui? 

Peut-on  accepter  quelques-uns  d'entre  eux,  à  l'exclusion 
des  autres? 

Lesquels  peut-on  accepter,  et  pourquoi  ceux-ci  et  non 
ceux  là? 
Faut-il  les  repousser  tous  ? 

Dans  le  cas  de  l'affirmative,  quels  seront  les  éléments  con- 
stitutifs du  style  moderne? 

Le  style  moderne  doit-il  retenir  quelques  parties  des 
styles  anciens?  lesquelles  et  pourquoi? 

Qu'est-ce  que  l'unité  dans  les  œuvres  d'art  et  quelles  sont 
ses  exigences  ? 

Qu'est-ce  que  le  pittoresque  dans  l'architecture  ? 
Qu'est-ce  que  l'éclectisme dansVart? 
L'éclectisme  dans  l'art  peut-il  s'accorder  avec  le  principe 
de  l'utiité  dans  l'art? 
Etc.,  etc.,  etc. 

Une  doctrine  philosophique  de  l'art  donnerait  immédiate- 
ment, et  en  peu  de  mots,  la  solution  de  toutes  ces  ques- 
tions. 

M.  Blouetles  a-t-il  résolues  dans  son  cours?  Nous  le  de- 
mandons à  M.  Blouet  lui-même,  ces  questions  ont-elles  été 
même  formulées  par  lui? 

Si  maintenant,  quittant  le  cercle  extérieur  qui  embrasse 
l'ensemble  delà  théorie  de  l'art,  nous  nous  rapprochons  du 
centre  en  traversant  des  cercles  de  moins  en  moins  grands, 
nous  rencontrerons  tout  d'abord  la  question  des  oidres  d'ar- 
chitecture. 

A  cette  occasion,  nous  demanderons  : 
La  définition  du  mot  Ordre  dans  son  acception  universelle; 
Quels  sont  les  rapports  de  l'ordre  avec  l'unité,  l'harmonie 
et  la  variété  ; 

Quel  rapport  il  y  a  entre  la  notion  de  l'ordre  universel  et 
les  formes  d'architecture  qu'on  est  convenu  d'appeler  les 
ordres  de  l'architecture  ant'ique. 

Nous  demanderons  quels  sont  les  ordres  de  l'architecture 
chinoise,  gothique,  indienne,  mexicaine,  etc.  ; 

Ce  que  c'est  que  le  désordre  dans  sa  notion  générale  ; 
Ce  que  c'est  que  le  désordre  dans  une  composition  d'ar- 
chitecture; 

T.  vti. 


Quelle  différence  il  y  a  entre  le  dhordre  et  le  pitto- 
resque; entre  le  désordre  et  le  caprice  ou  la  fantaisie  dans 
l'art; 

Etc.,  etc.,  etc. 

M.  Blouet,  dans  son  cours  de  l'an  dernier,  cooitacra  quel- 
ques leçons  à  cette  belle  élude  des  ordres;  niai.^,  nous  le 
lui  dt-mandons  encore,  au  sortir  de  ces  leçons,  son  au<litoire 
aurait-il  pu  répondre  aux  questions  que  nous  soulevons  en 
courant?  • 

Kt  cependant,  lorsque  des  doctrines  contradictoires  se 
heurtent  de  tous  cdtés,  que  les  élèves  travaillent  sous  l'in- 
fluence de  ce  désordre  des  esprits,  marchant  au  hasard  des 
circonstances  qui  les  poussent  dans  les  ateliers  de  MM.  Le- 
bas  et  Achille  Leclerc,  ou  dans  ceux  de  MM.  Labrouste, 
Vaudoyer,  Baltard  et  Constant-Dufeux,  certes  ces  questions 
sont  à  l'ordre  du  jour. 

La  position  des  partisse  dessine  franchement  aujoard'boi  : 
les  rétrogrades  d'un  côté,  les  progressistes  de  l'autre. 

iM.  Lebas,  professeur  d'histoire  à  l'École  royale  des  Beaox- 
Arls,  disait  hier  encore,  à  l'ouverture  de  son  cours  :  L'a»- 
tique  et  rien  que  Cantique.  Ht  dans  Cantique,  ni  le  commence- 
ment ni  la  fin,  mais  f  apogée  seulement. 

Le  principe  préconisé  par  les  «  Annales  archéologiques  •  est 
emprunté  à  M.  Lebas,  bien  que  ce  journal  ingrat  ait  voulu 
tuer  l'auteur  de  ses  jours  après  lui  avoir  fait  ce  mortel  lar- 
cin. Seulement  .M.  Lebas  l'applique  au  siècle  d'Auguste,  et 
MM.  des  a  Annales  »  au  siècle  de  Saint-Louis. 

Le  moyen  âge  et  rien  que  le  moyen  âge,  disent  les  «Anoalesn, 
et  dans  le  moyen  dge,  ni  le  commencement  ni  la  /in,  mms  le 
xiu'  siècle  seulement. 

AI.  Lebas  a-t-il  tort?  a-t-il  raison  ' 
Les  n  Annales»  propagent-elles  la  vérité  ou  l'erreor? 
il  faut  se  prononcer. 

Sans  frapper  les  |>ersonnes,  sans  faire  la  guerre  aux  nom» 
propres,  M.  Blouet  est  tenu  cependant  de  juger  ces  théories 
qui  influent  puissamment  sur  lu  direction  des  études. 

Ici  le  pavillon  ne  peut  plus  couvrir  la  marchandise,  que 
ce  pavillon  s'appelle  comme  on  voudra. 

Tout  colporteur  d'erreurs  et  de  fausses  doctrines  peut  être 
assimilé  au  pirate.  Celui-ci  fait  la  guerre  à  l'ordre  sodd, 
celui-là  à  l'ordre  intellectuel. 

Nous  ne  dirons  pas  pour  autant  qu'il  faille  pendre  haut  et 
court  les  hérésiarques,  fauteurs  d'erreurs  et  de  désordres 
dans  l'art.  Mille  fois  non;  errare  humanum  t$tf  saiaonsdonc 
l'homme,  sauvuns-le  même  en  tuant  sa  mauvaise  doctrine; 
car,  pour  terminer  la  citation  commencée,  penererart  iist*- 
licum. 

M .  niouet  a  accepté  une  mission  officielle  qui  onoqiorte 
une  grave  responsabilité  morale,  il  s'est  engagé  à  expoev 
la  théorie  de  l'architecture  moderne,  de  faire  connaître 
quelles  lois  doivent  régir  l'activité  artistique  des  jeunes  ar- 
chitectes auxquels  sera  prochainement  confié  le  sort  de  aotre 
architecture  nationale  ;  et  cependant,  des  quatre  professeurs 
chargés  d'enseigner  les  diverses  branche»  d'étude  qu'onjuge 

ta 


i35 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


436 


nécessaires  au  jeune  architecte,  M.  Biouetseul  hésite  encore 
à  se  prononcer. 

M.  Lebas,  le  professeur  d'histoire,  a  eu  le  courage  de  son 
opinion,  et  s'est  exprimé  catégoriquement.  Aussi  avons-nous, 
pour  ses  idées  et  pour  son  caractère,  les  sentiments  qu'ils 
méritent  d'inspirer  :  très-peu  d'estime  pour  les  unes,  beau- 
coup de  considération  pour  l'autre. 

Le  professeur  de  perspective,  M.  Constant-Dufeux,  dans 
son  discours  d'ouverture,  prononcé  il  y  a  quelques  jours,  a 
proclamé  le  premier  à  l'Ecole  des  Beaux-Arts,  le  principe 
de  la  liberté  dans  l'art,  principe  que  cette  Revue  développe 
et  propage  depuis  sa  fondation. 

Le  professeur  de  construction,  M.  Jay,  tout  en  annon- 
çant sa  vive  sympathie  personnelle  pour  l'art  antique,  sym- 
pathie assurément  fort  légitime,  n'en  a  pas  moins  déclaré 
aussi  son  adhésion  pleine  et  entière  au  principe  de  la  liberté 
dans  l'art. 

Mais  à  M.  Blouet  incombe  un  devoir  plus  grave,  une 
mission  plus  honorable,  et  entraînant,  par  une  conséquence 
nécessaire,  une  plus  grave  responsabilité.  M.  Blouet  est 
chargé,  non-seulement  d'affirmer  le  vrai  et  de  nier  le  faux 
en  matière  d'art,  non-seulement  de  montrer  quelles  sont  ses 
sympathies  et  ses  opinions,  mais  encore  de  porter  la  convic- 
tion dans  l'esprit  de  ses  auditeurs,  d'en  chasser  le  doute, 
cet  infâme  parasite  qui  ronge  tant  de  jeunes  intelligences  et 
qui  est  mortel  à  l'art. 

C'est  au  professeur  de  théorie,  à  défaut  d'un  professeur 
de  philosophie  de  l'art,  qu'il  appartient  de  faire  éclater  la 
lumière  au-dessus  du  champ  de  bataille  où  se  heurtent  au- 
jourd'hui tant  d'affirmations  contraires. 


Depuis  que  nous  avons  rédigé  ce  qui  précède,  nous  avons 
assisté  à  une  nouvelle  leçon  de  M.  Blouet.  Le  professeur  y 
a  fait  un  pas  :  il  a  affirmé  que  la  reproduction  exacte  d'une 
œuvre  d'art  existant  était  la  tâche  d'un  industriel  et  non 
celle  d'un  artiste.  En  effet,  a-t-il  ajouté,  qu'y  a-t-il  de  diffi- 
cile à  reproduire  une  chose  déjà  créée  ? 

Nous  applaudissons  à  la  vérité  incontestable  de  la  propo- 
sition elle-même,  mais  nous  en  aurions  désiré  une  meilleure 
démonstration.  La  difficulté  ou  la  facilité  d'exécution  d'une 
œuvre  n'a  absolument  rien  à  faire  avec  sa  qualité  artistique 
ou  industrielle. 

M.  Blouet,  il  faut  le  reconnaître,  fait  des  efforts  mani- 
festes pour  acquérir  ce  qui  lui  manque  encore  pour  remplir 
ses  difficiles  fonctions.  Dans  la  leçon  dont  nous  venons  de 
parler,  il  a  même  tenté  une  excursion  dans  le  domaine  de 
l'idéologie  et  de  la  métaphysique,  définissant  les  mots  d'ima- 
gination, génie,  etc.  Malheureusement  ces  abstractions  sem- 
blent nouvelles  pour  M.  Blouet  ;  elles  ne  font  pas  corps  dans 
son  esprit,  elles  ne  se  coordonnent  pas  entre  elles,  et  l'au- 
ditoire aura  peu  profité  des  bonnes  intentions  du  professeur. 

M.  Blouet  cultive  beaucoup  les  travaux  de  M.  Quatre- 
mère  de  Quincy.  Cet  auteur  est,  en  effet,  un  des  écrivains 
les  plus  ingénieux  qui  se  soient  occupés  d'architecture  ;  mais 


les  doctrines  philosophiques  de  M.  Quatremère  rappellent 
fidèlement  les  tendances  du  siècle  qui  l'a  vu  naître,  et  ses 
théories  d'art  se  déduisent  très-logiquement  de  ses  idées  phi- 
losophiques. Ni  les  unes  ni  les  autres  ne  sont  donc  complètes. 
Elles  pèchent  par  insuffisance,  quelquefois  par  ignorance  ; 
elles  seules  ne  sauraient  répondre  aux  besoins  dece  temps-ci  : 
nous  sommes  au  beau  milieu  du  xix"  siècle,  et  les  travaux 
de  M.  Quatremère  ont  la  plupart  de  leurs  racines  dans 
le  xviii".  Autre  temps,  autres  doctrines. 

César  DALY. 


DES  COURS  DIIISTOIRE  ET  DE  CONSTRUCTION 

A  l/ÉCOLE  DES  BEAUX-ARTS  DE   PARIS. 

(Et  de  quelques  autres  choses.) 

SOMMAIRE.  —  L'École  (les  Beaux-Arts  est-elle  en  décadence  ou  en  renais- 
sance? —  Ouverture  du  cours  de  construction,  par  M.  Jay.  —  Excellent 
principe  et  grand  courage  de  M.  Jay.  —  Comment  un  maladroit  copiste 
écrit  l'histoire.  —  M.  Jay  parle  en  homme  lib(Tal  et  intelligent.  —  Une 
bonne  méthode  pour  enseigner  la  construction  aux  architectes.  —  Ouver- 
ture du  cours  de  M.  Lebas.  —  Modestie  de  quelques  maîtres;  orgueil  de 
beaucoup  d'élèves.  —  Le  professeur  d'histoire  est  meilleur  historien  que  le 
professeur  de  construction ,  mais  le  professeur  de  construction  respecte 
mieux  le  bon  sens  que  le  professeur  d'histoire.  —  Un  aphorisme  de 
M.  Lebas.  —  Recherches  sur  le  goût...  de  -M.  Lebas.  Ce  goût  n'est  ni 
Européen,  ni  Asiatique,  ni  Africain,  ni  Américain.  —  MM.  Lebas  et  Didron 
se  donnent  la  main.  —  M.  Lebas,  rédacteur  des  Annales.  —  M.  Didron  sup- 
pléant de  M.  Lebas. —  Pour  naître  beau,  il  faut  venir  au  monde  avec  des 
dents  et  la  barbe  au  menton.  —  Où  l'on  apprend  qu'on  aime  mieux  Périclès 
que  son  propre  père,  le  grec  et  le  latin  que  le  français  (avis  aux  collégiens). 
—  A  quoi  aboutit  l'exclusivisme. 

11  s'est  écoulé  deux  cents  ans  depuis  la  fondation  de 
VÉcole  des  Beaux-Arts ,  de  Paris.  L'École  est  caduque , 
disent  quelques-uns;  elle  est  en  voie  de  renaissance,  disent 
quelques  autres,  et  c'est  ce  qui  explique  la  somnolence 
qu'on  lui  reproche  depuis  quelques  années. 

Sans  vouloir  trancher  d'aussi  graves  questions,  nous  dé- 
clarons qu'elle  est  vieille,  puisqu'elle  est  chargée  de  deux 
siècles,  et  que  cependant  elle  vient  de  montrer  un  retour  de 
jeunesse,  qu'il  serait  difficile  d'expliquer  comme  une  rechute 
en  enfance. 

MM.  Jay  et  Lebas  ont  ouvert  leurs  cours  avec  une  so- 
lennité inaccoutumée;  et  si  nous  ne  pouvons  pas  louer  tout 
ce  qui  s'est  dit,  du  moins  nous  voyons  avec  plaisir  des  ef- 
forts nés  d'une  louable  émulation,  et  qui  doivent  aboutir  au 
profit  de  l'instruction  des  élèves  et  à  la  plus  grande  dignité 
du  professorat. 

—  M.  Jay  avait  préparé,  pour  son  discours  d'ouverture, 
un  manuscrit  qui  aurait  suffi  pour  défrayer  une  dizaine  de 
leçons  sur  l'histoire  de  l'architecture. 

La  science  de  la  construction,  disait  avec  beaucoup  de 
raison  M.  Jay,  doit  profiter  des  enseignements  de  tous  les 
temps,  des  expériences  que  fournissent  tous  les  styles  et  tous 
les  systèmes  d'architecture.  Ce  principe  posé,  il  se  plongea 
vaillamment  dans  cet  océan  de  faits  que  fournit  l'histoire 
chronologique  des  monuments  bâtis  depuis  le  commence- 
ment du  monde,  et  il  se  mit  à  nager  vigoureusement  sans  se 


437 


REVUE  DE  LAUCHITECTUKE  ET  DES  TRAVAUX   PUBLICS. 


laisser  influencer  par  le  souvenir  de  Léandre,  espérant  bien 
atteindre  les  rives  opposées  avant  que  l'horloge  eût  sonné 
dix  heures.  H  avait  commencé  à  neuf. 

Comme  son  précurseur  antique,  M.  Jay  fut  déçu  dans  son 
espoir  ;  mais  du  moins  il  ne  se  noya  pas;  et,  au  lieu  d'avoir 
à  annoncer  à  nos  lecteurs  un  décès  à  jamais  regrettable, 
c'est  un  triomphe  que  nous  avons  le  plaisir  d'enregistrer, 
triomphe  dont  nous  faisons  à  M.  Jay  des  compliments  très- 
sérieux  au  fond,  quoique  la  forme  en  puisse  être  gaie. 

Les  efforts  de  M.  .lay  pour  préparer  un  discours  d'ou- 
verture digne  de  l'importance  de  son  cours,  les  recherches 
considérables  qu'il  a  dû  faire  pour  en  réunir  les  nombreux 
matériaux,  les  intentions  si  évidemment  franches  et  droites 
du  professeur,  tout  nous  Ole  le  courage  de  signaler  quelques 
erreurs  matérielles  qui  se  sont  glissées  dans  ce  discours,  et 
dont  certaines  proviennent  assurément  du  copiste,  que  peut- 
être  M.  J;iy  aura  chargé  de  mettre  ses  feuillets  au  net. 

C'est  à  ce  malhabile  copiste  que  nous  attribuons,  par 
exemple,  les  100  mètres  de  profondeur  donnés  au  lac  Moeris. 
En  abaissant  de  00  mètres  seulement  le  niveau  des  mers 
qui  nous  entourent,  la  Manche  ne  serait  plus  qu'une  vallée 
pittoresque  au  fond  de  laquelle  on  se  promènerait  à  pied 
sec,  et  l'Angleterre  appartiendrait  au  continent. 

En  abaissant  les  mers  de  120  mètres  au  lieu  de  GO,  il 
n'y  aurait  plus  une  goutte  d'eau  dans  la  Baltique,  et  on  pas- 
serait sans  bateau  dans  toutes  les  iles  qui  longent  les  côtes 
ouest  de  l'Europe. 

A  la  vérité,  dans  l'île  de  Java,  il  y  a  un  lac  auquel  on 
donne  li20  mètres  de  profondeur  ;  mais  ce  lac  ne  fut  point 
creusé  de  main  d'homme;  ses  eaux  reposent  dans  le  profond 
cratère  d'un,  volcan  éteint. 

En  voilà  beaucoup  sur  l'eau  à  propos  d'un  cours  de  con- 
struction . 

Nous  avons  fait  nos  réserves,  quant  à  quelques  petites 
erreurs  qui  se  sont  glissées  parmi  un  grand  nombre  de  faits 
exactement  rapportés  pour  la  plupart,  mais  nous  pouvons 
applaudir  sans  réserve  aucune  aux  principes  d'art  que  le 
professeur  a  énoncés. 

Il  y  a  quelques  mois,  nous  avons  critiqué  un  des  pro- 
grammes de  M.  Jay,  qui  nous  paraissait  rédigé  dans  un  es- 
prit trop  étroit  :  M.  Jay  proscrivait  l'ogive  apparent  dans  un 
concours  de  construction  générale  (Voy.  col.  226).  M.  Jay 
vient  de  faire  un  progrès  sur  lui-même,  et  nous  le  constatons 
avec  plaisir;  car  faire  un  progrès  aujourd'hui  sur  ses  idées 
d'hier,  c'est  donner  la  plus  grande  preuve  possible  d'une  in- 
telligence virile  et  jeune. 

Sans  cesser  d'accorder  aux  formes  de  l'architecture  anti- 
que ses  plus  chaudes  sympathies,  ce  qui  est  légitime,  M.  Jay 
invite  cependant  les  élèves  à  étudier  toiis  /ex  styles  et  à  tenir 
compte  des  expériences  qu'offrent  tous  les  systèmes  d'ar- 
chitecture. 

M.  Jay,  nous  aimons  à  le  croire,  restera  fidèle  au  principe 
de  la  liberté  dans  l'art  qu'il  a  invoqué. 

11  est  le  second  professeur  à  l'École  qui  ait  montré  l'intel- 


ligence des  besoins  de  notre  temps,  et  son  eoseignaseat 
contribuera  sans  doute  à  répandre  les  idées  que  nous  dé- 
fendons. 

.M.  Jay  a  ouvert  son  cours,  avons-ocus dit,  i>ar  un  aperço 
général  de  l'histoire  de  l'architecture.  Ce  serait  une  mé- 
thode peut-être  nouvelle,  certainemeot  heureuse,  qoe  de 
combiner  dans  un  même  enseignement  la  théorie  de  U  con- 
struction et  l'histoire  de  Vart  de  Mtir. 

Cette  histoire  offre  le  tableau  des  essais  qui  ont  été  suc- 
cessivement tentés  depuis  l'origine  des  société».  Elle  montre 
les  avantages  et  les  inconvénients  attachés  aux  divers  sys- 
tèmes. C'est,  en  un  mot,  le  résumé  de  l'expérience  hamaioe 
en  matière  de  construction.  Évidemment  il  y  a  des  règle*  à 
déduire  de  cette  expérience,  des  rapports  heureux  à  cooete- 
ter  entre  la  stabilité  et  l'art. 

Nous  ne  recommanderions  pas  cette  méthode  pour  des 
ingénieurs,  mais  nous  la  considérons  comme  pouvant  rendre 
de  très-grands  services  aux  architectes,  qui  y  puiseraient  des 
notions  exactes  sur  l'origine  de  beaucoup  de  formes  que  bon 
nombre  d'entre  eux  attribuent  encore  à  la  fantaisie  de  leurs 
prédécesseurs,  cette  raison  de  tous  ceux  qui  n'en  ont  pas  de 
bonnes. 


—  M.  Leras  ouvrait  son  cours  le  même  jour  et  dans  la 
même  salle  que  M.  Jay.  La  séance  commençait  à  deux  heures 
de  l'après-midi. 

11  y  avait  plus  d'élèves  que  de  banquettes,  mais  plus  de 
places  sur  les  banquettes  que  d'élèves  empressés  de  s'y  as- 
seoir. L'atelier  de  .M.  Lebas  est  cependant  nombreux. 

En  revanche,  bon  nombre  des  confrères  de  l'honorable 
professeur  se  rangeaient  autour  de  son  fauteuil. 

A  l'aspect  de  cette  salle,  qui  comptait  presque  autant  de 
maîtres  que  d'élèves,  on  aorait  pu  croire  que  c'était  plutôt 
une  influt'ure  à  laquelle  on  venait  rendre  hommage,  qu'un 
grand  esprit  aux  divines  clartés  duquel  on  voulait  chercher 
la  vérité  dans  l'art. 

M.  Lebas,  plus  habile  que  .M.  Jay,  avait  divisé  son  dis- 
cours d'ouverture  en  deux  parties.  .Nous  avons  entendu  la 
première  moitié  mardi  dernier,  nous  irons  écouter  la  seconde 
moitié  mardi  prochain  ;  et,  s'il  en  est  temps  encore,  et  que 
nous  entendions  des  choses  dignes  d'être  rapportées,  Doos 
ajouterons  quelques  nouvelles  lignes  à  celles-ci. 

M.  Lebas  s'est  bien  gardé  de  faire  entrer  tout  son  cours, 
c'est-à-dire  l'histoire  entière  de  l'architecture,  dans  son  dis- 
cours d'ouverture.  Il  s'est  borné  à  y  donner  le  résumé  de  ses 
précédentes  leçons,  et  cette  prudence  lui  a  réussi. 

L'érudition  de  M.  Lebas  est  plus  sûre  que  celle  de  M.  Jay. 
.M.  Lebas  l'emporte  aussi  sur  .M.  Jay  parlemente  littéraire; 
mais  quant  aux  tendances,  quant  aux  principes  d'art,  aux 
enseignements  qu'on  peut  déduire  de  l'étude  de  l'histoire  de 
l'art,  nous  le  disons  le  plus  sérieusement  du  monde,  le  pro- 
fesseur de  construction  vient  de  l'emporter  compléteaMBt 
sur  le  professeur  d'histoire. 


439 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


440 


L'antique  et  rien  que  l'antique,  dit  M.  Lebas  ;  et  de  l'an- 
tique, ni  le  commencement  ni  la  fin  ;  l'apogée  seulement. 

Et  sur  quoi  le  professeur  d'histoire  fonde-t-il  celte  théorie 
de  l'architecture  moderne?  Sur  le  goût. 

Et  qu'est-ce  que  le  goût  pour  M.  Lebas? 

L'honorable  professeur  n'en  dit  rien. 

Mais  c'est  au  professeur  de  théorie  à  le  dire  ;  c'est  à 
M.  Blouet,  dont  les  tendances,  heureusement  pour  l'avenir 
des  élèves  de  l'École,  sont  très-supérieures  à  celles  de  son 
collègue,  à  montrer  que  les  goûts  sont  aussi  variés  que  les 
races,  que  les  nations,  que  les  familles,  que  les  individus 
même.  C'est  à  lui  de  faire  comprendre  que  le  goûl  est  chose 
si  instable,  qu'il  est  de  la  sagesse  proverbiale  de  ne  pas  dis- 
cuter de  sa  légitimité. 

Et  c'est  sur  cette  mobile  fondation,  que  M.  Lebas  établit 
sa  doctrine  de  l'art  1  c'est  cette  chose  si  variable  qu'on  ap- 
pelle le  goût,  qu'il  oppose  à  la  notion  mémo  de  l'art,  qui  est 
le  symbole  des  énergies  contemporaines  ! 

Mais,  encore  une  fois,  de  quel  goût  M.  Lebas  veut-il  parler? 

Ce  n'est  pas  du  goût  chinois,  ni  du  goût  indien,  ni  du 
goût  arabe. 

Est-ce  du  goût  européen  ?  Nullement. 

En  examinant  l'histoire  de  l'art  européen,  M.  Lebas  re- 
connaît, sans  contredit  avec  une  grande  douleur,  qu'en  règle 
générale,  l'Europe  a  manqué  de  goût  ;  que  le  véritable  goût, 
d'autant  plus  précieux  sans  doute  qu'il  est  plus  rare,  n'a 
brillé  qu'un  moment,  —  hélas  !  il  y  a  longtemps  de  cela,  — 
alors  que  la  vieille  civilisation  païenne,  sa  besogne  faite, 
s'est  couchée  sur  le  monde  enchaîné,  pour  se  repaître  de 
jouissances  et  de  sensualités. 

Hors  ce  brillant  moment,  et  un  instant  plus  fugitif  encore, 
qui  appartient  k  l'histoire  moderne,  et  pendant  lequel  ou 
bâtissait  Saint-Pierre  de  Home,  M.  Lebas  ne  reconnaît  pas 
qu'en  Europe  on  ait  jamais  eu  du  goût. 

En  résumé  donc,  de  l'Asie,  de  l'Afrique,  de  l'Amérique 
et  de  l'Europe,  de  la  terre  entière,  seules  l'Italie  et  la  Grèce, 
et  les  contrées  éclairées  de  leur  rayonnement,  ont  connu  un 
instant  le  bon  goût.  Seules,  et  pendant  un  seul  moment, 
elles  auraient  pratiqué  l'art  véritable. 

L'humanité  compte  six  mille  ans  d'âge.  Retranchez-en 
trois  cents  années,  la  vingtième  partie  seulement,  et  pendant 
tout  le  reste  du  temps  l'humanité  entière  a  été  sans  goût, 
sans  art  ;  l'humanité  a  été  stupide. 

C'est  M.  Lebas  qui  l'affirme  au  nom  d'une  certaine  notion 
du  bon  goût  qui  lui  appartient,  qui  est  de  son  goût  à  lui, 
mais  qui  pourrait  bien  être  aussi  peu  général  parmi  les  peu- 
ples existants,  qu'il  l'a  été  parmi  les  peuples  qui  appartien- 
nent à  l'histoire. 

M.  Lebas  admire  l'apogée  de  l'art  antique,  mais  il  ne  veut 
ni  de  son  enfance  ni  de  sa  vieillesse. 

Cependant,  sans  enfance  aurait-il  pu  être  du  tout  ? 
Arrivé  à  maturité,  pouvait-il  ne  pas  vieillir,  décliner? 
M.  Lebas  veut  que  l'homme,  mortel,  crée  un  art  im-  1 
mortel!  ' 


Il  veut  que  l'humanité  qui  se  développe,  qui  progresse, 
crée  un  art  immuable,  qui  ne  puisse,  ni  se  développer,  ni 
progresser  ! 

M.  Lebas  trouve  dans  le  passé  un  art  qui  a  toutes  ses 
tendresses;  il  veut  en  rester  là.  11  crie  halte!  au  monde, 
comme  si  l'humanité,  en  marche  vers  l'avenir,  devait  en- 
tendre ce  petit  cri  d'un  artiste  satisfait;  comme  si  elle  devait 
entendre  et  obéir. 

La  prétention  n'est  pas  modeste. 

M.  le  professeur  d'histoire  de  l'architecture  a  eu  le  cou- 
rage de  dire  que  ceux  qui  préconisaient  l'art  antique  des 
temps  primitifs  ou  des  temps  de  la  décadence,  étaient  des 
«  ignorants  »  ou  des  geus  de  «  mauvaise  foi.  » 

Ineptie  ou  immoralité  !  choisissez,  MM.  Labrouste,  ûuban, 
Constant-Dufeux,  Vaudoyer,  Duc,  Baltard,  Mcolle,  etc., 
choisissez,  vous  tous  qui  avez  voulu  de  l'art  autre  chose 
qu'un  tronçon,  qu'une  portion,  que  le  milieu,  fût-ce  même 
le  ventre. 

Bêtise  ou  déloyauté  1  optez,  vous  tous  dont  la  notion  du 
goût  n'est  pas  celle  de  M.  Lebas. 

M.  Lebas  a  été  sévère,  cruel  pour  ceux  qui  sont  entrés 
dans  l'art  antique  par  une  autre  porte  que  la  sienne;  mais, 
pour  les  admirateurs  exclusifs  du  gothique,  pour  ceux  qui 
lui  ont  emprunté  sa  théorie,  c'est-à-dire  la  théorie  qu'il  a 
reçue  en  héritage,  et  qui  l'ont  plantée  en  plein  moyen  âge, 
pour  ceux-là,  M.  Lebas  n'a  pas  trouvé  un  mot  de  blâme. 

M.  Lebas  n'est  séparé,  en  eifet,  de  M.  Didron  que  par  une 
question  de  date. 

Laissez  à  l'ombre  celte  question  de  date,  et  les  discours 
théoriques  de  M.  Lebas  feront  d'excellents  articles  pour  les 
«  Annales  archéologiques.  » 

Et  réciproquement,  les  articles  de  M.  Didron  pourront  être 
lus  très-avantageusement  dans  la  chaire  de  M.  Lebas.  L'en- 
seignement officiel  gagnerait  même  à  ce  changement,  de  la 
verve  et  de  l'audace,  et  ne  perdrait  très-certainement  aucune 
de  ses  erreurs. 

Quel  aveuglement!  M.  Lebas  veut  trancher  une  existence 
régulière  en  trois  parties,  honorer  la  partie  centrale  et  mau- 
dire les  deux  autres. 

Pour  satisfaire  à  cette  singulière  fantaisie,  il  ne  faudrait 
ni  enfance,  ou  période  de  développement,  ni  vieillesse,  ou 
période  de  déclin;  il  faudrait  qu'on  vînt  au  monde  avec  la 
barbe  au  menton,  les  dents  bien  aiguisées  et  l'éducation  toute 
faite.  11  faudrait  ramasser  toutes  ceschoses  au  sein  maternel, 
à  l'abri  des  regards  du  professeur  d'histoire,  dût-on  pour 
cela  passer  trente  ans  dans  ce  domicile. 

M.  Lebas  enseigne  l'histoire  de  l'architecture  aux  élèves 
de  l'École  des  Beaux- Arts,  et  il  prétend  déduire  de  cet  en- 
seignement des  principes  de  nature  à  guider  l'architecte 
dans  la  pratique  de  son  art  :  il  répète  souvent  que  l'état  mo- 
ral de  la  société  exerce  une  action  légitime  sur  l'art,  et  il 
conclut  cependant  à  l'adoption  exclusive  de  l'art  antique, 
comme  l'expression  des  sociétés  modernes. 
Le  sentiment  moral  des  sociétés  modernes  a  donc  une  bien 


441 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


14^ 


profonde  ressemblance  avec  le  sentiment  moral  de  la  société 
romaine  fie  l'époque  d'Auguste  ! 

Il  diffère  donc  étrangement  du  sentiment  moral  qui  a  pré- 
valu dans  nos  contrées  pendant  le  moyen  âge  ! 

Nos  sympathies  instinctives  sont  donc  toutes  avec  l'A- 
thènes de  Périclès  et  la  Rome  des  Césars,  et  nullement  avec 
les  ancêtres  d'où  nous  descendons,  avec  la  race  d'où  nous 
sortons,  avec  le  sang  dont  nous  sommes! 

Nos  cœurs  s'émeuvent  donc  davantage  aux  récits  glorieux 
de  l'antiquité  qu'aux  souvenirs  des  hauts  faits  de  notre 
propre  histoire,  de  ces  hommes  dont  nous  portons  les  noms, 
dont  nous  parlons  la  langue,  dont  nous  pratiquons  la  reli- 
gion, dont  nous  cultivons  l'héritage  ! 

M.  Lebas  lui-même  reculerait  devant  ces  conséquences  de 
son  enseignement. 

Dans  cette  imitation  exclusive  de  l'antique,  et  de  l'antique 
limitée  à  une  courte  période,  on  chercherait  en  vain  un  re- 
flet de  l'art  qui  grandit  sous  l'influence  morale  de  nos  pères. 

Niez  le  moyen  âge,  et  vous  niez  votre  propre  histoire  ; 
maudissez  l'art  gothique,  et  votre  malédiction  remonte  jus- 
qu'à ce  sentiment  mural  qui  s'y  reflète  et  qui  appartient  au 
christianisme. 

L'exclusivisme  se  résout  toujours  dans  une  impiété  ou 
dans  une  folie;  il  aboutit  à  la  négation  de  Dieu,  à  la  mé- 
connaissance de  l'ordre  et  à  la  mort  de  l'art. 

CÉSAR  DALY. 


UN  CONCOURS    REMARQUABLE 
A  l'École  des  beaux-arts  de  pahis. 

SOUMAIHK.  —  Un  pnlcicux  concours.  —  D'un  travail  que  prépare  cette 
Revue.  —  -Nos  principes  appuyés  de  notre  pratique.  —  On  nVst  artiste 
qu'en  se  ralliant  au  principe  de  la  Liberté  dam  l'art.  —  Des  anciens  pro- 
grammes de  l'École  des  Ueaux-Arls.  —  D'un  programme  récent.  —  Ques- 
tions adressées  à  M.  Uluuct.  —  A  quelle  occasion  fut  rt'digé  le  programme 
do  concours  dont  s'occupe  l'auteur  de  ce  compte  rendu.  —  Exainen  des 
projets  do  MM.  Muller  S<i'hnr',  (larnier  (éliWcs  de  M.  Let)as),  Crepinet 
(atelier  Ucliard),  Daviou  (atelier  Vaudoyer',  Achille  Hue  (atelier  inconnu), 
Douillurd  (atelier  .Morey),  Lebuuteux  ^atelier  inconnu),  Edmond  Joly  (atelier 
de  M.  son  i)ére.  —  Espérons. 

Nos  lecteurs  verront  au  bas  de  l'article  qui  suit  le  nom 
d'un  nouveau  collaborateur  delà  Revue,  M.  Aymar  Verdier, 
qui  prépare  pour  nous  une  histoire  de  l'architecture  civile 
au  moyen  âge.  Déj;\  M.  Léon  Roux,  qui  s'est  consacré 
exclusivement  aux  travaux  de  la  Henie,  a  gravé  deux  mai- 
sons extrêmement  curieuse^  du  xw  et  du  xiii*^  siècle,  et 
M.  Huguenet,  auquel  notre  ouvrage  doit  quelques  chefs- 
d'œuvre  de  gravure,  achève  trois  planches  qui  représentent 
l'ensemble  et  les  détails  d'une  grange  monumentale  du 
XHi"  siècle. 

Le  portefeuille  d'architecture  civile  de  M.  Verdier  est 
très-riche,  et  nos  lecteurs  auront  le  plaisir  de  s'initier  non- 
seulement  sans  peine,  mais  le  plus  agréablement  du  monde, 
à  une  étude  encore  à  peine  eflleurée  par  les  artistes  et  les 


archéologues.  Ils  y  trouveront  noe  source  de  nouvelles  in- 
spirations et  de  charmants  motifs  de  composition.  Mais  ce 
n'est  pas  de  l'architecture  civile  du  moyen  âge  que  M.  Ver- 
dier veut  nous  parler  aujourd'hoi.  C'est  do  récent  concours 
de  première  classe  à  l'^xole  des  Beaux- Arts  qu'il  va  ooas 
entretenir. 

Nos  lecteurs  connaissent  nos  principes  :  Liberté  pour  tous 
sous  la  condition  de  la  responsabilité. 

Nos  doctrines  sont  formulées  depuis  de  longues  années. 
Le  temps  et  l'expérience  n'ont  fait  que  nous  confirmer  dans 
nos  convictions  et  grandir  notre  confiance  :  au.ssi,  loin  de 
redouter  la  discussion  de  nos  principe» ,  loin  de  vouloir  étoofler 
la  voix  de  ceux  qui  pensent  autrement  que  noos,  noos  avom 
toujours,  et  c'est  la  première  fois  que  l'histoire  do  Jonma- 
lisme  offre  un  tel  exemple,  nous  avons  toujours  déclaré  que 
nos  colonnes  étaient  ouvertes  à  tout  homme  sérieux  qui 
voudrait  y  exposer  une  doctrine  contraire  à  la  ndtre. 

Loin  donc  de  craindre  le  débat  public,  le  jugement  pu- 
blic, nous  les  appelons  au  contraire  de  tous  nos  vœux. 

Nous  le  disons  avec  orgueil,  car  nous  en  avons  le  droit, 
c'est  le  premier  exemple  qu'on  ait  rencontré,  dans  la  presse 
périodique,  d'une  telle  libéralité  et  d'une  telle  confiance 
dans  la  force  de  la  raison  et  du  bon  sens. 

Dans  l'article  de  notre  nouveau  et  précieux  collaborateur, 
nos  lecteurs  trouveront  quelques  nuancrs  qui  ne  sont  pas 
précisément  celles  que  nous  avons  coutume  d'employer. 
C'était  bien  le  moins  que  M.  Verdier,  qoi  s'est  aoqnis  par 
ses  études  sérieuses  le  droit  d'avoir  une  opinion  à  lui,  pût 
exprimer  librement  ses  convictions  dans  un  recueil  à  la  ri- 
chesse dnquel  il  vient  contribuer  pour  une  large  part.  De 
notre  côté,  nous  sommes  toujours  heureux  de  donuer  des 
preuves  matérielles  de  notre  impartialité.  D'ailleurs  les  points 
par  lesquels  .>!.  Verdier  nous  touche  seulement  sans  nous 
pénétrer,  et  sans  que  sa  pensée  s'allie  pleinement  à  la  nôtre, 
sont  assez  rates;  les  points  par  lesquels  nous  nous  joigooos 
parfaitement  sont  très-nombreux.  Ne  suffit-il  pas  de  dire, 
pour  aujourd'hui,  que  M.  Verdier  adhère  pleinement  à  notre 
doctrine  de  la  Liberté  dans  Cart  ? 


Des  programmcsafflchès  publiquement  dansles  salles  de  l'É- 
cole des  Benux-ArU,  et  répandus  parcenlaines  entre  les  mains 
de  ses  élèves,  ont  bien  souvent  excité  l'hil.-irité  générale  par  leur 
in  royableredactinn.  .\misetenncmisde  l'enseigneroentofficie] 
ne  pouvaient  retenir  uu  sourire  à  la  lecture  de  ces  phrases  obs- 
cures et  filandreuses,  capables  de  faire  frërairles  illustres  d'ime 
Académie  voisine.  Mainte  fois  on  a  vu  demander  un  nymphée 
pour  emijellir  le  jardin  d"un  riche  favori  de  la  fotlune,  ou  un 
petit  temple  corinthien  pour  abriter  un  .Apollon  ou  une  Vénns 
de  carton-pierre,  ofTe rts  d  la  vénération  des  chrétiens  d'alen- 
loiir.  Des  projets  d'utilité  publique,  des  halles,  des  marchés, 
deshôtelsde  ville,  des  théâtres,étaientplusraremenldemandés, 
comme  si  on  n'avait  consenti  qu'à  regret  à  laisser  les  élèves 
ptMxlre  pour  un  seul  moment  le  souvenir  d'une  civilisation  à 
jamais  dispame. 


441 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


444 


Depuis  l'installation  du  nouveau  professeur  de  théorie,  les 
programmes  sont  rédigés  en  français  convenable,  et  présen- 
tent aux  jeunes  gens  qui  fréquentent  les  concours  des  sujets 
d'étude  d'une  utilité  actuelle  et  pratique. 

On  se  rappelle  certain  programme  d'église  paroissiale,  donné 
sous  le  règne  du  défunt  professeur  ;  l'architecture  favorite,  celle 
des  beaux  temps  de  Périclès  ou  d'Auguste,  y  était  recommandée 
aux  jeunes  concurrents  sous  peine  d'exclusion  et  d'anathème. 
Qni  le  croirait?  Quelques  années  se  sont  àpeine  écoulées,  etun 
Bouveau  professeur  de  théorie  ne  craint  pas  de  demander  une 
sacristie  pour  ane  de  nos  grandes  cathédrales  du  xni"  siècle,  et 
de  permettre  le  style  ogival.  Nous  citons  textuellement  le  para- 
graphe le  plus  intéressant  de  ce  curieux  document.  «Le  profes- 
seur de  théorie  propose  une  sacristie  pour  une  église  métropo- 
litaine; lasaci-istie  à  projeter  serait  une  adjonction  à  une  église 
du  xui"  siècle  ;  dans  cette  circonstance,  sans  exclure  lestyle  d'ar- 
chitecture du  moyen  âge,  nous  pensons  qu'on  peut  se  dispenser 
de  le  suivre,  mais  on  doit  dans  tous  les  cas  en  choisir  un  qui, 
s'accordant  autant  que  possible,  comme  élégance  et  richesse, 
avec  l'architecture  de  l'église,  ne  laisse  pas  d'incertitude  sur 
l'époque  à  laquelle  la  nouvelle  construction  a  été  faite.  » 

Adjoindre  une  sacristie  à  une  église  construite  au  moyen  âge, 
c'est  là  une  des  demandes  les  plus  fréquentes  des  administra- 
tions et  du  clergé.  A  l'époque  féodale,  en  elfet,  les  monuments 
religieux  étaient  entourés  de  bâtiments  destinés  à  l'habitation 
des  moines  et  desprètres.  Ceux-ci,  revêtus  des  vêtements  sacer- 
dotaux, traversaient  les  cloîtres  attenants  à  leur  demeure  et 
se  rendaient  à  couvert  jusqu'à  l'autel.  Nous  ne  connaissons 
que  peu  de  sacristies  contemporaines  des  grandes  églises  du 
xni"  siècle  et  si  aux  époques  suivantes  on  éleva  pour  satisfaire 
aux  besoins  du  culte  de  nombreuses  constructions,  on  est  obligé 
de  les  agrandir  ou  de  les  refaire  aujourd'hui.  Le  program- 
me de  M.  Blouet  est  donc  d'une  utilité  réellement  pratique,  et 
nous  le  félicitons  sincèrement  de  l'avoir  proposé  en  temps 
opportun  aux  élèves  de  première  classe. 

Maintenant,  que  l'honorable  pi'ofesseur  de  théorie  nous  per- 
mette quelques  questions,  dans  le  seul  but  d'appeler  la  lumière 
sur  certaines  phrases  de  son  programme.  Nous  lisons  au  com- 
mencement du  paragraphe  qui  nous  occupe  :  «  La  sacristie 
serait  une  adjonction  à  une  église  du  xiW  siècle  ;  dans  cette  cir- 
constance, sans  exclure  le  style  d'architecture  du  moyen  âge, 
nous  pensons  qu'on  peut  se  dispenser  de  le  suivre.  «  Est-ce  là 
un  blâme  formel  à  l'adresse  des  nouvelles  églises  ogivales? 
Faut-il  en  conclure  que  le  style  du  moyen  âge  doive  être  proscrit 
toutes  les  fois  qu'il  ne  s'agira  pas  d'annexer  une  sacristie  à  une 
cathédrale?  Qu'aurions-nous  à  faire  s'il  fallait  construire  une 
chapelle  de  la  Vierge,  ou  une  façade  à  un  édifice  incomplet  ? 
plus  loin  le  professeur  recommande  de  choisir  un  style  qui  ne 
laisse  pas  d'incertitude  sur  l'époque  de  la  construction.  Il  sem- 
hlerait  qu'il  suffit  de  lever  les  yeux  pour  apercevoir  cette  archi- 
tecture moderne  dont  les  destinées  viennent  d'être  si  éloquem- 
ment  prédites,  et  cependant,  que  voyons-nous  autour  de  nous? 
Y  a-t-il  un  seul  monument  moderne  élevé  dans  la  capitale  de 
la  France,  qui  soit  empreint  du  cachet  de  son  époque  et  qui  ne 
reproduise  plus  ou  moins  exactement  les  plus  fameux  monu- 
ments de  la  Grèce  ou  de  Rome  (1)? 

{{)  Nous  ne  parlons  ici  que  des  édifices  complètement  termines,  comme  la 
Madeleine,  Notre-Dame  de  Lorette,  le  quai  d'Orsay,  l'Hôtel  de  Ville;  des  tra- 


Si  nous  jetons  les  yeux  au  dehors,  la  moderne  capitale  de 
l'Allemagne  artistique  nous  offre  le  plus  singulier  mélange  de 
toutes  les  époques  et  de  tous  les  styles.  Passionné  pour  la  Grèce, 
qu'il  vient  de  visiter,  le  roi  Louis  commande  à  ses  artistes  de 
vastes  monuments  où  tout  est  grec,  jusqu'au  nom,  et  le  splen- 
dide  Parthénon  moderne,  destiné  par  lui  aux  héros  allemands 
domine  le  plus  grand  fleuve  de  la  Germanie,  comme  une 
insulte  au  génie  créateur  de  ses  artistes.  Plus  tard,  on  obéit  au 
récent  mouvement  archéologique,  et  des  édifices  latins,  bysan- 
tins,  ogivaux  et  florentins  s'élèvent  en  grand  nombre  dans  la 
capitale  de  la  Bavière. 

Tout  en  rendant  pleine  et  entière  justice  aux  travaux  des  ar- 
tistes allemands,  tout  en  appréciante  leur  juste  valeur  de  con- 
sciencieuses études  de  tous  les  temps  et  de  tous  les  pays,  nous 
ne  trouvons  pas  là  un  système  d'architecture  qui  caractérise 
notre  époque  ;  nous  n'y  voyons  que  d'intelligentes  reproduc- 
tions, que  d'excellents  matériaux.  Ainsi,  pas  plusen  Allemagne 
qu'en  France  ou  en  Angleterre,  les  artistes  n'ont  eu  assez  de 
génie  pour  créer  un  art  original,  et  cependant  le  professeur  de 
théorie  vient  proposer  à  ses  élèves  de  résoudre  eii  quelques 
heures  un  des  plus  difficiles  problèmes  des  temps  modernes. 

Loin  de  nous  l'idée  de  reculer  devant  les  difficultés  qui  hé- 
rissent l'étude  des  arts  et  de  ne  pas  apprécier  avec  justice  les 
efforts  tentés  pour  sortir  enfin  de  la  routine  officielle  mous  pen- 
sons seulement  qu'tm  enseignement  sérieux  et  suivi  doit  sou- 
tenir les  élèves  qui  s'engagent  avec  courage  dans  une  voie  si 
neuve  et  si  difficile  ;  ne  serait-ce  pas  le  devoir  du  professeur  de 
théorie  de  dire  comment  l'archéologie  d'une  part,  le  gotitde 
notre  temps  et  la  nature  de  nos  matériaux  de  l'autre,  doivent 
exercer  leur  influence  sur  la  nouvelle  combinaison  de  lignes  et 
sur  le  système  d'ornementation  qui  caractériseront  notre  épo- 
que? Qn'on  nous  dise  ce  qu'il  faut  prendre  au  moyen  âge,  si 
habile  dans  la  construction  des  voûtes,  ce  qu'il  faut  emprunter 
à  la  gracieuse  ornementation  des  Grecs  ;  qu'on  nous  indique  la 
nature  comme  une  source  toujours  féconde  où  les  artistes  de 
tous  les  temps  ont  puisé  un  système  d'ornementation  varié  et 
original.  Voilà  l'enseignement  que  nous  appelons  de  tous  nos 
vœux  et  qui  fera  enfin  sortir  l'architecture  de  la  voie  de  l'imi- 
tation et  de  la  copie,  dans  laquelle  elle  se  traîne  péniblement 
depuis  longtemps. 

Ce  que  nous  reprochons  surtout  à  M.  Blouet,  c'est  l'indécision 
et  l'embarras  qui  se  révèlent  à  chaque  ligne  de  son  programme. 
11  croit  satisfaire  les  archéologues  par  quelques  mots ,  puis  il  flatte 
les  éclectiques,  et  par  le  ton  avec  lequel  il  dit  tout  cela,  il  semble 
s'excuser  de  se  laisser  entraîner  par  le  flot  des  novateurs  et  de 
ne  pas  défendre  avec  assez  d'énergie  la  citadelle  ébranlée  de  l'en- 
seignement officiel.  Si  le  professeur  de  théorien'a  pas  le  courage 
de  son  opinion,  s'il  reste,  suivant  la  spirituelle  expression  d'un 
de  nos  journaux,  comme  un  volant  entre  deux  raquettes,  nous 
lui  prédisons  le  sort  de  ces  hommes  indécis  et  tremblants  qui, 
après  avoir  ménagé  tout  le  monde  dans  nos  grandes  crises  poli- 
tiques, furent  accablés  par  les  malédictions  de  tous  les  partis. 

Par  quel  hasard  l'honorable  M.  Blouet  s'est-il  décidé  à  rédiger 
un  programme  si  en  dehors  des  habitudes  de  l'École,  et  qui  lui 
sera  peut-être  durement  reproché  un  jour  par  ses  futurs  collègues 

vaux  importants  sont  en  ce  moment  confies  à  des  hommes  de  grand  talent,  et 
nous  espérons  vivement  qu'ils  affranchiront  enfin  l'architecture  des  entraves 
dont  elle  est  chargée. 


445 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


«M 


de  rinslitut?  On  dit  qu'interpellé  par  un  de  nos  plus  habiles  ar- 
chitectes sur  l'insulfisance  de  l'enseignement  officiel,  il  Widigea 
en  réponse  le  programme  que  ncus  avons  cité,  et  confia  à  l'élite 
des  aspirants  au  grand  prix  le  soin  de  venger  l'Académie  in- 
sultée. Ëh  bien  !  nous  le  disons  avec  regret,  jamais  concours  ne 
nous  a  paru  plus  faible,  jamais  critique  plus  écrasante  de  l'en- 
seignement officiel  n'aété faite  par  ses  plusfanatiques  ennemis. 
Nous  savons  être  de  l'avis  d'un  grand  nombre  de  nos  confrères 
en  afTirmant  que  les  élèves  de  seconde  classe  auraient  produit 
des  projets  bien  supérieurs  comme  composition  el  comme  rendu. 
Parmi  les concurrentsdont  nous  avonssérieusementexaminé  les 
travaux,  pas  un  nom  del'atelierLabroustejpasun  de  l'atelier  Con- 
stant-Dufeux  ;  serait-ce  que  le  grand  prix  épouvante  les  élèves 
deces  deux  savants  professeurs, etqu'ils  redoutent  d'aller  perdre 
quatre  années  à  Rome  à  calquer,  suivant  l'usage  antique,  le 
théâ're  de  Marcellus  ou  le  magnifique  péristyle  du  Panthéon 
d' Agrippa? 

Après  avoir  fait  sans  doute  bien  des  eiTorts  pour  scruter  la 
pensée  intime  du  programme,  les  élèves  se  sont  partagés  en  trois 
camps;  étonnés  d'une  phrase  si  nouvelle  pour  eux  et  voyant 
qu'on  prononçait  sans  anathème  le  mot  de  moyen  âge,  quelques 
uns  ont  cru  à  la  conversion  prochaine  du  professeur  et  se  sont 
prosternésdevantrastrenaissant  de  l'architecture  ogivale.  D'au- 
tres n'ont  pas  fait  d'archéologie  ;  ils  trouvaient,  quelques  lignes 
plusbas,  l'invitation  de  construire  un  édiûce  empreint  du  carac- 
tère de  notreépoque.  Les  derniersenfin,  craignant  un  piège  tendu 
à  leur  inexpérience,  se  sont  réfugiés  dans  ce  style  sans  nom, 
ordinaire  garant  des  succès  à  l'École. 

Deux  projets  en  style  florentin  du  xiv«  siècle  sont  dus  à 
MM.  Millier  Sœhnéet  Garnier,  élèves  de  M.  Lebas.  Nous  avons 
pour  notre  compte  personnel  assez  peu  de  sympathie  pour  les 
formes  du  gothique  italien,  et  nous  savons  telle  église  perdue 
dans  un  village  à  quelques  kilomètres  de  Paris,  dans  laquelle 
on  a  dépensé  plus  de  scieuce  et  de  goût  que  dans  les  églises 
italiennes  les  plus  riches  et  les  plus  célèbres.  Que  les  élèves  de 
M.  Lebas  aiment,  au  grand  regret  de  leiu-  savant  professeur,  les 
colonnes  contournées  et  les  choux  frisésdu  campanille  de  Giotto, 
c'est  la  une  opinion  respectable  et  partagée  par  bien  des  gens; 
mais  que  sous  notre  climat  humide,  dans  notre  pays  si  pauvre 
en  marbres  précieux,  on  vienne  importer  une  architecture  dont 
la  marqueterie  fait  toute  la  valeur ,  c'est  là  ce  que  nous  ne  pou- 
vons comprendre,  et  nous  protestons  au  nom  de  la  raison  et 
du  bon  sens  en  renvoyant  à  la  façade  de  Sanla-Waria  Novella,  à 
Florence,  et  à  bien  d'autres  encore,  dont  les  marbres  incrustés 
n'ont  pu  résister  sous  le  ciel  si  pur  et  si  doux  de  la  Toscane.  Si 
de  là  les  élèves  deM.  Lebas  ne  s'effrayent  pas  d'un  long  voyage 
et  veulent  bien  prendre  la  route  de  Chartres,  ils  y  verront  les 
façades  presque  intactes  d'un  gigantesque  monument,  et  ils 
comprendront  quel  gothique  il  faudrait  faire  avec  nos  maté- 
riaux et  sous  le  ciel  passablement  brumeux  de  notre  belle 
France. 

Nous  ne  pensons  pas  que  M.  Crépinet  ait  étudié  le  moyen  âge 
bien  longtemps  avant  le  concours  qui  nous  occupe.  Son  projet, 
au  centre  duquel  se  trouve  une  coupole  octogone,  témoigne 
du  moins  qu'il  s'est  donné  la  peine  de  visiter  les  quartiers  de 
Parisoù  l'on  rencontre  encore  quelques  monuments  de  la  bonne 
époque  du  moyen  âge  ;  entre  autres  vieilles  connaissances  nous 
avons  retrouvé  la  porte  Saiut-Pierre-aux-Bœuiis,  et  les  clocbe- 


tonsde  la  .Sainte-Chaijelle.  Pourquoi  M.  Crépinet, si  bien  dispoaè 
pour  l'archi tecture ogivale,  n'a- t-il  pas  adopté  la  disposition  de 
voûtes  à  nervures  buttées  par  de  puissants  contre-forts?  Les 
parties  latérales  de  sa  foçade,  privées  de  cet  élément  essentiel 
de  toutes  les  constructions  gothiques,  sont  nues  et  monotones  ; 
sa  coupole  est  terminée  par  un  toitécrasé,  et  sespeintnret  int^ 
rieures  nous  ont  paru  d'une  couleur  peu  bannonieuse  et  sans 
aucun  caractère. 

L'atelier  de  M.  Vaudoyer  n'est  représenté  que  par  M.  Daviou, 
dont  nous  nous  rappelons  de  forts  jolis  projets;  M.  Daviou,  à 
notre  avis,  n'a  pas  été  aussi  bien  inspiré  cette  fois,  et  sa  tarade 
n  'a  aucunemen  t  le  caractère  d'une  construction  religieuse.  Pour- 
quoi cette  large  porte  cintrée  qui  ne  s'ouvre  guère  que  pour 
laisser  passerle  gardien  du  monument?  La  véritableported'une 
sacristie  est  du  cOlé  de  l'église  ;  c'est  celle-là  qu'on  doit  décorer 
avec  une  richesse  en  rapport  avec  le  style  de  l'édifice  principal. 
Le  grand  défaut  de  ce  projet  est  de  manquer  de  caractère;  dtez 
les  chapeaux  de  cardinaux  ou  d'évéques  sculptés  au-dessus  de 
la  grande  porte,  et  vous  avez  quelque  chose  de  fort  semblable  â 
un  hôtel  de  ville. 

Nous  ne  savons  de  quel  professeur  M.  Achille  Hue  est  élève, 
mais  son  projet,  franchement  original,  semble  sorti  d'un  des 
ateliers  qu'on  est  convenu  d'appeler  n^mantiques.  Ijes  formes 
grecques  et  romanes  y  sont  assez  habilement  combinées  pour 
produire  un  ensemble  qui  ne  manque  ni  de  sévérité,  ni  d'har- 
monie. Nous  avons  aussi  remarqué  avec  plaisir  que  M.  Hue  a 
cherché  une  disposition  pour  ses  tuyaux  de  descente  ;  aucun  des 
autres  concurrents  ne  s'est  occupé  de  l'écoulement  des  eaux,  et, 
c'est  cependant  un  problème  important ,  dont  la  solution ,  dans  les 
conditions  actuelles,  n'a  pas  été  encore  complètement  trouvée: 
étudier  les  difficultés,  faire  disparaître  des  projets  tout  ce  qui  est 
d'un  arrangement  malaisé  ou  qui  peut  choquer  ceux  qu'on  ap- 
pelle vulgairement  les  badauds,  c'est  là  ceque  nous  reprochons 
surtout  au  plus  grand  nombre  des  élèves  de  notre  .\cadénue. 
Est-ce  avec  un  semblable  oubli  des  besoins  à  satisfaire  qne  de 
jeunes  architectes  deviendront  dans  la  pratique  des  hommes 
utiles  et  sérieux? 

L'élévation  de  M.  Douillard  nous  a  rappelé  certaines  absides 
des  cathédralessiciliennes  couvertes  desiadmirables  mosaïques; 
nous  répéterons  à  M.  Douillard  ce  que  nous  avons  déjà  dit  à 
M.  Muller  Sœhné  :  toutes  les  incrustitions  qui  tapissent  sa 
façade  ne  résisteraient  pas  un  siècle  à  notre  climat  destructeur. 

En  terminant,  disons  que  MM.  I>eboutPux  el  Eimond  de 
Joly  ont  exposé  deux  projets.  Le  premierest  assez  franchement 
roman  et  sa  façade  nous  a  paru  convenablement  étudiée.  U 
nous  est  impossible  de  trouver  une  appellation  pour  le  style  du 
second  ;  deux  ou  trois  clochetons  gothiques  se  sont  ^arës,  on 
ne  sait  pourquoi,  dans  un  des  coins  de  la  façade. 

Si  d'une  part  le  résultat  de  ce  concours  nous  prouve  l'insuf- 
flsancede  l'organisation  actuelle  pour  l'enseignement  du  moyen 
âge,  de  l'autre,  le  programme,  malgré  son  indécision,  semble 
nous  annoncer  qu'une  voie  nouvelle  va  s'ouvrir  pour  toutes  les 
opinions,  i>our  tous  les  systèmes,  et  qu'au  nom  de  l'École  elle- 
même,  cliacun  sera  libre  d'apporter  sa  pierre  à  l'édifice  a  peine 
commencé  de  l'architecture  modenie.  Lorsque  le  jury  se  sera 
recruté  dans  les  rangs  de  l'école  moderne,  lorsque  le  socoès  ne 
sera  plus  le  prix  de  l'assiduité  dans  un  atelier  fiiTori,  ou  da  d^ 
vouement  à  l'antique  inventé  par  les  traducteurs  de  Vignole, 


447 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


448 


on  verra  se  produii-e  à  l'École  comme  au  dehors  cette  lutte  des 
idées  et  des  systèmes  qui  caractérise  notre  époque,  et  si  nous 
ne  pouvons  prononcer  un  nouveau  Fiat  lux,  du  moins  marche- 
rons-nous d'un  pas  sûr  à  la  conquête  de  la  vérité. 

Aymar  VERDIER. 


LES   DOCTRINES  DES    ANNALES    ARCHÉOLOGIQUES 


CONDAMNEES   PAR 


S.  EM.  Mgr  LE  CARDINAL  DE  DONALD. 

Monseigneur  le  cardinal  de  Bonald,  archevêque  de  Lyon  et 
de  Vienne,  vient  de  publier  une  lettre  circulaire  adressée  au 
clergé  de  son  diocèse.  Elle  contient  des  instructions  sur  la  res- 
tauration des  églises,  sur  l'arrangement  des  autels,  des  fonts 
baptismaux,  sur  les  bancs,  les  cloches,  etc.  Ces  instructions 
seraient  lues  avec  fruit  par  bon  nombre  de  nos  confrères  :  et 
nous  en  donnerons  des  extraits  dans  un  prochain  numéro. 
Aujourd'hui,  nous  nous  bornerons  à  citer  ce  passage  :  «  Nous 
devons  vous  exhorter  à  vous  tenir  en  garde  contre  les  exagéra 
tions  de  certains  archéologues,  qui,  dans  la  crainte  qu'on  n'al- 
tère le  caractère  d'une  église,  ne  veulent  pas  permettre  qu'on 
dissimule  ses  ruines  ;  et  qui  ne  trouvent  rien  d'inconvenant  à  ce 
que  le  culte  catholique  déploie  ses  pompes  dans  un  sanctuaire 
repoussant  de  dégradations  et  d'un  aspect  de  vétusté  tout  à  fait 
menaçant.  Des  décorations  de  bon  goût  et  dans  le  style  de 
l'église  que  l'on  veut  orner,  employées  avec  sobriété,  ne  peu- 
vent point  etfacer  le  caractère  archi tectonique  de  l'église  et  lui 
rendent  au  contraire  celte  décence  primitive  plus  en  harmonie 
avec  la  solennité  des  fêtes  qu'on  célèbre. 

»  Un  enthousiasme  outré  pour  le  moyen  âge  a  quelquefois 
rabaissé  l'archéologie  et  finirait  même  par  enlever  à  cette 
science  ses  plus  fervents  admirateurs.  » 

Monseigneur  de  Bonald  recommande  à  son  clergé  la  lecture 
du  Manuel  d'architecture  religieuse  dont  le  texte  a  été  rédigé  par 
M.  Peyré,  ancien  magistrat,  etdoni  les  planches  ont  été  dessi- 
nées par  M.  Desjardins,  architecte  de  la  Primatiale,  et  ancien 
élève  de  M.  Duban. 

Nous  avons  reçu  un  exemplaire  de  ce  pelil  manuel  ;  nous  ne 
l'avons  pas  encore  lu.  Les  planches  sont  traitées  avec  beaucoup 
de  talent  et  un  grand  soin  ;  nous  en  faisons  nos  compliments  à 
M.  Desjardins.  Nous  dirons  ce  que  .aut  le  texte  lorsque  nous 
aurons  lu  le  volume,  car  nous  ne  savons  pas,  comme  notre 
confrère  des  «  Annales  »,  apprécier  consciencieusement  une 
centaine  de  volumes  dans  le  courant  d'un  mois. 


MELANGES 


D  ARCHEOLOGIE,    D  HISTOIRE    ET    DE     LITTERATURE. 

(Publication  nouvelle.) 

MM.  Gh.  Cahier  et  Arth.  Martin,  les  auteurs  delà  belle  Mono- 
graphie de  la  cathédrale  de  Bourges,  dont  nous  avons  entretenu 
nos  lecteurs  à  plusieurs  reprises  déjà,  se  disposent  à  commen- 
cer une  publication  qui  ne  sera  pas  précisément  un  livre,  mais 
qui  pourra  fort  bien  devenir  une  très-bonne  et  très-précieuse 
publication  périodique. 
,    I/es  cartons  et  les  pupitres  de  ces  messieurs  contiennent  de 


nombreux  documents  dessinés  et  écrits  sur  toute  espèce  dé 
sujets  archéolofjiques  qu'ils  veulent  communiquer  au  public 
sous  le  titre  de  Mélanges  d'archéologie  et  de  liuérature. 

Pour  donner  une  forme  convenable  à  la  publication  de  ces 
documents,  pour  les  éclairer  sur  toutes  leurs  faces,  cesmessieurs 
feront  encore  de  nouvelles  recherches,  trouveront  de  nouveaux 
documents,  et,  au  lieu  d'épuiser  leur  précieuse  collection,  ils 
ne  ferontque  l'augmenterel  rendre  encore  plus  nécessaire  l'exi- 
stence des  Mélanges  d'archéologie,  etc.  Ce  n'est  donc  pas  un 
hvre  indéfini  que  commencent  MM.  Gh.  Cahier  et  Arih.  Martin, 
c'est  une  publication  périodique  très-définissable  que  nous  allons 
voir  naître,  et,  disons-le  immédiatement,  que  nous  recevrons 
avec  un  plaisir  très-réel. 

MM.  Gh.  Cahier  et  Arth.  Martin  sont  des  hommes  d'un  mérite 
si  incontestable  que  leurs  efforts  ne  pourront  que  donner  une 
impulsion  favorable  à  l'étude,  et  nous  l'approcher  d'un  but  que 
désirent  exirêmeinent  tous  les  hommes  éclairés  :  I4  connais- 
sance de  la  pensée,  du  sentiment  et  des  œuvres  du  moyen  âge. 

Nous  ne  savons  pas  très- bien  encore  quelles  sont  les  théories 
esthétiques  de  cesmessieurs,  ni  quelle  influence  ils  prétendent 
exercersurl'art  contemporain;  mais,  nous  le  répé  tons,  ilsontune 
science  du  passé  trop  réelle  pour  ne  pas  contribuer  puissamment 
à  l'instruction  historique  du  public.  Gomme  archéologue  nous  ap- 
plaudissons donc  à  leur  arrivée  sur  le  terrain  de  la  périodicité; 
nous  y  applaudirons  doublement  s'ils  y  viennent  avec  les  dispo- 
sitions libérales  qui  conviennent  à  la  science.  Mais,  si,  trop  ab- 
sorbés par  les  beautés  d'un  art  spécial,  ils  arborent  la  bannière 
de  l'intolérance,  alors  nous  aurons  le  regret  de  voir  en  eux  des 
adversaires  que  nous  serons  forcés  de  combattre  énergiquement , 
au  lieu  d'alliés  précieux  qui  pourraient  être  aussi  utiles  à  l'art 
qu'à  l'archéologie.  Ajoutons  que  jusqu'à  ce  moment  les  travaux 
de  ces  messieurs  que  nous  avons  étudies,  sont  tous  conçus  dans 
un  esprit  de  modération  et  de  convenance  qui  ajoute  à  leur 
valeur  intrinsèque. 

Les  Mélanges  d'archéologie,  d'histoire  el  de  lUlèrature  paraî- 
tront par  livraisons.  Huit  livraisons  formeront  un  volume,  et 
il  ne  paraîtra  pas  au  delàd'un  volume  par  an. 

La  livraison  composée  de  quatre  feuilles  de  texte  grand  in-4 
et  de  cinq  planches  ordinaires  (ou  d'un  moindre  nombre  de 
planches  plus  dispendieuses),  coûtera  4  francs. 


Ge  qui  précède  avait  été  rédigé  pour  notre  dernier  numéro. 
Nous  avons  dû  en  remettre  la  publication  à  celui-ci  par  défaut 
d'espace. 

Aujourd'hui,  nous  avons  sous  les  yeux  le  premier  numéro 
des  Mélanges.  Quatre  feuilles  de  texte  et  quatre  planches.  Des 
planches,  deux  sont  doubles e lune  est  en  couleur. 

Ce  numéro  est  digne  de  MM.  Cahier  et  Martin. 

«  //  ne  faut  point,  avec  le  progi\ès  sur  les  lèvres,  se  vouer  aune 
œuvre  n'iMMOBiLiTÉ,  «disent  ces  messieurs.  Bien  pensé  et  bien 
dit.  Nous  reparlerons  des  Mélanges. 


Cksab  DALY, 

Directeur  et  rédntteur  en  chef, 
Diembre  de  l'Académie  royale  des  Beaux-Arts  de  Stockholm,  de  l'Insliliit 
royal  des  Architectes  britanniques,  rlc,  etc. 

Inipiimerie  L.  Toinon  et  O,  à  Saint-Germain. 


/|89 


KEVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


400 


ADRESSE  A  NOS  LECTEURS. 


Plusieurs  mois  se  sont  écoulés  depuis  la  publication  du 
dernier  numéro  de  la  Revue.  Ce  long  silence  est  en  partie  le 
résultat  d'un  concours  d'événements  au-dessus  de  notre  con- 
trôle, et  en  partie  le  résultat  de  notre  appréciation  des  né- 
cessités du  moment. 

La  tourmente  révolutionnaire  et  une  maladie  de  fatigue 
dont  nous  souffrons  encore,  voilà  les  circonstances  involon- 
taires. Parmi  les  considérations  volontaires,  il  faut  mettre 
en  première  ligne  notre  désir  d'éloigner  l'époque  du  réa- 
bonnement à  la  Revue. 

En  publiant,  en  leur  temps  régulier,  les  deux  numéros 
qui  manquaient  pour  compléter  notre  volume  courant,  nous 
eussions  été  contraints  de  faire  rentrer  les  renouvellements 
uu  moment  le  plus  pénible  de  la  crise  iinancière  que  nous 
traversons  encore  ;  nous  avons  préféré  retarder  ce  moment 
pour  ne  pas  imposer  h  nos  lecteurs  une  charge  qui  eût  été 
d'autant  plus  lourde,  il  y  a  quelques  mois,  qu'on  était  alors 
moins  disposé  à  s'occuper  d'étude  d'art  et  de  construction. 

Il  n'est  que  juste  d'ajouter  qu'en  adoptant  cette  mesure, 
nous  nous  sommes  imposé,  personnellement,  une  perte  très- 
sérieuse;  puisque  les  frais  généraux  de  notre  publication, 
agence,  loyer,  etc.,  etc.,  ont  continué  de  courir  |«;ndant  ce 
temps  de  repos  que  les  événements  seuls  pouvaient  mesurer, 
et  que  ces  dépenses  augmentent  notablement  le  prix  de  re- 
vient du  volume  courant,  sans  nous  laisser  d'autre  compcn- 
salion  que  le  sentiment  d'avoir  bien  agi  envers  notre  public. 

Nous  avons  regretté  d'autant  plus  ce  temps  d'arrêt,  que 
dans  nos  derniers  numéros  nous  avions  abordé  les  questions 
les  plus  intéressantes  pour  les  artistes,  questions  de  liberté, 
de  progrès  et  d'ordre,  dans  la  conception  et  dans  la  pratique 
de  l'art.  Chaque  jour  nous  avancions  plus  avant  dans  notre 
sujet,  lorsque,  tout  à  coup,  du  milieu  d'un  profond  repos, 
s'est  déchaîné  sur  la  face  entière  de  l'Europe  un  ouragan 
furieux  où  se  heurtaient  toutes  les  passions  humaines  et  tous 
les  grands  intérêts  de  In  société. 

Plongés  tous  au  milieu  de  ces  clameurs  formidables,  de 
ce  tocsin  universel,  le  ciel  sombre  et  menaçant  sur  nos  tôles, 
le  sol  convulsivement  agité  sous  nos  pieds,  qui  d'entre  nous 
pouvait  porter  ses  regards  au  delà  de  cette  lutte  terrible  ? 
Qui  pouvait  éloigner  sa  pensée  de  ce  conflit  et  enfermer  ses 
sentiments  dans  une  plus  étroite  enceinte?  Chacun,  citadin 
ou  campagiord,  Français,  Italien  ou  Allemand,  chacun  se 
sentait  citoyen  de  l'Europe,  du  monde.  En  entendant  les 
bruits  divers  qui  s'élevaient  de  toutes  part,  cris  de  la  peur 
et  de  la  colère,  de  la  joie  et  du  désespoir,  pouvions-nous, 
nous  seul,  nous  retirer  ti  l'écart  et  nous  asseoir  tranquille- 
ment pour  rêver  soleil.  Heurs  et  printemps,  art  et  architec- 
ture'.' Qui  de  vous,  lecteurs,  nous  aurait  consacré  une  mi- 
nute de  son  attention?  Qui  aurait  pu  même  nous  entendre 
et  nous  répondre? 
T.  vil. 


Nous  nous  sommes  tu  et  nous  avons  attendu  re  moment 
de  calme  qu'un  rayon  de  soleil  fait  sourire  entre  deux  orages. 
Il  est  Tenu;  hâtons -nous  donc  d'en  profiter;  hilons- 
nous,  tandis  que  nous  avons  encore  les  yeux  et  les  oreilles 
libres. 

Oui,  parlons  art,  parlons  de  cette  noble  langue  qui  glo- 
riGe  tous  les  grands  sentiments  du  cœur,  toutes  les  douces 
émotions  de  l'Ame,  qui  honorent  les  vertus  des  grands  citoyens 
et  les  triomphes  des  grands  peuples  ;  disons  quelle  peut  être 
l'action  heureuse  de  l'art  sur  l'état  industriel,  politique  etso. 
cial  de  notre  chère  patrie;  prions  le  ciel  d'éloigner  d'elle  les 
horreurs  de  la  guerre  civile  et  de  la  guerre  sociale;  prions- 
le  ardemment,  de  toutes  les  énergies  de  l'Ame,  mais  aussi 
mettons  la  main  à  l'œuvre  et  sachons  bien  quelle  est  aujour- 
d'hui la  mission  patriotique  des  artistes  et  des  architectes 
particulièrement. 

Les  architectes  ont  de  grandes  choses  à  accomplir  dans 
ces  temps  de  réforme,  car  toutes  les  institutions  qu'on  voudra 
réaliser  en  faveur  des  classes  les  plus  souffrantes,  institutions 
d'éducation,  de  travail  ou  de  crédit,  améliorations  maté- 
rielles, morales  ou  intellectuelles,  salles  d'asile,  crèches, 
chauffoirs  publics,  lavoirs  et  bains  publics,  logements  éco- 
nomiques, ateliers  de  travail,  colonies  agricoles,  etc.,  etc., 
toutes  ces  institutions,  toutes  ces  améliorations  viennent  dé- 
finitivement aboutir  entre  les  mains  de  l'architecte.  L'archi- 
tecture est  le  grand  instrument  des  réformes  modernes.  Nos 
confrères  le  comprendront.  Ils  se  tiendront  à  la  hauteur  du 
grand  devoir  que  le  siècle  leur  impose. 

Dans  notre  dernier  écrit,  nous  défendions  la  liberté  des 
artistes  {Lettre  à  M.  Vitet,  col.  392),  la  liberté  du  senti- 
ment humain  et  le  droit  d'user  sans  réserve  de  toutes  les 
formes  dont  la  nature  a  composé  l'alphabet  architectonique. 
JNous  pensons  que  la  révolution  de  février  nous  a  donné 
définitivement  gain  de  cause,  qu'elle  a  jugé  la  question  en 
dernier  ressort.  Si  nous  nous  étions  trompé,  si  la  même 
cause  devait  se  plaider  encore  une  fois,  la  Rerue  se  char- 
gerait de  faire  confirmer  le  premier  jugement. 

En  attendant,  nous  avons  à  aborder  des  questions  nou- 
velles. 

Hier,  le  gouvernement  de  la  France  était  monarchique, 
aujourd'hui  nous  avons  une  constitution  républicaine.  Quelle 
influence  re  changement  de  forme  politique  peut-il  exercer 
sur  le  développement  de  l'art  et  le  sort  des  artistes? 

Hier,  le  principe  gouvernemental  était  un  principe  de 
privilège  :  royauté  héréditaire  (privilège  en  faveur  d'une  fa- 
mille) ;  cens  électoral  (privilège  en  faveur  d'une  classe  de 
citoyens),  etc.,  etc.;  et  notre  devise  était  :  Liberté,  Orén 
public.  Aujourd'hui,  le  principe  de  notre  constitution  est  le 
principe  de  l'égalité  des  droits  :  plus  de  chef  héréditaire, 
plus  de  censitaires,  mais  partout  l'élection,  le  sufTrasc  uni- 

39 


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REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


492 


versel,  la  souveraineté  eolleclive,  el  nous  avons  pour  de- 
vise :  Liberté j  Égalité,  Fraternité.  Quelle  action  ce  chan- 
gement de  principe  politique  peut-il  exercer  sur  le  dévelop- 
pement de  l'art  et  le  sort  des  artistes? 

La  Revue  n'est  pas  un  recueil  politique,  et  nous  nous 
Tarderons  de  l'oublier;  mais  comme  la  politique  n'est  autre 
chose  que  la  science  du  gouvernement,  que  les  gouverne- 
ments régissent  les  destinées  des  pays,  et  par  conséquent 
celles  de  l'art,  force  nous  est  bien  d'étudier  l'iniluence  de  la 
forme  politique  sur  l'art,  et  réciproquement,  sous  peine  de 
laisser  une  grande  lacune  dans  la  série  de  nos  études. 

Les  natures  réellement  artistes  jugent  toutes  choses  ins- 
tinctivement du  point  de  vue  de  l'art,  et  chaque  classe  spé- 
ciale d'artistes  apprécie  les  événements  de  la  vie  du  point  de 
vue  de  sa  spécialité.  Le  musicien,  le  peintre,  l'architecte, 
chacun  veut  la  prospérité  de  son  art,  et  chacun  a  mille  fois 
raison  :  raison  au  nom  de  son  intérêt  individuel,  raison  au 
nom  de  la  civilisation,  raison  au  nom  de  la  Raison  elle-même. 

Le  culte  de  l'art,  c'est  le  beau.  Le  but  suprême  de  l'art, 
c'est  la  réalisation  de  plus  en  plus  générale  du  beau  dans 
toutes  les  sphères  de  la  vie,  dans  tout  ce  qui  est  ma- 
tière, sentiment,  pensée  ou  religion.  Les  artistes  ont 
donc  le  droit  et  le  devoir ,  non  -  seulement  en  raison 
de  leurs  intérêts  individuels,  mais  au  point  de  vue  supé- 
rieur du  progrès,  du  perfectionnement  général,  d'appré- 
cier tous  les  événements  d'après  leur  action  favorable  ou 
défavorable  sur  l'art.  Absolument  parlant,  toute  forme  po- 
litique, sociale,  industrielle  ou  religieuse  qui  est  contraire  à 
l'art,  est  par  ce  seul  fait  une  forme  inférieure,  mauvaise, 
immorale;  car  ce  qui  est  contraire  à  l'art  tend  à  développer 
le  laid  dans  le  monde,  et  le  laid  est  aussi  exactement  le 
rayonnement  ténébreux  de  l'erreur  et  du  mal  que  le  beau 
est  la  splendeur  du  vrai  et  du  bien. 

Pour  les  artistes,  le  beau  est  comme  le  guide  des  Hébreux 
dans  le  désert  :  une  colonne  de  feu  au  milieu  des  ténèbres. 
Qu'ils  s'éclairent  donc  à  sa  lumière,  qu'ils  se  chauffent  à  sa 
chaleur. 

D'ailleurs,  ignorer  les  relations  de  la  politique  et  de  l'art, 
c'est  ignorer  l'histoire  des  transformations  de  l'art  dans  ses 
causes  essentielles.  C'est  se  réduire  à  ne  voir  dans  l'art 
qu'une  forme  matérielle,  et  dans  ses  diverses  modifications 
qu'une  succession  de  faits  sans  causes  génératrices. 

Nos  lecteurs,  corps  d'élite  des  artistes  européens,  nous 
pouvons  le  dire,  ne  sauraient  consentir  à  accepter  cette  triste 
situation  intellectuelle,  cette  abdication  du  plus  noble  des 
droits  de  l'esprit,  celui  de  se  rendre  compte  de  la  raison  d'être 
des  choses.  Aujourd'hui  que  toutes  les  légitimités  tradition- 
nelles sont  mises  en  question,  en  art  aussi  bien  qu'en  poli- 
tique et  en  économie  sociale,  il  faut  bien  savoir  à  quelle  école 
d'art  on  appartient,  et  pourquoi  on  y  appartient,  sous  peine 
de  descendre  parmi  ses  confrères  au  rang  du  parfait  soldat, 
c'est-à-dire  d'un  être  qui  ne  s'appartient  plus,  qui  remue  les 
jambes  suivant  le  rhythme  d'un  tambour  et  tue  méthodique- 
ment en  douze  temps  et  au  commandement. 


L'art  manifeste  la  vie  contemporaine,  c'est  évident.  Les 
révolutions  qui  s'accomplissent  en  dehors  et  autour  de  lui 
sont  destinées  à  faire  naître  dans  son  sein  des  agitations 
semblables.  L'art,  se  moulant  sur  la  société,  reproduit  né- 
cessairement tous  les  changements  qui  se  font  en  elle.  An- 
ciennement, la  France  était  féodale  et  profondément  reli- 
gieuse, et  alors,  l'art  aussi  était  religieux  et  féodal;  les  châ- 
teaux forts  et  les  monastères  commandaient  les  campagnes, 
les  tours  des  forteresses  et  les  flèches  des  églises  dominaient 
les  villes.  Quand  le  principe  du  gouvernement,  en  France, 
devint  plus  exclusivement  civil,  aussitôt  l'art  se  fit  laïque; 
les  architectes  construisirent  plus  de  palais  et  d'hôtels  de 
ville  que  d'églises,  les  peintres  et  les  sculpteurs  représen- 
tèrent des  scènes  puisées  plus  souvent  aux  inspirations  de  la  vie 
terrestre  que  dans  les  martyrologes  et  les  légendes  sacrées. 

Avec  les  monarchies,  l'art  a  été  monarchique,  aristocra- 
tique avec  lesaristocraties,  et  bourgeois  avec  les  bourgeoisies; 
avec  la  démocratie  l'art  sera  démocratique. 

Mais  comment?  Sous  quelles  formes?  Par  quels  moyens? 
Qu'est-ce  que  l'art  démocratique? 

Et  qu'est-ce  que  l'art  monarchique,  aristocratique,  laïque, 
religieux?  Et  même  mieux  encore,  quels  sont  les  rapports 
qui  existent  ou  qui  peuvent  exister  entre  l'art  et  toutes  les 
autres  activités  constitutives  des  sociétés? 

A  toutes  ces  questions,  il  est  réellement  bien  temps  de 
répondre.  L'enseignement  officiel  se  tait,  cependant,  et  les 
auteurs  qui  écrivent  librement  sur  l'art,  philosophes,  ama- 
teurs et  journalistes,  tout  comme  les  professeurs  brevetés  du 
gouvernement,  se  bornent,  qui  à  chercher  les  rapports  du 
l'art  avec  les  idées  absolues  du  bien,  du  vrai,  du  juste;  qui 
à  faire  l'anatomie  des  cadavres  de  l'art  défunt,  amoncelant 
des  faits  comme  les  carriers  amoncellent  des  pierres,  sansja- 
mais  faire  entrevoir  le  monument  harmonieux  que  doit  réali- 
ser la  mise  en  œuvre  de  ces  matériaux. 

C'est  même  un  fait  étrange  que  cette  lacune  dans  les  études 
de  l'art,  tellement  étrange ,  que  depuis  trois  mois  nous 
avons  passé  en  revue  plus  de  cent  volumes  sur  l'art  pour 
faire  une  classification  des  méthodes  adoptées  par  les  auteurs, 
et,  il  faut  bien  l'avouer,  parmi  les  nombreux  écrivains  de 
tous  pays  qui  ont  traité  de  l'art,  il  n'en  est  pas,  que  nous 
sachions,  un  seul  qui  ait  formulé  et  abordé  l'examen  de  la 
question  fondamentale,  de  la  première  question  qu'il  faudrait 
régulièrement  se  faire  en  commençant  un  traité  ou  une  his- 
toire, soit  de  l'art  en  général,  soit  de  l'un  quelconque  des 
beaux  arts,  à  savoir  :  De  quoi  se  compose  l'étude  universelle, 
intégrale  de  l'art  ? 

Si  cette  question  avait  été  examinée  par  les  professeurs 
officiels  ou  par  les  écrivains  de  la  presse,  le  public  eût  senti 
quelque  indignation  du  profond  oubli  où  on  a  laissé  tomber 
l'art  depuis  février,  et  les  artistes  auraient  su  défendre  un 
peu  mieux  la  cause  de  l'art  et  leur  propre  intérêt.  Mais  loin 
de  là,  les  artistes  ont  été  les  premiers  à  nier  les  droits  et  la 
juste  inûuence  de  l'art.  L'art  n'a  aucun  rapport,  disaient 
quelques-uns,  avec  la  politique,  avec  l'industrie,  avec  les 


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REVUE  DR  L'ARCHITBCTURE  ET  DES  TRAVAUX  PURLIC8. 


A9i 


questions  de  finance,  etc.,  etc.;  les  artistes  doivent  s'occuper 
exclusivement  de  la  pratique  de  leur  art;  ils  n'ont  que  foire 
des  relations  que  l'art  peut  avoir  avec  les  autres  rouages  du 
mécanisme  social. 

Bizarres  préjugés,  en  vérité,  que  de  croire  que  les  artistes, 
qui  n'ont  pour  mission  que  de  réllécliir  leur  époque,  doivent 
.se  garder  de  l'étude  do  cette  époque,  de  ce  qui  fait  leur  vie  ! 

Aussi  cette  ignorance  suprême  a-l-elle  reçu  son  châtiment  : 
depuis  février,  l'art  a  été  jeté  au  rebut.  Pendantquatremois 
un  grand  poète  s'est  trouvé  h  la  léte  du  pays,  et  pendant  ce 
temps  ce  poëte  s'est  conformé  très  strictement  au  préjugé 
que  nous  flétrissons.  Lui  aussi  avait  jugé  sans  doute  que  l'art 
n'avait  rien  h  faire  dans  la  grande  évolution  nationale  qui 
s'accomplissait.  Le  porte  a  oublié  les  droits  de  la  poésie  ;  il  a 
pu  méconnaître  l'action  énergique  de  l'art  sur  les  passions  hu- 
maines. Pendant  que  les  populations  sans  travail  se  traînaient 
par  les  rues  s'irritant,  s'excitant  par  le  spectacle  de  leur  mi- 
sère commune  et  la  confidence  de  leurs  colères,  cinq  mille 
artistes,  dessinateurs,  musiciens,  architectes,  artistes-dra- 
matiques, etc.,  etc.,  se  courbaient,  humilii's,  dans  les  ate- 
liers nationaux,  pour  un  salaire  de  huit  francs  par  semaine. 

Et  on  n'a  pas  pensé  que  ces  artistes  pouvaient  flatter  le 
sentiment  populaire  par  des  concerts  publics  quotidiens,  par 
des  spectacles  gratuits  largement  organisés;  on  n'a  pas  com- 
pris qu'ils  pouvaient  agir  puissamment  sur  les  passions  de  cette 
foule,  et  faire  dériver  hors  les  voies  de  la  colère  ces  énergies 
déchaînées  pour  les  pousser  au  dévouement,  au  sacrifice, 
au  nom  de  la  grandeur  nationale,  de  la  gloire  et  de  la  patrie. 
On  n'a  pas  pensé  non  plus  que  les  écoles  nationales  de  dessin 
manquent  de  modèles  pour  les  études  ;  que  ces  écoles  ne  sont 
qu'au  nombre  de  cinq,  alors  qu'il  en  faudrait  quinze, 
vingt,  trente,  et  qu'un  jour  on  achètera.  Dieu  sait  à  quel 
prix,  les  modèles  que  les  artistes  eussent  été  si  heureux  de 
taire  au  rabais  ces  mois  derniers. 

Et  ces  dessinateurs,  sculpteurs,  modeleurs,  peintres, 
dont  les  inspirations  et  les  charmantes  compositions  font 
la  gloire  et  le  succès  dn  commerce  français,  on  n'a  pas 
pensé  qu'au  lieu  d'employer  ces  mains  habiles  et  délicates 
à  casser  des  cailloux  pour  les  grandes  routes  ou  à  remuer 
inutilement  la  terre  du  Champ  de  Mars,  on  n'a  pas  pensé 
qu'on  pouvait  leur  demander  des  modèles  pour  nos  fabri- 
ques, qu'on  pouvait  ouvrir  parmi  eux  des  concours  ému- 
latifs  d'où  seraient  sorties  de  ravissantes  créations  qui  au- 
raient battu  monnaie  sur  les  marchés  étrangers  après  avoir 
traversé  nos  manufactures! 

Et  qu'on  dise  encore,  et  que  de  malheureux  artistes  y  ap- 
plaudissent, que  l'art  n"a  rien  à  faire  avec  la  politique,  avec 
le  commerce,  l'industrie  et  les  autres  organes  de  la  société  ! 

L'art  est  calomnié  par  l'ignorance.  Les  artistes  sont  ruinés 
et  discrédités  par  d'absurdes  préjugés.  Il  est  franchement 
temps  de  réagir,  de  tuer  l'ignorance  par  la  science,  de  dis- 
siper les  préjugés  par  l'examen. 

A  défaut  de  l'enseignement  officiel,  à  défaut  des  autres  or- 
ganes de  la  presse  périodique,  la  Revue  ne  faillira  pas  ti  l'appel 


du  devoir.  Dès  l'onverture  du  prochain  volume,  nous  e»- 
quisscrons  le  tableau  général  des  rapports  de  l'art  avec  tout 
ce  qui  lui  est  extérieur,  et  nous  dirons  de  quoi  se  compote  en 
effet  Vélude  univertelle  et  intégrale  de  Part.  Ce  fera  la 
meilleure  réponse  que  nous  pourrons  faire  h  ces  artistes  qui 
entendent  s'enfermer  dans  leur  petit  monde  comme  l'hottre 
dans  sa  coquille,  au  risque  d'y  étouffer,  comme  on  ne  le  voit 
que  trop  depuis  février. 

C£riAk  DALY. 


PANORAMA  D'EGYPTE  ET  DE  NUBIE. 

([)eaxième  et  dernier  article.  Voy.  col.  &17.) 

Denderah  est  un  monument  de  la  décadence  de  l'art  égyp- 
tien. On  arrive  devant  son  beau  portique  en  traversant  un 
bosquet  de  dattiers,  de  doums  et  de  mimosas  h  fleurs  jaunes 
odorantes.  La  façade  du  temple  est  tournée  vers  le  Nil,  et 
une  inscription  grecque,  gravée  sur  le  listel  de  la  corniche, 
apprend  aux  voyageurs  lettrés  que  le  pronaos  (voy.  pi.  h^) 
fut  élevé  par  les  habitants  de  la  métropole  et  de  la  nome, 
qu'il  fut  consacré  à  Ajihrodite,  déesse  très  grande,  et  aux 
dieux  adorés  dans  le  temple,  l'an  21  de  Tibère  César,  poor 
la  conservation  de  l'empereur  Tibère  César,  fils  da  dieu 
Auguste. 

Le  temple,  construit  en  grès,  est  d'une  belle  conserva- 
tion. Commencé  par  CléopAlre  et  son  fils  Césarion,  il  ne 
fut  terminé  que  sous  les  règnes  des  empereurs  romains  Adrien 
et  Anlonin  le  Pieux.  Dans  le  dessin  que  nous  donnons,  le 
temple  est  complètement  dégagé  h  sa  base  de  tout  encombre- 
ment, mais  en  réalité  il  est  è  moitié  enterré  dans  des  dé- 
bris. Les  chapiteaux  du  pronaos,  ornés  sur  chacune  de 
leurs  faces  de  la  tète  souriante  de  la  déesse  Isis,  aux  oreilles 
de  vache,  ont  été  martelés  et  abimés,  probablement  par  l«t 
premiers  chrétiens  ou  bien  par  des  musulmans  iconoclastw. 

Une  partie  du  temple  a  deux  étages  intérieurs.  La  diflé» 
rencc  des  teintes  de  notre  plan  indique  la  disposition  de  OM 
étages. 

Ce  serait  peut-être  le  cas,  h  propos  du  plan  de  Dende- 
rah, de  rappeler  en  quoi  consistait  un  temple  égyptien, 
quelles  étaient  les  salles  obligatoires,  etc.,  mais  nous  avons 


Zi95 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


496 


encore  une  grande  partie  de  l'Egypte  à  voir,  et  la  Nubie  nous 
attend. 

Après  nous  avoir  fait  parcourir  la  basse,  la  moyenne  et 
une  partie  de  la  haute  Egypte,  visitant  Alexandrie,  le  Caire, 
les  Pyramides,  le  Fayoum  ;  interrogeant  une  suite  de  monu- 
ments plus  ou  moins  conservés,  plus  ou  moins  ruinés  j  les 
uns  ensevelis  dans  le  limon  du  INil,  les  autres  à  moitié  re- 
couverts des  sables  du  désert  ;  après  nous  avoir  conduits  dans 
les  nécropoles  souterraines  des  chaînes  libyques,  à  l'ouest, 
des  chaînes  arabiques,  à  l'est;  froissant  tantôt  des  momies 
de  chats  et  de  crocodiles,  tantôt  des  cadavres  humains  im- 
mobiles depuis  trente  siècles,  et  que  les  forces  vivantes  de 
la  nature  essaient  en  vain  d'entraîner  atome  à  atome  dans  le 
mouvement  universel;  après  nous  avoir  fait  courir  rapide- 
ment du  nord  au  sud,  l'œil  toujours  ouvert,  l'index  toujours 
étendu,  franchissant  des  débris  gigantesques  qui  font  rêver, 
de  pauvres  villes  et  des  villages  encore  plus  pauvres  qui  font 
pleurer,  notre  infatigable  cicérone  foule  enfin  du  pied  le  soi 
consacré  où  la  ville  des  dieux  repose  dans  la  majesté  de 
ses  ruines  et  de  ses  souvenirs;  il  nous  conduit  devant  la  mer- 
veilleuse métropole  de  la  plus  ancienne  civilisation  connue  : 
ïhèbes,  l'aieuledeBabylone,  d'Athènes etde  Rome ;Thèbes, 
flambeau  qui  brille  encore  mystérieusement  au  fond  du 
brouillard  dans  lequel  se  plonge  et  se  perd  la  route  par- 
courue par  la  civilisation;  Thèbes,  qui  couvrait  250  kilo- 
mètres carrés  de  terrain,  qui  marque  peut-être  la  première 
halte  des  hommes  en  marche  vers  l'avenir,  et  dont  les  ruines 
excitent  encore  dans  l'àme  une  émotion  et  sur  la  chair  un 
frisson  que  ne  connaîtront  pas  nos  descendants  en  contempla- 
tion devant  les  derniers  vestiges  de  Paris  ou  de  Londres;  car 
les  ruines  de  Thèbes  verront  encore  s'éteindre  et  s'effacer 
les  souvenirs  de  nos  capitales  modernes,  avant  que  le  temps 
ait  pu  renverser  ses  dernières  murailles  et  dévoré  ses  mas- 
sives colonnes. 

A  quelle  époque  précise  remonte  la  fondation  de  Thèbes? 
Nul  ne  le  sait.  Thèbes  seule  est  assez  vieille  pour  raconter 
sa  propre  histoire. 

Des  monuments  qui  comptent  près  de  quatre  mille  ans 
d'âge,  en  s'écroulant,  ont  rendu  à  la  lumière  des  débris 
sculptés  qui  avaient  appartenu  à  des  édifices  plus  anciens. 
Quelles  mains  avaient  élevé  ces  antiques  constructions?  Quels 
étaient  alors  les  mœurs  et  l'état  social  du  pays  d'Egypte? 
Chose  étonnante!  non  seulement  les  précieux  débris  ainsi 
rendus  au  jour  sont  égyptiens,  mais  ils  font  reculer  l'origine 
de  la  civilisation  dans  celte  contrée  à  des  temps  antérieurs 
aux  traditions  historiques.  Les  hiéroglyphes  qu'on  y  voit  sont 
profondément  gravés  dans  la  pierre.  Comme  les  hiéroglyphes 
de  la  grande  pyramide,  ils  prouvent  la  haute  antiquité  de  la 
parole  écrite,  et  le  travail  de  la  sculpture  démontre  les  pro- 
grès industriels  et  artistiques  déjà  accomplis  dans  ces  âges 
lointains. 

Parviendrons-nous  un  jour  à  soulever  davantage  le  voile 
qui  nous  dérobe  encore  les  mystérieuses  origines  de  ces 
antiquités?  La  plupart  des  savants  en  désespèrent,  comme 


on  désespérait  aussi,  il  y  a  peu  d'années  encore,  de  déchif- 
frer jamais  l'écriture  sacrée  des  Egyptiens,  comme  aujour- 
d'hui on  proclame  l'impossibilité  de  découvrir  jamais  le  sens 
caché  des  hiéroglyphes  qui  décorent  les  monuments  des  abo- 
rigènes de  l'Amérique  centrale. 

Quant  à  nous,  nous  ne  saurions  nous  courber  sans  résis- 
tance devant  cette  déclaration  d'impuissance;  nous  ne  sau- 
rions nous  résigner  à  croire  que  la  page  usée,  effacée  et 
maculée  qui  figure  en  tète  des  annales  de  l'humanité,  ne  sera 
jamais  déchiffrée  ;  que  l'histoire  ressemblera  toujours  à  un 
labyrinthe  dont  on  chercherait  en  vain  l'entrée  et  la  sortie. 

Chaque  terre  d'alluvion  est  pleine  des  secrets  du  passé  ; 
chaque  monument,  chaque  ruine  a  une  longue  histoire  à  ra- 
conter, et  nous  avons  des  générations  et  des  siècles  devant 
nous  pour  chercher,  interroger  et  écouter. 

Thèbes  est  située  sur  les  deux  rives  du  Nil,  à  131  lieues 
du  Caire  et  à  172  d'Alexandrie,  en  comptant  les  sinuosités 
du  fleuve.  Elle  est  assise  au  milieu  d'une  vallée  merveilleu- 
sement fertile,  entre  la  Méditerranée,  la  mer  Piouge  et  la 
Nubie,  avec  un  ciel  toujours  pur  et  un  climat  admirable.  Elle 
fut  le  foyer  du  luxe,  des  sciences  et  des  arts  de  l'ancien 
monde,  et  elle  excita  la  convoitise  de  tous  les  conquérants 
barbares  qui  pouvaient  l'atteindre. 

Mais  la  haine  passagère  de  ses  envahisseurs  n'eût  pas 
suffi  pour  bouleverser  Thèbes.  A  l'action  patiente  et  infati- 
gable du  temps,  aux  violences  des  hommes,  aux  attaques  pé- 
riodiques et  séculaires  du  Nil,  il  fallut  le  secours  d'une  de  se.s 
effroyables  convulsions  de  la  nature  devant  lesquelles  toute 
autre  force  est  faiblesse.  11  fallut  que  la  terre  tremblât,  qu'elle 
s'entr'ouvrît  pour  faire  écrouler  les  temples  géants  de  la  ville 
sacrée. 

Thèbes  dut  sa  grandeur  à  la  religion  ;  elle  fut  l'œuvre  de 
l'esprit  hiératique,  et  aussi  longtemps  que  le  sceptre  sacer- 
dotal régit  l'Egypte  sans  contrôle,  Thèbes  en  fut  probable- 
ment l'unique  métropole.  Plus  tard,  le  siège  de  l'autorité 
royale  fut  établi  à  Memphis. 

A  quelle  époque  Memphis  devint-elle  la  ville  capitale  de 
l'Egypte?  A  la  suite  de  quelle  révolution  radicale  le  foyer 
de  la  nation,  le  siège  de  l'administration  fut-il  transporté  du 
midi  au  nord? 

Cette  question  ne  saurait  être  résolue  par  l'unique  secours 
de  la  tradition.  Il  faudrait  ajouter  d'autres  lumières  à  celles- 
làj  et  au  risque  de  surprendre  les  historiens,  nous  n'hési- 
tons pas  à  affirmer  qu'on  trouverait  ces  nouvelles  lumières 
dans  l'histoire  philosophique  de  l'architecture. 

On  pourra  sourire  de  cette  prétention  d'éclairer  une  ques- 
tion d'histoire  politique  par  des  observations  déduites  de  la 
théorie  de  l'architecture.  Notre  prétention  n'est  rien  moins 
qu'exorbitante  cependant.  Si  l'architecture  est  le  résultat 
de  l'état  industriel,  moral,  intellectuel  et  religieux  d'un 
peuple,  quoi  d'étonnant  de  remonter  de  l'architecture,  qui 
est  un  fait,  aux  causes  qui  l'ont  produite?  Les  rapports  né- 
cessaires d'une  société  avec  son  architecture  constituent  une 
question  qui  appartient  à  la  philosophie  de  l'architecture,  et 


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REVUE  DE  LAUCHITECTIKE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


406 


la  manifestation  ù  tous  les  ftges  et  dans  tous  les  [lojs,  de 
cette  corrélation  est  un  fait  qu'il  appartient  à  l'Iiistoire  phi- 
losophique de  l'archilecture  d'étudier  et  de  faire  comprendre. 

Ce  n'est  pas  au  hasard,  comme  on  l'a  dit  fort  souvent,  que 
les  villes  se  forment,  mais  bien  sous  l'influence  de  nécessités 
locales  combinées  avec  des  nécessités  et  des  puissances  so- 
ciales. 

Tantôt  ce  sont  les  besoinsde  la  défense  qui  ont  déterminé 
l'assiette  et  les  dispositions  arcliitectoniques  des  villes;  tan- 
tôt ce  sont  les  nécessités  de  l'industrie  et  du  commerce  qui 
ont  exercé  l'influence  prépondérante. 

Les  villes  les  plus  heureusement  situées  pour  permettre  un 
développement  conforme  aux  besoins  d'une  administration 
suprême  et  à  toutes  les  nécessités  qui  s'ensuivent,  nécessités 
de  défense,  de  rayonnement,  de  relations  commerciales  et 
industrielles,  etc.,  ces  villes  deviennent  les  villes  métro- 
poles. 

Mais  puisque  Thèbes  fut  pendant  longtemps  la  métropole 
de  l'Egypte,  Thèbes  dut  satisfaire  à  toutes  les  nécessités  d'une 
administration  suprême.  Comment  se  fait-il  cependant  que 
Thèbes  ait  dô  ensuite  se  courber  devant  Memphis.'  Quelle 
force  invisible  mobilisait  ainsi  le  siège  de  l'autorité  de  l'im- 
mobile Egypte,  le  poussant  vers  la  Méditerranée  comme  les 
eaux  du  Nil? 

La  môme  question  se  reproduit  ù  propos  do  Rome.  Pour- 
quoi Constantin  abandonna-t-il  Rome  pour  fonder  une  nou- 
velle métropole  à  Ryzance? 

La  même  question  se  reproduit  encore  dans  l'histoire  russe. 
Pourquoi  Pierre  le  Grand  fonda-t-il  une  nouvelle  métropole 
à  Saint-Pétersbourg,  au  préjudice  de  Moscou,  l'ancienne  ca- 
pitale de  son  royaume  ? 

La  fondation  d'une  ville,  fut-ce  celle  d'une  ville  capitale, 
est  une  question  qui  appartient  à  l'architecture,  autant  et  au 
même  titre  que  la  construction  du  moindre  édifice  public. 
Ces  deux  constructions,  la  ville  et  l'édifice,  sont  des  problè- 
mes d'architecture  qui  ne  diffèrent  que  par  leurs  proportions 
et  par  le  plus  ou  moinsgrand  nombre  de  conditions  qu'ils  em- 
brassent. Certaines  villes  ont  été  fondées  d'un  jet  ;  d'autres 
se  sont  développées  sous  l'influence  de  besoins  que  le  temps 
et  les  circonstances  ont  fuit  naître  successivement.  Il  en  a 
été  de  môme  de  beaucoup  d'édifices  publics. 

Nous  supprimons  ici  une  >ingtaine  de  feuillets  de  notre 
manuscrit,  que  nous  avions  consacrés  îi  envisager  l'architec- 
ture comme  instrument  de  politique  générale,  et  nous  reve- 
nons à  Thèbes.  Dans  un  autre  moment  nous  dirons  ce  que 
nous  taisons  aujourd'hui. 

Le  Nil  roule  ses  eaux  fécondantes  au  travers  de  l'ancienne 
métropole  égyptienne,  comme  aujourd'hui  la  Seine  traverse 
Paris,  comme  la  Tamise  coule  pnr  le  milieu  de  Londres  et 
la  Neva  par  le  milieu  de  Saint-Pétersbourg. 

Comme  Paris,  Thèbes  avait  sa  ville  de  la  rive  droite  et  sa 
ville  de  la  rive  gauche. 

Paris  est  le  foyer  de  la  civilisation  moderne;  sa  rive  droite 


appartient  au  luxe,  sa  rive  gauchci  la  sctenee.  Thèbes  fut  la 
ville  des  dieux  et  de  la  mort,  c'est-à-dire  la  ville  de  la  reli- 
(jion  :  sa  rive  droite,  à  l'est,  au  «oleil  levant,  fut  la  ville 
des  dieux  ;  sa  rive  gauche,  i  l'ouest,  aa  soleil  couchant,  la 
ville  des  morlt.  Là,  des  temples,  des  temples  et  encore  des 
temples,  immenses,  gigantesques,  surhumains;  ici,  des  hy- 
pogées, des  sépulcres,  des  tombeaux.  D'un  cdié  se  grou- 
paient les  prêtres,  de  l'autre  les  embaumeurs.  La  vie  de 
l'antique  Egypte  était  tout  entière  symbolisée  dans  son  foyer 
matériel,  Thèbes. 

Que  reste-t-il  de  Thèbes  ?  Qu'on  se  figure  des  débris  de 
portes  triomphales,  d'avenues  de  sphinx  s'éteodant  parfois 
jusqu'à  une  demi-lieue  de  longueur;  des  ruines  de  pylônes, 
de  temples,  de  galeries,  de  bassins,  d'obélisques,  de  colosses; 
tout  cela  énorme,  immense,  gigantesque,  taillé  dans  le  grès 
et  le  granit  et  peint  des  plus  éclatantes  couleurs.  Qu'on 
s'imagine  le  tableau  de  cet  immensité,  debout,  croulant, 
renversée,  toujours  majestueuse,  toujours  sublime. 

Des  ossements,  d'une  architecture  antédiluvienne,  répan- 
dus sur  un  sol  qui  garde  peut-être  le  secret  des  premiers  ef- 
forts  de  la  civilisation  humaine,  voilà  aujourd'hui  la  Thèbes 
d'Osiris  et  d'Isis. 

11  y  avait  aussi  des  temples  sur  la  rive  ouest  du  Nil.  Le.< 
figures  colossales  d'Amenophe  III,  représentées p/.  35,  et  qui 
ont  !20  mètres  de  hauteur,  précédaient  un  temple  aujourd'hui 
détruit,  et  construit  par  Amenophe  III  il  y  a  aujourd'hui  en- 
viron 3500  années. 

Ce  fut  une  de  ces  figures^  celle  du  deuxième  plan  de  notre 
dessin,  qui  rendait  autrefois  des  sons  semblables  à  ceux  de 
la  corde  d'une  harpe.  Soixante-douze  inscriptions,  tant  grec- 
ques que  latines,  gravées  sur  les  jambes  et  sur  le  socle  du 
colosse,  confirment  ce  fait  singulier.  Ces  statues,  malgré 
leur  état  de  dégradation,  impressionnent  encore  vivement 
les  spectateurs  par  leur  grandeur,  leurs  lignes  majestueuses 
et  la  régularité  de  leurs  proportions. 

La;)/.  36  représente  deux  vues  de  la  rive  droite  de  Thè- 
bes, de  la  rive  des  prêtres  et  des  dieux.  Ce  sont  des  vue»  de 
Thèbes  ressuscitée,  des  restaurations  telles  que  leur  auteur, 
M.  Horeau,  a  pu  se  les  imaginer  après  l'étude  faite  sur  place 
de  ce  qui  nous  reste  de  ces  anciennes  constructions.  L'une 
représente  le  temple  de  Luxor,  l'autre  les  monuments  de 
karnac.  On  appréciera  mieux  ces  restaurations  lorsqu'on  aura 
examiné  attentivement  les  dessins  que  nous  avons  donnée 
p/.  32,33;  IcplandeRarnacpJ.  ^2,  et  le  plan  de  Luxor  qu'on 
trouve  plus  bas  (1). 

Dans  les  restaurations  de  Luxor  et  de  karnac,  on  toit  de 


(I)  La  pi.  36  dooDC  le  dMtin  d'un  anaewi  ég^pUra,  eo  verre  4e  CMiiew, 
rf  préscDUnt  uo  œil,  une  goutte  de  wag  et  uoe  langue.  t.a  gonile  de  Mog  e»l 
CD  vrrre  rouge.  Ce  petit  bijou  est  nu  curieux  eiemple  du  symboliMneénptiea. 
On  suppose  que  l'anneau  tymboliae  la  vie.  En  effet,  la  langoe,  orfaoc  4e  la 
parole,  peut  symiMiiser  la  vie  artite  ;  la  goatie  de  sang,  srmboic  4e  la  tcwa- 
tion,  peut  représenter  la  vie  paMire,  et  lœil,  lorinM  4e  la  t»e,  p(«l  »j«i- 
boliser  la  rie  mixte,  aclire  et  patsire. 


hQQ 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PURLICS. 


500 


grands  mâts  avec  des  banderoles,  fixés  contre  les  faces  des 
pylônes.  Il  existe,  en  effet,  contre  les  pylônes  de  beaucoup 
de  monuments  égyptiens,  des  échancrures  et  des  colliers  en 
pierre  disposés  comme  pour  recevoir  des  mâts  ;  mais  cet 
usage,  si  original  et  si  élégant,  de  décorer  le  frontispice  des 
monuments  au  moyen  de  grands  mâts  à  banderoles,  est 
établi  d'une  manière  incontestable  par  le  dessin  que  nous 
donnons  ci-dessous,  et  qui  estropié  d'après  un  bas-relief  d'un 
pylône  dans  la  cour  du  temple  de  Khoiis  (à  Karnac,  pi.  32). 
Chaque  mût  porte  trois  banderoles,  bleu,  jaune  et  rouge. 


Nous  ne  décrirons  pas  les  monuments  de  Thèbes,  les 
temples  qui  étaient  Ie,s  palais  des  dieux;  les  palais  qui  étaient 
les  temples  des  rois;  les  tombeaux,  tout  à  la  fois  temples  et 
palais  de  la  mort;  mais  nous  passerons  immédiatement  sur  la 
rive  droite  du  Nil  pour  parcourir  les  ruines  prodigieuses  de 
Karnac.  L'inspection  du  plan  général  de  Karnac  {pi.  42) 
fera  comprendre  la  disposition  des  lieux. 

A,  indique  une  avenue  de  sphinx,  qui  conduisait  aux  portes 
du  mur  en  briques  qui  enfermait  le  terrain  sacré.  B,  cour 
avec  des  galeries  latérales  précédées  de  pylônes  à  mâts.  Au 
milieu  de  cette  cour,  il  y  avait  autrefois  une  avenue  de  co- 
lonnes, dont  l'emplacement  est  indiqué  dans  le  plan;  au- 
jourd'hui une  seule  de  ces  colonnes  reste  encore  debout.  C, 
temple  dédié  à  Ammon-Rha,  le  premier  personnage  de  la 
triade  thébaine,  formée  de  l'homme,  de  la  femme  et  de 
l'enfant  (1). 

Ce  petit  temple  se  compose  de  pylônes,  d'une  cour  à  pi- 
liers, de  figures  pharaoniques,  d'un  pronaos  et  d'un  sanc- 
tuaire. 

C'est  à  travers  des  blocs  colossaux  et  les  décombres  des 


(1)  Ammon-Rha,  principe  mâle,  père  des  Dieux. 
Moulhe,  mère  et  principe  réminia. 

Khons,  le  fils  d'Ammou-Rha  et  de  Mouthe,  produit  desd«HX  principes,  Ces 
trois  divinités  étaient  réunies  en  unité. 


pylônes  écroulés  qu'on  parvient  jusqu'à  la  grande  salie 
liypostyle  (salle  soutenue  par  des  colonnes),  qui  est  une  des 
gloires  de  l'Egypte.  Ce  fut  dans  la  salle  hypostyle  de  Karnac 
que  se  réunissaient  peut-être  autrefois  les  gouverneurs  des 
provinces.  Elle  est  une  des  œuvres  les  plus  étonnantes  que 
les  arts  aient  créées.  C'est  un  travail  de  géants  et  d'artistes, 
une  création  de  force,  de  grandeur,  de  majesté  et  de  goût. 
Les  colonnes  sont  au  nombre  de  cent  trente-six;  et  de  même 
que  les  murs  et  les  plafonds,  elles  sont  couvertes  d'hiérogly- 
phes et  de  figures  colossales,  peintes  des  plus  éclatantes 
couleurs  (voyez  les  pi.  32  et  37).  Cette  salle  extraordinaire 
fut  bâtie  1380  années  avant  notre  ère,  c'est-à-dire  il  y  a 
3228  ans,  par  Menephtah  I"  (Ousirei)  et  continuée  par  ses 
fils  Rhamsès  II  et  111. 

Aujourd'hui  la  désolation  et  la  ruine  habitent  Karnac, 
et  les  colonnes  de  sa  grande  salle  hypostile  portent  les 
marques  de  la  violence  des  hommes  et  de  la  nature.  (V  oyez 
l'état  actuel  de  cette  salle,  vol.  5,  col.  41  ;  voyez  dans  ce 
roL  7"  les  pi.  32  et  37.) 

Après  la  salle  hypostyle,  on  franchit  une  première  cour 
transversale,  et  on  parvient  à  une  seconde  cour  transversale 
à  travers  les  débris  d'un  pylône.  C'est  dans  cette  seconde 
cour  transversale,  en  avant  du  pylône  écroulé,  que  se  dresse 
encore  le  plus  grand  obélisque  connu.  Il  a  30  mètres  de 
hauteur.  Autrefois  ils  étaient  deux,  l'un  de  chaque  côté  de 
l'entrée  de  la  cour. 

Au  sortir  de  cette  deuxième  cour  transversale,  on  se  trouve 
dans  la  grande  cour  D,  et  on  a  immédiatement  devant  soi 
les  appartements  de  granit  ou  les  chambres  sacrées,  au  centre 
desquels  est  un  sanctuaire  monolithe  d'une  richesse  d'orne- 
mentation réellement  surprenante. 

Au-delà  des  appartements  de  granit,  en  traversant  la  cour, 
on  arrive  à  une  grande  salle  hypostyle  qui  s'annonce  par  deux 
obélisques,  et  qui  précède  le  palais  dit  de  Mœris. 

En  dehors  du  monument  principal  et  dans  les  limites  de 
l'enceinte  sacrée  de  Karnac,  on  trouve  plusieurs  autres  con- 
structions importantes.  Il  s'en  rencontre  aussi  immédiatement 
en  dehors  de  l'enceinte. 

On  a  dégagé  des  galeries  et  des  piliers  osiriatiques  à  l'en- 
droit marqué  E.  F  est  une  porte  qui  se  reliait  au  mur  d'en- 
ceinte. G.  est  une  autre  enceinte,  avec  quatre  propylones, 
renfermant  des  ruines.  I  indique  des  ruines  qu'on  suppose 
avoir  été  un  palais  d'Amenophe  III.  Ces  ruines  sont  précé- 
dées des  vestiges  d'une  avenue  de  sphinx  à  tête  humaine. 
Il  n'en  reste  guère  que  les  piédestaux.  L'avenue  se  dirigeait 
au  nord-est. 

J.  Décombres  et  ruines  d'un  palais.  —  K.  A  droite  et  à 
gauche  de  l'entrée  latérale  nord-est  de  la  grande  salle  hy- 
postyle, des  bas-reliefs  colossaux  représentent  Menephtah  P"" 
sur  son  char,  poursuivant  des  ennemis  plus  petits  que  lui.  Le 
roi  tranche  la  tète  à  un  chef  qu'il  a  saisi  dans  son  arc  ;  puis 
il  revient  vers  le  Nil  désigné  par  des  crocodiles  et  traversé 
par  un  pont,  et  il  rentre  en  triomphe  dans  sa  patrie. 

L.  Ruines  d'un  petit  temple.  —  M.  Autre  grand  bas- 


&0i 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


M2 


relief  sur  la  face  opposée,  extérieure,  de  la  (;ran(lc  salle  hypo- 
style,  représentant  divers  peuples  vaincus  par  Sesonchis, 
parmi  lesquels  la  personnilicalion  de  Juda.  (970  avant  J.C.) 

N,  O,  P,  Q.  Quatre  cours  précédées  de  quatre  pylônes, 
tous  accompagnés  de  figures  monolithes  colossales  en  granitt 
en  grès  ou  en  calcaire.  Ce  sonlUhamsè»  111  et  IV,  Ameno- 
phe  lI,Toutltniès  let  n,etMenephtali  I.  —  U.ii.uincs  d'un 
propylone  en  granit,  d'une  galerie  et  d'uni;  salle  hypostyle. 

S,  indique  les  ruines  d'un  temple  dédié  à  Khons,  troisième 
personnage  de  la  triade  tliébaine.  Ce  tem|de  se  compose 
d'un  sanctuaire,  d'un  pronaos  liyposlilc  éclairé  par  des  jours 
évidés  dans  lu  pierre,  et  dont  le  plafond  est  complètement 
effondré.  (Voyez  pi.  33.)  Le  pronaos  est  précédé  d'une 
belle  cour  à  doubles  galeries.  C'est  du  temple  de  Khons 
que  provient  le  bas-relief  reproduit  col.  /t99. 

Du  temple  de  Khons  partait  la  grande  avenue  de  sphinx 
qui  allait  joindre  le  temple  de  Luxor,  situé  à  un  peu  plus 
d'une  demi- lieue  au  sud,  sur  les  bords  de  la  rivière.  Ces 
sphinx,  à  corps  de  lion  et  à  léte  de  bélier  (symbole  de  la 
force),  étaient  au  nombre  de  600  environ.  On  ne  trouve 
plus  aujourd'hui  aucun  sphinx  dans  toute  la  longueur  de  l'a- 
venue, mais  une  lignede  terrain  nivelé,  bordé  de  deux  lignes 
de  monticules  égaux,  ne  laisse  aucun  doute  sur  l'existence 
de  cette  avenue  qui  devenait  peut-être  un  canal  pendant  la 
crue  du  Nil. 

T.  Temple  de  Vénus  Athor,  déesse  de  ce  feu  générateur 
qu'on  a  adoré  plus  ou  moins  de  tout  temps  et  en  tout  lieu. 
—  U.  Avenue  de  sphinx  à  tôle  de  bélier.  Il  conduit  à  un 
mur  d'enceinte,  en  briques  crues,  dont  on  ne  voit  plus  que 
des  traces. 

Le  temple  en  facede  l'entrée,  U,  est  entouré  d'une  deuxième 
enceinte.  Il  est  dédié  à  Mouth,  deuxième  personnage  de  la 
divinité  thébaine.  Entre  les  deux  enceintes  se  voient  les  ves- 
tiges d'un  bassin  sacré. 

X  indique  le  point  de  jonction  de  trois  avenues  de  sphinx  : 
celle  conduisant  au  temple  de  Khons,  dans  l'enceinte  de 
Karnac;  celle  conduisant  au  temple  de  Alouth  (U),  et  celle 
conduisant  à  Luxor. 

Le  temple  de  Luxor,  dont  nous  donnons  le  plan  ci-des- 
sous, ne  fut  pas  construit  d'un  jet.  Amenophe  III,  le  Pha- 
raon de  la  statue  dite  de  Memnon  [pi.  35),  lit  bAtir  les  py- 
lônes, les  galeries  et  le  fond  de  la  cour  D,  ainsi  qu'une  partie 
de  la  grande  galerie  qui  relie  les  deux  pylônes,  2050  ans 
avant  J.-C,  c'est-à-dire  il  y  a  3898  «lis.  La  cour  B  et  le 
pylône  d'entrée  furent  construits  poitéricurenientpar  Rham- 
sès  II.  Le  grand  Sésoslris,  Rhamsès  III,  décora  ce  pylône, 
et  quelques  Ptolémécs  firent  des  additions  au  monument. 

L'axe  du  plan  présente  une  déviation  j  elle  correspond 
aux  additions  faites  postérieurement  à  la  fondation  du  temple 
et  fut  causée  par  la  nécessité  d'éviter  l'action  du  Nil. 

Â,  indique  l'extrémité  de  l'avenue  des  sphinx  qui  rattache 
Luxor  à  Kurnac.  En  avant  des  pylônes,  il  y  a  quatre  colosses; 
puis,  plus  avant  encore,  il  y  avait  autrefois  deux  obélisques  ; 
il  n'y  en  a  plus  qu'uu.  L'autre  obéli.squc,  celui  du  cdté  droit, 


se  dresse,  depuis  1836,  sur  la  place  de  la  Concorde,  k  Paris. 
Heureusement  les  Anglais  n'ont  pas  profité  de  l'autorisalion 
que  leur  avait  donnée  le  vieux  Méhémet-Ali,  d'emporter  l'o- 
bélisque qui  est  encore  en  place. 

Les  surfaces  de  l'obélisque  de  la  place  de  la  Concorde  pe 
sont  pas  planes,  comme  on  le  pense  généralement,  mais  i 
double  courbure.  Les  arêtes  sont  courbes  et  non  pas  droites. 
et  les  angles,  au  lieu  d'être  droits,  sont  obtas,  avec  les  cAte« 
courbes.  Une  autre  particularité  à  remarquer,  c'est  que  le» 
hiéroglyphes,  dans  le  voisinage  des  arêtes,  sont  moins  pn>- 
fondément  creusés  que  les  autres,  sans  doute  ponr  pe  pw 
affaiblir  la  pierre  dans  les  endroits  les  plus  exposés. 

L'obélisque  parisien  pèse  229,500  kilogr.  Sar  de«i  dr 
ses  côtés,  la  base  mesure  2  m.  ft&  ;  les  deui  autres  cAlés  ne 
mesurent  que  2  m.  k'i.  La  section  horizontale  à  la  base  du 
pyramidion  donne  1  m.  58  et  1  m.  50  pour  mesures  dCi 
côtés. 

Si  les  ruines  de  Karnac  et  de  Laior  avec  leurs  obélisques 


503 


BEVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


50A 


et  leurs  colosses  brisés,  renversés  ou  enlevés,  nous  impres- 
sionnent encore  si  vivement,  nous  qui  n'y  attachons  qu'une 
valeur  d'art  et  de  souvenir,  combien  devait  être  puissante 
leur  action  sur  ceux  qui  y  trouvaient  exprimés  la  gloire  de 
leur  pays,  la  puissance  de  l'art,  de  la  science  et  de  l'indus- 
trie nationale,  les  symboles  vénérés  de  leurs  plus  saintes 
croyances? 

En  faisant  ce  rapprochement,  on  se  sent  pris  du  besoin  de 
faire  pénétrer  encore  une  fois  la  vie  et  l'ordre  dans  toutes  ces 
ruines;  et  nous  regardons  avec  plaisir  les  efforts  tentés  par 
M.  Horeau  de  restaurer  ces  temples  et  ces  palais  avec  leurs 
avenues  de  sphinx  et  leurs  mâts  à  banderoles  flottant  dans 
les  airs;  nous  aimons  à  voir  les  maisons  des  hommes  grou- 
pées ou  pied  des  palais  des  Pharaons  et  des  temples  des 
dieux. 

Les  pharaons,  pour  faire  accréditer  leur  origine  divine, 
devaient  montrer  aux  peuples  des  ouvrages  surhumains,  des 
ouvrages  dignes  des  dieux.  Et  vraiment,  dans  ces  temps 
reculés,  réduits  à  leurs  seules  ressources,  eùt-il  été  possible 
de  les  surpasser  en  audace  et  en  grandeur? 

Notre  pi.  37  présente  un  parallèle  des  principales  va- 
riantes de  ce  qu'on  peut  appeler  les  ordres  égyptiens.  Cette 
planche  montre  une  progression  très  régulière  de  ces  ordres 
depuis  les  formes  les  plus  simples,  jusqu'aux  formes  les  plus 
riches. 

Le  n°  1  est  un  pilier  carré  coiffé  d'un  dais,  et  à  côté  se 
voit  un  pilier  carré  sans  couronnement,  mais  orné  dans  sa 
partie  supérieure  de  fleurs  de  lotus.  Au  n»  3,  le  pilier  carré 
à  chapiteau  a  atteint  un  plus  grand  degré  de  raffinement.  Le 
n"  2  montre  un  pilier  à  huit  pans;  c'est  une  transition  entre 
le  pilier  carré  et  le  fût  à  plan  circulaire.  Le  couronnement 
de  ce  pilier  et  l'entablement  méritent  l'attention  des  artistes. 
Il  y  a  une  grande  analogie  entre  cette  variété  égyptienne  et 
l'ordre  dorique.  (Voy.Beni-Hassan,;)/.  13.)  Le  n°  i  montre 
une  colonne  dont  les  épannelurcs  sont  plus  nombreuses  que 
dans  l'exemple  précédent.  Le  fût  du  n°  5  est  devenu  même 
cylindrique,  et  le  n'  6  nous  offre  des  cannelures  à  section 
angulaire.  Parfois  aussi  le  fût  des  colonnes  égyptiennes  re- 
présente des  groupes  de  tiges  de  lotus  avec  des  rubans  et 
des  légendes;  mais  dès  ce  moment,  on  entre  dans  le  monde 
du  caprice,  région  peu  connue  des  véritables  artistes  de  l'an- 
cienne Egypte. 

Aux  chapiteaux  purement  géométriques  succédèrent  les 
chapiteaux  ornés  d'emprunts  faits  au  règne  végétal  indi- 
gène, le  bouton  de  lotus  et  le  lotus  épanouis,  comme  dans 
les  salles  hyposlvles  de  Karnac  et  du  Rhamesseion.  Du  cha- 
piteau à  feuilles  renversées  (n»  5),  on  ne  connaît  qu'un  seul 
exemple,  celui  des  appartementsdu  palais  de  Mœris,  à  Karnac. 
On  compléterait  cette  liste  en  signalant  les  chapiteaux 
ornés  de  têtes  de  ïiphon  et  d'Isis,  comme  à  Denderah,  à 
Esné,  etc.,  et  ceux  à  feuilles  de  palmier  et  à  feuilles  diverses 
groupées  ensemble;  mais  toutes  ces  variétés  recherchées 
n'appartiennent  guère  qu'aux  époques  de  décadence,  aux 
époques  des  Grecs  et  des  Romains. 


Ce  qui  ajoute  beaucoup  aux  plaisirs  du  voyageur,  c'est  le 
contraste,  la  variété,  le  passage  instantané  et  si  fréquent 
des  grands  souvenirs  du  passé  aux  réalités  du  présent. 
Nous  serions  heureux  de  rompre  de  même  la  monotonie 
de  nos  descriptions  et  de  nos  commentaires.  Nous  ferions 
volontiers  sortir  nos  lecteurs  de  ces  ruines,  de  cette  mort, 
de  cette  majesté  si  sombre  dans  sa  grandeur,  dans  sa  durée 
et  jusque  dans  son  éclat.  Mais,  parvenu  au  point  où 
nous  en  sommes,  laissant  Thèbes  derrière  nous,  et  nous 
avançant  rapidement  au  travers  de  la  haute  Egypte,  vers 
la  première  cataracte  et  la  terre  de  Nubie,  l'architecture 
féerique  des  Arabes  n'est  plus  guère  représentée  que  par 
les  misérables  huttes  des  fellahs.  Notre  confrère,  M.  lloreau, 
cherchait  dans  l'étude  des  usages  et  des  coutumes  des 
habitants  actuels  de  l'Egypte  ce  contre-poids  que  nous  ne 
pouvons  offrir  à  nos  lecteurs.  M.  Horeau  rencontrait  con- 
stamment le  présent  à  côté  du  passé,  la  vie  arabe  auprès 
des  souvenirs  égyptiens,  se  servant  réciproquement  de  re- 
poussoir et  de  variante.  A  défaut  de  monuments  arabes,  il 
avait  encore  l'existence  arabe,  et  il  raconte  en  fort  bons 
termes  une  soirée  passée  chez  le  gouverneur  d'Esné,  homme 
aimable  et  hospitalier  envers  les  voyageurs  européens,  à  qui 
il  offre  tous  les  agréments  de  son  séjour,  dîner  en  plein  air, 
café,  pipes,  et  le  soir  spectacle  d'Aimées. 


«Ces  Aimées,  dit  notre  voyageur,  vives,  joyeuses,  dansent 
à  la  lueur  des  flammes  de  bois  résineux,  entourées  de  musi- 
ciens et  de  chanteurs  qui  les  excitent  par  une  musique 
bruyante,  chantée  à  l'unisson,  avec  accompagnement  de 
claquements  de  mains,  tandis  qu'elles-mêmes  jettent  sans 
cesse  aux  spectateurs  de  plaisantes  paroles  improvisées. 


50*i 


IlEVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


506 


«  Ces  naïves  filles  de  la  nature,  aux  vêtements  transpa- 
rents, ne  voilent  point  leurs  émotions;  ce  qu'elles  éprouvent 
elles  l'expriment  et  le  font  éprouver  au  spectateur.  Vraies 
bacchantes  antiques,  ces  sylphides  d'Orient  réalisent,  chez 
les  Musulmans,  les  rêves  d'amour  avec  les  divines  Houris 
promises  par  Mahomet.  11  semble  qu'elles  n'ont  que  le 
souffle  d'un  moment  à  dépenser  sur  la  terre.  Cependant  lo 
Turc,  blasé  par  l'iiabitude,  reste  froid  et  grave  devant  leurs 
poses  lascives  et  leurs  gestes  passionnés. 

I)  Ces  sortes  de  fêtes  se  prolongent  fort  avant  dans  la  nuit. 
De  temps  en  temps  on  tire  des  coups  de  pistolet  ou  de  fusil, 
sans  doute  pour  réveiller  l'assemblée,  qui  sans  cela  pour- 
rait s'endormir.  Dans  la  danse  représentée  ici,  l'une  des 
Aimées,  ayant  sur  la  tête  un  vase  rempli  d'eau,  se  défend 
en  badinant,  avec  un  sabre,  contre  ses  adorateurs.  » 

Nous  ne  nous  arrêterons  pas  à  signaler  d'autres  vestiges 
de  l'antique  Egypte,  avant  d'avoir  atteint  l'île  sacrée  de  Phi- 
lœ,  jadis  un  des  centres  du  culte  d'Osiris  et  d'Isis,  et, 
comme  tel,  impénétrable  à  tout  autre  qu'aux  membres  de  la 
caste  sacerdotale, 

La  PI.  43  donne  le  plan  et  la  coupe  du  grand  temple  de 
Philœ  ;  la  PI.  35  montre  l'entrée  de  l'île  du  côté  de  l'est; 
et  la  PI.  .38  donne  l'aspect  général  de  l'île  et  de  toutes  ses 
ruines,  vu  en  regardant  vers  le  nord. 

Dans  le  plan  (PI.  43),  A  indique  le  vestige  d'un  petit 
temple  de  Vénus  Athor;  B,  les  ruines  d'un  autre  petit 
temple  ;  C,  la  grande  cour  à  galeries  précédant  l'entrée  du 
grand  temple  et  un  escalier  descendant  au  Nil. 

D,  est  un  ancien  propylone  dédié  à  Isis,  et  qui  prouve 
qu'il  y  avait  sur  cet  emplacement  un  temple  plus  ancien  que 
le  temple  actuel.  A  droite,  en  entrant  sous  la  grande 
porte  du  milieu  du  pylône  on  voit  une  inscription  tracée  par 
nos  soldats  républicains  du  dernier  siècle. 

L'an  6  de  la  Uepiihlique, 

le  i3  messidor, 

une  armée  française  commandée 

par  Bonaparte  est  descendue 

à  Alexandrie. 

L'armée  ayant  mis,  vingt  jours 

après,  les  mamelHcks  en  faite 

aux  Pyramides, 

Desaix,  commandant  la 

première  dirisinn,  les  a 

poursiiiris  au  delà  des 

cataractes,  oit  il  est  arrivé 

/«  13  ventôse  de  l'a»  7. 

Les  généraux  de  brigade 

Davoust ,    Priant    et  BelHard  : 

Donzelot,  chef  de  l'élat-major: 

Latournerie,  commandant  l'artillerie; 

Eppler,  chef  de  la  21"  légère; 
Lei'i  [ventôse,  an  7  de  la  République  : 

Gnyé  par  Casicx,  srulptear. 

E,  monument  dédié  à  Vénus  Athorct  à  la  délivrance  d'Isis, 
qui  vient  d  enfanter  llorus.  Il  se  compose  d'un  pronaos  et  de 
T.  Vil. 


trois  salles  entourées  de  galeries  qui  dégagent  dans  le  pro- 
naos. F,  morceau  de  granit  évidé  pour  servir  de  salle.  En 
traversant  le  deuxième  pylône,  on  trouve  une  cour  sacrée 
précédant  le  pronaos  du  grand  temple  d'Isis  et  d'Osiri». 

G,  porte  en  granit.  H  et  I,  à  droite  età  gauche  de  G,  deoz 
édifices  dont  on  ignore  la  destination. 

La  plupart  de  toutes  ces  constructions  sont  de  la  période 
gréco-romaine. 

Après  cet  examen  du  plan,  si  on  regarde  la  vue  générale, 
PI.  38,  on  verra  les  élévations  de  tous  ces  monuments  dont 
nous  connaissons  la  situation.  L'ensemble  de  l'tle  se  déve- 
loppe sous  le  regard,  et  au  delà  s'étend  la  terre  de  la  Haute- 
Egypte,  traversée  par  le  Nil  et  bordée  par  les  sables  des 
déserts,  où  le  mouvement  ne  se  manifeste  que  par  les 
trombes  qui  s'élèvent  en  tourbillonnant  jusqu'aux  nues. 

Après  avoir  parcouru  la  Nubie,  passant  de  ruine  en  ruine, 
le  voyageur,  à  une  demi-heure  au-dessus  d'Ibrim.  est  tout 
à  coup  frappé  d'étonnement  et  d'admiration  en  découvrant, 
sur  la  rive  gauche  du  Nil,  les  temples  d'ibsamboul  taillés' à 
même  la  montagne,  décorés  de  colossales  figures  et  de  beaux 
hiéroglyphes  admirablement  conser^'és. 

Ces  deux  temples  sont  du  temps  de  Sésostris. 
C'est  le  petit  temple  (Voy.  le  plan  et  l'élévation,  PI.  39, 
coupe  et  détails,  PI.  40)  qui  est  le  plus  au  nord.  Sa  façade 
regarde  le  S.-E.  Cette  façade,  coupée  en  talus  sur  la  m.Tsse 
de  grès  qui,  à  cet  endroit,  borde  le  Nil,  est  ornée  de  six 
colossales  figures  évidées  en  haut-relief,  dans  six  niches,  et 
de  beaux  et  profonds  hiéroglyphes  qui  entourent  les  niches 
et  la  porte  d'entrée. 

Les  têtes  des  colosses  sont  des  portraits.  Elles  représen- 
tent Sésostris  et  sa  première  femme  Moiifréarî.  .V  leurs  pieds 
sont  leurs  enfants  aussi  sculptés  en  haut-relief,  et  qni  sont 
doubles  de  la  stature  humaine. 

Sur  les  parois  du  sanctuaire  se  voient  les  restes  d'une 
figure  de  femme,  sous  les  traits  de  la  femme  de  Sésostris, 
incorporée  pour  ainsi  dire  dans  la  vache  sacrée.  Notre  PI. 
40  reproduit  ce  bas-relief,  qui  est  très-dégradé. 

Le  petit  temple  ne  peut  s'appeler  petit  qu'en  raison  des 
colossales  proportions  de  certaines  parties  du  temple  voisin, 
qu'on  a  bien  le  droit  d'appeler  le  grand  temple.  (Voy. 
plan,  coupe,  élévation  et  détails  de  ce  temple  dans  les 
PI.  ,39  et  40.) 

Ce  monument,  comme  le  précédent,  est  un  spéos  oo 
excavation  pratiquée  dans  le  roc.  Sa  façade  devait  com- 
muniquer, sans  doute,  avec  le  Nil  par  un  perron  aujour- 
d'hui caché  peut-être  sous  la  montagne  de  sable  qui  s'ac- 
cumule à  la  base  du  spéos. 

Quatre  statues  assises  de  Rhamsès  III,  ayant  ses  enfants 
entre  les  jambes,  décorent  la  façade  du  temple.  La  partie 
supérieare  d'un  des  colosses  s'est  détachée  de  la  masse,  et 
le  sable,  en  s' accumulant,  l'ensevelit  chaque  année  pins 
profondément.  Dans  la  vue,  PI.  .IQ,  M.  Iloreau  a  déblayé  ce 
sable  ;  il  a  remis  en  place  le  buste  tombé,  et  il  a  jeté  sur 
tout  le  paysage  un  air  de  fête  :  une  procession  religieuse 

30 


507 


REVUE  DE   LÂRCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


rj08 


gravit  les  perrons  des  deux  temples.  Ces  processions  sont 
arrivées  par  le  Nil  sur  des  bateaux  dont  les  formes  rappel- 
lent celles  des  barques  chinoises,  mais  qui  sont  exactement 
reproduits  d'après  les  modèles  qu'on  trouve  dans  certains 
tombeaux  égyptiens.  Les  têtes  des  colosses  se  ressemblent 
parfaitement  entre  elles  et  aux  têtes  de  toutes  les  autres 
statues  de  Sésostris  qu'on  trouve  à  Tlièbes  et  ailleurs. 

Les  carrières  qui  ont  produit  les  matériaux  de  construc- 
tion, calcaire,  granit,  grès,  etc.,  de  tous  ces  grands  monu- 
ments d'Egypte  et  de  Nubie  ne  sont  pas  ce  qu'il  y  a  de  moins 
intéressant  à  visiter.  Nous  aurions  bien  voulu  les  examiner 
en  détail  avec  les  lecteurs  de  la  Reçue,  mais  le  manque  de 
temps  nous  a  contraint  de  négliger  bien  d'autres  études  inté- 
ressantes ;  cependant  nous  ne  quitterons  pas  la  Nubie  sans 
dire  un  mot  d'un  petit  monument  dont  nous  avons  le  dessin 
sous  les  yeux  [pi.  41),  et  qui  se  trouve  au  milieu  des  car- 
rières de  Garthassey,  sur  la  rive  gauche  du  Nil.  C'est  une 
petite  chapelle  taillée  dans  le  roc  (Spéos)  et  entourée  de 
toutes  parts  d'inscriptions  grecques  et  latines.  L'une  de  ces 
inscriptions  ditque  les  visiteurs  contribuaient  par  leur  argent 
ou  manuellement  à  l'extraction  des  matériaux  de  la  carrière, 
ce  qui  était  une  œuvre  méritoire  aux  yeux  de  la  religion. 

Le  piédestal,  en  avant  de  la  chapelle,  était  autrefois  dans 
la  niche.  Il  aura  été  enlevé  par  quelque  chercheur  de  trésor. 

Ce  petit  édicule  est  décoré  avec  des  formes  d'une  légèreté 
et  d'un  élancement  qui  surprend  au  sortir  des  ruines  mas- 
sives et  puissantes  que  nous  avons  parcourues. 

Sur  la.  ;;/.  43,  on  remarque  deux  dessins  fort  curieux  dont 
nous  n'avons  encore  rien  dit.  Ce  sont  deux  exemples  de  cor- 
niches à  oves,  dus  au  crayon  de  feu  Nestor  Lhote. 

11  y  a  une  vieille  école  de  matérialistes  qui  voit  dans  toute 
similitude,  dans  toute  analogie  de  forme,  la  trace  d'une 
imitation  ou  d'un  larcin. 

Certains  sauvages  des  îles  du  Sud  portent  des  casques 
ornés  de  plumes,  mais  dont  la  forme  se  rapproche  beaucoup 
de  celle  des  anciens  casques  grecs,  et  voici  aussitôt  des  ar- 
chéologues en  campagne  pour  prouver  que  quelques  vais- 
seaux de  la  flotte  d'Alexandre,  chargée  de  descendre  l'Indus 
jusqu'à  la  mer,  ont  bien  pu  être  poussés  par  le  caprice  des 
vents  et  des  flots  jusque  dans  les  îles  de  la  mer  du  Sud. 

Il  y  a  de  hautes  tours  isolées  en  Perse  ;  il  y  en  a  égale- 
ment en  Irlande  ,  en  voilà  assez,  un  peu  de  philologie  aidant, 
pour  qu'un  archéologue  consacre  un  énorme  volume  pour 
prouver  que  les  premiers  Irlandais  venaient  du  pays  d'Iran. 

Si  parfois  des  rapprochements  remarquables  de  formes 
peuvent  aider  à  confirmer  la  probabilité  de  rapports  anciens 
de  peuple  à  peuple,  il  arrive  aussi  que  souvent  ils  n'établis- 
sent qu'un  fait  bien  simple  et  qu'on  oublie  facilement,  à  sa- 
voir :  que  les  hommes  sont  toujours  et  partout  des  hommes 
agissant,  aimant  et  pensant  d'après  des  lois  communes  à 
l'humanité  tout  entière. 

De  ce  que  les  colonnes  du  Spéos  de  Beni-Hassan  et  les 
corniches  à  oves  {pi.  43)  ont  quelque  rapport  avec  l'archi- 
lecture  grecque,  nous  ne  nous  hâterons  pas  donc  de  con- 


clure que  les  Grecs  ont  emprunté  les  principes  de  leur 
architecture  aux  Égyptiens. 

Nous  terminerons  ici  notre  travail  par  un  extrait  du  livre 
de  M.  Horeau,  qui  résume  fort  heureusement  les  caractères 
généraux  de  l'art  égyptien  et  les  traits  caractéristiques  des 
temples. 

«  Aucune  nation  de  la  terre,  qu'elle  appartienne  aumonde 
ancien  ou  au  monde  moderne,  n'a  élevé  de  plus  gigantes- 
ques, de  plus  splendides  monuments  que  les  Égyptiens.  Ces 
monuments  se  divisent  en  trois  classes  bien  distinctes  :  dans 
la  première  sont  ceux  qu'achevèrent  les  premiers  Pharaons; 
ils  sont  du  plus  haut  intérêt  par  leur  supériorité  artistique,  et 
surtout  par  leur  haute  antiquité,  qui  remonte  aux  premiers 
âges  du  monde.  Les  monuments  de  la  deuxième  et  de  la  troi- 
sième époque  sont  dus  aux  Grecs  et  aux  Romains,  qui  pres- 
que toujours  se  sont  bornés  à  réédifier  d'anciennes  construc- 
tions détruites  par  les  Perses.  Dans  ces  derniers,  on  voit  que 
l'art  de  la  sculpture  est  d'autant  plus  en  décadence  que  les 
monuments  sont  plus  modernes  ;  probablement  parce  que, 
à  cette  époque  d'invasion,  les  artistes  devenaient  soldats. 


»  Dansles  temples  égyptiens,  la  sculpture  peinte  apporte 
toujours  son  charme;  elle  décore  les  massifs  pyramidaux  des 
pylônes  par  d'immenses  et  durables  tableaux  de  victoires  et 
conquêtes.  Au  fond  d'une  première  cour  à  simple  galerie, 
un  deuxième  pylône,  orné  d'un  plus  grand  nombre  de  mâts 
pavoises  que  le  premier,  et  rehaussés  de  colossales  figures, 
donne  entrée  à  une  deuxième  cour  à  galeries  doubles  ;  les  co- 
lonnes de  ces  galeries  sont  recouvertes  de  tableaux,  les  cha- 
piteaux sont  à  fleurs  de  lotus  épanouies,  quand  ceux  de  la 
première  cour  sont  seulement  à  boutons  de  lotus.  Souvent 
deux  côtés  de  cette  cour  sont  ornés  de  piliers  pharaoniques 
qui  annoncent  dignement  la  salle  hypostyle,  où  tout  est  re- 
couvert de  sculptures  et  d'inscriptions  sans  engendrer  la  con- 
fusion. Enfin  le  sanctuaire,  le  plus  souvent  monolithe, 
quand  il  n'était  pas  fouillé  dans  la  chaîne  libyque  ou  ara- 
bique, recevait  toute  la  richesse,  tout  le  grandiose,  toute  la 
majesté  dont  l'art  égyptien  était  susceptible.  S'agissait-il  de 
décorer  une  colonne  de  la  salle  hypostyle  de  Karnac  {pi.  32 
et  37),  par  exemple,  on  sculptait  à  la  base  des  fleurs  et 
des  feuilles  de  lotus,  plantes  marécageuses  du  pays  ;  une  ins- 
cription entourait  la  colonne  avec  des  rubans  aux  couleurs  des 
nomes  ;  une  deuxième  inscription  reliait  les  cartouches,  nom 
et  prénom  du  Pharaon  régnant  ;  elle  formait  la  base  d'un  ta- 
bleau d'offrande  aux  dieux  du  nome.  Ce  tableau  était  sur- 
monté d'une  ligne  bleue  représentant  le  ciel.  Venaient  en- 
suite, séparées  par  des  rubans  de  nomes,  des  lignes  de 
cartouches  reposant  sur  des  corbeilles  (symbole  de  prospé- 
rité, de  puissance),  couronnés  de  soleils  et  de  plumes,  em- 
blèmes delà  justice  ;  entourés  de  serpents,  emblèmes  de  l'im- 
mortalité, à  clef  de  vie  divine  et  coilTés  des  pscheurs 
(bonnets)  de  haute  et  de  basse  Egypte.  Au-dessus,  de  larges 
rubans  de  nomes  relient  les  feuilles  et  les  fleurs  de  lotus 
épanouies,   desquelles   surgissent    encore    les   cartouches 


5(M) 


1»EVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


510 


royaux.  Eiifui,  au-dessus  de  ce  gracieux  chapiteau,  s'élève 
un  socle  orné  de  cartouches,  portant  les  frises,  qui  n'auraient 
pu  reposer  convenablement  sur  des  fleurs,  sur  les  saillies 
délicates  du  chapiteau.  Les  plafonds  étaient  aussi  décorés  ra- 
lionnelleineiit  avec  ce  que  l'on  voit,  ce  que  l'on  peut  suppo- 
ser dansles  airs,  avec  des  étoiles  sur  un  fond  d'azur,  avec  des 
éperviers  volants,  tenant  les  armes  de  victoire  et  les  plumes 
de  justice,  avec  des  inscriptions,  des  vœux  adressés  au  ciel.  » 

Cksar  DALY. 


CHAUFFAGE  PAR  L'EAU  CHAUDE. 

Dans  le  chaulTage  des  appartements  par  l'eau  chaude,  la 
disposition  des  appareils  est  toujours,  à  Irès-peu  de  chose 
près,  celle  que  nous  allons  indiquer. 

Le  calorifère  proprement  dit  est  placé  dans  la  cave.  Il  se 
compose  d' une  chaudière  à  eau  enveloppée  d'une  construction 
en  briques,  dont  la  forme  et  le  mode  d'établissement  varient 
suivant  les  constructeurs.  Du  sommet  de  la  chaudière  part  un 
tuyau  do  circulation  qui  s'élève  le  plus  directement  possible 
jusqu'à  la  partie  supérieure  de  la  maison  qu'il  s'agit  de 
chauffer,  pour  aboutir  à  un  ré.servoir  où  l'eau  se  dilate  libre- 
ment. Ce  réservoir  est  appelé  vase  d'expansion.  Du  vase 
d'expansion  partent  les  tuyaux  de  distribution  de  la  chaleur, 
qui  conduisent  l'eau  dans  des  récipients  pleins  d'eau,  pla- 
cés dans  les  dilférentes  pièces  à  chauffer,  (les  appareils,  dits 
poêles  à  eau,  peuvent  avoir  des  formes  très-différentes,  sui- 
vant les  emplacements  auxquels  ils  sont  destinés.  L'eau  re- 
froidie dans  ces  poêles  retourne  k  la  chaudière  pour  s'é- 
chauffer de  nouveau  au  moyen  de  tuyaux  qui  viennent 
aboutir  à  la  partie  inférieure  de  la  chaudière. 

Il  résulte  de  cette  disposition  qu'un  système  de  chauffage 
par  l'eau  chaude  e.st  toujours  formé  d'un  ou  de  plusieurs 
circuits.  La  clidiulière,  ou  appaml  producteur  de  chaleur,  est 
à  la  partie  inférieure  ;  le  vase  d'expansion  ou  appareil  dis- 
tributeur est  à  la  partie  sujjérieure  ;  les  tuyaux  et  les  poêles 
à  eau,  qui  sont  les  appareils  chauffeurs  proprement  dits, 
occupent  des  positions  intermédiaires  qui  peuvent  varier  à 
l'infini. 

Le  tuyau  qui  part  de  la  chaudière  pour  aboutir  au  vase 
d'expansion   se  nomme  généralement  tmfau  de  départ,  et 


ceux  qui  partent  du  vase  d'expansion  pour  aliaienter  les 
poêles  à  eau  et  revenir  à  la  chaudière  s'appellent  tuyaux  de 
retour. 

Voilà  en  principe  la  disposition  de  tons  les  appareils  i  eaa 
chaude  qui  ont  été  appliqués  au  chauffage  domestique  Umt 
en  France  qu'en  Angleterre,  depuis  que  Bonnemain,  l'in- 
venteur de  ce  système,  en  a  fait  la  première  applicatioD 
en  1777. 

Depuis  cette  époque  le  nombre  des  tuyaux  de  retour,  le 
nombre  et  la  forme  des  poêles  à  eau  fixés  sur  chaque  circu- 
lation ont  beaucoup  varié.  La  circulation  de  l'eao  a  en  liea 
à  des  températures  plus  ou  moins  élevées  ;  tantôt  on  a 
laissé  le  vase  d'expansion  en  communication  avec  l'air  exté- 
rieur, de  manière  à  ne  pas  chauffer  l'eau  à  plus  de  \O0f  ;  tao- 
tdt  on  l'a  fermé  pour  obtenir  uue  température  plus  élevée, 
mais  limitée  par  des  soupapes  chargées  de  poids,  ou  mieux 
encore  par  des  colonnes  d'eau  servant  à  la  fois  de  manomètres 
et  de  soupapes  de  sûreté  ;  tantôt  enfin  on  l'a  fermé  complète- 
ment pour  avoir  une  circulation  à  haute  température  comme 
Perkins  l'a  imaginé  et  employé  le  premier  en  Angleterre. 

Comme  on  le  voit,  en  théorie  la  disiiosition  générale  des 
appareils  de  chauffage  par  l'eau  chaude  est  très-simple  ; 
mais,  en  pratique,  la  pose  des  appareils  présente  pour  les 
appartements  de  grandes  difficultés  d'exécution. 

Et  d'abord,  l'emplacement  des  poêles  à  eau  est  souvent 
très-difficile  à  déterminer  dans  les  pièces  qu'on  veut  chauf- 
fer, dans  des  salons  par  exemple,  où  il  est  nécessaire  de  les 
dissimuler  au  moyen  d'une  décoration  convenable. 

Les  appareils  placés,  il  faut  établir  dans  l'épaisseur  des 
planchers  les  tuyaux  de  circulation,  de  manière  à  pouvoir  les 
visiter.  11  est  vrai  qu'aujourd'hui  on  peut  assembler  les 
tuyaux  assez  parfaitement  pour  n'avoir  pas  de  fuite  à  crain- 
dre ;  mais  il  n'est  cependant  pas  inutile  de  se  mettre  en 
garde  contre  un  accident  possible.  D'ailleurs,  il  est  toujours 
bon  de  se  ménager  les  moyens  d'étendre,  de  restreindre  ou 
de  modifier  d'une  manière  quelconque  la  disposition  des  ap- 
pareils, si,  plus  tard,  ou  veut  changer  la  distribution  des 
appartements. 

Ces  difficultés  surmontées,  il  reste  à  établir  dans  les  plan- 
chers des  conduits  débouchant  au  dehors  pour  amener  l'air 
extérieur  dans  les  poêles  à  eau,  afin  de  ventiler  les  pièces 
chauffées.  Ces  conduits  doivent  avoir  une  assez  grande  sec- 
tion, car  il  est  reconnu  aujourd'hui  que  le  chauffage  à  ean 
chaude  par  des  surfaces  rayonnantes,  quand  il  n'y  a  pas  re- 
nouvellement d'air,  ou  quand  le  renouvellement  n'est  pas 
suffisant,  est  un  chauffage  dés:igréable  qui  fatigue  prompte- 
ment  et  devient  insupportable  au  bout  de  quelques  heures. 
Cette  vérité  a  été  reconnue  dans  beaucoup  d'établissements 
où  l'on  a  dû,  après  coup,  faire  des  travaux  importants  pour 
combiner  une  ventilation  par  l'air  chaud  avec  le  chauffage 
par  rayonnement  des  poêle.«  à  eau. 

Le  chauffage  (>ar  des  poêles  à  tau  placés  dans  les  salles 
présente  encore  un  autre  grave  inconvénient.  On  n'est  pas 
maître  d'arrêter  le  chauffage  quand  on  le  veut,  et  souvent 


5H 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


512 


on  est  obligé  d'ouvrir  les  fenêtres  pour  ne  pas  être  incom- 
modé par  un  excès  de  chaleur. 

Nous  allons  décrire  une  disposition  d'appareils  de  chauffage 
par  l'eau  chaude  qui  évite  tous  les  inconvénients  que  pré- 
sente le  placement  des  tuyaux  et  poêles  à  eau  dans  les  ap- 
partements, qui  est  à  l'abri  des  accidents  que  peuvent  occa- 
sionner les  fuites,  et  qui  a  de  plus  le  très-grand  avantage  de 
produire  toujours  un  chauffage  salubre  avec  renouvellement 
d'air,  qu'on  est  toujours  maître  de  régler  à  volonté. 

Lst  planche  M  représente  cette  disposition.  Tous  les  tuyaux 
de  circulation  et  tous  les  poêles  à  eau  sont  en  dehors  des  ap- 
partements. Ces  derniers  sont  placés  dans  les  caves,  direc- 
tement au-dessous  des  pièces  à  chauffer.  Us  consistent  en 
masses  d'eau  contenues  dans  des  vases  annulaires  en  cuivre, 
en  caisses  de  fonte,  de  tôle,  ou  de  cuivre  réunies  par  des 
tuyaux  ou  en  serpentins,  disposés  de  manière  à  présenter 
une  grande  surface.  Ils  sont  enveloppés  d'une  construction 
en  briques  qui  empêche  la  perte  de  la  chaleur  par  rayonne- 
ment, et  qui  limite  le  volume  d'air  échauffé.  .Des  conduits 
en  briques  amènent  l'air  extérieur  qui  s'échauffe  par  son 
contact  avec  ces  appareils,  et  se  rend  par  des  conduits  en 
tôle  aux  bouches  de  chaleur  qu'ils  alimentent. 

La  figure  1  représente  une  coupe  verticale  de  la  chau- 
dière et  son  fourneau. 

La  figure  2  est  une  coupe  horizontale  faite  suivant  le 
plan;:/  {fig.  1). 

A,  chaudière  en  tôle  à  double  enveloppe,  à  foyer  intérieur. 

F,  buse  en  tôle  recevant  les  portes  de  foyer  et  de  cendrier. 
9,  grille  du  foyer. 

B,  ouverture  de  dégagement  de  la  flamme,  qui  enveloppe 
la  chaudière  extérieurement  avant  de  se  dégager  par  le 
tuyau  à  fumée. 

G,  carneau  annulaire  que suitla  fumée  pour  redescendre 
et  gagner  l'orifice  D,  par  lequel  elle  se  rend  dans  le  tambour 
en  fonte  E.  Ce  tambour  en  fonte  surmonté  du  tuyau  à  fu- 
mée T,  chauffe,  par  sa  surface  extérieure,  de  l'air  qui  monte 
dans  l'intervalle  M,  et  qui  peut  se  rendre  dans  la  cage  de 
l'escalier,  dans  le  vestibule  ou  dans  toute  autre  pièce  placée 
près  de  l'appareil. 

H  est  une  buse  en  fonte  fermée  par  une  porte,  et  par  la- 
quelle on  peut  introduire  un  petit  foyer  d'appel  pour  déter- 
miner le  tirage  au  commencement  du  chauffage.  Elle  facilite 
également  le  ramonage  des  carneaux  et  du  tuyau  à  fumée. 

a,  tuyau  de  départ  de  l'eau,  se  bifurquant  en  deux  bran- 
ches 6,  c,  qui  vont  alimenter  les  poêles  à  eau.  —  d,  e,  tuyaux 
de  retour  de  Teau  à  la  chaudière.  Ces  tuyaux  sont  pourvus 
de  robinets  afin  qu'on  puisse  interrompre  à  volonté  la  circu- 
lation dans  l'un  des  deux  circuits.  Les  tuyaux  de  départe 
et  b  ont  des  pentes  inverses  et  aboutissent  chacun  à  un  tube 
vertical  G  qui  se  termine  par  un  vase  d'expansion. 

C'est  dans  ce  vase,  dont  le  dessin  ne  donne  qu'une  indi- 
cation incomplète,  que  s'opère  la  dilatation  de  l'eau  pendant 
le  chauffage  et  le  dégagement  de  l'air  contenu  daus  l'appa- 
reil afin  de  ne  pas  interrompre  la  circulation. 


Les  figures  3  et  4  représentent,  en  coupe  verticale  et  en 
coupe  horizontale,  un  appareil  de  chauffage  composé  de 
deux  coffres  carrés,  réimis  par  un  grand  nombre  de  petits 
tuyaux.  Le  coffre  inférieur  est  percé  dans  le  milieu  d'une 
ouverture  par  laquelle  arrive  l'air  extérieur,  qui  est  obligé 
de  passer  entre  les  petits  tuyaux  pour  venir  entourer  le  ré- 
servoir supérieur  et  sortir  par  les  conduits  en  tôle  B,  R  au 
sommet  de  la  construction  environnante  en  briques. 

Les  figures  7  et  8  représentent  des  coupes  semblables 
d' un  même  appareil  de  forme  circulaire.  La  disposition  et 
le  nombre  des  tuyaux  varient  suivant  le  volume  d'air  à 
chauffer,  et,  par  conséquent,  suivant  la  surface  de  chauffe 
qu'on  veut  obtenir. 

Dans  tous  ces  appareils,  le  mouvement  de  l'air  froid  qui 
s'échauffe  est  en  sens  inverse  du  mouvement  de  l'eau  chaude 
quise  refroidit  et,  par  conséquent,  très-favorable  à  l'échange 
de  chaleur. 

Les  figures  5  et  6  représentent  un  appareil  de  chauffage 
par  un  tube  contourné  en  serpentin  suivant  des  cônes  acco- 
lés par  leurs  bases. 

Da.ns  les  figures  d  et  10,  les  tuyaux  forment  des  serpen- 
tins pyramidaux.  Dans  ces  deux  dispositions,  l'air  qui  arrive 
par  le  bas  monte  en  se  trouvant  forcément  en  contact  avec 
toutes  les  spires  du  serpentin. 

Tous  ces  appareils  à  eau  sont  pourvus  à  la  partie  inférieure 
de  robinets  qui  permettent  de  régler  le  chauffage  des  appar- 
tements, l'ouverture  ou  la  fermeture  d'un  de  ces  robinets 
déterminant  ou  arrêtant  la  circulation,  et  par  suite  réchauf- 
fement de  la  masse  d'eau  qui  se  trouve  dans  l'appareil. 

Des  robinets  doivent  également  être  placés  à  la  partie  su- 
périeure, pour  qu'on  puisse,  en  cas  de  fuite  dans  l'un  de 
ces  appareils,  le  rendre  indépendant  de  tout  le  reste  du  sys- 
tème et  le  réparer  ou  le  modifier  sans  interrompre  le  chauf- 
fage. 

Les  tuyaux  de  départ  de  l'eau  chaude  doivent  être  enve- 
loppés de  matières  peu  conductrices  de  la  chaleur. 

Les  tuyaux  de  retour  passent  sous  le  sol  dans  des  con- 
duits en  briques,  couverts  par  des  plaques  de  fonte,  que  l'on 
peut  enlever  pour  visiter  les  tuyaux,  fig.  II.  C'est  par  ces 
conduits  qu'arrive  l'air  extérieur  pris  de  distance  en  distance 
au  moyen  de  petits  conduits  débouchant  au  dehors. 

Les  appareils  à  serpentins  ont  l'avantage  d'être  presque 
complètement  à  l'abri  des  fuites.  Le  refroidissement  est  ra- 
pide et  le  volume  d'eau  peu  considérable. 

Les  appareils  à  tube  contiennent  une  masse  d'eau  plus 
considérable  et  peuvent  par  conséquent  chauffer  dans  le 
même  temps  un  plus  grand  volume  d'air. 

La  forme  des  appareils  peut  d'ailleurs  varier  d'une  infi- 
nité de  manières  et  permettre  de  présenter  à  l'air  une  surface 
de  chauffe  d'une  grandeur  quelconque.  C'est  l'examen  des 
localités  et  des  conditions  particulières  du  chauffage  qui 
déterminent  le  choix  de  l'appareil  qu'il  faut  employer. 

Ce  système  d'appareils  n'est  pas  d'une  application  géné- 
rale, mais  il  présente  sur  tous  les  autres  des  avantages  tel- 


5i:) 


REVUE  DE  L'AUCIIITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


31  i 


lement  importants  qu'on  ne  doit  pas  hésiter  à  l'employer 
toutes  les  fois  que  les  localités  le  permettront. 

La  figitn;  l^^de  la  planche  45  représente  la  coupe  verti- 
cale d'une  chaudière  que  nous  appliquons  quelquefois  au 
chauffage  à  l'eau  chaude  par  circulation.  Cette  chaudière  A 
est  cylindrique,  à  foyer  intérieur. 

F  est  le  foyer. 

Les  carneaux  de  circulation  do  la  fumée  sont  disposés  de 
manière  à  utiliser  comme  surface  de  chauffe  presque  toute 
la  surface  de  la  cliaudière.  Les  produits  de  la  combustion 
traversent  la  chaudière  par  le  tuyau  central  qui  fait  suite  au 
foyer,  revient  par  le  carneau  du  dessus  M,  et  se  rend  par  les 
deux  conduits  du  bas  NN  à  la  cheminée  T,  par  laquelle  se 
dégage  la  fumée. 

Le  tuyau  de  départ  de  l'eau  chaude  B,  se  rend  directe- 
ment aux  poêlesà  eau  C,  C'....,  placés  aux  différents  étages 
et  à  toutes  les  distances  où  l'on  doit  porter  la  chaleur.  Ils 
sont  disposés  de  manière  à  permettre  le  mouvement  de  l'eau, 
avec  tubes  à  air  et  robinets  d'arrêt,  et  ils  sont  reliés  au  vase 
d'expansion  de  manière  que  la  circulation  ne  puisse  jamais 
être  interrompue. 

Le  tuyau  de  retour  de  l'eau  chaude  D,  est  contourné  en 
hélice  au-dessus  de  la  chaudière,  dans  une  enveloppe  en 
brif|ues,  traversée  par  un  courant  d'air  qui  active  le  refroi- 
dissement de  l'eau,  et  par  suite  la  vitesse  de  circulation. 
L'air  chaud  sort  par  la  bouche  de  chaleur  G,  dans  la  pièce 
qui  se  trouve  au-dessus  de  l'appareil. 

La  figure  2  est  la  coupe  d'un  calorifère  à  eau  chaude  et 
à  air  chaud,  applicable  dans  un  grand  nombre  de  circon- 
stances. L'air  chaud  foiuni  par  cet  appareil  se  rend  par  des 
conduits  en  tôle  aux  bouches  de  chaleur  placées  dans  les 
pièces  les  plus  rapprochées  du  calorifère,  et  l'eau  chaude 
en  circulation  porte  la  chaleur  dans  les  pièces  les  plus  éloi- 
gnées. 

Cet  appareil,  disposé  comme  le  calorifère  à  air  chaud  que 
nous  avons  décrit  tome  V,  col.  169,  se  compose  de  deux 
cloches  en  fonte,  dont  l'une  sert  de  foyer,  et  d'où  les  produits 
de  la  combustion  s'échappent  à  la  partie  supérieure  par  deux 
ouverturesOjO'quilesconduisentdansdestuyauxdefonteF, 
G,  U,  F',  G',  H',  qu'ils  parcourent  en  descendant  pour  se 
rendredansun  second  tambour surmontédu  tuyauàfumée  T. 

(Voir  la  planche  9,  tome  V,  pour  comprendre  la  dispo- 
sition de  toutes  les  pièces  de  ce  calorifère.) 

L'air  extérieur  arrive  par  les  conduits  P,  P',  qui  le  répar- 
tissent sous  les  tuyaux  dans  toute  la  longueur. 

L'air  s'échauffe  en  passant  contre  les  surfaces  de  chauffe 
qu'il  rencontre  en  se  rendant  par  les  tuyaux  .M  et  N  du  ré- 
servoir à  air  chaud  I  aux  bouches  qu'il  alimente. 

La  seule  différence  qui  existe  entre  ce  calorifère  et  le  ca- 
lorifère à  air  chaud,  consiste  dans  l'addition  d'une  chaudière 
annulaire  en  cuivre,  C,  qui  remplace  la  garniture  de  bri- 
ques et  sert  de  foyer,  y  est  la  grille  sur  laquelle  on  place  le 
combustible. 

De  la  partie  supérieure  de  la  chaudière,  partent  deux 


tuyaux  D,  D',  qui  portent  Peaa  chaude  aox  poêles  F,  P, 
placés  dans  les  pièces  à  chauffer,  et  abootÏMent  à  des  v«ms 
d'expansion  ;  l'eau  est  ramenée  k  la  chaudière  par  les  tayaux 
de  retour  E,  E*.  Le  calorifère  peut  être  monté  avec  trois 
tuyaux  descendant  de  chaque  côté  du  foyer,  comme  U 
fig.  1  l'indique,  ou  avec  cinq  tuyaux,  comme  le  calorifère  i 
air  chaud  ordinaire.  La  chaudière  en  cuivre,  au  lieu  d'avoir 
toute  la  hauteur  du  foyer,  peut  être  beaucoup  plus  petite, 
et  élevée  au-dessus  de  la  grille  sur  une  garniture  eo  briques 
réfractaires  plus  ou  moins  haute. 

On  détermine,  dans  chaque  cas  qui  se  présente,  les  di- 
mensions de  la  chaudière  d'après  l'effet  à  produire  pour  le 
chauffage  à  l'eau  chaude,  et  on  monte  le  calorifère  à  trois  oa 
à  cinq  tuyaux  de  circulation  de  la  fumée,  suivant  le  volume 
d'air  chaud  qu'on  veut  obtenir. 

CHAUFFAGE   ET   VE.NTlUTiO.M    PAR    l'cAI:   CUAIDE. 

Les  figures  3,  4  et  3  représentent  une  construction  eo 
briques,  dans  laquelle  on  a  réuni  l'appareil  de  chauffage  et 
l'appareil  de  ventilation. 

La  figure  5  est  une  coupe  horizontale  suivant  yy*,  fg.  3, 
et  ;::',  fig.  4  ;  la  pg.  3  est  une  coupe  verticale  suivant 
xx'.  fig.  5,  et  la  fig.  4  une  coupe  suivant  d'. 

A,  chaudière  à  eau,  en  tôle,  à  foyer  intérieur. 

g,  grille  sur  laquelle  s'opère  la  combustion.  F,  porte  da 
foyer;  G,  porte  du  cendrier;  E,  porte  de  cbangeroeot  par 
laquelle  on  introduit  le  combustible  pour  plusieurs  heures. 

On  garnit  le  foyer  de  briques  réfractaires  pour  la  com- 
bustion de  l'anthracite  ou  des  bouilles  sèches  qui  brûlent 
difficilement  en  petite  quantité. 

a,  tuyau  de  départ  conduisant  l'eau  chaude  au  vase 
d'expansion,  et,  de  là,  à  tous  les  points  où  la  cbaleor 
doit  être  portée;  b,  tuyau  de  retour  ramenant  l'eau  à  la 
chaudière. 

Les  produits  de  la  combustion  s'élèvent  dans  la  chaudière, 
s'échappent  par  l'ouverture  M,  et  descendent  autour  de  la 
chaudière  dans  l'intervalle  annulaire  P,  qui  la  sépare  die  la 
maçonnerie  environnante.  Ils  se  rendent  ensuite  par  le  con- 
duit N,  dans  une  cloche  en  fonte  surmontée  du  tuyaa  à  fa> 
mée  D,  par  lequel  ils  se  dégagent  dans  l'atmosphère. 

La  ventilation  s'effectue  par  une  cheminée  eo  briques  con- 
struite autour  du  tuyau  à  fumée.  L'air  arrive  des  pièees 
ventilées  par  deux  conduits  en  briques  M,  M,  pratiqoés  sons 
le  sol  ;  l'appel  est  déterminé  par  réchauffement  de  l'air 
contre  la  surface  extérieure  du  tambour  B,  et  du  tuyaa  i 
fumée  dans  toute  la  hauteur  de  la  cheminée. 

Des  registres  sont  placés  dans  les  conduits  à  air,  et  peuvent 
être  réglés  de  manière  à  rendre  la  ventilation  à  peu  près  in- 
dépendante de  l'intensité  du  foyer. 

Le  vase  d'expansion  e?t  un  vase  annulaire  qui  e»t  placé 
dans  la  cheminée  de  ventilation,  et  détermine  la  veotilatioo 
de  nuit  pendant  l'hiver,  après  l'extinction  du  feu  dans  le  c»- 
lorifère.  On  profite,  de  cette  manière,  du  refroidiweuHnt  de 
touttt  la  masse  d'eau  en  circulation  dans  les  appareils  de 


513 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


»1G 


chauffage,  puisque  parla  position  du  vase  d'expansion,  l'eau 
contenue  ne  peut  être  à  une  température  moins  élevée  que 
celle  qui  se  trnnve  dans  les  appareils  de  chauffage. 

La  cloche  B  est  disposée  de  manière  à  servir  de  foyer 
d'appel  pour  la  ventilation  d'été  ;  //  est  une  grille  sur  laquelle 
on  brûle  le  combustible:  I,  porte  de  foyer;  K,  porte  de  cen- 
drier; H,  porte  de  changement  par  laquelle  on  introduit 
dans  le  foyer  le  combustible  nécessaire  pour  produire  la 
ventilation,  pendant  une  grande  partie  de  la  nuit. 

L'air  nécessaire  à  la  combustion  est  pris  dans  les  conduits 
d'air  ou  de  ventilation  par  des  tuyaux  i,  i,  débouchant  sous 
les  grilles,  et  dans  lesquels  sont  des  registres  r,  r,  qu'on 
ferme  l'hiver,  quand  on  produit  la  ventilation  par  la  chaleur 
du  foyer  de  chauffage. 

Pour  que  la  ventilation  s'effectue  l'été  jusqu'à  la  fin  de  la 
nuit,  même  après  l'extinction  du  foyer,  on  a  placé  dans  la 
cloche  B,  une  chaudière  C,  en  cuivre,  communiquant  avec 
le  vase  d'expansion  supérieur  au  moyen  de  deux  tuyaux  qui 
établissent  une  circulation  directe  entre  ces  deux  'vases.  La 
masse  d'eau  qu'ils  contiennent  transmet  sa  chaleur  à  l'air 
après  l'extinction  du  feu,  et  détermine  la  ventilation  jusqu'au 
moment  où  l'on  allume  le  lendemainle  foyer  d'appel.  Le  jour, 
l'eau  contenue  dans  la  chaudière  C,  circule  dansle  vase  d'ex- 
pansion, et  la  masse  de  l'eau  est  assez  grande  relativement 
à  la  surface  de  chauffe  de  cette  chaudière,  pour  qu'il  n'y  ait 
jamais  ébuUiiion  dans  ces  vases.  Le  vase  d'expansion  est 
d'ailleurs  en  communication  avec  l'air,  et  donne  passage  à 
la  petite  quantité  d'eau  entraînée  par  l'évaporation. 

Au  moyen  de  l'appareil  que  nous  venons  de  décrire,  on 
peut  donc  obtenir  les  résultats  suivants  :  Pendant  Chirer, 
chauffage  et  ventilation  par  un  même  foyer  durant  le  jour, 
et  cependant  indépendants  l'un  de  l'autre  ;  car,  outre  les 
registres  qui  font  disparaître  les  petites  variations  d'inten- 
sité du  foyer,  on  a  encore  à  sa  disposition  le  foyer  d'appel, 
dans  lequel  on  peut  brûler  une  quantité  de  combustible 
telle,  qu'on  rend  la  ventilation  constante  malgré  de  grandes 
irrégularités  dans  le  chauffage.  Ventilation  durant  la  nuit 
par  l'emploi  de  la  chaleur  en  partie  perdue,  de  l'eau  qui  a 
servi  au  chauffage  durant  le  jour. 

Pendantl'été,  ventilation  de  jour  facile  à  maintenir  constante 
pendant  toute  la  journée,  et  produite  par  un  foyer  d'appel 
qui  exige  peu  de  surveillance.  Ventilation  de  toute  la  nuit 
par  un  seul  chargement  du  foyer  d'appel,  et  cependant  à 
l'abri  de  grandes  variations  dans  l'effet  produit. 

René  DU  VOIR. 


DES  PLANCHERS  MÉTALLIQUES. 

Nous  avons  donné  déjà  plusieurs  exemples  d'armatures 
en  fer  pour  remplacer  les  poitrails  en  bois  ;  nous  avons  re- 
produit en  outre  quelques  spécimens  de  planchers  en  fer. 

Chacun  des  principaux  serruriers  de  la  capitale  a  produit 


son  système  de  i)lancher  en  ce  genre,  et  tous,  à  l'exception 
d'un  seul  peut  être,  que  nous  donnons  ci-après,  se  compo- 
sent de  fermettes  formées  d'arcs,  de  tirants  et  d'autres  pièces 
accessoires. 

La  combinaison  plusou  moins  compliquée  de  ces  éléments 
ne  satisfait  guère  aux  exigences  de  l'économie,  et  que  très- 
imparfaitement  aux  lois  de  la  stabilité.  Nous  avons  vu  par- 
fois des  arcs  en  fer  plat  maintenus  par  des  tringles  rondes, 
dont  les  proportions,  plus  que  sveltes,  nous  ont  fait  trem- 
bler en  pensant  aux  danseurs  qui  viendraient  quelquefois 
faire  vibrer  ce  roseau  de  fer  sous  leurs  pas  cadencés. 

Nous  avons  signalé,  col.  9,  et  pJ.  l™  de  ce  volume,  la 
grande  simplification  des  poitrails  métalliques  qui,  d'arma- 
tures arquées,  à  tirants  et  à  brides,  se  sont  transformés  en 
linteaux  en  fer  carré,  reposant  sur  les  jambes  éfrières  et  sur 
des  colonnes  en  fonte.  Ils  sont  aujourd'hui  généralement 
préférés  pour  les  baies  de  boutiques. 

Nous  avions  proposé  nous-même  la  suppression  des  arcs 
en  fer  sous  les  arcs  en  pierre,  en  adaptant  seulement  à  ces 
derniers  un  double  tirant  en  fer  avec  sabot  en  fonte  dans  le 
lit  du  premier  voussoir.  (Voy.  pi.  \,  fig.  5,  9  et  10.) 
Notre  confrère,  M.  Brunet-Debaines,  a  suivi  nos  indications 
dans  la  construction  de  deux  bâtiments,  rue  de  la  Pépinière, 
n"  43  et  n"  45.  Le  serrurier,  malgré  l'architecte,  a  voulu 
faire  à  ce  système  quelques  modifications.  Elles  sont  loin 
d'être  heureuses. 

Mais  si  les  poitrails  métalliques  sont  arrivés  du  composé 
au  simple  dans  les  applications  qui  permettent  l'emploi  de 
supports  intermédiaires,  comme  aux  baies  de  boutiques, 
une  simplification  analogue  introduite  depuis  peu  dans  la 
construction  des  planchers  nous  semble  devoir  remplacer 
désormais  tons  les  systèmes  à  fermettes,  dont  lamain-d'œu- 
pre  considérable  oblige  à  une  grande  économie  de  matière, 
à  des  sections  minimum,  afin  de  rentrer  autant  que  possible 
dans  le  prix  des  planchers  en  bois. 

Le  désir  de  ne  point  dépasser  le  prix  de  revient  des  plan- 
chers en  bois  est  fort  plausible  sans  doute  ;  mais  est-il  rai- 
sonnable d'attacher  trop  d'importance  à  ce  côté  de  la  ques- 
tion? L'incombustibilité  du  fer  quidoitaffranchir  propriétaires 
et  locataires  des  frais  d'assurances  immobilière  et  mobilière 
contre  l'incendie,  qui  doit  les  débarrasser  des  transes  mor- 
telles où  les  jette  le  moindre  feu  de  cheminée  survenu,  soit 
chez  eux,  soit  chez  les  voisins;  tout  cela  est  bien  quelque 
chose,  ce  nous  semble.  Avec  des  planchers  métalliques  cha- 
cun pourra  dormir  tranquille.  Les  propriétaires  n'assureront 
plus  leur  maison  et  les  locataires  n'assureront  plus  leur  mo- 
bilier. Les  terribles  articles  1733  et  1734  du  Code,  sur  la 
responsabilité  en  matière  d'uicendie,  se  trouveront  pour 
ainsi  dire  abrogés.  Celui  qui  aura  mis  le  feu  à  son  apparte- 
ment en  sera  quitte  pour  la  perte  de  tout  ou  partie  de  son 
mobilier;  tout  au  plus  aura-t-il  à  tenir  compte  de  la  menui- 
serie intérieure,  et  l'accident  ne  donnant  à  ses  voisins  au- 
cune crainte  pour  leur  propre  compte,  ils  n'auront  d'autre 
souci  que  de  l'aider  à  sauver  ses  meubles. 


:j|- 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


518 


Il  faut  aussi  tenir  compte  de  la  longue  durée  du  fer,  com- 
parativement à  celle  du  bois,  qu'on  est  obligé  de  renouveler 
parfois  au  bout  de  peu  d'années,  et  de  la  possibilité  de  dé- 
placer à  volonté  les  foyers  de  cheminée,  et  d'en  établir  de 
nouvelles  partout  où  bon  semblera,  sans  s'inquiéter  de  ce 
qui  est  sous  le  foyer,  et  sans  craindre  les  admonestations  de 
la  voirie. 

La  charge  se  trouve  plus  régulièrement  distribuée  sur  les 
murs  par  la  suppression  des  enchevêtrures,  qui  la  portent 
sur  quelques  points  seulement,  sans  compter  les  difficultés 
que  présentent  dans  leurs  dispositions  les  enchevêtrures 
elles-mêmes,  source  féconde  d'incendies. 

Au  surplus,  les  bois  devenant  chaque  année  plus  cher», 
d'une  part,  et  les  perfectionnements  croissants  de  la  fabri- 
cation des  fers  diminuant  progressivement  la  valeur  de  ce 
métal,  malgré  l'énorme consoinmation  qui  s'en  fait,  le  temps 
n'est  pas  éloigné  peut-être,  où,  tout  en  faisant  largement  les 
choses,  les  planchers  en  fer  coûteront  moins  que  ceux  en 
bois. 

Vn  temps  viendra  aussi,  n'en  doutons  pas,  où  les  loca- 
taires, avant  d'arrêter  un  logement,  s'informeront  si  les 
planchers  de  la  maison  sont  en  fer,  la  diminution  des  risques 
provenant  de  l'incendie  étant  de  nature  à  augmenter  la  va- 
leur d'un  appartement. 

On  recule  souvent  de  prime-abord  devant  le  prix  de  l'u- 
nité d'une  fourniture  qui  ne  constitue  qu'une  partie  d'un 
grand  travail. 

Quelquefois  on  se  laisse  impressionner  par  le  prix  un  peu 
élevé  de  l'unité  de  mesure  d'une  fourniture,  avant  de  s'être 
rendu  compte  de  l'augmentation  totale  que  l'adoption  de 
cette  fourniture  apporterait  au  prix  de  revient  de  l'ensemble 
du  travail.  Cette  espèce  de  panique  est  tout  à  fait  déraison- 
nable, et,  pour  ne  pas  mériter  ce  reproche  nous-même,  nous 
allons  calculer  combien  l'emploi  des  planchers  en  fer  aug- 
menterait le  prix  de  revient  d'une  maison  ordinaire. 

Soit  une  maison  de  10  mètres  de  large  sur  10  mètres  de 
profondeur  dans  œuvre,  et  dont  la  superficie  serait  de 
100  mètres  carrés.  A  700  fr.  par  mètre  superficiel,  cette 
maison  coûterait  70,000  fr.  Si  nous  adoptons  pour  les  plan- 
chers en  fer  le  système  de  M.  Vaux,  dont  nous  donnerons 
ci-après  la  description,  et  dans  des  portées  moyennes 
de  5  mètres,  qui  coûtent  3  fr.  23  c.  par  mètre  de  plus  que 
ceux  en  bois,  compris  ferrure,  nous  aurons  par  plancher  un 
excédant  de  325  fr.  ;  pour  cinq  planchers  et  un  comble,  ce 
sera  une  augmentation  de  l,S)50fr.  Cette  somme  ne  repré- 
sente que  la  trente-sixième  partie  de  la  dépense  totale,  ou 
moins  de  3  p.  0/0. 

Que  les  spéculateurs  qui,  en  général,  ne  regardent  pas  de 
trop  près  aux  conditions  de  durée  des  maisons  qu'ils  bâtis- 
sent, tiennent  à  un  surcroît  de  bénéfice  de  3  p.  0/0,  nous  le 
concevons  sans  peine  ;  mais  que  des  capitalistes,  des  pères 
de  famille,  que  ceux  qui  ne  suivent  pas  ce  précepte  banal  : 
Acheter  lu  folie  des  autres,  tout  en  faisant  soi-même  la  plus 
grande  folie  ;  que  ceux  enfin  qui  bâtissent  pour  plat-er  leurs 


fonds,  regardent  à  un  si  minime  surcrotl  de  dépenses,  lors- 
qu'il s'agit  d'avantages  aussi  iocootestables,  nous  oe  les 
concevons  pas. 

Quoique  les  succès  obtenus  par  les  inventeurs  d'armatores 
diverses  aient  jusqu'ici  laissé  beaucoup  &  désirer,  et  quoique 
leurs  essais  n'aient  pas  tous  été  faits  probablement  dans 
l'intérêt  général,  nous  devons  néanmoins  lenr  en  savoir  gré, 
car  ceses.sais  n'ont  pas  été  toujours  fructueux  ;  et  ce|)endant 
le  public  profite  aujourd'hui  de  l'expérience  acquise. 

A  l'exception  de  .M.  Schwichardi,  qui  inventa,  il  y  a  bon 
nombre  d'années  déjà,  des  planchers  en  lames  de  Idie  posées 
de  champ,  et  qui  portaient  une  charge  assez  forte,  nul, 
jusqu'à  ce  jour,  à  notre  connaissance,  n'a  atteint  un  degré 
de  simplicité  comparable  à  celui  obtenu  par  .M.  Vaux,  ser- 
rurier à  Paris,  dans  le  système  de  planchers  que  nous  allons 
décrire. 

On  peut  dire  de  ce  système  que  c'est  le  plancher  réduit 
à  sa  plus  simple  expression. 

Description  du  plancher  de  M.  Vaux.  —  Ce  plancher, 
dont  nous  donnons  le  plan  et  les  coupes  dans  la  pi.  hh,  fg. 

3,  4  et  5,  se  compose  d'une  série  de  solives  en  fer  a,  fig.  3, 

4,  5,  C,  7  et  8,  de  '.)  millimètres  d'épaisseur,  et  de  10  à 
20  centimètres  de  largeur,  selon  la  portée,  posées  de 
champ  sur  les  murs,  à  environ  75  centimètres  les  unes  des 
autres. 

Ces  solives  cintrées  de  0,"'0i  de  flèche  par  mètre  de  lon- 
gueur, et  fendues  en  queue  de  carpe,  à  chaque  extrémité, 
sont  maintenues  entre  elles  par  une  série  d'enlretoises  en 
fer  carré  b,  fig.  3,  i,  5  et  7,  et  détaillées  fig.  6,  7,  Set  9,  de 
1 G  millimètres,  coudées,  contrecoudécs  et  placées  à  la  même 
distance  les  unes  des  autres  que  les  solives. 

Ces  entretoises  se  harponnent  par  le  haut,  sur  le  dos  des 
solives,  et  d&icendent,  à  un  centimètre  près,  jusqu'au  bas 
de  celles-ci  (voy.  fig.  6,  7,  8  et  9). 

En  travers  des  entretoises,  et  parallèlement  aux  solives, 
sont  posées  dans  chaque  travée  deux  tringles  en  fer  ctriihm, 
de  1 1  millimètres  (voy.  c,  fig.  3,  5  et  7),  chacun  d'un  seul 
morceau,  et  portant  queue  de  carpe  aux  deux  bouts.  Ces 
tringles  divisent  chaque  travée  en  trois  parties  égales. 

Lorsqu'on  veut  former  chaînage  entre  les  plsnchen  de 
plusieurs  pièces  contiguës,  on  chevauche  et  on  relie  par  des 
boulons  les  extrémités  voisines  de  deux  en  deux  travées 
(Voy.  (/.,  fig.  3  et  t). 

L'épaisseur  des  solives  est  invariablement  fixée  à  9  milli- 
mètres, mais  la  hauteur  de  leur  section  augmente  avec  la 
portée.  D'après  les  r^les  établies  par  l'inventeur,  et  que 
nous  croyons  susceptibles  de  modifications,  cette  hauteur  est 
de  la  trente-septième  partie  de  la  portée.  Ainsi,  elles  ont 
une  section  de  0",I0S  X  0-,009  pour  les  portées  de  I 
mètres;  0<>,I33  X  0,009  pour  celles  de  3  métrer;  0*,I62 
X  0-,009  pour  celles  de  6  mètres,  et  0",i90  X  0-,009  pour 
les  portées  de  7  mètres. 

Le  poids  total  du  fer  par  mètre  carré  de  surfare  est,  pour 
les  portées  de  4  mètres,  de   16^,65;  pour  6  mètres,  de 


519 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


520 


18,80;  pour  6  mètres,  de  21'*, 25,  et  pour  7  mètres,  de 
22k,45, 

L'espacement  des  solives  est  fixé  à  0"'Jb,  d'axe  en  axe, 
sauf  des  fraclions  en  plus  ou  en  moins  lorsque  l'espace  n'est 
pas  divisible  jmr  75  ;  mais  il  vaut  toujours  mieux  adopter  la 
division  par  fractions  en  moins.  Si  ce  mode  augmente  un 
peu  la  dépense,  la  solidité  y  gagne. 

Les  dimensions  des  entretoises  h,  et  des  remplissages  c, 
sont  invariablesd'aprèsles  règles  établies  parl'auteur,  quelle 
que  soit  la  portée  des  solives.  A  cela  il  n'y  a  rien  à  dire 
pour  les  entretoises,  dont  la  longueur  ne  varie  que  faible- 
ment ;  mais  les  remplissages  c,  dont  la  longueur  varie  de  1, 
à  7  ou  8,  étant  scellés  de  chaque  bout,  et  devant  parfois 
concourir,  par  leur  tension,  à  porter  une  partie  de  la  charge 
du  plancher,  ils  exigeaient  une  grosseur  proportionnelle  à 
leur  longueur,  ainsi  qu'on  l'observe  aux  câbles-chaînes  des 
ponts  suspendus. 

Nous  voudrions  donc  que  la  section  des  remplissages, 
fixée  à  0™,010  carrés  pour  les  portées,  de  2  mètres  et  au- 
dessous,  fussent  de  0"',0H  pour  les  portées  de  2  à  4  mè- 
tres, de  Om,OI2  pour  celles  de  4  à  6  mètres,  et  ainsi  de 
suite  de  2  en  2  mètres. 

Un  des  avantages  du  système  Vaux  sur  les  autres  systèmes 
soit  en  fer,  soit  en  bois,  est  d'avoir  beaucoup  moins  d'épais- 
seur, ce  qui  permet  de  donner  de  10  à  15  centimètres  de 
hauteur  en  plus  à  chaque  étage,  en  raison  inverse  des  por- 
tées, ou  de  réduire  de  0™,60  à  0">,90  la  hauteur  totale  d'un 
bâtiment  à  cinq  étages. 

Les  planchers  Vaux  n'exigent  aucune  soudure,  aucun 
assemblage,  aucun  percement.  Il  n'y  a  d'autre  façon  que  le 
cintrage  des  solives,  effet  qu'on  obtient  en  les  martelant  à 
froid,  que  la  fente  et  le  coudage  des  queues  de  carpe,  et  le 
coudagedes  entretoises.  Il  n'est  guère  possible,  'comme  on 
voit,  de  réduire  davantage  la  main-d'œuvre. 

L'excédant  de  dépense,  dans  les  systèmes  à  fermettes,  ré- 
side dans  la  main-d'œavre,  qu'il  faut  surtout  réduire  lors- 
qu'il s'agit  d'objets  dont  le  but  principal,  unique  même,  est 
d'offrir  une  résistance  mécanique.  Dans  le  système  Vaux,  au 
contraire,  cet  excédant  réside  dans  un  supplément  de  ma- 
tière, lequel  constitue  une  valeur  intrinsèque,  réelle,  tout  en 
offrant  plus  de  chances  de  durée. 

Dans  les  systèmes  à  fermettes,  la  résistance  dépend  plus 
de  la  combinaison  des  parties  constituantes  des  solives  que 
de  la  force  virtuelle  de  la  matière.  Mais  comme  ces  parties 
constituantes  sont  très-grcles,  ime  certaine  altération  dans 
Tune  d'elles  peut  devenir  une  cause  de  ruine,  tandis  que 
dans  le  système  Vaux,  ou  dans  tout  autre  système  analogue, 
la  simplification  est  si  grande,  que  la  résistance  des  plan- 
chers réside  principalement  dans  la  rigidité  de  la  matière. 
Nous  n'avons  qu'une  confiance  très  limitée  dans  la  combi- 
naison des  fermettes. 

Deux  commissions  ont  été  nommées,  en  1845,  pour 
l'examen  du  plancher  Vaux  ;  l'une  par  le  gouvernement, 
l'autre  par  la  ville  de  Paris.  Nous  regrettons  que  ces  com- 


missions n'aient  pas  encore  publié  leurs  rapports  ;  car,  lors- 
qu'il s'agit  d'une  invention  aussi  usuelle  que  celle  d'un  bon 
système  de  plancher,  on  devrait  se  hâter  d'édifier  le  public 
sur  sa  valeur,  afin  d'en  propager  ou  d'en  arrêter  l'emploi. 

Dans  ces  épreuves,  un  plancher  de  5  mètres  de  portée  a 
soutenu  une  charge  de  500  kilogr.  par  mètre  carré  de  sur- 
face. Avant  le  hourdis  plein  de  ce  plancher,  les  solives 
avaient  0™,050  de  flèche  ;  après  le  hourdis,  elles  furent  ré- 
duites à  0™,0Zi5. 

Sous  une  charge  de  500  kilogr.  par  mètre,  soit  9,000  k. 
pour  la  surface  totale,  il  ne  restait  plus  que  0",030  de  flè- 
che, et  après  quarante-huit  heures  de  charge  la  flèche  fut 
réduite  à0ni,025.  Lorsqu'on  eut  déchargé  le  plancher,  il  re- 
prit Ora.OiO  de  flèche'. 

Une  épreuve  d'un  autre  genre  fut  faite  par  M.  le  profes- 
seur Jay.  Ou  construisit,  sur  les  deux  solives  du  milieu 
d'un  plancher  de  6  mètres  de  portée,  un  mur  de  0"',50  d'é  - 
paisseur,  et  de  1  mètre  de  hauteur.  La  projection  horizontale 
des  extrémités  de  ce  mur  tombait  à  0^,08  dans  œuvre  des 
points  d'appui  des  solives.  Au  conunencement  de  l'expé- 
rience les  solives  avaient  une  flèche  de  courbure  de  C^jOTO. 

Lorsque  le  mur  fut  élevé  à  une  hauteur  de  Om,50,  les  so- 
lives fléchirent  de  0™,02o;  arrivé  à  0™,80,  la  flexion  avait 
augmenté  de  0">,010  :  et  lorsqu'il  fut  arrivé  â  r",00,  la 
flexion  s'était  encore  accrue  deO",OIO;  la  flexion  totale  était 
alors  de  0"',045  ;  et  il  ne  restait  plus  que  0"',025  de  flèche. 

Au  bout  de  trois  jours  de  charge,  les  solives  baissèrent 
de  nouveau  de  0^,025,  ce  qui  les  réduisit  à  la  ligne  droite. 
Pendant  les  six  jours  suivants  les  solives  conservèrent  le 
même  état.  Après  la  démolition  et  l'enlèvement  des  maté- 
riaux, les  solives  reprirent  0"',065  de  flèche. 

Les  matériaux  pesés,  avec  soin,  étaient  de  4,152  kilogr., 
et  comme  l'espace  compris  entre  les  deux  solives  était  de 
4"',50  superficiels  (6">,00  -F  0"',75),  la  charge  était  de  922  k. 
par  mètre  superficiel. 

Cette  expérience  ne  nous  paraît  pas  concluante,  bien  que 
les  extrémités  du  mur,  formant  charge  d'épreuve,  tombas- 
sent dans  œuvre  des  murs  d'appui  ;  car  le  mur  de  charge 
devait  vaincre  sa  propre  rigidité  avant  d'agir  sur  celle  des 
solives  qui  le  portaient.  La  majeure  partie  de  la  charge 
agissant  dans  le  voisinage  de  la  portée  des  solives,  le  milieu 
de  celles-ci  ne  pouvait  être  chargé  que  par  la  rupture  ou  la 
flexion  du  mur. 

11  est  présumable  que  si  l'on  eût  laissé  ce  mur  en  charge 
pendant  quelques  mois,  il  aurait  fini  par  se  rompre  et  aug- 
menter progressivement  la  flexion  des  solives. 

Pour  rendre  l'épreuve  décisive,  il  eût  fallu  couper  le  mur 
par  tranches  qui  eussent  agi  séparément. 

M.  Vaux  s'est  aussi  occupé  de  la  question  des  poitrails  en 
fer.  Au  lieu  d'employer  des  fers  carrés,  comme  on  le  fait 
généralement,  il  a  choisi  avec  raison  les  fers  méplats,  posés 
de  champ,  qui,  à  section  égale,  offrent  une  bien  plus  grande 
résistance. 

Les  linteaux  dont  les  fig.  1  et  2  donnent  le  plan  et  l'éléva- 


521 


HEVL'K  DE  LARCIIITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PIAMCS. 


tioD.  et  les  fig.  10,  1 1 ,  12,  13  et  14,  les  détails  se  compo- 
sent de  deux  barres  de  0™,  160  sur  O™,  030  d'épaisseur  repré- 
sentant une  section  de  48  centimètres  carrés.  Les  deux  barres, 
formant  linteau,  sont  reliées  extérieurement  par  une  série 
de  ceintures  e,  /î(/.  1,  "2,  10  et  12,  en  fer  plat  de  0",  060 
sur  0"",  010,  etmaintenues  intérieurement  par  autant  déca- 
drés en  fer  carré  de  0"-,  027.  f,  fuj.  1 0  et  12. 

Les  ceintures,  étant  posées  à  chaud,  serrent  fortement  les 
linteaux  contre  les  cadres  en  se  refroidissant.  Cette  combi- 
naison relie  si  étroitement  l'ensemble,  qu'un  linteau  de  7 
ou  8  mètres  de  long  peut  se  transporter  par  voitures  sans  se 
désunir. 

La  surface  de  la  tranche  de  ces  linteaux  qui  doit  rece- 
voir la  maçonnerie  supérieure,  n'étant  en  somme  que  de 
6  centimètres  de  large  pour  un  mur  de  50  centimètres,  il  y 
a  danger  d'écrasement  des  matériaux.  Nous  voudrions  donc 
qu'on  recouvrît  chaque  linteau  d'une  plate-bande  en  fer  de 
Om,  080  do  large  surO"',  010  d'épais,seur  (voy.  fifj.  13  et  14}, 
maintenue  par  deux  oreillons  à  chaque  extrémité.  Le  fer  pré- 
senterait alors  à  la  maçonnerie  un  lit  de  0'",  10  de  large  au 
lieu  de  0'",  06,  ou  presque  le  triple. 

CONCLISION. 

Nous  ne  dirons  pas  que  M.  Vaux  ait  atteint  le  maximum  du 
perfectionnement  des  planchers  métalliques  ;  mais  de  tous  les 
systèmes  que  nous  connaissons,  aucun  n'en  approche  de 
plus  près,  sauf  peut-être  pour  la  réduction  des  prix,  sous  le 
double  point  de  vue  de  la  durée  et  de  la  stabilité.  11  a  réduit 
autant  que  possible  la  main-d'œuvre,  et  il  a  fait  fabriquer 
exprès  des  fers  qui  ne  se  trouvaient  pas  dans  le  commerce. 

11  est  probable  qu'en  employant  des  fers  moitié  moins 
épais,  ce  qui  donnerait,  à  poids  égal,  deux  solives  pour  une, 
et  en  réduisant  de  moitié  la  largeur  des  entrerou.r,  on  par- 
viendrait à  supprimeras  remplissages,  et  à  réduire  considé- 
rablement la  grosseur  des  entretoises,  devenues  de  moitié 
plus  courtes,  et  tout  cela  en  conservant  une  résistance  abso- 
lue à  peu  près  égale  ;  mais  des  solives  aussi  minces  se  défen- 
draient mal  contre  l'oxydation  et  contre  la  flexion  latérale. 

Nous  pensons  qu'il  est  possible  d'obtenir  quelques  avan- 
tages dans  la  modification  des  proportions  et  du  cintremenl 
des  solives  du  système  Vaux.  Mais  nous  proposerons  un  autre 
moyen  qui  est  du  ressort  des  maîtres  de  forges. 

Ce  moyen  consisterait  à  fabriquer  des  solives  en  arc  de 
cercle  sur  une  rive  et  en  ligne  droite  sur  l'autre,  en  forme 
de  segment  de  cercle.  La  hauteur  maximum  de  section  serait 
au  milieu  et  diminuerait  progressivement  vers  les  extrémités, 
où  elle  serait  réduite  à  moitié  ou  environ.  L'expérience  don- 
nerait la  mesure  des  dimensions  proportionnelles  de  la  sec- 
tion médiane  et  des  sections  extrêmes.  Le  poids  du  fer  se 
trouverait  ainsi  réduit  de  près  d'un  quart  sans  que  la  résis- 
tance fût  sensiblement  diminuée. 

Nous  avouons  que  la  fabrication  des  fers  de  cette  forme 
présentera  quelques  dilVicultés.  mais  la  véritable  industrie  ne 
consiste  pas  seulement  à  produire  beaucoup  et  au  meilleur 
T.  VII. 


marché  possible  ;  elle  consiste  aussi  à  varier  la  forme  des  pro* 
duits  suivants  les  exigences  des  consommateurs,  et  ceU  en- 
core au  meilleur  marché  possible. 

II.  JA.N.MARD. 

Aithiim»  ilu  j'iurrrD>naa>t. 


OBSERVATIONS  (I) 

ftmatrttM 

PAR  LA  SOCIÉTÉ   CENTRALE  DES  ARCIUTECTES 

NÉCESSITÉ  D1.\ST1TI'EH  IN  DIPLOME  D'AflCHlTCCTB 

n 

FROGKAUME  DES  CO.NNAISSANCES  EXIGIBLES  POVB  fOBTEimOJi 
DE  CE  bl  PLUME. 

(Deuiiime  et  dernière  partie,  voy.  roi.  3M.) 

Tel  est  l'ensemble  de  connaissances  dont  la  Société  a  pensé 
que,  pour  obtenir  le  nipt.0MK  d'ahchitectk,  il  devait  c*trejufi- 
lifié  par  des  examens  et  des  concours  spéciaux. 

Il  avait  été  proposé  divers  cas  d'exemption  deces  rancouraet 
examens,  particulièrement  à  l'égard  des  élèves  de  l'École  royale 
qui  auraient  remporté  un  premier  ou  un  deuxième  grand  prix, 
ou  le  prix  départemental.  En  reconnaissant  tout  ce  que  de  pa- 
reilssuccèsprésententcommegarantiedelalentpld'instruction, 
la  Société  a  pensé  qu'il  serait  d'autant  plus  facile  aux  laurétts 
de  satisfaire  aux  conditious  du  programme,  et  que  dès  lors,  m 
principe  il  ne  devait  y  avoir  aiKune  exemption  : 

Ces  examens  et  concours  exigeront  sans  doute  la  formation 
A'unjuryspéeial,et  il  avait  été  fididirencs  propositions  relaliires 
à  sa  composition.  I*t  Société  a  pensé  qu'il  convenait  d'en  référer 
à  l'administration  supérieure;  mais  elle  appelle  son  attention 
bienveillante  sur  la  nécessité  et  la  convenance  que  ce  jury  soit 
principalement  composé  (f  architectes,  afin  de  conserver  aux  ex«- 
menslecaractèreparticulièrementartistiqnequi  doit  ydomino* 
même  en  ce  qui  concerne  les  connaissances  positives  et  leon 
applications.  La  section  d'architecture  de  l'Académie  royaledes 
IVaux-Arts ,  le  professorat  et  le  jury  de  l'école,  leCoaaeil  gêné- 
rai  des  bâtiments  civils,  les  agences  des  travaux  des  Mtiments 
civils,  et  la  Sociétécentraleofl^ntan  choix  de  l'administration 


^1)  La  Rt'Tolutioa  de  fi^vrier  a  cban(i',  sar  ^iilfWi  paiMi  km  iàém  €mÊ» 
partie  des  membres  de  la  SocicU-,  et  dans  de  nrcMI 
nouveau  oocap<'  des  qoestioas  abordt'es  ici.  La  Soeiêl^  i 
dans  un  nouTeao  rapport  qiwnotit  rappmebMmi»  4»  «mthmntiAim(tt,êm  0.) 

M 


523 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


524 


un  assez  grand  nombre  d'hommes  spéciaux  et  de  mérites  divers 
pour  qu'il  soit  possible  et  dès  lors  désirable  de  n'user  qu'avec 
une  sage  réserve  de  toute  adjonction  étrangère. 

Ilavaitétéégalementdemandéquela  Société  examinât  «quel 
»  estl'état  actuel  de  l'enseignement  de  l'architecture  et  des  con- 
»  naissances  préparatoires  et  accessoires  à  l'Kcole  royale  des 
•0  Beaux-Arts ;quellesaméliorations,quellesadditionscetensei- 
»  gnement  peut  laisser  à  désirer  ;  et  par  quels  moyens  il  devrait 
»  y  être  pourvu  en  raison  de  l'ensemble  de  connaissances,  évi- 
»  demment  plus  fort  et  plus  complet,  renfermé  dans  le  pro- 
»  gramme  dont  il  vient  d'être  question.  » 

Mais  la  Société  a  pensé  qu'un  pareil  examen  devait  être  réservé 
à  l'administration  supérieure,  aidée  des  lumières  de  la  classe  des 
Beaux-Arts,  et  particulièrement  de  la  section  d'architecture  de 
l'Institut  et  de  l'École.  Pénétrée  de  respect  et  de  reconnaissance 
pour  cette  École  dont  presque  tousles  membresont  été  les  élèves, 
Ja  Société  sait  que  l'École  royale  est  la  plus  parfaite  et  la  plus 
illustre  qui  existe,  mais  qu'en  même  temps,  comme  toute  insti- 
tution, elle  peut  encore  être  améliorée,  perfectionnée.  La  Société 
fait  des  vœux  pour  que  toutes  les  sources  d'enseignement  né- 
cessaires à  l'exercice  de  l'architecture  puissent  être  réunies  à 
l'École  royale,  sans  toutefois  faire  perdre  aucunement  à  l'en- 
seignementarchitectural  même,  sous  le  rapport  purement  artis- 
tique, toute  l'importance,  toute  la  prééminence  qu'il  doit  avoir. 
A  cet  égard,  la  Société  ne  peut  que  rappeler  ce  qui  était  égale- 
ment dit  dans  le  rapport  préparatoire  qui  a  précédé  sa  formation 
(p.  8  et  9).  «  L'école  a  nécessairement  un  double  but.  C'est 
»  d'abord  une  des  sources  d'enseignement  que ,  comme  pour  tous 
»  les  autres  arts  ainsi  que  pour  les  lettres  et  les  sciences,  la 
»  munificence  du  gouvernement  ouvre  aux  artistes,  aux  savants, 
»  aux  simples  amateurs  même  ;  et  sous  ce  rapport  l'École  laisse 
»  certainement  peu  à  désirer.  Mais  c'est  aussi  la  pépinière 
»  d'oùles  administrations  et  les  particuliers  doivent  pouvoir  tirer 
»  des  praticiens  pourvus  de  toutes  les  connaissances  néces- 
»  saires,etc.  » 

Quant  aux  difficultés  qui  pourraient  se  rencontrer  pour  cen- 
traliser et  compléter  ainsi  l'enseignement  architectural,  la 
Société  est  convaincue  que  ces  difficultés  ne  sont  pas  plus  insur- 
montables que  ne  l'ont  été  celles  qui  pouvaient  s'opposer,  en 
ce  qui  concerne  l'administration,  aux  améliorations  successives 
de  l'Pkole  polytechnique,  de  celles  de  diverses  classes  d'ingé- 
nieurs, des  écoles  de  droit,  de  médecine,  etc.,  ou  àla  formation, 
par  de  simples  particuliers,  des  écoles  de  commerce,  des  arts 
et  manufactures,  etc. 

Du  reste,  en  reconnaissant  hautement  que  l'École  royale  est 
déjà  le  meilleur  centre  d'instruction  pour  les  jeunes  architectes, 
en  faisant  des  vœux  pour  qu'il  en  soit  toujours  et  de  plus  en  plus 
ainsi,  la  Société  reconnaît  également,  comme  le  faisait  déjà  le 
rapport  précité,  «  qu'il  peut  exister  d'autres  sources  d'instruc- 
»  lion,  soit  dans  les  écoles  particulières,  soit  surtout  dans  les 
»  écoles  publiques  déjà  instituées  ou  qui  pourraientêtre  créées 
»  à  l'avenir  dans  les  départements.  »  Elle  pense  donc  qu'au- 
cune obligation  ne  doit  être  imposée  à  ce  sujet.  Ce  qui  importe, 
c'est  de  posséder  les  connaissences  voulues,  et  d'en  faire  la 
preuve  authentique,  quelles  que  soient  les  sources  où  ces  con- 
naissances auront  été  acquises. 

Sans  doute,  en  adoptant,  en  sanctionnant  les  mesures  qui  ont 
été  exposées  jusqu'ici,  l'administration  sup  jrieure  aurait  beau. 


coup  fait  pour  l'art,  pour  les  architectes  en  général,  et  pour  tous 
les  intérêts  dont  ils  ont  à  s'occuper.  C'est  aussi  tout  ce  qu'elle 
peut  faire  en  ce  qui  concerne  les  travaux  particuliers.  Mais  il 
importe  encore  de  signaler  ici  l'absence  de  toute  organisation 
fixe  et  positive,  en  ce  qui  concerne  les  travaux  exécutés  pour  le 
compte  de  l'État,  des  départements,  des  communes  et  des 
diverses  administrations  publiques  à  Paris  ou  dans  les  dépar- 
tements; et  de  faire  remarquer  les  nombreux  inconvénients 
qui  en  résultent,  sinonà  Paris,  du  moins  dansuu  grand  nombre 
de  départements,  où  des  travaux,  quelquefois  d'une  grande 
importance  par  leur  destination  etpar  la  dépense  qu'ils  doivent 
entraîner,  sont  confiés  à  des  hommes  plus  ou  moins  étrangers 
à  l'art  de  bâtir,  souvent  au  grand  préjudice  des  communes  et 
des  administrations  qui  les  emploient. 

Sans  doute  aussi,  une  fois  le  diplôme  institué,  nul  ne  pouvant 
et  ne  devant  être  employé  dans  ces  divers  travaux  soit  comme 
architecte,  soit  comme  inspecteur,  s'il  n'est  porteur  de  ce  di- 
plôme, une  partie  des  abus  existants  disparaîtrait  par  cela  seul. 

Mais  ces  mesures  seraient  entièrement  insuffisantes,  si  le 
choix,  la  nomination,  et  par  suite  le  remplacement  des  archi- 
tectes restaient,  comme  cela  a  lieu  presque  généralement,  à  la 
discrétion  et  dès  lors  parfois  à  l'arbitraire  des  autorités  locales 
et  des  hommes  influents  qui  peuventles  diriger.  On  perpétuerait 
ainsi  la  situation  précaire,  incertaine,  inférieure,  dans  laquelle 
se  trouvent  presque  tous  les  architectes  dans  les  dèparlements, 
situation  qui  est  évidemment  cause  qu'un  grand  nombre  de 
jeunes  architectes  capables  et  instruits  refusent  d'aller  s'y  fixer 
et  préfèrent  courir  dans  la  capitale  les  chances  d'une  concur- 
rence illimitée. 

La  société  est  loin  de  réclamer  pour  les  architectes  des  bâti- 
ments civils  une  organisation  entièrement  semblable  à  celle 
des  diverses  classes  d'ingénieurs  ;  mais  elle  est  fortement  per- 
suadée que,  dans  l'intérêt  bien  entendu  de  ce  service,  il  im- 
porte d'assurer  aux  architectes  qui  s'y  consacrent  avec  con- 
science, à  Paris  et  dans  les  départements,  une  position,  une 
fixité  convenables  et  des  règles  positives  d'avancement.  Or, 
tandis  que  tout  ingénieur  jouit  de  l'honneur  et  des  avantages 
de  l'Institution  royale,  cela  n'a  même  pas  lieu  pour  les  grades 
les  plus  élevés  dans  le  service  des  bâtiments  civils  ;  et  souvent 
les  architectes  ne  sont  pas  même  à  la  nomination  du  ministre, 
mais  à  celle  des  préfets,  des  maires,  ou  de  leurs  subordonnés, 

La  Société  prend  donc  également  la  liberté  d'appeler  sur  ce 
point  important  toute  la  sollicitude  de  l'administration  supé- 
rieure. 

La  Société  résumera  ainsi  qu'il  suit  l'ensemble  des  mesures 
dont  la  nécessité  vient  d'être  exposée. 

i»  Institution  d'un  diplôme  ou  certificat  de  capacité,  indispen- 
sable à  l'avenir  pour  prendre  légalement  le  titre  d'architecte  et  en 
exercer  les  fonctions,  soUpour  les  particuliers,  soit  pour  les  diver- 
ses administrations  publiques  à  Paris  et  dans  les  départements. 

2"  Délivrance  immédiate  et  sans  examen  de  ce  diplôme  à  tous 
les  architectes  actuellement  en  fonctions,  et  exerçant  Iwnorablement 
de  façon  à  respecter  toutes  les  positions  existantes  et  les  droits 
acquis. 

3"  Adoption  du  programme  des  connaissances  théoriques  et  pra- 
tiques qui,  à  l'avenir,  seront  exigées  sans  aucune  exception 
pour  la  délivrance  du  diplôme,  d'après  des  examens  et  concours 
spéciaux. 


f;9n 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  i'IBIJCS. 


BM 


4"  Institution  à  cet  r/feid'un  jury  spécial  composé  princiimkmenl 
(T architectes  pris  parmi  les  membresde  l'Instilut,  du  professorat 
et  du  jury  de  l'école,  du  conseil  général  et  des  agence»  des  bâ- 
timents civils,  ou  de  la  société  centrale. 

5"  Création  des  nouvelles  branches  d'enseignement  nécessaires 
en  raison  du  programme  précité. 

6"  Enfin,  organisation  du  service  des  bâtiments  civils  à  Paris  et 
dans  les  départements,  de  façon  à  assurer  aux  architectes  qui  s'y 
consacrent  la  position,  la  flxitii  et  un  avenir  convenables,  ot  â 
engager  ainsi  un  plus  grand  nombre  d'architectes  capables  à 
se  fixerdans  les  départements. 

Tel  est  l'ensemble  des  vues  que,  d'après  des  discussions  ap- 
profondies, après  un  long  et  mûr  examen,  la  Société  croit  de 
son  devoir  de  soumettre  aux  lumières  ef  à  la  bienveillance  de 
l'administratiou  supérieure,  comme  susceptible  d'atteindre  ce 
double  but. 

Assurera  laprofcssion  d'architecte  toute  la  considération  quilui 
est  due  en  faisant  cesser  enfin  le  vague  et  l'indé finition  qui  existe  à 
cet  égard  jusque  dans  nos  lois; 

Assurer  également,  dans  l'intérêt  des  ailministrations  publiques 
et  des  particuliers,  toutes  les  garanties  de  talent,  d'instruction  et 
d'expérience  que  réclament  la  bonne  exécution  des  monuments,  des 
édifices  cl  des  constructions  en  général,  et  le  bon  emploi  des  fonds 
qui  y  sont  consacrés. 

La  Société  ose  espérer  quel'adminislralion  supérieure  recon- 
naîtra toute  la  nécessité,  l'urgence  même  de  pourvoir  à  des  amé- 
liorations depuis  si  longtempsdésirées  ;  que,  dans  sa  haute  sol- 
licitude pour  lesintérêtspublicsetparticuliers,  elle  saura  trouver 
moyen  de  les  réaliser  ;  enfin  que,  dans  l'esprit  de  justice  qui  l'a- 
nime, elle  ne  voudra  pas  moins  faire  pour  l'architecture  qu'il 
n'a  été  fait,  non-seulement  pour  les  pouts-et-chaussées  et  les 
mines,  mais  aussi  pour  le  droit,  la  médecine,  etc. 

En  ce  qui  concerne  l'enseignement  que  réclame  l'exercice  de 
l'architecture,  comment  ne  pas  compter  sur  les  bienveillantes 
dispositions  du  gouvernement,  lorsque  déjà  il  a  tant  faitet  qu'il 
prépare  encore  tantd'améliorations  pour  l'instruction  dedivers 
degrés,  et  particulièrement  pour  celle  des  classes  laborieuses, 
pour  les  ouvriers  que  les  architectes  sont  appelés  à  diriger,  et 
qu'ils  doivent,  en  conséquence,  surpasser  en  connaissances  po- 
sitives? 

Quant  aux  mesures  d'ordre  et  d'organisation  réclamées  en  fa- 
veur de  l'architecture,  l'administration  sait  que  cet  art  est  celui 
de  tous  qui  transmet  à  la  postérité  par  les  caractères  les  plus  au- 
thentiques et  les  plus  ineffaçables,  la  gloire  d'une  époque  et  les 
témoignages  desa  civilisation.  Et,  sous  un  règne  signalé  par  l'é- 
rection, l'achèvement  ou  la  restauration  de  tant  de  monuments 
nationaux,  de  tant  d'édifices  publics,  les  architectes  n'auront  pas 
réclamé  en  vain  les  moyensde  remplirdignement  la  haute  mis- 
sion qui  leur  est  altribuée,  et  d'assurer  à  tous  la  somme  de  con- 
naissances et  de  garanties  de  toute  sorts  que  cet  mission  exige. 

Persuadée  d'avoir  ainsi  rempli  un  devoir  qui  dérivait  impé- 
rieusement du  but  qu'elle  s'est  proposé  lors  desa  formation,  la 
Société  se  réserve  d'examinerultérieurement,  si  elle  ne  devra 
pas  elle-même  adopter  à  l'avenir,  pour  le  mode  d'admission 
dans  son  sein,  des  mesures  qui,  sans  déroger  à  ses  statuts  et 
règlements,  concourent  avec  les  vues  qu'elle  vient  d'exposer. 

Quant  à  présent,  la  Société  se  borne  à  soumettre  ses  vues  à 
l'administration  supérieure,  avec  une  respectueuse  conâance, 


et  la  prie  instamment  d'y  accorder,  auMïlôt  que  powible,  toate 
l'attention  que  mérite  le  but  vers  lequel  elles  tendent  ; 

t  Le  perfeclionnemem  de  Tari  et  hi  garantie  de  tout  leê  inlérits 
r>  rpi'il  embrasse,  i 


VOYAGE  DE  DEUX  ARTISTES. 

DISfllSSIONS    d'aBT.    HISTOtnE  OtStKUX  WJ  r«TAOe. 

Nous  avons  dans  nos  cartons  une  série  d'articles  portant  1» 
date  de  la  fin  de  1847,  et  qui  devait  voir  le  jour  daos  les  pre- 
miers mois  de  1848.  A  la  suite  de  la  Uévolution  de  février  et 
des  agitations  des  mois  suivants,  qui  absorbaient  ajuste  titre 
toute  l'attention  et  tout  l'intérêt  du  pays,  nops  avons  cru 
qu'il  fallait  retarder  la  publication  de  nos  numéros  pendant 
quelque  temps  (voy.  V Adresse  à  nos  lecteurs,  col.  449).  An 
moment  de  reparaître,  il  nous  a  donc  fallu  trier  nos  maté- 
riaux, rejeter  tout  ce  qui  puisait  sa  valeur  dans  i' actualité 
d'alors,  et  ne  retenir  que  les  mémoires  qui,  par  leur  nature 
même,  appartiennent  à  tous  les  temps.  La  lettre  de  il.  Sirodot, 
qui  suit,  est  de  ce  nombre,  bien  qu'elle  ait  été  écrite  à  l'occa- 
sion d'un  voyage  que  nous  fîmes  ensemble  à  la  fin  de  1847, 
et  qu'elle  rende  compte  d'une  réunion  qui  n'est  plus  qu'un 
faible  souvenir,  même  pour  ceux  qui  en  firent  partie. 

Dans  une  des  séances  de  la  Société'  françaUe  pour  la  coiufr- 
ration  des  monuments  historiques,  tenue  entre  deux  séances 
du  Congrès  scientifique  de  Tours,  .M.  de  Caumont  avait  an- 
noncé qu'il  recevait  de  nombreuses  lettres  demandant  des 
conseils  sur  la  manière  de  daller  les  églises.  Cette  question, 
dans  sa  généralité,  était  une  question  à  la  fois  d'art,  de  con- 
struction et  d'archéologie  ;  et  notre  savant  confrère  et  ami, 
M.  Sirodot.  rend  compte  des  débats  qui  s'élevèrent  à  cette 
occasion.  Il  fait  plus,  car,  aux  rares  exemples  historiques  ci- 
lés  par  nous,  par  M.  Didron  et  par  quelques  autres  mem- 
bres de  la  réunion,  M.  Sirodot,  avec  une  malice  de  vrai  sa- 
vant, a  substitué  un  aperçu  historique  des  plus  complets  sur 
tontes  les  espèces  de  pavages  employés  daos  l'antiquité  et  au 
moyen  âge,  et  il  introduit  toute  cette  bonne  érudition  dans 
notre  improvisation.  .Mais  la  vérité  et  la  justice  nous  obligent 
à  rendre  à  César  ce  qui  est  k  César,  à  Sirodot  ce  qui  est  à 
Sirodot. 

En  lisant  cette  lettre,  les  membres  de  la  Société  française 
regretteront,  à  coup  sûr,  que  dans  la  séance  à  laquelle  nous 
faisons  allusion,  .M.  Sirodot  nous  ait  laissé  seul  le  fardeau 
glorieux  de  h  défense  de  la  liberté  dans  l'art.  Il  aurait  bien 
dû  se  rappeler  que  a  seienet  oHi^.  »  Après  avoir  pris  con- 
naissance du  Compte-reudn,  nos  lecteurs  seront  de  notre 
avis. 

La  lettre  de  M.  Sirodot  est  adressée  à  notre  confrère. 
M.  Constant  Dufeus,  qui  avait  bien  voulu  s'occaper  de  la 
Herue  en  notre  absence. 

CteAR  DALY. 


527 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRWAUX  PUBLICS. 


S28 


Luc-sur-Mer,  25  septembre  1847. 

Après  que  nous  vous  avons  eu  quitté,  mon  cher  Constant, 
nous  nous  sommes  remis  en  route,  Daly  el  moi,  et,  tout  en 
nous  acheminant  vers  le  Jardin  de  la  France,  nous  avons 
visité  Chartres  et  sa  merveilleuse  cathédrale  ;  Châteaudun 
et  son  curieux  château  ;  Vendôme,  dont  les  églises  viennent 
d'être  la  proie  de  restaurateurs  vandales.  J'ai  dit  vandales, 
c'est  doubles  vandales  qu'il  faut  dire.  Ils  ont  décapité  de  no- 
bles statues  :  la  plus  belle  des  danseuses  de  Canova  et  la 
Niobé  antique.  Ils  ont  déshonoré  ces  belles  tètes  d'un  ri- 
dicule diadème,  sans  pouvoir  ravir  à  Tune  sa  grâce  un  peu 
maniérée,  à  l'autre  sa  sublime  expression  de  douleur,  et 
ils  leur  ont  infligé  le  supplice  de  porter  les  colonnes  du 
xni"  siècle  de  la  beHe  église  de  la  Trinité. 

Nous  avons  ensuite  visité  Blois  et  son  magnifique  château, 
qui,  grâce  aux  soins  de  M.  Dnban,  renaît  plus  beau,  plus 
éclatant  encore  qu'aux  temps  de  sa  royale  splendeur.  Puis, 
franchissant  la  Loire,  nous  nous  sommes  transportés  sur  les 
rives  du  Cher,  à  Saint-Aignan,  pour  visiter  une  curieuse 
église  de  l'époque  de  la  transition  du  plein  cintre  à  l'ogive, 
et  sa  crypte  peinte. 

Chenonceaux  et  Amboise  ont  déroulé  toutes  leurs  beautés 
sur  notre  passage.  Enfin,  nous  sommes  arrivés  dans  la  ca- 
pitale de  la  Touraine,  et,  pendant  une  semaine,  nous  avons 
séjourné  au  milieu  d'une  nombreuse  société  de  gens  dont 
un  illustre  poète  a  tracé  ce  portrait  : 

11  n'est  pas  d'animal. 
Pas  de  corbeau  goulu,  pas  de  loup,  pas  de  chouette, 
Pas  d'oison,  pas  de  bœuf,  pas  mi^me  de  poëte. 
Pas  de  mahométan,  par  de  théologien. 
Pas  d'échevin  fliimand,  pas  d'ours  et  pas  de  chien. 
Plus  laid,  plus  cheve'lu,  plus  repoussant  de  formes. 
Plus  caparaçonne  d'absurdités  énormes. 
Plus  hérissé,  plus  sale  et  plus  gonflé  de  vent, 
Que  cet  âne  bâté  qu'on  appelle  un  savant! 

Le  portrait  est  peu  flatté,  mais  il  ne  manque  pas  de  res- 
semblance ;  pour  en  faire  une  œuvre  complète,  il  suffirait  de 
quelques  retouches,  ce  que  je  ne  manquerais  pas  d'essayer 
si  j'étais  poëte  ou  savant.  Mais  le  congrès  scientifique  de 
Tours  ne  comptait  en  moi  qu'un  curieux.  J'étais  désireux 
de  voir  les  merveilles  que  la  ville,  depuis  quelques  années, 
ajoute  à  ses  antiques  beautés;  j'étais  curieux  d'entendre  ré- 
soudre tant  de  savantes  questions  annoncées  dans  le  pro- 
gramme du  congrès.  J'avais  oublié  que  la  curiosité  est  un 
grand  défaut,  et  ce  manque  de  mémoire  m'a  causé  les  plus 
cruelles  déceptions.  Je  ne  vous  parlerai  donc  ni  de  tout  ce 
que  j'ai  vu,  ni  de  tout  ce  que  j'ai  entendu. 

Depuis  que,  sur  tous  les  points  du  sol  généreux  et  fécond 
de  la  France,  on  voit  germer  et  s'épanouir  des  sociétés  qui, 
comme  le  lierre,  étendent  leurs  bras  protecteurs  sur  tous  nos 
pans  de  murs  historiques  ounon,  les  classant,  les  cataloguant, 
les  étiquetant,  les  décriant  souvent  en  croyant  les  décrire, 
j'ai  lu  tant  de  prétendues  descriptions  au  grand  dommage 
de  ma  patience,  de  mes  yeux  et  de  mon  temps,  que  je  sau- 
terais par-dessus  tous  les  monuments  anciens  et  modernes  de 


I  Tours,  si  quelques  circonstances  particulières  ne  donnaient 
au  Palais  de  Justice  un  intérêt  tout  spécial.  C'était,  d'ailleurs, 
le  lieu  de  réunion  du  congrès  ;  chaque  jour  nous  y  ramenait, 
j'ai  donc  plus  d'une  raison  pour  m'y  arrêter  un  instant. 

La  rue  Royale  dé  Tours  jouit,  comme  vous  savez,  d'une 
grande  réputation  de  beauté.  De  Pieuilly  à  Saint-Christophe, 
et  de  Châteauregnault  jusqu'à  Chinon,  elle  passe  pour  une 
merveille  :  la  renommée  des  pruneaux  de  Chinon  est  plus 
étendue  cependant  et  plus  justement  méritée.  Afin  d'a'.ig- 
menter  encore  les  charmes  de  la  rue  Royale,  il  avait  été 
décidé  que  lo  Palais  de  Justice  y  serait  placé.  En  effet,  on 
l'a  relégué  à  l'une  de  ses  extrémités;  et  sans  que  la  rue  y 
gagne,  le  monument  perd  grandement  à  n'être  pas  isolé. 
Mais,  à  part  le  blâme  que  mérite  le  choix  de  remplacement 
et  qui  remonte  au  conseil  municipal,  il  n'y  a  guère  que  des 
éloges  à  donner  à  l'architecte. 

La  façade,  tournée  vers  le  Mail,  est  formée  d'un  bâtiment 
flanqué  par  deux  avant-corps  :  au  uiilieu,  sur  un  soubasse- 
ment élevé,  un  portique  de  six  colonnes  doriques  annonce 
noblement  l'entrée  du  Temple  de  la  Justice  ;  l'attique  qui  le 
couronne,  complète  le  caractère  de  calme  et  de  gravité  qui 
convient  au  monument. 

Deux  montées  latérales,  —  disposition  regrettable,  — 
conduisent  au  portique,  communiquant  par  une  large  entrée 
avec  la  salle  des  Pas-Perdus,  sur  laquelle  ouvrent  les  cham- 
bres des  diverses  juridictions  :  justice  de  paix,  tribunal  civil, 
tribunal  criminel.  Cette  disposition  est  simple  et  bien  or- 
donnée. 

Les  salles  d'audience  sont  décorées  avec  simplicité,  — 
trop  simplement  peut-être  ;  —  mais  l'agencement  général 
de  la  disposition,  de  l'éclairage,  de  la  décoration,  est  très- 
bien  entendu.  J'avais  examiné  chacun  de  ces  détails,  et 
j'étais  revenu  dans  la  salle  des  Pas-Perdus,  pour  analyser 
l'impression  de  vive  satisfaction  que  son  piemier  aspect 
m'avait  causée.  J'en  admirais  la  belle  disposition,  j'exami- 
nais, avec  intérêt,  le  style  élégant  et  mâle  de  l'ordre  ionique 
qui  la  décore,  la  difficulté  si  heureusement  vaincue  d'une 
voûte  reposant  sur  un  entablement  grec,  et  je  regrettais  que 
l'architecte  eût  négligé  les  précieuses  ressources  delà  cou- 
leur, ce  complément  de  la  forme,  que  votre  enseignement  et 
votre  exemple  ont  contribué  à  faire  mieux  apprécier,  lors- 
qu'une discussion  assez  vive  attira  mon  atiention. 

«  Vous  me  demandez  jiourquoi  de  l'architecture  grecque? 
Ce  que  signifient  un  portique  dorique  et  une  salle  ionique 
dans  un  palais  de  justice  élevé  en  France?  «  disait,  au  milieu 
d'un  groupe  un  archéologue  que  je  ne  pouvais  voir,  mais  que 
je  reconnus  à  sa  voix.  <i  Un  monument,  messieurs,  doit  être 
la  manifestation  d'une  idée.  Or,  pour  représenter  l'idée  de 
justice,  c'est-à-dire  d'ordre,  l'une  des  fonctions  essentielles 
de  la  société,  la  relation  harmonieuse  de  la  force,  de  la 
raison  et  de  la  liberté,  n'était-ce  pas  une  idée  heureuse  que 
de  remonter  au  souvenir  du  peuple  qui  nous  a  laissé  les  plus 
grands  exemples  de  liberté,  de  raison  et  de'puissance  ;  du 
peuple  qui  a  su  trouver,  sous  les  formes  les  plus  simples,  les 


529 


HEVUE  DE  L'AHCHITECTLKE  ET  DICS  TKAVAUX  PUBLICS. 


530 


combinaisons  les  plus  liarmonieuses?  C'est  là  ce  qui  explique 
le  portique  et  la  rlécoralion  grecs  de  ce  temple.  Quel  art, 
autre  que  l'art  grec,  eùl  pu  mieux  convenir?  Est-ce  l'archi- 
tecture romaine  ou  celle  du  moyen  âge?  Mais  les  plus  ma- 
gnifiques monuments  de  Rome  furent  élevés  par  des  artistes 
grecs,  messieurs,  et  dans  les  cirtjues,  les  amphithéâtres,  les 
thermes,  les  forums,  on  ne  saurait  retrouver  ni  le  sentiment 
d'une  parfaite  pondération,  ni  la  riante  hcirmouie  des  monu- 
ments du  siècle  de  Périclès.  L'architecture  du  moyen  âge, 
avec  ses  pignons  à  crochets,  sesgargouilles  à  figure  humaine, 
ses  aiguilles  de  toutes  les  formes,  ses  irrégularités  bans  nom- 
bre, est  trop  bien  l'expres-sion  d'un  temps  où  la  force  em- 
brassait, étonflait  à  la  fois  la  raison  et  la  liberté  ;  elle  rend 
trop  évidemment  témoignage  que  le  droit  du  plus  fort  était 
toujours  le  meilleur,  pour  pouvoir  être  appliquée  à  la  con- 
struction d'un  temple  de  l'équité. 

»  Félicitons  aussi  l'artiste  qui  a  dirigé  ces  travaux  de 
n'avoir  pas  placé  an  frontispice  du  temple,  comme  on  l'a  fait 
trop  souvent,  une  figure  sans  entrailles,  mal  assise  dans  uu 
fronton,  une  balance  d'une  main  et  un  glaive  de  l'autre,  avec 
un  coq  et  un  lion  à  ses  pieds;  félicitons-le  encore  de  n'avoir 
pas  oublié  que  Virgile,  qui  écrivait  aux  beaux  temps  de  l'art 
romain,  a  fait  dire  au  vieil  Anchise  : 

Excudont  alii  spiranlia  molliu^  a:ra, 
Credo  equidom,  vos  (lui:enl  de  marmoro  vnltns; 
Orabunt  causas  inelius,  cœlique  meatu« 
Describcnt  radio,  e(  surgcnti^i  sidéra  dicent  : 
Tu  regere  imperio  populos,  Ilomane,  mémento  ; 
lia:  libi  eruni  artes;  pacisque  im[)onere  morem, 
Parcere  subjcctis  et  debellare  superbes  (1) . 

»  Félicitons  l'architecte,  messieurs,  de  s'être  inspiré  de 
l'art  grec,  et  surtout  d'avoir  imprimé  au  monument  ce  ca- 
ractère de  grandeur  et  de  calme  qui  convient  â  la  justice  ; 
d'avoir  largement  ouvert  la  voûte  de  cette  salle,  afin  qu'au 
moment  de  paraître  devant  leurs  juges,  les  accusés  puissent, 
innocents,  prendre  le  ciel  à  témoin,  et  coupables,  trembler  à 
la  vue  du  .séjour  de  l'éternelle  justice.  « 

Eu  suivant  la  direction  de  son  regard  tourné  vers  la  voûte, 
j'avais  reconnu  que  l'architecte  n'a  pas  voulu  que  la  sécurité 
des  accusés  qui  traversent  la  salle  fût  complète;  il  a  placé 
quatre  pendentifs  aux  angles  de  l'ouverture  de  la  voûte,  qui 
sont  là  conmie  quatre  menaces  prêles  à  tomber  sur  la  tête 
des  coupables,  ou  pourrait  même  dire  des  innocents.  .Vprès 
avoir  cité  Virgile,  je  craignais  que  mon  orateur  n'oubliât 
Boileau,  et  qu'en  dépii  dn  critique,  il  ne  se  mit  à  compter  les 
ronds  et  les  ovales,  les  festons  et  les  astragales.  Heureuse- 
ment, l'heure  de  la  séance  de  la  «  Société  française  pour  la 
conservation  des  monuments  »  vint  à  sonner  et  mit  fin  à  la 
discussion. 


(\)  D'autres  feront  riiieux  qui'  nous  respin'r  i'air,iin  sou*  leur  i-i-e.iii 
mtH'lleux,  tireront  du  marbre  dérivantes  llinires;  ils  piailleront  mieux  les 
causes,  décriront  mieux  les  rèvululionsdu  fiel,  dinmt  les  .astres  qui  se  IcTent  : 
toi,  Kom.iin,  souviens-toi  de  régir  les  nations  (ce  seront  U  les  «rtsl  et  de  leur 
imposer  la  paix,  d'épargner  cetix  qui  se  soumettront,  de  nmuire  les  suihtIics. 

[Trad.  d*  M.  Au^mlt  Sitard.) 


J'en  avais  toutefois  quelcjtie  regret,  car  je  oe  pouvais  me 
figurer  que,  dans  une  réunion  où  l'on  comptait  tant  d'ad- 
mirateurs enthousiastes  de  l'art  du  moyen  âge,  on  laisserait 
passer  sans  réplique  un  tel  éloge  de  l'art  grec.  Je  m'étais 
apprête  à  donner  toute  mon  attention  à  quelque  arcbéologoe 
gothique,  et  je  cherchais  à  deviner  lequel,  parmi  ceux  qui 
m'entouraient,  se  cbargeraii  de  riposter  en  l'honneur  de 
l'ogive. 
J'entrai  dans  la  salle  des  séances  de  la  Société. 
Le  bureau  était  très-nombreux;  l'auditoire  ne  l'était 
guère.  Voici,  au.ssi  exactement  que  je  puis  me  le  rappeler, 
ce  qui  s'est  passé,  lorsque  le  président  a  eu  pronoocé  les  p*- 
rôles  sacramentelles  :  a  .Messieurs,  la  séance  est  ouverte.  > 
.1/.  (/<■  Cduniont,  diiecteur  de  la  Société  franfaite  :  «  Mes- 
sieurs, de  toutes  parts  on  nous  écrit  pour  demander  com- 
ment on  doit  réparer  le  pavage  des  églises.  Je  prie  la  Société 
de  vouloir  bien  consacrer  quelques  instants  à  l'examea  de 
cette  question,  afin  que  nous  puissions  éclairer  ceux  qui 
nous  demandent  des  avis.  ■ 

Qufllijii'un  à  droite  :  •  Il  faut  examiner  le  pavage  des 
églises  du  moyen  Age.  » 

Qitelqu'un  à  gauche  :  a  A  l'église  de  Brou,  il  y  a  ud  pa- 
vage de  terre  cuite  éinaillée.  Ce  pavage  est  d'une  grande 
beauté.  Pourquoi  ne  pas  en  conseiller  l'imlution  ?  • 

Quelqu'un  de  n'importe  où  :  •  A  Reims,  on  a  troové  des 
dallages  du  xiii'  siècle  en  pierres  gravées,  avec  des  incrus- 
tations de  plomb.  Je  pense  que  ce  modèle  pourrait  offrir 
de  grands  avantages.  » 

M.  César  Daly  :  «  Permettez -moi,  messieurs,  de  vous 
soumettre  une  réflexion.  La  question  qui  vous  est  ^umise 
est  fort  complexe.  C'est  à  la  fois  une  question  d'art,  une 
question  d'archéologie  et  une  question  de  pratique  indus- 
trielle qu'on  nous  prie  de  résoudre. 

D  Ce  que  vient  de  demander  M.  de  Canmont,  d'un  ton  si 
simple  et  en  si  peu  de  mots,  n'est  |tas  la  solution  d'une  seule 
difficulté,  niais  de  ceut.  de  mille. 

»  On  nou.s  demande  comment  on  doit  réparer  les  dallages 
des  églises.  On  ne  répond  à  une  question  aussi  géoérale 
dans  ses  termes,  qu'en  produisant  un  traité  complet  sor  la 
matière.  Pour  se  renfermer  dans  des  limites  moins  étendues, 
il  faut  préciser  les  données  de  la  question,  ctr  il  faut  bien 
distinguer  entre  le  dallage  d'une  église  métropolitaine  et  celai 
d'une  église  de  village;  il  faut  bien  qu'on  sache  si  c'est  la 
totalité  de  l'église  qu'on  veut  daller  ou  bien  si  ce  n'en  est 
qu'une  partie  ;  et,  dans  ce  dernier  cas,  si  c'est  le  chceur,  la 
nef,  les  chapelles,  quelle  partie  enfin. 

Il  Ou  ne  nous  dit  pas  si  l'église  est  ricbement  décorée,  ou 
si  elle  est  d'une  grande  simplicité;  si  elle  date  de  plusieurs 
siècles  ou  si  elle  n'existe  que  d'hier. 

n  Nous  ignorons  si  elle  est  située  dans  une  ville  riche  et 
industrieuse,  où  l'on  trouve  des  ouvriers  habiles,  et  toutes 
les  ressources  d'une  industrie  perfectionnée,  oa  si  elle  est 
dans  une  ca(n|>agne  éloiguée  de  tout  grand  centre  d'ac- 
tivité. On  ne  nous  instruit  ni  des  matériaux  que  produit  le 


53  i 


REVUE  DE  LAliCllITECTLllE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


m 


pays,  ni  tle  la  somme  allouée  pour  l'exécution  du  travail. 

»  Sans  être  fixé  sur  les  circonstances  qui  doivent  influer 
sur  la  forme,  comment  résoudre  la  question  d'art? 

n  Dans  l'ignorance  de  la  date  du  monument,  comment 
résoudre  la  question  archéologique? 

»  Sans  connaître  ni  les  matériaux  du  pays,  ni  ses  ressources 
matérielles,  ni  le  chiffre  alloué  pour  la  dépense,  comment 
résoudre  la  question  de  pratique? 

1)  Comme  M.  de  Caumont  ne  demande  pas,  sans  doute, 
qu'on  fasse  ici  un  cours  complet  sur  le  dallage  des  édifices 
religieux,  s'il  veut  bien  formuler  une  série  de  questions,  en 
les  accompagnant  des  données  nécessaires,  je  me  charge, 
avec  l'aide  des  confrères  qui  m'entourent,  d'y  répondre  caté- 
goriquement et  à  l'instant.  » 

M.  Didron,  secrétaire  du  comité  des  monuments  histo- 
riques :  «  Messieurs,  .M.  Daly  vient  de  nous  dire  qu'il  résou- 
drait toutes  les  questions  que  vous  voudriez  lui  soumettre  : 
je  suis  persuadé  qu'en  effet,  il  les  résoudrait  très-bien  ; 
mais  M.  Daly  veut  apporter  dans  la  question  des  conditions 
qui  lui  sont  étrangères.  Nous  sommes  ici  une  réunion  d'ar- 
chéologues et  d'artistes  ;  M.  Daly  nous  parle  d'architecture 
et  d'argent,  tandis  que  nous  voulons  nous  occuper  d'archéo- 
logie et  d'art.  Les  questions  d'argent  et  d'économie  n'ont 
rien  à  faire  avec  l'art.  Nous  n'avons  pas  à  nous  occuper  non 
plus  ici  des  parquets  en  bois,  comme  il  en  a  été  placé  à 
Saint- Vincent  de  Paul,  ni  de  l'établissement  des  calorifères 
comme  on  en  fait  à  Saint-Germain  l'Auxerrois;  ce  que  nous 
avons  à  rechercher,  c'est  ce  qui  a  éié  fait  dans  les  plus  beaux 
temps  des  âges  religieux,  au  xin''  siècle  :  mais  comme  nos 
études  sont  encore  peu  avancées  sur  ce  point,  puisque  nous 
ne  connaissons  guère  que  quelques  exemples  de  pavage  qui 
remontent  certainement  à  cette  époque,  tels  que  ceux  de 
Saint-Nicaise  de  Reims,  je  pense  que  le  mieux  est  de  ne  rien 
faire,  a 

M. 'César  Daly  :  «  Oui,  monsieur,  vous  êtes  archéologue, 
même  trop  exclusivement  archéologue  pour  être  artiste. 
Comment,  monsieur,  vous  en  appelez  à  l'art,  et  du  même 
souffle  vous  proclamez  que  l'art  n'a  rien  de  commun  avec 
l'économie.  Vous  ignorez  donc,  monsieur,  que  la  loi  de 
l'économie  est  une  des  lois  fondamentales  de  l'art;  que 
l'art  a  pour  condition  de  produire  toujours  un  marimum 
d'effet  avec  un  minimum  de  moyens.  Ignorez-vons  donc  que 
Dieu  lui-même,  dans  toutes  ses  merveilleuses  créations,  a 
constamment  pratiqué  cette  loi  de  l'économie;  que  la  nature 
entière  vous  contredit! 

»  Pourquoi,  lorsque  deux  bras  nous  suffisent,  Dieu  ne 
nous  a-t-il  pas  donné  les  cent  bras  de  Briarée?  Économie. 

»  Pourquoi,  lorsque  deux  jambes  suffisent  à  notre  locomo- 
tion, ne  sommes-nous  pas  aussi  richement  doué  qu'un  mille- 
pieds?  Économie. 

n  Que  trouve-t-on  de  merveilleux  dans  le  crayon  magique 
de  Raphaël,  qui  fait  éclore  la  vie  sous  le  regard  du  specta- 
teur, au  moyen  de  quelques  traits?  I/économie. 

»  Qu'admire-t-on  dans  le  mécanisme  de  la  machine  hu- 


maine, dans  celui  de  tous  les  animaux,  de  toutes  les  plantes? 
L'économie. 

))  Un  marimum  d'effet  arec  un  minimum  de  moyens. 
Telle  est  la  loi  divine  qui  préside  à  toutes  les  créations  de 
la  nature,  à  toutes  les  œuvres  des  grands  artistes. 

n  Et  M.  Didron  fait  appel  à  l'art  pour  nier  justement  les 
rapports  de  l'art  avec  le  principe  de  l'économie  !  n 

—  Mais  je  ne  saurais  suivre  Daly  à  travers  toutes  les 
considérations  d'art,  de  philosophie  et  d'esthétique  qu'il 
faisait  valoir,  et  qu'il  coupait  périodiquement  par  ces  mots  : 
»  .Mai?,  messieurs,  je  m'éloigne  beaucoup  de  la  question  des 
pavage^.  «  Non,  non,  parlez,  »  criait-on  de  tous  côtés.  Il 
parla  donc...  parla  bien,  et  descendit  heureusement  des 
hauteurs  où  il  s'était  élevé  au  sol  sacré  des  églises. 

M.  de  Caumont  :  «  Dans  quelques-unes  des  lettres  qui 
m'ont  été  adressées,  on  a  ajouté  que  le  pavage  est  dans  un 
état  tel  qu'il  présente  des  dangers,  qu'il  peut  occasionner 
des  accidents. 

M.  Didron  :  «  Sous  prétexte  de  restaurer  les  églises,  on 
a  déjà  mutilé  les  statues  et  compromis  la  solidité  de  nos  plus 
beaux  monuments.  Qu'on  n'aille  pas  maintenant,  sous  pré- 
texte de  réparer  les  pavages,  détruire  peut-être  des  vestiges 
précieux,  et  surtout  rappelez-vous,  messieurs,  que  le  plus 
grand  mal  qui  puisse  arriver,  c'est  certainement  que  la  So- 
ciété française  autorise  l'exécution  de  mauvais  pavages. 
Qu'on  laisse  donc  les  pavages  tels  qu'ils  sont,  c'est  mon 
avis  formel,  n 

M.  Daly  :  «  Il  y  a  des  églises  dont  les  pavages  sont  à  ce 
point  détériorés,  qu'ils  offrent  des  dangers  très-sérieux  ;  des 
femmes,  des  enfants,  des  vieillards  risquent  de  tomber  ;  des 
accidents  graves  sont  à  craindre  :  les  administrations  char- 
gées de  veiller  à  l'entretien  de  ces  édifices  sollicitent  nos  con- 
seils, et  M.  Didron  nous  propose  de  leur  répondre  :  Cassez- 
vous  les  jambes,  si  vous  ne  pouvez  pas  faire  autrement,  mais 
gardez-vous  de  toucher  au  dallage  de  vos  églises. 

n  .le  doute  que  MM.  les  curés  et  leurs  paroissiens  soient 
édifiés  d'une  telle  réponse. 

»  Une  question  a  été  posée  à  la  Société,  elle  doit  la  ré- 
soudre, et  non  pas  l'éluder.  Sans  m' arrêter  à  la  singulière 
conclusion  de  M.  Didron,  je  vais  répondre  à  ce  qu'il  a  dit,  il 
y  a  un  instant,  lorsqu'il  prétendait  que,  comme  savant  et 
comme  artiste,  il  ne  trouvait  rien  de  mieux  à  faire  que  de  co- 
pier le  pi  us  exactement  possible  ce  qui  a  été  fait  au  xin»  siècle. 

1)  Assurément,  messieurs,  le  \ui"  siècle  nous  a  laissé 
d'admirables  ouvrages.  Ce  n'est  pas  moi  qui  le  nierai;  mais, 
tout  en  reconnaissant  que  nous  devons  étudier  le  xni'"  siècle, 
je  pense  que  nous  ne  devons  pas  nous  en  tenir  là,  et  que 
nous  devons  chercher  à  savoir  tout  ce  qui  a  été  fait  avant 
comme  après  cette  époque.  Xe  fût-ce  que  pour  apprécier  à 
leur  juste  valeur  les  -jeuvres  de  cet  âge,  il  est  indispensable 
do  connaître  celles  qui  les  ont  précédées  et  celles  qui  les  ont 
suivies. 

»  Eh  bien!  messieurs,  si  nous  remontons  au  temps  de  la 
fondation  des  premières  basiliques  chrétiennes,  au  ni"  et 


8S3 


revit:  de  L'AUCIlITECTrUE  ET  DES  TRAVAUX  PI  BU(S. 


8M 


au  IV"  siècle,  nous  trouvons  qu'on  employait  alors  pour  les 
temples,  les  mouuments  divers,  les  habitations,  etc.,  trois 
genres  de  pavage. 

»  1"  Le  pavage  en  dalles  de  marbre,  formant  de  grands 
compartiments,  et  rapjjelant  parfois  le  dessin  des  plafonds. 
Ce  pavage,  nommé  opus  tesneUatum,  était  uîilé  dès  les 
temps  les  plus  reculés,  comme  on  le  sait  par  les  pavages  des 
temples  de  Pœstum  (1),  et  de  colui  de  S'elinunte  (2). 

1)  i2"  l^e  pav<ige  en  marbre  incrusté  de  marbres  de  cou- 
leurs variées,  de  porphyre,  etc.,  formant  une  marqueterie 
en  matière  dure,  encadrée  de  compartiments  de  forme  et  de 
couleurs  diverses.  Ces  marqueteries  étaient  fixées  par  un 
mortier  de  pouzzolane,  et  produisaient  l'effet  des  riches  tapis 
dont  on  ornait  quel(|uefuis  le  sanctuaire  des  temples. 

»  Ce  genre  de  pavage,  venu  de  l'Orient  ou  de  l'Egypte, 
fut  introduit  à  Rome  du  temps  de  Sylia  (3),  et  prit  le  nom  de 
opus  nectile  ou  alerandrhnim ,  on  l'appelle  aujourd'hui  lii- 
voro  di  composto.  A  l'époque  où  ce  genre  de  pavage  fut  in- 
troduit à  Rome,  on  employait  des  pavages  en  pierres  gra- 
vées en  creux,  dans  lesquels  on  faisait  entrer  du  mastic. 

I)  3"  Le  pavage  en  mosaïque,  formé  de  petits  cubes  de 
marbre.  L'un  des  premiers  exemples  de  ces  mosaïques  exé- 
cutées à  Rome  se  voyait  au  portique  circulaire  des  jardins  de 
Commode,  et  représentait  le  culte  d'Isis  (4). 

Ce  genre  de  pavage,  nommé  termiculatiim,  était  depuis 
longtemps  en  usage  eu  Grèce  et  en  Orient,  il  était  parvenu 
à  un  haut  degré  de  perfection,  comme  le  témoignent  la  mo- 
saïque des  colombes  (5),  qu'on  admire  au  musée  du  Capi- 
tole,  et  qui  formait  dans  la  salle  des  festins  de  la  ville  de 
Pergame,  la  bordure  d'un  asaroton,  pavé  imitant  les  restes 
d'un  festin.  Les  nombreuses  mosaïques  trouvées  à  Rome, 
dans  les  thermes  de  Caracalla;  celles  de  Pompéi  etd'Hercu- 
lanum,  les  grands  et  magnifiques  ouvrages  découverts  à  Pre- 
neste,  à  Otricoli,  à  llalica,  et  la  grande  mosaïque  de  Pompéi 
témoignent  de  la  perfection  et  du  long  usage  de  ce  genre  de 
mosaïque. 

»  Voilà,  messieurs,  quels  étaient  les  différents  modes  de 
pavages  usités  lors  de  la  construction  des  premières  basili- 
ques chrétiennes.  Ils  représentaient  tous  les  genres  d'orne- 
ments, depuis  les  simples  combinaisons  de  lignes  droites, 
jusqu'aux  scènes  les  plus  compliquées.  De  môme  que  les 
premières  basiliques  des  chrétiens  furent  des  répétitions  des 
basiliques  païennes  ;  de  même  aussi  leur  pavage  fut  une  imi- 
tation des  pavages  des  temples  et  des  habitations  romaines. 

On  a  trouvé  en  1822,  dans  la  partie  ancienne  de  l'église 
de  Saint-Paul  hora  les  murs,  l'une  des  premières  basili- 
ques, fondée  au   iv''  siècle,  le  pavement  primitif.   Il  est 


(1)  Suétone,  Cm.  46  (TetitUatum  et  mlUe).  —  Vitrave  VIH,  1  ;  Lucil.  ap. 
Cm.  oral.  4^1;  l'iiiie  .\X.\Vi,  iâ-0.1  (Testellalum,  tectUeet  reriHirulalum). 

(S)  Vuy.  Juuniut  iln  S^lral^lt,  jan.  1SX>.  HustauraliuD  du  temple  de  Scli- 
nuntc,  par  M.  IliltorlT. 

(3)  l'Iine.   XXXVl.  itWSO. 

(4)  Spartien.  Pe$f.  6. 
(5j  Fliiio.  Lmo  (Uaio. 


formé  exactement  comme  ceux  des  temples  antiques  de  la 
Fortune  (de  la  Concorde)  et  de  Jupiter  Tonnant,  restaurés 
à  la  fin  du  H'  siècle,  ou  de  Véous  et  de  Rome,  fondé  vera 
le  milieu  de  ce  siècle  par  Adrien.  L'élise  de  Sainte-ilane- 
des-Moots,  fondée  au  iv*  siècle  par  le  pape  Libérios,  sons 
Constantin,  con.serve  encore  une  mosaïque  composée  de  petits 
cul>es  de  marbre,  formant  des  bandes  noires  encadrant  des 
compartiments  blancs.  Cette  mosaïque  est  wmblable  à 
celles  qu'on  faisait  dans  les  habitations,  et  dont  on  a  trouvé 
un  si  grand  nombre  d'exemples. 

0  Dans  la  suite,  on  introduisit  dans  les  pavages  de  marque- 
terie et  de  mosaïque  exécutés  dans  les  églises,  deftoroeiBeat* 
de  tous  genres  :  des  fleurs,  des  aninuuu,  des  penoBRsget, 
des  sujets  de  l'histoire  sacrée.  Au  vi*  siècle,  Jostinien  Ct 
établir  dans  sa  basilique  de  Sainte-Sophie,  à  Coastanti- 
uople,  un  pavage  fen  marqueterie)  représentant  les  quatre 
fleuves  du  Paradis,  dirigés  vers  les  quatre  points  cardinaux, 
et  dans  les  ondes  desquels  des  oiseaux  et  des  cerfs  se  désal- 
téraient. 

»  Ces  deux  genres  de  pavages  se  répandirent  dans  toute 
la  chrétienté;  la  marqueterie  fut  particulièrement  employée 
en  Orient.  Les  églises  de  Constantinople  et  de  la  Grèce  en 
|)résentent  encore  de  nombreux  exemples.  Quelques  églises 
des  bords  du  Rhin  en  ont  conservé  des  traces,  et  l'on  es  a 
trouvé  quelques  restes  à  l'église  de  Saint-Bertin,  à  Saint- 
Omer.  La  plupart  des  églises  d'Italie  conservent  des  mosaï- 
ques de  la  seconde  espèce  ;  le  pavé  de  la  nef  ajouté  i  Saint- 
Laurent  hors  les  murs,  par  Adrien  I*',  ao  vm*  siècle, 
présente  nn  guerrier  à  cheval  portant  son  étendard  (1). 

1)  A  Saint-Denis  on  voyait,  au  moment  de  la  Révolution, 
des  mosaïques  du  temps  de  Suger,  représentant  des  animam 
et  des  monstres  chimériques  (2). 

»  Ainsi,  messieurs,  depuis  les  premiers  temps  du  christi»- 
nisme  jusqu'au  xii'  siècle,  nous  voyons  employer  les  mêmes 
matières  mises  en  œuvre  de  la  même  façon  que  dans  ks 
temps  païens;  l'art  seulement  traduisit  les  sentiments  chré- 
tiens, et  aux  courses  de  char,  aux  combats  de  centaures, 
aux  triions,  aux  néréides,  aux  batailles  d'Alexandre,  succé- 
dèrent des  sujets  religieux,  des  scènes  de  la  Bible. 

•  L'usage  d'enterrer  dans  les  églises  introduisit  un  élément 
nouveau  dans  le  pavage  des  églises,  élément  qui  se  retrouve 
fréquemment  à  partir  du  xni'  siècle,  et  qui  donne  aox  mo- 
numents un  caractère  éiuiueuimeot  religieox.  Les  pierres 
tombales  qui  recouvraient  les  sépultures  représentaient  sou- 
vent les  personnages  enterrés.  Les  traits  gravés  en  creux 
étaient  remplis  en  mastic  de  couleur  ou  en  plomb,  et  œoi 
des  personn.nges  iui|)ortautâ  avaient  quelquefois  le  visage  et 
les  mains  en  incrustation  de  marbre. 

»  Avec  ces  éléments  nouveaux,  uuu:>  voyons  se  continuer 
l'eiuplui  des  divers  pavages  eu  usage  avaut  le  xui'  siècle.  La 


(l)Cnaipiiii.  K«l(f«  momuimnU.  dk.  X.  XI.  Ml.  i.  |>.  —  Fmwuà.  t, 
M»iir.  p.  t7«l  wiv.  rPamia.) 
(«}  Uimom  Jm  mrU  em  f^Mv,  par  M.  Aies,  l^eaoir. 


535 


KEVUK  DE  L'ARCIIITECTURK  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


536 


mosaïque  en  cubes  de  uiarbre  fut  remplacée  en  France,  en 
raison  de  la  rareté  de  la  matière,  par  des  dalles  entaillées  et 
remplies  par  des  mastics  colorés,  et  par  des  pavages  en  terre 
cuite  vernissée  ou  émaillée. 

1)  Malgré  les  nombreux  changements  que  le  temps  a  rendus 
nécessaires,  malgré  ceux  que  le  caprice  seul  a  ordonnés, 
malgré  les  dévastations  qu'ont  apportées  les  troubles  de  la 
Révolution,  il  reste  chez  nous  un  grand  nombre  d'exemples 
de  ces  deux  sortes  de  pavés.  11  eu  existait  encore  de  l'une  et 
de  l'autre  espèce  dans  l'église  de  Saint-Denis  au  moment  de 
la  Révolution,  qui  dataient  du  xni«  siècle  ;  des  spécimens  de 
ces  pavés  avaient  été  recueillis  au  Musée  des  monuments  fran- 
çais. Malheureusement,  ils  ont  disparu  lors  de  la  destruction 
de  ce  Musée;  mais  les  magasins  de  l'abbaye  de  Saint-Denis 
en  contiennent  encore  de  nombreux  fragments. 

»  Dans  les  départements  de  l'ancienne  province  de  Nor- 
mandie, si  riche  en  monuments  religieux,  on  a  trouvé  des 
pavés  des  xui"  et  xive  siècles,  en  terre  cuite  vernissée,  dans 
les  églises  abbatiales  de  Saint-Georges- de-Bocherville,  de 
Longues,  de  Jumiéges,  dans  le  château  de  Callevillc,  dans 
les  salles  de  l'Échiquier  à  Caen,  du  Chapitre  à  Baveux. 

»  La  Picardie  et  la  Champagne  ne  sont  pas  moins  riches 
en  exemples  de  ce  genre. 

»  Dans  la  première  de  ces  provinces,  on  trouve  un  beau 
modèle  de  pavés  en  pierre  gravée  en  creux  dans  la  cathédrale 
de  Saint-Omer;  on  rencontre  encore  des  exemples  de  pa- 
vages de  terre  cuite  vernissée  dans  l'abbatial  de  Saint- 
Germer  et  dans  la  salle  capitulaire  de  Senlis.  A  ces  docu- 
ments, il  faut  joindre  les  indications  que  peuvent  fournir  les 
fragments  recueillis  à  Abbeville  et  qui  ont  été  réunis  au  Mu- 
sée de  cette  cité. 

«  Dans  la  seconde  province,  on  trouve  les  pavés  gravés 
en  creux  remplis  de  plomb  (1),  cités  par  M.  Didron.  Le 
pavage  du  sanctuaire  de  l'église  Saint-Nicaise  de  Reims  était 
ainsi  fait  (2).  Des  pavés  émaillés  se  voient  aussi  dans  la 
chapelle  du  château  de  Baye. 


(1)  L'emploi  du  plomb,  dans  la  mosaïque,  remonte  à  une  époque  fort  re- 
culée. Un  fragment  de  mosaïque  de  cette  nature,  trouvé  dans  l'Ile  de  Delos, 
figure  actuellement  au  musée  de  Velletri  (Italie). 

Le  plomb,  coulé  dans  les  entailles,  était  vraiseinblaLlement  allié  d'étain, 
afin  de  lui  donner  plus  de  dureté.  Le  plomb  pur  eût  été  trop  facilement  dé- 
truit par  le  frottement  des  pieds  des  fidèles  ou  par  le  couteau  des  gamins. 

L'alliage  de  ces  deux  métaux  était  parfois  employé,  comme  scellement,  par 
les  constructeurs  du  moyen  âge.  On  a  trouvé,  dans  les  archives  de  la  ville  de 
Dijon,  un  compte  de  dépenses  du  xv«  siècle,  qui  rapporte  qu'on  avait  mêlé 
de  l'étain  au  plomb,  pour  sceller  l'axe  en  fer  de  la  croix  de  pierre  surmontant 
le  piédestal,  connu  sous  le  nom  de  Puits  de  Moïse,  a  la  Chartreuse  de  Dijon. 

Nous  reviendrons  sur  cette  question  de  l'emploi  d'un  alliage  d'étain  et  de 
plomb  au  moyen  âge,  et  nous  essaierons  de  démontrer  que  cet  alliage  n'a 
pas  toujours  donné  des  résultats  heureux. 

(2)  Au  dernier  siècle  (vers  1760),  ces  pavés  avaient  été  enlevés  du  chœur 
de  l'église  Saint-Nicaise,  et  replacésdans  la  chapelle  de  la  Vierge,  dans  le  même 

-  édifice.  A  l'époque  de  la  démolition  de  l'église  (en  179i),  il  furent  enlevés, 
vendus  et  servirent  jusque  dans  ces  derniers  temps  à  paver  la  cour  d'une 
maison  particulière.  Par  les  soins  de  M.  Brunette,  architecte  de  Keims,  ils  ont 
été  rachetés  et  replacés  (en  1846)  dans  le  chœur  de  l'église  Saint-Uemi.  Ces 
pavés  ont  été  lithographies  et  publiés  par  .M.  .Macquart  et  décrits  par  M.  Tarbé. 


»  Dans  le  Maine,  à  Saint-Vivoin;  dans  l'Anjou,  au  Musée 
d'Angers;  dans  la  Guienne,  au  rez-de-chanssée  de  la  seule 
tour  encore  debout  du  château  de  Merignac,  on  trouve  encore 
des  carreaux  de  terre  cuite  vernissée,  qui  furent  employés 
en  pavage  au  xiii*et  au  xiv»  siècle  (1). 

1)  Les  deux  siècles  qui  suivent  fournissent  aussi  de  nom- 
breuses instructions  sur  les  pavagea.  Les  églises  de  Gisors, 
de  Berville  en  Roumois,  de  LonguevilIe-la-Giffard  (en  Nor- 
mandie), sont  encore  pavées  de  carreaux  érnaillés.  Dans  !a 
Champagne,  les  églises  de  Notre-Dame  de  l'Épine,  de  Saint- 
Pierre  d'Orbais,  de  Saint-Nicolas  de  Troyes,  nous  offrent 
des  exemples  de  l'emploi  de  la  terre  cuite  vernissée.  La 
maison  des  Musiciens,  à  Reims,  nous  fait,  voir  son  applica- 
tion aux  constructions  civiles.  Le  châfeau  d'Écouen,  près 
Paris,  avait  sa  galerie  et  sa  chapelle  pavées  en  faïence,  de 
Bernard  de  Palissy.  La  galerie  du  château  de  Cellettes 
(près  Blois),  dans  l'Orléanais,  est  encore  pavée  de  carreaux 
émaillés.  Dans  le  chœur  de  l'église  de  Redon,  en  Bretagne, 
on  trouve  encore  un  exemple  de  l'emploi  de  la  terre  cuite 
vernissée.  Enfin,  un  pavage  des  plus  remarquables  se  voit 
dans  le  chœur  de  la  belle  église  de  Notre-rDame  de  Brou, 
dans  la  Bourgogne. 

»  La  collection  céramique  de  la  manufacture  de  Sèvres  nous 
fournit  de  nombreux  renseignements.  On  y  trouve  des  car- 
reaux en  terre  cuite  vernissée  de  tous  les  temps  et  de  tous 
les  pays.  A  côté  de  ceux  qui  proviennent  de  la  galerie  des 
(Chasses,  bâtie  à  Fontainebleau  par  Saint-Louis;  de  ceux  de 
l'abbaye  de  Youlton  (près  Provins),  fondée  par  la  reine 
Blanche;  de  ceux  de  l'église  Saint-Ktienne,  d'Agen;  d'un 
château  situé  dans  le  département  de  la  Nièvre,  près  de 
Cosne  ;  de  la  bibliothèque  du  château  de  Thoreau,  en  Poitou, 
l'une  des  dernières  applications  de  ce  genre  de  pavage;  on 
voit  figurer  des  carreaux  émaillés  rapportés  des  mosquées 
de  Jérusalem,  de  D^miette,  de  Rosette  et  du  Caire. 

»  Quant  aux  sujets  représentés  sur  ces  différentes  espèces 
de  pavés,  il  importe  de  distinguer  ceux  en  pierre  gravée  de 
ceux  en  terre  cuite.  Ces  derniers  doivent  être  encore  séparés 
en  deux  classes  :  la  première  comprenant  tous  ceux  qui  ont 
dti  appartenir  à  la  fabrication  courante  et  qu'on  retrouve  dans 
beaucoup  d'endroits  ;  ils  étaient  ornés  de  rosaces,  de  lleurons 
à  quatre  ou  cinq  lobes,  d'entre-lacs,  de  damiers,  de  fleurs 
de  lys,  de  castilles,  etc.  La  seconde  classe  de  carreaux 
émaillés  demandait  plus  d'art,  une  main-d'œuvre  plus  ha- 
bile. Ils  étaient  composés  et  exécutés  en  vue  d'une  desti- 
nation spéciale.  Ils  portaient  les  blasons  des  donataires,  des 
animaux  isolés  ou  formant  des  chasses,  des  lettres  propres  à 
former  des  légendes,  des  représentations  de  personnages,  etc. 
Les  pavés  de  cette  seconde  classe,  qu'on  peut  appeler 


(1)  Il  existe  encore  en  Angleterre  des  l'arreaux  vernissés,  de  plusieurs  cou- 
leurs, et  fabriquc's  au  moyen  âge,  dans  les  ('glises  calhc'drales  de  Bristol,  Win- 
chester, Exeter  et  Salisbury.  Dans  l'église  abbatiale  de  Tintera,  dans  les  églises 
d'Haccombe,  (Devonshire),  d'Ipplepen  (i-l.)  et  de  Woodjerry  (Oxon),  on  en 
trouve  également. 


537 


REVUR  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


SS8 


pavés  de  lune,  se  rencontrent  moins  fréquemment  que  ceux 
(Je  la  première  :  cependant  on  retrouve  les  animaux  isolés 
ou  réunis  [lour  une  chasse,  aussi  hien  dans  l'église  de  Saint- 
Pierre  d'Orbais  qu'au  château  de  Calleville,  On  voit  de» 
fous  avec  leur  marotte  ou  des  cavaliers  armés  de  lances  dans 
l'éf^liso  d'Orbais  comme  au  châlcau  de  Collettes.  Les  per- 
sonnnpos  en  buste  alternant  avec  des  sujets  variés,  iigurant 
des  emblèmes  de  la  vie,  ne  se  voient  qu'à  l'église  de  Brou, 
et  forment  l'un  des  plus  beaux  pavages  que  nous  ayons  en 
faïence  du  xvi'  siècle.  On  sait  d'aillicurs  par  Feiresc  que 
le  pavopc  de  la  chupelic  d'Ecouen  forme  de  grandes  figures 
fort  bien  peintes. 

«Les  pavages  en  pierre  gravée  et  remplie  de  mastic  ou  de 
plomb,  comme  ù  Saint-Omer  ou  à  Saint-Nicaise  de  Reims, 
représentent,  le  premier,  les  ligures  équestres  de  chevaliers 
avec  des  enroulements  arabesques  ;  le  second,  des  sujets  de 
la  Bible,  alternant  avec  des  fleurons. 

»  Les  miniatures  des  manuscrits  du  moyen  Age  sont  encore 
une  source  ou  l'on  peut  puiser  de  nombreux  renseignements 
sur  le  dessin  des  pavages  usités  dans  les  édifices.  L'ouvrage 
de  Willcmin  en  contient  une  douzaine  d'exemples. 

»  A  la  variété  de  rornementatiori,  s'ajoutait  la  variété  de 
la  forme.  Les  plus  simples  étaient  triangulaires  et  s'assem- 
blaient par  deux,  trois,  quatre  et  six;  d'autres  étaient  carrés 
et  s'assemblaient  par  quatre  et  par  seize,  pour  former  un 
motif  d'ornement  con)|)let.  Quelquefois  encore,  comme  à 
Brou ,  ils  étaient  de  deux  formes  différentes  :  des  carrés 
réunis  par  des  hexagones  irréguliers. 

»  Ces  divers  pavages  étaient  employés  en  Allemagne  et  en 
Angleterre  aussi  bien  qu'en  France.  Nous  connaissons  un 
exemple  de  pavage  en  terre  cuite  vertiissée  à  l'ancien  cloître 
de  Saint-Macaire  à  Gand;  un  autre  de  pavé  en  pierre  gravée 
à  la  calbédralc  de  Cantorbéry. 

»  Si  nous  examinons  parallèlement  ce  quisc  faisait  en  Italie 
dons  le  même  temps,  nous  citerons,  pour  ne  nous  arrêter 
qu'aux  exemples  considérables,  le  pavage  de  Sainle-Marie- 
Majcure  b  Rome,  où  sont  Ggurés  les  blasons  de  tous  les 
pontifes  qui  ont  restauré  ou  embelli  l'église;  les  mosaïques 
si  remarquables  de  Saint-Marc  de  Venise,  celles  de  Sainte- 
Marie  del  Fiore,  ù  Florence,  qui  semblent  un  parterre 
émaillé  de  fleurs  ;  celle  de  la  calhéilrale  de  Sienne,  où  sont 
représentés  par  des  marbres  de  trois  couleurs,  imitant  des 
peintures  en  grisaille,  diverses  scènes  de  l'Ancien  Testament. 

»  Voilà,  messieurs,  une  longue  série  d'exemples  de  ce  qui 
a  été  fait  pour  le  pavage  des  édiKces  religieux  et  privés.  Tous 
ces  exemples,  M.  de  Caumunt  les  connaît  sans  doute,  et  s'il 
a,  malgré  cela,  posé  la  question  que  nous  examinons  en  ce 
moment,  c'est  sûrement  parce  qu'il  pense  qu'à  tout  ce  qui  a 
été  fait  avant  nous,  il  manque  une  chose,  la  marque  de 
notre  temps. 

»  En  effet,  messieurs,  ce  que  nous  devons  prendre  en  con- 
sidération, sous  peine  de  manquera  l'une  des  premières  con- 
ditions de  l'ort,  qui  est  de  produire  un  maximum  d'effet  avec 
un  minimum  de  dépense,  ce  sont  les  nécessités  de  notre 
T.  vu. 


temps,  et  l'une  de  ces  nécessités,  la  plus  impérieuse  peut- 
être,  c'est  l'économie.  Je  suis  amené  i  examiner  la  dépense 
qu'entraînent  les  divers  modes  de  pavage,  mais  je  serai  court. 
»  Le  carrelage  en  terre  cuite  ordinaire  vaut  i  Parts3  f.60  e. 
environ.  Le  carrelage  en  liais,  12  fr.;  celui  en  liais  (octogooe) 
et  marbre  (carré),  de  \ Il  h  il  fr.,  suivant  les  dimensioM 
du  compartiment.  Le  carrelage  en  carreaux  de  marbre,  de 
couleurs  variées,  vaut  de  .'^5  k  60  fr.,  suivant  la  qualité  da 
marbre.  Le  parquet  ordinaire  en  chêne  vaut  iO  fr.  le  mètre, 
et  la  marquelteric  en  bois  de  couleur,  de  fiO  k  55  fr.  le  mètre. 
»  Uans  ces  derniers  temps,  on  a  établi  en  Angleterre  des  fa- 
briques pour  reproduire  les  carreaux  émaillés  oo  vemisaéa. 
L'église  des  Chcvaliers-du-Tcmple,  à  Londres,  récemment 
restaurée,  a  reçu  un  pavage  de  ce  genre.  M.  Pugin  en  a 
fait  de  nombreuses  applications  dans  les  églises  qu'il  a  bâties. 
En  adressant  au  Comité  des  monumenlt  historiques  des  spé- 
cimens  de  ces  pavages,  il  a  fait  connaître  qu'ils  coûtaient  en 
Angleterre  16  sch.  le  yard  carré,  c'est-à-dire  environ  26 fr. 
le  mètre  superficiel.» 

M.  Taillard.  Il  me  paraît  bien  difficile,  en  effet,  d'aprèf 
ce  que  vient  de  dire  M.  Daly,  de  se  soustraire  aux  conditions 
économiques  du  temps  où  l'on  vit  ;  mais  puisque  nous  ne 
pouvons  nous  dispenser  d'employer  les  pavés  que  fabriqoe 
l'industrie,  ne  serait-il  pas  possible  de  lesdi.4poser  autrement 
qu'on  ne  le  fait  dans  nos  habitations?  ne  pourrait-on  pat, 
par  exemple,  représenter  une  graude  croix  au  milieu  do 
pavage?  Ce  serait  un  symbole  ajouté  à  tous  ceux  que  réunit 
une  église. 

M.  Daly.  Messieurs,  tout  k  l'heure  j'ai  déroulé,  sous  vos 
regards,  une  longue  série  de  faits  ;  je  vous  ai  montré,  par  de 
nombreux  exemples,  qu'aux  diverses  époques  de  l'art,  oo 
avait  employé  pour  les  églises  et  pour  les  habitations  des 
pavages  qui  étaient  souvent  identiques.  Les  sujets  tirés  de 
l'histoire  sainte  appartenaient  seuls  en  propre  aux  églises. 
Il  me  reste  à  déduire  quelques-unes  des  conséquences  des 
faits  que  je  viens  de  vous  exposer. 

On  vous  disait,  il  y  a  un  moment,  qu'il  ne  fallait  pas  tenir 
compte  de  nos  besoins,  de  nos  connaissances;  et  certaine- 
ment, sans  s'en  apercevoir,  on  vous  propose  maintenant  de 
négliger  la  manifestation  de  nos  sentiments. 

Il  devait  paraître  Ibrt  peu  important  aux  fidèles  da 
xiir  siècle  de  chauffer  les  églL«es,  eux  dont  les  habitations 
n'étaient  guère  chauffées.  En  est-il  de  même  aujourd'bni? 
Presque  (ouïes,  et  nous  voudrions  pouvoir  dire  toutes  sans 
une  exception,  sont  chauffées  et  rendues  plus  saines;  il  de- 
vient donc  nécessaire  d'étendre  aux  édifices  religieux  les 
perfectionnementsque  la  science  et  l'industrie  de  notre  temps 
rendent  possibles.  Le  chœur  de  la  cathédrale  d'Albj  était 
autrefois  parqueté  en  bois  de  chêne,  et  probablement  «• 
trouverait  d'autres  exemples  de  même  nature.  J'entends  dire 
autour  de  moi  que  les  pavages  des  salles  à  manger  ne  sau- 
raient convenir  aux  églises.  Je  suis  aussi  de  cet  avis,  mais  ce 
reproche  n'était  guère  redouté  des  artistes  du  xm*  siècle:  ib 
ne  craignaient  pas  d'entendre  comparer  les  parages  de  lenrs 


539 


REVUE  DE  L'ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PURLICS. 


54» 


églises  à  ceux  de  leurs  salles  à  manger.  Alors  qu'il  n'existait 
d'habitations  dignes  de  ce  nom  que  les  châteaux  et  les  ab- 
baves  et  quelques  maisons  exceptionnelles,  faisait-on  cette 
distinction  ?  Nous  avons  vu  tout  à  l'heure  qu'il  n'en  était 
rieu,  puisque  les  pavages  des  constructions  civiles  étaient 
souvent  les  mêmes  que  ceux  des  églises.  Mais,  nous  le  ré- 
pétons, cette  circonstance  archéologique  ne  saurait  autoriser 
une  telle  confusion  de  nos  jours. 

Pour  marquer  nettement  la  distinction  qui  doit  se  montrer 
entre  ces  deux  espèces  de  pavages,  un  orateur,  que  nous  avons 
eu  souvent  l'occasion  d'applaudir  ces  jours  derniers,  demande 
s'il  ne  conviendrait  pas  de  représenter  parfois  une  grande 
croix  aucentre  du  sol  des  églises. 

C'est  avec  un  véritable  regret  que  je  me  vois  forcé  de 
combattre  une  opinion  émise  par  M.  Taillard,  mais  jamais  le 
sentiment  moderne  ne  consentira  à  jeter  sous  les  pieds  de 
la  foule,  pour  recevoir  la  boue  de  nos  bottes,  le  vénéré 
symbole  de  la  religion,  ce  glorieux  gibet  devenu  le  signe  de 
notre  rédemption,  que  tous  nous  portons  dans  nos  cœurs, 
qui  brille  au-dessus  de  tous  nos  autels,  et  dont  l'exaltation 
doit  être  pour  nous  un  caractère  permanent. 

Lorsqu'un  musulman  pénètre  dans  une  mosquée,  il  retire 
ses  sandales  pour  ne  point  en  rÉpandre  la  poussière  sur  le 
sol  consacré,  et  vous,  messieurs,  vous  des  chrétiens,  vous 
exposeriez  à  la  boue  et  à  la  poussière  des  pieds  les  moins 
dignes  le  symbole  même  de  votre  foi!  C'est  jusque  dans  la 
maison  du  Seigneur  que  vous  donneriez  la  représentation 
volontaire  dece scandale  quedesllollandais  avides  répétèrent 
au  Japon,  pour  marquer  leur  mépris  du  Christ:  foulant 
aux  pieds  et  crachant  sur  le  signe  de  notre  foi! 

Les  adorateurs  d'Allah  évitent  religieusement  de  marcher 
sur  un  feuillet  de  papier  que  le  hasard  jette  sur  leur  route,  crai- 
gnant que  le  nom  du  Seigneur  n'y  soit  écrit.  Et  vous,  messieurs, 
qui  avez  le  bonheur  de  connaître  la  loi  chrétienne,  vous  vous 
montreriez  animés  de  sentiments  moins  respectueux  pour 
les  signes  extérieurs  de  la  religion  que  ne  le  sont  des  hommes 
encoreplongésdansuneatmosphèred'erreur  !  Non,  messieurs, 
telle  ne  peut  être  votre  pensée.  Mettez  chaque  chose  à  sa 
place  :  les  choses  de  la  terre  en  bas,  celles  du  ciel  en  haut. 
Donnons  aux  symboles  de  la  foi  des  places  dignes  des  idées 
et  des  sentiments  qu'ils  représentent.  Après  avoir  jeté  le  ciel 
sous  vos  pieds,  il  ne  vous  resterait  qu'à  mettre  l'enfer  sur  vos 
autels. 

Ici  M.  Daly  a  été  interrompu  un  instant  par  un  membre 
du  bureau,  et,  j'ai  regret  à  le  dire,  par  un  ecclésiastique, 
qui  s'écria  qu'il  ne  voulait  imiter  en  rien  le  Japonais,  mais 
qu'il  voulait  cracher  et  marcher  sur  la  croix  ;  qu'une  église 
entière  n'était  qu'une  croix  et  qu'il  fallait  bien  y  entrer  ; 
qu'une  croix  dans  un  dallage  n'était  pas  la  même  chose  qu'une 
croix  sur  un  autel. 

Tandis  que  l'attention  était  détournée  par  cette  inter- 
ruption, mon  savant  voisin  de  droite  me  faisait  lire  cette 
note  qu'il  avait  extraite  la  veille  des  œuvres  du  confesseur  de 
saint  Louis  :  «  Prœtereàverus  crucis  cullor  signaculo  sanclœ 


crucis  tantam  reverentiam  exhibebat,  quod  quando  per 
clauslrum  religiosorum  transiret,  et  videret  cruces  prolensas 
exsculplas  super  lumulos  defunclorum ,  transire  desuper 
quantum  poteral,  reformidabat .  Undè  in  clauslris  et  cime- 
teriis  religiosorum,  de  quibus  specialibus  conf  débat,  faciebat 
cruces  desuper  tumulos  ejusrcmoveri  (1);  qui  fait  connaître 
que  saint  Louis  ne  partageait  pas  l'avis  de  M.  l'abbé  Man- 
ccaii. 

»  Qu'on  ne  vienne  pas  dire,  reprit  M.  Daly,  que  depuis 
des  siècles  nos  sentiments  sont  demeurés  réfractaires  à  l'in- 
fluence de  l'éducation  ;  que  la  pratique  séculaire  du  chris- 
tianisme est  demeurée  sans  force  pour  améliorer  et  perfec- 
tionner nos  âmes  !  Grâce  à  la  pratique  d'une  religion  d'amour 
et  de  justice,  nous  ne  sommes  plus  les  hommes  incultes  du 
xiif  siècle.  Il  y  a  longtemps  que  les  fêtes  de  l'âne  et  des  fous 
sont  supprimées  comme  indignes  de  chrétiens  et  d'hommes 
cultivés.  Quel  ne  serait  pas  l'étonnement  du  chef  des  der- 
nières croisades,  s'il  voyait  de  nos  jours  employer  à  la  re- 
construction de  l'une  des  plus  anciennes  basiliques  de  Rome 
chrétienne,  des  colonnes  envoyées  en  présent  au  souverain 
pontife  par  le  chef  des  inBdèles  ! 

»  Profitons  donc,  messieurs,  profitons  de  tous  les  trésors  de 
savoir  et  d'expérience  que  nous  ont  laissés  ceux  qui  nous  ont 
précédés;  mais,  en  recueillant  avec  respect  cet  héritage,  dis- 
tinguons ce  qui  est  éternel  de  ce  qui  n'est  que  transitoire. 
En  applaudissant  aux  vérités  conquises  par  nos  devanciers, 
ne  soyons  jias  injustes  envers  nos  contemporains.  Ne  né- 
gligeons pas  les  ressources  de  la  science  et  de  l'industrie 
de  nos  jours,  et  surtout  respectons,  honorons  les  progrès 
accomplis  dans  le  sentiment  général  des  hommes  sous  l'in- 
fluence du  christianisme.  » 

La  séance  a  été  levée  après  ces  paroles  qui  ont  conquis 
de  nombreuses  sympathies  au  jeune  et  bouillant  Enée  dont 
jesuis  le  fidèle  Achate.  Mon  savant  voisin  de  droite,  après  avoir 
vivement  applaudi,  me  dit  en  sortant:  «Le  plus  beau  pavé, 
c'est  la  foule  innombrable  des  fidèles  rassemblés,  mosaïque 
vivante  de  fronts  inclinés  dans  un  commun  sentiment  de  foi, 
d'espérance  et  d'amour,  qui  monte  jusqu'au  trône  de  la  triple 
et  majestueuse  unité  qui  gouverne  les  mondes.  » 

Dans  d'autres  séances  du  congrès  j'ai  entendu  bien  des 
choses  remarquables,  mais  ce  que  je  viens  de  vous  rapporter 
est  ce  que  ma  mémoire  a  le  plus  fidèlement  retenu.  Je  compte 
sur  les  procès  verbaux  des  séances  du  congrès  pour  le  reste. 

En  quittant  Tours,  nous  avons  traverséAngers,  le  Mans, 
Alençon,  Séez,  Domfront,  Caenj  visitant  partout  les  mo- 
numents de  tous  les  âges,  cherchant  et  recueillant  en  tous 
lieux  des  enseignements. 

Dans  la  capitale  du  Maine,  j'ai  lu  dans  je  ne  sais  quel 
petit  journal, — je   parle  du  format, — à  propos  du  congrès 


(1)  Car  c'était  une  profaDalion  quelle  fouler  aux  pieds  un  objet  sacré,  et 
c'est  pour  cela  que  saint  Louis,  lorsqu'il  pénétrait  dans  les  cloîtres  et  dans  les 
cimetières ,  évitait  avec  grand  soin  de  marcher  sur  les  croix  des  pierres 
sépulcrales.  (Trad.  de  M.  Letronne.) 


5ii 


REVUE  DE  L  ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS. 


5i2 


scientifique,  que  l'architecte  du  Palais  de  Justice  de  Tours 
avait  (.'ompiétemcnt  néglige  d'appliquer  les  moyens  que  la 
science  indique  pour  donner  aux  salles  la  sonoriti;  conve- 
nable, il  tel  point  que  ce  défaut  avait  forcé  plusieurs  au- 
teurs de  mémoires  h  quitter  le  congrès  après  la  première 
séance,  désespérant  de  pouvoir  se  faire  entendre. 

Cette  critique  m'a  remis  en  mémoire  un  mot  d'un  ancien 
archevêque  de  Bordeaux,  M.  dcSanzai,  qui,  rappelante  l'un 
de  SCS  grands  vicaires,  M.  de  Camiran,  que  l'époque  était 
arrivée  de  s'acquitter  de  certaine  perte  d'une  dinde  truffée, 
reçut  cette  réponse  pour  excuse,  que  les  truffes  étaient  dé- 
testables cette  année.  «  N'en  croyez  rien,  répliqua  le  prélat, 
c'est  un  faux  bruit  que  font  courir  les  dindons.  » 

J'ai  assisté  h  peu  près  ù  toutes  les  séances  de  la  huitaine 
que nousavons passée  itTours,  j'aientendu  Icspirituel  exposé 
des  recherches  de  M.  le  colonel  Jacqucmin  sur  le  harnache- 
ment, les  comptes  rendus  des  excursions  archéologiques  que 
M.  Paul  Iluotsavait  rendre  si  étincelants  de  verve  et  d'esprit, 
j'ai  entendu  aussi  heaucou|)  do  choses  ennuyeuses,  mais  je 
n'ai  jamais  entendu  parler  de  ce  défaut  acoustique  ;  il  faut 
donc  dire,  comme  monseigneur  de  Bordeaux,  que  c'est  un 

faux  bruit  que  fontcourir  les  orateurs qui  n'ont  pas  su 

intéresser  l'auditoire. 

Daly  met  en  ordre  quelques  notes,  quelques  souvenirs  de 
voyage  pour  servir  au  traité  d'esthétique  qu'il  nous  prépare; 
il  vous  écrira  du  Mont-Saint-Michel,  ou  de  Cacn  lorsque 
nous  y  serons  revenus.  En  attendant  il  vous  serre  sympaihi- 
quement  et  vigoureusement  la  main.  De  mon  côté,  cher 
Constant,  je  souhaite  de  vous  voir  construire  quelque 
grand  monument  où  vous  pourrez  mettre  en  pratique  les 
précieux  conseils  de  votre  enseignement. 

Tout  ii  vous.  11.  SIRODOT,  arch. 


TR.WAUX    A    DUNKERQUE    ET   DANS   SES    ENVIRONS. 

A  Monsieur  César  Daly,  rédacteur  de  la  Jievue  d'Architecture. 

Monsieur  i.b  niBKCTKOR, 

Je  profile  d'une  oitcasion  pour  vous  doinier  quelques  dcùiils 
sur  les  travaux  qui  s'exécutent  dans  notre  ville  depuis  quelques 
années.  D'abord,  le  génie  militaire  a  complété  rcnceinlc  de  la 
place  en  l'agrandissant  au  sud-est.  Les  reniparLs  sont  en  terre 
sans  aucun  revêtement;  il  n'exislo  de  murailles  (jue  sur  la  tra- 
verse des  canaux  ;  elles  sont,  dans  ce  cas,  supportées  par  des 
arches  en  pierre.  I^a  maçonnerie,  qui  est  en  briques,  est  bien 
traitée;  mais  les  portes,  au  nombre  de  cinq',  et  toutes  sembla- 
bles, sont  d'une  insignifiance  qui  n'est  égalée  que  par  la  manière 
dont  les  moulures  sont  profilées.  Uuelqucs  mille  francs  ajoutés 
aux  plusieurs  millions  (lé(K!nsés  auraient  permis  d'exécuter  des 
portes  ayant  un  caractère  monumental  et  d'une  sévérité  en  rap- 
port avec  leur  destination. 

Une  tour  pour  pliaro  de  premier  ordre  a  été  construite  vers 
l'extrémité  ouest  du  chenal  du  jwrt;  elle  est  à  plan  circulaire,  et 
son  lût  diminue  vers  le  haut.  L'escalier  qui  conduit  au  sommet 
est  en  pierre;  il  est  itiscrit  dans  un  anneau  formé  d'une  part  (uir 


le  mur  d'enveloppe,  d'autre  part  |»ar  le  mur  d'échiffre  concen- 
trique au  premier.  Le  corps  de  la  tour,  en  briques,  est  surmoaté 
d'un  attique  décoré  de  pilastres.  Ce  couronnemeDt  n'est  pas  heu- 
reux et  ne  produit  pas  un  bon  eSet. 

Dans  ce  moment  on  exécute  de  grands  travaux  pour  la  création 
d'un  iKissin  à  flot,  au  moyen  du  barrage  de  notre  port  par  une 
double  écluse.  Comme  ce  port  qui,  jusqu'à  présent,  est  un  bassin 
d'échuuage,  sert  à  l'écoulement  des  eaux  de  l'arroiMlimmeat, 
on  a  dû  préalablement  leur  créer  une  issue;  on  creose  eo< 
sÀjucnce  un  canal  de  dérivation  qui  débouchera  dans  la  i 
en  aval  du  barrage.Une  grande  écluse  se  construit  sur  ce  point, 
sous  rtiabile  direction  et  la  surveillance  scrupuleuse  de  N.  l'in- 
génieur Du  verger,  dont  on  ne  saurait  trop  louer  l'infatigable 
activité.  Les  matériaux  sont  examinés,  choisis,  et  employés  avoc 
un  soin  digne  d'éloges,  et  qui  promet  à  b  construction  uoe  du- 
rée éternelle.  M.  Cuel,  ingénieur  en  chef  des  ports  du  Nord, 
réside  à  Dunkerquc.  Ses  attributions  comprennent  le  port  de 
Gravelines,  où  l'on  commence  des  travaux  importants  pour  élar- 
gir l'écluse  dite  de  Vaubau,  par  laquelle  l'Aa  se  jette  dans  l'ar- 
rière-porL 

Il  est  à  remar<|uer  que  depuis  le  remaniement  des  masses  de 
terre  qu'a  exigé  l'accomplissement  des  travaux  dont  il  s'agit,  la 
contrée  est  envahie  par  des  fièvres  pernicieuses  qui  ont  surtout 
sévi  et  fait  des  victimes  en  182i6.  Cette  année  encore,  près  de  la 
moitié  de  la  garnison  et  de  la  population  de  la  maison  d'arrêt  de 
Dunkerque  a  été  atteinte 

La  compagnie  du  chemin  de  fer  du  Nord  fait,  de  son  oâté, 
travailler  activement  aux  embranchement  de  Lille  sur  Dunken|ne 
et  Calais.  Un  pont  se  construit  eu  ce  moment  sur  le  canal  de 
Mardyck,  à  l'intérieur  de  Dunkerque,  et  l'on  nous  promet  l'ou- 
verture prochaine  de  cette  ligne.  Les  travaux  s'exécutent  sous 
la  direction  de  M.  l'ingénieur  Davaine,  du  corps  des  ponts  et 
chaussées.  La  pierre  employée  dans  ces  travaux  est  d'une  excel- 
lente qualité;  elle  provient  des  carrières  d'Écauasine  (Belgique). 
La  pierre  d'Ecaussine  est  d'une  grande  dureté  :  soo  grain  est 
fin  cl  serré;  sa  couleur  bleue  est  Irès  agréable  à  l'œil.  L'empla- 
cement de  la  station  terminale  à  Dunkerque  est  déterminé,  mais 
on  ne  fait  encore  aucun  préparalif  pour  sa  construction.  Dieu 
veuille  qu'on  nous  gratifie  de  quelque  chose  de  mieux  que  les 
stations  de  Tourcoing  et  de  Roubaix  I 

Non  loin  de  nous,  à  triais,  M.  Néhon,  ingénieur  du  port,  ter- 
mine en  ce  moment  une  tour  pour'pliare  de  premier  ordre,  dont 
la  projection  horizontale  est  un  octogone  :  on  le  dit  bien  étudié 
et  d'un  heureux  effet. 

Voilà,  Monsieur,  ce  qui  se  fait  tant  à  Dunkerque  que  dans  ms 
environs;  je  ne  parle  pas  des  travaux  de  communes  ni  de  la  rille 
chef-lieu  de  l'arrondissement,  car  oo  u' y  fait  aucune  oonstructiou 
qui  mérite  la  peine  d'être  citée.  A  Lille,  par  exemple,  oo  bâtit 
un  hôtcl-de-ville,  un  lycée,  mais  je  ne  peux  vous  donner  aociui 
détad  à  ce  sujet;  je  sais  seulement  que  M.  Beavignal  est  l'archi- 
tecte de  ces  monuments. 

Veuillez  agréer,  etc. 

DE^'ELLE, 
Ardniech!  d*  la  vlit  et  1 


CASAS  DALY, 

membre  honoraire  «t  ormyiriirt  Jol'AcsJliit  rojal*  4w  BoMn-Arts 
de  Siocàboim,  de  I*IiutHat  rojal  de*  ArdiitcOr*  brilimyii,  e<c,  ««c 


TABLE   DES    SOMMAIRES 

DONNANT  L'OBDRE  DANS  LEQUEL  LES  PLANCHKS  ONT  PARU. 

(Années  18A7  et  1848.} 


N*  ».  -  INTRODI  CTION  {col.  l),  par  M.  César  Dalï.  -  HISTOll'.E.  Prcteslalion  contre 
l'élévalion  sur  le  quai  de  Ntsie  des  deux  pavillons  du  collf|.'c  M»;arin  ou  des  Qoalre- 
Nalions,  remise  i  Louis  XIV  par  les  hablianls  du  quarlier,  en  1665  (col.  3),  par  M.  le 
comle  de  Labobde.—  k  Considéra  lions  sur  le  dessin  de  la  place  el  du  quai  proposé»  à  faire 
vers  la  lour  de  Nesle  »  —  (coi.  4).  —  PRATIOUE  :  Elude  comparative  df»  divers  sys- 
tèmes d'arma'ure  remplaçant  les  poilrails  m  boii  (coi.  8),  par  M.  H.  Janmard.  archi- 
tecte. —  MÉLANGES  :  Lutte  des  ouvriers  et  des  entrepreneurs  (coi.  ÏO),  p;.r  M.  Perreï- 
MOSD.  —  Noie  relative  à  quelques  opinions  émises  dans  les  Anvalts  archdologiqvet 
(col.  28).  par  M.  Gounod.  —  Notice  néco'oeique  sur  M.  Bartiiélemy  Vicnon  (col.  32;. 

—  Une  révolution  dans  l'art  de  bâtir,  par  M.  C.  D.  {COl.  ?!;.  —  Des  voûtes  gothiques 
(col.  36),  par  M.  Victor  Guébin,  arciiiiecie.  —  La  Flèche  en  fonle  de  i.a  cathédrale  de 
Rouen  s'écroulera-t  elle  [col.  37, î  par  M.  H.  Jansiard,  archilecle.  —  Ecole  royale  des 
Beaux- Arls  de  Paris  (COl.  42}.  —  De  la  responsabilité  des  archilecle»  (coi.  44),  par 
M.  Brunet  de  Baisses.  —  Concours  pour  le  nouveau  projet  d'une  salle  d'Opéra  (col.  47), 
par  M.  C.  D.  —  Faits  divers:  Un  atelier  reconnaissant  (coi.  48).  —  Le  vieui  cluïteau 
de  Nogcnl-le  Rolrou  (coi.  48'.  —  Un  faux  titre  el  quatre  planches  repré>entant  ;  La 
première  (pi.  1),  Divers  systèmes  d'armatures.  —  La  deuxième  (pi.  2),  Gare  du  che- 
min de  fer  du  Kord,  détails  de  menuiserie.  —  La  troisième  (pi.  3),  Idem.  —  La  qua- 
trième, le  h'rontitpicr. 

N*  2.  —  HISTOIRE  .-  Du  SymboUsme  dans  l'Architecture  (l'Antiquité  et  le  Moyen  Age), 
(coi.  49),  par  M.  César  Daly.  —  Mémoire  sur  32  statues  symboliques,  observées  dans  la 
parlin  haute  des  tourelles  de  Saint-llcn's  (!'•  partie,  col.  65),  par  luaoanie  FÉL1CIE 
D'AvzAC,  dame  de  la  ilaiton  roynle  de  la  Légion  d  Honneur  {Saint-Venys).  -  PRA- 
TIQUE ;  Gare  du  Nnr.i  (Pa'is).  Dépendes  générales  cl  travaux  de  meniiisiiie  (col.  81J, 
par  M.  C.  D.  —  MÉLANGES:  Reconsliuction  de  la  Bibholhèque  royale  (coi.  87).  — 
Protestation  contre  la  série  des  prix  MorcI  (coi.  89).  —  Lutte  des  ouvriers  et  des  entre- 
preneurs (fin,  col.  90),  par  M.  Perrevmond.  —  Démolition  de  la  tour  nord  de  l'église 
royale  de  Saint  Denys  (col.  93),  par  H.  i.  —  Percement  de  l'isthme  de  Suez  (col.  95).  — 
Décoration  du  pont  du  Carrousel  Uol.  96).  —  (iuaire  planches  représentant  :  La  pre- 
mière (pi.  4),  Hôi.ital  en  fer  exécuté  à  la  Guadeloupe,  par  M.  Fiimand.  arcbilecle- 
Ingénieur.  —  La  deuxième  (pi.  6),  Idem.  (DttaUs  de  cotislructiou).  —  La  troi.^ièmc 
pi.  7),  Projet  d'église  paroissiale,  par  M-  Dchel,  architecte.  —  La  quatrième  (pL  8;, 
Tombeau,  i  ar  H.  Labrouste,  archilecle. 

N"  3.  HISTOIRE  :  Mémoire  sur  32  «talucs  symboliques  observées  dans  la  partie  haute  des 
tourel  es  de  Sainl-Denys  (2*  partie),  col.  97),  par  madame  FÉLiciE  d'AyzAC,  dame  de  la 
maison  rojale  de  la  Légion  d'Honneur  {Saint  Denys).  —  PKATIijUK  :  Note  sur  un  hô- 
pital en  fer  ronsiruit  à  la  Guadeloupe  (toi.  108,,  p.ir  M.  A.  Romand,  architecte-ingé- 
nieur. —  MÉLANGES  :  l.e  Louvre,  sa  cour,  sa  fontaine,  ses  lanternes  en  gibet,  etc. 
(col.  124).  —  Faits  divers  :  Fragments,  elc.  —  Six  planches  représentant  :  La  première 
(pi.  5),  Détails  de  coiiitruction  d'un  hôpital  en  fer.  —  La  deuxième  (pi.  9',  fjojcl 
d'Op^ro,  par  M.  A.  CoLDER.  —  La  troisième  (pi.  10),  ProjcJ  d'Opdra,  par  M.  H.  IIoreal. 

—  La  quatrième  (pi.  11),  Projel  d'Opéra,  par  M.  A.-L.  Lussos.  -  La  cinquième  (pi.  12\ 
Projel  d'Opéra  (plan  des  étages,  par  M.  A.-L.  Lussos.  —  La  sixième  (pi.  13),  Grille  de 
la  cour  extérieure  de  la  Gare  du  Nord  (Paris). 

H»  4. —  HISTOIRE  :  Mémoire  sur  32  slatues  synihnliques  observées  dans  la  partie  haute 
des  tourelles  de  Saint-Denys  (2o  partit^,  coi.  129),  par  madame  Kti.ii:tE  d'Avzai:,  dame 
de  la  maison  royale  delà  Légion  d'Honneur  (Samt-Denys).  —PRATIQUE  :  Note  sur 
hâpilal  en  fer  construit  à  la  Guadeloupe  (%•>  et  dernier  article,  col.  141  ),  par  M.  A.  Ro- 
HABD,  architecte-ingénieur.—  MÉLANGES:  Le  nouvel  0:  éra  de  Pans;  exsmen  des 
projets  proposés  (col.  153;;  -  Projet  de  M.  A.  Couder  (col.  155);  —  Projet  de  M.  H. 
HOREAU  (coi.  161)  ;  —  Projet  de  M.  A.-L.  Lussos  {col.  165).  —  Les  sculptures  de  Ninive, 
au  Louvre  {col.  172;.  —  Nouvelles  et  faits  diveis  {col.  175\  —  Paris.  Les  nouveaux  bâti- 
ments de  la  Douane.  Nouveaux  musées  au  Louvre.  Bibliothèque  royale.  L'ancien  restau- 
rant des  Vendanges  de  Bourgogne.  Un  Ponte  Rialto.  Décoration  du  pont  des  Saints-Pères, 

—  DÉPARTEMESTS.  Monument  du  général  Drouot.  Une  nouvelle  mosquée.  Des  bijoux  an- 
tiques en  or  et  en  argent.  Des  services  civils,  des  services  militaires  et  des  décorations.  — 
Bibliothèque  de  1846  (col.  1761.  —  Trois  planches  représentant  :  La  première  (pi.  14), 
Charpente  et  plafond  du  vestibule  de  la  Gare  du  Nord  (Paris).  —  La  deuxième  (pi.  15;, 
Charpente  et  plafond  de  la  salle  d'attente  de  la  Gare  du  Nord  (Paris^.  —  La  troisième 
(pi.  18),  Détails  d'art  de  l'École  des  ponts  et  chaussées  (Paris;. 

N'  5.  —  HIsTlilRE  :  Mémoire  sur  32  statues  symboliques,  observées  dans  la  partie  haute 
des  tourelle^  de  Snint-Denys  (2e  partic\  —  Zoologie  symbolique  (eût.  Ml),  par  madame 
FÉLICIE  d'Ayzac,  dame  de  la  maison  royale  de  la  Létiton  d'Honneur  (Saint- Uenys).  — 
PRATIQUE  :  Prijit  d'une  église  paroissiale  (col.  196).  —  Tombeau  élevé  au  cimetière 
Montparnasse,  sur  les  dessins  de  M.  H.  Labrouste  (col.  197),  par  M.  César  Daly.  — 
Grille  et  charpente  de  la  Gare  du  Nord  (Paris),  par  M.  C.  D.  —  MÉLANGES  ;  De  i'ar- 
chileclure  religieuse  auMXe  siècle.  Obseï  valions  jarM.  César  Daly  (col.  206);  Lettres  de 
M.  Magse  (col.  209).  —  Excursion  dans  Paris  (col.  211).  —  Nouvelles  et  faits  divers 
(col. 214).  —  Paris  •  Des  passages.  Jury  del  Erolede.s  Beaux-Arts. Nécrologie.  Expusitiin 
du  concours  pour  le-s  vitraux  de  la  Sainte-Chapelle.  Suppression  de  la  voirie  do  Mont- 
faucon.  Numérotage  des  rues  de  Paris.  Un  vrai  théâtre  nautique.  Procès  de  M.  Soyez, 
fondeur.  —  Dépabiemests  ;  Écroulement  d'un  clocher.  Un  ami  de  l'architecture  peut 
être  ennemi  des  mot  uments  funèbres.  Villages  celtiques.  Inauguration  du  canal  de  Mar- 
seille —  Pays  étrascers  :  Archileclure  des  prolétaires.  Télégraphes  électriques.  Vente 
des  maisons  de  Schiller  et  de  Shakespeare.  Miss  Burdeit  Coutts  et  l'église  Saint-Etienne. 
Première  église  rongienne.  Mosquées  et  synagogues.  Le  tombeau  de  la  reine  Frédérique. 
Les  Hippodromes.  Nouveau  gaz  hydrogène  de  Madrid.  Une  Acadéniic  de  sciences  et  d'his- 
toire constituée  à  Vienne  (Autriche).  —  Travaux  d'utili-c  publique  en  Egypte.  Monuments 
turcs  fondroïé».  —  Trois  planches  représentant  :  La  première  (pi.  16),  École  des  ponts 
et  chaussées,  fxéculée  etdes'ii  ée  par  M.  Carrez.  —  La  deuxième  (pi.  17),  Idem.  —  La 
troisième  (pi.  19),  Projet  d'Eglise  paroissiale,  par  M.  Dainville,  élève  de  là.  Constast- 

DUFEUX. 

N'  6.  —PRATIQUE  :  Nouvelle  école  des  ponts  et  chaussées  (col.  225].  —Projets  d'églises 
paroissiales  (col.  220;.  —  De  divers  systèmes  de  fermes  en  fer  et  en  bois  employées  en 
Angleterre,  par  M.  H.  Jasxiabd,  architeclc  du  gouvernement  (col.  230).  —  MELANGES  : 
Modèle  d'un  cahier  des  charges  et  des  conditions  à  imposer  aux  entrepreneurs  d'ouvrages 
à  forfait,  par  M.  Brlnet  de  Baines,  architecte  (coi.  236).  —  Rapport  sur  l'Ecole  des 
Beaux-Arts  et  des  sciences  industrielles  de  la  ville  de  Toulouse,  par  M.  Cil.  Texier 
(coi.  245).  —  Faits  divers  :  Déjii  la  fontaine  Molière  s'en  va  (coi.  250).  —  Lettre  d'un 
vieux  médecin  ii  un  jeune  architecte,  sur  l'importance  d'un  logement  salubrc  (col.  252). — 
Lu  Château   des  Fleurs,  par  M.  Georges  Olivier  (coi.  24).  —  Bibliographie  de  1846 


(3'  article,  coi.  255).— HISTOIRE  :  Mémoire  sur  32staluessymboliques,  observées  dans  la 
partie  haute  des  tourelles  du  Saint-Denys  (5*  article,  par  madame  Félicie  d'Ayzac 
(col.  257).  —  Quatre  planches  représentant  :  La  première  (pi.  20),  Projet  d'Église  va 

roiisiale,  par  M.  Fbom.\ceau,  archilecle,  élève  de  M.  Cossta.nt-Dufeux. LadeuiiJ^më 

pi.  21),  Ferme  anglaite.  —  La  troisième  (pi.  £2),  Feimes  anglaises.  —  La  quatrième 
(pi.  23),  Sialtic»  «!/mtoltgue»  de  la  tourelle  nord-ouest  de  l'Eglise  abbatiale  de  Saint- 
Denys. 
N*  7.  —  HISTOIRE  :  Mémoire  sur  32  slatues  symboliques,  observées  dans  la  partie  haute 
des  tourelles  de  .Saint-Denys  (suite  du  5'  article  ,  par  madame  FÉLiciE  d'Ayzac.  dnme  de 
la  moiion  rogale  de  la  Légion  d'Honneur  [Saint-Denys),  col.  257.  —  THEORIE  ■  So- 
lidarité entre  t'indusirie  et  l'art.  Distribution  des  prix  de  l'Ecole  spéciale  de  dessin  nar 
M.  César  Daly  (col.  i90;.  —  Grands  prix  de  l'insthut.  Concours  d'architecture  '  oar 
M.  S.  C.  Cosstant-Dufeux,  architecte  (col.  296).  —  MÉLANGES  :  Tombeau  de  Nano 
léon.par  M.  S.  C.  CD.  (col.  300).  —  l'ont  delà  (ioncorde.  par  M.  S.  C.  C.-D.  (col    301)" 

—  Des  places  publiques  à  Paiis,  par  M.  Bidault  (col.  302).  —  Pavage  de  la  place  d'il 
Carrousel,  par  M.  S.  C.  C.-D.  ((ol.  304).—  Bibliothèque  royale,  par  M.  S  C  C-D 
(coi.  300).  —  Nouvelle  prison  militaire,  par  M.  S.  C.  CD.  {col.  306).  —  .Nouveau  rao'ven 
d'éclairer  les  pièces  ouvertes  sur  les  courcelles,  par  M.  II.  J.  {col.  307).  .-  Cheirin  deVer 
de  Rouen  au  Havre,  par  M.  II.  J.  {col.  3tO).  —  Description  dune  îiabiiaiion  moldave 
(coi.  309).  —  Lettre  adressée  a  M.  C.  Daly,  par  M.  H.  Meynadier  (col.  310).  —  Noiicc 
nécrologique  de  M.  Millaidet  (col.  311).  —  Voyage  en  Grèce  (col.  313).—  Nouvelles  el 
fails  divers  (coi.  313;.  —  Bibliograi  hie  de  1840  (suite,  voy,  coi.  176  et  222). -Trois 
planches  fin.ples,  représentant  :  La  première  (pi.  24),  Statues  symboliques  de  la  tou- 
relle nord-est  de  t'Eglise  obbatiate  de  Saint  Denys.—  La  deuxième  (pi.  25  Statues 
symboliques  de  la  tourelle  sud-est  de  l'Eglise  abbatiale  de  Saiui-Deuyf.  —  Lâtioisième 
(pi.  iH',, Projet  dépavage  de  la  place  du  Carrousel,  etc.  ^ 

N"  8.  —  HISTOIRE  :  Mémoire  sur  32  slatues  symboliques,  oliservées  dans  la  partie liautc 
des  tourelles  de  Sairit-Derys  (6'  article;,  par  madame  Félicie  d'Ayzac,  dame  de  la  nat- 
ion royale  de  la  Légion  d'Honneur  {SatntDeiiys),  col.  321.  —  PRATIQUE  :  Dis  tuyaux 
de  ci'nduite,  et  liotammenl  Oe  ceux  en  terre  cuite  (1"  article),  par  M.  H.  Ja'nnmrd  ar- 
chilecle du  gouveiiumint  (col.  335;.  -  MÉLANGES  :  Observations  présentée.»  par  la 
Société  centrale  dos  architectes  (1"  article,  coi.  340).  —  Nécrologie  de  M.  Hachette  par 
M.  J.  JoLLivET  {col.  352).  —  Des  honoiaires  de  l'aichilccte,  par  M.  Brunet  de  BaI.ne» 
arthitecle  (loi.  355).  —  Résultat  des  fouilles  praticuees  sous  le  parvis  Notre-Dame  dé 
Paris  (col.  357).  —  Conduits  en  terre  cuile  (coi.  358).  —  Confié»  scienlillnue  de  Fiance 
(col.  358).  —Les  monumerls  historiques  du  Bas-Rhin  (col.  358).  —  Un  mot  sur  quelques 
ihià  res  Je  Paris,  |ar  N.  Georges  CiI.IvilR  icol.  o61).— Nouvelles  et  (ails  Hivers  ,  col.  .'ICI 
—  Bibliographie  de  ^^:46  (suite  el  bn,  fol.  Ï67).  —  Trois  plenebis  simples,  rei  résintant  ■ 
La  \  nnAtre  {y].  îl'>),  statues  lymbolKjUes  de  la  tourelle  lud-ovtst  de  V Eglise  abbatiale 
de  Samt-Denys,  xiif  siècle.  —  La  deuxième  (pi.  i7;,  hem,  ensemble  aes  quatre  lou- 
1  elles.  —  1  a  iioisien.e  (pi.  29),  Aquedvcs  et  Itt/ou.!  de  fotiiitii.f .^^  BÉfc- 

K°  y.  —  HISTOIRE  :  Mémoire  sur  32  slatues  symboliques,  observées  dans  la  partie  hsnte 
lies  tourelles  de  Saint-Iienjs  i8"  et  dernier  aniclr),  par  madame  Félicie  d'Ayzac  dame 
de  la  maison  royale  de  la  Legmn  d'Houneur  (Saint-Denys),  col.  369;.  —  PRATIQUE  ■ 
Des  aqueducs  et  îles  tuyaux  de  conouiie  dans  l'antiquité  (2'  article),  par  .M.  H.  Jansiard 
arehitictedu  (cuvcrnunent  (coL  3t3).  —  MÉLANGES  :  De  la  libîrlé  dans  l'art  lettre  il 
M.  L.  Viiel,  par  M.  César  Daly,  suivie  du  discours  prononcé  psr  M.  L.  Vitel  à  l'a  séance 
générale  de  la  Société  aribeuiegique  oe  Ncrmandie  {col.  392).  —  École  dis  Beaux-Arts 
(Paris ),  psr  M.  C.  D.  (col.  408).  —  Jardins  d  hiver  de  Paris  et  de  Lyon  (coi.  410).  —  Mé- 
itaille  loyale  de  l'Instilut  des  arebitectes  hrilanniqi'is  (col.  412). —  Encore  les  piédestaux' 
baraques  du  pont  du  Carrousel  {col.  413).  —  Ecole  mariilme  du  commerce  à  Pari» 
(col.  41(i  .  —  Déci  uveites  arcbéologii(Ucs  dans  Par. s  (col  415  .  —  Nécrologie  {cet.  410) 

—  Le  Congrès  de  Tours  (coi.  4l6).  —  Petite  correspondance  {col.  416  .  —  Trois  planches 
simples,  eiiliêremenl  a  l'illet  el  tuées  en  couleur,  représentaiit  :  La  fremière  (pi.  30) 
6'rond<  rii«  (Cotre).  —  La  deoxiime  (pi.  31),  Tour  de  la  Mosquée  el  Mcyed  (Caire).— 
La  troisième  (pi.  3z),  Salle  hipostyle  (hamac). 

N- 10.  —  HISTOIRE  :  Panorama  d'Egypte  et  de  Nubie  (col.  417).  psr  M.  César  Daly.  — 
PRATIQUE  :  Des  entablements  en  bois  et  des  cbeieauk  en  fonle.— Lettre  de  M.  Develle 
architecte  de  la  ville  de  Dui  kerque,  et  réponse  de  M.  H.  Janniard,  architecte  du  gouver-- 
niment  col.  424).  —  Etude  d  une  salle  d'Opéta  {col.  426),  par  M.  le  baron  II  Mevsa- 
Ditn.  —  MELa.NGLS  :  La  verilé  ou  la  guene,  choisissez  :  leitre  à  M.  DiDRON,  ditecteur 
oes  Annales,  par  .M.  César  Lalv  {col.  42H,i.  —  La  libellé  dans  l'art  jcol.  430).  —  De 
l'enseignement  de  la  théorie  de  l'architecture  à  I  Ece>ledes  Beaux  Arts  de  Paris  {col.  431), 
psr  M .  César  Daly.  —  Des  cours  d'histoire  et  de  construciiun  à  l'Ecole  des  Bi  aux-Ans  dé 
l'aiis  (et  ae  quelques  autres  choses  (coi.  436;,  par  M.  CÉSAR  Daly.  —  Un  concours  re- 
marquable à  l'Ecole  des  Bcaux-Aris  de  Paris  (col.  411),  [ar  M.  Aymar  Verdieb  archi- 
lecle. —  Lesdoctiiresdes.Ari»iiics  oiiii^oiogitties,  condamnées  |  ar  S.  Eni.  n^ons'eigneur 
le  cardinal  de  BoN/LD  (col.  447).  —  Mélanges  o'aichéologie  el  de  liltéralure  {col.  447). 

—  Cinq  planebes,  dont  une  double,  en  bistre  :  La  première  (pi.  3-t;,  Monuments  arabes 

—  La  deuxième  (pi.  35;,  JUoninienls  égyptiens.-  La  troisién  e,  double  (pi.  3'i).  Détails 
il'archileclure  éoj/plienne.  —  La  quatrième  ipi.  41;,  Idonumenls  égyptiens.  -'  La  cin- 
quième (pi- 43;,  Idem,  r-'  -^'..' — rri  oi^M 

N"  11  el  12.  —  ADRESSE  à  nos  lecteurs,  par  M.  César  Daly  (col.  4S9).  -  HISTOIRE  : 
Panorama  d'p:g5pte  el  de  Nubie  (2' et  dernier  article),  par  M.  Cés.\r  Daly  {col.  494). 

—  PRATIQUE  :  Cliaullage  à  l'eau  chaude,  par  M.  René  Devoir  (col.  509 Planchers 

mélalliques,  par  M.  H.  Janmard,  aicbitecle  du  gouvernement  (col.  515;.— MELANGES  : 
Observations  prèsciittes  par  la  Société  des  archilecles.  sur  la  nécessite  d'instituer  un  di- 
plôme d'architecte,  et  progranjine  des  connaissances  exigibles  pour  l'obtention  de  ce  di- 
plôme (2'  et  dernier  ai  ticle,  col  5'i2).— Voyage  de  deux  snistes.  Discussionsd'ait.  Histoire 
générale  des  pavages  (col.  626).  —  Travaux  a  Dui. kerque  el  dans  ses  environs,  pai  M.  De- 
velle, architecte  de  Dur>kerque  (col.  541.  —  Table  des  sommaires  des  numéros  du  volume 
(col.  513).—  Table  alphabétique  des  matières  (col.  545).  —  Table  des  planches  .;col.  551  . 
—Neuf  planches,  dont  une  double  et  dont  deux  en  couleur  elàl'eflél  :  La  première  (pi.  33  t. 
Vue  de  la  salle  hyposlyle  du  lempte  de  Khans  [Kanac);  en  couleur  et  à  l  effet.  —  La 
douxièrne  (pi.  36..  Destauri^tion  des  mines  de  Hamac  et  de  Lnxor.  —La  troisième 
(pi.  38;,  Vue  générale  de  l'iiede  l'hilœ;  flanche  double,  en  couleur  et  à  l'efj'et.  —  La 
quatrième  (pi.  39),  Temples  d'Isamboul;  plans  et  élévations  (Nubie).  —  La  cinquième 
(pl.  40). /dcm;  d^lctl»  divers  {Nubie).—  La  smtm^  {pi.  M},  Monuments  égyptiens; 
temple  de  Denderah  et  plan  général  ae  Karnac.  —  La  septième  (pi.  44),  Appareils  de 
chauffage  à  l'eou  chaude.  —  La  buitième  (pi.  45),  Idem.—ta  neuvième  (pi.  46),  Planche 
métallique,  système  de  II.  Yaux, 


FIN    DE    LA   TABLE   DES  SOMMAIRES. 


TABLE   ALPHABETIQUE  ET  ANALYTIQUE 

DES  MATIÈRES  DU  T  VOLUME. 


(Anni^os  18â7  et  1818.) 


A. 

Académie  des  sciences  et  d'hislolre,  rcnstiltiée  à  Vienne,  en  Aulriche, 
221,  318.  —  Iles  arts  et  des  s('i<  nccs  de  Venise,  (l('cr('lc  la  conMrnc- 
tion  d'un  l'anlhéon  national,  305. 

Ailes  (les)  symboliques  du  prière,  d'aspiralion,  99,  193. 

Amérique.  Vny.  Art. 

Ane,  einl)lf!mc  des  sens  révoltas  conlic  l'esprll,  102, 193. 

Animaux  symboliques  de  .Sainl-Denys,  193. 

Anmai.ES  arcbi'oloRiques.  .Ses  opinions  rriiiqni^es  par  M.  Counod,  28.  — 
F.ellrc  de  M.  Oaly  à  son  direclciir,  628.  —  Son  acroid  avec  M.  I.ebas, 
h'ih.  —  -Ses  doctrines  condamnées  par  Mgr  de  l}onal<l,  hWl. 

Anneau  symbolique  égypiien,  698. 

Antiquairïs  (sociéld  des)  de  Normandie,  'lOl. 

Antiquités  algériennes,  366.  —  .Scandinave»,  365.  — Canadiennes,  366. 
Voy.  Aqviedxxcs. 

Aqueducs  et  tuyaux  de  conduite  dans  l'aotiquitë,  383.— Gallo-romaine, 
ihid.  — Siplioïde  de  l'alara,  en  Lycie,  385,  —  De  Maintenon,  386.  — 
Aniiques,  à  Lyon,  ihid. 

Archéologiques  (découver les),  à  I.yon,  .''18.  —  Dans  l'aris,  615. 

Architectes  (de  la  responsabiiilé  des),  66.  —  Honoraires,  355.  —  Avis 
de  la  Sociélé  reiilrnlt'  des  architectes  sur  la  nécessité  d'Inslilucr  un  di- 
plôme d'architecte,  S'iH,  522. 

Architecture  (du  symbolisme  dans  1'),  69.  —  Les  lignes  géoméiriqiies 
de  l'aicliileclure  ont  un  scnssyml)olique,  58.  —  lleligieuse  au  xix' siè- 
cle ;  observiitions  par  MM.  Daly  et  Magne,  205.  —  Des  prolétaires, 
218,  —  Moldave,  309.  Voy.  Gothique.  —  Enseignement  de  la  lliéoiie 
de),  h  riCcole  des  Beaux-Arts,  608,  63t.  —  Arabe  en  Egypte.  Voy.  Pa- 
norama, etc. 

ARMATURtsen  fer.  Travers,  Leturc,  9.  — Jacquemart,  10.  — Baudrlt,  11. 
Belltmère,  13.  —  Itnielier,  16.  Voy.  ces  noms.  —  En  fonte,  17. 

Anr  de  bAlir,  par  Itondelel,  18.  Voy.  Voilles.  —  En  Amérique,  367. 
Voy.  Armature.'!,  Voiltes. 

Art  (de  la  liberté  dans  1'),  392,  630.  —  Son  influence  politique,  indus- 
ti'iellc  et  sociale,  691. — De  quoi  se  compose  son  élude  iDiégralc7  692. 
Voy.  Soltdarità. 

Assainissement  de  Paris,  215. 

Autruche,  i'einlil(>me  de  la  gourmandise,  etc.,  102,  193. 

Adresse  à  nos  lecteurs;  motifs  du  repus  de  la  l<evue,  après  février,  689. 

B. 

BAS-ltHiN.  Voy.  Monuments  hi.itoriques 

Batelier.  Sun  système  d'armature,  16. 

BATlGNOLLEs(llùlel-de-Vi;ic  des),  316. 

Baudkit.  .Son  système  d'armaiure,  11. 

BÉaÉMOTH  ou  Léviathan.  .symboles,  138. 

Bélier  personnifie  rignornnce,  la  stupidité,  etc.,  103,  103. 

Bellemkrk.  Son  armature,  l.t. 

Beni-Hassan  (Spéos  de),  303.  307. 

BlBLlor.nAi'HiE  de  1860,  176,  222,  255,  319,  3(i7.  —  Des  ouvrages  à  con- 
sulter sur  les  lois  et  ordonnances  concernant  les  travaux  publics  cl 
pnrlicnliers,  'J63. 

Bibliothèque  royale  (reconstruction  de  la},  87.  —  Bapport  de  la  Com- 
mis.si(in  d'enquête  sur  ce  projet,  176.  —  Sa  translation,  306.  —  Son 
remaniement  intérieur,  316. 

Bijoux  aniiques  en  or  et  en  argent,  175. 

Bi.ODET  (M.).  Son  enseignement  de  l'architecture,  608,  631. 

Bois.  Voy.  Fermes,  entahlement. 

BoNAL»  (Mgr  de)  condamne  les  doctrioes  des  Annales  arcKMogi- 
ques,  667. 

BONNAL,  arch.,  congédié  par  leçons,  mun.  de  Toulouse,  316. 

BONNEUAIN,  inventi'urdu  système  de  chaulTage  ik  l'eau  chaude,  510. 

Bocc.  Sa  slgnillcalion  symbolique,  183,  193. 

BouusoT.  .^a  proposition  au  sujet  des  armatures,  17. 

BODKASSÉ  (M.  l'alibé).  Sa  lettre  aux  Annales  archéol.,  616. 

Bruxelles  (exposition  industrielle  nationale  i),  319. 


Cahier  des  charges  (modèle  de),  236. 

Caii'.k  (le  ,  (Il  srripiion  de  ses  monuments,  il9. 

CAr«AL  de  Marseille,  218. 

Carrousel.  Vciy.  l'ont  et  Place, 

Celtiques  (village*),  318. 

Centairb.  .Sa  signlBoilion  symt>olique,  193. 

ChaI.xeaux  en  fonle,  626,  6'.i5,  626. 

Chameau,  l'emblème  de  la  colère,  de  la  rancuD»,  10&,  IS3. 

Charpente.  Voy.  Gare  et  Hôpital  en  fer, 

ChAi^pestiers.  Voy.  Ouvriers,  Knlrepreneun. 

Chat,  symbole  de  la  Hailerie,  elc,  106. 193. 

Château  des  fleurs,  sa  consiruction  i  l'aris,  256. 

Chaufpace  et  ventilation  par  l'eaa  cbande  ;  di«en  apptreih,  • 

Chauve-souris,  symlwle  de  l'hypocrisie,  eic,  106,  193. 

Chemin  de  fer  de  I>arisà  Marseille,  22'i.  —  De  Toarsi  Nanlet,  ibid.  — 

D'Orléans  1  lloideaux,  iiid.  —  Enqu)>le  sur  le  chemin  de  1er  de  Nar- 

bonnc  à  l'erpigiiaii,  ihid.  —  Traversée  de  Lyon  par  le  chemia  de  ter, 

ihid.  —  Accident  du  chemin  de  fer  da  .Nord,  ibid. 
Chemins  de  fer.  Voy.  Gare. 

Cheval,  symbole  de  l'insolince.  de  la  luxare,  etc.,  107,  193. 
CilJiviiE.  Sa  signifiralion  >ymbolique,  183, 193. 
CHIEN,  emblème  de  la  colère,  de  l'rnvie,  cic,  139,  130,  193. 
Ci.iQUART  (pierie  dite).  .Son  emploi.  19. 
Clochet  (chute  du),  à  ^ogenl-le-fterDard,  217. 
Collège  Mazarin.  Voy.  Collège  des  Quatre-.\aliotiM. 
Collège  des  Qllatre-,^ations.  Proiesiaiion  faite,  en  1665,  contre  l'^v*- 

lion  (le  ses  pavillons  sur  le  quai,  3. 
Concorde  (pont  de  la),  301. 
Concours.  Voy.  École  de$  Beaux-Artt;  voy.  Opéra:  roy.  Sainte-Cka- 

ptlle. 
Concours  d'architectnre,  grand  prix  de  l'Insiiiol,  396.  —  RemarqMble 

à  l'Ecole  des  Iteaux-Arts  de  l'aris.  661. 
Conduites  en  terre  cuite;  leur  histoire,  leurs  propriétés,  leur  fabricaUM 

actuelle  et  leur  prix  de  revient,  K>h,  358. 
Congrès  scientifique  de  Kranre,  tenu  i  Tours.  358,  616. 
CoNSTANT-Durttx  (M.  1,  son  cours  de  perspective,  608. 
CoNSTANTi.xoi'LE.  Travaux  qui  s'y  font,  l'27. 
Cornes,  leur  signification  symbolique,  139,  196  et  I9S. 
Couchacd  (André).  Voy.  Voyages. 
Couder  (M.  Amédée).  Son  projrt  d'Opéra,  155. 
Coupole  sphéiique  mobile  en  ler  de  l'OtMervatoire,  316. 
CouTTs  (miss  Burdcti)  paie  les  dépenses  de  l'EgitM  de  5atait-ÉtieaK, 

219. 
Crapaud,  symbole  de  rorgneil,  133, 196. 

n. 

Dainville  (M.).  .Son  projet  dVglise  paroissiale,  258. 

Danton  (testament  df,  217. 

Daly  iCésari.  Sa  Letire  i  M.  Vilel,392.  -  A  IL  Didroa.199. 

Davioid  (M.  .  élève  de  racole  naiiooaie  des  Bctax-Aru  obtient  la  pre- 
mière médaille,  63. 

Décorations  desi  civi'es  et  militaire*,  17S.  Voy.  Pmt. 

ftÉcocvERTts  arcli^ologiqiirs  dans  Parl^  àl6> 

Démolition.  Voy.  Saint-Dmi/M, 

Dcnderab  (le  temple  dr),  6M. 

Dents  (Saim)  :  Ses  statues  symboliques,  6.v81  :  97-108  ;  lSt>U*:  177- 
192  :  257-'J90  ;  331-335.  —  Démolition  de  sa  lonr,  «S. 

Députés  «chambre  desi.  Si'jel  du  prix  de  Book,  296. 

Devis.  Voy.  ilorel. 

DiDRON  (M.),  directeur  des  Annales  arrkMcgiques.  CiK«Miaa  e«tre  M 
et  M.  César  Daly,  629.  —  Suppliant  de  M.  Lebas.AMk 

DIPLOME  d'arcbiiecie.  U  Société  centrale  des  architecM*  le  bMfC  i 
rable,  366,  533. 

DCBAN.  Sa  médaille  par  M.  Simart.  68. 

DOBiu  Son  projet  d'éf  lise  paroissiale,  198. 


547 


TABLE  ALPHABÉTIQUE  ET  ANALYTIQUE  DES  MATIÈRES. 


5)8 


Ëcr.AiRAGE  au  gaz  Iiydropînc  (nouveau  moyen  d'),  220.  —  Des  pièces 

ouvrant    sur  les    petites  cours,   307.  —  Appareil   nouveau  pour   le 

gaz,  316. 
ÉCOLK  royale  des  Beaux-Arts  de  Paris.  Concours  d'émulation  de  con- 

slruclion  génc'rale  ;  distribution  de  médailles  et  de  mentions,  42. 
ÉCOLE  des  Ueaux-Arls.  ConipltMe  son  jury,  215.  —  Ouverture  du  cours 

de  perspective,  Zi08.  —  Ouvcriure  du  cours  de  tliéorie  d'arcliileclure, 

ibid.  —  Critique  du  cours  rie  théorie  de  1',  i3l. 
ÉCOLE  royale  spéciale  de  dessin  ;  distribution  des  prix,  290. 
École  (nouvelle)  des  ponts  et  chaussées  :  description  des  travaux,  225. 
ÉCOLE  des  Beaux-Arts  de  Toulouse  (rapport  sur  1'),  2lib. 
École  maritime  du  commerce,  lilli. 
ÉCROULEMENT.  Voy.  Clochev. 
ÉGLISE  Saint-Jacques  de  Caudenberg,  à  Bruxelles  ;  sa  restauration,  3fl5. 

—  Saint-Pierre  de  Home,  31. 
ÉGLISES  paroissiales  (projet  d'),  196,  226.  —  (Vieilles)  déblayées  à  leur 

base,  317. 
Egypte  (Panorama  d'),  417,  Z|9/i. 

Enseignement  de  l'arcliit.  à  l'École  des  Beaux-Arts  de  Paris,  421. 
Entablements  en  bois,  424,  425  et  426. 
Entrepreneurs.  Voy.  Grève  et  Cahier  des  charges. 
Expositions  ind.  à  Hambourg  et  à  Bruxelles,  220,  319. 


Face  ou  visage  cornu  (•symbolisme),  183,  195. 

Fer  (influence  du)  sur  l'avenir  de  l'art,  151.  Voy.  Hôpital  en  —,  108, 
et  planchers  niéialliques. 

Fermes  en  fer.  Modifications  à  y  introduire,  149. 

Fermes  (divers  systèmes  de)  en  fer  et  en  bois,  employées  en  Angle- 
terre, 250. 

Flèche  en  fonte  de  la  cathédrale  de  Rouen,  37. 

Fontaine  Molière  .se  dégrade,  250. 

Fonte.  Voy.  Armatures,  Chameaux,  Fermes,  Flèche,  Hôpital  en  fer 
et  Tôle. 

Forage  des  mines  (nouveau  système  de),  362. 

Fouilles  à  Saintes,  362  ;  à  Lomlinièri's  près  de  Neufchâtel,  363,  364  ; 
sous  le  parvis  d(!  N.  D.  de  Paris,  357. 

Frissard.  Sa  mort  malheureuse,  416. 

Fromagead.  Son  projet  d'église  paroissiale,  226. 

FuGGER  (J. -Jacques),  savant  bibliophile,  79. 


Gare  du  chemin  de  fer  du  Nord.  Estimation  de  ses  travaux,  83;  menui- 
serie de  sa  salle  d'attente  et  de  son  vestibule,  82  ;  sa  grille  et  .ses  char- 
pentes, 202.  • —  [ie  la  ligne  de  Uouen  au  Havre,  sa  disposition,  la  ma- 
nœuvre de  ses  portes,  308. 

Garrez  (VI.).  .Son  école  des  ponts  et  chaussées,  226. 

Garthassey  (chapelle  des  carrières  dej,  en  Nubie,  507. 

Gaz  hydrogène  produit  par  un  nouveau  procédé,  220.  —  Nouvel  appa- 
reil pour  sa  combu.stion,  316. 

Géométrie  (la)  symbolique  en  architecture,  58. 

Gillet  (M.)  dépose  au  musée  un  sarcophage  grec,  387. 

Gothique.  Voy.  Architecture  religieuse.  Liberté  et  Voûtes. 

Grèce  (voyage  en).  Noies  et  croquis  par  M.  Couchaud,  313. 

Grenouille,  emblème  des  luxurieux,  134,  194. 

Grèves  des  ouvriers  charp.  en  1845,  20,  90. 

Griffes.  Leur  signification  symbolique,  139,  194  et  195. 

Grille  de  la  gare  du  Nord,  à  Paris.  Sa  description,  202. 

H. 

Habitation  des  pays  tropicaux  ;  leurs  inconvénients,  113.  Voy.  Salu- 
brité. —  .Moldave  (description  d'une).  309. 

Hachette  (nécrologie  de  M.),  332. 

Halle  aux  drhps.  Sa  destina  ion  actuelle,  315. 

Hippocentaure.  Sa  signification  symbolique,  193. 

HippodrO-ME  de  .Schcncmingues,  220. 

llONOhAiKEs  des  architectes,  355. 

Hôpital  en  fer,  108  et  141. 

HoREAu  (H.).  Voy.  Chat,  des  Fleurs,  Egypte,  Jardin  d'hiver,  Opéra, 
Pont. 

Horloge  très-compliquée,  361. 

HÔTEL  l'ieury  alfecié  .'i  l'École  des  ponts  et  chaussées,  225.  —  Du  prési- 
dent de  la  chambre  des  députés,  314. 

HÔTEL-DE-ViLiE  dcs  Balignollcs.  Sa  fondation,  315. 

Hyène,  emblème  de  la  détraction,  135,  194. 


IBSAMBOUL.  Ses  temples  creusés  dans  le  roc,  506. 
I.VDUSTRIE.  Voy.  Solidarité. 


Institut  des  architectes  britanniques.  Sa  médaille  royale,  412,  413. 
Institut  (pavillon  de  1').   Voy.   Collège  des  Quatre-Nations.   —  Pris 
(grands).  ' 


.Iacob  (le  camp).  Voy.  Hôpital  en  fer. 

Jacquemart.  Son  armature,  10. 

Jardin  d'hiver  de  Paris  et  de  Lyon,  410. 

Jay  (M.).  Son  cours  de  construction,  436. 

Job  décrit  la  locomotive,  'J94. 

Jobart  (M.),  directeur  du  Musée  de  l'industrie  belge,  152. 


K. 


Karnac  (Egypte).  Ses  ruines,  498. 
Khons  (temple  de;,  à  Karnac,  499. 


Labrouste  (H.),  tombeau  csëcuté  par  lui,  197. 

Laideur.  Sa  signifiralion  symbolique,  56. 

Lamennais.  Son  idée  sur  l'art  moderne,  400. 

Lebas  (M.).  Son  entente  cordiale  avec  les  Annales  archéologiques,  432. 

—  Ouverture  de  son  cours  d'histoire  de  l'architecture,  4o6,  438.  — 

Un  aphorisme  de  M  Lebas,  Zi39. 
Leclère  (Achille).  Sa  nomination,  127. 
Lecteurs  (adresse  à  nos),  449. 
Leturc.  Son  armature,  9. 
Liberté  (la)  dans  l'art,  392,  430. 
Lièvre,  emblème  de  la  pusillanimité,  191,  192,  194. 
Lion,  emblème  de  la  force,  des  passions  violentes,  etc.,  136,  194. 
Logement.  Voy.  Salubrité. 
Loup,  emblème  de  la  rapine,  etc.,  136,  194.     • 
Louvre  (état  de  la  cour  du),  124.  —  Ses  nouveaux  musées,  172. 
LussON  (M.  A.-L.).  Son  projet  d'Opéra,  165. 
Luxembourg.  Voy.  Pairs. 
LuxoR.  .Ses  ruines,  501. 

M. 

Magne  (M.).  Sa  lettre  sur  l'architecture  religieuse  au  xix"  siècle,  205. 

Maison  renaissance  de  M.  Tourelle,  à  Paris,  313. 

Maisons.  Voy.  Habitations  et  Verre.  —  De  Schiller  et  de  Shakespeare; 

leur  vente,  219.  —  Voy.  Salubrité.  —  Moldaves,  309. 
Manicore,  animal  fantastique,  emblème  du  démon,  137,  194. 
Mats  dccoraiifs  des  Pylônes,  499. 

MÉDAILLE  royale  de  l'Institut  des  archiiecles  britanniques,  412. 
Médailles  (collection  de)  découvertes  à  Barleux,  prés  Péronne,  175.  — ■ 

Voy.  Ecole  des  Beaux-Arts. 
Méhéîiiet-Ali.  Sa  nouvelle  mosquée,  220.  —  Fait  planter  des  arbres,  253. 
.Mélanges  d'archéologie,  d'histoire  et  ds  littérature;  par  M.M.  Charles 

Cahier  et  Arthur  Martin,  447. 
Métal.  Apen^u  historique  des  constructions  en  cette  matière,  108. 
ilEVNADiER  (\1.),  premier  auteur  du  Jardin  d'hiver  de  Paris,  411. 
MiLLARUET   Sa  nécrologie,  'J15,  311. 
MlxLMUM  demandé  par  les  ouvriers  charpentiers,  23. 
M0NU.WENTS  turcs  foudrovés  à  Conslantinople,  ^2'2.  —  Historiques  du 

Bas-ltlun,  358. 
MONTFAUCON.  Sa  voirie,  215. 
MœRis  (le  lac),  non  creusé  de  main  d'homme.  424. 
MOREL  (protestation  contre  sa  série  de  prix),  89. 
Mosquée  (nouvelle)  en  Afrique,  175.— Construite  par  Méhémet-Ali,  220. 

N. 

NÉCROLOGIE.  Voy.  Vignon,  Millardel,  Hachette,  Frissard,  Prestat. 

Nevers  (hôtel  de),  4  et  6. 

Nil  (précautions  d'un  voyageur  pour  remonter  le),  422,  424. 

NiNiVE  (vestiges  de),  126.  —  Au  Louvre,  172. 

NOGENT-LE-liOTROU  (Ic  vicux  cliâteau  de),  48. 

Notre-Dame  de  Paris.  Voy.  Fouilles. 

Nubie  (panorama  de),  417,  494. 

NoiiÉRCffAGE  des  rues  de  Paris,  215. 

O. 

Observatoire.  Sa  coupole  mobile  en  fer,  316. 

Onocentaure.  Sa  signification  symbolique,  193. 

Opéra  (nouvel)  de  Paris,  47,  127.  —  Examen  des  projets  proposés  par 

M.  Amédée  Couder,  155  ;  —H.  Horeau,  161,  et  M.  A.  Lusson,  165  ;  — 

M.  Meynadier,  310,  426. 
Ordres  égyptiens,  503. 

Oreilles.  Leur  signification  symbolique,  138,  194  et  195. 
Ouvrages  à  forfaii.  Voy.  Cahier  des  charges. 
Ouvrier.  Sa  dépense  annuelle  à  Paris,  21. 


5A0 


TABLE  ALPHABÉTIQUE  ET  ANALYTIQUE  DES  MATIEBES. 


550 


Odvriers  charpentier». 
Oves  égyptiena,  &07. 


Leur  grève,  20, 


Pairs  (slaliips  pour  la  clLimlire  des),  196. 

I'A^ORAMA  (l'ÈKyplPct  de  >uble,  lilT.  !\0h. 

Parvis  N'oirc-[)anie  de  l'ariit.  Voy.  Fouilles. 

Passages  (de»;  dans  Paris,  215. 

Pattes   Leur  signification  symbolique,  139,  195. 

Pavillons  de  l'Insiltni.  Voy.  ('oWije  des  Quatre -Sationi. 

Piiii.Oii  (ruines  <*gy|iliennes  dans  l'ile  de),  5U5. 

Pi^:destaux-baraques  du  pont  du  carrousel,  àl3. 

PiKDS.  Leur  Kignificalion  symbolique,  1^9,  195. 

Pierreries  (les  douze),  nommées  dans  l'Exode,  assimilées  aux  donie 

l)rlncipales  vermsdii  Clirisl,  258,  noie. 
Pierres  factices  (de  l'art  de  composer  les).  Ouvrage  de  M.  Flenrct, 

390. 
l'LACES  publiques  i  Paris.   Lenr  situation,  leur  décoration.  302.  —  du 

Carrousel  ;  noire  projet  de  pavage,  305.  Voy.  Saint- Pierre. 
Planchers  inétalliques.  .système  de  M.  Vaux.  515. 
PoHT  (projet  d'un  nouveau)  ^ur  la  Seine,  jwr  M.   Iloreau,  315.  —du 

Carrou,sel.  .Sa  décoration,  96,  I7û,  il3.  —  de  la  Concorde,  301.  —  de 

Sois,sons  (xiii"  siècle).  Son  élargis.senieni,  317. 
Poitrails  eu  Iwis.  Leur  Inconvénient,  9.  —  U  grève  des  charpentiers, 

en  1845,  a  contribué  à  y  faire  subsiiiuer  des  armatures  en  fer,  ibid. 
Poisson.-.  Leur  signification  symbolique,  177, 195. 
PouLK.  Sa  signilicaiion  symbolique,  1H3,  195. 
Pourceau.  .Ha  sitinificalion  symljolique,  183,  195. 
Pradier.  Auicnr  des  douze  grandes  Victoires  du  tombeau  de  Napoléon. 

Voy.  Tombeau. 
Prestat  (M.  lùlmond).  Sa  mort,  A16. 
Prison  miliiaire  (nouvelle),  306. 
Prix  (série  de).  Proicstatioo  contre  celle  de  M.  Morel,  89.  —  (Distiibn- 

ilon  des)  à  l'École  de  dessin  de  Paris,  290.  —  Grands  (concours  de  la 

section  d'arcbitccturc),  296. 
Projet.  Voy.  Eglise,  Opéra,  l'ont. 
Protestation,  en  1665,  contre  l'élévation  des  deux  pavillons  du  collège 

Mazarin,  3. 
Purgatoire  de  saint  Patrice.  Ce  que  c'était,  98. 
Pyramides d'tgypte.  Ce  que  c'esl,  62t.  —  Leur  date,  leurs  dimensions, 

leur  objet,  ibid.  —  La  pyramide  est  la  forme  architcctonique  la  plus 

ancienne,  ibid. 


Qdeue.  Sa  sigiiiflcaiion  symbolique,  \Bli,  195. 

R. 

Bat.  ."îa  significalion  symbolique,  186,  196. 

KÈGLEMENT  de  l'Académie  des  .sciences  et  d'histoire  de  Vienne  (Aulridie), 

318. 
Renard.  .St  significalion  .symbolique,  187,  196. 
Responsabiliti'^  des  architectes,  W. 
Restauration  des  théâtres,  315. 
Revue  de  l'archiieciure.  Son  passé,  son  avenir,  1.  —  Cau.sc  de  son  repos 

après  février,  /|.'|9. 
RiALTO  (un  poH<e)  con.struil  à  Paris,  17/i. 
RiDÈLE  (le  baron  A.  de).  Son  tombeau  a-u  cimetière  Montparnasse     i 

Paris,  197. 
Ronge  fonde  une  église  pour  son  culte,  2<9. 
RouGEViN,  aichitccto  des  Invalides,  10.  —  Plate-bande  en  pierre  sur 

linteaux  en  fer  exécutés  sous  sa  direction,  19. 
Rouen.  Voy.  t'tcche. 

8. 

Saint-Pierre  (place).  Le  pape,  pour  élargir  les  rues  qui  y  aboutissent,  a 
fait  abattre  les  avances  des  maisons  qui  n'étaient  pas  dans  l'aligne- 
ment, /i.  —  Égli.se  de  Rome,  31. 

.Sainte-Chapelle.  Ses  vitraux,  215. 

Sainte- Sophie  (restauration  de)  à  CA)nstantinoplc,  365. 

Saints-I'ères  (décoration  du  pont  des),  174. 

Salubrité  des  logements,  252. 

SANGSiJE,  emblème  de  la  gourmandise,  etc.,  188,  196. 

Satyres  aux  piedsde  chèvre  figurent  les  voluptueux,  18i. 

Sauterelle,  emblème  de  la  luxure,  etc.,  188,  196. 

Schiller  et  Shakespeare,  vente  de  leurs  maisons,  219. 

Serres.  Leur  signification  symbolique,  1,19,  195  et  lufl. 

Services  civils,  .services  militaires  et  décorations,  175. 

Seïssel  (l'asphalle),  un  des  meilleurs  luis  connus  pour  les  joints  des 
tuyaux  de  conduites  d'eaux  froides,  338, 

.Shakespeare.  Vente  de  sa  maison,  219. 

Simart  (M,)  chargé  d'exécuter  symboliquement  la  vie  civile  de  Napo- 
léon, 300.  "^ 

SiNGB,  emblème  de  la  dérision,  de  la  luxure,  etc.,  18»,  196. 

Société  centrale  des  architectes,  ses  observations  sur  la  nécessité  d'in- 
stituer un  diplùme  d'architecte,  346  et  bT2. 


.<=OISSON$  (pont  de)  élargi,  317. 

.SoLiDAiiiTt  (le  l'industrie  et  de  l'arl,  2M. 

^vrrun  (rue).  Son  ptrc-meai  (ail  découtrir  one  coottroci.  rom.,  416. 

.SoTEZ  (M.),  fondeiir.  Son  pract*  «a  Mij^i  des  bronzes  liirét  poor  in 
bas-reliefs  du  tombeau  de  l'enpcteur,  316. 

Svtos,  Voy.  Ibiomboul  tl  Beni-llatêan. 

Spuirx  (avenues  de),  4M,  &01. 

Statdes  allégoriques  des  looreltes  de  .Saint  Denys,  «6-81  :  97-10$;  t»- 
140  ;  177-192  ;  257-290.  -  Du  p>ini  do  CarrooMl.M.  —  SiMaespb- 
céesdans  l'hémicycle  du  bureau  de  la  cbaafercdcf  pain.  ITW      TnlM 
sales  d'Aménophe  III,  498.  —  On  grMd SteMria^  Voy«,  IbêmmietU. 

Sdes  (percement  de  l'isthme),  0&. 

ScGU  (ral>l>é).  U  iMsilique  de  Sainl-Detys  reciMHtnAefaricssoias.  68. 

STaBOLiQOi.  Voy.  Saint-Devyt  et  Symbolime. 

.Stubolikjii.  Dans  rarcbileciure  antique  et  du  moyen  i(r,  A9.  —  Sa 
théorie  générale,  55  et  suiv.  —  Ooméiriqoe,  58  et  suit.  —Voy.  An- 
neau égyptien,  .Saint-Henyt  et  Sphinu: 

Str1::ies.  Ilisioire  et  tradition  sur  lenr  sIgoiCcalion symboliqne,  190, 196. 

STnAGOGCC  nouvelle  i  Alt-Strcliiz,  220. 

T. 

Tableau,  symbole  de  l'orgueil,  etc.  191,  196. 

'l'ÉLÉGiiAPBe  électrique,  218. 

Télégraphes  en  Algérie,  318. 

Tf  MPLE  de  Diane  Leocopbrynée,  126.  —  Teaplcs  égyptka*.  V»f.  Pano- 
rama d'Egypte  et  de  Subie. 

Te.stament  (un)  favorable  i  rardiilecinre,  217. 

'I'hEathe  nautique  à  l'aris.  216.  Voy.  Opéra.  —  Fraaçaia,  359.  —  Oe 
l'Ambigu-Comique,  ibid. 

Théâtres  de  Paris.    Leur  resiauralioD,  315.  —  Vm  mot  sur 
théâtres  de  Paria,  359. 

Thébes.  Date  de  sa  fondation,  sa  situation,  ses  naines,  49&. 

Timbre  (palais du)  à  Paris.  Krreur  de  sondage  poar  ses  iiMiéMiOM,  Uà- 

Toi.E.  Ses  avantages  sur  la  fonte,  144. 

Tombeau  de  la  reine  Krédérique,  Uii  par  le  roi  de  HaaOTre,  3M.  — 
De  Napoléon,  300. 

Tombeau  du  baron  André  de  Ilidèle,  197.  Voy.  DOnfoii. 

Toulouse.  Voy.  Ecole  det  Deaux-irit,  Toy.  Bonnal. 

TocRS  (le  congrès  de),  358,  416. 

l'ouR  .>-aint-Jacques-la-Bouclierie.  .Sa  reslauratioa  projetée,  Slft.  Toyn 
Clochers,  Monumenls  turcs. 

Travaux  publics  en  Kgypte.  Barrage  du  Ml,  221. 

Travers.  Sou  armature,  9. 

Trottoirs  en  porcelaine.  Leur  construction,  212. 

Truie.  Sa  signification  symbolique,  183,  196. 

ToNNEUs  sous  l'eau,  anciennement  exécutés,  128. 

Tltaux  (emploi  des)  en  terre  cuite  par  le»  anciens,  385. 

TuTACX  de  condiiiie  de  diverses  natures,  335.  — en  poterie,  340.  —  en 
verre  et  en  porcelaine,  342.  —  Prix  de  tuyaux  divers,  343.  — en  terre 
cuite,  au  palais  des  Tliermes,  à  l>aiis,  388.— Caylus  et  l'abbé  Lebmi 
oni  vu  des  tuyaux  antiques  en  terre  cuite  dans  les  minesdel" 
tre,  ibid.  —  Les  Turcs  emploient  des  tuyaux  en  poterie 
aqueducs  dits  touterazi,  390. 


Vache,  emblème  de  la  désobéissance.  191. 

Vandalisme  monumental  du  ministère  de  la  guerre,  362. 

Vaux.  Voy.  Planchers  métallique». 

VÉniTiENs  (les),  quand  ils  voulurent  consiruirc  Pabna  .Nova,  se  »*ca 

rapportèrent  pas  à  leurs  seuls  ingénieurs,  8. 
Ventilation.  Voy.  Chauffage. 
Verre  (maison  sous),  153. 

Vig:ion.  Voy.  BarthéUmy.  Sa  notice  ■toviofiqiie.  32. 
ViLLARCEAO  (M.   Yvon).  Sa  nouvelle  théorie   de  la  coostrocliaa  des 

voûtes,  34. 
Villes  capitales.  Cause  de   leur  établisscmenl  et  de  leur  tramlaiioa. 

Voy.  Thébes. 
Vitet  (M.  Ludovic)  (discours  de).  402.  Lettre  que  lui  adresse  Si.  Oésar 

Daly,  392. 
Vitraux  de  la  .Sainte-l.hapelle,  215. 
Vitreve  donne  la  description  d'aqueducs  sipholdes  composés  de  layaax 

en  maçonnerie,  385.  —  Traduit  et  commenté  par  IVrraull,  3S6.  — 

Itecommande  les  tuyaux  en  terre  cuite,  388. 
VOUTES  gothiques.  Ix:  mode  de  leur  construction.  36.  Voy.  Yvom  Vitlmr- 

ceau. 
VOTAGES  en  Grèce,  pabllés  par  M.  André  Concbaod,  SIS. 

W. 

Wtsr  (le  colonel)  a  découvert  quatre  villes  renfermant  de»  hiéniglyphes 
dans  la  grande  pyramide  de  (iyseb,  431. 


Zoologie  symbolique.  Voy.  Saini-Denj/s. 


TABLE  DES  GRANDES  PLANCHES  l*^. 


j^pi.  TITRES  DES  PLANCHES.]  Colonnes. 

Frontispice 1 

1.  Divers  sysiètiies  d'armatures A8 

2.  Gareducheiiiindefcr<luNord(Paris),d(!lailsde  menuiserie.      J     „„ 

U.  Hôplial  en  fer  exécuté  à  la  Guadeloupe  par  M.  Uomand,  ar-  > 

cliitecle-inKénieur.  {Elévation  et  coupes) f   .„„ 

5.  Plans  et  coupes  de  l'hôpital  en  fer,  de  M.  Romand i 

6.  Détails  de  construction  de  l'Iiôpilal  en  fer,  de  M.  Komand.  J 

7.  Projet  d'église  paroissiale,  par  M.  Dubel,  architecte ^  „„. 

8.  Tombeau,  par  M.  Labrouste,  architecte ( 

9.  Projet  d'Opéra,  par  M.  A.  Couder.  (Plans  et  élévation.) .... 

10.  Ib.,  par  M.  II.  Iloreaii.  (Plan  et  élévation.) 

11,.  Plan  général  de  l'Opéra  projeté,  par  M.  A. -L.  Lusson,  et  pa-  V  176 

rallèle  des  plans  des  plus  importants  théâtres  de  Paris. 

12.  Plan  des  étages  de  l'Opéra  projeté,  par  M.  A.-L.  Lusson. . . 

13.  Grille  de  la  cour  extérieure  de  la  gare  du  Nord  (Paris) \ 

±U-    Charpente  et  plafond  du  vestibule  de  la  gare  du  Nord  (Paris).      [  22/i 

15.  Ib.  de  la  salle  d'attente        «6.  (»6.).     j  .  _^ 

16.  École  des  ponts  et  chaussées,  exécutée  et  dessinée  par     »^ 

M.  Garrez • 

17.  Ib 

18.  /6.  (Détails  d'art.) \  256 

19.  Projet  d'église  paroissiale,  par  M.  Dainville,  architecte. ..      ^ 

20.  Projetd'égH.se  paroissiale,  par  M.  Froraageot,  architecte. . 

21.  Ferme  anglaise 

22.  Fermes  anglaises 

23.  Statues  symboliques  des  quatre  tourelles  de  l'église  abbatiale 

de  Saint-Denys 

2i.    Ib X  o.jO 

25.  Ib >  •^'"' 

26.  76 

27.  Ib.  et  ensemble  des  quatre  tourelles 


«tes PI.  TITRES  DES  PLANCHES.  Colonnei. 

28.  Projet  de  pavage  de  la  place  du  Carrousel.  —  Nouvelle  prison 

militaire. — Éclairage  des  pièces  donnant  sur  de  petites  cours.  320 

29.  Aqueducs  et  tuyaux  de  conduite 368 

30.  Vue  de  la  Grande-Rue  du  Caire  (en  couleur] 

3 1.  Cour  de  la  mosquée  El-Moyed  (Caire)  {id.). 

32.  Vue  de  la  grande  salle  hipostyle  de  Karnac  (Egypte)  (id.). .      \  i  lo 

33.  Vue  de  la  salle  hipostyle  du  temple  de  Khons  (Karnac)  {id.).      '   ^ 

34.  Une  fontaine  au  Caire,  et  le  palais  du  gouverneur  de  Mont- 

fallout  (monuments  arabes  de  l'Egypte) j 

35.  Statues  colossales  d'Amenophe  III  (statue  vocale  de  Meni-    > 

non)  et  vut  de  l'entrée  du  côté  est  de  l'île  de  Philoe     \ 
(monuments  égyptiens) t 

36.  Restaurations  des  ruines  de  Lnxor  et  de  Karnac.  Dessein 

d'un  anneau  symbolique  égyptien 

37.  Parallèle   des  principales   variétés   des   ordres   égyptiens 

{planche  double  en  couleur.) 

38.  Vue  de  l'île  de  Philœ  (id.) 

39.  Temples  d'Ibsamboul.  —  Plans  et  vue  générale  (Nubie). . . 
ÛO.    Détails  des  temples  d'Ibsamboul  (Nubie) 

41.  Détails  de  la  grande  pyramide.  —  Vue  de  la  petite  chapelle     \  543 

dans  les  carrières  de  Garthassey  (Nubie) ( 

42.  Plan  et  procaos  du  temple  de  Denderah.  —  Plan  général  de 

Karnac 

43.  Plan  et  coupe  développée  du  grand  temple  de  Pliilœ.  — 

Spéos  de  Beni-ilassan.  —  Exemples  d'oves  égyptiens  (mo- 
numents égyptiens) 

44.  Chauffage  à  l'eau  chaude  (système  de  M.  René  Duvoir). . . 

45.  Autres  exemples  de  ctiaulfage  à  l'eau  chaude  (autres  sys- 

tèmes de  M.  René  Duvoir) 

46.  Plancher  métallique  (système  de  .M.  Vaux) 


£n  tout  47  planches,  dont  7  à  l'effet  et  en  couleur,  et  dont  2  doubles. 


FIN   DE    LA   TABLE   DES   GRANDES  PLANCHES. 


TABLE  DES  GRAVURES   SUR   BOLS 


INSÉRÉES  DANS  LE  TEXTE. 


En-tête  de  l'introduction  du  volume 1 

Jb.     de  la  section  historique 3 

76.  pratique 8 

76.  mélanges 15 

Plan  d'un  projet  de  réunion  du  Louvre  aux  Tuileries..  157 
Fontaine-phare  (projet  de  M.  A.  Couder) 185 


et  ailleurs 
id. 
id. 


En  tête  de  la  section  Théorie 290 

Copie  d'un  bas-relief  du  temple  de  Khons  (Karnac)  représentant  un 

pjlone  avec  ses  mâts  à  banderoles 499 

Plan  du  temple  de  Luxor 502 

Des  Aimées  dansant 504 


FIN  DE  LA  TABLE  DES  GRAVURES  INSEREES  DANS  LE  TEXTE. 


(1)  Nous  indiquons,  comme  d'habitude,  le  chiffre  de  la  dernière  colonne  de  la  livraison  à  laquelle  les  planches  appartiennent  et  où  nous  avons  l'habitude  de 
les  placer  ;  la  plupart  de  nos  lecteurs,  cependant,  réunissent  toutes  les  planches  à  la  fin  du  volume,  et  nous  croyons  cette  méthode  très  bonne. 


Paris.  —  Imprimerie  de  L.  Martinet,  rue  Mignon,  2  (quartier  île  l'Ecole-dc-Médecine). 


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GARE  DU  CHEMIN  DE  FER  .      .     D. 

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PROJETÉE  ET  EXÉCUTÉE  FAR  M  REYNAUD. 


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EXECUTE  A  LA  GUADELOUPE 


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muQt  m»  H.  CÉSAR  DALV,  kttcumcn. 


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PROJET    D'OPÉRA    POUR    PARIS 

Pa*  m.  AMtDftK  OOCDU. 


tafriani*  L.  TliM*  H  Cir,  t  S*iM^;«>m<i». 


Vol.  7. 


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REVUE   GÉNÉRALE,  DE   L'ARailTECTURE   ET  DES  TRAVAUX  PUBLICS.    -  N*  60,  RUE   MONSIEURLE-PRLSCE.   -   PARIS 

DIRIGÉE  PAR   H.    CÉSAR    DALY,   ARCIITCCn. 


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Galerie  ouest  du  passage  de  l'Opéra 


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PROJET   D'OPÉRA   POUR    PARIS 


Par  M.  Hkctor  Horiav.  iRk. 


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Be^iuf'  GrnéraJr  r/f  /  Arriifrr/ure  et  Jrj  Trgrai/.T  Biilicj    Paru,  Jiucdr  fur.rttmJ'crf.  N'^ 


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GARE  DU  CHEMIN  DE  FER  DU  NORD 

(Pans) 
GRfLLE  DE  LA  Pût'R  D  ENTRÉK 


lir;tiie.CmcraUd&C'AriJulecùu;c-cttiaTriaaJUpiiiliA!      /"aru.  /lue- dfJ'urjlaniergJ/'^ 


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GARE  DU  CHEMIN  DE  FER  DU  NORD. 

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PRlUETEE  ET  EXÉC!""^-  -"  M  CARREZ. 


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ÉCOLE  DES  PONTS  ET  CHAUSSÉES 

(Pans), 
PRaiETÉE  ET  EXÉCintE  V.\: 


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KCOLE  DES  PONTS  ET  CHAUSSEES. 

(Paf-is) 
PROJETEE  £T  EXÉCUTÉE  !>?.;■<  M  CASRE: 


Vol. 


lieDue^  Céfièra/£-  «afc  L' Ardut/'^Uife,  /s»,  i/tv  Travaux  /'uiltcs 

Paru,  KuA  d^  fiuiumia^.  H'^ 

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PROJET  DEGLISE  PAROISSIALE 

(Concours  de  Constnicùon  gf nérïle _ Erole  Roy  d«  B  Arts  de  Rins  _:'  0»is<  \ 
PAR  H  DAINVILLE.  ÉLÈVE  DE  H  CDNSTANTnrFFl'X 


Vol.. 


/{/•viw,  GénéraU  de>  /'Arc^aii-f^Mre   /•/  t/or  Tr a  trouas  ftiSlten 

Paru     Hue  furjUmJierç.  //'fy. 
H  Cnar  Daly.  mh  Directnir 


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PROJET  D'EGLISE  PAROISSIAII. 

(Concours  de  Consirucuon  générale-  Ecole  Rcy.  des  B.Arti  de  Buis-  l*  Classe"!. 
PAR  M.FROMAGEAU  EliTF.  DE  M  CONSTANT- DUFEIIX 


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HOUVELLE  MANIERE 
pour  éclurn-  lea  pièce»  (lonMnt  »ur  lu  Coiircella 


/{mue-  ûemra^  de,  lArMlaUufe^  <•/  i/ra  TrapoMX'  Puilut. 
Paria.    /Uu.  FursUjrUtvy  ff6 

M  C<Mr  Daif  accLIkrRtnr 


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PROJET  DE  PAVAGE  DE  LA  i' 


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Vol.  7. 


Refue  générale  de  rircbileriort  el  in  Ttaïui  fiUia.  —  %'  i,  nt  it 
Huott  r*a  M.  CÉ8AH  DALT,  acmncn. 


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Vne  des  suives  colossales  d'Aneiiopli  III.  —  Siitae  loalc  de 


EiirM  <■  c«4  Est  4t  nit  4*  PWa. 


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Vol.  7. 


KF.VUE  (iÉNCRALE  DE  L'ARCHITECTtilE  ET  DES  TRAVAIX  PIBLICS.  -  !}•  <0,  MJB  MOKSORm-LE-PIlINCe    -  PàKt». 

nimcÉE  PA*  M.  CESAR  DALY,  kMOunen. 


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BESTADSATIOtl    DC   TEMPLE    DE    LCIOI 


ANNEAU  ÉGYPTIEN 


En  verre  de 


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un  uMl,  une  «uulle  de  »ang  et  um'  Uinjue,  ri'imx'ijuiil  les  Urui»  eancKrr*  4e  h  tic  . 
Voir,  Sj.vtib.  Pahlf.».  ' 


VUE  D'nXS  RESTAURATWS  DES  HUiSES  1>Ï  lASSiC  PWgE  E>nS  US  ATUCU  W  »BM 


II.  I:niinv,  ariii.,  di'l 


RESTAURATIONS  DES  RUINES  DE  LUXOR  ET  DE  KARNAC 


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Vol.  7. 


REVUE  GÉNËnAI.K  DE  L'ARCIIITKCa'RE  ET  DES  TRAVAUX  PUmjCS.  -  N-  «,  BUE  IION8IEim-I,C-PUi(Ce.  -  PAMS 

tnilCtt  P*l  M.  CtSAH  DALV,  AKcaiTCCTC 


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DÉTAILS   DES   TEMPLES   D'IBSAMROTM, 


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V(il.  7. 


IIEVLE  GÈNÉHALE  DE  L'ARCHITEC.-TLBE  BT  DES  THIVaUX  KBLIC*.  -  .V  ».  HUE  Ut  LA  «OMOiOlE.  -  PASB 

Miict  m»  M.  CÉSAR  DALV,  kiuncn. 


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ProDMM  étt  Tnaple  de  DoUcnk. 


Plan  du  Temple 


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II.   IloilK.M'.  ar.li  .  lUI. 


MONUMENTS  D'f.GYPTE 


imf.  L  TeiMa  «  CJe,  k  Se>«M»«n»l». 


Vol.   7. 


ItKVLE   (.KNERAI.E   l)K   I.  ARCHITECTURE  ET  DES  TRAVAUX   PI  BUCS.    -  V  4.   RUE    DE   nUSTElOnC.  -  rMM. 

DmiCi!  fAR    M.  CESAR  DALV.  AiaUTtor 


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Cornirhe  avec  indicalion  d'Ovrs. 


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MONUMENTS   D'EGYPTE. 


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